"Les naufragés de la mère" de Laïna Hadengue

 

Les naufragés de la mère
Auteur : Laïna Hadengue
Éditions : Douro (2 mars 2026)
ISBN :  978-2384065981
338 pages

Quatrième de couverture

« D’abord, il y a son absence, suivie d'un silence abyssal. C'est comme une déflagration, un coup de tonnerre, un big bang, et puis plus rien. » Délaissée, confrontée au sentiment d'abandon maternel et constamment déçue dans sa quête affective, Iris, engagée dans un corps à corps impossible avec sa mère narcissique et manipulatrice, parviendra-t-elle à se libérer de son emprise ? En marge de la tourmente familiale, la création devient son refuge, un pont dressé au-dessus du chaos. L'art suffira-t-il pour infléchir son destin ? L'amour sera-t-il le phare qui la sauvera du naufrage ?

Mon avis

Laïna Hadengue, née en 1962 à Valence, est une artiste peintre, plasticienne et vidéaste autodidacte. Elle expose dans de nombreux pays. Elle écrit depuis toujours.

Dans « Les naufragés de la mère » (titre excellent !)  qui débute en 1968, nous découvrons Iris, une petite-fille de six ans que nous allons suivre jusqu’à l’âge adulte. Il y a cinq enfants dans sa famille et elle est celle du milieu, entourée de deux fois deux frères. Elle n’a pas une place facile. Ce jour-là, une vague la renverse, un tsunami lui coupe le souffle. « Les enfants, votre mère est partie. »

Six mots, et un quotidien qui ne sera plus jamais le même. Un avant, un après. Comment se construire avec ce manque, cette béance dans le cœur ? C’est à hauteur d’enfant, avec des mots simples qu’Iris exprime ses émotions, transmet ses questions, ses peurs, ses angoisses. C’est très bien écrit, on est dans l’esprit de cette enfant, on l’accompagne …

Le père, lui, est sur tous les fronts, il est « présence » pour chacun de ses petits.

« Pour le moment, il faut apprendre à exister sans elle. Comme ça, tous les six. »

Mais que c’est difficile !

« Attendre er se laisser consumer par les effluves amers de la peine. »

Le temps passe, avec l’espoir d’un retour, chacun essayant de contenir les larmes qui perlent. Il ne faut pas que la houle monte, que le chagrin prenne le dessus. Le papa est là, il fait tout pour tenir la baraque alors la fratrie se serre les coudes pour lui dire merci, lui montrer l’amour et l’affection qui les unissent.

Iris grandit, son regard s’affine, son écriture devient plus mature. Elle essaie de s’évader par la pensée, de vivre de bons moments pour exister par elle-même. Comment réagir lorsque la mère la réclame ? Où se situe sa place ? Passer du temps avec elle est-ce formateur ou destructeur ?

L’auteur explore toute l’ambivalence du besoin d’être avec sa génitrice et le fait que cette dernière puisse être « dangereuse », perverse, voire manipulatrice … Son écriture fluide aborde avec beaucoup de discernement les conséquences de l’abandon. Chaque enfant réagit en fonction de son âge, de ce qu’il attend, de ce qu’il espère. Chacun doit se battre pour avancer seul, même si le père et d’autres adultes, donnent le maximum pour que la souffrance soit atténuée, pour les protéger.

Le parcours d’Iris est fait de séparations, de choix. Elle réalise la place que l’art peut prendre dans sa vie, elle sent que ça peut l’aider à s’épanouir. Mais ça veut dire s’éloigner du père, de son pilier… Que faire ? Cette approche est particulièrement intéressante.

Ce roman aborde plusieurs thèmes : le divorce, le pardon, la famille (celle qu’on a, celle qu’on crée), ce qu’on impose aux enfants en oubliant de penser à ce qu’ils ressentent, la place de l’art dans l’élaboration d’une personnalité, les adultes qui ne pensent qu’à eux et ceux qui s’oublieraient presque car ils veulent, avant tout, le bonheur de ceux qu’ils ont engendrés. L’histoire commence en 1968 et s’étale sur une trentaine d’années, le contexte est bien présenté. Des allusions à des personnages ou des événements réels sont glissés ça et là.

