"La voie du talion" de Alexandra Coin & Erik Kwapinski

 

La voie du talion
Auteurs :  Alexandra Coin & Erik Kwapinski
Éditions : Aconitum (2 Mai 2016)
ISBN : 9791096017008
200 pages

Quatrième de couverture

Ancien légionnaire, Fabrice a officié comme tireur d’élite en Afghanistan.
Retour difficile, confrontations à la luxure, son couple explose. Il part s’isoler en pleine montagne et y rencontrera une jeune asiatique, piégée par la neige.
Lorsque son ex-épouse disparaît, tous les soupçons se portent sur l’ancien sniper.

Mon avis

Justice

La justice est-elle toujours où on l’espère ? C’est-à-dire du bon côté ? D’ailleurs, c’est quoi le « bon côté » ? Défendre ceux qui en ont besoin, vraiment besoin même s’ils ne le disent pas ? Manipuler les esprits, vivre après un traumatisme, subir la puissance et les dérives de la drogue, être soi-même ou un autre….voici des thèmes abordés dans ce roman.

Avec une histoire et des personnages atypiques, les deux auteurs nous emmènent sur les traces d’un couple qui aurait pu suivre le cours d’ une union ordinaire si les bonnes et mauvaises rencontres ne s’en étaient pas mêlées. Il est sniper, elle est avocate. Ils leur arrivent de rester de longs mois séparés, et les retrouvailles ne sont pas forcément faciles car, entre temps, chacun a suivi sa route. Elle est douloureuse pour lui car ses missions sont terribles et la moindre erreur se paie cash.  Quand il rentre,  l’insouciance n’est pas toujours au rendez-vous car il reste hanté par ce qu’il a vu et vécu…. Elle, elle voudrait de la légèreté, de la fougue, du bonheur et de l’enthousiasme à la pelle quand il est là…. Parfois, il ne lui offre que de longs silences…Pas ceux, complices d’un mari et d’une femme qui se comprennent au-delà de tout, non, ceux qui sont lourds de sens, de non-dits, de blessures secrètes non exprimées….

Maladroits face à ce quotidien, ils bifurquent chacun vers une nouvelle direction.  Pour elle, ce sera la luxure, les initiations amoureuses sous la férule d’une amie. Pour lui, l’éloignement et la solitude….

Que va-t-il rester de ce couple et de leurs « amis » ? Comment, parmi ces derniers, trier le bon grain de l’ivraie ? A quoi reconnaît-on un ami, un vrai ? Comment faire les bons choix ? Comment renouer des liens si ténus soient-ils pour avancer encore et encore ? Comment apprivoiser la souffrance ? Et qui écouter, entre les démons intérieurs et ceux qui semblent détenir la bonne parole  et donner les conseils adéquats ? Quand on est en situation de fragilité, ne prend –on pas le risque de se raccrocher à n’importe qui ?

Étalée sur quelques années (facilement repérables dans les en-têtes de chapitres ) avec peu de personnages mais une atmosphère profonde, nous accompagnons l’histoire de ce couple dans son quotidien, ses questionnements, ses errances, ses peurs et ses envies…. En peu de mots, quelques phrases bien écrites, nous avons une idée des faits, des gestes mais également des pensées de chacun… On découvre leur avancée pas à pas, ce qu’ils décident de faire pour aller au bout d’eux-mêmes, essayant de rester en adéquation avec ce qu’ils sont réellement. Mais qu’il est long le chemin avant de retrouver une forme de paix….

C’est écrit à quatre mains mais le style ne s’en ressent pas, chacun a dû apporter à l’autre ce dont il avait besoin. C’est un livre riche et profond sur la rédemption, la vie après un traumatisme et l’amitié solide qui tient les hommes et les femmes à bout de bras ……….. Une belle lecture….


"Les filles mortes ne sont pas aussi jolies" d'Elizabeth Little (Pretty as a Picture)

 

Les filles mortes ne sont pas aussi jolies (Pretty as a Picture)
Auteur : Elizabeth Little
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Julie Sibony
Éditions : Sonatine (22 octobre 2020)
ISBN : 978-2355843211
410 pages

Quatrième de couverture

Au départ, elle n'a rien d'une enquêtrice. Timide, un brin asociale, elle s'efforce d'éviter les ennuis. Marissa Dahl est surtout une étonnante monteuse de films. Engagée sur un long métrage dont le tournage a lieu sur Kickout Island, elle fait la connaissance du metteur en scène Tony Rees, réputé pour son comportement tyrannique. Très vite, elle comprend que quelque chose ne tourne pas rond ….Le film reconstitue une histoire vraie, celle du meurtre non élucidé, pourquoi un tel projet ?

