"La délicatesse du homard" de Laure Manel


La délicatesse du homard
Auteur : Laure Manel
Éditions : Michel Lafon (18 mai 2017)
ISBN : 978-2749933054
260 pages

Quatrième de couverture

Elle a échoué volontairement près d’un rocher du Finistère, face à la mer. Elle se fait appeler Elsa. Elle se prénomme Axelle. Elle ne veut pas qu’on lui pose de questions. Que cache-t-elle? Et lui, que cache sa rudesse ? Lui qui l’accueille sans même savoir pourquoi…
Un roman à deux voix. Deux voix qui se racontent, et se taisent. Deux voix qui laissent place aux pas des chevaux, au vent qui plie les herbes sur la dune, au ressac sur le rivage et aux souvenirs échoués sur le sable.

Mon avis

Guérir de son passé

Parfois, on a le moral un peu dans les chaussettes et on voudrait un remontant : chocolat chaud crémeux, couette douillette ou un livre doudou qui fait du bien.

Laure Manel, avec une écriture délicate, nous conte une belle histoire. Une de celles qui permettent de croire encore en la bonté des hommes et de rester optimistes en se disant pourquoi pas.

Une jeune femme « échouée » sur une plage est recueillie par un parfait inconnu, une chance pour elle : c’est un homme honnête. Il lui propose de l’héberger, le temps qu’elle se reprenne physiquement et moralement…. Il va vite découvrir qu’elle a des choses à cacher et qu’elle ne veut pas en parler…. Au fil des pages, à la manière d’un journal intime, Axelle et François « parlent ». Parfois, on a les deux points de vue d’un même événement et l’approche de chacun avec sa sensibilité. L’auteur alterne donc le regard d’un homme puis celui d’une femme sur des faits identiques. Elle arrive parfaitement à se mettre « dans la peau » de l’un ou de l’autre et à montrer combien ils sont différents et de temps à autre semblables…..

Si, dès le début du roman, on envisage la façon dont tout cela va se terminer, il est impossible d’imaginer le vécu de chacun et le douloureux chemin de ces deux êtres. Et les questions sont là : Qu’aurais-je fait, dit à leur place ? Serais-je resté debout ? Guérit-on de son passé et à quel prix ?

Avec un texte tout en nuances, Laure Manel nous emmène en Bretagne (et le charme du décor à une place prépondérante dans le récit) à la rencontre d’hommes et de femmes qui se doivent de prendre leur vie en mains sans se perdre sur des chemins de traverse. Une atmosphère « cocooning » que l’on quitte à regret.

"Snjór" de Ragnar Jónasson (Snjóblinda)

Snjór (Snjóblinda)
Auteur : Ragnar Jónasson
Traduit de la version anglaise d’après l’islandais par Philippe Reilly
Éditions : Points (Mars 2017) / La Martinière (Mai 2016)
ISBN : 9782757863787
360 pages

Quatrième de couverture

Siglufjördur, ville perdue au nord de l'Islande, où il neige sans discontinuer et où il ne se passe jamais rien. Ari Thór, qui vient de terminer l'école de police à Reykjavik, y est envoyé pour sa première affectation. Mais voilà qu'un vieil écrivain fait une chute mortelle dans un théâtre et que le corps d'une femme est retrouvé, à moitié nu, dans la neige. Pour résoudre l'enquête, Ari Thór devra démêler les mensonges et les secrets de cette petite communauté à l'apparence si tranquille.

