"Le refuge" de Jérémy Bouquin

 

Le refuge
Auteur : Jérémy Bouquin
Éditions : du Caïman (9 Janvier 2026)
ISBN : ‎ 978-2493739735
260 pages

Quatrième de couverture

Caroline et ses enfants rejoignent une étrange communauté de femmes, réunies dans une ferme perdue au cœur des bois. Toutes ont fui l'enfer, et ont construit un nouveau monde, à l'abri des regards. Un lieu où rudesse, entraide et solidarité sont les seules lois. Pourtant, le passé ne s'oublie pas si facilement. Et la confiance, si difficile à accorder, peut se briser en un instant. Dans ce refuge loin de tout, entre les blessures d'hier et les doutes d'aujourd'hui, sont-elles vraiment en sécurité ?

Mon avis

Lorsqu’une femme est mal dans son couple, la vie n’est pas facile. Surtout si le mari violent ou humiliant donne le change devant les voisins et les amis. Caroline est de celle-là. Elle a essayé de parler à sa mère, d’expliquer les situations de conflits mais cette dernière a minimisé et ne l’a pas entendue. Alors, Caroline se sent seul avec ses deux enfants dont un bébé. Jusqu’à ce qu’une rencontre lui ouvre une porte sur l’espoir.

C’est Charline qui la comprend, l’écoute et lui propose une « exfiltration » organisée et bien « ordonnée ». Tout sera prévu, calculé, les risques minimisés voire inexistants. Alors Caroline fait confiance, elle sait qu’il n’y a pas d’autres solutions si elle veut offrir un meilleur avenir à ses fils. Pas évident de partir dans l’inconnu, sans rien ou presque, mais c’est pour un mieux-être…

Elle est conduite dans un lieu dont elle ignore tout, elle a été empêchée d’observer le trajet. Elle se retrouve dans une ferme isolée, au milieu des bois, assez loin de tout. Gérée en presque totale autarcie, elle est habitée par des femmes qui ont souffert comme elle et ont décidé d’aider d’autres épouses, compagnes, en détresse. Il faut qu’elle fasse ses preuves, qu’elle prouve qu’on peut lui faire confiance, qu’elle reste le temps décidé par la « responsable » avant de se voir offrir une nouvelle vie, ailleurs, en toute quiétude. Le quotidien est ardu, le confort aléatoire, elle se pose beaucoup de questions. Elle sent bien qu’on ne lui dit pas tout, que certaines choses sont tenues secrètes. Mais elle n’a pas de marge de manœuvre. Si elle veut s’en sortir, elle doit attendre des jours meilleurs., se raisonner.

Malgré toutes les précautions prises, toutes les protections mises en place, les locataires du refuge sont rarement totalement sereines. Elles surveillent leurs arrières dès qu’elles partent ou arrivent, font le nécessaire pour ne pas être vues, ni repérées. Donc, la tranquillité n’est qu’une façade, être sur le qui-vive est une obligation, sans cesse et avec peu de répit.

Tout ça, c’est quand même assez fragile, et peut-être moins pérenne que cette communauté l’imagine. Quand elles apprennent que des hommes essaient d’obtenir des renseignements dans le village le plus proche, elles réalisent vite qu’elles doivent être continuellement en éveil. Cet équilibre fragile est-il en péril ? Les événements vont-ils se précipiter et les mettre en danger ?

Jérémy Bouquin construit un récit qui nous tient en haleine. Dès les premières lignes, on sent que l’atmosphère ne respire pas la joie, ou pas autant qu’on veut nous en persuader. Dans ce groupe pour les femmes, régie par des femmes, les rôles sont définis, chacune à sa place, pas facile de prendre des initiatives, de voir plus loin que ce qu’on vous montre. Les tensions sont présentes, les plus jeunes n’ont pas les mêmes besoins, les mêmes envies. Quel peut être le suivi médical en cas de problème ? Les herbes sauvages sont-elles suffisantes ? Et puis, où trouver de l’argent pour ce qu’on ne peut pas obtenir en récupération ou autosuffisance ?