Mon avis

« Je suis dans le même monde que vous. C’est juste que je le regarde différemment. »

Marissa Dahl est une excellente monteuse de films. Elle est connue et reconnue dans sa profession pour ses qualités. Son agent s’occupe des relations aux autres et de lui trouver du travail car Marissa a des difficultés avec les personnes neurotypiques. On la dit gauche et un brin asocial, je crois surtout, après avoir refermé ce livre, qu’elle est autiste ou qu’elle a des traits autistiques. En effet, elle n’a pas les « codes » de la vie en société, elle a besoin de rituels et d’un espace personnel qui la rassurent, elle côtoie peu de monde, elle est mal à l’aise avec le contact physique et son principal centre d’intérêt est le cinéma. Il est nécessaire de temps à autre qu’on lui explique comment exprimer son ressenti en y mettant un minimum de forme pour éviter qu’elle froisse ceux à qui elle s’adresse. Il lui arrivé d’avoir peur et elle essaie de se raisonner, mais c’est compliqué. Tout cela en fait une jeune femme à la fois forte et fragile, très attachante. L’auteur a su montrer ses ambivalences, son caractère particulier et c’est très réussi.

Dans ce roman, c’est Marissa qui se raconte. Elle travaille depuis des années avec Amy, qui est également son amie. Mais cette fois-ci, elle va se lancer avec un autre réalisateur, quelqu’un de célèbre. Se disant que c’est une occasion qui ne se représentera pas, elle dit oui sans même avoir lu le scénario et en signant une clause de confidentialité de seize pages. La voilà embarquée sur un bateau afin de gagner une île isolée où se déroule le tournage et où elle sera logée. Du fait de son fonctionnement, elle a, sans cesse, tous ses sens en alerte et de ce fait, elle réalise rapidement qu’il y a une atmosphère étrange sur les plateaux. Bien sûr, elle a du mal à définir ce qu’elle ressent mais elle est certaine d’une chose : il y a eu de nombreuses démissions et ce n’est pas normal.

De plus, elle comprend que le sujet du film n’est autre que d’évoquer un meurtre non élucidé qui a eu lieu, au même endroit, vingt ans plus tôt. Pourquoi un projet comme celui-ci ? Que cherche à prouver le réalisateur ? Comment a-t-il choisi ses acteurs ? Qui sont les deux adolescentes de l’hôtel qui essaient de mener une enquête sur cet assassinat ? Beaucoup de questions se posent. C’est par le regard et les observations de Marissa que le lecteur va petit à petit cerner les personnalités, comprendre ce qui se déroule.

J’ai beaucoup aimé ce récit, Les références cinématographiques ne m’ont pas dérangées, au contraire, j’ai trouvé qu’elles étaient ciblées et astucieusement intégrées au texte. Le style et l’écriture d’Elizabeth Little sont agréables, fluides (merci à Julie Sibony pour la traduction), elle a de l’humour, un peu pince sans rire et de bon goût. La construction de l’histoire est intéressante, sans temps mort. Ce recueil a été une belle découverte et un bon moment de lecture !


"Chen Cao - Tome 5: De soie et de sang" de Xiaolong Qiu (Red Mandarin Dress)

 

Chen Cao - Tome 5: De soie et de sang (Red Mandarin Dress)
Auteur: Xiaolong Qiu
Traduit de l'anglais (États Unis) par: Fanchita Gonzalez Batlle
Éditions : Liana Levi (10 Mai 2007)
ISBN : 978-2867464447
360 pages

Quatrième de couverture

Une femme en qipao rouge. Assassinée. Le vêtement est le symbole de l'élégance bourgeoise des années trente. Un symbole à renverser, pour les tenants de la pensée révolutionnaire. Est-ce la clé du meurtre, et de ceux qui vont suivre ? L'inspecteur principal Chen, aux prises avec ce tueur en série, le premier de l'histoire de Shanghai, se raccroche à Confucius : Il y a des choses qu'un homme fait, et d'autres qu'il ne fait pas. Mais dans une époque de transition aussi mouvante que celle de la Chine post-Mao, peut-on avec certitude différencier le bien du mal ? Car la Révolution culturelle, et son cortège de meurtrissures, est passée par là...

L'auteur

Qiu Xiaolong est né à Shanghai. Lors de la Révolution culturelle, son père est la cible des révolutionnaires et lui-même est interdit d'école. Il réussit néanmoins à soutenir une thèse sur T.S. Eliot et poursuit ses recherches aux États-Unis. Les événements de Tian'an men le décideront à y rester. Il choisit alors d'écrire en langue anglaise et publie successivement Mort d'une héroïne rouge, Visa pour Shanghai, Encres de Chine et Le Très Corruptible Mandarin. Ses romans sont aujourd'hui traduits dans une douzaine de pays.

Mon avis 

L'esthétique essentielle d'un qipao réside dans la subtilité de son caractère suggestif...

A Shanghai, il ne fait pas bon sortir la nuit. Un homme tue des jeunes femmes et les revêt d’un qipao rouge avant de les abandonner dans la ville, parfois dans des endroits très fréquentés.

Le mode opératoire étant le même, la police pense très vite qu’il s’agit d’un tueur en série.

Mais qui est-il et pourquoi ce rituel mis en place à chaque assassinat ?

