"Une enquête d’Emma : Spritz, cadavres et chocolats" de Juliette Sachs

 

Une enquête d’Emma : Spritz, cadavres et chocolats
Auteur : Juliette Sachs
Éditions : Taurnada (21 Mai 2026)
ISBN : 978-2372581837
256 pages

Quatrième de couverture

Entre son incapacité chronique à garder un emploi plus de six mois et ses relations amoureuses catastrophiques, Emma, 30 ans, semble plus proche de l'adolescente rebelle que de l'adulte responsable. Désespérée, sa mère multiplie les ruses pour lui présenter de potentiels soupirants. Tout dérape le jour où deux d'entre eux sont retrouvés morts dans de mystérieuses circonstances. Pour la police de ce petit coin de Normandie, le doute n'est pas permis, Emma est la suspecte numéro un.
Déterminée à prouver son innocence, la jeune femme se transforme en détective amateur. 

Mon avis

Le titre nous met déjà dans l’ambiance, il y aura forcément de l’humour.

Emma a trente ans, elle vit en colocation et travaille dans l’informatique. Elle est plutôt douée dans ce domaine d’ailleurs. Mais comme elle n’en fait qu’à sa tête, elle a parfois des difficultés à garder un emploi. Elle désespère ses parents, sa mère surtout. Cette dernière aimerait la voir, comme son frère dentiste, installée, mariée avec des enfants. Mais ce n’est pas ce à quoi aspire Emma. Ses relations amoureuses sont plutôt instables voire catastrophiques. Elle en est bien consciente et je pense qu’elle s’en fiche un peu, même beaucoup.

Comme sa maman veut absolument la caser, elle lui arrange, régulièrement, des rendez-vous avec ce qu’elle pense correspondre au futur homme de la vie de sa fille. C’est pour éviter une de ces rencontres que, ce jour-là, Emma essaie de rentrer chez ses parents par la fenêtre (elle a oublié son sac et veut le reprendre en toute discrétion et filer chez elle). Mais voilà, un policier, l’inspecteur Verdin, l’aperçoit et la prend pour une intruse.

Elle essaie de s’expliquer, c’est confus mais elle finira par s’en sortir. Sauf qu’elle va trouver un cadavre sur son chemin. Comme c’est l’un des prétendants dont elle ne voulait pas, les soupçons lui tombent dessus. L’enquête commence et il faut qu’elle prouve son innocence. Pas si facile que ça…  D’autant plus qu’un nouveau mort, relié à elle également, est découvert…  L’étau se resserre autour d’elle …

Constatant que les choses n’avancent pas assez vite à son goût, Emma devient enquêtrice et mène des investigations. Sauf que l’inspecteur Verdin, homme plutôt rigide, n’est absolument pas d’accord. Et encore, le brave homme ne sait pas tout, notamment sur les méthodes, parfois illicites, employées par Emma, afin d’obtenir des réponses….

Ce cosy-mystery est porté par une écriture enlevée, emplie d’autodérision et d’humour.

« « Vous voyez, quand vous faites un effort, vous m’êtes presque sympathique. »
Saleté de côté démoniaque incontrôlable ! »

Les dialogues sont truculents, Emma n’a pas la langue dans sa poche, elle cause, fait des gaffes, se reprend, recommence … Elle n’en rate pas une comme on dit ! Cela instaure une atmosphère assez légère malgré les événements graves. Le rythme est bien soutenu, il faut suivre la jeune femme dans ses idées plus ou moins astucieuses mais le plus souvent audacieuses (et pas forcément très réfléchies : elle fonce et réalise les conséquences après coup) ! Les rebondissements sont nombreux, les situations cocasses également, on ne s’ennuie pas pendant cette lecture !

J’ai bien ri pour la relation (si on peut parler de relation) qui se crée entre Emma et l’inspecteur. Ils sont à l’opposé l’un de l’autre et pour se comprendre, c’est complexe car ils ne sont pas sur la même longueur d’ondes. Mais c’est ce qui est drôle ! Je crois que même s’ils disent se détester, il se passe un petit quelque chose …

Je dis quelques fois, que lorsqu’on rit, on gagne des minutes de vie. Et bien avec cette lecture détente, c’est réussi ! Le yoga du visage c’est fait et la bonne humeur m’habite !


