"La librairie disparue" d'Evie Woods (The Lost Bookshop)

La librairie disparue (The Lost Bookshop)
Auteur : Evie Woods
Traduit de l’anglais par Rosa Bachir
Éditions : City (22 Mai 2024)
ISBN : 978-2824638881
450 pages

Quatrième de couverture

Après avoir fui un mari violent, Martha part s'installer à Dublin pour refaire sa vie. La jeune femme trouve un travail de cuisinière dans une petite maison nichée dans un dédale de ruelles au coeur de la ville. Pour elle, c'est un véritable havre de paix après des années difficiles. Un jour, le hasard la pousse dans les bras de Henry, un homme excentrique à la recherche d'une ancienne librairie et d'un manuscrit disparu. Intriguée, Martha décide d'aider cet homme étrange dans cette quête qui semble tellement lui tenir à coeur. Ils découvrent que la petite librairie appartenait à Opaline, jeune femme au destin jalonné de drames et dont la vie ressemble beaucoup à celle de Martha.

Mon avis

Ce roman est un récit choral, raconté tour à tour par Martha et Henry de nos jours, et Opaline à partir de 1921 sur une trentaine d’années. Les deux femmes fuient pour exister par elles-mêmes. La première, un mari violent ; la seconde, un mariage arrangé. Toutes les deux sont attachées aux livres et les aiment pour tout ce qu’ils apportent.

« J’étais tombée amoureuse des livres et des vastes mondes qu’ils renfermaient. »

« Le mélange familier d’excitation et de curiosité que j’éprouvais toujours face à la vitrine d’une librairie provoqua des picotements sur ma peau. »

« Ce qu’il y a avec les livres, c’est qu’ils nous aident à imaginer une vie plus grande et plus bellr qu’on ne pourrait en rêver. »

Mon avis est un peu comme une vague, j’ai été assez enthousiaste au début, puis moins au milieu (l’intervention du fantastique ne m’a pas toujours convaincue) puis sur la fin, l’intérêt est remonté.

J’ai aimé les portraits des ces deux femmes, qui sont des battantes et qui ne veulent pas que les hommes décident pour elles. Je me suis plus intéressée à Opaline. Martha m’a moins captivée, elle m’a semblé moins crédible.

Les liens passé/présent sont bien pensés, judicieusement amenés. L’écriture est plaisante, avec quelques rebondissements pour maintenir l’attention. Les personnages secondaires ont un rôle plus ou moins important mais c’est bien qu’ils soient là. Les différentes temporalités ne m’ont pas gênée. L’idée de cette librairie disparue m’a bien plu.

Mais il m’a manqué un peu de rythme et des événements plus marquants pour être totalement captivée et accrochée.

Je ne regrette pas ma lecture, j’essaierai de relire Evie Woods pour voir si elle reste dans le même style ou si elle se renouvelle.

 

L'Affranchi" de Daniel Vaxelaire

 

L’affranchi
Auteur : Daniel Vaxelaire
Éditions : Orphie (22 Novembre 2016)
ISBN : 9791029801457
306 pages

Quatrième de couverture

Etienne, petit esclave, reçoit une pièce d'or des mains d'une jolie dame. Un cadeau qui va l'entraîner dans une spirale de bonheurs divers : affranchissement, initiation aux lumières de l'éducation. Aux appâts de la fortune, aux mystères féminins... Le jeune Crésus - ses anciens maîtres ont cru faire de l'esprit en lui infligeant ce nom - gravit au grand galop l'échelle de la réussite, devenant un modèle pour ces "libres de couleur " qui constituaient le socle d'une Réunion métisse, travailleuse, ambitieuse, avant même l'abolition de l'esclavage. 

Mon avis

Merci à Marie-Line, ma précieuse amie réunionnaise pour ce livre.

Ce récit commence en 1830 sur l’île de la Réunion et s’achève avant l’épilogue en 1848, lors de l’abolition de l’esclavage.  On fait connaissance avec Etienne, un jeune esclave qui vit avec sa mère, Sidonie. À côté de sa petite case, cette dernière cultive quelques fleures et légumes et élève des poules. Tout en espérant des jours meilleurs, le peu d’argent qu’elle gagne, elle le cache. Son but ? Acheter la liberté de son fils.