« Personne n’a envie de jouer au modèle communiste altruiste. »

C’est dans une Chine meurtrie par la Révolution Culturelle que se passe cette histoire.

L’emprise des traditions est encore importante, mais les hommes essaient malgré tout de vivre autre chose, d’avancer. Les anciens ne savent plus où se situer et ont parfois peur de cette « modernité ».

Le qipao, très prisé dans les années 30, est utilisé comme un symbole. Vêtement traditionnel chinois, il revêtait les femmes au début du 20 ème siècle avec élégance, ne laissant dévoiler que ce qu’il était de bon ton que l’homme voit.

Il est moins utilisé de nos jours et surtout, ceux dont les victimes sont habillées, ont été cousus il y a quelque temps. L’assassin a-t-il un stock important ? Autant de qipaos qu’il pense tuer de femmes ? 

L’inspecteur Yu mène l’enquête. Sa femme Peiqin, qui a senti, que le qipao l’intriguait se renseigne de son côté. Mais il ne sait pas très bien comment s’y prendre pour aboutir dans ses recherches et perdre le moins de temps possible afin qu’il n’y ait pas d’autres décès.

Chen, l’inspecteur principal, qui a entrepris des études de littérature et demandé une disponibilité, va se trouver face à un dilemme, s’occuper ou pas de l’enquête (d’autant plus qu’il en a une autre « sous le coude »).

Une partie du roman va nous permettre de le suivre dans son rapport à l’écriture, puisqu’il doit rédiger une dissertation, son rapport aux autres et à son métier. Il hésite, se pose des questions, est intrigué donc essaie de savoir et d’avancer. Il pense qu’en comprenant celui qui ôte la vie, il saura qui il est et l’empêchera de continuer ses méfaits. Comme il est instruit, il utilise ce qu’il sait de la psychanalyse pour mieux comprendre le criminel. Cela surprend ses collègues mais après tout pourquoi pas…. Il finira par avoir une espèce de mansuétude pour cet homme tant il a l’impression d’avoir cerné (et sans doute un peu compris) les raisons de ses forfaits….

L’écriture est pleine de finesse, de subtilités, de poésie, émaillée ça et là, de citations, de proverbes, d’extraits de poèmes. On peut lire une longue « tirade » sur la cuisine (la brioche à la soupe, la cervelle de singe…) sans penser que l’on perd son temps.

C’est une ambiance chinoise, calme, presque sereine dans l’horreur. Le rythme n’est pas effréné puisque, comme les autres, Chen, prend le temps, de manger, de vivre, de visiter, de réfléchir, de comprendre …. C’est un personnage très intéressant, cultivé, intelligent, intuitif, qui est plus dans la réflexion profonde que dans l’action. On suit sa cadence même si parfois, en bons occidentaux, on voudrait un peu bousculer « tout ça », foncer et agir … Comme on n’a pas le choix (à part celui de sauter des paragraphes ou des pages), on subit le tempo, on prend le temps et de ce fait, on se délecte avec bonheur du style qui à lui seul vaut le détour.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture, permettant une approche de la Chine, de l’évolution politique et culturelle de ce pays tout en suivant une enquête policière originale.

"Le sang des Belasko" de Chrystel Duchamp

 

Le sang des Belasko
Auteur : Chrystel Duchamp
Éditions : L’Archipel (14 Janvier 2021)
ISBN : 978-2809840407
240 pages

Quatrième de couverture

Après la mort de leur père, cinq frères et sœurs se réunissent dans la maison de leur enfance. Les portes se referment sur eux. Avec une terrible révélation... Leur père, un vigneron taiseux, vient de mourir. Il n'a laissé qu'une lettre à ses enfants, et ce qu'il leur révèle les sidère : leur mère ne se serait pas suicidée – comme l'avaient affirmé les médecins six mois plus tôt. Elle aurait été assassinée...

Mon avis

Elle a tout vu, elle sait tout mais elle ne dira rien. Pourtant, elle est comme un membre de la famille mais elle ne peut rien dire. C’est la Casa des Belasko, la maison qui abrite les drames tus, les joies partagées, les secrets non diffusés. Ils sont cinq enfants à se retrouver dans cette demeure qui a abrité leur enfance, trois garçons, deux filles qui en six mois ont perdu leur mère puis, plus récemment leur père. C’est d’ailleurs ce dernier qui a demandé qu’ils se réunissent dans la maison pour lire ses dernières volontés et découvrir ce qu’il a laissé comme témoignage. La fratrie ne s’entend pas et les retrouvailles sont tendues. Cette soirée n’augure rien de bon surtout lorsqu’ils s’aperçoivent qu’ils n’auront pas d’autres choix que de la passer ensemble jusqu’au bout.

