"Oméga - Tome 2 : Pierres" de Jane Tallipram

 

Oméga - Tome 2 : Pierres
Auteur : Jane Tallipram
Éditions : Nombre7 (10 Mai 2024)
ISBN : 979-1042701772
224 pages

Quatrième de couverture

À la suite d'une innovation prodigieuse restée clandestine et nommée Oméga, Hector, un jeune paysan colombien, est devenu le seul être humain immunisé contre les mécanismes du cancer. Ciblé entre autres, par d'obscures organisations, Hector devra se taire sur son état. Une nouvelle mission attend l'ancien paysan : le contenu ultra secret du colis qu'il devait déposer jadis en Asie et qu'il lui faut récupérer coûte que coûte.

Mon avis

Entre anticipation (parfaitement dosée et pas du tout trop présente ni envahissante) et thriller, ce roman offre de belles réflexions en toile de fond sur les choix des hommes, notamment de ceux qui pensent avoir tout le pouvoir. Qu’en est-il de la possibilité des progrès médicaux extrêmes si cela doit déséquilibrer l’économie mondiale parce que certains les utiliseront mal en abusant des possibilités ainsi offertes ?

Je n’ai pas lu le tome 1 mais cela n’a en rien gêné ma lecture. La quatrième de couverture était assez explicite. Hector, jeune paysan colombien est immunisé contre le cancer donc il y a des envieux. D’où le fait qu’il se fasse discret, essayant de se faire oublier afin de vivre en paix. Il est maintenant plus âgé et a un fils bien placé dans la haute finance sur qui il peut compter. Peut-être pourra-t-il l’aider en cas de coup dur ? Bien entendu, ça ne fait pas tout mais avoir du soutien, c’est toujours bon à prendre, n’est-ce pas ?

Alors qu’il pensait vivre tranquille, voilà qu’on lui demande de récupérer un colis qu’il a normalement déposé, il y a bien longtemps, en Asie. Il n’a pas à dire oui ou non, c’est une exigence. Va-t-il pouvoir s’acquitter facilement de cette mission ? Rien n’est évident car forcément tout finit par se savoir et personne n’a l’intention de lui faciliter la tâche. Il va lui être nécessaire de ruser, de réfléchir en amont afin d’agir pour tenter de sauver ce qui peut l’être. Pas simple du tout, surtout quand ceux qu’on imagine honnêtes ne le sont pas vraiment, jouant sur plusieurs tableaux. À qui se fier, qui manipule qui ? À qui faire confiance ? Hector et ses alliés vont bien galérer.

Le lecteur suit les péripéties de plusieurs personnages en espérant que tout va s’arranger. De nombreux rebondissements maintiennent notre intérêt. Les dialogues sont rédigés avec quelques pointes d’humour et de second degré. J’ai trouvé qu’il y en avait presque trop parfois au détriment de l’action qui passait alors au second plan. Mais ça ne coupe pas trop le rythme donc ça va. Les phrases assez courtes sont percutantes. L’écriture de Jane Tallipram est vive, sans temps mort.

Elle maîtrise son intrigue, elle sait où elle veut nous emmener (une des révélations, à propos du colis, dans les dernières pages est non seulement bien pensée mais également très originale) et elle distille les indices petit à petit. Il faut être très attentif pour mettre bout à bout ce qu’on découvre. J’ai eu un petit regret, j’aurais aimé que les caractères et les profils psychologiques des principaux protagonistes soient un peu plus développés.

Mis à part ce petit bémol, ce récit est très plaisant à lire.

NB; la couverture est magnifique !

"Le réseau Jane" de Heather Marshall (Looking for Jane)

Le réseau Jane (Looking for Jane)
Auteur : Heather Marshall
Traduit de l’anglais (Canada) par Laurent Dury
Éditions : Charleston (14 Mars 2023)
ISBN : 978-2368129579
466 pages

Quatrième de couverture

« Si vous ou une de vos amies tombe enceinte alors qu’elle ne le souhaite pas, vous devez appeler un médecin et demander Jane. » Jeune étudiante à l’université de Toronto, Nancy Mitchell se raccroche désespérément à ces mots lorsqu’elle découvre sa grossesse en 1980. Elle sait que se rendre au cabinet de Seaton Street pourrait l’envoyer en prison. Pourtant, quelques années plus tard, elle rejoint le réseau Jane, en dépit du danger, pour venir en aide aux jeunes femmes dont elle partage le déchirement. Nancy trouve rapidement sa place dans cette famille de coeur et comprend que chacune a ses propres raisons et secrets pour prendre au quotidien ces risques insensés.