Le maître n’est pas un mauvais bougre, il a besoin que ses « gens » travaillent pour lui et donnent le maximum. Il ne lâche que ce qu’il faut quand il le faut, c’est un soigneux dosage pour que chacun garde sa place, que lui ait bonne réputation et qu’ainsi il n’y ait pas de vagues.

Ce jour-là, le bruit court que la calèche d’un couple de blancs va passer pas loin. Etienne se décide à tenter sa chance, s’il pouvait ramener une ou deux piécettes… Le voilà sur le bord du chemin avec de quoi rafraîchir ceux qui feront forcément une halte vers la source et son eau claire. Il coupe même la magnifique rose qui vient de fleurir et que sa maman surveille jalousement.

Lorsque ces deux-là s’arrêtent, la belle dame apprécie les attentions (dont la rose) de ce petit et au moment de se remettre en route, elle lui glisse dans la main une belle pièce d’or qui brille de mille feux, une fortune ! Il court retrouver sa mère et ajouter au bas de laine ce complément inespéré et bienvenu. En comptant et recomptant, elle sait qu’il y a maintenant suffisamment pour acheter la liberté de son fils. Magnanime, mais aussi calculateur, « notre bon maître » les affranchit tous les deux. Il décide même que le jeune garçon ira à l’école.

Ce sera l’occasion pour lui d’apprendre, de progresser… de devenir ambitieux… Mais peut-on facilement changer de statut du jour au lendemain ? Que penseront ses amis, restés esclaves ? Lisette qui l’aime depuis longtemps ? Il y a un monde d’écart entre ce qu’il est et ce qu’il devient. Sa couleur de peau reste la même, mais les regards se modifient…

En accompagnant Etienne jusqu’à l’âge adulte, j’ai découvert la vie des esclaves à la Réunion, leurs relations entre eux et avec ceux à qui ils « appartiennent ». Rien n’est simple pour Etienne écartelé entre deux univers, maladroit parfois car il ose dire ou faire sans prendre du recul, tellement il est fier de son chemin. Il réalise que quelques fois, il n’est qu’un « pion », qu’on se sert de lui, qu’on le manipule… Il change, moralement, physiquement mais il doit également rester lui-même.

C’est un roman magnifique, prenant. Je me suis attachée à ce personnage, comprenant ses faiblesses, regrettant qu’il oublie quelques conseils car aveuglé par sa réussite…

L’écriture est fluide, les scènes et les dialogues très réalistes et visuels, on a un excellent aperçu de chaque événement. L’auteur, ancien rédacteur en chef du Mémorial de La Réunion, connaît bien l’histoire de cette île. Il glisse d’ailleurs des références et des faits historiques dans son texte.

Une très belle lecture !


"Pas de prière pour Astrid" d'Edith Vacher

 

Pas de prière pour Astrid
Auteur : Edith Vacher
Éditions : du Volcan (12 Mars 2026)
ISBN : 979-1097339777
222 pages

Quatrième de couverture

Le commandant Le Quellec enregistre une déposition concernant la disparition d’une jeune fille qui vient de fuguer. Bien que touché par la détresse de la mère, il ne peut pas lancer une enquête officielle vu l’âge de la fugueuse. Il propose donc à son ami détective Karl de se mettre à sa recherche. Karl part de Brest à la suite de la jeune Astrid au comportement énigmatique.

Mon avis

Lorsque cette mère se présente à la gendarmerie, le commandant François Le Quellec est touché par sa détresse. Elle explique que sa fille Astrid s’est enfuie, qu’elle a fugué et elle fait part de sa vive inquiétude. Le gendarme lance une enquête, interroge les voisins, l’établissement scolaire, les amis mais rien…aucune piste, aucun indice…. Comme ce n’est pas un cas de force majeure pour la brigade, il demande à Karl Séniavine, son ami détective de faire des recherches et de se lancer à la poursuite de l’adolescente. Karl accepte et après avoir pris des renseignements et déduit quelques petites choses, le voici sur les routes essayant de pister la jeune femme.