Décliné en cinq actes, constitués eux-mêmes de chapitres mettant en exergue l’un ou l’autre des enfants, ce huis clos ne souffre d’aucun temps mort et surprend le lecteur jusqu’à l’épilogue. Chrystel Duchamp a habilement mêlé des scènes du passé à celles du présent. Pas besoin de dates tant les situations sont claires, on sait tout de suite de quelle époque il s’agit. Ces petits retours en arrière permettent de cerner le caractère de chacun des enfants, de constater quels liens ils ont construit entre eux. On s’aperçoit très vite que la rancœur, la jalousie, la colère les habitent. Il n’y a pas de véritable unité entre eux, ils se surveillent, s’observent, même à distance puisqu’ils sont tous adultes et vivent leur vie. Et surtout, ils n’ont rien oublié de ce qui a pu les diviser par le passé. Alors il arrive que les langues se délient et ça fait très mal.

Avec son écriture vive, qui fait tilt, l’auteur nous laisse à peine respirer. Entre ce qui se passe dans la maison et les révélations qui arrivent petit à petit, le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer. Pas de fioritures, de l’action et des rebondissements. J’ai trouvé astucieux que le roman ne soit pas plus long. Il aurait pu être allongé avec d’autres anecdotes du passé familial mais il aurait beaucoup perdu en suspense et en tension. Parce que, soyons honnête, ce qui fait son intérêt, c’est le rythme soutenu qui le constitue. En une nuit, une soirée, la vie du clan Belasko va être modifiée de façon irréversible.

Les Belasko ne savent pas communiquer. Le père était un taiseux et il ne se racontait pas, ses enfants ignorent beaucoup d’éléments de son passé. Les révélations vont blesser les uns, surprendre ou déstabiliser les autres mais quoi qu’il en soit, personne ne sortira intact de cette douloureuse réunion de famille. Quels seront les dégâts collatéraux, les conséquences de cette soirée tumultueuse ?

Après un premier roman coup de poing, l’auteur a su trouver une nouvelle thématique et a réussi la passe de deux. Son texte est captivant, plein d’énergie, les ressentis des uns et des autres sont finement analysés. Elle montre l’influence de l’éducation, le rôle des parents mais aussi le poids de la société bien-pensante. Un auteur à suivre de près ….


"Ta main sur ma bouche" de Déborah Saïag & Mika Tard

 

Ta main sur ma bouche
Auteurs : Déborah Saïag & Mika Tard
Éditions : Nil (14 janvier 2021)
ISBN : 978-2378910891
320 pages

Quatrième de couverture

Édouard et Alison, dite Ali, sont en couple depuis deux ans quand l'ex d'Édouard publie un #MeToo dans lequel elle accuse un de leurs amis de l'avoir violée. Au cours des quelques heures qui suivent, le destin d'Édouard et d'Ali bascule à tout jamais...

Mon avis

« C’est de la provocation d’être née belle ? »

C’est avec une écriture moderne (à quatre mains, les auteurs se partageant les chapitres) et des dialogues ciblés et vifs que Déborah Saïag et Mika Tard parlent dans ce roman d’un sujet brûlant d’actualité. Le mouvement #MeToo a débuté en 2007 mais c’est en 2017 qu’il a pris de l’ampleur. Les femmes victimes d’agression sexuelle, de harcèlement, de viol ont pris la parole. Encouragées, elles ont fait face aux menaces de déstabilisation, à ceux qui leur disaient que, peut-être, sans doute même, leur attitude avait incité, invité, les importuns à agir en toute impunité …. En gros, qu’elles étaient coupables. Combien se taisent encore par peur des répercussions sur leur vie de famille, sur leurs amis, leurs collègues ?

Dans ce recueil, Edouard et Alison (surnommée Ali) sont en couple depuis deux ans. Elle avait vingt ans quand ils se sont rencontrés et lui une quinzaine d’années de plus. Les parents d’Ali n’étaient pas d’accord pour cette relation alors son père lui a coupé les vivres. Bien sûr, Edouard, son Doud, a de l’argent, mais ce n’est jamais simple de dépendre financièrement des autres. Il est important qu’Ali « se réalise ». Elle part en week-end chez des amis communs, il la rejoindra plus tard. Mais un événement vient déstabiliser toute cette organisation. Diane, l’ex copine d’Edouard publie sur Facebook un témoignage où elle explique avoir été violée par un de leurs amis il y a six ans alors qu’ils vivaient ensemble.

Alternant le vécu et le ressenti d’Ali et d’Edouard d’un chapitre à l’autre, ce récit nous montre et nous démontre combien les publications « coup de gueule » sur les réseaux sociaux peuvent remettre en cause, du jour au lendemain, les amitiés, les relations humaines, et détruire les liens entre les personnes. En effet, très rapidement, il y aura ceux qui soutiennent Diane et la croient et ceux qui pensent qu’il a fabulation, exagération ou bien qu’elle a eu ce qu’elle méritait (à ton idée d’être aussi belle, de s’habiller court, etc) et puis quelle idée de ressortir tout ça si longtemps après ? N’a-telle pas déformé les faits, oublié puis réécrit l’histoire ?

