"Sens uniques" de Pierre-Alain Delachaux

 

Sens uniques
Auteur : Pierre-Alain Delachaux
Éditions :  5 Sens (15 Mars 2026)
ISBN : 978-2889498970
498 pages

Quatrième de couverture

Après vingt ans d’absence, Benjamin a annoncé son retour. Déstabilisés par les crises existentielles de milieu de vie qu’ils traversent actuellement, ses amis d’enfance l’attendent avec impatience, certains qu’il saura apaiser leurs angoisses et dissiper leurs incohérences. Cependant, ce retour inattendu de l’irréprochable ami rend ces quadragénaires en détresse particulièrement nerveux. Quels secrets du passé ramène-t-il dans ses bagages ? À grand renfort d’humour, d’amour et de tendresse, ils tentent tant bien que mal de préserver leur amitié vacillante, mais – évidemment – rien ne se passera comme ils l’espéraient. Parviendront-ils à raviver leur complicité passée, à affronter leurs contradictions présentes et à prendre les bons chemins donnant un sens à leur avenir ? Et surtout, qui osera se resservir de clafoutis ?

Mon avis

C’est une bande d’amis quadragénaires. On pourrait écrire qu’ils se connaissent depuis toujours. Certains sont en couple, d’autres sur le point de se séparer et quelques-uns seuls. Ils ont des « codes » bien à eux, des souvenirs communs, des phrases cultes, des repas partagés avec des habitudes comme dans tous les groupes qui se fréquentent depuis longtemps. Mais ils ont aussi leurs petits secrets, pas connus de tous, des envies d’ailleurs parfois mais non exprimées, des boulots qui les « gavent » mais où ils donnent le change, les petits travers du quotidien qu’ils essaient de gommer ou mettre de côté …

Benjamin, l’un d’eux, est parti, il y a une vingtaine d’années et le voilà qui annonce son retour ! Réunion au sommet de la bande presqu’au complet. Il faut anticiper son accueil, lui trouver une voiture, prévoir ceci, cela, afin qu’il soit bien dès son arrivée. Que dira-t-il en les voyant ? « Vous n’avez pas changé. » ? Mais est-ce la vérité ? Chacun se pose la question. Sont-ils les mêmes ? Forcément, les personnalités ont évolué mais est-ce très visible ou juste un peu perceptible ? Dans quelle mesure sont-ils différents ? Vont-ils retrouver la complicité et l’amitié avec Benjamin tout de suite ou faudra-t-il un temps d’adaptation ? Est-ce que ce sera facile ? Chacun d’eux se voit assigner une mission avant l’arrivée de leur ami et envisage les retrouvailles …

Rien n’est jamais comme on l’imagine, n’est-ce pas ? Entre surprises, imprévus, vieilles rancœurs, secrets de cabinet, non-dits, jalousies, tous les sentiments des protagonistes sont détaillés avec beaucoup de finesse. Chaque sous-titre de chapitre nous indique le jour, voire l’heure et qui va être mis en avant. Parfois une même situation est vue par l’un ou l’autre et l’interprétation varie. Quelques courts passages en italiques font allusion au passé.

On avance pas à pas, dans la vie de ces quadras, on voit leurs difficultés familiales ou professionnelles, leurs interrogations sur le présent ou l’avenir, leurs regards sur le passé, ce qu’ils montrent et ce qu’ils ressentent vraiment sans toutefois oser le dire, afin de garder les apparences.  On dirait qu’ils souhaitent donner une image bien lisse, de bonne entente, où chacun écoute l’autre et en prend soin. Mais qu’en est-il réellement ?

J’ai trouvé ce roman très intéressant, bien écrit et offrant une belle analyse des relations humaines. J’ai pensé à quelques films de Bacri et Jaoui alliant une forme de liberté de parole avec une pointe d’humour dans des actions de tous les jours mais vus par un œil affuté, c’est exactement ça dans ce livre et c’est sacrément bien fait, bien pensé.

L’écriture est de qualité, sans lourdeur excessive, on pénètre dans l’intimité des liens qui unissent ces copains et on voit le cheminement des uns et des autres. La future arrivée de Benjamin les bouscule plus que ce qu’ils croyaient, ce n’est pas anodin. Plein de choses ressortent et il faut gérer les émotions qui s’invitent. J’ai beaucoup aimé Bruno, qui est toujours dans le doute même face à des décisions simples, il est quelques fois décalé, un peu trop rêveur, il se cherche. Il n’est pas le seul, mais je ne veux pas trop en dire.

