"Terminus Gerland" de Jacques Morize

 

Terminus Gerland
Une enquête du Commissaire Séverac
Auteur : Jacques Morize
Éditions : AO-André Odemard (1 juin 2022)
ISBN : 978-2382000212
272 pages

Quatrième de couverture

De la Guillotière à Gerland, le commissaire Séverac et ses « sbires » de la brigade criminelle vont passer quelques semaines difficiles. Un entrepreneur est assassiné, la directrice des ressources humaines d’un prestigieux institut de recherche lyonnais subit une ignoble agression. Sur ces actes plane l’ombre menaçante d’un puissant trafiquant de drogue. Pourtant, rien ne semble relier entre eux ces univers si différents.

Mon avis

Mais enfin, comment se fait-il que je ne connaissais le commissaire Séverac et ses enquêtes qui se déroulent chaque fois dans un nouveau quartier de Lyon ? Bon, d’accord, j’habite Saint-Etienne et dans ma ville, on n’est pas toujours très copains avec les lyonnais… Mais quand même… je ne suis pas bornée et je peux reconnaître qu’un auteur est bon, fut-il habitant de la cité des Gaules.

Je viens donc de faire connaissance avec Abel Séverac, commissaire de son état, marié, des enfants, un brin coureur et charmeur, prêt à transgresser légèrement les règles au boulot mais surtout fin limier et bon mangeur (voire buveur…)

L’écriture vive et rythmée, les chapitres plutôt courts offrent un récit bien vivant, ancré dans des problématiques réalistes de notre époque. Que ce soit le harcèlement au travail, la drogue, ou les malversations financières, nous sommes bien dans l’actualité des faits de notre époque. J’ai vraiment apprécié ce récit, on visite Lyon et si on connaît, c’est assez amusant de « repérer » les lieux nommés. Il n’y a pas qu’une seule affaire et on se demande comment vont être reliés les fils de chacune. Les dialogues savoureux donnent une autre approche des personnages. Tout est bien ficelé.

L’humour est présent :
celui de l’auteur : « […..en poussant un hurlement de rage qui n’était pas sans évoquer le cri d’un ptérodactyle pris dans un piège à glue. » Monsieur Morize, je ne vous croyais pas si âgé, vous avez déjà entendu un ptérodactyle crier ?
Mais également celui de l’éditeur : Note de l’éditeur consterné : notre auteur sombre parfois dans un réalisme d’une insupportable crudité, susceptible de choquer certaines âmes sensibles. Qu’il en soit pardonné.
En voilà deux qui ne se prennent pas au sérieux et c’est tant mieux !

Tout en étant teinté de dérision, le phrasé est intéressant. Des descriptions ciblées sans être rébarbatives, des clins d’œil à des situations qui pourraient exister et qui nous emmènent dans différents univers, celui des policiers, des malfrats, des menteurs, des gens de tous les jours qui croisent la route des uns ou des autres et se laissent parfois manipuler ou pas car certains essaient de résister….

Le lecteur pourrait, dans la « vraie vie », croiser chacun des protagonistes. Leur caractère est bien campé, on cerne les personnalités. Il n’y pas de surhomme, encore moins de surfemme puisque le mot n’est même pas dans le dictionnaire… Pfff… C’est un roman agréable à lire, l’enquête n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire et toutes les ramifications ont été réfléchies, pas de fausse note.  J’ai vraiment eu du plaisir à cette lecture, à me promener dans Lugdunum même si ce n’est pas ma cité préférée (d’accord, je ne le dis plus).  Comme j’aime bien comprendre les choses, je suis allée fouiller sur le net pour savoir pourquoi Abel Séverac se nomme ainsi. La réponse est à découvrir sur le site de l’auteur. En tout cas, je ne suis pas déçue et je retournerai volontiers dans l’univers de Jacques Morize.