Dans ce livre, les auteurs ne jugent pas, ils présentent des faits et ce qui en découle. Ils évoquent le rôle des réseaux sociaux, les réactions à vif lorsqu’on oublie de prendre du recul, le danger d’une certaine forme de pouvoir. Ils ont, de plus, l’intelligence de ne pas en rester au sujet phare du mouvement #MeToo. Ils abordent d’autres thématiques lorsque, par exemple, dans une même bande de potes, les ex font encore partie de votre quotidien, ils parlent aussi de l’ambiguïté des amitiés, de la place de chacun, des difficultés à s’épanouir lorsqu’on dépend du regard des autres.

Il y a beaucoup de rythme dans ce texte car c’est comme un jeu de dominos, des actes entraînent des conséquences plus ou moins graves et provoquent des rebondissements. On voit combien chacun essaie de correspondre à ce que les autres attendent, n’osant pas, de temps à autre, être soi. N’est-ce pas un peu la même chose pour chacun de nous ? Entre les « codes » imposés par la société, ceux définis lorsqu’on appartient à un même groupe, il n’est pas toujours aisé d’être en harmonie avec ce qu’on veut être au plus profond de soi.

Cette lecture au phrasé contemporain, trop diront les esprits chagrins, est intéressante parce que, même si la parole s’est libérée, il faut la soutenir encore et encore pour que celles qui souffrent encore dans l’ombre, n’hésitent pas à témoigner afin d’aller mieux, puis de retrouver un peu d’estime de soi et de sérénité.


"Le chant du perroquet" de Charline Malaval

 

Le chant du perroquet
Auteur : Charline Malaval
Éditions : Préludes (13 Janvier 2021)
ISBN : 9782253040460
320 pages

Quatrième de couverture

São Paulo, 2016. Tiago, un jeune journaliste indépendant, fait la connaissance de son voisin, Fabiano, qui habite le quartier depuis plusieurs décennies, avec un perroquet pour seul compagnon. Au fil de leurs rencontres, le vieil homme raconte son passé à Tiago, l’épopée d’une existence soumise aux aléas de l’Histoire. Le départ de son Nordeste natal pour participer à la construction de Brasília avec ses parents, son travail d’ouvrier dans les usines Volkswagen de São Paulo… et, surtout, il lui parle de la femme de sa vie, qui a disparu à la fin des années 1960, sous la dictature. Avec l’idée d’en faire le sujet de son premier roman, Tiago recueille, fasciné, ce palpitant récit et, son instinct de journaliste reprenant le dessus, il décide d’effectuer des recherches par lui-même.

Mon avis

Charline Malaval a un nom bien français et elle est française mais elle parle du Brésil comme si ses racines étaient là-bas. Elle y a enseigné mais je pense que son expérience dans ce pays ne s’est pas arrêtée à cela. Elle s’est « imprégnée » de son Histoire (avec un H majuscule), et à travers son roman, elle a su à la fois m’émouvoir, m’intéresser et me captiver.

Tiago est un jeune journaliste. Son voisin, un vieil homme, vit avec un perroquet. Un lien se crée entre les deux hommes, le premier écoute et le second se confie. Le plus jeune comprend très vite qu’il y aura matière à écrire un roman, d’autant plus qu’au fil des rencontres, le récit de l’ancien s’étoffe et prend de l’ampleur. Le lecteur, lui, oscille entre deux époques, 2016 pour le présent, les années soixante pour le passé.

On va ainsi découvrir la naissance de Brasilia, le quotidien des ouvriers chez Volkswagen, le monde du travail, la musique (et la place qu’elle tient dans la vie des habitants (il y a d’ailleurs une playlist en fin de recueil)), les difficultés relationnelles lorsque les personnes qui se rencontrent ne sont pas issues du même milieu, la dictature et les combats de ceux qui n’en voulaient pas…

L’auteur a mis en scène peu de personnages, principalement trois pour chaque époque, et son récit monte en puissance au fil des chapitres. Non seulement par les événements, mais également par les caractères qui se dévoilent, interrogeant le lecteur, déstabilisant quelques-unes de ses certitudes.

J’ai trouvé cette histoire bien construite, les deux périodes se font écho et on se rend compte que rien n’est acquis. Il faudra toute l’opiniâtreté de Tiago pour comprendre …..

L’écriture de Charline Malaval est précise, mesurée, elle retranscrit avec finesse les scènes, les émotions, les doutes, les peurs … De plus, elle sait doser son propos de façon intelligente. Une belle lecture qui fait voyager et vibrer au rythme de la samba et autres mélodies.


"Le carnet d'or" de Doris Lessing (The Golden Notebook)

 

Le carnet d’or (The Golden Notebook)
Auteur : Doris Lessing
Traduit de l’anglais par Marianne Véron
Éditions : Albin Michel (30 Octobre 2007)
ISBN : 978-2226182128
642 pages

Quatrième de couverture

La jeune romancière Anna Wulf, hantée par le syndrome de la page blanche, a le sentiment que sa vie s'effondre. Par peur de devenir folle, elle note ses expériences dans quatre carnets de couleur. Mais c'est un cinquième, couleur d'or, qui sera la clé de sa guérison, de sa renaissance.