"Derrière les volets bleus" de Florence Tachoires

 

Derrière les volets bleus
Auteur : Florence Tachoires
Éditions : Taurnada (11 Juin 2026)
ISBN : 978-2372581738
288 pages

Quatrième de couverture

Afin de fuir un avenir incertain, Rosa se réfugie chez son grand-père au bord du bassin d'Arcachon. Mais la découverte du corps de Jérémy, son ami d'enfance, bouleverse tout.
Pour comprendre, la jeune femme plonge au coeur de l'île aux Oiseaux et se heurte à un enchevêtrement de secrets et de vérités dérangeantes.

Mon avis

Rosa se pose des questions, sur son avenir professionnel, sur son couple, sur sa vie en général. Elle ne sait plus où elle en est. Trop de stress ? Besoin de faire le point ? Elle ne peut pas répondre à ces interrogations. Mais une chose est sûre. Là, tout de suite, maintenant, elle veut « fuir ». Le bassin d’Arcachon, où vit son grand-père, Max, sera son refuge, le temps d’y voir plus clair. Elle sera au calme, près de la nature, pas loin de l’île aux oiseaux.

Max, c’est la solidité, le roc inébranlable, l’homme sur qui s’appuyer. Rosa, c’est une femme fragile, au passé douloureux, elle a des failles, elle essaie de rester droite. Elle se sait trop rigide parfois mais elle est comme ça.

Elle est venue pour se poser, prendre du recul mais dès les premiers jours, ses intentions sont bousculées. Jérémy, son ami d’enfance est retrouvé mort dans les dunes. À partir de là, Rosa veut comprendre. Comme l’enquête ne va pas assez vite à son goût, elle mène plus ou moins discrètement des investigations. Elle dérange, elle va parfois trop loin mais elle ne lâche rien. Son passé, son histoire personnelle, l’envahissent et ce n’est pas facile à gérer pour elle.

Les personnages secondaires ont tous de l’importance, le libraire, l’écrivain, le gendarme, le papy … Tous ont des fêlures, une part d’ombre. Les relations entre eux ne sont pas fluides et l’auteur exprime très bien les difficultés de communication. Et puis, il y a la nature, omniprésente, vivante, elle respire et marque de son sceau différentes scènes. C’est un élément essentiel car elle instaure une atmosphère très particulière. Elle joue un rôle.

Une thématique du récit est ce dont on se souvient et comment on l’interprète. Oublie-t-on par facilité, par peur, par amour, volontairement ou pas ? Quelle est la place des souvenirs dans notre vie, des impressions de déjà vu, déjà vécu. Qu’en-est-il des secrets, des non-dits ? Ne sont-ils pas parfois indispensables pour continuer à avancer ? Des incursions dans les années antérieures permettent, petit à petit, de cerner plusieurs événements et cela nous éclaire sur le présent et les attitudes des uns et des autres.

Le récit est construit avec beaucoup de précisions, les retours en arrière avec des dates différentes, offrent de quoi compléter ce qu’on sait déjà, sur une situation, un lieu, une rencontre, ou une personne. Tout s’emboîte, sans fausse note, comme un puzzle.

J’ai particulièrement apprécié qu’aucun individu ne soit lisse. Les imperfections font partie du caractère de chacun, et cela rend le récit plus crédible. Le style et l’écriture sont adaptés à chacun, ainsi que la façon de s’exprimer par oral. Le ton est, de ce fait, très juste.

Au-delà de l’enquête, c’est un roman où la psychologie des protagonistes est travaillée et développée, en essayant de la lier aux recherches effectuées. C’est plutôt bien pensé et bien fait. L’intérêt est maintenu en permanence, par de nouvelles découvertes.

