"Derrière les volets bleus" de Florence Tachoires

 

Derrière les volets bleus
Auteur : Florence Tachoires
Éditions : Taurnada (11 Juin 2026)
ISBN : 978-2372581738
288 pages

Quatrième de couverture

Afin de fuir un avenir incertain, Rosa se réfugie chez son grand-père au bord du bassin d'Arcachon. Mais la découverte du corps de Jérémy, son ami d'enfance, bouleverse tout.
Pour comprendre, la jeune femme plonge au coeur de l'île aux Oiseaux et se heurte à un enchevêtrement de secrets et de vérités dérangeantes.

Mon avis

Rosa se pose des questions, sur son avenir professionnel, sur son couple, sur sa vie en général. Elle ne sait plus où elle en est. Trop de stress ? Besoin de faire le point ? Elle ne peut pas répondre à ces interrogations. Mais une chose est sûre. Là, tout de suite, maintenant, elle veut « fuir ». Le bassin d’Arcachon, où vit son grand-père, Max, sera son refuge, le temps d’y voir plus clair. Elle sera au calme, près de la nature, pas loin de l’île aux oiseaux.

Max, c’est la solidité, le roc inébranlable, l’homme sur qui s’appuyer. Rosa, c’est une femme fragile, au passé douloureux, elle a des failles, elle essaie de rester droite. Elle se sait trop rigide parfois mais elle est comme ça.

Elle est venue pour se poser, prendre du recul mais dès les premiers jours, ses intentions sont bousculées. Jérémy, son ami d’enfance est retrouvé mort dans les dunes. À partir de là, Rosa veut comprendre. Comme l’enquête ne va pas assez vite à son goût, elle mène plus ou moins discrètement des investigations. Elle dérange, elle va parfois trop loin mais elle ne lâche rien. Son passé, son histoire personnelle, l’envahissent et ce n’est pas facile à gérer pour elle.

Les personnages secondaires ont tous de l’importance, le libraire, l’écrivain, le gendarme, le papy … Tous ont des fêlures, une part d’ombre. Les relations entre eux ne sont pas fluides et l’auteur exprime très bien les difficultés de communication. Et puis, il y a la nature, omniprésente, vivante, elle respire et marque de son sceau différentes scènes. C’est un élément essentiel car elle instaure une atmosphère très particulière. Elle joue un rôle.

Une thématique du récit est ce dont on se souvient et comment on l’interprète. Oublie-t-on par facilité, par peur, par amour, volontairement ou pas ? Quelle est la place des souvenirs dans notre vie, des impressions de déjà vu, déjà vécu. Qu’en-est-il des secrets, des non-dits ? Ne sont-ils pas parfois indispensables pour continuer à avancer ? Des incursions dans les années antérieures permettent, petit à petit, de cerner plusieurs événements et cela nous éclaire sur le présent et les attitudes des uns et des autres.

Le récit est construit avec beaucoup de précisions, les retours en arrière avec des dates différentes, offrent de quoi compléter ce qu’on sait déjà, sur une situation, un lieu, une rencontre, ou une personne. Tout s’emboîte, sans fausse note, comme un puzzle.

J’ai particulièrement apprécié qu’aucun individu ne soit lisse. Les imperfections font partie du caractère de chacun, et cela rend le récit plus crédible. Le style et l’écriture sont adaptés à chacun, ainsi que la façon de s’exprimer par oral. Le ton est, de ce fait, très juste.

Au-delà de l’enquête, c’est un roman où la psychologie des protagonistes est travaillée et développée, en essayant de la lier aux recherches effectuées. C’est plutôt bien pensé et bien fait. L’intérêt est maintenu en permanence, par de nouvelles découvertes.

C’est une lecture plaisante, complète. Je vais me pencher sur les autres titres de Florence Tachoires, ils ne sont pas dans le même domaine et ça m’intéresse.


