"Nous, les vivants" d'Olivier Bleys


Nous, les vivants
Auteur :  Olivier Bleys
Éditeur : Albin Michel (2 Août 2018)
ISBN : 9782226326072
192 Pages

Quatrième de couverture
Perché dans les Andes à 4 200 mètres d'altitude, le refuge de Maravilla défie la raison. C'est là, au ras du vide, que Jonas, un pilote d'hélicoptère venu ravitailler le gardien, se trouve bloqué par une tempête.

Mon avis

La passe des anges ….

C’est un récit atypique qui oscille entre deux mondes. Lorsqu’on démarre, tout paraît très classique, rangé, « normé »… Et puis Jonas, (qui vient de poser son hélicoptère pour ravitailler le gardien d’un refuge haut perché dans la Cordillère des Andes), fait une rencontre…. Une de ces rencontres qui change le cours de la vie, qui fait bifurquer le chemin, entraînant sur d’autres rives ……

Le lecteur se retrouve à suivre Jonas, se demandant, comme lui, ce qui se passe et comment les événements vont évoluer….

Le contraste est saisissant entre les premières pages d’une « facture » classique avec Jonas qui se présente, raconte un peu sa vie, explique son métier etc……Et …… la suite du livre, faite de doutes, de troubles, imprégnée d’une atmosphère insolite avec des faits qui nous échappent et interrogent ….

« Voilà que tout se tait, même le vent.
Un silence hostile nous piège au fond de la vallée.
Et notre solitude est immense »

Ce roman désarçonne, bouscule quelques codes, se jouant de l’espace et du temps….Il  peut être détesté autant qu’apprécié… Pour ma part, j’ai aimé l’écriture parfois à la limite du fantastique, l’ambiance, le chemin initiatique qui se profile … Mais le côté « mystique » ne m’a pas vraiment emballée ….je suis sans doute trop cartésienne .....



"Le manuscrit - III : Le retour" de Blanca Miosi (El Manuscrito 3. El Retorno)


"Le manuscrit - III : Le retour" de Blanca Miosi (El Manuscrito 3. El Retorno)
Auteur : Blanca Miosi
Traduit de l’espagnol par Maud Hillard
Éditions : Amazon Media (Septembre 2018)
ISBN: 978-2322132690
320 pages

Quatrième de couverture

Richard Raising se trouve à un tournant de son existence : il a quitté son travail, sa femme l’a abandonné et ses projets pour devenir écrivain n’aboutissent pas. Au moment où, à son grand désespoir, il sent que tout s’en va à vau-l’eau, il reçoit des mains d’un vieil homme énigmatique un manuscrit qui, semble-t-il, renferme des renseignements sur ses ancêtres …



Mon avis

La France et le château de Tiffauges aux alentours de 1440, le Pays de Galle et la Bretagne en l’an 486, et New-York et l’Italie en 2014 … Voilà en gros, les époques et les lieux où va nous entraîner Blanca Miosi.

Richard Raising n’a pas le moral. Il n’arrive pas à devenir écrivain, sa vie part en vrille et il ne sait même pas ce qu’il désire, ce à quoi il aspire au plus profond de lui-même. Et puis, une rencontre change le cours des jours avant peut-être de changer celui de sa vie…. Il se retrouve avec « le manuscrit », celui qui dévoile des événements, vous met sur une piste, s’efface lorsque vous le refermez avant de se remettre à « communiquer » lorsque vous le rouvrez….

Richard découvre dans ce recueil, des faits qui semblent en lien avec son histoire personnelle, il s’interroge, se questionne….Et toutes ces choses qui restent un temps en suspens avant d’être expliquées, recoupées, maintiennent le lecteur dans le récit. C’est absolument « magique » car tout s’emboîte, s’imbrique à la manière des poupées gigognes avec une mise en abyme habilement amenée.

Lorsque je lis Blanca Miosi , j’ai l’impression qu’elle me murmure à l’oreille ce qu’elle a rédigé, son écriture est magnétique, captivante.  Je pense que le fait qu’elle soit toujours traduite par la même personne, Maud Hillard, donne du poids à ses mots. Comme si, finalement, elles avaient écrit ensemble….  

J’ai beaucoup apprécié cet opus. J’aime que l’auteur me fasse voyager dans son univers avec ses personnages travaillés, recherchés. Le contexte de chaque époque est décrit à la perfection, il y a toujours des rebondissements, une « atmosphère » dans laquelle on plonge avec délice … et dans laquelle on souhaiterait rester …..