C’est une lecture plaisante, complète. Je vais me pencher sur les autres titres de Florence Tachoires, ils ne sont pas dans le même domaine et ça m’intéresse.


"Pagayons, Moussaillons !" de Laurent Lecrest

 

Pagayons Moussaillons !
Auteur : Laurent Lecrest
Éditions : Globophile (5 Septembre 2018)
ISBN : ‎ 979-1094423073
106 pages

Quatrième de couverture

Lou, Laurence et Laurent, les 3L, sont partis de Tulcea pour rejoindre la mer Noire en suivant les méandres du delta du Danube. 5 jours de canoë en famille au milieu de l'un des derniers grands sauvages d'Europe.

Mon avis

Vivre une escapade de l’intérieur et pas en spectateurs, c’est ce qu’ont décidé Laurence et Laurent. Ils ont emmené Lou, leur fille de onze ans dans cette aventure exceptionnelle.

Cinq jours en canoë sur le delta du Danube. Rester assis et pagayer, profiter de la nature (préservée et sauvage), de l’environnement, observer et vivre autrement. Supporter les moustiques, ramer dans la vase, chercher la direction, se poser pour la nuit, tout était à prévoir.

C’est ce que Laurent raconte dans son journal de bord « Pagayons Moussaillons ! ». Avec de l’humour, le recul nécessaire pour bien analyser leur aventure, il explique leurs déboires, leurs victoires et cette joie pure et simple d’avoir réussi.

J’ai trouvé ce témoignage très intéressant. L’auteur montre que, sans grande expérience, avec une bonne organisation (en espérant ne pas perdre ses bagages ..), on peut vivre des moments extraordinaires en famille, « tricoter des souvenirs merveilleux, qui resteront gravés.

Car au-delà de l’effort (et de l’exploit) physique pour cette petite famille, il y a eu des rencontres atypiques prévues ou pas, qui ont toutes apporté « un plus » à ce voyage, en « élargissant » le regard de chaque membre de la famille. L’occasion de découvrir d’autres saveurs pour les repas, d’autres personnes et une façon de faire différente.

L’écriture est vive, dynamique, immersive, c’est très plaisant à lire, j’avais presque l’impression de voir chaque paysage, chaque situation présentée. Je trouve que le « format » choisi (cinq jours) est suffisant, tant pour les parents, que leur fille. Pour un premier « essai » sans avoir essayé auparavant, il vaut mieux rester modeste. Ils ont eu l’intelligence de l’être. Leur réussite leur donnera sûrement envie de recommencer, non ? Ou alors ça tentera les lecteurs ?

NB : pour compléter ce que j’ai lu, j’aurais bien aimé une carte avec les points de chute et quelques photos.


"Hildur - Tome 2 : Rósa & Björk" de Satu Rämö (Rósa & Björk)

 

Hildur - Tome 2 : Rósa & Björk (Rósa & Björk)
Auteur : Satu Rämö
Traduit du finnois par Aleksi Moine
Éditions du Seuil (12 Septembre 2025)
ISBN : 978-2021561012
434 pages

Quatrième de couverture

Depuis que les vêtements de ses sœurs, Rósa et Björk, disparues il y a vingt-cinq ans, ont été récemment découverts dans le jardin d’un pédophile notoire, l’inspectrice Hildur Rúnarsdóttir nourrit l’espoir d’obtenir enfin des réponses. Mais l’enquête piétine, et, bientôt, un nouveau meurtre secoue la petite ville d’Ísafjörður : le corps d’un politicien local est retrouvé sur une piste de ski. L’homme, qui ne manquait pas d’ennemis, a été abattu d’une balle dans la poitrine. Aidée de son stagiaire finlandais, Jakob Johanson, qui se démène de son côté pour récupérer la garde partagée de son fils, Hildur n’a d’autre choix que de se confronter aux traumatismes de son enfance si elle veut résoudre cette affaire et le mystère qui entoure la disparition de ses sœurs.