Mon avis

« Le carnet d’or » a été pour moi une belle découverte mais pas uniquement cela.

Ce livre a été aussi une fabuleuse « expérience littéraire ». Un vrai coup de cœur.

Comment se construire, se reconstruire, se comprendre, comprendre les autres et la vie, avancer avec ses forces et ses faiblesses à l’aide de l’écrit ….

Ces carnets si précieux, dont le plus précieux, « le carnet d’or » sont un formidable travail de retour sur soi accompli par la narratrice, Anna.

On trouve de tout dans ses écrits : l’actualité, les amours, les amitiés, les peines, les joies, la vraie vie … des retours en arrières, des parenthèses, des apartés, des réflexions, des commentaires … Tout cela peut rebuter certains lecteurs … Mais ce serait dommage car le livre vaut largement le détour.

Écrire ? Pour exister ? Pour comprendre ? Pour s’exprimer ? Pour vivre ? Pour tout cela mais aussi terriblement, violemment, profondément …. pour …. ETRE ..... tout simplement …

« Toutes sortes d’idées et d’expériences que je ne reconnaissais pas comme miennes surgirent à mesure que j’écrivais. » Doris Lessing


"Transchaco" d'Alain Keralenn

 

Transchaco
Auteur : Alain Keralenn
Éditions : Librinova (Novembre 2016)
ISBN : 979-10-262-0694-1
226 pages en édition numérique

Quatrième de couverture

Une macabre trouvaille lors d'une vente aux enchères, l'obsession d'un riche mécène, sa fascination pour une légende qui a traversé les siècles : voici la trame d'un récit qui traverse les grandes étendues du Chaco paraguayen, ...

Mon avis

Julien a des diplômes dont un doctorat universitaire, mais il ne sait pas « se vendre » car son look d’étudiant attardé ne fait pas forcément envie aux futurs employeurs. Il est l’assistant d’un commissaire priseur qui le traite avec un mépris teinté de déférence pour donner le change. Julien bout intérieurement mais il ne fait rien pour faire modifier la situation. Il reste, en apparence, dévoué et calme.

Lors d’une vente d’objets pré colombiens, un des futurs acheteurs, riche collectionneur, contacte le jeune adjoint dans l’optique de lui proposer une mission. C’est l’occasion pour ce dernier de redonner du sens à sa vie, de fuir son quotidien puisque le mécène lui offre un voyage au Paragay !

Là-bas, il devra mener, sous le couvert de recherches universitaires, une enquête sur l’origine de nouvelles pièces d’art inca arrivant sur le marché. L’acquéreur veut être sûr de leur provenance pour ne pas risquer de salir sa réputation en obtenant des œuvres non cotées. Julien a soif de recherches et de reconnaissance, c’est peut-être le bon moment pour se bouger, d’autant plus que son mentor prévient son patron, paie ses frais, et lui fournit une documentation complète à étudier avant le départ. Voilà de quoi donner matière à une enquête discrète sur place, d’autant plus qu’il sera annoncé officiellement comme chercheur, ethnologue et qu’il aura ainsi, l’espère-t-il, la possibilité d’entrer en contact avec ceux qui, sur place, pourraient lui donner des indications.

Le voilà sur place, prêt à s’enthousiasmer et à agir sauf qu’il est un peu naïf et qu’il va se retrouver dans des situations parfois très délicates et il ne saura pas comment justifier ses actes. … Ce séjour va le faire grandir et sera un peu initiatique, il découvrira les mennonites et leurs habitudes, les tensions entre les différents groupes , les petits et gros trafics etc…. Il ne sera pas en reste pour quelques émois amoureux qui pimenteront sa vie et son récit !

L’écriture de l’auteur est fluide, le propos non dénué de sens, campant une légende dans ce lointain pays et la reliant à notre présent par l’intermédiaire des ventes aux enchères. Le texte mêle aventures, enquête policière, amour et relations humaines avec tout ce que cela implique de difficultés lorsque les habitudes de vie, les approches sont différentes…. 

Il n’y a pas de temps mort et le rythme soutenu permet au lecteur de rester impliqué dans l’histoire. Un roman bien conçu et agréable à lire.


"Bluebird, bluebird" d'Attica Locke (Bluebird, bluebird)

 

Bluebird, bluebird (Bluebird, bluebird)
Auteur : Attica Locke
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Rabinovitch
Éditions : Liana Levi (14 Janvier 2021)
ISBN : 9791034902668
320 pages

Quatrième de couverture

Au bord du bayou Attoyac, le corps d’un homme noir, venu de Chicago, est retrouvé. Et pourquoi deux jours plus tard, au bord du même bayou, et juste derrière le café de Geneva Sweet, le cadavre d’une fille blanche est-il découvert ? Dans ce Texas où Noirs et Blancs ne fréquentent pas les mêmes bars et où les suprémacistes blancs font recette, le Ranger noir Darren Mathews n’est pas particulièrement le bienvenu. Surtout quand il décide d’interférer dans l’enquête du shérif local.