"La dernière trace" de Charlotte Link (Die letzte Spur)

 

La dernière trace (Die letzte Spur)
Auteur : Charlotte Link
Traduit de l’allemand par Danièle Darneau
Éditions : Presses de la Cité (6 Mai 2010)
ISBN : 978-2258079908
462 pages

Quatrième de couverture

10 janvier 2003. Pour la première fois, Elaine Dawson quitte son village du Somerset afin de répondre à l'invitation de Rosanna, une amie de la famille qui se marie à Gibraltar. Mais tous les vols au départ de Heathrow sont annulés à cause du brouillard. Alors que la jeune provinciale s'apprête à passer la nuit dans une salle d'embarquement, un aimable Londonien propose de l'héberger. Elaine accepte. On ne la reverra plus.

Mon avis

En lisant la quatrième de couverture, j’ai eu envie de découvrir ce livre.

Et j’ai fait, comme je fais toujours, je l’ai pris et j’ai lu la fin … (s’il vous plaît, pas de commentaires horrifiés, je fais ça depuis que je sais lire …)

Puis, je me suis installée et j’ai parcouru les premières pages et là, j’ai assisté à la disparition d’Elaine, disparition résolue à la fin ….
Certains diront que je me suis ainsi « punie » toute seule …

Il y avait alors deux solutions : fermer le livre et le ranger ou le lire bien que « je sache » …

Par respect pour l’auteur, j’ai opté pour la seconde solution …

Bien m’en a pris, merci Charlotte (Link, l’auteur …) ….

En lisant le début et la fin, je savais bien entendu ce qu’il s’était passé, quand et comment …

Et je pensais que les protagonistes allaient se réduire à trois ou quatre « apparaissant » dans la quatrième de couverture et nommés dans les pages lues … 

Et bien non !

Charlotte Link a réussi à introduire des personnages secondaires ayant leur mot à dire et un rôle plus ou moins important pour étoffer l’intrigue.

"Mark savait forger à la perfection sa propre image, et je n’ai pas remarqué à quel point sa présentation de lui-même était incomplète. Un avocat à succès. Ambitieux. Séduisant. Intelligent. Mais avant tout un homme profondément dépressif."

L’amie d’Elaine, Rosanna, et Mark ont des parts d’ombre, ce sont des êtres humains ayant souffert et voulant malgré tout s’en sortir, avancer vers d’autres horizons, meilleurs si c’est possible.

Rosanna s’obstine, opiniâtre, elle veut comprendre ce qu’elle a raté, régler en quelque sorte les comptes avec son passé … Ce n’est pas simple quand on se « réveille » cinq années après les faits … qu’on a essayé d’occulter …

Au-delà de l’intrigue principale, d’autres sujets sont abordés et apportent un plus à ce livre : les familles monoparentales et recomposées, les relations entre parents et adolescents, les rapports et le comportement à avoir avec les personnes handicapés moteurs, le poids du passé, les choix que l’on fait dans sa vie : amis, métier, etc ….

Pour moi qui savais, c’était une bonne chose car ainsi j’avais envie de lire, de voir comment tout cela allait évoluer. La partie psychologique des rapports entre les uns et les autres auraient même pu être plus approfondies parce que c’est quelque chose qui me convient (mais je reconnais que ce n’est pas forcément indispensable). Je trouve que cela apporte du « poids » au livre et à l’écriture. Il paraît ainsi moins superficiel, moins « lecture de plage » …

L’écriture de Charlotte Link est dynamique, rythmée intelligemment par les dialogues bien introduits pour alléger le récit lorsque c’est nécessaire. Le vocabulaire est précis, simple, sans emphase. On passe d’un lieu à l’autre, d’une groupe ou d’une personne à l’autre en évoluant au gré des découvertes de Rosanna, au gré des ses pensées qui l’emmènent ici ou là …

Bien construit, bien pensé, un policier sans trop de violence, sans circonvolutions inutiles donc aisé à suivre.

Un bon moment de lecture !