Mon avis

Ari Thór a presque terminé l’école de police. Au moment des affectations, il choisit une petite ville de 1200 habitants au nord de l'Islande, Siglufjördur. Après coup, il ne sait pas très bien comment faire part de cette décision à sa compagne, Kristin, étudiante en médecine qui ne pourra pas le suivre…. Elle n’apprécie pas de ne pas avoir été consultée mais il est bien obligé de partir. Arrivé sur place, il fait connaissance avec son « chef » et un collègue qui lui font bien comprendre que chez eux, tout est calme et qu’on ne cherche pas à se compliquer la vie. D’ailleurs, on ne ferme pas sa porte à clés, tout le monde se connaît et se fait confiance…

On sent, dès le début, que Ari, la jeune recrue, a du mal à trouver sa place, qu’il ne faut pas qu’il en fasse trop au risque de déranger, de bousculer les habitudes bien établies. Et pourtant, il va bien falloir agir. Un vieil écrivain est retrouvé mort alors qu’il venait de préparer, avec d’autres, une pièce de théâtre. Que s’est-il passé ? Une mauvaise chute dans l’escalier ? Une petite « aide » pour tomber ? Un accident ou un fait prémédité ?  Il serait plus simple et plus rapide de classer l’affaire, non ?

Nous sommes en hiver et la petite ville est très difficilement accessible. Une route verglacée, un tunnel angoissant alors les suspects potentiels, s’il y a eu crime, sont forcément sur place. On se retrouve dans un espèce de huis-clos, froid, glaçant, presque sans couleurs tant il y a de la neige et du blanc. Ari est face à sa première enquête, alors il n’a pas l’intention de laisser tomber. A petits pas (il ya une certaine forme de lenteur dans ce roman, sans doute à cause du froid ;-), il avance, écoute, comprend, interroge une fois, recommence, réfléchit, observe, comprend…. Loin de Kristin, il se questionne également sur son avenir avec elle ….. Il ne peut pas rentrer à Noël, en tant que dernier arrivé, il est de permanence et puis, de toute façon, même à pied, les trajets sont difficiles alors…

Un espèce de malaise est en train de sourdre, Ari est tourmenté, il semble souffrir de claustrophobie,  de peur irraisonnée….  Dans sa mission, il fait de son mieux pour ne pas être influencé mais ce n’est pas forcément aisé … mais il  persévère et s’accroche….

C’est une lecture nordique  où le décor et la toile de fond (une bourgade et ses habitants) ont une importance capitale. Les deux sont d’ailleurs remarquablement décrits, tant la nature un tantinet hostile que les gens du coin, un peu taiseux, ombrageux mais à découvrir …. Le style donne une impression de lenteur mais je pense que c’est lié au contexte et à ce peu de mouvements vu qu’il n’y a qu’un lieu, qui plus est, pas très étendu.  L’écriture est fluide et tout cela se lit avec bonheur.




NB : le titre islandais signifie « Cécité des neiges »….




"Les singuliers" de Anne Percin


Les singuliers
Auteur : Anne Percin
Éditions : Babel (Août 2016) / Rouergue ( Septembre 2014)
ISBN :9782330066796
420 pages

Quatrième de couverture

Dans les années 1888-90, un jeune peintre belge, Hugo Boch, en rupture avec ses origines bourgeoises, s'installe à Pont-Aven et y fait la rencontre de nombreux artistes, notamment Gauguin. Ce dernier l'introduit dans l'avant-garde, dont Van Gogh est le maître scandaleux.

Mon avis

Ce roman épistolaire se situe à la fin du XIX ème siècle. Trois personnes correspondent : Hugo, qui écrit d’une part à Tobias, son ami, et d’autre part, à Hazel sa cousine, et bien entendu, ils lui répondent tous les deux.  Il y a également quelques courriers avec la famille. Hugo s’est installé à Pont Aven parmi une petite communauté de peintres dont Gauguin. Il a fui sa famille qui aurait voulu qu’il reprenne l’entreprise familiale de faïence. Tous les trois sont attirés par l’art et souhaitent en vivre.

