"Le sang des Belasko" de Chrystel Duchamp

 

Le sang des Belasko
Auteur : Chrystel Duchamp
Éditions : L’Archipel (14 Janvier 2021)
ISBN : 978-2809840407
240 pages

Quatrième de couverture

Après la mort de leur père, cinq frères et sœurs se réunissent dans la maison de leur enfance. Les portes se referment sur eux. Avec une terrible révélation... Leur père, un vigneron taiseux, vient de mourir. Il n'a laissé qu'une lettre à ses enfants, et ce qu'il leur révèle les sidère : leur mère ne se serait pas suicidée – comme l'avaient affirmé les médecins six mois plus tôt. Elle aurait été assassinée...

Mon avis

Elle a tout vu, elle sait tout mais elle ne dira rien. Pourtant, elle est comme un membre de la famille mais elle ne peut rien dire. C’est la Casa des Belasko, la maison qui abrite les drames tus, les joies partagées, les secrets non diffusés. Ils sont cinq enfants à se retrouver dans cette demeure qui a abrité leur enfance, trois garçons, deux filles qui en six mois ont perdu leur mère puis, plus récemment leur père. C’est d’ailleurs ce dernier qui a demandé qu’ils se réunissent dans la maison pour lire ses dernières volontés et découvrir ce qu’il a laissé comme témoignage. La fratrie ne s’entend pas et les retrouvailles sont tendues. Cette soirée n’augure rien de bon surtout lorsqu’ils s’aperçoivent qu’ils n’auront pas d’autres choix que de la passer ensemble jusqu’au bout.

Décliné en cinq actes, constitués eux-mêmes de chapitres mettant en exergue l’un ou l’autre des enfants, ce huis clos ne souffre d’aucun temps mort et surprend le lecteur jusqu’à l’épilogue. Chrystel Duchamp a habilement mêlé des scènes du passé à celles du présent. Pas besoin de dates tant les situations sont claires, on sait tout de suite de quelle époque il s’agit. Ces petits retours en arrière permettent de cerner le caractère de chacun des enfants, de constater quels liens ils ont construit entre eux. On s’aperçoit très vite que la rancœur, la jalousie, la colère les habitent. Il n’y a pas de véritable unité entre eux, ils se surveillent, s’observent, même à distance puisqu’ils sont tous adultes et vivent leur vie. Et surtout, ils n’ont rien oublié de ce qui a pu les diviser par le passé. Alors il arrive que les langues se délient et ça fait très mal.

Avec son écriture vive, qui fait tilt, l’auteur nous laisse à peine respirer. Entre ce qui se passe dans la maison et les révélations qui arrivent petit à petit, le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer. Pas de fioritures, de l’action et des rebondissements. J’ai trouvé astucieux que le roman ne soit pas plus long. Il aurait pu être allongé avec d’autres anecdotes du passé familial mais il aurait beaucoup perdu en suspense et en tension. Parce que, soyons honnête, ce qui fait son intérêt, c’est le rythme soutenu qui le constitue. En une nuit, une soirée, la vie du clan Belasko va être modifiée de façon irréversible.

Les Belasko ne savent pas communiquer. Le père était un taiseux et il ne se racontait pas, ses enfants ignorent beaucoup d’éléments de son passé. Les révélations vont blesser les uns, surprendre ou déstabiliser les autres mais quoi qu’il en soit, personne ne sortira intact de cette douloureuse réunion de famille. Quels seront les dégâts collatéraux, les conséquences de cette soirée tumultueuse ?

Après un premier roman coup de poing, l’auteur a su trouver une nouvelle thématique et a réussi la passe de deux. Son texte est captivant, plein d’énergie, les ressentis des uns et des autres sont finement analysés. Elle montre l’influence de l’éducation, le rôle des parents mais aussi le poids de la société bien-pensante. Un auteur à suivre de près ….


"Ta main sur ma bouche" de Déborah Saïag & Mika Tard

 

Ta main sur ma bouche
Auteurs : Déborah Saïag & Mika Tard
Éditions : Nil (14 janvier 2021)
ISBN : 978-2378910891
320 pages

Quatrième de couverture

Édouard et Alison, dite Ali, sont en couple depuis deux ans quand l'ex d'Édouard publie un #MeToo dans lequel elle accuse un de leurs amis de l'avoir violée. Au cours des quelques heures qui suivent, le destin d'Édouard et d'Ali bascule à tout jamais...

Mon avis

« C’est de la provocation d’être née belle ? »

C’est avec une écriture moderne (à quatre mains, les auteurs se partageant les chapitres) et des dialogues ciblés et vifs que Déborah Saïag et Mika Tard parlent dans ce roman d’un sujet brûlant d’actualité. Le mouvement #MeToo a débuté en 2007 mais c’est en 2017 qu’il a pris de l’ampleur. Les femmes victimes d’agression sexuelle, de harcèlement, de viol ont pris la parole. Encouragées, elles ont fait face aux menaces de déstabilisation, à ceux qui leur disaient que, peut-être, sans doute même, leur attitude avait incité, invité, les importuns à agir en toute impunité …. En gros, qu’elles étaient coupables. Combien se taisent encore par peur des répercussions sur leur vie de famille, sur leurs amis, leurs collègues ?

Dans ce recueil, Edouard et Alison (surnommée Ali) sont en couple depuis deux ans. Elle avait vingt ans quand ils se sont rencontrés et lui une quinzaine d’années de plus. Les parents d’Ali n’étaient pas d’accord pour cette relation alors son père lui a coupé les vivres. Bien sûr, Edouard, son Doud, a de l’argent, mais ce n’est jamais simple de dépendre financièrement des autres. Il est important qu’Ali « se réalise ». Elle part en week-end chez des amis communs, il la rejoindra plus tard. Mais un événement vient déstabiliser toute cette organisation. Diane, l’ex copine d’Edouard publie sur Facebook un témoignage où elle explique avoir été violée par un de leurs amis il y a six ans alors qu’ils vivaient ensemble.