Je ne me suis pas ennuyée à suivre le quotidien de toutes ces personnes. Sans qu’il y ait pléthore de rebondissements, l’intérêt ne s’est jamais émoussé. Je trouve ce récit particulièrement abouti. Pour un premier titre de cet auteur, c’est, pour moi, une réussite !


"Elle a le regard qui tue" de Virginie Lloyd

 

Elle a le regard qui tue
Auteur : Virginie Lloyd
Éditions : City (13 Mai 2026)
ISBN : 978-2824625225
290 pages

Quatrième de couverture

Lily est rédactrice de notices. Son monde idéal ? Un univers régi par des schémas de montage, des listes d'effets secondaires et des protocoles millimétrés. Son rêve ? Vivre seule, entourée de post-it.
Mais dans la vie de Lily, il y a… les autres. Et pour eux, Lily n’a pas de mode d’emploi. Surtout pour son patron, dont l'existence même est une erreur de conception. Alors, quand elle le tue sans faire exprès, elle se dit que c’est peut-être la solution.

Mon avis

Description du poste

Vous aimez rendre la technique claire, structurée et accessible ? Rejoignez …..Contribuez à la création de notices techniques (utilisation, sécurité, entretien…) et concevez l’ensemble des documents.

Vous connaissez ce métier ? Moi, pas du tout. Et pourtant il existe ! C’est d’ailleurs celui de Lily. Cela lui convient parfaitement car elle aime que les choses soient claires, précises, organisées, contrôlées. L’imprévu, elle n’en veut pas, elle ne le supporte pas. Elle a eu sa dose comme on dit. Un quotidien bouleversé le jour de ses dix ans et maintenant, une envie permanente de « rentrer dans sa coquille ». Les autres, à part quelques-uns, la mettent mal à l’aise. Comme si elle n’avait pas « les codes » pour entrer en communication avec eux. Elle ne sait pas faire et quand ils l’énervent, elle se sent des envies de meurtres. La vie ne l’a pas gâtée mais maintenant elle gère, pas de surprise et tout ira bien !

Elle a tissé des liens avec deux collègues et avec des petits vieux de la maison de retraite qu’elle retrouve chaque semaine. C’est une famille qu’elle s’est choisie, qu’elle apprécie. Avec eux, elle se sent à sa place. Pas besoin de se poser de questions, ils la prennent comme elle est. Fantaisiste, atypique, surprenante, mais tellement attachante !

Elle a sans doute besoin, sans se l’avouer, d’être en permanence rassurée. Pour y arriver, elle utilise des post-its de couleurs différentes en fonction de ce qui est noté. Les urgences, la liste de ce qu’l faut acheter, les problèmes à régler pour que le monde aille mieux… etc … Tant au bureau que chez elle, elle les affiche, classés par catégories, les contemple, les regarde et agit.

Elle a un grand sens de la justice et parfois, des réflexions lui trottent dans la tête (elles peuvent être écrites en italiques et j’ai pensé à David Lodge (Pensées secrètes)). Les remarques qu’énonce Lily à haute voix ou dans le secret de son cerveau, permettent de mieux comprendre les rapports humains entre ce qu’elle ressent vraiment, ce qu’elle montre (car, en société, on se doit de garder une certaine attitude), ce qu’elle voudrait en secret mais dont elle sait bien que ce n’est pas possible…

Lily n’aime pas son boss alors si, par exemple, il pouvait se casser une jambe et être absent de longs mois, elle serait bien contente… Comme le disent les livres de développement personnel…. Il faut solutionner les problèmes un à un. Alors si elle a une idée, pourquoi pas ? Elle ne pensait pas, Lily, que ça pouvait déraper…. Et puis, de toute façon, il était humiliant, désagréable et j’en passe…

C’est avec un humour décapant et corrosif que Virginie Lloyd mène son récit. Pas de temps mort, de l’action sans arrêt. Des situations ubuesques qui vous font rire. Et puis en dessous de cette légèreté et de ces amusements, de vrais problèmes de société sont évoqués. La vie dans les EHPADs, la rentabilité demandée au travail (dans quelles conditions et à quel prix), la solitude dans les immeubles, les enfants sans famille, les addictions, les jugements qui ne prennent pas tout en compte…. C’est intéressant car cela montre que l’auteur a un grand cœur et l’émotion peut être au rendez-vous. Les titres des chapitres sont drôles ! Son écriture est vive, brute, pleine d’ironie, de second degré mais elle peut faire preuve de tendresse pour parler de ceux qui ont ou ont eu une place dans la vie de Lily.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture. C’est original et décalé et très plaisant à lire.