Anne Percin mêle avec doigté des personnages fictifs et réels. A travers les courriers échangés, on découvre la difficulté de trouver « sa voie » en tant qu’artiste. Il faut ensuite s’affirmer, se faire connaître (dans le milieu de la peinture, le succès est parfois tardif comme nous le rappelle l’auteur grâce à des faits ayant existés).  Se faire descendre ou encenser par la critique, manger très peu par manque de moyens, se faire éjecter de certaines expositions, etc, c’est le lot de ces trois amis mal connus, méconnus, mais qui ne lâchent rien. Ils ont chacun des caractères et des approches de la peinture, de la photographie, très différentes. Ils développent des arguments, des idées dans chaque lettre non seulement sur la « méthode » employée, testée, mais aussi sur ce qui les pousse dans leurs choix et leurs rapports aux autres. On s’aperçoit que la place des femmes dans le milieu des artistes était très discutée à cette époque. On les voyait plus aux fourneaux et aux tâches ménagères que capables de s’exprimer dans des tableaux… D’où un certain dédain et du mépris…. Mais Hazel ne l’entend pas de cette oreille et a bien l’intention de se faire une place….

La forme de ce roman, à travers les différentes correspondances est très plaisante.  Elle permet à chaque protagoniste de partager ses pensées, de donner son avis, d’observer, d’analyser et de donner des informations sur  des faits historiques. Je n’avais jamais entendu parler du « groupe des Vingt (ou Les XX) »  qui est un cercle artistique d'avant-garde fondé à Bruxelles en 1883 par Octave Maus. Cela m’a donné envie d’en savoir plus.

 Les écrits sont très bien ancrés dans la période évoquée tant par le vocabulaire que par les sujets abordés ( en plus de l’art, la construction de la tour Eiffel, Jack l’éventreur…). On découvre l’esprit tourmenté de certains, le besoin de reconnaissance, le souhait de percer au milieu de ceux qui sont déjà connus. Van Gogh, Gauguin, Toulouse Lautrec  sont là, bien présents, avec nos trois écrivaillons, et bien d’autres, chacun dans sa singularité, son désir d’être « singulier »….

J’ai beaucoup apprécié cette lecture. Les jeunes gens présentés sont attachants, leurs portraits se « dessinent » peu à peu, à petites touches. De plus, la présentation générale par l’intermédiaire des missives offre un aspect très intéressant à l’ensemble.

"Le premier jour du reste de ma vie" de Virginie Grimaldi

Le premier jour du reste de ma vie
Auteur : Virginie Grimaldi
Éditions : Le livre de poche (Septembre 2017)
ISBN :9782253098461
336 pages

Quatrième de couverture

Marie a tout préparé pour l'anniversaire de son mari : décoration de l'appartement, gâteaux, invités... Tout, y compris une surprise : à quarante ans, elle a décidé de le quitter. Marie a pris un aller simple pour ailleurs . Pour elle, c'est maintenant que tout commence. Vivre, enfin. Elle a donc réservé un billet sur un bateau de croisière pour faire le tour du monde.

Mon avis

Baisse de moral ? Fatigue ? Stress intense ? Besoin de se changer les idées ? Ne prenez plus de médicaments, lisez Virginie Grimaldi !
Ce n’est pas de la haute littérature mais c’est frais, léger (même si en toile de fond, il y a de bonnes réflexions sur la vie), pas mièvre, drôle et rafraichissant. Donc à consommer sans modération. Toutefois, espacer les lectures du même auteur pour ne pas risquer l’overdose (posologie conseillée par Cassiopée).

Marie a un métier, un mari, deux charmantes filles. Tout pour être heureuse ? Oui, sur le papier mais dans la vie de tous les jours, ce n’est pas le cas. Monsieur a ses humeurs, ses maîtresses et n’est pas toujours attentionné, c’est le moins que l’on puisse dire…

C’est son anniversaire et là, surprise ! Sa femme le quitte. Ce n’est pas vraiment une crise de la quarantaine mais Marie a (enfin) décidé de se prendre en mains et d’agir. Elle considère qu’elle est à un tournant de sa vie et qu’elle doit se poser les bonnes questions. La voilà sur une croisière où la seule obligation est de ne pas être en couple. Cela tombe bien, elle veut qu’on la laisse tranquille. Elle va « se découvrir » et se lâcher ….
« Son costume de mère au foyer docile semble être devenu trop petit pour elle et craque de tous côtés. »
Loin de tout et de tous (sans trop de contacts avec ses filles), elle apprend à vivre à son rythme, à se faire confiance pour être elle-même sans peur du jugement.