"L'amour entre deux pizzas" de Jean-Marie Palach


L’amour entre deux pizzas
Auteur : Jean-Marie Palach
Éditions : Les Bas Bleus (20 Septembre 2018)
ISBN : 9782930996141
175 pages

Quatrième de couverture

Trois jeunes femmes se retrouvent dans une pizzeria de la Place d'Italie, chaque premier dimanche du mois, depuis dix ans. Toutes trois bretonnes, elles se sont rencontrées pendant leurs études à Rennes. Internes, elles se sont rapprochées au point de devenir inséparables. Le roman embrasse une durée d'un mois, entre deux rencontres.

Mon avis

Les femmes sont bavardes …. Enfin, c’est ce qu’on dit…. Elles ont toujours quelque chose à dire, à échanger…. Cyrielle, Noémie et Nedjma ne dérogent pas à la règle. Elles se sont connues pendant leurs études et pour ne pas perdre le lien qui les a unies, elles se retrouvent chaque premier dimanche du mois dans une pizzeria parisienne. Rite immuable sauf si l’une ou l’autre est absente pour maladie ou autre… Leurs retrouvailles sont à elles, un de ces instants de vie où on se pose, prenant le temps de parler entre bonnes copines.  Elles ont toutes réussies, chacune à leur manière. Cyrielle travaille dans un cabinet de conseil de grand standing, Nedjma se consacre aux personnes victimes de traitements médicamenteux aux effets iatrogènes, Noémie excelle dans le domaine de la communication.  Épanouies ? Heureuses ? Si on considère qu’elles ont de bons jobs, oui…Mais il y a toujours des failles…. Finalement quand elles se retrouvent, est-ce qu’elles se disent tout ? « Leur amitié repose sur leur discrétion. Chacune ne livre que ce qu’elle souhaite, des impressions sur le temps qui file, les actualités, la culture, des choses légères. » Peut-être tout simplement pour garder un peu d’intimité, de secret, chacune ne dit que peu de choses sur ses amours……

Par un de ces concours de circonstances inexplicables, entre deux de leur rendez-vous, elles vont toutes les trois se trouver à la croisée des chemins, obligées de faire des choix. Il n’est jamais facile de prendre une décision, même si on pèse le pour et le contre, on prend le risque de se tromper, de regretter, mais également le risque de ne pas vivre quelque chose de beau, de rater une belle aventure ….

Pendant un mois nous allons les suivre, sur le chemin de la connaissance de soi, de l’écoute de ses besoins, de la résilience….. Avec une écriture toute en douceur, Jean-Marie Palach analyse le ressenti de chacune (et pourtant, c'est un homme !), les hésitations, les peurs, les angoisses, le poids du regard des autres, des collègues bien intentionnés qui « si j’étais à ta place… » au moment de franchir (ou non) le pas pour une autre voie ….

J’ai beaucoup apprécié cette lecture, j’ai aimé les clins d’œil (Sébastien Loeb, La conjuration des Masques, l’île de la Réunion…) Les personnages sont évoqués avec subtilité, et ce n’est jamais « lourd ». De multiples thèmes sont abordés.  Mais  finalement, le plus important c’est que ce roman, à petites touches, nous rappelle, l’air de rien, qu’on a qu’une vie … Et finalement autant la vivre que la subir, non ?




"Une bonne intention" de Solène Bakowski


Une bonne intention
Auteur : Solène Bakowski
Auto-édition : Juin 2017
Editions Bragelonne ( 14 mars 2018)
ISBN : 979-1028107093
384 pages

Quatrième de couverture

Mati a neuf ans. Elle a perdu sa maman. Son père s’enlise dans le deuil et sa grand-mère s’efforce, à sa manière, de recoller les morceaux. Un soir, la petite ne rentre pas de l’école. On imagine le pire, évidemment. Comment croire que tout partait d’une bonne intention ?

Mon avis

Il ne m’a fallu que quelques heures pour dévorer ce roman. L’auteur possède une écriture sèche, singulière, prenante tant elle fouille dans la vie des uns et des autres et de ce fait, vous accrochez immédiatement avec l’histoire.

Mati, Mathilde est une petite fille dont la Maman vient de mourir. Son Papa perd pied, ses grands-parents sont là mais on sent dès les premières page un malaise. Non-dits, mensonges, trahisons, quels sont ceux à qui l’écolière peut faire confiance ? Il y a bien cette institutrice qui sait lui parler, l’écouter, l’aider….Elle se sent tellement seule malgré la présence des adultes de sa famille.

Ce recueil m’a littéralement accaparée, il a un « je ne sais quoi qui fait la différence ». Peut-être cette toute petite place qui est faite à la « folie », à la déraison des hommes, et qui montre que tout peut basculer vite si vite…. Ou bien « un supplément d’âme » lisible en filigrane qui ressemble à cette petite fleur espérance qu’il ne faut jamais perdre de vue….