"Invisible" de Jacques Saussey

 

Invisible
Auteur : Jacques Saussey
Éditions : Fleuve Noir (25 septembre 2025)
ISBN : 978-2265159204
450 pages

Quatrième de couverture

L'appel radio a mentionné le cadavre d'une femme retrouvé sur une aire de l'autoroute 43, près d'Albertville. " Un truc de malade ", a précisé le militaire de liaison.
Alice Pernelle, fraîchement sortie de l'école de gendarmerie, est la première à arriver sur les lieux avec sa brigade.
Alors que, sous le choc, la militaire recule d'un pas, Loulou, lui, est déjà loin au volant de son camion. Ce soir, il passera la frontière allemande.

Mon avis

Une jeune gendarme, Alice Pernelle, se retrouve face à un crime particulièrement horrible. Pleine de bonne volonté, elle voudrait obtenir un résultat, comprendre qui et pourquoi mais les indices sont rares. Les collègues, plus expérimentés, lui font comprendre que faute de traces ADN, d’une quelconque piste, il vaut mieux se consacrer aux affaires courantes de la brigade, un casse chez un bijoutier par exemple. Mais elle est opiniâtre et décide de ne rien lâcher. A-t-elle raison ? Ne risque-t-elle pas de s’user pour rien et de se dégoûter du métier ?

Face à elle, le tueur, on le connaît dès le départ. Mais quelles sont ses motivations pour agir ? Comment choisit-il ses victimes ? Dans quel but ? Comme les faits sont isolés, sans réel point commun, les enquêteurs ne les relient pas entre eux. Cela pose problème et c’est la principale difficulté. Si quelque chose permet de faire le lien, ils pourront avancer et traiter les différentes affaires comme un tout mais pour l’instant, ce n’est pas le cas.

Des chapitres de quelques pages, une écriture fluide, un suspense bien maîtrisé et l’angoisse qui va crescendo. Quelques courses contre la montre dont on se demande qui va gagner. Jacques Saussey sait y faire. Il capte rapidement notre attention et c’est parti !

Ce que j’ai trouvé le plus intéressant, c’est la façon dont s’y prend Alice pour mener ses investigations. Elle se rapproche d’une jeune étudiante en criminologie, elle cherche sans cesse, elle insiste auprès de ses supérieurs pour aller plus loin que les apparences. L’autre point à souligner, c’est que l’auteur essaie de cerner la logique de celui qui agit dans l’ombre. On sent qu’il s’est renseigné. Il a introduit quelques éléments réels dans son récit.

C’est une lecture plaisante malgré les descriptions qui pourraient soulever le cœur (mais c’est fait en quelques lignes donc ça va). On a envie de savoir, de trouver les réponses. Le côté psychologique n’est pas très approfondi mais c’est suffisant pour une lecture prenante, sans prise de tête et sans temps mort !


"Mazel Love" de Lana Calzolari

 

Mazel Love
Auteur : Lana Calzolari
Éditions : 5 sens (15 Février 2026)
ISBN :  978-2889498994
210 pages

Quatrième de couverture

Elle n’avait rien prévu. Ni l’amour. Ni la foi. Encore moins le vertige. À 36 ans, Sabrina, Genevoise un peu naïve, voit sa vie basculer lorsqu’elle tombe amoureuse de Simon, un homme profondément ancré dans la tradition juive. Déterminée à l’aimer, elle entame un parcours de conversion. Entre bougies de shabbat, séances de psychanalyse, doutes existentiels, culpabilités inattendues et plats (pas toujours) casher, ce chemin, abordé avec enthousiasme et maladresse, la confronte à des questions essentielles : la légitimité, l’appartenance, la place que l’on cherche à occuper dans sa propre histoire.

Mon avis

Elle a trente-six ans et elle s’appelle Sabrina. Elle voit régulièrement, un psychanalyste qui l’accompagne. Elle se pose beaucoup de questions, fait défiler les conquêtes, croyant chaque fois avoir trouvé la perle rare. Elle a des copines très différentes dans leur approche de la vie, et elles n’ont pas toutes les mêmes croyances. Mais elles se respectent.