Alternant le vécu et le ressenti d’Ali et d’Edouard d’un chapitre à l’autre, ce récit nous montre et nous démontre combien les publications « coup de gueule » sur les réseaux sociaux peuvent remettre en cause, du jour au lendemain, les amitiés, les relations humaines, et détruire les liens entre les personnes. En effet, très rapidement, il y aura ceux qui soutiennent Diane et la croient et ceux qui pensent qu’il a fabulation, exagération ou bien qu’elle a eu ce qu’elle méritait (à ton idée d’être aussi belle, de s’habiller court, etc) et puis quelle idée de ressortir tout ça si longtemps après ? N’a-telle pas déformé les faits, oublié puis réécrit l’histoire ?

Dans ce livre, les auteurs ne jugent pas, ils présentent des faits et ce qui en découle. Ils évoquent le rôle des réseaux sociaux, les réactions à vif lorsqu’on oublie de prendre du recul, le danger d’une certaine forme de pouvoir. Ils ont, de plus, l’intelligence de ne pas en rester au sujet phare du mouvement #MeToo. Ils abordent d’autres thématiques lorsque, par exemple, dans une même bande de potes, les ex font encore partie de votre quotidien, ils parlent aussi de l’ambiguïté des amitiés, de la place de chacun, des difficultés à s’épanouir lorsqu’on dépend du regard des autres.

Il y a beaucoup de rythme dans ce texte car c’est comme un jeu de dominos, des actes entraînent des conséquences plus ou moins graves et provoquent des rebondissements. On voit combien chacun essaie de correspondre à ce que les autres attendent, n’osant pas, de temps à autre, être soi. N’est-ce pas un peu la même chose pour chacun de nous ? Entre les « codes » imposés par la société, ceux définis lorsqu’on appartient à un même groupe, il n’est pas toujours aisé d’être en harmonie avec ce qu’on veut être au plus profond de soi.

Cette lecture au phrasé contemporain, trop diront les esprits chagrins, est intéressante parce que, même si la parole s’est libérée, il faut la soutenir encore et encore pour que celles qui souffrent encore dans l’ombre, n’hésitent pas à témoigner afin d’aller mieux, puis de retrouver un peu d’estime de soi et de sérénité.


"Le chant du perroquet" de Charline Malaval

 

Le chant du perroquet
Auteur : Charline Malaval
Éditions : Préludes (13 Janvier 2021)
ISBN : 9782253040460
320 pages

Quatrième de couverture

São Paulo, 2016. Tiago, un jeune journaliste indépendant, fait la connaissance de son voisin, Fabiano, qui habite le quartier depuis plusieurs décennies, avec un perroquet pour seul compagnon. Au fil de leurs rencontres, le vieil homme raconte son passé à Tiago, l’épopée d’une existence soumise aux aléas de l’Histoire. Le départ de son Nordeste natal pour participer à la construction de Brasília avec ses parents, son travail d’ouvrier dans les usines Volkswagen de São Paulo… et, surtout, il lui parle de la femme de sa vie, qui a disparu à la fin des années 1960, sous la dictature. Avec l’idée d’en faire le sujet de son premier roman, Tiago recueille, fasciné, ce palpitant récit et, son instinct de journaliste reprenant le dessus, il décide d’effectuer des recherches par lui-même.

Mon avis

Charline Malaval a un nom bien français et elle est française mais elle parle du Brésil comme si ses racines étaient là-bas. Elle y a enseigné mais je pense que son expérience dans ce pays ne s’est pas arrêtée à cela. Elle s’est « imprégnée » de son Histoire (avec un H majuscule), et à travers son roman, elle a su à la fois m’émouvoir, m’intéresser et me captiver.

Tiago est un jeune journaliste. Son voisin, un vieil homme, vit avec un perroquet. Un lien se crée entre les deux hommes, le premier écoute et le second se confie. Le plus jeune comprend très vite qu’il y aura matière à écrire un roman, d’autant plus qu’au fil des rencontres, le récit de l’ancien s’étoffe et prend de l’ampleur. Le lecteur, lui, oscille entre deux époques, 2016 pour le présent, les années soixante pour le passé.

On va ainsi découvrir la naissance de Brasilia, le quotidien des ouvriers chez Volkswagen, le monde du travail, la musique (et la place qu’elle tient dans la vie des habitants (il y a d’ailleurs une playlist en fin de recueil)), les difficultés relationnelles lorsque les personnes qui se rencontrent ne sont pas issues du même milieu, la dictature et les combats de ceux qui n’en voulaient pas…

L’auteur a mis en scène peu de personnages, principalement trois pour chaque époque, et son récit monte en puissance au fil des chapitres. Non seulement par les événements, mais également par les caractères qui se dévoilent, interrogeant le lecteur, déstabilisant quelques-unes de ses certitudes.

J’ai trouvé cette histoire bien construite, les deux périodes se font écho et on se rend compte que rien n’est acquis. Il faudra toute l’opiniâtreté de Tiago pour comprendre …..

L’écriture de Charline Malaval est précise, mesurée, elle retranscrit avec finesse les scènes, les émotions, les doutes, les peurs … De plus, elle sait doser son propos de façon intelligente. Une belle lecture qui fait voyager et vibrer au rythme de la samba et autres mélodies.