Tout cela va l’entraîner dans divers pays. L’auteur a mis une carte d’Europe avec les différentes étapes numérotées pour qu’on puisse suivre le périple. J’ai particulièrement apprécié des coins de Finlande et de Norvège où je suis allée plusieurs fois, je visualisais parfaitement les lieux et c’était un plus pour ma lecture. L’auteur décrit parfaitement l’immensité des paysages, les lacs, les îles et tout ce qui fait le charme de ces contrées. C’est en totale opposition avec les événements durs et parfois violents qui sont présentés. Des sites magnifiques et des faits terribles …

Karl ne comprend pas Astrid, pourquoi est-elle partie, de qui, de quoi veut-elle s’éloigner ? Est-ce qu’il a tous les éléments pour cerner la personnalité de la fuyarde ? La situation n’est-elle pas plus complexe que ce qu’on essaie de lui faire croire ?

En commençant ce récit, je ne m’attendais pas à ce que j’ai découvert. Je pensais que j’allais suivre une enquête assez classique mais ce n’est pas du tout ça. Des thèmes forts sont abordés, les dérives sectaires, la filiation, les jeux d’influence, l’embrigadement, les mensonges, les non-dits familiaux etc.

Le suspense et les rebondissements maintiennent un rythme effréné, les personnages sont retors pour certains, on a un aperçu de la méchanceté, de la fausseté humaine. Heureusement, d’autres font preuve de soutien et d’entraide.

Plus on avance dans le roman, plus l’angoisse s’installe avec force. L’étau se resserre et on reste les poings serrés, lecteur impuissant, souhaitant que le cauchemar se termine…. L’écriture dynamique et immersive d’Edith Vacher nous fait plonger dans cette histoire. Partant d’un fait banal, elle nous montre toute la noirceur de certains individus qui ne reculent devant rien pour arriver à leurs fins, assouvir leur soif de puissance et de domination.

J’ai beaucoup aimé l’évolution de Karl, qui, parfois, se bat contre lui-même ; ses souvenirs, ses démons, sa peur de l’avenir…  Son passé est lourd et il y pense souvent. Il ne lâche rien dans sa quête, il essaie d’anticiper, d’analyser, de réfléchir …

Un road trip atypique mais prenant, sans temps mort !


"Scarborough" de Luc Dagognet

 

Scarborough
Auteur : Luc Dagognet
Éditions : Bourgois (9 avril 2026)
ISBN : 978-2267060263
210 pages

Quatrième de couverture

Scarborough, c'est l'histoire d'un professeur d'anglais dont la vie prend une étrange tournure depuis qu'il a entendu un enregistrement musical ensorcelé. Non, pardon. En fait, c'est l'histoire d'une mélodie entêtante, qui obsède le narrateur depuis vingt ans. Mais à ce compte-là, on pourrait aussi dire que c'est l'histoire d'un élève inquiétant qui se promène dans sa classe et du meurtre barbare d'un chanteur connu. Non. Retenez juste que Scarborough, c'est avant tout une ville d'Angleterre où il faut aller faire un tour pour éclaircir toute cette affaire. Rendez-vous là-bas.

Mon avis

C’est en 1966, que Simon and Garfunkel chantaient Scarborough en s’accompagnant à la guitare. C’est le nom d’une ville anglaise, située sur la Mer du Nord. Elle est connue, car au moment de l’Antiquité, les romains y avaient construit un fort pour surveiller la côte.

Afin de pénétrer dans ce roman LVNI (livre volant non identifié), je vous conseille d’écouter l’air du duo américain. Une fois fredonné, vous en avez minimum pour la journée, tant ça vous revient sans arrêt aux lèvres.


Le bandeau de présentation signale que cet écrit est drôle et mystérieux. Mais il est bien plus que ça. Quelques-uns grimaceront en disant qu’ils n’ont pas tous compris et la plupart arriveront le sourire éclatant, les yeux brillants, l’esprit encore dans les rêves procurés par cette lecture.