"Hildur - Tome 2 : Rósa & Björk" de Satu Rämö (Rósa & Björk)

 

Hildur - Tome 2 : Rósa & Björk (Rósa & Björk)
Auteur : Satu Rämö
Traduit du finnois par Aleksi Moine
Éditions du Seuil (12 Septembre 2025)
ISBN : 978-2021561012
434 pages

Quatrième de couverture

Depuis que les vêtements de ses sœurs, Rósa et Björk, disparues il y a vingt-cinq ans, ont été récemment découverts dans le jardin d’un pédophile notoire, l’inspectrice Hildur Rúnarsdóttir nourrit l’espoir d’obtenir enfin des réponses. Mais l’enquête piétine, et, bientôt, un nouveau meurtre secoue la petite ville d’Ísafjörður : le corps d’un politicien local est retrouvé sur une piste de ski. L’homme, qui ne manquait pas d’ennemis, a été abattu d’une balle dans la poitrine. Aidée de son stagiaire finlandais, Jakob Johanson, qui se démène de son côté pour récupérer la garde partagée de son fils, Hildur n’a d’autre choix que de se confronter aux traumatismes de son enfance si elle veut résoudre cette affaire et le mystère qui entoure la disparition de ses sœurs.

Mon avis

C’est avec plaisir que j’ai retrouvés Hildur et son collègue Jakob pour une nouvelle aventure. Hildur, en parallèle de son travail d’enquêtrice, continue de rechercher ses deux petites soeurs qui ont disparu il y a vingt-cinq ans. C’est une femme indépendante, sans vie de couple fixe, qui aime faire du surf et mener les choses comme elle l’entend. Elle est volontaire, opiniâtre et ne lâche rien.

Dans la petite ville d’Ísafjörður, la vie, le plus souvent, est assez tranquille. Pourtant, un homme mort vient d’être découvert sur une piste de ski. Il a été assassiné. Hildur, qui était en déplacement, est enchantée de revenir pour mener des investigations.

Le récit alterne le passé (nous en apprenons un peu plus sur sa mère, sa famille) et le présent, où l’on suit une personne pour laquelle on se pose pas mal de questions avant de comprendre, vers la fin, qu’elle est son rôle. J’aime beaucoup l’atmosphère qui se dégage avec en toile de fond la nature et la météo islandaises. Les deux sont très présentes ainsi que les habitudes de vie des habitants. Certains sont des taiseux, sans doute parce qu’ils ne voient pas grand monde vu les distances…. En plus, ce sont les débuts de l’épidémie COVID et tout le monde est mal à l’aise.

Hildur et Jakob avancent pas à pas, font des déductions, recoupent leurs indices. Le rythme n’est pas effréné et il n’y a pas pléthore de rebondissements. Pourtant, notre intérêt est sans cesse maintenu. L’écriture calme, posé, faisant la part belle aux ressentis des uns et des autres, est prenante (merci au traducteur, Aleksi Moine). Il se dégage quelque chose des écrits de Satu Rämö. Ses protagonistes sont étoffés, ils existent et ne sont pas transparents. Elle réussit à glisser, également, l’histoire personnelle de Jakob, qui est loin de son fils. Son ex-compagne ne lui épargne rien et il essaie de se battre avec ses petits moyens pour une relation plus apaisée.

Plusieurs thèmes sont abordés, avec en premier, celui des secrets de famille, des non-dits, de la vengeance sous plusieurs formes. Qu’est-ce qui peut pousser les humains à agir d’une façon ou d’une autre, qu’est-ce qui motive leurs choix ?

Si j’ai trouvé la fin un tout petit peu rapide, cette lecture a été plaisante et j’ai hâte de lire la suite !


"L’enfant du train" de Ruth Druart (While Paris Slept)

L’enfant du train (While Paris Slept)
Auteur : Ruth Druart
Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Karine Xaragai
Éditions ‏ : ‎ City Edition (16 Juin 2021)
ISBN : 978-2824618715
480 pages

Quatrième de couverture

Au cœur de l’Occupation, à Paris, Sarah vient d’être arrêtée. Parce qu’elle est Juive. Juste avant de monter dans le train pour Auschwitz et les camps de la mort, la jeune femme prend une terrible décision : elle donne Samuel, son bébé, à un inconnu. L’homme n’hésite pas une seconde et décide de tout faire pour sauver et prendre soin de cet enfant. Avec sa fiancée et le petit Samuel, ils fuient Paris pour les États-Unis, pays où l’on peut encore être libre et en sécurité. Ensemble, ils vont former une belle famille. Au fil du temps, ils oublient les traumatismes de la guerre. Jusqu’à ce que, neuf ans plus tard, une femme frappe à leur porte.