Mon avis

Darren Mathews est Texas Ranger, un métier qu’il a choisi bien que sa famille lui ait conseillé le droit, probablement parce que lorsqu’on a la peau noire, il est difficile de travailler dans les forces de police dans certains coins du monde. Sa femme voudrait qu’il change de profession mais il porte le badge avec fierté. Rien n’est simple pour lui. Il vient d’être suspendu de ses fonctions et est en attente d’un procès. En outre, les relations sont tendues dans le comté du Texas où il se trouve. Noirs et blancs peinent à cohabiter et ne partagent pas les mêmes lieux.

Un ami du FBI demande de l’aide à Darren. En quelques jours, deux personnes ont été retrouvées mortes dans le bayou : un avocat noir et une jeune fille blanche. Que s’est-il passé ? Meurtres, suicides, les deux événements sont-ils liés ?

« Curieux, pense Darren. D'habitude, les histoires du Sud se déroulaient de la manière inverse : une femme blanche était tuée ou blessée, d'une façon réelle ou imaginée, puis telle la lune après le soleil, un homme noir était retrouvé mort."

Le Texas Ranger va essayer de comprendre en menant une enquête qui l’emportera bien plus loin qu’il l’avait imaginé. C’est dans un environnement très particulier qu’il doit mener ses investigations. Il y a le Geneva Sweet, un restaurant bar à l’ambiance familiale où les gens de couleur ont leur place. C’est là, juste derrière le bâtiment que la victime a été trouvée. A cinq cent mètres, c’est le Jeff's Juice House (où se retrouvent les membres de la FAT : Fraternité Aryenne du Texas) qui appartient à Wallace Jefferson III, tout comme le reste de la ville. Inutile de dire que les clients des deux lieux sont bien ciblés et ne se risquent pas sur l’autre territoire.

Une bourgade pas très grande mais des tensions en surnombre, des non-dits, des secrets. L’ombre du Ku Klux Klan, de la FAT, une violence dans les mots, dans les gestes, du mépris, un racisme profond, ancré, faisant partie de l’ADN de certaines personnes. Darren va rencontrer des obstacles, il doit composer avec les bâtons qu’on met en travers de son chemin. Mais par-dessus tout, il faut qu’il mette ses émotions à distance, qu’il reste objectif, que la divine bouteille ne lui embrume pas l’esprit ni ne fausse ce qu’il croit voir ou ressentir…. C’est un homme qui s’interroge sur lui, sur sa vie, qui a des faiblesses et qui fait tout pour rester droit dans ses bottes, fidèle à ce qu’il pense être juste.

Cette lecture a été une superbe découverte pour moi. L’auteur a su éviter tous les pièges des clichés de la ségrégation. Elle installe des histoires personnelles dans son récit, permettant au lecteur de s’approprier la vie des personnages et de cerner les caractères, l’influence du vécu. J’ai apprécié que Darren ne se laisse pas abattre, qu’il aille au fond des choses sans se laisser influencer, ce qui n’est pas aisé car la pression est importante. De plus, il ne s’arrête pas à l’apparence, il va toujours plus loin. Les lieux et les relations entre communautés et en interne ont un rôle important dans ce roman, ce sont eux qui insufflent une atmosphère teintée de désespérance. En toile de fond, la musique, le blues qui colle au cœur et à la peau comme les marais du bayou.  

Écrit en 2016, ce recueil interroge encore cette Amérique et tous les progrès qu’il lui reste à faire…
« Darren avait toujours voulu se persuader que leur génération serait la dernière à être obligée de vivre ainsi, que le changement viendrait peut-être de la Maison Blanche. » Il y a encore du chemin….


"Seconde chance" d'Alain Nedelec

 

Seconde chance
Auteur : Alain Nedelec
Éditions : Paulo Ramand (2 Août 2015)
ISBN : 9782754304481
286 pages

Quatrième de couverture

Mathias, en pleine crise existentielle de la quarantaine quitte son job, sa compagne, ses amis pour revivre le temps d’un visa touristique, une aventure californienne, 20 ans après. Six mois en immersion, multipliant les petits boulots, les rencontres troublantes, l’amour, une découverte de soi, une nouvelle vie comme une seconde chance. Mathias dans ce mirage américain n’envisagera même plus son retour en France, jusqu’à ce que la réalité le rattrape ce 15 juin à l’entrée du Golden Gate Bridge et transforme son rêve en cauchemar.

Mon avis

Au pays de la carte verte

Épuisé, fatigué, en rupture avec sa dulcinée, au bord du burn out, Mathias décide de partir là où l'herbe lui semble plus verte: aux States.

C'est avec un visa tourisme qu'il prend le chemin de ce qu’il imagine comme un eldorado. Il espère que ce séjour loin de son quotidien lui apportera une bouffée d'air tant physiquement que moralement. Il est long le chemin entre la réalité et ce qu'on pressent, souhaite, pense!

Pour l'avoir un peu oublié, Mathias va le découvrir à ses dépends. Rien n'est simple, ni créer des liens et surtout les bons, ni trouver un logement, encore moins une activité professionnelle.

