"Le Chat - Tome 25: L'origine du Chat" de Philippe Geluck

 

Le Chat -Tome 25 : L’origine du Chat
Auteur : Philippe Geluck
Couleurs : Serge Dehaes / Maquette : Pauline Kahn
Éditions : Casterman (15 Octobre 2025)
ISBN :  978-2203290693
48 pages

Quatrième de couverture

En octobre 2025 sort le 25ème album du Chat. Pour ceux qui croient à la numérologie, il s'agit sans doute d'un alignement des planètes. Pour les autres, il s'agit simplement de se réjouir. Dans ce nouvel opus, Philippe Geluck nous réserve plus d'une surprise : une avalanche de gags hilarants, mais ça on s'en doutait ; là où il surprend, c'est qu'il va révéler que son héros a eu une vie avant 1983, date de sa création. Comme beaucoup d'entre nous, Le Chat a eu une famille, il a vécu une enfance et une scolarité pas forcément simples mais déterminées. Très jeune il a su ce qu'il voudrait devenir plus tard : héros de BD. Dans une partie de ce nouvel album, Geluck s'amuse à nous raconter en bande dessinée comment Le Chat et lui se sont finalement rencontrés (mais ça c'est une surprise), en dehors de ce vrai suspense, l'auteur s'attache à nous faire rire et réfléchir, nous toucher et nous plier en deux. À

Mon avis

Après avoir vu « Le Chat » sur les murs de Bruxelles, puis « Le Chat déambule » au Parc de la Tête d’Or, 

quoi de mieux que de se plonger dans ce nouvel album afin de découvrir la rencontre entre Geluck et son personnage ?

On commence à rire avant même de voir le premier gag en dessin. Les quatre pages intérieures derrière la couverture sont truffées de petites phrases drôles. Un exemple ?

« Un escargot est plus souvent parti qu’arrivé. » « 50 kilos de palourdes c’est quand même lourd » « À un enfant unique, c’est mieux de lui donner un prénom double il se sentira moins seul. » (Mon fils a bien ri avec celle-ci, lui qui est fils unique avec un prénom composé…)

Viennent ensuite les gags, certains avec un seul dessin un peu plus gros, d’autres sur un strip de trois ou quatre cases, éventuellement sur une ou plusieurs pages lorsqu’il y a plus à raconter (notamment sur la vie du Chat avant sa rencontre avec l’auteur ou juste après, c’est jubilatoire).

C’est parfois en couleurs mais pas tout le temps et le fond a toujours très peu de détails.

Je ne sais pas comment l’auteur fait pour se renouveler, pour trouver d’autres blagues (peut-être se fait-il aider ?) mais c’est excellent.

Ce qui est bien avec ce genre d’albums, c’est qu’on peut difficilement tout retenir, donc on lit, on relit, on rit et on rit encore !

 



"Les chemins écarquillés" d'Aurélien Blanchard

Les chemins écarquillés
Auteur : Aurélien Blanchard
Éditions : Christian Bourgois (5 Mars 2026)
ISBN : ‎ 978-2267059410
160 pages

Quatrième de couverture

Habitué des petits boulots, des basses besognes et des aller-retours en prison, Braque se voit confier une étrange mission. Il doit escorter, chez un éminent zoologue, une étrange créature. Chose laide et silencieuse aux grands yeux tristes, à mi-chemin entre le tamanoir et un adolescent humain mâle, la créature se déplace tantôt à quatre-pattes et tantôt debout, se refusant à toute classification taxonomique. Il lui donnera un nom : Victor. Braque aime le silence, et Victor le lui rend bien. Mais la créature gêne et dérange.

Mon avis

Attention ! Pépite littéraire !