Je me suis attachée aux pas de Mati et je n’avais pas envie de lui lâcher la main…..

"Allô maman, ma mère n'est pas là !" de Elide Montesi


Allô maman, ma mère n'est pas là !
Auteur : Elise Montesi
Éditions : Acrodacrolivres (5 Septembre 2018)
ISBN : 9782930956206
222 pages

Quatrième de couverture

Allo maman ma mère n'est pas là ! met en scène la problématique des troubles de l'attachement chez l'enfant, ce pourquoi il est préfacé par le Dr Françoise Hallet, médecin spécialisée dans cette problématique. « Ce livre nous permet de comprendre, à travers l'histoire de Yannick, comment un début de vie chaotique peut impacter toute une vie. » (Dr Françoise Hallet)

Mon avis

Ce livre est un roman… Mais il a des accents d’authenticité et il nous met face à la réalité. Celle de ces personnes qui perdent pied  car elles n’ont pas été aimées correctement, pas respectées dans leur besoin d’affection.  A travers l’histoire de Marika et de ses enfants, l’auteur nous présente la détresse et la souffrance de plusieurs personnes. Elle le fait avec un doigté et une délicatesse de qualité. Pas de jugements, pas de pathos, pas de « procès » pour aucun des protagonistes. Les faits, rien que les faits, certains très graves, d’autres douloureux  et quelques uns porteurs d’espérance. Tous ancrés dans le réel…..

Marika a tant souffert qu’elle s’est forgée une carapace protectrice. Elle est souvent sur le qui vive, à fleur de peau, prête à  se défendre….. Elle préfère ne plus faire confiance afin de se protéger des déceptions. On dit que parfois, souvent, on reproduit ce qu’on a vécu. Elle n’a pas été désirée, ni aimée … peut-elle vivre la même chose avec sa progéniture ? Sa méfiance, sa peur, l’empêchent de partager, de se confier aux  responsables des services sociaux qui l’accompagnent. Et de ce fait, elle n’est pas comprise, et pas bien accompagnée…. Parfois, quelqu’un s’interroge :
« Quelles blessures avait subies cette femme pour en arriver là ? »

L’auteur analyse, avec finesse, les relations, les déboires de cette mère. Elle nous parle également des familles d’accueil. Ces gens qui ouvrent leur cœur, leur maison, leur famille pour ses laissés pour compte, ses petits qui sont « retirés » à leur parents.  Offrir de l’amour, du temps, donner de soi paraît facile quand on vous confie un petit bout  à aimer. Oui, mais … les premières semaines, les premiers mois ont déjà « construit » la personnalité du jeune …. Et toute la difficulté est là… Ce n’est pas un être neuf…. Il a déjà un passé ….  

Ce recueil évoque la problématique des troubles de l’attachement chez l’enfant. Comme c’est présenté par le biais d’un « récit de vie », on évite toute la lourdeur des textes « socio médicaux » qui sembleraient rébarbatifs. On s’attache rapidement à Marika, espérant qu’elle va s’en sortir, qu’elle va réussir à sortir de cette spirale infernale qui l’entraîne vers le bas. On a envie de lui tendre la main, de ne pas la lâcher et de ce fait on reste scotchée aux pages pour voir comment la situation évolue….

J’ai trouvé que Elise Montesi avait un ton très juste et c’est vraiment ce qui rend son roman crédible, donnant l’impression qu’elle a rencontré ceux dont elle raconte le quotidien…. Un sujet difficile mais une belle lecture ....



"Avec elle" de Solène Bakowski et "Sans elle" d'Amélie Antoine


Avec elle
Auteur : Solène Bakowski
Auto Édition (7 novembre 2017)
ISBN : 1549704400
376 pages

Sans elle
Auteur : Amélie Antoine
Auto Édition (7 novembre 2017)
IISBN : 1549704400
398 pages

Quatrième de couverture

"Avec elle", de Solène Bakowski et "Sans elle", d'Amélie Antoine, deux romans pour un projet commun.
Un point de départ identique pour deux histoires distinctes qui peuvent se lire indépendamment l'une de l'autre.
Une même famille, une même situation initiale, mais un événement qui vient tout bouleverser.
Pour tous ceux qui se sont un jour demandé : Et si un seul détail de ma vie avait changé, est-ce que tout aurait été radicalement différent ?
Pour tous ceux qui aiment voir les deux faces d'une même pièce."