"Bluebird, bluebird" d'Attica Locke (Bluebird, bluebird)

 

Bluebird, bluebird (Bluebird, bluebird)
Auteur : Attica Locke
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Rabinovitch
Éditions : Liana Levi (14 Janvier 2021)
ISBN : 9791034902668
320 pages

Quatrième de couverture

Au bord du bayou Attoyac, le corps d’un homme noir, venu de Chicago, est retrouvé. Et pourquoi deux jours plus tard, au bord du même bayou, et juste derrière le café de Geneva Sweet, le cadavre d’une fille blanche est-il découvert ? Dans ce Texas où Noirs et Blancs ne fréquentent pas les mêmes bars et où les suprémacistes blancs font recette, le Ranger noir Darren Mathews n’est pas particulièrement le bienvenu. Surtout quand il décide d’interférer dans l’enquête du shérif local.

Mon avis

Darren Mathews est Texas Ranger, un métier qu’il a choisi bien que sa famille lui ait conseillé le droit, probablement parce que lorsqu’on a la peau noire, il est difficile de travailler dans les forces de police dans certains coins du monde. Sa femme voudrait qu’il change de profession mais il porte le badge avec fierté. Rien n’est simple pour lui. Il vient d’être suspendu de ses fonctions et est en attente d’un procès. En outre, les relations sont tendues dans le comté du Texas où il se trouve. Noirs et blancs peinent à cohabiter et ne partagent pas les mêmes lieux.

Un ami du FBI demande de l’aide à Darren. En quelques jours, deux personnes ont été retrouvées mortes dans le bayou : un avocat noir et une jeune fille blanche. Que s’est-il passé ? Meurtres, suicides, les deux événements sont-ils liés ?

« Curieux, pense Darren. D'habitude, les histoires du Sud se déroulaient de la manière inverse : une femme blanche était tuée ou blessée, d'une façon réelle ou imaginée, puis telle la lune après le soleil, un homme noir était retrouvé mort."

Le Texas Ranger va essayer de comprendre en menant une enquête qui l’emportera bien plus loin qu’il l’avait imaginé. C’est dans un environnement très particulier qu’il doit mener ses investigations. Il y a le Geneva Sweet, un restaurant bar à l’ambiance familiale où les gens de couleur ont leur place. C’est là, juste derrière le bâtiment que la victime a été trouvée. A cinq cent mètres, c’est le Jeff's Juice House (où se retrouvent les membres de la FAT : Fraternité Aryenne du Texas) qui appartient à Wallace Jefferson III, tout comme le reste de la ville. Inutile de dire que les clients des deux lieux sont bien ciblés et ne se risquent pas sur l’autre territoire.

Une bourgade pas très grande mais des tensions en surnombre, des non-dits, des secrets. L’ombre du Ku Klux Klan, de la FAT, une violence dans les mots, dans les gestes, du mépris, un racisme profond, ancré, faisant partie de l’ADN de certaines personnes. Darren va rencontrer des obstacles, il doit composer avec les bâtons qu’on met en travers de son chemin. Mais par-dessus tout, il faut qu’il mette ses émotions à distance, qu’il reste objectif, que la divine bouteille ne lui embrume pas l’esprit ni ne fausse ce qu’il croit voir ou ressentir…. C’est un homme qui s’interroge sur lui, sur sa vie, qui a des faiblesses et qui fait tout pour rester droit dans ses bottes, fidèle à ce qu’il pense être juste.

Cette lecture a été une superbe découverte pour moi. L’auteur a su éviter tous les pièges des clichés de la ségrégation. Elle installe des histoires personnelles dans son récit, permettant au lecteur de s’approprier la vie des personnages et de cerner les caractères, l’influence du vécu. J’ai apprécié que Darren ne se laisse pas abattre, qu’il aille au fond des choses sans se laisser influencer, ce qui n’est pas aisé car la pression est importante. De plus, il ne s’arrête pas à l’apparence, il va toujours plus loin. Les lieux et les relations entre communautés et en interne ont un rôle important dans ce roman, ce sont eux qui insufflent une atmosphère teintée de désespérance. En toile de fond, la musique, le blues qui colle au cœur et à la peau comme les marais du bayou.  

Écrit en 2016, ce recueil interroge encore cette Amérique et tous les progrès qu’il lui reste à faire…
« Darren avait toujours voulu se persuader que leur génération serait la dernière à être obligée de vivre ainsi, que le changement viendrait peut-être de la Maison Blanche. » Il y a encore du chemin….


"A pas de loup" d'Isabelle Villain

 

A pas de loup
Auteur : Isabelle Villain
Éditions : Taurnada (14 Janvier 2021)
ISBN : 978-2372580809
240 pages

Quatrième de couverture

Lorsque Rosalie, Philippe et leur petit Martin, âgé de six mois, décident de s'installer à La Barberie, un éco-hameau niché en plein coeur des Alpes-de-Haute-Provence, c'est bien pour fuir un quotidien devenu trop pesant. Pour tenter une expérience audacieuse. Vivre autrement. En communion avec la terre et en harmonie avec les saisons. Mais l'équilibre de cette nouvelle vie va un jour se fissurer. Un grain de sable va s'infiltrer, déstabiliser et enrayer cette belle mécanique. Et ce très beau rêve va se transformer peu à peu en un véritable cauchemar.

Mon avis

Combien sont-ils ces citadins stressés qui rêvent de campagne, d’équilibre, de rythme plus près de la nature, d’autogestion et de tranquillité ? Beaucoup sans doute mais combien d’entre eux franchissent le pas et surtout tiennent-ils longtemps loin des cinémas, de la ville, des espaces culturels et des magasins ? Rosalie, Philippe et leur fils Martin ont décidé de franchir le pas. Ils se sont installés à la Barberie dans les Alpes de Haute-Provence dans un éco-hameau.

Eco-hameau ou éco-village, qu’est ce que c’est ? Un ensemble de maisons à taille humaine où le but est de créer un lieu agréable, en harmonie, un endroit où chaque membre respectera les autres et l’environnement et pourra se « réaliser » avec ses qualités et ses compétences. Chacun profite des connaissances des autres trouvant ainsi sa meilleure place. Idyllique ? Sans doute, au moins dans sa description. Après, à voir au quotidien, lorsqu’il y a un problème …. Qui le gère, comment ?