Nous voici, quelque part dans un monde où la vie n’est plus la même, où les mégafeux font des dégâts, où les mots solidarité, respect, écoute, ont disparu, où internet s’est éteint, où rien ne sera plus pareil parce que les humains ont gâché ce que les générations précédentes leur avaient offert…

« Il n’y a pas eu de révolution, pas de catastrophe, juste un effondrement progressif où tout le monde s’est en quelque sorte replié sur soi-même, sans changer grand-chose en fait. »

Braque n’a pas vraiment réussi sa vie jusqu’à maintenant. Entre petits boulots minables et séjours en prison, il n’a rien vécu de bien agréable et il ne sait pas quelle direction prendre. Alors, quand on lui propose une étrange mission, il accepte en se disant qu’il verra bien après. Ce qu’il doit faire ? Escorter une « créature indéterminée » chez un docteur en zoologie. Il gagnera quelques billets et ça lui permettra de voir venir la suite.

Le voilà donc sur les routes avec cet être qui respire, ne parle pas, se déplace et qui a, disons-le carrément, rien d’humain… à part, peut-être, ses yeux. D’ailleurs, Braque a parfois le sentiment qu’un éclair de compréhension les traverse mais il se doute qu’il se trompe et ne pousse pas la réflexion au-delà.

Un étrange lien va se tisser entre eux. Braque n’arrive pas à comprendre pourquoi il s’attache à Victor (c’est ainsi qu’il le nomme). Sans dialogue possible, quel intérêt ? Mais les faits sont là, inexplicables. Comment envisager le futur ? Il se doit de le déposer au lieu du rendez-vous, c’est son job.

On ne peut pas tout maîtriser et tout ne se déroule pas comme c’était prévu. Braque se retrouve dans des situations délicates à gérer. Il doit réfléchir, prendre du recul, décider vite parfois. Il fait des choix, bons, mauvais ? Chacun pensera ce qu’il veut. Moi j’ai ma petite idée.

Le récit, avec quelques pointes d’humour, est d’une grande profondeur. Il parle de la vie, de l’amour, de l’amitié, de ce que construisent ou détruisent les hommes, quelques fois par égoïsme ou par pur besoin de pouvoir. L’atmosphère est particulièrement bien décrite, en fonction des situations, on sent la peur, l’affection, le soulagement ou autres ….

Portée par une écriture magnifique, avec un vocabulaire recherché, de qualité, ce roman m’a conquise, charmée. Le choix des mots est exquis, précis. Moi qui aime la poésie, les phrases bien rédigées, je me suis régalée (j’ai même sorti mon dictionnaire !). Pour autant, l’auteur ne sombre pas dans le grandiloquent, il a su parfaitement doser son propos. Il n’en rajoute pas, il montre les atermoiements, les différentes options qui se présentent, les réflexions que ça engendre… Et ses descriptions sont superbes.

« Le silence non pas comme une toile blanche, mais cadre texturé, canevas ou matière brute qui porte déjà en elle-même ses formes possibles. »

Le texte d’Aurélien Blanchard est « enveloppant » (je ne sais pas si j’ai pris le meilleur terme pour exprimer mon ressenti), il dégage une certaine forme de douceur malgré des événements graves de temps à autre. Pour un premier titre, c’est vraiment très réussi. Original, porteur de sens et plaisant à lire !

 

"Corps célestes à la lisière du monde" de Jón Kalman Stefánsson (Himintungl yfir heimsins ystu brún)

 

Corps célestes à la lisière du monde (Himintungl yfir heimsins ystu brún)
Auteur : Jón Kalman Stefánsson
Traduit de l’islandais par Éric Boury
Éditions :  Christian Bourgois (5 Mars 2026)
ISBN : 978-2267058376
480 pages

Quatrième de couverture

Islande, XVIIᵉe siècle. Le révérend Pétur, un homme tourmenté précédé d'une réputation sulfureuse, écrit une longue lettre à une destinataire mystérieuse. Après des études à Copenhague et un séjour en Angleterre, il a été nommé à la paroisse de Brúnisandur dans les fjords de l'Ouest. À son arrivée, Pétur est accueilli par la servante Dóróthea, une femme à la mémoire prodigieuse et au caractère affirmé. Elle deviendra rapidement un soutien indéfectible face à l'adversité et dans son projet de relater les événements tragiques qui secouent l'île : le bailli Ari Magnússon - représentant de la couronne danoise - a décidé de s'attaquer aux pêcheurs espagnols échoués sur l'île après le naufrage de leurs bateaux, et Pétur tente d'empêcher le pire.