J’ai lu avec plaisir ce récit. Les invraisemblances ne m’ont pas dérangée. L’écriture est fluide, il y a de l’humour et on s’attache aux différents personnages sans difficultés. Bien sûr, il y a quelques clichés, quelques caricatures mais peu importe. Ce texte se veut « sans prise de tête », pour décompresser, passer un bon moment et c’est le cas. Que demander de plus ?

"Couleurs de l'incendie" de Pierre Lemaitre


Couleurs de l’incendie
Auteur : Pierre Lemaitre
Éditions : Albin Michel (Janvier 2018)
ISBN : 9782226392121
550 pages

Quatrième de couverture

Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l'empire financier dont elle est l'héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d'un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.
Face à l'adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l'ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d'intelligence, d'énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie.

Mon avis

« Couleurs de l’incendie » fait suite à « Au revoir là-haut », récompensé par le prix Goncourt en 2010. Ce dernier est le premier livre d’une trilogie déclinée par Pierre Lemaître. Sortant de ses écrits habituels (à la base, il se consacrait à des romans policiers), il lui fallait relever un vrai défi. Le tome un a eu de nombreux prix, a été mis en exergue par la critique, a donné naissance à un film…il était donc d’autant plus difficile de se lancer dans le deuxième car l’auteur était attendu « au tournant ». J’hésitais d’ailleurs à le lire par peur d’être déçue. Le verdict ? Un roman abouti, réfléchi, parfois teinté d’humour et surtout très équilibré avec un dosage quasi parfait entre fond historique, amour, vengeance, vrais gentils et petits s…..

Dans « Aurevoir là-haut », nous avons laissé, dans les dernières pages, une famille en deuil.  Edouard, gueule cassée, s’était jeté sous les roues de la voiture de son père. Nous restons dans les funérailles puisque le livre commence avec les obsèques du père d’Edouard, Marcel. C’est, de ce fait, Madeleine, qui va se retrouver à la tête d’une immense fortune.  Elle a un fils Paul. Elle ne connaît rien aux affaires (d’ailleurs son père avait prévenu les collaborateurs) et le rôle de « potiche » au conseil d’administration sera bien suffisant, pourvu qu’elle ait toujours de l’argent à disposition. Comme, de plus, elle a de gros soucis (et même pire que ça) à régler avec son chérubin, autant se tenir loin des chiffres et près des billets. Dont acte. Cela lui convient.
Le problème, c’est que ça ne dure pas et hop, en quelques pages, la voilà quasiment sur la paille, bouche bée et le lecteur avec. Mauvais placements ? Excès de confiance envers les collaborateurs dévoués ? Coup du sort ?  L’heure est grave et il faut agir…. La frêle femme effacée et discrète, presque éteinte, va armer son bras d’un arc vengeur et agir !!!! Nous allons assister à la reconstruction de cette femme. Elle va déployer des trésors d’ingéniosité, sur fond de crise tant politique qu’économique. Elle est machiavélique, elle sait bien s’entourer et au jeu à qui perd gagne, elle est très forte ! Excessivement forte ! Les événements vont s’enchaîner pour notre plus grand plaisir.  Une fois la lecture commencée, impossible de s’arrêter !

 L’écriture de l’auteur est teintée d’une ironie mordante. Il se permet d’interpeler le lecteur (pour être sûr qu’il suit ?), lui disant « si vous vous souvenez bien, il y avait…. ». Il introduit des personnages qu’ils dtéaillent sans que ça nous lasse tellement c’est bien fait (et pourtant, a-t-on besoin d’informations sur la dentition des jumelles à marier ?) Il tisse une toile, peint une fresque, installe petit à petit ses personnages, les englobant dans le texte tellement bien qu’on a l’impression qu’ils ont toujours été là. C’est diablement bien fait ! Par exemple, la cantatrice qui a des airs de Castafiore, est très visuelle, je ne la voyais que comme la Castafiore d’Hergé, impossible d’enlever cette image….