Et un problème, ce matin-là, il y a en un à la Barberie. Martin n’est pas dans lit… Séparée de Philippe depuis quelque temps, Rosalie soupçonne son ex-mari d’avoir enlevé leur fils. Les autres enfants ne comprennent pas, leurs parents leur avaient dit qu’ils seraient toujours en sécurité dans ce coin de nature. Les adultes eux s’interrogent. Rosalie attend des nouvelles, espère et compte sur les amis du hameau pour l’épauler.

C’est par un subtil jeu d’allers et retours passé / présent que l’auteur nous explique comment les habitants sont arrivés à la Barberie et pourquoi ils ont choisi de s’y installer. C’est très intéressant car chaque personnalité est travaillée.  Les raisons de leurs choix sont multiples et très représentatives de notre société. Certains chapitres appelés « jour 1/ 2/ 3 etc… » nous ramènent dans le quotidien du hameau : problèmes de repas, maladie (médecin ou pas ?), traces de loup (on tue ou pas ?), disparition du jeune garçon à gérer etc.

Le suspense monte en puissance au fil des pages de ce nouveau roman d’Isabelle Villain. Si au départ, on a l’impression d’entrer dans un village calme et paisible, on ressent très vite un malaise comme si certains des écocitoyens jouaient la comédie. L’aspect psychologique est détaillé et c’est ce qui permet au lecteur de s’imprégner de cette atmosphère particulière, de se dire que, peut-être, il y a un loup …

L’auteur maîtrise son sujet et a bien imbriqué les différents aspects de son récit. Plusieurs problématiques sont abordées, trop diront certains. Elle souligne les difficultés rencontrées lorsqu’on veut vivre en autarcie et à cela, elle ajoute un excellent thriller. L’angoisse s’installe, on ne sait plus à qui faire confiance, personne n’est vraiment net.

Je me suis laissée embarquer dans cette histoire, persuadée que j’avais tout compris. Cela n’a pas été le cas, des revirements de situations m’ont scotchée. L’écriture est fluide, accrocheuse, le style vif. Tout monte en puissance au fil des pages, un loup dans une bergerie, tout part en vrille, et le danger est là !


"Le corps et l'âme" de John Harvey (Body and Soul)

 

Le corps et l’âme (Body and Soul)
Auteur : John Harvey
Traduit de l’anglais par Fabienne Duvigneau
Éditions : Payot & Rivages (6 Janvier 2021°
ISBN : 978-2743651770
288 pages

Quatrième de couverture

L'ultime aventure du personnage de Frank Elder, inspecteur de police à la retraite, qui doit intervenir dans une affaire à laquelle est mêlée sa fille Catherine.  Une enquête mêlée à un drame intime.

Mon avis

Si on considère le titre de ce roman dans son édition originale, il s’appelle « Body and Soul » comme le titre d’une chanson de Billie Holiday qui date de 1957. Un de ces airs de jazz empreint de mélancolie, de blues, à la fois triste et beau, oscillant entre différentes émotions, vous laissant seul face à la mer (comme sur la première de couverture), comme si, finalement, pour mieux comprendre la vie, il fallait parfois la laisser vous bercer de nostalgie…

Franck Elder s’est éloigné de sa femme Joanne, et de sa fille Katherine. Il habite loin d’elles, en Cornouailles. Il n’est plus dans la police, il vit de petits boulots et parfois il aide le commissaire du coin. Un jour, sa fille sonne à sa porte. Il y a sept ans, à seize ans, elle a été séquestrée, torturée, violée et c’est lui qui l’a retrouvée. Le traumatisme est toujours vif pour l’un comme pour l’autre et leurs conversations manquent de naturel. Elle ne s’attarde pas et il ne sait pas comment réagir…..

Un peu plus tard, un peintre, Anthony Winter, est retrouvé assassiné dans des conditions atroces. Il s’avère que Katherine posait pour lui et qu’ils étaient très proches. Une enquête est diligentée, elle est souvent interrogée et son père va essayer de l’aider. En parallèle, l’homme qui l’avait enfermée, s’enfuit au cours d’un transfert entre deux établissements pénitentiaires. Frank reprend du service, sans que tout cela soit officiel, pour aider ceux qui cherchent le tortionnaire. Il est porté par l’amour qu’il éprouve pour sa fille, il ne peut pas rester sans agir. Cette « enquête » est pour lui l’occasion de faire le point sur sa vie, ses erreurs, ce qu’il aurait aimé faire différemment, ce qu’il est, ce qu’il souhaite. On sent un homme qui se questionne, a-t-il eu raison de partir ? Sa fille a-t-elle été fragilisée par son « abandon » ? Est-ce qu’elle se serait sentie plus sereine, plus rassurée s’il était resté ? A-t-il été égoïste ? On sent toute la douleur de ce père face à cette multitude d’interrogations. Et la peur, bien vivante, ancrée, de se tromper encore une fois alors que Katherine a besoin de lui. Alors, il se donne, à fond, « corps et âme », pour elle, pas forcément pour se racheter (d’ailleurs, peut-on se racheter de ses erreurs passées ?), simplement pour être en paix avec lui-même, peut-être ? J’ai trouvé bouleversant l’attitude de Frank Elder, sa façon de gérer les différentes situations, les efforts qu’il fait pour se reprendre, pour avancer.

L’écriture intimiste, belle, poétique, musicale (avec de nombreuses et magnifiques références) m’a conquise. Elle a « un je ne sais quoi » de sublime. La souffrance sourd entre les lignes, elle habite le roman mais elle n’est pas douloureuse car Elder la porte, certes comme un fardeau, mais elle n’envahit pas les pages, probablement parce qu’elle est évoquée avec discrétion, finesse, intelligence. Le style est sobre, posé, chaque mot (notamment dans les dialogues) a du sens.