L’écriture est prenante, sans fioriture, des phrases qui claquent, comme si tout se déroulait sous nos yeux, sans fard. En filigrane des thèmes graves sont abordés. La tension monte au fil des chapitres, j’avais peur que Caroline perde pied, qu’elle ne choisisse pas le bon objectif. C’est noir bien sûr, mais très bien pensé !


"Ghostfather" d'Éric Calatraba

 

Ghostfather
Auteur: Éric Calatraba
Éditions: The Melmac Cat (19 Février 2026)
ISBN:
978-2492759376
224 pages

Quatrième de couverture

Clément et sa guitare Fender sont devenus en quelques années une des stars du paysage pop français. Cette guitare va l'amener à Londres où il va faire la connaissance de son père, qui l'aurait abandonné à la naissance. Roman noir sur fond de rock, de pop, et de relations familiales complexes, "Ghostfather" manie aussi habilement quelques ambiances britanniques, dévoile la nuit, sur une mauvaise route et dans les esprits des personnages.

Mon avis

C’est noir, sombre, intense, prenant et une fois encore l’auteur change de registre avec un roman où la musique est la ligne conductrice. Déjà tous les titres de chapitres sont en lien avec cette thématique (et j’avoue qu’il me manquait de nombreuses références, mais comme j’aime bien comprendre, j’ai fait des recherches…), ensuite la guitare Fender est un personnage à part entière dans le texte, puisqu’elle prend la parole.

Plusieurs protagonistes s’expriment et l’en tête ne précise pas qui prend la parole, il est donc nécessaire d’être attentif et de prendre en compte le contexte pour savoir qui parle. C’est pour moi quelque chose de très positif car ce récit choral n’est pas ordinaire.

Clément veut être musicien. Ce n’est pas aisé de réussir ses rêves mais sa confrontation avec une Fender, une guitare exceptionnelle, marque un tournant. Il joue et devient célèbre. Il fait des rencontres, dont une avec une femme (qui, à mon avis, est une perle mais c’est bien connu que les hommes ne s’en rendent pas compte), garde un ancien pote musicien, a parfois des difficultés mais sa Fender et lui, c’est quelque chose comme on dit.

Lors d’un passage à Londres, il fait la connaissance de son père, un presqu’inconnu pour lui. Leur lien est complexe, compliqué. L’influence du father n’est pas des mieux mais le fiston est tellement heureux de l’avoir retrouvé, il tolère tout. Il se fait manipuler, la drogue er bien d’autres mauvaises addictions entrent dans son univers… Et un jour un dramatique événement finit de bouleverser ce quotidien déjà fragile. Est-ce que tout va partir en vrille ou Clément va-t-il reprendre le dessus ? C’est un homme tourmenté qui ne sait plus comment mener sa vie. Quel avenir pour lui ?

Le texte est jalonné d’extraits de poèmes, de chansons, le lecteur baigne dans la musique et a envie de ressortir ces vieux vinyles, d’écouter, de se laisser envahir par le rythme du rock en roll. Chaque individu présente son point de vue, le langage, le style, le vocabulaire sont adaptés (j’ai beaucoup aimé lire les ressentis de la guitare, c’est très « parlant »).

« Le plus dur pour moi était quand il me prenait lorsqu’il était défoncé. Je plongeais dans son esprit, ce qu’il en restait. »

Les caractères sont travaillés, on découvre l’ambivalence de certains qui sont capables de jouer sur tous les tableaux, de se faufiler pour obtenir ce qu’ils veulent, quitte à manipuler les autres … Ce livre parle de musique, mais de nombreux thèmes sont abordés, la culpabilité, la jalousie, la vengeance, la famille, les choix qui modifient la trajectoire d’une vie, les déceptions, le succès (avec sa rançon : la solitude de la star, les profiteurs etc…) Beaucoup de situations sont évoquées en peu de pages parce que Éric Calatraba va à l’essentiel).

L’écriture est rythmée, les phrases sont courtes, parfois teintées d’humour.

« Elle est sortie avec un guitariste, con comme un médiator. »

Verlaine a écrit : « De la musique avant toute chose » et ce sera ma conclusion ….