Ce jour-là, son amie Yaël lui a proposé de venir avec elle à la synagogue assister à un mariage entre deux personnes de confession juive. Sabrina la suit et elle est fascinée par l’atmosphère et ce qu’elle voit. Et puis, il faut bien le dire, par un invité, Simon.

Cette fois-ci, elle le sait, elle le sent, c’est celui qu’elle attend depuis des années, l’amour de sa vie… Elle a tendance à s’emballer mais elle y croit et après tout pourquoi pas ? Et c’est parti ! Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ? Euh, non, pas tout de suite.

Ils paraissent amoureux mais un petit quelque chose les freine. Il est juif. Et la mère de Simon fait clairement comprendre à Sabrina que « ça ne peut pas le faire » puisqu’elle n’est pas comme eux…
La jeune femme est dépitée, et elle décide d’entamer un parcours de conversion pour se rapprocher de l’être aimé et convaincre la future belle-mère.

Sans doute pensait-elle que ce serait rapidement réglé et hop, la famille de Simon dans la poche et lui dans son lit… Pas si facile !

Dans ce récit, l’auteur partage le quotidien de Sabrina. Ses doutes, ses envies, ses joies, ses difficultés et tout ce qui fait le sel de la vie. Ce sont parfois des montagnes russes, à d’autres moments le calme plat. Ce qui est sûr, c’est que la conversion entamée n’est pas aisée et puis d’abord, est-ce le bon choix ?

L’écriture est pleine d’humour et de dérision mais entre les lignes, il y a une réelle réflexion sur ce qui nous incite à prendre une direction plutôt qu’une autre. Qu’est-ce qui est plus important ? Être soi-même ou être ce que les autres attendent de nous ?

Avec ce roman, Lana Calzolari incite chacun à se pencher sur les décisions prises, sur les raisons qui nous poussent à les mettre en place et les conséquences qui peuvent advenir. S’aimer soi-même avant d’aimer les autres, savoir ce qu’on veut. On le sait mais elle nous le rappelle avec une histoire amusante, tendre et assez réaliste, même si quelques fois, le trait est un peu poussé.

Le style est plaisant, les événements s’enchaînent bien et certaines scènes sont assez risibles. De plus, l’approche du judaïsme est intéressante pour en découvrir quelques éléments. C’est bien pensé.

Une belle découverte !


"Souiller Expier Renaître" d'Aloysius Wilde

Souiller Expier Renaître
Auteur : Aloysius Wilde
Éditions : Chaka (1er Juin 2026)
ISBN :  B0GN1S4D4K
339 pages

Quatrième de couverture

Le géant pharmaceutique Omnipharm décide de partir à la conquête de cet eldorado scientifique. Le chef de mission, un médecin brillant, manipulateur et sans scrupules, est prêt à tout pour réussir. Même à la violence. Même à la torture.
Mais les choses ne se passeront pas comme prévu.

Mon avis

Dans un roman bien maitrisé, l’auteur alterne les points de vue. On suit différents protagonistes, la période et le lieu peuvent changer, mais c’est très bien fait et on n’est jamais perdu.

Les peuples autochtones d’Amazonie ont de nombreux savoirs, ils peuvent soigner avec les plantes, les utiliser à bon escient et sans erreur. Les connaissances se transmettent avec intelligence et dans les villages, personne ne cherche à s’en servir pour faire du mal.

Un grand groupe pharmaceutique, Omnipharm, décide de partir en expédition. Ils veulent obtenir des indigènes tout ce qu’ils savent, sans contrepartie. S’emparer de leurs pouvoirs en quelque sorte. Cela leur permettra de trouver des traitements. Il suffira ensuite de déposer des brevets et leur entreprise grandira encore et encore.
Le but ? Être les plus forts, à n’importe quel prix.

L’équipe est prête. Ils arrivent et essaient d’entrer en contact avec les natifs. Chacun sa méthode. L’auteur explore les rencontres, les caractères, les façons de faire. On voit l’évolution de chaque individu du côté des scientifiques, et du côté des aborigènes. Leurs raisonnements sont à l’opposé, leurs comportements surprennent ceux d’en face. Les américains interprètent, réfléchissent, les amazoniens sont plus naturels, plus spontanés.

Certains sont déstabilisés, les personnalités se révèlent, changent parfois. Que ne feraient pas quelques-uns pour satisfaire leur égo ? Piétiner les autres ne les dérange pas. Mais où tout cela va-t-il les mener ? Est-ce que « tout est sous contrôle » ?