L’auteur parle de l’art, des liens complexes entre les modèles et les artistes, il évoque la difficulté des relations familiales quand une personne ne va pas bien, le rôle des parents, des amis. Tout ce livre est imprégné d’une ambiance douce-amère qui m’a charmée. Ce récit est comme le jazz, il vous envoûte, vous captive, et vous accompagne longtemps….

 


"Ange" de Philippe Hauret

Ange
Auteur : Philippe Hauret
Éditions : Jigal (15 Septembre 2020)
ISBN : 978-2377221080
210 pages

Quatrième de couverture

Ange est une jeune femme rebelle, survoltée et aventureuse qui profite de sa séduisante plastique pour attirer de riches entrepreneurs avant de les dépouiller. Elle partage un appartement avec Elton, son ami d’enfance. Ce dernier passe ses journées, rivé sur le canapé, devant la télé, tout en se rêvant multimillionnaire. Lorsque Ange rencontre Thierry Tomasson, véritable icône télévisuelle, elle s’imagine déjà mener une brillante carrière de chroniqueuse. L’animateur, surtout soucieux de s’adjuger ses jolies formes, va vite la faire déchanter…

Mon avis

C’est noir, c’est brut, c’est cash, ça déménage, ça fait mal et ça n’épargne pas le lecteur qui prend ces vies fracassées, brutalisées, désespérées en pleine face.

Ange et Elton partagent un appartement. Elle profite de son corps de rêve pour arnaquer les hommes, il ne fait pas grand-chose de ses journées, collé face au petit écran qui le fait rêver…. Lorsque la première rencontre Thierry Tomasson, un homme de télévision, elle imagine faire carrière, sortir de son quotidien, aller vers un autre destin. Mais c’est un milieu superficiel, un jour on plaît, le lendemain on vous jette. Déçue par la star télévisuelle, Ange décide de se venger et d’obtenir un pactole pour se mettre à l’abri avec son colocataire.

Quand on monte une anarque, il faut bien réfléchir, tout envisager, y compris ce qui ne se produira probablement pas. Personne n’est à l’abri de mauvaises surprises ou d’un retour de bâton à l’issue duquel on se retrouve en fâcheuse posture.

Ange est enthousiaste, impulsive. Elle a eu une idée et n’a qu’un souhait : la mettre en œuvre au plus vite, obtenir ce qu’elle a décidé et vivre mieux, ailleurs, loin, très loin….Sauf que rien ne se passe comme prévu et la voilà, avec son pote à qui elle a demandé de l’aide, embarquée sur des chemins de traverse bien nauséabonds et risqués. Pourront-ils s’en sortir ? À quel prix ?

Philippe Hauret utilise une écriture sèche, incisive, dépourvue de toute fioriture pour ancrer ses romans dans notre société qui va mal : chômage, galère et budgets étriqués pour les uns, strass, paillettes, et fortune pour les autres. Le fossé devient de plus en plus important, se creuse encore et encore. A travers ses personnages aux noms bien choisis : Michel Diquaire ou Cyril Hanana (toute ressemblance etc….) et les aventures d’Ange et Elton, il égratigne les bons penseurs, les gens lisses qui donnent des leçons (c’est facile quand on ne sait pas ce que c’est d’avoir des difficultés). Ses phrases courtes font mouche et percutent. Il y a des pointes d’humour, presque désespéré comme si la dérision permettait de prendre de la distance avec la virulence des faits.

Chaque chapitre est introduit par le titre d’une chanson en lien avec le contenu de ce qui va suivre. C’est bien pensé et les airs résonnent en nous. J’ai particulièrement apprécié que le ton ne soit pas au jugement. L’auteur montre bien que, quelques fois, la frontière entre le bien et le mal est infime, qu’un simple grain de sable peut tout faire basculer et que personne ne maîtrise jamais tous les événements. Ange est une cabossée de la vie, elle se bat avec les armes qu’elle possède pour essayer d’améliorer son quotidien. Oui, ce qu’elle fait n’est pas légal, pas bien, mais que peut-elle espérer ? Lorsque l’engrenage se met en route, quels moyens a-t-elle pour arrêter ? À part surenchérir ?

Ce roman m’a secouée, interpelée. En peu de pages, j’ai ramassé la noirceur et la désespérance de ceux que la société a blessés. Heureusement, les dernières pages m’ont arraché un sourire …..

 

"Diamants de sang" de James Patterson & Marshall Karp (NYPD Red 4)

 

Diamants de sang (NYPD Red 4)
Auteurs : James Patterson & Marshall Karp
Traduit de l’américain par Antoine Guillemain
Éditions : L’Archipel (7 janvier 2021)
ISBN : 978-2809840391
340 pages

Quatrième de couverture

L'avant-première d'un film à gros budget... Le tout-Manhattan attendu... Alors que la comédienne vedette s'apprête à fouler le tapis rouge, exhibant une parure d'émeraudes et de diamants valant huit millions de dollars, une détonation retentit, suivie du crash d'une Cadillac. Un crime vient d'être commis. Les bijoux ont disparu... et personne n'a rien vu ! Une enquête cousue main pour le NYPD Red, l'unité d'élite de la police new-yorkaise chargée de protéger les rich and famous.