Mon avis

Début des années 1600, le révérend Pétur arrive dans la paroisse de Brúnisandur. Il a volontairement été envoyé là-bas pour l’éloigner des lieux où il y a eu quelques dérapages (nous le comprenons à demi-mot). Il a la réputation d’être assez sûr de lui. Arrivé sur place, il est accueilli par Dóróthea, domestique à son service, elle sait tout sur tout le monde et il peut lui parler.

 Dès les premières pages, il écrit une longue lettre, que nous lisons comme un monologue, il l’adresse à « mon exquise », une personne dont on ne sait rien. Il échange avec sa gouvernante en lui lisant ses courriers, elle commente et lui dit souvent de ne rien cacher. Cette femme vaut le détour, elle est surprenante, à la fois simple et assez « cultivée » à cause de toutes les connaissances qu’elle a et surtout de son regard mature sur la vie. Son portrait est plutôt complet, intéressant. Pétur, lui, réfléchit sur sa mission, son rôle. Il montre les difficultés de sa vie : être au service des autres et ne se laisser perturber par aucune tentation.

Le récit oscille entre passé et présent, entre éléments réels et fictifs. La trame historique est complète, travaillée. Elle dévoile des faits ayant existés parfois révoltants. J’ai ainsi découvert que les habitants de l’Islande, un pays où il me semble qu’il fait bon vivre, ne se sont pas toujours comportés avec respect. En 1615, a eu lieu le Spánverjavígin, également appelé « massacre des Espagnols », les chasseurs de baleine du Pays-Basque espagnol ont été tués. Bien sûr, il y avait eu conflit mais en arriver à de telles extrémités interroge …

« Combien devront se poser la question, là-bas, en Espagne, lorsque passera l’automne puis que viendra l’hiver sans qu’aucun des marins ne rentre des mers d’Islande ? »

Le roman évoque plusieurs pans de l’histoire du pays, les mêlant aux personnages imaginaires introduits dans le texte. Le révérend les interprète et développe ses pensées, sa vie personnelle, en partant de ce qu’il présente, cela permet d’aller plus loin dans la réflexion et l’analyse.

« Peut-être enterrons-nous la vérité et la justice pour nous simplifier la vie ? »

L’auteur s’interroge sur le pouvoir de l’écrit, sur sa force. Si on ne laisse pas une trace tangible de ce qui se passe, comment être sûr de ce qu’on dit lorsqu’on évoque les événements ? En même temps, suivant qui rédige, le contenu peut être « orienté »…   Il établit aussi, sans le formaliser directement, un lien entre ce qui a été et ce qui est. Les hommes retombent-ils toujours dans les mêmes travers ?

C’est un texte dense, non linéaire, avec de nombreuses informations. La première partie peut rebuter car il y a beaucoup à assimiler, il est nécessaire de ne pas se laisser distraire. Il ne faut pas attendre des actions, des rebondissements, un rythme effréné. C’est plus de l’ordre de la méditation, de l’introspection. C’est une lecture qui se « mérite ». Mais le style puissant, l’écriture poétique et profonde (merci au traducteur), envoutent, mettant en place une atmosphère particulière où tout s’articule avec lyrisme.