Mon avis

C’est avec plaisir que j’ai retrouvés Hildur et son collègue Jakob pour une nouvelle aventure. Hildur, en parallèle de son travail d’enquêtrice, continue de rechercher ses deux petites soeurs qui ont disparu il y a vingt-cinq ans. C’est une femme indépendante, sans vie de couple fixe, qui aime faire du surf et mener les choses comme elle l’entend. Elle est volontaire, opiniâtre et ne lâche rien.

Dans la petite ville d’Ísafjörður, la vie, le plus souvent, est assez tranquille. Pourtant, un homme mort vient d’être découvert sur une piste de ski. Il a été assassiné. Hildur, qui était en déplacement, est enchantée de revenir pour mener des investigations.

Le récit alterne le passé (nous en apprenons un peu plus sur sa mère, sa famille) et le présent, où l’on suit une personne pour laquelle on se pose pas mal de questions avant de comprendre, vers la fin, qu’elle est son rôle. J’aime beaucoup l’atmosphère qui se dégage avec en toile de fond la nature et la météo islandaises. Les deux sont très présentes ainsi que les habitudes de vie des habitants. Certains sont des taiseux, sans doute parce qu’ils ne voient pas grand monde vu les distances…. En plus, ce sont les débuts de l’épidémie COVID et tout le monde est mal à l’aise.

Hildur et Jakob avancent pas à pas, font des déductions, recoupent leurs indices. Le rythme n’est pas effréné et il n’y a pas pléthore de rebondissements. Pourtant, notre intérêt est sans cesse maintenu. L’écriture calme, posé, faisant la part belle aux ressentis des uns et des autres, est prenante (merci au traducteur, Aleksi Moine). Il se dégage quelque chose des écrits de Satu Rämö. Ses protagonistes sont étoffés, ils existent et ne sont pas transparents. Elle réussit à glisser, également, l’histoire personnelle de Jakob, qui est loin de son fils. Son ex-compagne ne lui épargne rien et il essaie de se battre avec ses petits moyens pour une relation plus apaisée.

Plusieurs thèmes sont abordés, avec en premier, celui des secrets de famille, des non-dits, de la vengeance sous plusieurs formes. Qu’est-ce qui peut pousser les humains à agir d’une façon ou d’une autre, qu’est-ce qui motive leurs choix ?

Si j’ai trouvé la fin un tout petit peu rapide, cette lecture a été plaisante et j’ai hâte de lire la suite !


"L’enfant du train" de Ruth Druart (While Paris Slept)

L’enfant du train (While Paris Slept)
Auteur : Ruth Druart
Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Karine Xaragai
Éditions ‏ : ‎ City Edition (16 Juin 2021)
ISBN : 978-2824618715
480 pages

Quatrième de couverture

Au cœur de l’Occupation, à Paris, Sarah vient d’être arrêtée. Parce qu’elle est Juive. Juste avant de monter dans le train pour Auschwitz et les camps de la mort, la jeune femme prend une terrible décision : elle donne Samuel, son bébé, à un inconnu. L’homme n’hésite pas une seconde et décide de tout faire pour sauver et prendre soin de cet enfant. Avec sa fiancée et le petit Samuel, ils fuient Paris pour les États-Unis, pays où l’on peut encore être libre et en sécurité. Ensemble, ils vont former une belle famille. Au fil du temps, ils oublient les traumatismes de la guerre. Jusqu’à ce que, neuf ans plus tard, une femme frappe à leur porte.

Mon avis

1944 / 1953, deux temporalités. Un couple juif, Sarah et David. Au moment d’être déportée, elle confie son enfant, Samuel, âgé de quelques jours, à un homme, cheminot qui travaille vers le train de l’enfer. Le second couple en est à ses balbutiements, ils se connaissent depuis peu, et lui se retrouve avec ce bébé dans les bras. Un enfant juif ! Bien sûr, il est nécessaire de le protéger, de le sauver. Mais comment ?