J’ai trouvé le ton très juste. Le style évolue en même temps qu’Iris. Plus elle se rapproche de l’âge adulte, plus son phrasé est celui d’une grande personne. Le récit commence à hauteur d’enfant et se termine avec le regard plus acéré d’une femme qui a compris beaucoup de choses.

Laïna Hadengue a sans doute mis beaucoup d’elle-même dans ce recueil ce qui explique la précision des sentiments présentés. Une belle découverte et une lecture de qualité.

NB : des documents sont glissés dans les dernières pages et complètent bien le texte.


"Tant qu'il y aura des coquelicots..." de Cliff Paillé

 

Tant qu'il y aura des coquelicots...
Auteur : Cliff Paillé
Éditions : Cairn (17 Avril 2018)
ISBN : 978-2350686288
90 pages

Quatrième de couverture

Paul déchiffrait plutôt bien, mais savait-il lire ? Deux comédiens pour un Cercle des Poètes Disparus à la française. Un regard gourmand, profond et plein d'humour sur le bonheur d'être lecteur, la richesse de le devenir. Regard distancié sur l'enfance, la peur d'apprendre, la joie de la vaincre. Ray Bradbury affirmait dans Farenheit 451 que la première des censures consistait à ne pas lire. Loin d'être seulement une question individuelle, lire serait donc une question de société. Mais comment et pourquoi devenir lecteur ? Quel est le rôle de la transmission ? Quels en sont les garants et de quels moyens disposent-ils ? Et si tout n'était pas perdu. 

Mon avis

Coup de cœur !

Cette pièce de théâtre est un petit bijou.

« Les adultes, ils font avec l’insouciance des enfants comme certains paysans avec leurs terres. À force de faire pousser des trucs dessus ils l’assèchent, ils la rendent stérile. Plus rien ne pousse, et l’enfance s’en va. »

Deux comédiens, dont Paul le narrateur qui est celui qui s’exprime le plus. À travers ces quelques pages, on découvre la lecture, les lecteurs. Ce qui fait aimer ou pas un livre, ce qui (ou ceux et celles qui) donne le goût des mots.

On peut savoir lire, dans le sens déchiffrer mais ne rien savoir des livres, de ce qu’ils apportent de connaissances, de rêves, de vie….

« Il faut ouvrir les phrases, les soulever, regarder derrière. Il est là, le bonheur de lire. »

Un jour, quelqu’un m’a dit : « Je ne suis jamais seule, j’ai mes livres… »

« Le goût de la solitude. Pour aimer lire il faut aimer être seul. […] Moi je crois que c’est ça qui empêche plein de gens d’aimer lire. Le silence qui fait trop de bruit autour du livre. »

Le texte parle aussi de l’écriture.

« Écrire c’est transpirer ses peurs, ses angoisses, et respirer ses rêves, aussi. Rencontrer ses plus belles espérances. »

Le phrasé est infiniment délicat, porteur de sens. C’est magnifique et si un jour, je peux voir la pièce, je serai ravie.


"Inspecteur Lynley -Tome 22: Une si lente agonie" d'Elizabeth George

 

Une si lente agonie (A Slowly Dying Cause)
Auteur : Elizabeth George
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nathalie Serval
Éditions : Presses de la Cité (2 Octobre 2025)
ISBN :  978-2258211063
512 pages

Quatrième de couverture

La découverte du corps de Michael Lobb, sauvagement assassiné, fait voler en éclats la paix de Trevellas. Dans ce hameau reculé de Cornouailles, les soupçons de l'inspectrice Beatrice Hannaford se portent sur une compagnie minière désireuse d'acquérir les terres de Lobb. Mais quand on découvre que, contrairement à Michael, son frère désirait vendre, et que la jeune veuve est volage, l'affaire se complexifie. Lorsque le frère de Dairdre, l'ancienne compagne de Lynley, est mis en détention provisoire, Barbara Havers, venue se mettre au vert après un épisode difficile, décide de leur prêter main-forte pour tenter de tirer le jeune homme de ce mauvais pas.