Mon avis

1944 / 1953, deux temporalités. Un couple juif, Sarah et David. Au moment d’être déportée, elle confie son enfant, Samuel, âgé de quelques jours, à un homme, cheminot qui travaille vers le train de l’enfer. Le second couple en est à ses balbutiements, ils se connaissent depuis peu, et lui se retrouve avec ce bébé dans les bras. Un enfant juif ! Bien sûr, il est nécessaire de le protéger, de le sauver. Mais comment ?

Quelle est la meilleure solution ? Ils choisissent la fuite et vont s’établir en Amérique, loin de tout, en sécurité. Ils construisent leur famille, oubliant les horreurs de la guerre. Samuel grandit avec eux, un petit garçon épanoui. Et un jour, on sonne à la porte. Les parents biologiques de Sam ont trouvé leur trace et souhaitent récupérer leur fils.

À neuf ans, comment ce dernier peut-il vivre ce déracinement, lui qui ne parle pas un mot de français et qui ignore tout du judaïsme ? Comment vont réagir les parents adoptifs ? Auront-ils le choix d’ailleurs ?

Ce roman alterne les pensées et les points de vue des différents personnages, les parents, Samuel (sur la fin). Le ton est très juste. L’enfant est au cœur des pensées de chacun. Tous veulent le meilleur pour lui, tous l’aiment et souhaitent vivre avec lui. L’auteur a bien cerné ce que pouvait ressentir chacun. Les émotions après chaque situation sont analysées avec finesse.

Bien écrit (merci à la traductrice), ce récit est prenant et il renvoie forcément quelques questions : comment aurais-je agi dans la même situation ? L’écriture est fluide, ça se lit bien. Les personnages sont attachants avec leurs interrogations, leurs maladresses, leurs peurs. 

 

 

 

"Je suis Romane Monnier" de Delphine de Vigan

 

Je suis Romane Monnier
Auteur : Delphine de Vigan
Éditions : Gallimard (15 Janvier 2026)
ISBN : 978-2073113252
336 pages

Quatrième de couverture

"Les gens ne comprennent pas. Ils pensent que j'exagère. Mais en fait, je cherche quelque chose qui a disparu. Quelque chose de pur, de limpide... qui n'existe plus." Qui est Romane Monnier ? D'elle, il ne reste qu'un téléphone portable. Des notes, des messages, des souvenirs, des enregistrements, autant de traces confiées à un inconnu, un samedi soir dans un bar.

Mon avis

« S’il vous plaît, M’dame, ne me confisquez pas mon téléphone ! C’est toute ma vie ! » Combien d’enseignantes ou d’enseignants ont entendu cette phrase ? Beaucoup …, trop sans doute.

Parce qu’effectivement, chez certains, le smartphone n’est plus seulement une extension du bras mais un vrai partenaire de vie.

« Il songe un instant à cette aliénation insensée qui s’est insinuée dans sa vie comme dans celle des gens qu’il connaît, il suffit de regarder autour de soi : ces dizaines de visages penchés sur leurs écrans, dans le métro, dans la rue, qui ne regardent plus, ne regardent plus le ciel, ne regardent plus leurs enfants, mais continuent d’avancer ainsi, tête baissée, aveugles au monde auquel ils se croient reliés. »

On a souri la première fois qu’à minuit, un 31 décembre, on a vu plus de personnes en train d’envoyer des selfies ou des messages, qu’à embrasser son voisin ou sa voisine en lui souhaitant, sincèrement, en le pensant vraiment, une bonne et heureuse année. Après, on s’est insurgé mais est-ce que ce n’était pas déjà trop tard ?