"Omerta" de R.J. Ellory (City of Lies)

 

Omerta (City of Lies)
Auteur : R. J. Ellory
Traduit de l’anglais par Claude et Jean Demanuelli
Éditions : Sonatine (2 Juin 2022)
ISBN : 978-2355842948
600 pages

Quatrième de couverture

Écrivain à la dérive, John Harper vient d'apprendre une nouvelle qui le bouleverse : son père, qu'il n'a jamais connu et croyait mort depuis longtemps, est bel et bien en vie. Il se trouve dans un hôpital de Manhattan où l'on vient de le transporter, à la suite de graves blessures par balles. John n'est cependant pas au bout de ses surprises : son père n'est pas n'importe qui, puisqu'il s'agit de Lenny Bernstein, l'un des pontes de la mafia new-yorkaise. Bien vite, John va découvrir que si son passé a été bâti sur des mensonges, son présent l'est tout autant.

Mon avis

Vincit omnia veritas *

Sorti en 2006 en anglais, « Omerta », de son titre original « City of Lies » (la ville des mensonges) fait partie des premiers romans de R.J. Ellory. C’est pourtant, seulement en 2022, qu’il est édité en français pour la première fois.

La traduction du titre en anglais reflète bien l’atmosphère de ce récit. Chaque vérité d’un instant peut devenir un mensonge la minute suivante. John Harper en fait les frais et ne sait plus qui croire et à qui faire confiance. C’est un homme encore jeune. Il a écrit un premier livre et bute désormais devant la page blanche. Ses deux parents décédés, c’est à New-York que sa tante (avec qui il n’a plus de contact) l’a élevé. Il vivote maintenant à Miami avec un petit boulot de journaliste en attendant de retrouver l’inspiration. Il s’accommode de ce quotidien. Un coup de fil vient tout bouleverser. Sa tante lui demande de venir au plus vite et elle refuse de donner des explications au téléphone.

Peu motivé, il se décide cependant et part, persuadé qu’il sera de retour dans quelques jours. Arrivé sur place, c’est le choc, il découvre que son père, Lenny Bernstein, n’est pas mort. Il vient d’être blessé par balle et est hospitalisé. Mais surtout, c’est un des chefs de la mafia du coin. Pourquoi ce mensonge ? Il interroge celle qui l’a recueilli mais n’apprend pas grand-chose. Walt Freiberg, un vieil ami de la famille, accompagné de Cathy, le prend en charge, le guide (un peu trop ?), le conseille (dans quel but ? John n'est plus un petit garçon), le protège, le manipule ? Finalement, dès le début, le lecteur se demande si ce Walt n’en fait pas un peu trop dans le style « je suis là, je t’aide mais fais plutôt ce que je te conseille sinon…. ». C’est le genre d’homme qui attire la lumière mais qui noie le poisson quand on le questionne…..

On pourrait penser que John est naïf car il se laisse « emprisonner » dans cette relation. C’est plutôt qu’il est désemparé, il ne sait pas comment se comporter, que dire, que faire alors il « suit » Walt. Parfois, il se « rebiffe », essayant de reprendre son quotidien en mains et ça m’a bien plu.

« Il avait décidé de se laisser porter par les événements, d’en suivre le cours jusqu’au moment où cela deviendrait intolérable et où il jugerait bon de mettre le holà. »

On comprend vite qu’il est confronté à des menteurs professionnels mais, comme John, on n’arrive pas à cerner les individus. Il y a bien ce flic Frank Duchaunak, qui distille quelques informations au compte-gouttes mais a-t-il raison ? Enquêtant sur Lenny jusqu’à l’obsession, n’a-t-il pas une vision déformée des faits ? J’ai énormément apprécié John et Franck, ils sont intéressants dans leur façon d’aborder la vie, les aléas, dans leur besoin de déchiffrer ce qui leur échappe.

Au fil des pages, John va perdre ses illusions, sa candeur, il prend de plein fouet certaines révélations et il sent qu’il dérange. La mafia, dont les ennemis de son paternel, se demande ce que ce fils tombé du ciel (personne ne connaissait son existence) sait ou ne sait pas, ce qu’il veut, ce qu’il a compris etc… Et lui, John, il veut entrevoir un peu plus qui était son géniteur, au risque d’être déçu, bouleversé, perdu….