"Animal Memoriam" de Jean-François Regnier

Animal Memoriam
Auteur : Jean-François Regnier
Éditions : Librinova (12 janvier 2026)
ISBN : 979-1040599791
184 pages

Quatrième de couverture

Dans un village reculé, le père Marceau veille sur les âmes comme on garde une mémoire fragile. Mais lorsqu'un jeune garçon lui révèle ce qu'il n'aurait jamais dû savoir, c'est tout l'édifice de sa foi, de sa mission, de sa vie, qui commence à vaciller. Pour un serviteur de Dieu, il est des vérités qu'on ne peut pas porter seul, des fautes qu'on ne peut pas absoudre. Et, un moment, peut-être, où l'homme prend le pas sur le prêtre…

Mon avis

Un titre énigmatique, une photo de première page que l’on comprendra en lisant et une quatrième de couverture qui n’en dit pas trop (pour une fois). Voilà de quoi intriguer le lecteur et c’est absolument réussi avec moi !

Le Père Marceau est un curé de campagne, à l’ancienne, avec un confessionnal muni d’une cloison où il écoute les péchés des uns et des autres avant de leur donner l’absolution. Ils accompagnent les malades, les mourants et leur famille, préparent les plus jeunes à la communion. Un prêtre parfait ? Vu de l’extérieur, c’est l’image qu’il donne et c’est peut-être suffisant pour sa hiérarchie et les villageois. Mais il reste un être humain avec parfois des tentations. Succombe-t-il ? Est-il assez solide mentalement pour les repousser ?

Je n’en dirai pas plus car en rajouter sur le contenu serait déjà spolié une partie de ce qui rend ce récit « magique », totalement atypique, surprenant et très bien pensé. On se laisse vite prendre tant c’est fluide et prenant. Il est important de souligner non seulement la qualité de l’écriture mais aussi celle des réflexions portées par l’ecclésiastique.

Il s’interroge sur sa foi, ce qu’il reçoit, ce qu’il transmet, l’utilité de la prière, des sacrements choisis ou imposés par la tradition familiale ou autre. Être dans la « norme » d’une croyance, adapter son comportement et ses attitudes à ce qu’on attend de vous, est-ce une bonne chose ?

Les questions de manipulation, de culpabilité, de pardon sont abordées avec beaucoup d’intelligence. L’auteur a une approche très fine des relations humaines. Est-ce que la sincérité l’emporte ou quelques fois, on dit et fait ce qu’il « faut » pour ne pas faire ressortir notre vraie personnalité parce qu’elle ne serait pas en accord avec ce qu’on est censé montrer ?  

Est-ce que le péché, tel que le définit la religion, vous poursuit toute la vie ? Comment enlever de son parcours une grosse faute ? On ne peut pas l’effacer, alors vivre avec mais comment ? En parler, se taire ?

Dans un style plutôt dépouillé, l’auteur va au plus loin de l’intimité des pensées du prêtre (le texte est à la première personne comme s’il se confiait à nous et cela donne encore plus de poids aux propos). Il n’en rajoute pas, ça reste sobre et donc très profond.

J’ai trouvé ce roman très intéressant. Les différentes situations s’enchaînent bien. L’atmosphère est bien décrite et la surprise est au rendez-vous. Une belle découverte !

 

"Je vous aime" de Frank Andriat

 Je vous aime
Auteur : Frank Andriat
Éditions : Ker (20 Mars 2026)
ISBN :  978-2875865298
182 pages

Quatrième de couverture

Le quotidien de Maxence bascule quand Manon révèle sa maladie. De cette confrontation à la finitude naissent des échanges d’une rare intensité : sur l’amitié, la responsabilité, la tendresse et le sens de l’existence.


Mon avis

« Cancer », le mot qu’on n’aime ni entendre, ni prononcer, encore moins lorsqu’on a, logiquement, « toute la vie devant soi ».

Pourtant, ce matin-là, au lycée, Manon lâche, devant toute la classe : « J’ai un cancer, […]. Pour éviter les ragots, je préfère vous apprendre la nouvelle moi-même. »

Chacun réagit comme il peut. Certains pas très à l’aise se taisent, d’autres posent quelques questions. Maxence, près du radiateur, au fond de la classe, n’ouvre pas la bouche mais intérieurement, il est bouleversé et il le dit, au cours suivant, lorsqu’un enseignant l’interroge en lui demandant à quoi il pense.