Dans cet opus, Romane est à bout. Elle sent que les relations deviennent plus superficielles, que les réseaux prennent trop de place, que la communication passe non pas par la parole mais par les sms, les notes, les photos envoyées à sa « communauté ». Communauté ? Le mot est lâché, que met-on derrière ?

Alors, elle choisit, elle abandonne son téléphone, avec son contenu. Volontairement. Elle ne veut plus être pistée, « surveillée », obligée de répondre à la norme, de jouer, parfois, « un personnage ». Elle veut de l’authenticité. Et c’est un homme qui se retrouve en possession de l’objet à la place du sien. Inversion malheureuse ou acte volontaire ? A-t-il été choisi au hasard ou cette femme l’a-t-elle, consciemment, désigné, pour hériter «de toute sa vie » ?

À partir de ce constat, Delphine de Vigan construit un roman magnifique, très réaliste, documenté et intelligent. La première intention de Thomas est de se débarrasser de ce téléphone, de retrouver le sien, de clore cet intermède. Mais Romane est introuvable alors, il devient le gardien de ses souvenirs, de ses secrets, de ses pensées. Les dernières recherches, les mémos, les clichés, les correspondants, les mails etc… Il a récupéré l’empreinte numérique de cette femme, une inconnue qu’il va découvrir. Un téléphone dévoile beaucoup, tout, ou presque car on va au-delà de sa fonction première, parler avec d’autres. Il contient plus que des archives, plus que le contenu des placards … Tant d’intimité, de secrets qui tiennent dans le creux d’une main….

Le jeune homme explore pas à pas et nous le suivons dans sa quête, il a envie de connaître Romane, de la comprendre ses choix. Est-ce que le lecteur fera de même ? Est-ce que ça l’aidera à prendre du recul face à ces technologies avancées ? À chacun sa réponse.  

En creusant dans les mémoires de cet objet, qu’il est bien conscient de surinvestir, Thomas visite également les pièces fermées de sa propre mémoire. Certains éléments font écho en lui. Le temps qui a été englouti dans cet accessoire, qu’on ne passe plus à feuilleter un magazine mais à scroller sans intention précise, les modes de communication qui ont totalement changé …

Avec son style épuré, ses phrases brèves qui font mouche, l’auteur nous rappelle l’importance de l’humain. Que souhaite-t-on tisser comme liens ? Que veulent, que valent vraiment nos téléphones mobiles ? Comment gérer la dépendance qu’ils créent ?

D’ailleurs, qu’a fait Delphine de Vigan depuis qu’elle a écrit ce livre ? A-t-elle changé son rapport au sien ?

C’est une lecture coup de cœur, pour son originalité, pour ce qu’elle apporte de réflexions personnelles, pour le fait que, jamais, l’autrice ne se pose en juge. Son récit est une analyse fine et pointilleuse d’une vérité qui fait mal, et si on sent que ça fait mal, c’est qu’il n’est pas trop tard pour agir …..


"Les Années Glorieuses – Tome 4 : Les Belles Promesses" de Pierre Lemaitre

 

Les Années Glorieuses – Tome 4 : Les Belles Promesses
Auteur : Pierre Lemaitre
Éditions : Calmann-Lévy (6 Janvier 2026)
ISBN : 978-2702191477
512 pages

Quatrième de couverture

Tout commence par un incendie, un bébé et... un sanglier.
Paris est transformé par des travaux titanesques, le cœur d'un homme est écartelé, le monde rural menacé, des femmes sortent de l'oubli, et les membres de la famille Pelletier, toujours plus proches de nous, marchent inexorablement vers leur destin. Au terme d'un effroyable dilemme moral, ce sera l'effondrement ou l'apothéose.
Par bonheur, le chat Joseph veille encore.

Mon avis

Voici le quatrième tome de cette belle saga familiale « Les Années Glorieuses ».

J’ai retrouve avec plaisir certains personnages, j’étais impatiente de connaître leur avenir et cela a maintenu mon intérêt. Le récit est surtout centré sur Jean, surnommé « Bouboule », qui a une double personnalité et son épouse acariâtre, calculatrice. Suivre leurs déboires ainsi que ceux du reste de la famille a maintenu mon intérêt.