"Lettres perdues" de Jim Bishop

 

Lettres perdues
Auteur : Jim Bishop
Éditions : Glénat (15 Septembre 2021)
ISBN : 978-2344043448
200 pages

Quatrième de couverture

Comme tous les matins, Iode attend impatiemment cette lettre que le facteur tarde à lui apporter. Surement une blague de ce farceur de poisson-clown qui s’amuse à livrer son courrier aux voisins... Ou peut-être a-t-il simplement été égaré ? Il n'y a qu'un seul moyen d’en avoir le cœur net : se rendre en ville. Embarqué dans sa petite auto vert pomme, Iode fait la rencontre de Frangine, une autostoppeuse au caractère bien trempé qui effectue une livraison.

Mon avis

Iode vit sur une île et il attend une lettre de sa maman. Tous les jours, il espère et tous les jours, il est déçu. Alors, il décide d’aller à la poste pour réclamer ce courrier. Il part et nous le suivons dans ses recherches. Il rencontre Frangine, une autostoppeuse et il pense qu’elle pourra l’aider.

Iode a un oiseau Péli, un fidèle compagnon à qui il se confie. Leur relation est simple et confiante. Il est un peu candide dans ses remarques, peut-être parce qu’il vit un peu loin des autres.

Jim Bishop nous fait pénétrer dans un univers où les poissons vivent sur terre grâce à un dispositif ingénieux. Ils occupent des professions variées. Il y a peu d’humains. C’est très original et bien mis en scène.

De nombreux thèmes sont présents et ils sont abordés à travers différentes rencontres ou situations.

L’histoire commence légèrement avant de s’intensifier et de devenir carrément profonde et émouvante dans les dernières pages.

Les dessins ont un beau tracé, assez net avec des couleurs lumineuses. Les cases ne sont pas régulières, parfois le croquis prend toute la page. Quelques retours en arrière sont dans les tons de sépia.

Les bulles sont porteuses de sens. Quelques fois, c’est très poétique : « Toucher de nos doigts les étoiles brûlantes … Les contempler un temps … et qu’elles redeviennent filantes .. »

Frangine, que sa mère a négligé, dit : « Les mères, c’est des femmes qui ne s’assument plus en tant que femmes. Alors, quand leur gosse leur prend la tête, la solution la plus simple, c’est de le rejeter ! »

Une belle lecture où l’imaginaire a une place délicate et radieuse.


"Le Dit du Mistral" d'Olivier Mak-Bouchard

 

Le Dit du Mistral
Auteur : Olivier Mak-Bouchard
Éditions : du Tripode (20 Août 2020)
ISBN : 978-2370552396
362 pages

Quatrième de couverture

Après une nuit de violent orage, un homme voit toquer à la porte de sa maison de campagne Monsieur Sécaillat, le vieux paysan d'à-côté. Qu'est-ce qui a pu pousser ce voisin secret, bourru, généralement si avare de paroles, à venir jusqu'à lui ? L'homme lui apporte la réponse en le conduisant dans leur champ mitoyen : emporté par la pluie violente et la terre gorgée d'eau, un pan entier d'un ancien mur de pierres sèches s'est éboulé. Or, au milieu des décombres et de la glaise, surgissent par endroits de mystérieux éclats de poterie. Intrigués par leur découverte, les deux hommes vont décider de mener une fouille clandestine, sans se douter que cette décision va chambouler leur vie.

Mon avis

La maison d’éditions du Tripode donne la parole à des voix singulières. Et ce terme de « singulier » correspond bien à ce premier roman de l’auteur. Il n’y croyait pas et l’avait laissé au fond d’un carton, jusqu’à ce que des événements personnels, le pousse à le ressortir, et le terminer…
Issu de cette terre du Lubéron qu’il met à l’honneur, il ne pouvait pas parler d’autre chose. Il est viscéralement attaché à ces lieux, à l’esprit du pays, à ses légendes et a choisi de rédiger (c’est lui qui le dit) un récit délicat et complexe.

La première partie raconte l’histoire de deux voisins. Suite à la chute d’un mur, il découvre des morceaux de poterie antique. Décidant de rien dire aux autorités, ils font les fouilles eux-mêmes sans imaginer où tout cela va les entraîner. C’est assez classique, on les voit avancer, douter, se cacher, discuter, prendre des décisions plus ou moins bonnes. J’ai trouvé l’écriture très belle, visuelle et poétique.