À la sortie, Manon et Lilou, sa meilleure amie, interpellent Maxence, elles veulent comprendre sa réaction lorsqu’il a dit que la santé de sa camarade le tracassait. Maxence est nature, il ne joue pas un rôle donc il explique ce qu’il ressent en toute simplicité. Les jeunes filles sont touchées et petit à petit, un lien fort se tisse entre ces trois-là. Ils sont cibles de moqueries car cela ne ressemble en rien à Maxence, ni aux deux copines. Mais le trio n’en tient pas compte, une amitié solide s’installe. Ils peuvent échanger en toute confiance.

La maladie de Manon l’a fait évoluer de manière fulgurante, fini les futilités, les envies de concours de beauté. Elle a pris le contrôle d’elle-même, de ce qu’elle veut, de ce qu’elle est, de ce qu’elle souhaite laisser pour « l’après ». Elle devient « la sage » du groupe.

« Il faut aller au-delà de soi, contempler la vie comme un tout et ne pas se centrer sur son nombril. »

Heureusement, Maxence est surprenant, il arrive à dédramatiser, à évoquer librement le « crabe » et son amie Manon peut échanger avec lui, quand Lilou craque. Il apporte un peu de légèreté de temps à autre et se révèle une épaule sûre également.

Manon a besoin de ses deux camarades car elle préserve ses parents. Eux, ils espèrent, sont en mode déni ou se disent que tout peut arriver. Alors, ils font « comme si » tout était normal, ils essaient d’emmener Manon en vacances, l’air vivifiant pourrait bien la remettre en forme, on ne sait jamais….

Devant l’adversité, Manon a choisi et elle le dit :

« Tout est question de regard : nous pouvons nous fermer et étouffer ou nous ouvrir et espérer. »

Ce roman aborde avec délicatesse un sujet grave. Il permettra d’ouvrir des discussions avec des jeunes éventuellement démunis en envisageant des traitements lourds, la mort… J’ai trouvé le ton très juste, l’auteur a bien dosé sans trop en faire. Son écriture est fluide, abordable. Il s’est mis dans la peau de Maxence qui raconte son quotidien. Son vocabulaire, les réactions, les pensées sont bien celles d’un jeune adolescent. Je pense que ce genre de livre est important, essentiel pour éviter d’avoir des blocages face à des événements qui donnent envie de hurler, de se révolter, mais qui font, malheureusement, partie de la vie.

Une magnifique lecture, parfois les larmes aux yeux.



"Clifton - Tome 14 : Le clan Mc Gregor" de Bédu

 

Clifton - Tome 14 : Le clan Mc Gregor
Auteur : Bédu
Éditions : Le Lombard (7 Juin 1996)
ISBN :  978-2803609291
50 pages

Quatrième de couverture

Au Kirkilloch castle, un vaste manoir planté dans les landes d'Ecosse, vit une bien curieuse famille. C'est au sein de celle-ci que Harold Wilberforce Clifton tente de faire la lumière sur le vol des joyaux du clan McGregor.

Mon avis

Un des meilleurs Clifton !

Le voilà, obligé de partir en Ecosse (lui, un pur anglais) pour enquêter dans un manoir. Bien sûr, il a accepté cette mission parce que c’est aussi l’occasion de faire le joli cœur… Des bijoux précieux ont été volés. Le chien de la maison déteste les anglais et déchire ses pantalons… La petite fille de la maison est délurée et met beaucoup de fantaisie dans cette nouvelle aventure. L’enquête n’est pas simple mais le détective est doué…

L’ambiance est parfaite, les bulles ont un contenu qui a du sens, les dialogues sont savoureux et tous les personnages sont intéressants. Certaines situations sont cocasses (j’ai bien ri avec le lot que le colonel cherche à refiler…) Il y a de l’humour, un fond d’histoire qui se tient. Le scénario est bien pensé.

J’aime beaucoup les dessins de Bédu et je trouve que pour les textes, il s’en est très bien sorti !

Un album qui apporte le sourire et qui tient la route !