Le narrateur a vécu une expérience inoubliable lorsqu’il était enfant en découvrant une nouvelle dans un livre qui est tombé sous ses yeux par hasard. Maintenant, il est enseignant et il a quarante-six ans. Des événements surprenants débarquent dans son quotidien. Il ne sait pas comment les interpréter, il repense à son passé, tout se mêle, s’emmêle, les questions l’envahissent, les réponses lui échappent. Alors il repart en quête, sur une autre facette de sa vie, dans un autre temps ou pas …. Et il nous entraîne ….

C’est un récit caméléon, un texte où la sensibilité est à découvrir entre les lignes. Où la poésie et l’humour offrent un regard différent, une ouverture à laquelle on ne s’attend pas …

On ne sait pas forcément où on va mais on y va, on suit le fil d’Ariane, ces différents Scarborough en se demandant quelles surprises l’auteur nous réserve. Ce n’est pas linéaire, on part sur une route, on avance, on fait demi-tour ou on continue dans la même direction. Passé et présent sont là mais pas obligatoirement dans l’ordre, ni avec des indications temporelles précises mais ce n’est pas le plus important. Pour autant, on ne se mélange pas. Les phrases, les mots sont comme une mélodie qui berce, amuse, envoûte, emporte sur d’autres chemins …

Scarborough, c’est la racine, le point d’ancrage, le titre, la face visible, et après ça s’étend comme les branches d’un arbre qui se ramifient et explorent toutes les directions possibles. Parfois ça s’emboîte, à d’autres moments pas du tout. Mais c’est impossible à lâcher tant l’écriture est « présence ».

Le personnage principal a une façon d’être qui le rend attachant. J’avais le sentiment qu’il cherchait en permanence à comprendre son fonctionnement et tout ce qu’il se passait autour de lui. Avant de renoncer et de se laisser porter par la vie et les rencontres qu’il provoque ou qui se présentent à lui. Et ainsi accepter tout simplement ce que la vie lui offre.

J’ai beaucoup apprécié cet opus. Luc Dagognet a un petit côté espiègle, il joue avec nous, c’est dépaysant, atypique. On part dans un labyrinthe sans trop savoir où cela nous emmènera et ce n’est que du plaisir !


"Le veilleur de nuit de Palèochora" d'Alain Chanudet

 

Le veilleur de nuit de Palèochora
Auteur : Alain Chanudet
Éditions : 5 sens (15 Mars 2026)
ISBN :  ‎ 978-2889499090
252 pages

Quatrième de couverture

Claramonde, la quarantaine, est une écrivaine qui a l’habitude, à la sortie de chacun de ses ouvrages, de venir, en solitaire, décompresser et se ressourcer à Palèochora, station balnéaire au sud de la Crète. Cette année, elle va y rencontrer deux personnages qui vont chambouler le cours de sa vie. Le mystérieux et séduisant Ottavio, le veilleur de nuit de l’hôtel, de vingt ans son cadet, qui semble la connaître et lui vouer une certaine animosité. 

Mon avis

Palèochora est un lieu idyllique. Un petit village de pêcheurs transformé en station balnéaire sur une presqu'île au sud-ouest de la Crête. Une des principales sources de revenus est le tourisme.

C’est là que Claramonde, une autrice française, vient se ressourcer chaque fois qu’elle a terminé un livre. Une manière pour elle d’évacuer le stress et de reprendre pied. Par contre, elle y tient, elle vient seule. Son mari et sa fille ne l’accompagnent pas. Elle a ses habitudes et ses « rituels », elle séjourne toujours dans le même hôtel, accueilli par le vieux veilleur de nuit Yiorgos. Elle va toujours faire un tour en mer, déjeuner dans un restaurant qu’elle apprécie. Le plus souvent, elle fait tout cela sans compagnie, c’est indispensable à son équilibre.