Mon avis

J’aime beaucoup les enquêteurs Barbara Havers (l’électron libre) et Thomas Lynley (l’aristocrate), ils forment une équipe atypique et sont efficaces lorsqu’ils travaillent en binôme. Lui, il essaie de la protéger car elle est fantasque, impulsive, mal fagotée (ce qui déplaît à ses supérieurs), parfois borderline. Elle, elle l’aime bien, elle sait qu’il a souffert, que certaines choses sont difficiles à vivre pour lui. Et, malgré sa maladresse, elle est toujours là pour lui.

Dans ce dernier roman, ils n’interviennent pas dès le début du récit et j’avoue que j’attendais avec impatience leur « arrivée ». Je suis contente de suivre leur évolution, de voir ce qu’ils deviennent au fil des tomes.

En Cornouailles, Michael Lobb a laissé sa femme et ses enfants pour une nouvelle épouse bien plus jeune que lui. Il travaille l’étain et se fait aider de deux hommes. Sa compagne donne des cours de danse. Mais leur terrain, comme d’autres dans le coin, attise les convoitises. Une compagnie minière fait des propositions et lorsque Michael Lobb est retrouvé assassiné, la question est posée : « À qui profite le crime ? »

À la veuve, aux enfants du mort, à son frère, etc ? C’est l'inspectrice Beatrice Hannaford qui mène les investigations et un des hommes soupçonnés et le frère de Dairdre, qui a été en couple avec Thomas. Elle demande de l’aide à Barbara pour sortir son frangin des griffes de la police. Un concours de circonstances amènera sur les lieux, Thomas et Barbara et, chacun à leur niveau, ils vont faire des recherches.

Cette histoire est très dense, il se passe plein de choses et il ne faut pas perdre le fil car ça se joue sur plusieurs niveaux. Au début, on « navigue » entre Londres et un coin de Cornouailles, l’auteur a installé les différents contextes, les protagonistes (et leur quotidien) tout en « lançant » cette nouvelle aventure. On a également accès à un journal intime, ce qui nous permet de cerner d’autres événements.

L’écriture (merci à Nathalie Serval, la traductrice) est complète, sans pour autant nous noyer sous les détails inutiles mais tout est important. J’ai trouvé ce roman très bien construit. Les rebondissements maintiennent le suspense. De nombreux thèmes sont abordés, d’une façon intelligente. Tout est bien dosé. La plupart des individus ont « des casseroles », des fragilités mais c’est ce qui les rend terriblement humains.

Elizabeth George met plus longtemps qu’avant pour écrire un nouveau titre, mais elle fait un travail remarquable tant dans les recherches (ici sur l’aspect minier), que dans l’approche psychologique de chaque être qu’elle évoque. Je la trouve très douée car c’est bien construit, intéressant et intense au niveau lecture.


"Clifton - Tome 12 : Dernière séance" de Bob de Groot & Bédu

 

Dernière séance
Clifton 12
Auteurs : Bob de Groot & Bédu
Éditions : du Lombard (7 Juin 1996)
ISBN : 978-2803606849
48 pages

Quatrième de couverture

Clifton se retrouve dans le milieu du cinéma : un producteur du nom du Beaumont ayant eu la bonne idée de faire un film relatant les aventures de notre détective. Mais tout n'est pas aussi rose dans le monde du cinéma qu'on l'imaginerait. Beaumont a un caractère de chien et tout le monde le déteste. En plus, il y a des jalousies entre certains acteurs.

