Dans le désert du Nevada (The Silver State)
Auteur : Gabriel Urza
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Reignier
Éditions : Liana Levi (7 Mai 2026)
ISBN : 979-1034912575
386 pages
Quatrième de couverture
Jeune diplômé en droit, Santi Elcano fait ses premiers pas
comme avocat commis d'office au Bureau de la défense publique de Reno, la ville
où il est né. Petit à petit, ses idéaux s’effritent quand il comprend que son
métier consiste à négocier, en coulisse, les peines de ses clients. Lorsque le
cadavre d’une jeune mère brutalement assassinée est découvert à proximité des
mines d’argent abandonnées, Santi et C. J., sa collègue et mentor, se voient
confier la défense de Michael Atwood, inculpé pour ce meurtre sur la base de
preuves matérielles plutôt minces. Huit ans plus tard, une lettre d’Atwood –
enfermé dans le couloir de la mort – oblige Santi à se pencher à nouveau sur
cette affaire qui l'a douloureusement marqué…
Mon avis
Santi Elcano est avocat commis d’office. Profession qu’a
exercé l’auteur. Il a connu le burn-out, il est devenu professeur. Et même s’il
dit ne pas s’être inspiré des affaires qui lui ont été confiées, il a sans
doute mis beaucoup de son expérience dans ce livre.
Ce n’est pas le premier récit où le fonctionnement de la
justice américaine est écorché. Le choix des jurés, les négociations en
coulisses avant de passer devant le juge etc. Tout est pratiquement décidé
avant les plaidoiries, comme ça, on va plus vite. Mais est-ce que c’est respectueux
de ceux qui doivent être jugés ? Et que dire des accords qu’on leur donne
à signer sans qu’ils aient le temps de tout lire ? Les inégalités sont
nombreuses, voire révoltantes. La couleur de peau, la situation professionnelle,
l’origine sociale, le genre et l’attitude, tant pour les victimes que les
accusés, peuvent interférer dans les décisions.
Dans ce récit, Santi Elcano exerce depuis dix ans et reçoit
un courrier d’un détenu qu’il a représenté il y a longtemps. Il n’a pas oublié,
tout est resté dans sa mémoire, un peu comme s’il y avait un goût d’inachevé,
de raté. Il n’est pas très motivé pour lire la lettre mais il le faudra bien à
un moment ou à un autre…
Le roman est construit en six parties, comme les différentes
étapes d’un procès débutant par le choix des jurés jusqu’au verdict en passant
par le réquisitoire, le dossier d’accusation, les plaidoiries. C’est sans doute
une façon d’impliquer le lecteur, qui doit se faire son opinion sur Santi.
A-t-il agi correctement ? Qu’aurais-je fait, pensé, décidé, à sa place ?
Comment construit-on un avis ? Qu’est-ce qui nous fait pencher d’un côté
plutôt que d’un autre ? Sur quoi se base-t-on ?
Au bout d’une décennie, Santi a trouvé un semblant d’équilibre.
Sa vie est « rangée » tant dans son couple qu’au boulot. Cela lui
convient, même si, parfois, il se pose des questions. À ce moment-là des
angoisses existentielles remontent et l’envahissent. Et cette missive, qu’il n’attendait
pas, vient tout bouleverser. A-t-il fait ce qu’il fallait ? N’a-t-il pas
été influencé, trompé ? Ce pli remet tout en cause. Il tombe mal car Santi
est dans une période de sa vie où il s’interroge.
L’auteur montre combien il est compliqué d’exercer ce métier
lorsqu’on croit en ce qu’on fait. Peut-être que Santi avait idéalisé ses interventions,
imaginant qu’il aurait le temps de plaider, qu’il serait compris et écouté mais
le système est, en partie, perverti. Tout peut être tronqué sous les jeux de
pouvoir. Alors que faire ?
Ce texte montre comment tout peut vaciller. Ce n’est pas
facile de savoir si les gens ont fauté ou pas. Santi a un ami, qu’il
connaissait avant et qui pourrait être détenu. La frontière est parfois très
mince. Il est également très dur de laisser les dossiers au bureau. Les pensées
reviennent souvent à ce qu’il faut traiter, et comment le faire au mieux. Cele
perturbe le quotidien, notamment dans le couple et avec certains copains.
Ce thriller juridique est excellent et très juste dans le
ton. L’écriture (merci au traducteur) est fluide. Les personnages sont
intéressants. L’auteur montre bien les interactions et les manipulations. Le
jeune avocat doit apprendre à faire avec ce qu’on lui laisse gérer. Il essaie d’être
libre mais ce n’est pas évident. J’ai trouvé tout cela extrêmement bien pensé,
bien amené, réfléchi et présenté avec intelligence.
Un auteur à suivre !