Mon avis

Avec elle

Une histoire qui démarre toit doucement, dans une famille classique. Puis les liens de gémellité sont de plus en plus torturés, tortueux, il y a une dominante, une dominée. Qui prend l’ascendant sur qui et pourquoi ? Toute la complexité des jumelles est disséquée, explorée. Un mot, un geste, un regard et l’une des deux se sent forte pendant que l’autre s’éteint…. Aimée et être aimée, ce que chacune désire par-dessus tout mais à quel prix ?

Si certaines situations sont un peu prévisibles, ce roman est agréable à lire. Une écriture fluide, des dialogues vifs et des préoccupations tout à fait dans l’air du temps. L’auteur nous met face aux caprices du destin, face à ces petits grains de sable qui changent le cours d’une vie et dont on se dit « Et si cela avait été autrement ? »

Cela nous amène à nous poser cette question qui dérange : « Jusqu’à quel point suis-je mettre de mon existence ? »

Sans elle

J’ai lu ce roman après « Avec elle ». Si le début, la fin et certains personnages sont les mêmes ainsi que quelques situations, l’approche de la gémellité est tout à fait différente puisque une des sœurs disparaît…. Difficile d’exister lorsqu’un maillon manque dans la famille, comment se construire avec l’ombre de celle qui n’est plus là ? Faut-il faire son deuil ou continuer d’espérer ?

S’il fallait établir une comparaison entre les deux romans, celui-ci me semble plus abouti, sans doute parce qu’il va chercher au plus profond des réactions de chacun. Je pense notamment aux recherches de la police dans la famille, chez les voisins….

Il est stupéfiant de voir combien l’absente, qui était la dominante des jumelles, continue, sans être là, à « régenter » la vie de sa sœur… C’est très bien expliqué. L’auteur a su trouver le ton juste et les mots ciblés pour parler de la difficulté de continuer à vivre pour les uns et les autres après un événement d’une telle gravité….

"De l'âme" de François Cheng


De l’âme
Auteur : François Cheng
Éditions : Albin Michel (Novembre 2016)
ISBN : 978-2226326386
156 pages

Quatrième de couverture

"Lorsque j'ai reçu votre première lettre, chère amie, je vous ai répondu immédiatement. Avoir de vos nouvelles plus de trente ans après m'a procuré une telle émotion que ma réaction ne pouvait être qu'un cri instantané. Votre deuxième lettre, que j'ai sous les yeux, je l'ai gardée longtemps avec moi, c'est seulement aujourd'hui que je tente de vous donner une réponse. La raison de ce retard, vous l'avez sans doute devinée, puisque votre missive contient une singulière requête : " Parlez-moi de l'âme "… Votre phrase : "Sur le tard, je me découvre une âme ", je crois l'avoir dite à maintes reprises moi-même. Mais je l'avais aussitôt étouffée en moi, de peur de paraître ridicule. Tout au plus, dans quelques-uns de mes textes et poèmes, j'avais osé user de ce vocable désuet, ce qui sûrement vous a autorisée à m'interpeller. Sous votre injonction, je comprends que le temps m'est venu de relever le défi… "

Mon avis

François Cheng est académicien. Il reçoit, un jour, une lettre d’une amie qu’il n’a pas vue depuis trente ans. "Sur le tard, je me découvre une âme" lui écrit-elle. Et elle ajoute une demande, à savoir s’il accepterait de lui parler de l’âme…. Il est tenté de refuser (parle-t-on de quelque chose d’impalpable, de secret ?) puis il franchit le pas.

Il va répondre de fort belle manière avec sept lettres envoyées à sa « chère amie ».

C’est avec beaucoup de sagesse, d’humilité, de douceur qu’il s’exprime.
"Unie à un corps et l'animant, l'âme est la personne même".

Il nous fait voyager, en Chine, en Inde, dans l’Antiquité…. Expliquant comment chacun des peuples qu’il évoque, perçoit l’âme. A travers ses pérégrinations, il philosophe, il partage des souvenirs, des images, comme autant d’incitations à nous pencher sur nous pour sentir au plus profond l’accord du corps et de l’esprit. Il ne donne pas de leçon, il ne juge pas, il ne donne pas de réponse précise, il nous accorde simplement la possibilité de l’écouter, de marcher à ses côtés l’espace de quelques lettres…..

Dans sa sixième lettre, il parle de Simone Weil, de cette femme et de son chemin. Ce qu’il explique est inracontable tant c’est exceptionnel comme l’était cette femme d’ailleurs…..

C’est avec une écriture lumineuse, enchanteresse que Monsieur Cheng (avec une majuscule à Monsieur) nous offre une pause apaisante dans une vie qui va parfois trop vite….