L’auteur est un grand conteur et sait nous prendre dans ses rets. Mais cette fois-ci, j’ai quelques légers reproches à lui faire.

Personnellement, la fin m’a semblé un peu expédiée, et tout au long du roman, le contexte historique moins développé. J’ai ressenti quelques longueurs, notamment pour la découverte de la sexualité d’un des protagonistes.

Malgré tout, l’écriture est toujours aussi prenante et on reste facilement scotché aux pages, l’art du suspense est maîtrisé, et l’atmosphère bien décrite. Les relations entre les uns et les autres sont présentées avec finesse, les dialogues, les pensées de chacun étoffant le tout. Colette est celle qui me plaît le plus. Elle est très intelligente, intuitive et attachante.

Même si cet opus n’a pas l’intensité des précédents, il conclut de belle manière cette série et j’ai apprécié ma lecture.


"La conteuse d’Auschwitz" de Siobhan Curham (The Storyteller of Auschwitz)

 

La conteuse d’Auschwitz (The Storyteller of Auschwitz)
Auteur : Siobhan Curham
Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Jocelyne Barsse
Éditions : City Éditions (25 Octobre 2023)
ISBN :  978-2824622750
310 pages

Quatrième de couverture

Lorsque les portes du wagon s'ouvrent, Claudette réalise qu'elle est arrivée en enfer. Auschwitz est un monde d'une infinie noirceur où le quotidien est rythmé par la peur, la violence, la faim et la mort. Autrefois romancière à succès à Paris, Claudette décide d'utiliser son talent de conteuse pour combattre l'horreur du quotidien et ne pas dépérir. Chaque soir, avec les autres déportées, elle invente des histoires, des récits qui font voyager et rêver, loin, très loin de l'horreur de leur quotidien. Claudette se fait aussi une promesse. Elle doit absolument survivre pour, un jour, après la guerre, pouvoir raconter les histoires des hommes et des femmes qu'elle a rencontrés dans cet enfer.

Mon avis

Claudette est écrivaine. Elle vit seule dans un bel appartement à Paris, et gagne bien sa vie. On est en Octobre 1940 et certains de ses amis ont fui la capitale. Pourquoi ? Parce qu’ils sont juifs et que rester devient compliqué voire dangereux. Elle n’y croit pas trop, n’a pas envie de laisser ce qu’elle a mis en place derrière elle. Ce jour-là, son éditeur lui annonce qu’il ne pourra plus la publier car elle est juive. Elle est révoltée mais que faire ?

Ce qui l’anime, c’est écrire. Elle va trouver, avec l’aide de bonnes rencontres, d’autres façons de s’exprimer et quand elle sera prisonnière à Auschwitz, elle deviendra « la conteuse », celle qui fait rêver les autres, qui les aide à s’évader dans leur tête.

« Les Allemands avaient peut-être emprisonné mon corps mais mon esprit était plus libre et ma détermination plus forte que jamais. »

Lorsque j’ai commencé ce roman, l’écriture m’a semblé trop, très, « scolaire », appliquée, sans relief et je ne pense pas que ce soit dû à la traduction. Tout était un peu trop facile ou simple.

Petit à petit, j’ai été prise par l’histoire, par cette femme qui essaie de rester positive, de s’accrocher et par ce qu’elle met en place pour garder la tête haute. Ça se lit bien mais il manque, à mon avis, un petit quelque chose, de la profondeur. J’ai le sentiment que ça reste assez superficiel, même si c’est prenant et qu’on a envie de connaître la suite des événements.

Pourtant l’autrice s’est renseignée et a sans doute cherché des documents. J’ai lu d’autres livres parlant de cette période et ils m’ont plus touchée. Mais je ne regrette pas ma lecture.