Mon avis

Un réalisateur contacte Clifton dans le but de faire un film sur sa vie. Assez flatté, ce dernier accepte. En lisant le scénario, il constate que quelques libertés ont été prises avec la réalité. Il décide donc d’assister au tournage afin de rétablir la vérité. C’est l’occasion pour lui (et pour nous) de se plonger dans le monde du cinéma.

Clifton fait les yeux doux à l’actrice principale. On découvre les doublages, l’ambiance sur le plateau avec les rivalités entre les différents égos. Chacun voulant tirer la couverture à lui.

Plusieurs incidents surviennent et Clifton décide que cela n’est pas dû au hasard. Quelqu’un cherche à saboter le film, à pourrir l’ambiance, voire à blesser ou éliminer quelques individus… mais qui et pourquoi ?

Clifton ne résiste pas, il mène l’enquête !

L’intrigue ne m’a paru extraordinaire mais j’ai bien aimé l’atmosphère, le caractère de Clifton (quand il se met en colère, ça vaut le coup de le voir !) et l’humour anglais. Les dessins me plaisent car les tracés sont plus « ronds », plus doux.

Pas un des meilleurs de la série mais le plaisir de lecture est toujours là !


Northanger Abbey de Jane Austen (Northanger Abbey)

 

Northanger Abbey (Northanger Abbey)
Auteur : Jane Austen
Traduit de l’anglais par Josette Salesse-Lavergne
Éditions : 10 / 18 (12 Avril 1996)
ISBN : 978-2264023803
285 pages

Quatrième de couverture

Par sa gaucherie, ses rêveries naïves et son engouement pour les vieux châteaux, Catherine Morland semble loin des modèles de vertu.

Mon avis

Ce roman, écrit en 1797-1798, terminé en 1803, a été édité, la première fois, en 1818.

J’ai essayé de ne jamais perdre de vue ces dates pendant ma lecture.

Pourquoi ? Pour plusieurs raisons.

La première, pour mieux appréhender l’écriture (merci à la traductrice), accepter le vocabulaire, les vieilles tournures de phrases, le style qui est désuet, mais forcément en lien avec l’époque de rédaction de cette histoire.
La deuxième, pour comprendre la place de la femme dans la société dans ces années là afin d’avoir des indications sur les comportements, les attitudes des uns et des autres.
La troisième, pour ne pas être « braquée » dès le départ, en pensant que lire un classique, c’est barbant alors qu’on en retire toujours quelque chose.

Catherine Morland a dix-sept ans, elle est issue d’une grande famille et elle est « presque jolie ». Elle lit et confond un peu la réalité avec ce qu’elle aperçoit dans les romans (surtout gothiques qui ont sa préférence), elle se prend pour une héroïne…  Elle se laisse parfois influencer par ce qu’elle lit e, ça déforme sa vision et elle a des réactions pas toujours appropriées.

Invitée par des voisins de ses parents pour quelques semaines à Bath, dans une ville thermale, elle fait des rencontres, se lie d’amitié et découvre ce que peut être la vie. Ce séjour peut s’assimiler à un passage à l’âge adulte. Elle commence à cerner les personnalités, les caractères, les relations humaines et leurs ramifications. Cette jeune fille naïve grandit sous nos yeux, elle devient plus mature.

L’air de rien, ce texte aborde de nombreuses thématiques : la place de l’argent, la jalousie, l’hypocrise, l’envie, la manipulation, etc

C’est une lecture que j’ai appréciée car elle m’a fait découvrir un côté différent de Jane Austen. Un ton moqueur, parfois ironique qu’elle n’utilise pas très souvent.