Mon avis

Inspiré de fait réels, ce roman offre de magnifiques portraits de femmes battantes que l’on suit, à tour de rôle, sur trois époques différentes. Elles sont toutes reliées par une même thématique : la grossesse désirée ou non et le droit à choisir.

« Que chaque enfant soit un enfant désiré, que chaque mère soit mère parce qu’elle l’a voulu. »

Les faits se déroulent au Canada, en 1960, 1979, 2017. On découvre ces « foyers » tenus par des religieuses, où de jeunes filles sont envoyées pour accoucher « en toute discrétion ». Les conditions sont terribles, révoltantes et elles ne peuvent pas se rebeller. L’auteur retrace le parcours de ces adolescentes enceintes parce que violées ou autres dures conditions. Que deviennent leurs bébés ? Que savent-ils de leur histoire ?

Comment peut-on agir ainsi ? Refuser de leur offrir un espace de parole, le droit de s‘exprimer et de donner leur ressenti. Ce sont des êtres humains pas des ventres ! On ne dispose pas de leur vie. J’étais en colère de lire ça. Et quand on sait que ça a existé … brrr…Que dire de celles qui doivent avorter clandestinement et sans suivi médical, parfois avec une « opération » qui met leur vie en danger ?

Alors « le réseau Jane » s’est mis en place en secret, pour aider toutes celles qui souffraient en silence afin de leur proposer des interruptions de grossesse en toute dignité. Mais quand on agit dans l’illégalité, on prend des risques même si ce qu’on fait est juste et justifié. Alors on assiste à la lutte de toutes celles qui, chacune à leur niveau, ont décidé de se battre, pour qu’en 1988 le droit à l’avortement soit voté au Canada (1975 en France).

Ce récit aborde également d’autres thèmes : la liberté de parole dans les couples, le droit à la maternité pour les unions de même sexe, l’adoption, les non-dits dans les familles, l’amitié, le qu’en dira-t-on face aux conventions sociales etc.

J’ai trouvé l’intrigue bien pensée et construite de façon intelligente, la lettre qui fait le lien est une excellente idée !

L’écriture de Heather Marshall est prenante (merci au traducteur), empreinte d’empathie et de respect. Le propos émouvant, poignant, vous prend aux tripes. Un peu de passion, avec des histoires d’amour délicates, finit de « ferrer » le lecteur ou la lectrice. On veut savoir, on espère une fin pleine d’espoir… Il y a quelques lueurs pour ne pas baisser les bras tout au long du livre et ça fait du bien !

La note de l’autrice en fin d’ouvrage est intéressante et complète la lecture. Elle explique ses recherches historiques, son cheminement vers l’écriture.

Quand on voit ce qu’il se passe dans certains pays, avec des retours en arrière sur les lois existantes, le sujet reste pertinent et d’actualité malheureusement ….

 

"Amour, sexe et terre promise" de Salomé Parent-Rachdi et Deloupy

 

Amour, sexe et terre promise
Reportage en Israël et Palestine
Auteurs : Salomé Parent-Rachdi (scénario) et Deloupy (dessin
Éditions : Les Arènes (4 Avril 2024)
ISBN : 979-1037511720
164 pages

Quatrième de couverture

Raconter le conflit depuis la chambre à coucher.

Entamée en 2018, cette enquête intime donne la parole à seize témoins, hommes et femmes, palestiniens et israéliens, arabes et juifs, qui racontent comment la guerre et la religion s'insinuent dans leur vie amoureuse et sexuelle. Une vie codifiée, contrainte, blessée : l'amour sous le joug de la géopolitique.

Mon avis

Cette bande dessinée a été conçue avant les événements du 7 Octobre 2023 (depuis cette date, une guerre dévastatrice a éclaté entre Israël et le Hamas, faisant des milliers de victimes entre morts et blessés). Les deux auteurs ont choisi qu’elle soit publiée malgré tout et ils s’en expliquent sur trois pages (en BD) avant de rentrer dans le vif du sujet. À la fin, les témoins qui le souhaitent disent en quelques lignes leur ressenti depuis Octobre 2023.