Arrive la seconde partie. Olivier Mak-Bouchard a choisi de faire intervenir le merveilleux et les légendes, peut-être pour rendre hommage à son coin de pays porté par des croyances, des superstitions, des personnages imaginaires. Il faut alors accepter de quitter le rationnel et s’évader dans un autre domaine. Je rajouterai que je pense qu’il faut « être prêt » et que suivant le moment où on lit ce recueil, on apprécie ou on écarquille les yeux en se disant « mais qu’est-ce qui lui a pris ? » Cela tombait bien, lorsque je l’ai lu, j’avais envie de fantaisie, de rêve….

À ce moment-là se mêlent réalité et fiction dans une langue pure, où le folklore a une belle place. Je me suis laissée emporter. Je n’ai pas voulu analyser, j’ai juste souhaité profiter de cet univers atypique.

J’ai apprécié l’atmosphère, les allusions (titres de chapitres, petites phrases, recettes ou autres) mettant en exergue la Provence. L’idée est originale et je ne regrette pas ma lecture.


"Tout doit être splendide" de Sasha Marianna Salzmann (Im Menschen muss alles herrlich sein)

 

Tout doit être splendide (Im Menschen muss alles herrlich sein)
Auteur : Sasha Marianna Salzmann
Traduit de l’allemand par Jeffrey Trehudic
Edditions : Christian Bourgois (5 Février 2026)
ISBN : 9682267055962
444 pages

Quatrième de couverture

Lena et Tatyana sont nées en Ukraine, en ex-URSS, mais la dissolution de l'Union soviétique les a amenées à Iéna, en Allemagne, où elles ont recommencé leur vie à zéro, élevé leurs filles Edi et Nina, et sont devenues amies. Pourtant, plus de vingt ans après, cette terre à laquelle elles se sont arrachées continue de les faire souffrir, tandis que leurs filles, désormais adultes, s'obstinent à ignorer son histoire et leurs origines. Pour Edi et Nina, le passé est le passé : l'enfance et l'adolescence de leurs mères, la corruption et le népotisme, le choix de ces deux femmes d'émigrer, puis la guerre dans le Donbass... tout cela ne les concerne pas. La fête d'anniversaire des cinquante ans de Lena les réunit à nouveau toutes les quatre : une occasion rêvée - ou cauchemardée - de faire face ensemble à ce qui les sépare, mais aussi à ce qui les rapproche

Mon avis

« Tout doit être splendide », un titre en forme d’injonction, comme s’il fallait se persuader que, malgré la dureté de la vie, tout va bien.

Dans ce roman, à la langue poétique et puissante, Sasha Marianna Salzmann nous présente deux binômes « mère/fille ». Elles ont toutes, quelle que soit leur génération, dû faire des choix pour exister dans des conditions correctes voire survivre. Elles se sont inévitablement posé la question de savoir si leurs décisions étaient les bonnes, s’il aurait dû en être autrement…

Après une courte introduction, on découvre Lena dans les années soixante-dix, en Ukraine. Elle est enfant et passe les étés, à Sotchi, chez sa mamie, qu’elle aime énormément. Ensemble, elles vendent des noisettes, qu’elles ont ramassées, au marché. C’est une vie simple mais très heureuse et pour Lena, c’est totalement magique. L’auteur nous décrit à merveille une relation complice, aimante et belle. Et puis arrive un été où tout change. Finis les séjours à la campagne, sa maman lui explique qu’elle a beaucoup de chance, elle va intégrer les camps de vacances des « petits octobristes », les pionniers qui doivent devenir de bons socialistes. Un bouleversement qui ne la laisse pas indemne et modifie à jamais la relation avec sa chère grand-mère. On va continuer de la suivre jusqu’à l’âge adulte, touchante, tenace, entière. On découvre comment le lien avec sa maman évolue, c’est quelques fois complexe et compliqué entre elles, et également avec son père. Elle décidera de partir en Allemagne, de s’arracher à cette terre qui est à la fois la sienne et plus assez hospitalière. C’est la fin de l’Union Soviétique et rien n’est simple.