Les grues volent vers le Sud de Lisa Ridzén (Tranorna flyger söderut)

 

Les grues volent vers le Sud (Tranorna flyger söderut)
Auteur : Lisa Ridzén
Traduit du suédois par Catherine Renaud
Éditions : La Peuplade (7 Mai 2026)
ISBN : 978-2925416890
434 pages

Quatrième de couverture

Bo n’a plus beaucoup de temps devant lui. À quatre-vingt-neuf ans, il vit isolé dans un village suédois et sa santé décline rapidement. Sa solitude n’est troublée que par le va-et-vient de ses aides à domicile. Parmi les rares choses qui lui restent, il y a les appels à son meilleur ami et la fidèle compagnie de Sixten, son gros chien auquel il tient comme à la prunelle de ses yeux. Bo aime s’endormir avec lui, sa main enfouie dans l’épais pelage. Quand son fils juge qu’il ne peut plus s’occuper d’un tel animal, l’orgueilleux Bo plonge dans un tourbillon d’émotions.

Mon avis

Je savais bien que c’était un roman, que Bo n’existait pas « pour de vrai ». Alors, il n’y avait aucune raison de s’attacher, encore moins de pleurer en serrant mon mouchoir très fort dans la main…. Et pourtant, j’ai fini en larmes …

Bo, c’est un vieil homme de quatre-vingt-neuf ans. Son corps le trahit, il n’a plus le même rendement, la même force. Parfois, c’est sa tête aussi, il oublie. Mais il est encore chez lui avec Sixten, son chien. Les aides à domicile passent tous les jours, notent quelques remarques dans le cahier de liaison (ce qui rend le texte très réaliste). Sa préférée, c’est Ingrid, elle le comprend à demi-mots. Régulièrement, il appelle Ture, son ami de toujours. Diminué lui aussi, alors ils ne se voient pas mais se parlent et échangent.

Il se sait fatigué, amoindri mais il voudrait encore décider, choisir ce qui est bon pour lui ou pas. Mais tout le monde semble savoir mieux que lui.

« J’ai envie de me lever, de taper du poing sur la table et de dire que je fais ce que je veux, bon sang. Que je suis le capitaine de mon pauvre navire.
Mais je ne le fais pas. Parce que je ne suis pas le capitaine. Je ne suis qu’un balluchon attaché à un bateau en pleine tempête. »

Ce qui le maintient en vie malgré sa santé vacillante ? Son chien, une présence, une chaleur presque humaine. Il faut le sortir, c’est un animal qui a besoin de longues promenades et les jambes de Bo ne suivent plus…. Ce serait mieux de le confier à une famille, son fils le lui dit souvent mais il refuse de l’entendre, il veut garder Sixten près de lui, ils ont besoin l’un de l’autre….

Que peut-il faire ? Refuser. Il le dit, c’est la seule chose qui est encore possible pour lui, refuser de manger, de se doucher, de parler….. Mais est-ce la solution ? Bo pense, réfléchit, revient sur sa vie, laisse les souvenirs affluer en lui … Il reconnaît qu’il est maladroit avec son fils (et le contraire aussi). Ces deux-là n’ont pas su se dire les choses mais il n’est peut-être pas trop tard …

Je me suis sentie proche de Bo, comme si je pouvais l’accompagner. L’autrice a réussi à le rendre « palpable », tout ce qui fait son quotidien est saisissant de réalisme. Les soins, l’aide obligatoire pour certaines tâches, ce qui paraît humiliant mais l’impossibilité de faire autrement ….. Et comment garder sa dignité ….

Ce livre évoque le temps qui passe, les relations familiales, l’amitié, les non-dits, la difficulté pour communiquer, les choix qu’on fait, le deuil (face à la mort ou lorsque la personne aimée n’est plus la même ou lorsqu’on doit renoncer et accepter que rien ne soit plus comme avant), la place des aidants (ceux de l’extérieur et les proches).

C’est un premier titre et le ton est très juste, pas larmoyant malgré la tristesse qui nous étreint. Lisa Ridzén parle de la vie et de la mort qui en fait partie. Elle le fait avec une délicatesse infinie, sans en rajouter. Le vocabulaire est précis (merci à la traductrice, Catherine Renaud), posé et retransmet avec doigté toutes les émotions ressenties et elles sont nombreuses.