J’aime beaucoup le style de Pierre Lemaitre, il y a un équilibre dans son écriture qui me convient bien. C’est agréable, il y a du suspense, de l’amour, de l’humour, des petits clins d’œil qui amusent, une trame de fond historique pas trop pesante et des individus truculents, parfois un peu caricaturaux mais tellement bien campés !  

J’ai lu ce livre d’une traite et j’espère que la suite (et fin ;-( sera également de qualité !

"Crocodiles...Tango" de Chantal Figueira-Lévy


Crocodiles...Tango
Auteur : Chantal Figueira-Lévy
Éditions :  Passion du Livre (Mai 2018)
ISBN : 979-10-97531-23-2
346 pages

Quatrième de couverture

Qui y a-t-il de commun entre :
– Elizabeth dite Sissi, aristocrate autrichienne, flirtant avec Hitler.
Eva, sa fille, née en Argentine
– Cécilia, fille d’Eva, libertine, amoureuse du «se laisser vivre et ne rien faire».
– La Comtesse Luisa-Maria
– Liliana, dite Lilia, sa fille, qui surnage dans les eaux troubles de sa famille.
Et puis, quelque quatre ondines, blondes à souhait et échouées, qui, des falaises portugaises aux côtes espagnoles et françaises, posent problème à Interpol …

Mon avis


C’est un roman comme on les aime : intéressant sur le fond qui aborde plusieurs thèmes (notamment  la question du judaïsme approchée par petites touches, de façon très intelligente par l’auteur)  et complet sur la forme : style et écriture fluides, addictifs, de qualité.

On commence fin Août 2000, avec une jeune femme découverte morte au Portugal. Apparemment, c’est un suicide et la personne chargée de l’enquête, très peu motivée, n’a pas envie d’aller chercher plus loin. Classer l’affaire vite fait, bien fait, serait la solution idéale. Oui, mais…. Ce n’est pas tout à fait comme cela que les événements vont évoluer car d’autres voudront aller plus loin. En parallèle, on fait connaissance avec Liliana qui va bientôt se marier et dont la mère est en fin de vie. C’est la seule personne qui la rattache à ses racines puisqu’ elle ne connaît pas ses grands-parents ni d’un côté, ni de l’autre .... Au décès de sa mère, Liliana se retrouve à la tête d’une fortune, mais elle est surtout, subitement,  confrontée à des tas de questions sur son enfance, son père, la vie de sa génitrice et les liens avec  une famille dont elle ignore tout. Qui était vraiment celui que sa mère a aimé ? Lui a-t-on caché des choses essentielles ? Elle est fiancée à Paul-Antoine, qui a des parents charmants, il l’aide à faire face à cet état de faits pour le moins déstabilisant.

Ces deux histoires vont nous emmener jusqu’en Argentine, au Portugal et pas seulement…. L’intrigue est fouillée, travaillée, elle mêle astucieusement quelques personnages historiques à ceux à qui Chantal Figueira-Lévy a donné vie. Comme ils sont nombreux, l’auteur a pensé, dès le début,  à nous rappeler leur nom et qui ils sont,  sans que cela nous indique quoi que ce soit pour la lecture. C’est un simple mémo qui peut s’avérer utile si on ne lit pas tout assez rapidement.

L’ensemble est parfaitement maîtrisé dans ce récit et lorsqu’on y réfléchit, cela n’a rien d’évident. Non pas qu’il soit difficile de suivre et de comprendre les faits mais il ya pléthore d’informations, il se passe toujours quelque chose et il faut bien rester au contact des protagonistes pour ne pas les perdre de vue et ainsi suivre tous les indices donnés au fil des pages car il y a de nombreuses ramifications.

 Le phrasé vif, trépidant, de l’auteur est atout pour donner envie de lire sans pause . C’est une excellente lecture !