Quelle est la meilleure solution ? Ils choisissent la fuite et vont s’établir en Amérique, loin de tout, en sécurité. Ils construisent leur famille, oubliant les horreurs de la guerre. Samuel grandit avec eux, un petit garçon épanoui. Et un jour, on sonne à la porte. Les parents biologiques de Sam ont trouvé leur trace et souhaitent récupérer leur fils.

À neuf ans, comment ce dernier peut-il vivre ce déracinement, lui qui ne parle pas un mot de français et qui ignore tout du judaïsme ? Comment vont réagir les parents adoptifs ? Auront-ils le choix d’ailleurs ?

Ce roman alterne les pensées et les points de vue des différents personnages, les parents, Samuel (sur la fin). Le ton est très juste. L’enfant est au cœur des pensées de chacun. Tous veulent le meilleur pour lui, tous l’aiment et souhaitent vivre avec lui. L’auteur a bien cerné ce que pouvait ressentir chacun. Les émotions après chaque situation sont analysées avec finesse.

Bien écrit (merci à la traductrice), ce récit est prenant et il renvoie forcément quelques questions : comment aurais-je agi dans la même situation ? L’écriture est fluide, ça se lit bien. Les personnages sont attachants avec leurs interrogations, leurs maladresses, leurs peurs. 

 

 

 

"Je suis Romane Monnier" de Delphine de Vigan

 

Je suis Romane Monnier
Auteur : Delphine de Vigan
Éditions : Gallimard (15 Janvier 2026)
ISBN : 978-2073113252
336 pages

Quatrième de couverture

"Les gens ne comprennent pas. Ils pensent que j'exagère. Mais en fait, je cherche quelque chose qui a disparu. Quelque chose de pur, de limpide... qui n'existe plus." Qui est Romane Monnier ? D'elle, il ne reste qu'un téléphone portable. Des notes, des messages, des souvenirs, des enregistrements, autant de traces confiées à un inconnu, un samedi soir dans un bar.

Mon avis

« S’il vous plaît, M’dame, ne me confisquez pas mon téléphone ! C’est toute ma vie ! » Combien d’enseignantes ou d’enseignants ont entendu cette phrase ? Beaucoup …, trop sans doute.

Parce qu’effectivement, chez certains, le smartphone n’est plus seulement une extension du bras mais un vrai partenaire de vie.

« Il songe un instant à cette aliénation insensée qui s’est insinuée dans sa vie comme dans celle des gens qu’il connaît, il suffit de regarder autour de soi : ces dizaines de visages penchés sur leurs écrans, dans le métro, dans la rue, qui ne regardent plus, ne regardent plus le ciel, ne regardent plus leurs enfants, mais continuent d’avancer ainsi, tête baissée, aveugles au monde auquel ils se croient reliés. »

On a souri la première fois qu’à minuit, un 31 décembre, on a vu plus de personnes en train d’envoyer des selfies ou des messages, qu’à embrasser son voisin ou sa voisine en lui souhaitant, sincèrement, en le pensant vraiment, une bonne et heureuse année. Après, on s’est insurgé mais est-ce que ce n’était pas déjà trop tard ?

Dans cet opus, Romane est à bout. Elle sent que les relations deviennent plus superficielles, que les réseaux prennent trop de place, que la communication passe non pas par la parole mais par les sms, les notes, les photos envoyées à sa « communauté ». Communauté ? Le mot est lâché, que met-on derrière ?

Alors, elle choisit, elle abandonne son téléphone, avec son contenu. Volontairement. Elle ne veut plus être pistée, « surveillée », obligée de répondre à la norme, de jouer, parfois, « un personnage ». Elle veut de l’authenticité. Et c’est un homme qui se retrouve en possession de l’objet à la place du sien. Inversion malheureuse ou acte volontaire ? A-t-il été choisi au hasard ou cette femme l’a-t-elle, consciemment, désigné, pour hériter «de toute sa vie » ?