Mon avis

Les romans de James Patterson (peu importe avec qui il est associé) sont toujours aussi efficaces. Du suspense, de l’action, des rebondissements, plusieurs intrigues à suivre et une lecture fluide sans prise de tête. Dans ce livre, nous retrouvons Zach Jordan (qui parle à la première personne dans le récit) et sa partenaire Kylie MacDonald qui est également son ex petite amie. Elle est maintenant mariée avec un homme qui essaie de se sortir de la drogue, sans grand succès vu comme il est accro. Zach, de son côté, vit une histoire d’amour avec une psychologue de la police. Ce n’est pas simple pour leur couple car ses horaires à lui sont élastiques et il a tendance à dire oui dès que Kylie l’appelle même si ce n’est pas pour le boulot… Le duo d’enquêteurs fait tout pour que la vie privée n’empiète pas sur leur activité professionnelle mais inutile de préciser que c’est très compliqué.

Les voilà appelés sur les lieux d’un crime. La comédienne vedette d’un film à gros budget a été tuée et le collier qu’elle portait a été arraché par les malfrats. Il valait une fortune ! Le crime semble avoir été commis par un deux petits truands, ce qui est plutôt bizarre. Parallèlement, la maire de New-York demande de l’aide aux deux amis. Des vols de matériel médical ont lieu dans des cliniques et des hôpitaux. Tout semble soigneusement orchestré et ce qui disparaît n’est pas anodin. Bien sûr, pour cette deuxième affaire, la plus grande discrétion leur est demandée. Il ne faudrait pas que les failles probables des systèmes de sécurité de ces différents établissements soient révélées, ça ferait désordre ! Bien occupés par le vol du collier, leurs problèmes de couple qui débordent parfois sur le quotidien, les deux policiers n’ont pas une minute à eux et …. le lecteur non plus !

Zach et Kylie appartiennent à une unité d’élite chargée de protéger les riches, ils évoluent le plus souvent dans des milieux aisés avec des gens chics. C’est le cas des deux frères Bassett, bijoutiers qui ont créé le fameux collier de huit millions de dollars qui a été volé. Pour autant les frangins n’ont pas l’air très nets. Ne cacheraient-ils pas quelque chose ? Dans ce microcosme de personnes friquées, il faut être très malin pour déceler les failles. Le binôme de détectives va mettre toute son énergie à découvrir les tenants et aboutissants des vols. En parallèle, ils iront dans des quartiers bien moins luxueux pour d’autres aspects de leurs investigations. Quel que soit le lieu, il sera nécessaire d’agir avec sagacité et intelligence afin de coincer ceux qui ont volé, triché, tué…..

Des chapitres courts qui nous envoient d’un lieu à l’autre, de l’humour dans les expressions imagées pour les descriptions ou les dialogues, des personnages facilement reconnaissables (certains sont un peu caricaturaux), du mouvement, des surprises, des retournements de situations, ça bouge, ça flingue, ça avance, ça recule et nous on tourne les pages de plus en plus en vite.

On peut reprocher aux auteurs un côté un peu superficiel, les actions sont parfois prévisibles, l’aspect psychologique des protagonistes n’est pas creusé. Je crois que ce n’est pas le but. Pour quelqu’un qui veut découvrir la littérature policière, c’est une lecture très abordable pour une première approche.

Si ce roman n’est pas un des meilleurs du genre, il se lit facilement et permet de se changer les idées. C’est déjà beaucoup !


"Concerto à la mémoire d'un ange" d'Eric-Emmanuel Schmitt

 

Concerto à la mémoire d'un ange
Auteur: Eric-Emmanuel Schmitt
Éditions: Albin Michel (3 Mars 2010)
ISBN : 978-2226195913
230 pages

Quatrième de couverture:

Quel rapport entre une femme qui empoisonne ses maris successifs et un président de la République amoureux ? Quel lien entre un simple marin honnête et un escroc international vendant des bondieuseries usinées en Chine ? Par quel miracle, une image de sainte Rita, patronne des causes désespérées, devient-elle le guide mystérieux de leurs existences ? Tous ces héros ont eu la possibilité de se racheter, de préférer la lumière à l'ombre. A chacun, un jour, la rédemption a été offerte. Certains l'ont reçue, d'autres l'ont refusée, quelques uns ne se sont aperçus de rien. Quatre histoires liées entre elles. Quatre histoires qui traversent l'ordinaire et l'extraordinaire de toute vie. Quatre histoires qui creusent cette question : sommes-nous libres ou subissons-nous un destin ? Pouvons-nous changer ? Concerto à la mémoire d'un ange est suivi du Journal tenu par Eric-Emmanuel Schmitt durant l'écriture.

Biographie de l'auteur:
Dramaturge, essayiste, romancier, scénariste à succès, Eric-Emmanuel Schmitt est l'un des auteurs les plus célèbres en France et dans le monde (traduit dans 42 pays).

Mon avis:

Eric-Emmanuel a eu l'excellente idée de nous surprendre pour ses premiers livres...
Pour moi, ce n'est plus le cas...

Ce recueil de quatre nouvelles m'a malheureusement paru terriblement fade.
Quatre histoires aux ficelles un peu grosses, reliées par un projet commun (comme il l'explique lui-même dans son "journal d'écriture"). Le thème de la rédemption, de la liberté de chacun, de l'influence que nos actes peuvent avoir sur notre vie...
L'idée est séduisante, l'écriture l'est moins.

De la première nouvelle, je ne retiendrai que ces mots: "le sacrifice est la mesure de tout amour"...
La deuxième, et la meilleure à mon sens, part d'une situation ordinaire pour nous entraîner dans une réflexion assez profonde sur les liens familiaux, notre façon de montrer l'amour qu'on ressent pour les siens et comment, parfois, bousculés par un événement, les valeurs essentielles nous sautent aux yeux alors qu'on les avait oubliées...Une phrase à retenir? "Ouvrir la Bible, ce n'est pas lire, c'est réfléchir".
Pour la troisième, rien ne m'a semblé exceptionnel, ça "coule" de clichés et de bons sentiments...
Pour la quatrième nouvelle, j'ai recopié deux phrases: "Il en est des destins comme des livres sacrés: c'est la lecture qui leur donne un sens"; "Le livre clos reste muet; il ne parlera que lorsqu'il sera ouvert; et la langue qu'il emploiera sera celle de celui qui s'y penche, teintée par ses attentes, ses désirs, ses aspirations, ses obsessions, ses violences, ses troubles."