Journaliste indépendante, Salomé a été correspondante en Israël et Palestine de 2017 à 2020, elle connaît les lieux, a des contacts. Avec Deloupy, ils ont choisi de « prendre de la hauteur », de voir le conflit sous un autre angle, celui de l’amour et du sexe.
Salomé a eu des entretiens avec seize personnes, à Tel-Aviv, Gaza, Jérusalem, Ramallah. Des hommes, des femmes, qui ont accepté de se mettre à nu, de parler de leur religion, de leur vie intime, de coparentalité, d’amour, de sexe, le tout sans tabou, en toute simplicité.

On découvre le poids des traditions, la pression mise sur les femmes, le harcèlement de rue, les difficultés rencontrées par les LGBT (minorités sexuelles et de genre), les couples mixtes (le poids du regard des familles, des amis….), ce qui pose problème à cause du travail (notamment l’armée), de l’aspect physique ou autre …

« L’occupation s’immisce jusque dans la vie privée des gens. »

J’ai été très touchée par le témoignage de Yasmeen, qui crée des vêtements au dos desquels est brodé « Not your Habibti » (je ne suis pas ta chérie). Elle avait d’abord peint ce slogan sur sa veste avant d’en faire une « marque ». C’est sa façon à elle de se battre, de rendre leur liberté aux femmes….

A découvrir ici

« Je sais bien qu’un simple vêtement ne va pas arrêter le harcèlement…mais c’est un rappel que vous faites partie de quelque chose de plus grand qui veut redonner du pouvoir aux femmes, que vous n’êtes plus seule. »

C’est stupéfiant de constater que, selon les origines, l’approche de la sexualité n’est pas la même. Il y a ceux à qui on n’explique rien (un jeune couple qui ne savait pas faire l’amour), les gays qu’on veut rééduquer, soigner, la masturbation qui est interdite etc ….



"Kay Scarpetta - Tome 27 : Morts suspectes" de Patricia Cornwell (Unnatural Death)

 

Kay Scarpetta - Tome 27 : Morts suspectes (Unnatural Death)
Auteur : Patricia Cornwell
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Dominique Defert
Éditions : Jean-Claude Lattès (15 Mai 2024)
ISBN : 9782709673921
418 pages

Quatrième de couverture

Le lendemain de la nuit d’Halloween la plus sanglante qu’ait connue la Virginie, Kay Scarpetta, la cheffe de l’institut médico-légal, doit abandonner ses autopsies pour enquêter sur des meurtres particulièrement violents. Elle débarque dans une région sauvage et découvre un cadavre flottant à la surface d’un lac et un autre au fond d’un puits de mine abandonné — les deux corps sont méconnaissables. Le couple allait être arrêté pour leurs activités cybercriminelles et leur mort ne peut être une coïncidence. De toute sa carrière, Scarpetta n’a jamais eu affaire à une telle barbarie.

Mon avis

C’est la vingt-septième aventure de Kay Scarpetta, que je suis depuis ses débuts. Chaque histoire peut se lire de façon indépendante (si besoin, il y a quelques rappels glissés discrètement). Certaines sont plus captivantes que d’autres, l’auteur ayant connu un coup de mou ces dernières années.

Cette fois-ci, on est en plein hiver (cela rajoutera quelques péripéties) et Kay, cheffe de l’institut médico-légal, doit aller avec sa nièce Lucy (HPI, employée des services secrets) récupérer deux corps dans un endroit difficile d’accès. Il s’agit, a priori, de personnes sous surveillance depuis quelque temps pour leurs activités cybercriminelles. Ce qui interroge, ce n’est pas forcément leur mort, mais plutôt la manière dont ça s’est fait. Marino, son enquêteur de terrain, est déjà sur place et a remarqué plusieurs choses troublantes. Les investigations ne seront pas aisées !

Scarpetta se sent épiée en permanence, elle n’est jamais tranquille, elle a peur pour ceux qu’elle aime. Elle vit avec Benton, son mari, profileur au FBI. Ce n’est pas toujours facile entre eux car leurs boulots se télescopent. Ils sont parfois obligés de mentir, par omission, afin de se protéger l’un l’autre.

En parallèle, elle mène une autre enquête. C’est une femme efficace, intelligente, capable de déductions fines. Ses raisonnements apportent un plus au texte car on a envie de savoir comment elle pense. De plus, Lucy très douée, bénéficie d’outils très performants et partage avec sa tante.