L’écriture d’Aloysius Wilde est de plus en plus mature. Il analyse très bien les rapports humains et les conséquences de chaque acte, de chaque parole. Je le trouve très juste dans son approche humaine.
Son style est précis, avec des phrases coups de poing qui ramènent sur terre.

« Il tire sur sa propre peur. »

« Et dans cette acceptation de ma place véritable, j’ai trouvé quelque chose que je n’avais jamais connu : l’utilité humble. »

« Dehors, les élus coupent des rubans ; ici, on recolle des vies avec du scotch et du courage. »

Son « thriller écologique » est bien pensé. Il y a de l’action, des rebondissements et tout a du sens. Il arrive qu’une même situation soit vue par plusieurs personnes, chacun son ressenti et c’est intéressant.

J’avais peur d’un récit superficiel avec quelques coups d’éclat et une fin un peu prévisible. Il n’en est rien. C’est beaucoup plus profond. De nombreux thèmes sont abordés, les luttes de pouvoir, l’appât du gain, l’amour sous toutes ses formes, la place des femmes, le rôle de la presse, l’approche des peuples isolés, l’éducation et bien d ‘autres encore.

Une belle lecture !

 

"Des larmes dans les yeux" de Virginie Boissier

 

Des larmes dans les yeux
Auteur : Virginie Boissier
Éditions : Encrea (1er Mai 2026)
ISBN : 978-2386890284
90 pages

Quatrième de couverture

On apprend à se taire.
À faire comme si de rien n’était.
À vivre avec ce qui nous a brisé.
Ce recueil parle de ça.
De la violence.
Du harcèlement.
Des abus.
De tout ce qu’on minimise, excuse, ou enterre pour continuer à avancer.
Les mots ici ne sont pas là pour rassurer.
Ils sont là pour dire.
Dire que ce n’était pas normal.
Dire que ce n’était pas de votre faute.
Dire que certaines blessures ne disparaissent pas en silence.
Des Larmes dans les yeux n’est pas un livre confortable.
C’est un livre nécessaire.
Et si ces pages font écho à quelque chose en vous,
alors vous savez déjà pourquoi elles existent.

Mon avis

Briser le silence, mettre des mots sur les maux.

Virginie Boissier a choisi de s’exprimer par la poésie avec une écriture réaliste.

Elle évoque les blessures de l’âme, celles du corps, les gestes qui détruisent, les choses insidieuses qui font mal.

Mais elle parle aussi de la lueur d’espoir, de ceux qui accueillent et comprennent la douleur, de ceux qui apaisent et aiment vraiment.

Et puis, elle élargit son regard et va plus loin, présentant d’autres sujets, dont certains en lien avec l’actualité.

« Dans l’ombre des matins où tremble l’espérance,
Les greniers sont pleins d’or que la misère dénonce.
Quand la Terre nourrit mais que l’injustice avance,
Le silence se brise et la détresse l’inonde. »

Chaque texte a en « toile de fond » une photo qui complète le message transmis. Elles sont significatives, choisies avec soin.

L’autrice montre qu’elle a une grande sensibilité et qu’elle sait écrire avec beaucoup d’intelligence. Elle n’agresse pas ceux qui ont eu tort, elle reste assez factuelle. Elle dénonce les faits mais du côté des victimes, sans en rajouter. Et elle n’oublie pas :

« Pourtant, sous tant de ruines, une lueur s’accroche.
Une force ancienne lutte et refuse la roche.
Même au fond du néant, une braise subsiste,
Assez vive pour dire qu’un jour elle résiste. »

Elle transmet de nombreuses émotions. Certains écrits sont bouleversants et dégagent quelque chose de puissant qui laisse une trace. Son style est élégant, il touche l’esprit mais aussi le cœur.

Chaque lecteur trouvera au moins un texte qui fera écho en lui et s’il peut lui faire du bien, c’est parfait.

Écrire de la poésie est, à mon avis, un exercice difficile. Il faut trouver des phrases mélodieuses et expressives sans être lourd, et surtout « faire vibrer » celui ou celle qui lit.

Avec moi, c’est réussi !

NB : Le livre ressemble à son contenu : il est beau avec sa couverture glacée et soignée, bien imprimé et tout est magnifiquement présenté !