C’est d’ailleurs ce qui domine dans ce recueil, le cheminement de John, une route solitaire qu’il n’a pas toujours envie d’emprunter mais qu’il prend pour cerner son père, ses affaires, jusqu’à l’inéluctable…. Va-t-il choisir de fuir, de faire face ? Tout ce qu’il savait a été détruit, il doit se reconstruire avec une famille qui n’existait pas….

Avec une écriture précise (merci pour la traduction), l’auteur prend le temps d’installer les personnages, l’atmosphère. Il y a une réelle recherche pour l’aspect psychologique de chacun.  On ressent l’ambiance mafieuse, les tromperies, les faux semblants… J’avais peur pour John qu’il tombe de haut et ne se relève pas.

Fan de R.J Ellory, je suis enchantée de cette lecture. Certains esprits chagrins parleront peut-être de longueurs, mais que ce soit les dialogues (bien pensés), les descriptions, ou l’analyse des situations, l’auteur sait captiver son lectorat. Alors chapeau bas !

*La vérité triomphe toujours…..mais à quel prix ?


"Le Scoop" de Michelle Frances (The Daughter)

 

Le Scoop (The Daughter)
Auteur : Michelle Frances
Traduit de l’anglais par Maryline Beury
Éditions : L’Archipel (9 Juin 2022)
ISBN : 9782809841916
386 pages

Quatrième de couverture

Kate a élevé seule sa fille Beth, son unique amour, sa fierté. D'autant que Beth vole depuis peu de ses propres ailes. Journaliste stagiaire, elle s'apprête même à sortir prochainement le scoop qui lancera sa carrière. Mais Beth meurt subitement. D'abord anéantie, Kate cherche à comprendre les circonstances de l'accident. Et, peu à peu, elle en arrive à douter. Se pourrait-il que Beth ait été éliminée ?

Mon avis

Être enceinte à quinze ans, ce n’est jamais simple. Surtout lorsque le Papa du bébé ne se manifeste pas. Pourtant Kate a choisi de devenir mère, d’élever sa fille seule et de faire, toujours, le maximum pour elle. Sa propre génitrice l’a mise à la porte, son père l’a aidée en cachette mais le quotidien difficile, c’est elle qui l’a assumé. Une voisine plus âgée, sans famille, l’a prise en affection et lui a offert de l’amitié, une présence et de l’aide.

Maintenant, nous sommes en 2017. Kate travaille dans un magasin de bricolage et elle conseille les clients, car elle est devenue experte dans ce domaine, tenant à se débrouiller seule. Beth a fait de brillantes études, aidée par une bourse. Elle est stagiaire dans un journal et rêve d’y faire carrière en se consacrant au journalisme d’investigation. D’ailleurs, elle a trouvé un sujet intéressant et a même, en cachette, commencé des recherches sur un sujet brûlant. Elle n’en a pas encore parlé à son patron car elle veut avoir toutes les informations en mains pour lui dévoiler son scoop.

Un soir où elle doit rejoindre le domicile familial pour retrouver Kate qui doit lui présenter son amoureux, Tim, elle n’arrive pas et c’est la police qui sonne à la porte. Beth a été renversée par un camion qui ne l’a pas vue et elle est décédée sur place. Après l’incrédulité, la stupéfaction, la colère, le deuil impossible, Kate découvre que sa fille était sur le point de soulever un lièvre et de mettre au jour des faits scandaleux. Serait-elle morte à cause de cela, parce qu’elle dérangeait et que certaines entreprises allaient devoir rendre des comptes ? Pour rester fidèle à sa fille, par amour pour elle, elle reprend son combat. Elle n’y connaît rien, n’a pas pu poursuivre ses études, ne sait pas comment s’y prendre mais elle ne lâchera pas et se mettra en mode « mère courage ».