"Juste un peu d'amour" de Michèle Halberstadt

 

Juste un peu d’amour
Auteur : Michèle Halberstadt
Éditions : du Cherche Midi (2 avril 2026)
ISBN : 978-2749185187
194 pages

Quatrième de couverture

Sur l'île d'Yeu, Roland, cœur tendre et solitaire, rêve du grand amour. Son miracle s'appellera Ella, brillante étudiante sénégalaise. Avec elle, tout paraît possible. C'est fous amoureux l'un de l'autre, aveuglément confiants en l'avenir qu'ils vont se marier au Sénégal puis s'installer ensemble sur l'île.
Malgré la rudesse de l'endroit, l'hostilité de la famille de Roland, Ella est déterminée à s'intégrer.
L'amour immense qu'ils partagent suffira-t-il pour affronter les vents contraires ?

Mon avis

Ce très beau roman est inspiré d’une histoire vraie. Il est bien écrit, intéressant et surtout très émouvant. Dans les premières et les dernières pages, l’auteur explique pourquoi elle l’a rédigé, quel témoignage elle voulait apporter.

Depuis de nombreuses années, elle passe ses vacances sur l’île d’Yeu, elle y est « la bourgeoise », celle qui ne vient qu’aux beaux jours et ne sait pas grand-chose de la vie sur place.

« Elle ne fait pas partie de leur horizon, simplement parce que cela ne leur viendrait pas à l’esprit. »

Les difficultés pour les îliens ? Avoir un travail, trouver l’amour, s’épanouir dans un univers un peu restreint (à moins d’aller sur le continent). Les pêcheurs galèrent, s’usent au travail et parfois meurent jeunes. C’est ce qui est arrivé au père de Roland, alors il vit avec sa mère. Une maîtresse femme, autoritaire, elle attend beaucoup de son fils. Non seulement, il participe financièrement mais elle veut tout savoir de ce qu’il fait. Elle l’étouffe.

Il voudrait une autre vie, il en rêve. Alors un soir, comme on jette une bouteille à la mer, il s’inscrit sur Meetic. Il ne sait pas comment s’y prendre mais il apprend petit à petit. En parallèle, au Sénégal, Ella s’est connectée elle aussi. Ils s’attachent l’un à l’autre et se marient. La décision a été prise de s’installer sur l’île. Très vite, Ella comprend qu’elle détonne, une africaine ! Que vient-elle faire là ? Les gens se méfient et en premier la famille de son époux.

Ce récit présente la vie de ce jeune couple, les obstacles pour Ella, mais aussi pour eux deux. La mère de Roland n’accepte pas sa belle-fille. Elle ne les aide pas, ne leur facilite pas la vie. Ella a tout laissé derrière elle pour venir en France, elle a quitté son pays, elle s’est déracinée. Elle est jugée, rejetée, comment va-t-elle s’en sortir ?

C’est avec pudeur et doigté que sont abordés des thèmes délicats à évoquer. Le racisme « de base », celui qu’on dit « ordinaire » parce qu’il est inconscient, un peu comme un réflexe. Et si c’était une intrigante qui prend le boulot des habitants du cru ? Et si elle n’aimait pas vraiment son conjoint ? Et si ? Et si ? La communication dans le couple, en famille, l’amitié, a construction de soi lorsqu’on est loin des siens, tout cela est présenté sur un ton très juste.

Ella peut se battre pour prouver son honnêteté mais comment, avec quels moyens ? Est-ce que son compagnon réalise vraiment ce qu’elle vit ? Pour lui, ce n’est pas simple non plus, il est moqué, décrié, et a peu de soutien.

Avec une écriture toute en finesse, Michèle Halberstadt parle de ce qu’ont vécu ces deux êtres, leur fragilité, la force de leur amour, les cailloux que certains ont mis sur leur route…. Elle ne sombre ni dans le pathos, ni dans le jugement, elle pose des faits, glisse son ressenti.

Cette lecture bouleversante est un bel hommage à ces amoureux !