Moi Anaïs Berg de Diane McEvoy

 

Moi Anaïs Berg
Auteur : Diane McEvoy
Éditions : City Edition (20 mai 2026)
ISBN : 978-2824625249
274 pages

Quatrième de couverture

Anaïs Berg est une petite amie attentionnée, une voisine souriante et une professeure respectée. Elle mène à Liverpool une vie tranquille.
Un jour, dans une foule, elle aperçoit une silhouette qui fait douloureusement écho à un passé bien enfoui. Sans doute du surmenage. Puis elle a la sensation d’être suivie. Elle se raisonne, mais sort de moins en moins de chez elle. Sa maison. Son cocon. Où ses vêtements changent de place. Où une playlist se lance toute seule. Cherche-t-on à la rendre folle ?
Mais quand les menaces se font directes, Anaïs comprend : quelqu’un sait, et le piège est en train de se refermer doucement sur elle.

Mon avis

Professeure à l’Université, spécialiste des Beatles, Anaïs vit avec Joe, avocat, depuis une dizaine d’années dans la maison qu’elle a acquise. Ils sont heureux et tout se passe pour le mieux, même si elle se confie rarement sur son passé. Ils ont trouvé leur rythme et leur équilibre, que demander de plus ? Elle anime des conférences, fait des présentations sur son sujet d’études et tout le monde souligne ses compétences et le travail qu’elle fournit.

Voilà la Beatleweek, une convention sur le thème des Beatles à Liverpool, où Anaïs travaille. C’est la consécration pour elle. Elle va être décorée pour toutes ses recherches, tout ce qu’elle a découvert et partagé sur le quatuor et pour son dernier livre. L’apothéose et comme elle le confie, elle attend ce moment avec impatience, pour la reconnaissance, le succès et la réussite de ses projets. C’était son but, son objectif, se faire un nom et être considérée comme la meilleure dans son domaine. Elle le reconnaît, les astres se sont alignés pour que tout se passe bien. Mais elle s’est donné les moyens d’arriver à ses fins.

Ce soir-là elle parle du groupe : photos, musiques, comptes-rendus, tout est parfait. Pendant l’exercice des questions / réponses, elle entrevoit un regard, une silhouette qui la met mal à l’aise. Elle essaie de passer à autre chose mais ça la hante. Pourquoi ? Est-ce que cette jeune femme, parfaite en apparence, aurait quelque chose à cacher ? Rapidement, je me suis interrogée, me demandant ce qu’elle pouvait bien taire, même à son amoureux, attentif et aimant. J’étais loin d’imaginer le contenu de ce premier roman.

Plusieurs personnages interviennent tout en disant « je ». Diane McEvoy a été très forte, car pour chacun, elle a su ajuster son phrasé et son vocabulaire. En s’exprimant, tous dévoilent une bonne part de leur caractère, de leurs pensées et j’ai eu le sentiment de vraiment pénétrer dans leur intimité, de suivre leur raisonnement. J’avais envie de fouiller le passé de chacun pour mieux les cerner.

Le récit est bien construit avec des retournements de situation inattendus. Cela relance totalement l’histoire et chaque fois, je me suis questionnée sur la suite. Comment vont réagir les uns et les autres ? Qui va prendre le dessus ? Qui ment, qui dit la vérité ? Est-ce que je me fais manipuler ou j’ai enfin tout compris ?

Structuré en plusieurs parties, les chapitres (chacun portant le titre de la personne qui « parle »), assez courts dans l’ensemble, s’enchaînent sans temps mort. Je voulais savoir, je voulais comprendre et je ne pouvais plus lâcher ma lecture. Il y a une tension permanente, un suspense indéniable et ça m’a scotchée aux pages. L’autrice maîtrise son écriture, c’est à la fois visuel et intime, je me suis sentie en permanence au cœur de l’action. Elle place des piques humoristiques ou ironiques à bon escient et c’est bien fait. Une partie de l’intrigue se tient à Liverpool, ville que connaît bien Diane et ça rend son texte encore plus crédible (comme pour les Beatles car elle détient un Master "The Beatles Popular Music & Society" de la Hope University). De plus, il y a, dans les dernières pages, la playlist des titres cités.

L’idée principale est abordée de façon originale. Diane dit que c’est venu, sur une plage, comme ça, d’un coup. Et bien il fallait y penser ! Sa principale force est de rebondir chaque fois qu’on s’imagine avoir tout cerné sans jamais faire retomber l’intérêt, nous donnant le souhait de lire la suite au plus vite !

Un premier titre très réussi !