À partir de ce constat, Delphine de Vigan construit un roman magnifique, très réaliste, documenté et intelligent. La première intention de Thomas est de se débarrasser de ce téléphone, de retrouver le sien, de clore cet intermède. Mais Romane est introuvable alors, il devient le gardien de ses souvenirs, de ses secrets, de ses pensées. Les dernières recherches, les mémos, les clichés, les correspondants, les mails etc… Il a récupéré l’empreinte numérique de cette femme, une inconnue qu’il va découvrir. Un téléphone dévoile beaucoup, tout, ou presque car on va au-delà de sa fonction première, parler avec d’autres. Il contient plus que des archives, plus que le contenu des placards … Tant d’intimité, de secrets qui tiennent dans le creux d’une main….

Le jeune homme explore pas à pas et nous le suivons dans sa quête, il a envie de connaître Romane, de la comprendre ses choix. Est-ce que le lecteur fera de même ? Est-ce que ça l’aidera à prendre du recul face à ces technologies avancées ? À chacun sa réponse.  

En creusant dans les mémoires de cet objet, qu’il est bien conscient de surinvestir, Thomas visite également les pièces fermées de sa propre mémoire. Certains éléments font écho en lui. Le temps qui a été englouti dans cet accessoire, qu’on ne passe plus à feuilleter un magazine mais à scroller sans intention précise, les modes de communication qui ont totalement changé …

Avec son style épuré, ses phrases brèves qui font mouche, l’auteur nous rappelle l’importance de l’humain. Que souhaite-t-on tisser comme liens ? Que veulent, que valent vraiment nos téléphones mobiles ? Comment gérer la dépendance qu’ils créent ?

D’ailleurs, qu’a fait Delphine de Vigan depuis qu’elle a écrit ce livre ? A-t-elle changé son rapport au sien ?

C’est une lecture coup de cœur, pour son originalité, pour ce qu’elle apporte de réflexions personnelles, pour le fait que, jamais, l’autrice ne se pose en juge. Son récit est une analyse fine et pointilleuse d’une vérité qui fait mal, et si on sent que ça fait mal, c’est qu’il n’est pas trop tard pour agir …..


"Les Années Glorieuses – Tome 4 : Les Belles Promesses" de Pierre Lemaitre

 

Les Années Glorieuses – Tome 4 : Les Belles Promesses
Auteur : Pierre Lemaitre
Éditions : Calmann-Lévy (6 Janvier 2026)
ISBN : 978-2702191477
512 pages

Quatrième de couverture

Tout commence par un incendie, un bébé et... un sanglier.
Paris est transformé par des travaux titanesques, le cœur d'un homme est écartelé, le monde rural menacé, des femmes sortent de l'oubli, et les membres de la famille Pelletier, toujours plus proches de nous, marchent inexorablement vers leur destin. Au terme d'un effroyable dilemme moral, ce sera l'effondrement ou l'apothéose.
Par bonheur, le chat Joseph veille encore.

Mon avis

Voici le quatrième tome de cette belle saga familiale « Les Années Glorieuses ».

J’ai retrouve avec plaisir certains personnages, j’étais impatiente de connaître leur avenir et cela a maintenu mon intérêt. Le récit est surtout centré sur Jean, surnommé « Bouboule », qui a une double personnalité et son épouse acariâtre, calculatrice. Suivre leurs déboires ainsi que ceux du reste de la famille a maintenu mon intérêt.

L’auteur est un grand conteur et sait nous prendre dans ses rets. Mais cette fois-ci, j’ai quelques légers reproches à lui faire.

Personnellement, la fin m’a semblé un peu expédiée, et tout au long du roman, le contexte historique moins développé. J’ai ressenti quelques longueurs, notamment pour la découverte de la sexualité d’un des protagonistes.

Malgré tout, l’écriture est toujours aussi prenante et on reste facilement scotché aux pages, l’art du suspense est maîtrisé, et l’atmosphère bien décrite. Les relations entre les uns et les autres sont présentées avec finesse, les dialogues, les pensées de chacun étoffant le tout. Colette est celle qui me plaît le plus. Elle est très intelligente, intuitive et attachante.

Même si cet opus n’a pas l’intensité des précédents, il conclut de belle manière cette série et j’ai apprécié ma lecture.