Ce roman est très bien construit. D’habiles retours en arrière nous montrent comment Kate et Beth ont construit leur relation, mais également comment chaque obstacle a été surmonté. Cela permet aussi de ne pas trop rester ancré dans le présent. La lutte de Beth, devenue celle de Kate n’est pas sans rappeler d’autres affaires du même style. Peu importe, on les aime ces femmes battantes, qui tiennent tête, qui ne baissent jamais les bras, qui refusent la fatalité, qui croient en des lendemains meilleurs.

C’est avec une trame bien ficelée, du rythme et un suspense omniprésent, que Michelle Frances m’a captivée. Révoltée par l’injustice, par le mensonge, par les faux-semblants, par le fait qu’on puisse être malhonnête et jouer avec la vie des gens, j’aurais voulu soutenir Kate, l’accompagner, l’aider comme l’a fait Iris, sa gentille voisine. J’aurais voulu lui dire : à plusieurs on est plus fort, ne reste pas seule. Il faut le reconnaître, malgré Iris, malgré Tim, elle est bien seule. Pourtant sa cause est juste. Mais ceux qu’elle veut poursuivre sont puissants, font peur et certains n’osent pas s’engager à ses côtés. J’ai trouvé intéressant de voir comment chacun réagit et se rallie à elle ou pas.

Je n’ai pas vu le temps passer aux côtés de Kate, elle m’a fascinée par sa pugnacité, son énergie, son besoin de vérité. L’écriture accrocheuse, les rebondissements, le rythme m’ont maintenue dans l’action et dans le souhait de toujours en savoir plus. Michelle Frances est vraiment un auteur à suivre !


"Requiem des ombres" de David Ruiz Martin

 

Requiem des ombres
Auteur : David Ruiz Martin
Éditions : Taurnada (12 mai 2022)
ISBN : 978-2372581028
380 pages

Quatrième de couverture

Hanté depuis l'enfance par la disparition de son frère, Donovan Lorrence, auteur à succès, revient sur les lieux du drame pour trouver des réponses et apaiser son âme. Aidé par une femme aux dons étranges, il tentera de ressusciter ses souvenirs. Mais déterrer le passé présente bien des dangers, car certaines blessures devraient parfois rester closes…… au risque de vous entraîner dans l'abîme, là où le remords et la honte règnent en maîtres.

Mon avis

Quarante-deux ans après le décès de son frère Virgile, Donovan Lorrence choisit de revenir dans la région où se sont déroulés les faits. Il ne peut pas accepter que ce drame reste sans réponse. En effet, Virgile a disparu une nuit où ils étaient sortis tous les deux, jeunes adolescents désobéissants. À cette époque-là, Novembre 1973, à Neuchâtel, une brume épaisse et poisseuse s’était abattue sur la ville et les environs, rendant toute escapade dangereuse et de ce fait fortement déconseillée. Mais bien sûr, les ados n’en ont cure de ce genre de recommandation….

Donovan, devenu écrivain à succès, est rongé par cette disparition, d’autant plus que le corps n’a pas été retrouvé et qu’aucune explication n’a pu être donnée. Que s’est-il passé ? Remords, culpabilité, deuil impossible, il est hanté par tout ça et ne sait comment attaquer ses recherches. Ce qui est certain, et il le comprend assez vite, c’est qu’il dérange et dans ce cas, on maîtrise rarement les événements.

Il va rencontrer d’anciennes connaissances, en faire de nouvelles mais rien ne l’aide vraiment. Il se heurte aux silences, aux non-dits. Et puis il voit la mystérieuse Iris, une femme trouble et troublante qui oscille entre deux mondes. Peut-elle l’aider ? Est-elle capable de cerner ce qui lui échappe ?
Tous les personnages ont quelque chose à cacher, même Donovan ne semble pas net, il louvoie entre les uns et les autres. J’ai même eu l’impression quelques fois qu’il cherchait à les exploiter….

Dans ce récit plutôt bien équilibre, il y a un peu de surnaturel, paranormal, mais sans excès, c’est assez bien dosé. Les protagonistes sont intéressants car réellement travaillés par l’auteur. Ils ont de la consistance. L'écriture est accrocheuse. Il y a du suspense, des rebondissements. Le rythme est un peu lent au début, comme si l’évocation de la brume qui colle à la peau avait ralenti la cadence, rendant tout plus difficile, plus « couteux ». Il faut l’arrivée d’Iris pour redonner du dynamisme à l’ensemble. J’ai trouvé cela un peu dommage car peut-être que certains lecteurs auront été rebutés.