Cette année, encore plus que les autres, elle a besoin de partir. Elle se pose des questions sur son couple et son dernier roman lui a demandé beaucoup d’énergie. Faire le point, tranquillement est plus que nécessaire. Quand elle arrive à l’hôtel, rien ne se passe comme elle l’avait imaginé. Yiorgos a pris sa retraite et le jeune qui le remplace n’est pas des plus accueillants. Elle s’installe et se dit que demain tout ira mieux. Mais ce n’est pas vraiment le cas….

Elle se lie d’amitié avec une jeune femme, Pauline, qui a une chambre à côté de la sienne. Elles discutent, échangent, se confient. Mais parfois, Claramonde ne sait plus où elle en est. Surtout que des événements bizarres la perturbent. Est-ce que quelqu’un, dans l’ombre, lui en veut et a décidé de « pourrir » ses vacances ? Est-ce que c’est le hasard ? Est-ce que c’est encore plus grave, peut-elle être agressée ?

Le décor est superbe, la mer, le soleil, la plage, mais on sent la tension, l’étau qui se resserre et l’angoisse qui va crescendo. Qui peut en vouloir à l’écrivain et pourquoi ? Elle essaie de relativiser, de prendre du recul mais c’est difficile. Elle se « découvre », comme si être là, la transformait. Un raccourci serait de penser à la crise de la quarantaine mais c’est plus profond que ça. Derrière ce récit, il y a une analyse sur les conséquences de nos actes passés, et également, ce qu’il se passe quand on reprend sa vie en mains en souhaitant être libre de ses choix.

Alain Chanudet a une belle écriture, prenante, avec des descriptions très visuelles et une approche psychologique intéressante des protagonistes. Il montre bien leurs émotions, leurs doutes, comment ils se sont construits et les raisons de leur attitude.

C’est une lecture plaisante, sans longueur.

 


"une autre vie" de Steven J. Watson (Second Life)

 

Une autre vie (Second Life)
Auteur : Steven J. Watson
Traduit de l’anglais par Sophie Aslanides
Éditions ‏ : ‎ Sonatine (1er Octobre 2015)
ISBN : 978-2355842832
450 pages

Quatrième de couverture

Julia mène une vie bien rangée à Londres avec son mari et son fils. Lorsqu'elle apprend la mort de sa jeune sœur, Kate, victime d'une agression à Paris, elle est sous le choc. Les deux sœurs, dont les relations n'ont jamais été faciles, s'étaient perdues de vue. Ne parvenant pas à faire son deuil, Julia décide d'aller sur place afin d'en savoir plus sur la vie que menait Kate. Elle apprend que cette dernière fréquentait assidûment les sites de rencontre. Le doute s'insinue alors dans son esprit : et si la mort de sa sœur n'était pas due à une simple agression mais à une mauvaise rencontre ? Ne pouvant se débarrasser de cette idée obsédante, Julia décide de se faire passer pour Kate sur le site que celle-ci utilisait.

Mon avis

Ça fait beaucoup ....

Une histoire qui démarrait d’une façon assez intéressante et puis...trop d’invraisemblances, une femme que l’on a envie de claquer tant elle est influençable, naïve, se donnant de bonnes excuses pour chavirer dans un monde délétère et de ce fait peu crédible….

L’idée de départ n’était pas mauvaise mais que de longueurs, notamment sur les sorties avec l’amant, que de choses bancales, bizarres, peu crédibles… Bref, il vaut mieux passer son chemin.

Un bémol : je comprends, malgré tout, que certains lecteurs trouvent le contenu totalement addictif mais soyons raisonnables…qu’est-ce que c’est superficiel !


"Les silencieuses" d'Anna McPartlin (The Silent Ones)

Les silencieuses (The Silent Ones)
Auteur : Anna McPartlin
Traduit de l’anglais (Irlande) par Valérie Le Plouhinec
Éditions : Cherche Midi (16 Avril 2026)
ISBN :  978-2749185576
410 pages

Quatrième de couverture

Par un matin glacé de janvier 1980, sur une plage battue par les vents du Kerry, on découvre le corps d'un nouveau-né abandonné au creux d'une dune. La première à arriver sur les lieux est Mary Shea, jeune garda de la police locale. Très vite, l'affaire prend une ampleur nationale : une équipe d'enquêteurs de Dublin est dépêchée sur place. Mais dans le Kerry, les secrets se taisent et les langues ne se délient pas facilement. Seule Mary, qui connaît mieux que quiconque les usages de sa ville, parvient à convaincre certaines femmes de témoigner.