"La vengeance des mères" de Jim Fergus (The Vengeance of mothers)


La vengeance des mères (The Vengeance of mothers)
Les journaux de Margaret Kelly et de Molly McGill
Auteur : Jim Fergus
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Luc Piningre
Editions :  Cherche-Midi  (22 septembre 2016)
ISBN : 978 2 7491 4329 3
392 pages

Quatrième de couverture

1875. Dans le but de favoriser l'intégration, un chef cheyenne, Little Wolf, propose au président Grant d'échanger mille chevaux contre mille femmes blanches pour les marier à ses guerriers. Grant accepte et envoie dans les contrées reculées du Nebraska les premières femmes, pour la plupart " recrutées " de force dans les pénitenciers et les asiles du pays. En dépit de tous les traités, la tribu de Little Wolf ne tarde pas à être exterminée par l'armée américaine, et quelques femmes blanches seulement échappent à ce massacre.  Parmi elles, deux sœurs, Margaret et Susan Kelly, qui, traumatisées par la perte de leurs enfants et par le comportement sanguinaire de l'armée, refusent de rejoindre la " civilisation ".

Mon avis

Seize ans après « Mille femmes blanches »,( un chef d’œuvre), et sous la pression de ses nombreux lecteurs, Jim Fergus s’est décidé à écrire une suite (qui sera suivie d’un troisième livre).  Reprendre la plume lorsqu’un premier tome a été encensé est toujours difficile, délicat et risqué…. L’auteur est attendu « au tournant », et la pression est énorme.

Jim Fergus qui est comme d’autres écrivains américains, plus connus en France qu’aux Etats-Unis, parle un français de qualité (je l’ai rencontré à la Fête du Livre de Saint-Etienne) mais malgré tout, il a écrit en anglais et a été traduit (de fort belle manière d’ailleurs ). Il explique souvent aux journalistes que la plupart des Américains ne connaissent rien à la vie des Indiens, et qu’ils n’ont pas idée des massacres subis par ces peuples. C’est bien dommage, et c’est encore plus triste que Monsieur Fergus soit peu lu dans son pays….car ses habitants continueront de fermer les yeux et d’ignorer….Pourtant Jim Fergus est un merveilleux conteur….

J’ai été captivée, envoûtée par Mille femmes blanches et j’attendais cette suite avec impatience. Mais je n’osais pas me lancer tant j’avais peur d’être déçue.

J’ai retrouvé l’écriture magique, poétique, porteuse de sens de l’auteur.
« Un mot à propos du vent… […] N’est-ce pas lui qui préside au découpage des terrains, qui modèle les plaines à son image, tel le peintre avec sa brosse, ou le sculpteur ciselant la pierre avec son marteau et son burin ? »

J’ai apprécié ces femmes battantes, parfois vengeresses, qui ne se laissent pas impressionner et qui veulent vivre. Elles sont au milieu de nulle part, face à des inconnus et elles arrivent, pour certaines, à manier l’humour, à continuer d’espérer et de croire qu’elles vont s’en sortir.  On pourrait reprocher des personnalités un peu « clichés » : la coincée, la lady, la risque-tout, la timide, la leader …. Mais c’est comme ça dans la vie de tous les jours…..alors pourquoi pas ?

Il y a deux narratrices principales, les deux femmes dont les carnets ont été récupérés.  Elles ne sont pas issues du même milieu et elles ne s’expriment pas de la même façon. L’auteur a parfaitement adapté le vocabulaire, le phrasé, le style à chacune. Elles n’appréhendent pas forcément les événements de la même façon et le ton peut être sérieux, frôler la dérision, être plein de questions, cacher la réalité pour essayer de l’esquiver ou de diminuer la gravité de ce qui se passe.  L’approche du récit par ces journaux intimes a, pour moi,  moins de rythme qu’un « récit en direct ».
Toutefois ces « mères courage » sont merveilleusement décrites et même si le texte n’a pas la puissance de Mille femmes blanches, les portraits de ces femmes méritent amplement le détour.

Monsieur Fergus ne nous faites pas attendre seize pour la fin de cette trilogie, s’il vous plaît !!!

NB : J’aime beaucoup l’idée de la couverture pour faire connaissance. Et j’ai particulièrement apprécié le début et la fin du roman… Quant à la photo de couverture ….superbe !