"Le refuge" de Jérémy Bouquin

 

Le refuge
Auteur : Jérémy Bouquin
Éditions : du Caïman (9 Janvier 2026)
ISBN : ‎ 978-2493739735
260 pages

Quatrième de couverture

Caroline et ses enfants rejoignent une étrange communauté de femmes, réunies dans une ferme perdue au cœur des bois. Toutes ont fui l'enfer, et ont construit un nouveau monde, à l'abri des regards. Un lieu où rudesse, entraide et solidarité sont les seules lois. Pourtant, le passé ne s'oublie pas si facilement. Et la confiance, si difficile à accorder, peut se briser en un instant. Dans ce refuge loin de tout, entre les blessures d'hier et les doutes d'aujourd'hui, sont-elles vraiment en sécurité ?

Mon avis

Lorsqu’une femme est mal dans son couple, la vie n’est pas facile. Surtout si le mari violent ou humiliant donne le change devant les voisins et les amis. Caroline est de celle-là. Elle a essayé de parler à sa mère, d’expliquer les situations de conflits mais cette dernière a minimisé et ne l’a pas entendue. Alors, Caroline se sent seul avec ses deux enfants dont un bébé. Jusqu’à ce qu’une rencontre lui ouvre une porte sur l’espoir.

C’est Charline qui la comprend, l’écoute et lui propose une « exfiltration » organisée et bien « ordonnée ». Tout sera prévu, calculé, les risques minimisés voire inexistants. Alors Caroline fait confiance, elle sait qu’il n’y a pas d’autres solutions si elle veut offrir un meilleur avenir à ses fils. Pas évident de partir dans l’inconnu, sans rien ou presque, mais c’est pour un mieux-être…

Elle est conduite dans un lieu dont elle ignore tout, elle a été empêchée d’observer le trajet. Elle se retrouve dans une ferme isolée, au milieu des bois, assez loin de tout. Gérée en presque totale autarcie, elle est habitée par des femmes qui ont souffert comme elle et ont décidé d’aider d’autres épouses, compagnes, en détresse. Il faut qu’elle fasse ses preuves, qu’elle prouve qu’on peut lui faire confiance, qu’elle reste le temps décidé par la « responsable » avant de se voir offrir une nouvelle vie, ailleurs, en toute quiétude. Le quotidien est ardu, le confort aléatoire, elle se pose beaucoup de questions. Elle sent bien qu’on ne lui dit pas tout, que certaines choses sont tenues secrètes. Mais elle n’a pas de marge de manœuvre. Si elle veut s’en sortir, elle doit attendre des jours meilleurs., se raisonner.

Malgré toutes les précautions prises, toutes les protections mises en place, les locataires du refuge sont rarement totalement sereines. Elles surveillent leurs arrières dès qu’elles partent ou arrivent, font le nécessaire pour ne pas être vues, ni repérées. Donc, la tranquillité n’est qu’une façade, être sur le qui-vive est une obligation, sans cesse et avec peu de répit.

Tout ça, c’est quand même assez fragile, et peut-être moins pérenne que cette communauté l’imagine. Quand elles apprennent que des hommes essaient d’obtenir des renseignements dans le village le plus proche, elles réalisent vite qu’elles doivent être continuellement en éveil. Cet équilibre fragile est-il en péril ? Les événements vont-ils se précipiter et les mettre en danger ?

Jérémy Bouquin construit un récit qui nous tient en haleine. Dès les premières lignes, on sent que l’atmosphère ne respire pas la joie, ou pas autant qu’on veut nous en persuader. Dans ce groupe pour les femmes, régie par des femmes, les rôles sont définis, chacune à sa place, pas facile de prendre des initiatives, de voir plus loin que ce qu’on vous montre. Les tensions sont présentes, les plus jeunes n’ont pas les mêmes besoins, les mêmes envies. Quel peut être le suivi médical en cas de problème ? Les herbes sauvages sont-elles suffisantes ? Et puis, où trouver de l’argent pour ce qu’on ne peut pas obtenir en récupération ou autosuffisance ?

L’écriture est prenante, sans fioriture, des phrases qui claquent, comme si tout se déroulait sous nos yeux, sans fard. En filigrane des thèmes graves sont abordés. La tension monte au fil des chapitres, j’avais peur que Caroline perde pied, qu’elle ne choisisse pas le bon objectif. C’est noir bien sûr, mais très bien pensé !


