Sulfure
Auteur : Estelle Tharreau
Éditions : Taurnada (5 Novembre 2026)
ISBN : 978-2372581950
357 pages
Quatrième de couverture
La petite Emma disparaît dans les marais d'Obey. Après la
découverte de son cadavre, l'enquête conclut à un accident. Mais la présence
sur les lieux d'une famille marginale et sulfureuse fait naître le doute et
attise les fantasmes. Dans une atmosphère suffocante, la rumeur et les thèses
complotistes ne tardent pas à se répandre sur fond de réseaux sociaux.
Mon avis
Un sulfure est façonné à chaud par un maître verrier qui
superpose des couches de cristal fondu autour d'un motif ou d'une inclusion.
Il en est un peu de même avec ce roman : Emma disparaît
lors de la fête de mariage d’amis de ses parents, elle est retrouvée noyée. Chacun
va reprendre ce fait, l’envelopper dans ses suppositions, ou ce qu’il souhaite
faire passer …. Autant d’épaisseurs qui cachent la vérité, l’étouffant pour
mieux troubler le lecteur …
Sulfure, c’est ce qu’on pense voir, ce qu’on croit savoir,
en se fiant aux apparences, en oubliant qu’elles peuvent être fausses ou
faussées, que l’image, ou le texte, peuvent se déformer et nous induire en
erreur.
Sulfure c’est un récit qui traite de l’information, de la
désinformation, des médias et de leurs rôles et leur influence, de la peur
collective, des ragots, de l’interprétation du passé ou du présent, de la
manipulation, des rumeurs, de ceux qui dérangent car pas dans la norme (quelle
norme ?), des a priori, etc.
C’est la fête, les adultes et les enfants s’amusent,
chantent et dansent. Certains batifolent, d’autres boivent un peu trop. Chacun
pense que l’autre, les autres, surveillent les gosses, qui, de toute façon, ne
sont pas loin. On les aperçoit … Et tout à coup, on cherche Emma, elle a
disparu ! Quelques-uns pensent qu’elle est allée jouer plus loin, d’autres
qu’elle se cache mais plus le temps passe, plus l’inquiétude monte jusqu’à la
découverte de son corps dans le marais. Comment un couple peut-il survivre face
à l’indicible ? Les reproches pleuvent, le « où
étais-tu ? » devient la phrase clé… Pendant ce temps-là, les
commentaires vont bon train, d’autant plus, que, pas loin, vit une famille
marginale qui fait jaser. Et si c’était eux le cœur du problème ?
Si chaque personne restait à sa place, le quotidien des
différents protagonistes pourrait continuer avec des difficultés, des obstacles
mais en avançant. Mais c’est sans compter sur les langues de vipère, les
complotistes, les lanceurs de rumeur, les on-dit, les secrets enfouis qui ressortent,
les informations déformées, tordues pour faire mal voire briser…
Avec ce nouveau titre, Estelle Tharreau nous prend aux
tripes, elle fait monter la tension au fil des pages avec une immense toile
d’araignée, aux nombreuses ramifications, qui se resserre et nous noue la
gorge. On ne sait plus qui tient les rênes, qui mène l’espèce de jeu malsain insufflant
une atmosphère nauséabonde dans ce village. On s’indigne, on serre les poings
puis elle nous livre une autre information qui déstabilise notre ressenti.
C’est très bien fait.
L’écriture est fulgurante, rythmée, je n’ai ressenti aucun
temps mort. De nombreux individus ont une part d’ombre, on ne peut pas définir
ceux à qui on doit faire confiance. Cela donne une impression trouble, de
malaise parfois et c’est sans doute le but. Je suis ressortie lessivée de cette
histoire, comme si le côté glauque me collait à la peau. C’est dire si le texte
est immersif !
Encore un opus réussi pour une autrice qui sait se renouveler.