Ce récit est plus épuré et contient moins de digressions que les derniers. On retrouve l’écriture (merci au traducteur, Dominique Defert) sèche et incisive de l’auteur. Elle décrit à la perfection tout le côté « médecine légale », autopsies, observations diverses… Ces explications intéressantes prennent malgré tout de la place et de ce fait donnent le sentiment d’un rythme assez lent. C’est un peu frustrant car j’aurais souhaité plus de rebondissements. Heureusement, ça s’accélère sur la fin et ça laisse présager une suite ....

J’ai été contente de retrouver tous ces protagonistes auxquels je me suis attachée au fil du temps mais pour moi ce n’est pas le tome le plus réussi de Patricia Cornwell, même s’il est assez bon.


"Autoportrait au radiateur" de Christian Bobin

 

Autoportrait au radiateur
Auteur : Christian Bobin
Éditions : Galimard (3 Octobre 1997)
ISBN : 978-2070749782
180 pages

Quatrième de couverture

"Ce n'est pas un journal que je tiens, c'est un feu que j'allume dans le noir. Ce n'est pas un feu que j'allume dans le noir, c'est un animal que je nourris. Ce n'est pas un animal que je nourris, c'est le sang que j'écoute à mes tempes, comme il bat - un volet ensauvagé contre le mur d'une petite maison."

Mon avis

Écrit du 6 avril 1996 au 21 mars 1997, après la mort de son épouse, ce court roman (Bobin tient à ce qu’on dise roman), retrace des réflexions intimes que l’auteur partage avec nous.

« La vérité, ce n’est pas un trou dans la terre. La vérité, c’est l’infini d’amour parfois reçu dans cette vie quand noud n’avions vraiment plus rien. »

On pourrait penser qu’il va se plaindre, se souvenir et nous faire pleurer suite au décès de celle qu’il a aimée. Bien au contraire, il célèbre la vie, et surtout l’Amour avec une majuscule.

« Il peut sembler étrange de faire entrer, chaque semaine, deux bouquets de fleurs dans un endroit où l’on vit seul. »

Les fleurs comme thérapie, comme moyen de faire rentrer la vie chez lui, de « nourrir les invisibles », comme il l’écrit. Elles le maintiennent vivant, il s’en occupe, il les choisit avec soin, les contemple. Il en a besoin parce que, parfois, la mort s’impose, lui fait de l’œil, il irait presque jusqu’à avoir envie de quitter la vie….

Alors, il cherche dès le réveil, un rien de gaieté, « du minuscule et de l’imprévisible. Un petit marteau de lumière heurtant le bronze du réel. »

Ce recueil est doux et délicat, raffiné comme une dentelle. On aimerait se souvenir de tout, noter les phrases. Mais il suffit d’acheter ce petit livre, de se l’offrir ou de l’offrir et de le feuilleter pour retrouver, intact, le plaisir d’une parenthèse enchantée…

« Finalement, je n’aime pas la sagesse. Elle imite trop la mort. Je préfère la folie - pas celle que l’on subit, mais celle avec laquelle on danse. »


"Le bomian" de Page Comann

 

Le bomian
Auteur : Page Comann
Éditions : M + (4 Juillet 2024)
ISBN : 978-2382112564
314 pages

Quatrième de couverture

Été 1955, Alpes-De-Haute-Provence.
Le village du Mazet-sur-Rourle se prépare à fêter le 14 juillet. Un feu d’artifice sera tiré en apothéose au-dessus de la garrigue. Au coeur de cet été de canicule, l’arrivée d’un étranger, d’un bomian comme on dit au pays, fera exploser bien autre chose que des fusées.
Les secrets, les non-dits, les mensonges. Tout ce que les habitants cachent depuis trop longtemps derrière leurs jalousies.
Pour beaucoup, c’est l’heure des comptes.

Mon avis

Le bomian c’est un homme venu de nulle part, affichant des tatouages et un regard acéré. Un étranger au village provençal où il débarque en ce jour de Juillet, en 1955, descendant du car qui passe par là. Il est blond, parle peu, mais on sait qu’il est d’origine arménienne et qu’il vient de Marseille. Il cherche un petit boulot, le gîte et le couvert. Grâce au curé, il trouve de quoi s’occuper.

Ce sont les grandes vacances, Lisou l’institutrice est belle, le directeur de l’école la regarde avec envie. Le bomian jette un œil sur ses formes, son sourire mais il sait bien qu’il doit rester à sa place. Il ne peut rester ici que parce que les gens du bourg le veulent alors…. Autant ne pas chercher d’embrouilles. Il est accepté, avec réticence par certains. Il ne faudrait pas qu’il plaise trop aux femmes, qu’il montre qu’il sait se battre quand les gitans viennent faire des histoires pour des impayés, et comme tout le monde prépare le 14 Juillet, il ne faudrait pas, en plus, qu’il sache danser !