"Ghostfather" d'Éric Calatraba

 

Ghostfather
Auteur: Éric Calatraba
Éditions: The Melmac Cat (19 Février 2026)
ISBN:
978-2492759376
224 pages

Quatrième de couverture

Clément et sa guitare Fender sont devenus en quelques années une des stars du paysage pop français. Cette guitare va l'amener à Londres où il va faire la connaissance de son père, qui l'aurait abandonné à la naissance. Roman noir sur fond de rock, de pop, et de relations familiales complexes, "Ghostfather" manie aussi habilement quelques ambiances britanniques, dévoile la nuit, sur une mauvaise route et dans les esprits des personnages.

Mon avis

C’est noir, sombre, intense, prenant et une fois encore l’auteur change de registre avec un roman où la musique est la ligne conductrice. Déjà tous les titres de chapitres sont en lien avec cette thématique (et j’avoue qu’il me manquait de nombreuses références, mais comme j’aime bien comprendre, j’ai fait des recherches…), ensuite la guitare Fender est un personnage à part entière dans le texte, puisqu’elle prend la parole.

Plusieurs protagonistes s’expriment et l’en tête ne précise pas qui prend la parole, il est donc nécessaire d’être attentif et de prendre en compte le contexte pour savoir qui parle. C’est pour moi quelque chose de très positif car ce récit choral n’est pas ordinaire.

Clément veut être musicien. Ce n’est pas aisé de réussir ses rêves mais sa confrontation avec une Fender, une guitare exceptionnelle, marque un tournant. Il joue et devient célèbre. Il fait des rencontres, dont une avec une femme (qui, à mon avis, est une perle mais c’est bien connu que les hommes ne s’en rendent pas compte), garde un ancien pote musicien, a parfois des difficultés mais sa Fender et lui, c’est quelque chose comme on dit.

Lors d’un passage à Londres, il fait la connaissance de son père, un presqu’inconnu pour lui. Leur lien est complexe, compliqué. L’influence du father n’est pas des mieux mais le fiston est tellement heureux de l’avoir retrouvé, il tolère tout. Il se fait manipuler, la drogue er bien d’autres mauvaises addictions entrent dans son univers… Et un jour un dramatique événement finit de bouleverser ce quotidien déjà fragile. Est-ce que tout va partir en vrille ou Clément va-t-il reprendre le dessus ? C’est un homme tourmenté qui ne sait plus comment mener sa vie. Quel avenir pour lui ?

Le texte est jalonné d’extraits de poèmes, de chansons, le lecteur baigne dans la musique et a envie de ressortir ces vieux vinyles, d’écouter, de se laisser envahir par le rythme du rock en roll. Chaque individu présente son point de vue, le langage, le style, le vocabulaire sont adaptés (j’ai beaucoup aimé lire les ressentis de la guitare, c’est très « parlant »).

« Le plus dur pour moi était quand il me prenait lorsqu’il était défoncé. Je plongeais dans son esprit, ce qu’il en restait. »

Les caractères sont travaillés, on découvre l’ambivalence de certains qui sont capables de jouer sur tous les tableaux, de se faufiler pour obtenir ce qu’ils veulent, quitte à manipuler les autres … Ce livre parle de musique, mais de nombreux thèmes sont abordés, la culpabilité, la jalousie, la vengeance, la famille, les choix qui modifient la trajectoire d’une vie, les déceptions, le succès (avec sa rançon : la solitude de la star, les profiteurs etc…) Beaucoup de situations sont évoquées en peu de pages parce que Éric Calatraba va à l’essentiel).

L’écriture est rythmée, les phrases sont courtes, parfois teintées d’humour.

« Elle est sortie avec un guitariste, con comme un médiator. »

Verlaine a écrit : « De la musique avant toute chose » et ce sera ma conclusion ….