La grande force de l’auteur est dans la description, que ce soit l’atmosphère ou les faits, c’est tellement bien présenté qu’on s’y croirait et c’est pour cela que cela semble un peu long au début, il faut le temps d’installer soigneusement tout un décor pour que le lecteur soit complétement à l’intérieur, partie prenante de ce qu’il découvre.

Ce recueil nous renvoie à nos propres peurs face à la mort, face au destin, face à tout ce qui nous échappe et qu’on ne contrôle pas. De vastes questions auxquelles l’auteur nous laisse le soin de répondre…..


"L'intendresse" de Valentin Deudon

 

L’intendresse
Carnet d’itinérance
Auteur : Valentin Deudon
Éditions : du Volcan (10 Février 2022)
ISBN : 979-1097339425
126 pages

Quatrième de couverture

Il est des voyages qui décident à votre place, qui ne vous laissent guère le choix. Alors, il faut simplement partir. Au printemps, Valentin Deudon a enfourché son vieux vélo orange, lesté de deux sacoches noires remplies d’affaires sales, de chambres à air de rechange et de livres de poésie. Il a longé la mer ou le fleuve, seul, sans but précis, en itinérance, visitant autant d’hôtes chaleureux que de démons inhospitaliers, tentant de diluer la nostalgie d’un amour perdu tout en observant les innombrables beautés autour. Des semaines roulantes, pesantes, pensantes, propices à l’écriture.

Mon avis

Le voyage mobile n’est rien d’autre qu’un condensé d’éphémère.

Et un jour, les jambes ont fourmillé et il a fallu partir. Peu importe la ou les raisons, le vélo orange était prêt, le cycliste pas tout à fait mais ils ont fait corps tous les deux et ils ont pris la route. Non pas pour fuir comme certains pourraient le penser mais pour se retrouver, prendre le temps de l’itinérance, des rencontres, des pauses…

Printemps 2021, Valentin Deudon part, le long des côtes ou de la Loire, avec toujours l’eau à portée de main, comme une fidèle compagne. Il a pédalé pendant trois mois. Écrivant quelques lignes ou les enregistrant chaque soir, il en a fait ce recueil empli de poésie au phrasé délicat et porteur de sens.

Poèmes, articles, références, petits paragraphes de souvenirs, observations ou réflexions personnelles sont posées çà et là. Quelques photos, en noir et blanc, paysages où surgissent rarement quelques silhouettes humaines assez floues, accompagnent le propos. Comme pour nous dire que l’homme n’était pas toujours seul. Se déplaçant constamment, l’auteur a affiné son sens du rapport à l’autre, sans contrepartie, simplement pour le plaisir du partage. Il s’est sans doute reconstruit, lui qui était « en morceaux ».

« Sur une carte ou vu d’en haut, mon trajet ne formera ni une belle boucle ni une grande ligne. Non, lui comme moi nous sommes en morceaux. »

Valentin Deudon manie les mots à merveille, il les choisit avec soin, n’en fait pas trop, comme si le fait d’être seul, l’avait incité à économiser ce qu’il dit pour revenir à l’essentiel, ce qui (se) vit, ce qui vibre. En quelques lignes, il nous transmet des émotions, des ressentis, en toute simplicité, sans se cacher, il se confie. C’est beau, c’est émouvant.

Ce livre est un petit bijou. Intendre c’est tendre vers, avoir quelque chose pour but. L’intendresse, c’et un carnet d’itinérance qui nous rejoint pour notre plus grand plaisir et qui peut devenir un compagnon de route ou de chevet.