Cette première partie est pour moi la plus belle, la plus poignante, la plus aboutie dans tout ce qui est exprimé et dans tout ce qui se lit entre les lignes. Les mots (merci au traducteur) choisis portent le texte dans toute sa splendeur.

Dans la suite du livre, c’est un autre personnage qui s’exprime, avec un point de vue situé à une époque différente mais des retours dans le passé qui nous éclairent et nous permettent de comprendre le quotidien dans ce pays qui a explosé où on y voit les réactions de chacun. Et puis vient une conclusion où ressortent les tensions mais aussi tout l’amour qui unit les protagonistes de cet ouvrage.

Ce récit est magnifique, édifiant, émouvant. Les émotions des femmes évoquées sont décrites avec un phrasé tout en nuances, plein de sens et de beauté. On cerne les difficultés face aux secrets que certaines ne savent pas comment partager. Doit-on être ce que les autres attendent de nous ou doit-on vivre sa vie sans se préoccuper des ressentis familiaux ?

Chaque lignée vit avec son passé, plus ou moins douloureux. Il a forcément influencé celles qu’elles sont devenues, construit les caractères et induit les comportements. Les histoires personnelles s’emboîtent les unes dans les autres, se nourrissent les unes des autres. L’autrice explore les liens intrafamiliaux et amicaux, leur finalité et les conséquences sur chacun.

Le ton est très juste, le propos jamais moraliste, les faits sont posés et expliqués avec beaucoup de finesse. Une pointe d’humour, des phrases poétiques et une lecture splendide… je suis ravie.


"La sage-femme de Berlin" d'Anna Stuart (The midwife of Berlin)

 

La sage-femme de Berlin (The midwife of Berlin)
Auteur : Anna Stuart
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Stéphanie Alglave
Éditions :  City Edition (21 Février 2024)
ISBN : 978-2824623320
400 pages

Quatrième de couverture

Dans l'enfer d'Auschwitz, Ester caresse doucement les cheveux de Pippa, son bébé. C'est un miracle que sa petite fille soit blonde, car grâce à ce détail l'enfant pourra rester en vie. Bientôt, les nazis viendront prendre son bébé pour le donner à une famille allemande. Mais Ester veut croire qu'un jour, après la guerre, elle retrouvera sa Pippa... Secrètement, la jeune femme a tatoué son numéro de déportée sous l'aisselle de sa fille. Un geste qui lui donne de l'espoir et la volonté de survivre malgré l'horreur. Des années plus tard, Ester est enfin libre. Dans chaque orphelinat et hôpital qu'elle visite, elle scrute les visages des enfants. Mais les mois passent et l'espoir de revoir Pippa s'amenuise.

Mon avis

M’étant beaucoup attachée aux personnages du roman « La sage-femme d’Auschwitz », j’ai eu envie de lire cette suite pour savoir ce qu’ils devenaient.

Pour moi, ce tome deux est réussi sans pour autant avoir la profondeur du premier. Peut-être parce que les événements sont moins « graves » et que l’émotion est moins forte. Ou alors, je les ai lus trop rapprochés et j’ai été moins surprise, c’est sans doute ça.

J’ai quand même eu du plaisir en lisant cet ouvrage. Je trouve que l’auteur sait parfaitement intégrer les événements historiques réels dans son récit. On découvre les ressentis des allemands quelle que soit la ville où ils habitent et c’est très intéressant car leurs quotidiens sont différents. C’est également édifiant de voir comment les esprits adolescents étaient « préparés » dans un but précis, en leur faisant miroiter des tas de choses, notamment pour le sport.

L’écriture est toujours fluide, le récit aisé à suivre. On voit plusieurs protagonistes, des points de vue et des périodes diverses avant un final prenant.

J’ai apprécié les « mères courage » qui espèrent, ne baissent pas les bras et se relèvent sans cesse, ainsi que la jeunesse qui se « bat » en toute discrétion. J’ai trouvé admirable d’être capable de faire passer son bonheur après celui des autres.

Je ne lirai pas le tome trois tout de suite, je vais attendre un peu !