Ces quatre nouvelles sont suivies du "Journal d'écriture" écrit par l'auteur et accompagnant la naissance et la création de ce roman.
Oserai-je écrire que j'ai préféré ce journal aux quatre nouvelles?
J'ai apprécié de voir le cheminement et les réflexions de l'écrivain. Comment les personnages s'imposent à lui. De quelle façon l'écriture peut l'isoler, comment les événements peuvent influencer ses choix d'écriture etc...

Globalement, ce livre m'a déçue ... lu très vite, pas très "consistant" et rien qui tient en haleine.
Heureusement le "Journal d'écriture" était là....


"Le jeu de l'ange" de Carlos Ruiz Zafón (El juego del ángel)

 

Le jeu de l'ange (El juego del ángel)
Auteur: Carlos Ruiz Zafón
Traduit de l’espagnol par François Maspero
Éditions: Robert Laffont (20 Août 2009)
ISBN : 978-2221111697
540 pages

Quatrième de couverture

"Je t'emmènerai dans un endroit où les livres ne meurent jamais et où personne ne peut les détruire..."
Dans la turbulente Barcelone des années 1920, David, un jeune écrivain hanté par un amour impossible, reçoit l'offre inespérée d'un mystérieux éditeur: écrire un livre comme il n'en a jamais existé, "une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et de mourir, de tuer et d'être tués", en échange d'une fortune et, peut être de beaucoup plus.
Mais du jour où il accepte ce contrat, une étrange mécanique de destruction se met en place autour de lui, menaçant les êtres qu'il aime le plus au monde. En monnayant son talent d'écrivain, David aurait-il vendu son âme au diable?

 Mon avis

Pourquoi bouder son plaisir? Une fois de plus et malgré quelques longueurs en début de livre, Carlos Ruiz Zafon réussit à nous entraîner et nous envouter. Tous les ingrédients sont réunis pour un bon livre, mais tous sont savamment dosés: un peu de surnaturel, un peu d'amour, un peu de mystère, un peu d'histoire (la révolution industrielle et l'univers gothique de Barcelone dans les années 1920), un peu de crimes, un peu d'ésotérisme, des descriptions précises ...

On se laisse emporter par la vie de ce jeune écrivain, David, payé pour faire ce qu'il aime le plus au monde, écrire....mais qui est réellement ce mystérieux éditeur qui lui demande l'exclusivité?

Carlos Ruiz Zafon nous emmène dans un dédale, où tour à tour, nous rencontrons des personnages uniques, attachants ou torturés...

Pour conclure, une phrase de l'auteur:

"Nous vivons dans un monde miroir, où personne ne peut réellement délimiter la frontière entre le réel et le surnaturel. Le lecteur doit apprendre à se perdre dans le Cimetière des livres oubliés. Il s'agit d'un labyrinthe aux différents niveaux de lecture et d'implication."

 


"La palette de l'ange" de Catherine Bessonart

 

La palette de l'ange
Auteur : Catherine Bessonart
Éditions : de l’Aube (6 Mars 2014)
ISBN : 978-2-8159-0924-2
256 pages

Quatrième de couverture

« Il avait besoin de lire l’effroi dans ses yeux pour oublier le sien. Quand son souffle se faisait court, il respirait mieux. Il sut tout de suite qu’il ne lui survivrait pas. »
Le commissaire Chrétien Bompard est chargé d’une affaire épineuse : plusieurs meurtres extrêmement ritualisés sont perpétrés dans la capitale. Les victimes ne semblent pas avoir été choisies au hasard et pourtant, elles n’ont à première vue rien en commun… Et pour ajouter encore au trouble, Bompard s’émeut de la découverte d’un adolescent pendu dans la forêt d’Orléans et de la disparition d’une jeune femme. Leur sort est-il lié aux meurtres ? Quel sera le dénouement de cet imbroglio ?

Mon avis

Chrétien Bompard est un nouveau venu parmi les commissaires dans le paysage français.

Sa créatrice aussi d’ailleurs …

Face à plusieurs événements, pour le moins déroutants, ce brave homme va se retrouver à mener l’enquête ou plutôt les enquêtes car s’il y a de temps à autre des points communs, les certitudes ne s’installent pas dès les premières recherches. Accompagnés de ses fidèles adjoints : Grenelle et Machnel, il va arpenter le terrain, décortiquer les faits, noter, croiser les indices, émettre des hypothèses, disséquer tout ce qu’il observe. L’esprit toujours en mouvement, il réfléchit mais se laisse parfois aller à quelques digressions silencieuses qui laissent pantois son entourage (du style : long silence, regardant par la fenêtre, le dos tourné…..les collègues ne voient que le dos, faut-il rester, sortir, se taire, parler ???) et celles-ci sont très souvent un vrai régal permettant de glisser une référence poétique, un titre de chanson, une remarque, un souvenir…. Ce fonctionnement m’a beaucoup plu car ainsi, Chrétien Bompard reste un homme simple, avec ses failles, ses hésitations, son humanité….

J’ai beaucoup apprécié la façon dont il met son raisonnement en place, il ne se précipite pas, il essaie de mettre des « signes » pour à bout pour comprendre, l’intrigue occupe son quotidien mais ses pensées sont également bien prises par Mathilde son ex-femme…. C’est un personnage attachant, solide, opiniâtre, dont on sent qu’il pourra s’étoffer au fil du temps….