"BFF" de Thomas Cadène, Joseph Safieddine, Clément Fabre

 

BFF
Scénaristes : Thomas Cadène, Joseph Safieddine
Illustrateur : Clément C. Fabre
Coloriste : Clément C. Fabre
Éditions : Delcourt (8 Juin 2022)
ISBN : 9782413045908
260 pages

Quatrième de couverture

Gro est un artiste, du genre qui galère et vit dans un studio miteux. C'est ce que croient ses potes... En réalité, il est un pianiste classique à succès. Dans son groupe d'amis, c'est le raté sympa dont l'échec rassure, ils l'aiment comme ça et il ne veut pas que ça change. Mais tous ont des secrets... Et la préparation du mariage d'Oscar et Claire va faire vaciller cet édifice de mensonges.

Mon avis

BFF : Best Friends Forever, ce sont des amis. La trentaine, en couple ou pas, prêts à se marier ou encore un peu volage. On suit particulièrement Olivier Gro, pianiste réputé qui n’a pas sur dire (à moins qu’il n’ait pas été écouté ?) à ses potes qu’il s’était fait un nom dans la musique. Alors pour eux, il est intermittent du spectacle et vit dans un studio pas terrible alors qu’il possède un bel appartement dans le même immeuble. Il demande à ne jamais jouer en France pour ne pas être reconnu. Peu importe que la base de ce scénario soit crédible ou pas. Ce qui est intéressant dans cet album est ailleurs.

Les scénaristes ont analysé avec finesse les comportements de ces jeunes adultes prêts à basculer dans une vie plus rangée, de « loin », de préférence quand il s’agit des copains, car eux ils ont encore envie de s’amuser. Il y a les enterrements de vie de jeune fille (EDVF) ou EDVG s’il s ‘agit d’un garçon, plutôt à Barcelone, comme le veut la tradition, avec alcool et même un peu de débauche, les soirées, les secrets échangés et les inévitables critiques sur l’un ou l’autre quand il / elle est absent-e…

La galerie de personnages présente des hommes et des femmes qui sont parfois un peu caricaturés mais c’est nécessaire de forcer un peu les traits de la personnalité pour qu’on repère chacun et surtout les relations qu’ils entretiennent entre eux. Et c’est comme dans la vraie vie, plusieurs se cachent derrière un masque pour faire comme si. Est-ce que c’est plus facile de jouer un rôle que d’être soi ? Est-ce que chacun réagit ainsi pour moins souffrir ? Parce que finalement quand on est un autre, un « faux », il ne peut rien nous arriver, comme si c’était virtuel…

Découpée en vingt-quatre (comme les vingt-quatre heures d’une journée ?) « chapitres » ou tranches de vie, cette bande dessinée nous fait partager le quotidien de ces amis. Mais le sont-ils parce que cela a toujours été ainsi, chacun faisant partie de l’univers des autres ?  Ou sont-ils réellement prêts à aider, accompagner en cas de problèmes ? La tendance est plutôt à demander un coup de main sans se préoccuper de ce que ressent l’autre. Lorsque tout tourne à peu prés les rapports sont plus simples mais dès qu’il y a des difficultés, c’est autre chose. Et effectivement les préparatifs du mariage d’Oscar et Claire risquent de déstabiliser cet équilibre de « surface »…. Et chacun se retrouve parfois seul face à ses tourments.

Cette lecture a été une belle découverte. Les dessins sont épurés sans détails superflus mais ils « campent » bien le décor où se déroulent les événements. Ils ont parfois un "thème de couleurs sur plusieurs pages et c'est assez original. Les visages sont suffisamment expressifs, même si ça reste plus dans une impression globale. Les dialogues sont bien dans d’actualité (même si je ne connaissais pas certains mots d’argot). J’ai apprécié de découvrir les différents protagonistes, de voir comment ils évoluent ou réagissent face à des événements qu’ils ne maîtrisent pas. C’était un bon moment de détente et je n’en demandais pas plus !

 

Petit bémol : la police de caractères m’a un peu gênée notamment pour les V et les RR qui se confondent facilement, de plus certaines bulles étant sur fond foncé, c’était plus difficile de lire (oui, j’ai des lunettes 😉