Mon avis

1980, le Comté de Kerry, en Irlande, la côte battue par les vents. Les familles de pêcheurs ou avec des petits boulots vivent sur place. Les femmes effacées et disponibles à la maison, les hommes au travail ou au pub. Ils règnent en mâles, sûrs de leur supériorité et donc de leur pouvoir.

Dans la police, une jeune garda : Mary Shea. Elle a réussi à obtenir un poste. Pourtant, son père, préfet adjoint, ne voulait pas, ce n’est pas une fonction pour une femme. D’ailleurs, ses collègues doivent penser la même chose puisqu’ils la cantonnent à préparer le thé et taper les rapports d’audition ou autres. Elle, elle serre ses poings au fond de ses poches, elle arrive à l’heure, ne rechigne devant rien, et parfois glisse une remarque, histoire de rappeler qu’elle existe.

« Je répondais au téléphone, je tapais les rapports, j’endurais les moqueries, les insultes, les remarques blessantes, les mains aux fesses, et j’attendais mon moment, l’occasion de briller, de leur montrer qui j’étais et de quoi j’étais capable. »

Ce matin-là, un nourrisson est retrouvé assassiné dans les dunes. Lorsqu’elle arrive sur place, Mary est bouleversée par ce petit être. Elle veut lui rendre justice et comprendre qui a pu l’abandonner ici et pourquoi.

Ses collègues commencent l’enquête puis rapidement on leur envoie une équipe de Dublin. Mary est sollicitée pour une ou deux auditions. L’inspecteur Foley, un peu plus « ouvert » d’esprit que les autres réalisent assez vite que Mary sait faire parler les femmes, elle leur inspire confiance, les protège des mains trop directes des médecins qui les examinent avec mépris. Il décide d’en faire une adjointe mais attention, il la prévient : un faux pas ou si elle ne lui est plus « utile », il se passera d’elle.

Tous ces hommes ont une fâcheuse tendance à la conclusion hâtive, facile, et « on passe à autre chose, même s’ils doivent sortir des théories qui ne tiennent pas vraiment la route, ils sont satisfaits.

Mais la garda creuse plus loin, recoupe les témoignages, analyse, observe, réfléchit, revient en arrière puis progresse à nouveau, elle veut la vérité et ne lâche rien. Elle dénonce les dérives quand elle le peut. Elle est à la fois forte et pleine de doutes. Une belle personne qui, je le souhaite, reviendra dans d’autres romans.

Ce récit, inspiré de faits réels, est une véritable « peinture » sociale d’une Irlande encore engoncée dans les traditions, les non-dits, les silences, les « qu’en dira-t-on », les opinions tranchées. Certains individus sont misogynes, ont des œillères et refusent le droit à la différence… Pas de mère célibataire, pas d’union libre, pas d’homosexualité, pas d’amant-e …. Ou alors, on fait l’autruche, et ceux qui sont concernés doivent se cacher sous peine d’être mis au pilori. Heureusement, depuis 1980, les choses ont un peu évolué…

L’écriture (merci à la traductrice) est plaisante, addictive. En tant que femme, je me suis attachée à Mary, à ses luttes pour obtenir des réponses. L’histoire s’articule entre les enquêteurs et les habitants, les premiers agissant parfois sans aucune délicatesse, et les seconds se taisant le plus possible, peut-être dépassés par les événements.

Les dialogues, les scènes décrites, tout est très juste, je n’ai ressenti ni longueur, ni répétitions. Les investigations donnent du rythme et les hypothèses de Mary sont intéressantes, elle aime son métier et le fait bien. Et elle commence à donner un coup de pied dans la fourmilière des « bien-pensants » afin de ne plus être réduite au rôle de bonniche. Une femme audacieuse, courageuse et droite !