L’écriture est fluide, et l’auteur sait faire preuve d’humour de temps à autre :

« L’adolescent avait viré au rouge et semblait hésiter  entre l’huître autiste et la tomate en fin de parcours. »

Les dialogues sont intéressants car ils peuvent apporter un éclairage différent sur ce qu’il se passe mais aussi sur les particularités de certains protagonistes qui se « dévoilent » ainsi un peu plus. D’autre part, les trois policiers ayant des caractères bien différents leurs conversations sont quelques fois très amusantes. Les chapitres sont assez courts et donnent un bon rythme à l’ensemble. Quelques uns, très courts, nous montrent l’envers de la médaille, le côté du tueur et cela fait froid dans le dos….. A côté de ça, Catherine Bessonnart n’oublie pas de « creuser » la personnalité des individus qui peuplent ce roman, les cernant petit à petit et au fur et à mesure que le cercle se rétrécit autour de chacun, notre connaissance s’affine, jusqu’au dénouement final. C’est un procédé qui évite toute lassitude au lecteur et qui permet d’esquiver une lecture trop « linéaire ». On passe de l’un à l’autre et de pages en pages, les fils reliant les événements se comprennent et se dénouent malgré l’enchevêtrement (parce qu’on suit les raisonnements du trio et ce n’est pas une mince affaire, ils s’égarent et nous embrouillent parfois…)

Pour employer une expression quelque peu galvaudée, on sent que Catherine Bessonart en a encore sous le pied et que ses futurs livres gagneront encore en consistance et en profondeur et j'aurai plaisir à retrouver "son" commissaire.

Une fois n’est pas coutume ; j’ai beaucoup apprécié la couverture, sobre mais bien pensé à mon sens. Le papier, légèrement jauni et un peu rêche m’a enchantée peut-être parce qu’il avait un petit air de recyclé qui a séduit l’écologiste que je suis ?


"Par la fenêtre" de Nicole Giroud

 

Par la fenêtre
Nicole Giroud
Éditions : Les Escales (5 Novembre 2020)
ISBN : 978-2365695527
340 pages

Quatrième de couverture

Pour échapper au morne quotidien de la maison de retraite, chaque soir, Amandine Berthet offre à ses compagnons d'infortune une évasion : tous s'envolent en pensées vers le Brésil et le delta de l'Amazonie. Pourtant, la réalité d'Amandine est bien éloignée de ce conte si romanesque et exotique. Alors, quand Amandine entrevoit la possibilité de réellement s'évader de la maison de retraite, elle n'hésite pas.

Mon avis

« Tu verras Maman, tu seras bien. »
Lorsque viendra l’âge des cheveux blancs, d’un corps moins tonique et peut-être d’un esprit moins vif, je n’aimerais pas entendre cette phrase….

C’est, en substance, ce qu’a dit Jean à Amandine, sa mère. Son mari, « le Père », décédé, elle pensait retrouver une certaine forme de liberté, elle qui n’avait pas eu un mariage heureux. Mais il en a été autrement. Le tyran, plus âgé qu’elle, avait tout prévu. Elle s’est retrouvée sans rien, obligée d’obéir encore mais cette fois-ci à son fils.

Jean a joué sur les mots, ce n’est pas une maison de retraite, c’est un EMS (établissement médico-social), ça fait plus propre, plus médical, plus adapté, ça éloigne le spectre de la dernière demeure, on est en Suisse romande alors on fait attention à la « présentation ».  Chaque pensionnaire est un cas particulier, n’est-ce pas ? Soulignent les responsables. On parle des activités, des visites organisées pour les résidents, de tout ce qui, en fait, n’est qu’une vitrine …. Mais les enfants peuvent partir, faisant comme si…
Tout ce qui, semble-t-il, est mis en place, les déculpabilise, leur permet de quitter ce lieu sans se retourner, de peur de croiser le regard de leur père, de leur mère….

Alors, Jean s’est éloigné. Il a laissé Amandine. Après tout, elle n’était plus seule, elle avait des compagnes, des compagnons, on s’occupait d’elle, elle n’avait plus de soucis… Le statut de mari l’a occupé, il est venu moins souvent puis presque plus….

Et elle ? Que faire ? Glisser tout doucement vers la tristesse ? Ou résister ? Amandine a choisi : elle a résisté.
Comme elle l’avait déjà fait dans son couple en s’évadant grâce aux livres qu’une voisine lui prêtaient en cachette. Ses mots sont devenus sa liberté de penser, de parler.
« Il n’est jamais trop tard pour se créer une autre vie ; elle n’a pas besoin d’être heureuse, quand on n’a pas l’habitude c’est difficile d’inventer le bonheur, mais il faut qu’elle fasse rêver, qu’elle dilate l’espace et le temps pour offrir un intervalle de liberté. »

C’est pour cette raison qu’elle a créé son double, Amanda, une autre face d’elle-même, qui aurait vécu en Amazonie avant d’être à l’EMS. Elle a raconté son quotidien à ses congénères, captivés et retrouvant ainsi l’enthousiasme de la vie.

[….les yeux deviennent vagues, se ferment ou au contraire fixent la conteuse, les gestes sont suspendus et la parole domine tout. »

Malgré ces parenthèses enchantées où elle scotche son auditoire et qui lui permettent de tenir, Amandine veut sa maison, les bruits de sa campagne, les odeurs…. Et si elle fuyait ? C’est difficile, c’est risqué …. Mais pourquoi pas ?

C’est avec une écriture emplie de délicatesse que Nicole Giroud évoque cette femme. On passe d’Amanda à Amandine. On voudrait « leur » tenir la main, dire qu’il y a encore des raisons d’espérer, de vivre …. On rêve pour elle (s), on espère ….

J’ai trouvé ce roman magnifique. L’auteur évoque la vieillesse, la famille, les choix des enfants avec pudeur, subtilité. Son récit intimiste est bouleversant et l’épilogue fait monter les larmes…. Un texte superbe qui parle au cœur….