Au Mazet-sur-Rourle, tout le monde se connaît. Personne ne se moque du Pabeu, un jeune homme, un peu simple. Lui, il parle au bomian, il lui propose même d’aller chasser... Quelques-uns savent les infidélités des autres. Les femmes observent mais n’ont pas toujours droit à la parole. Le curé a entendu tant de choses à confesse qu’il n’ignore rien des secrets et des non-dits mais il se tait….

Peu d’habitants mais tous s’interrogent. Combien de temps cet étranger va-t-il rester ? Pourquoi est-il venu là ? Que cache-t-il ? Parce que, forcément, il n’a pas tout dit et il doit être là pour une raison précise, non ?

Page Comann, ce sont deux auteurs, Ian Manook et Gérard Coquet. Quand ils écrivent à quatre mains, on ne sent pas de différence d’écriture, c’est harmonieux, fluide. La dernière fois, avec « Souviens-toi de Sarah », ils m’avaient emmenée en Angleterre à l’époque contemporaine, en lien avec une enquête dans le passé. Un style totalement différent. Et j’avoue que cette fois-ci, ils m’ont encore bluffée. Ce n’est jamais simple de changer de registre alors quand on écrit à quatre mains, la difficulté doit être doublée. Ils sont très forts !

Le rendu de la bourgade, de l’époque (1955 et un été chaud), de la Provence, l’ambiance, les relations entre les personnages, tout est parfaitement exprimé. Je suis admirative de la force et de la variété du phrasé, bien ciblé en fonction de qui parle. Rien n’est laissé au hasard, les « décors », la vie quotidienne, le vocabulaire employé, tout est en phase avec l’histoire (même les chansons du bal). Au fur et à mesure, les langues se délient mais comment démêler le vrai du faux ? C’est un vrai roman d’atmosphère. Tout a de l’importance, les individus décrits à la perfection, les paysages qui ont un vrai rôle à jouer, les dialogues …

J’ai eu énormément de plaisir à découvrir ce nouvel opus. Je l’ai trouvé plaisant à lire, avec une part de mystère bien dosée, et juste ce qu’il faut d’actions. La façon dont sont liés les différents destins des protagonistes est intéressante, voire captivante. Une belle réussite et je pense ne pas être au bout de mes surprises avec Page Comann !

"Crassiers" de Ribos

 

Crassiers
Auteur : Ribos
Éditions : Jarjille (15 Mai 2024)
ISBN : 978-2-493649-19-5
66 pages

Quatrième de couverture

Les crassiers sont un des symboles de Saint-Étienne, héritages du passé industriel minier. Ils font partie du paysage. Un jour, j’ai eu envie de monter dessus…

Mon avis

Au Nord, c’étaient les corons ...

À Saint-Etienne, ce sont les crassiers …. Ils ont commencé à exister en 1938 et aujourd’hui, en 2024, ils sont toujours là. Bien sûr, ils ont refroidi mais leur terre est toujours meuble, alors des arbres ont été plantés et se sont enracinés.

Ils font partie du patrimoine, du paysage, on rêve de grimper au sommet bien que ce soit interdit, on s’en sert de support d’expression, de lieu de rendez-vous secret …

Ribos est né en 1973, le mois où le puits Couriot (puits de mine stéphanois) a été fermé, un signe diront certains … Il n’est pas dessinateur à temps plein, il a d’autres casquettes. De chez lui, il voit les crassiers. Pas tous, mais deux, c’est suffisant pour s’évader en pensée et avoir le souhait de monter dessus…

Il raconte en bande dessinée, ce que ce projet a provoqué en lui, une vague de souvenirs, l’enfance, l’adolescence et puis après, son quotidien de maintenant…

Des planches avec des dessins en trois couleurs qui racontent la vie, l’envie, la place que tiennent les terrils, non les crassiers car chez nous, à Sainté, on ne les appelle pas autrement, la place qu’ils tiennent partout dans les cœurs, les têtes, les esprits ….

Le trait est vif, les dialogues ciblés, il y a du rythme dans tout ça.

Lavilliers chante : on n’est pas d’un pays mais on est d’une ville. Les crassiers, c’est tout à fait ça et Ribos a bien fait de leur rendre hommage !

NB: en fin de livre, des annexes très intéressantes complètent la lecture !