"Pas de fumée sans feu" de M.J. Arlidge (Into the Fire)

 

Pas de fumée sans feu (Into the Fire)
Auteur : M. J. Arlidge 
Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Séverine Quelet
Éditions : Les Escales (5 Février 2026)
ISBN :  978-2386980121
440 pages

Quatrième de couverture

Helen Grace n'a aucun doute. Quitter la police était la bonne décision à prendre. Jusqu'au jour où elle assiste à l'agression d'une jeune femme. N'écoutant que son courage, elle intervient, sans parvenir à sauver la victime, enlevée sous ses yeux.
Déterminée à retrouver la jeune femme, Helen se tourne vers ses anciens collègues. En vain. Seule, elle se lance alors dans l'enquête et, bien vite, remonte la piste d'autres femmes en danger...

Mon avis

Quel plaisir de retrouver Helen Grace ! Elle a quitté la police alors qu’elle réussissait plutôt bien dans tout ce qu’on lui confiait. Mais elle n’était pas d’accord avec la façon de fonctionner de ses supérieurs et comme c’est une femme entière, elle a préféré partit.

Elle profite de la vie et commence, elle qui est toujours sur la défensive, à se lâcher avec son nouvel amant. Serait-elle en train de tomber amoureuse ? On la sent plus humaine, presque vulnérable au début de ce roman. Est-ce que le fait d’avoir quitté son boulot lui offre un peu de liberté, de souplesse ? La pression est sans doute moins présente également. Elle parait plus sereine, plus détendue, moins prête à « bondir ».

Pourtant, lorsqu’elle voit une jeune femme poursuivie par deux hommes, elle ne réfléchit pas, elle fonce. Elle est aguerrie aux sports de combat, mais malgré tout, elle finit au sol et réalise qu’elle n’a rien pu faire pour aider celle qu’elle a vue en danger. Elle n’a pas d’éléments, elle ne sait rien mais elle a vu la souffrance dans les yeux de la victime et elle ne peut pas laisser les choses en l’état. Elle n’a plus les moyens d’investigation du métier qu’elle a abandonné mais tant pis, elle mènera l’enquête seule. Le problème, si elle découvre quelque chose, qui acceptera de la croire ? Encore plus parce que parfois, elle se fie à son instinct, ses intuitions et ce n’est pas vraiment rationnel.

Elle veut connaître la vérité et elle s’attaque, sans le savoir à des grosses pointures. Où tout cela va-t-il l’entraîner ? Lorsqu’elle réalise que la situation est grave, elle essaie d’alerter les autorités mais personne ne l’écoute. Alors, elle cherche des informations quels que soient les risques encourus.

En parallèle, on suit une journaliste, autre personnage récurrent de l’auteur, qui n’a pas toujours été tendre avec Helen. C’est aussi une tête brûlée mais dans un autre genre.

Ce sont deux femmes solides et volontaires !

C’est un récit avec du rythme, des chapitres courts passant d’un personnage à un autre. C’est prenant, totalement addictif. M. J. Arlidge aborde des thèmes graves, entre autres tout ce qui concerne l’immigration, le rêve d’un autre possible, d’une meilleure vie, et les déceptions lorsque ce n’est pas réalisable pour diverses raisons. Il montre comment certains individus mauvais profitent de la vulnérabilité de ceux qui ont tout quitté parce qu’ils ne pouvaient plus vivre dans leur pays. C’est très émouvant.

C’est un des meilleurs livres de cette série. C’est sombre, noir, malheureusement réaliste par certains côtés.

L’écriture (merci à la traductrice) est fluide, rapide, sans temps mort car il y a des rebondissements, de l’action, des conflits. C’est vivant, intéressant et une fois dedans, on y est à fond ! Le suspense est omniprésent !

J’ai vraiment apprécié cette lecture et tout ce qu’a fait Helen. Elle n’est pas toujours facile à vivre, elle a du caractère (peut-être un peu trop) mais ses déductions sont fines et elle cerne assez vite les gens, ce qui lui permet de prendre, quelques fois, un peu de recul et de moins se précipiter.

J’espère qu’il y aura une suite !