Corps célestes à la lisière du monde (Himintungl yfir
heimsins ystu brún)
Auteur : Jón Kalman Stefánsson
Traduit de l’islandais par Éric Boury
Éditions : Christian Bourgois (5
Mars 2026)
ISBN : 978-2267058376
480 pages
Quatrième de couverture
Islande, XVIIᵉe siècle. Le révérend
Pétur, un homme tourmenté précédé d'une réputation sulfureuse, écrit une
longue lettre à une destinataire mystérieuse. Après des études à Copenhague et
un séjour en Angleterre, il a été nommé à la paroisse de Brúnisandur
dans les fjords de l'Ouest. À son arrivée, Pétur est accueilli par la servante
Dóróthea, une femme à la mémoire prodigieuse et au caractère affirmé. Elle
deviendra rapidement un soutien indéfectible face à l'adversité et dans son
projet de relater les événements tragiques qui secouent l'île : le bailli Ari
Magnússon - représentant de la couronne danoise - a décidé de s'attaquer aux
pêcheurs espagnols échoués sur l'île après le naufrage de leurs bateaux, et
Pétur tente d'empêcher le pire.
Mon avis
Début des années 1600, le révérend Pétur arrive dans la
paroisse de Brúnisandur. Il a volontairement été envoyé là-bas pour l’éloigner
des lieux où il y a eu quelques dérapages (nous le comprenons à demi-mot). Il a
la réputation d’être assez sûr de lui. Arrivé sur place, il est accueilli par Dóróthea,
domestique à son service, elle sait tout sur tout le monde et il peut lui
parler.
Dès les premières
pages, il écrit une longue lettre, que nous lisons comme un monologue, il l’adresse
à « mon exquise », une personne dont on ne sait rien. Il échange avec
sa gouvernante en lui lisant ses courriers, elle commente et lui dit souvent de
ne rien cacher. Cette femme vaut le détour, elle est surprenante, à la fois
simple et assez « cultivée » à cause de toutes les connaissances qu’elle
a et surtout de son regard mature sur la vie. Son portrait est plutôt complet,
intéressant. Pétur, lui, réfléchit sur sa mission, son rôle. Il montre les
difficultés de sa vie : être au service des autres et ne se laisser perturber
par aucune tentation.
Le récit oscille entre passé et présent, entre éléments
réels et fictifs. La trame historique est complète, travaillée. Elle dévoile
des faits ayant existés parfois révoltants. J’ai ainsi découvert que les habitants
de l’Islande, un pays où il me semble qu’il fait bon vivre, ne se sont pas
toujours comportés avec respect. En 1615, a eu lieu le Spánverjavígin, également
appelé « massacre des Espagnols », les chasseurs de baleine du Pays-Basque
espagnol ont été tués. Bien sûr, il y avait eu conflit mais en arriver à de
telles extrémités interroge …
« Combien devront se poser la question, là-bas, en Espagne,
lorsque passera l’automne puis que viendra l’hiver sans qu’aucun des marins ne
rentre des mers d’Islande ? »
Le roman évoque plusieurs pans de l’histoire du pays, les mêlant
aux personnages imaginaires introduits dans le texte. Le révérend les interprète
et développe ses pensées, sa vie personnelle, en partant de ce qu’il présente,
cela permet d’aller plus loin dans la réflexion et l’analyse.
« Peut-être enterrons-nous la vérité et la justice
pour nous simplifier la vie ? »
L’auteur s’interroge sur le pouvoir de l’écrit, sur sa
force. Si on ne laisse pas une trace tangible de ce qui se passe, comment être
sûr de ce qu’on dit lorsqu’on évoque les événements ? En même temps,
suivant qui rédige, le contenu peut être « orienté »… Il
établit aussi, sans le formaliser directement, un lien entre ce qui a été et ce
qui est. Les hommes retombent-ils toujours dans les mêmes travers ?
C’est un texte dense, non linéaire, avec de nombreuses
informations. La première partie peut rebuter car il y a beaucoup à assimiler,
il est nécessaire de ne pas se laisser distraire. Il ne faut pas attendre des
actions, des rebondissements, un rythme effréné. C’est plus de l’ordre de la
méditation, de l’introspection. C’est une lecture qui se « mérite ». Mais
le style puissant, l’écriture poétique et profonde (merci au traducteur),
envoutent, mettant en place une atmosphère particulière où tout s’articule avec
lyrisme.