Lorsqu'il arrive à Los Angeles, Mat est en plein doute existentiel, il a besoin de trouver des repères, de se poser, d'exister à nouveau. Il doute et se raccroche à ce qu’il peut : un sourire, une rencontre… Ce n’est pas forcément ce qu’il fait de mieux… Il passe par tous les états de la personne qui ne sait plus avec quoi rime sa vie. Il peut être euphorique, abattu, suspicieux, enthousiaste….

« Nous sommes en désaccord sur ce que nous sommes, parce que nous ne pouvons pas nous mettre d’accord sur ce que nous avons été. »

Avec une écriture fluide, bien axée sur les ressentis de son personnage principal, l’auteur nous fait découvrir les différentes émotions par lesquelles passent Mat, ses doutes, ses peurs, ses bonheurs….

Nos vies sont parsemées d’embuches, nous faisons des erreurs, la maxime dit même que nous apprenons de nos erreurs… Mat va apprendre à vivre dans ce pays loin de tout, ses illusions, ses désillusions le feront avancer. Mais à quel prix ?

Le récit d’Alain Nedelec est ancré dans un quotidien très réaliste. Les lieux, les situations sont décrites avec précision et on ressent vraiment l’atmosphère qui règne entre les différents protagonistes. C’est une lecture qui présente une tranche de vie avec ses hauts et ses bas….

 

 


"A pas de loup" d'Isabelle Villain

 

A pas de loup
Auteur : Isabelle Villain
Éditions : Taurnada (14 Janvier 2021)
ISBN : 978-2372580809
240 pages

Quatrième de couverture

Lorsque Rosalie, Philippe et leur petit Martin, âgé de six mois, décident de s'installer à La Barberie, un éco-hameau niché en plein coeur des Alpes-de-Haute-Provence, c'est bien pour fuir un quotidien devenu trop pesant. Pour tenter une expérience audacieuse. Vivre autrement. En communion avec la terre et en harmonie avec les saisons. Mais l'équilibre de cette nouvelle vie va un jour se fissurer. Un grain de sable va s'infiltrer, déstabiliser et enrayer cette belle mécanique. Et ce très beau rêve va se transformer peu à peu en un véritable cauchemar.

Mon avis

Combien sont-ils ces citadins stressés qui rêvent de campagne, d’équilibre, de rythme plus près de la nature, d’autogestion et de tranquillité ? Beaucoup sans doute mais combien d’entre eux franchissent le pas et surtout tiennent-ils longtemps loin des cinémas, de la ville, des espaces culturels et des magasins ? Rosalie, Philippe et leur fils Martin ont décidé de franchir le pas. Ils se sont installés à la Barberie dans les Alpes de Haute-Provence dans un éco-hameau.

Eco-hameau ou éco-village, qu’est ce que c’est ? Un ensemble de maisons à taille humaine où le but est de créer un lieu agréable, en harmonie, un endroit où chaque membre respectera les autres et l’environnement et pourra se « réaliser » avec ses qualités et ses compétences. Chacun profite des connaissances des autres trouvant ainsi sa meilleure place. Idyllique ? Sans doute, au moins dans sa description. Après, à voir au quotidien, lorsqu’il y a un problème …. Qui le gère, comment ?

Et un problème, ce matin-là, il y a en un à la Barberie. Martin n’est pas dans lit… Séparée de Philippe depuis quelque temps, Rosalie soupçonne son ex-mari d’avoir enlevé leur fils. Les autres enfants ne comprennent pas, leurs parents leur avaient dit qu’ils seraient toujours en sécurité dans ce coin de nature. Les adultes eux s’interrogent. Rosalie attend des nouvelles, espère et compte sur les amis du hameau pour l’épauler.

C’est par un subtil jeu d’allers et retours passé / présent que l’auteur nous explique comment les habitants sont arrivés à la Barberie et pourquoi ils ont choisi de s’y installer. C’est très intéressant car chaque personnalité est travaillée.  Les raisons de leurs choix sont multiples et très représentatives de notre société. Certains chapitres appelés « jour 1/ 2/ 3 etc… » nous ramènent dans le quotidien du hameau : problèmes de repas, maladie (médecin ou pas ?), traces de loup (on tue ou pas ?), disparition du jeune garçon à gérer etc.

Le suspense monte en puissance au fil des pages de ce nouveau roman d’Isabelle Villain. Si au départ, on a l’impression d’entrer dans un village calme et paisible, on ressent très vite un malaise comme si certains des écocitoyens jouaient la comédie. L’aspect psychologique est détaillé et c’est ce qui permet au lecteur de s’imprégner de cette atmosphère particulière, de se dire que, peut-être, il y a un loup …

L’auteur maîtrise son sujet et a bien imbriqué les différents aspects de son récit. Plusieurs problématiques sont abordées, trop diront certains. Elle souligne les difficultés rencontrées lorsqu’on veut vivre en autarcie et à cela, elle ajoute un excellent thriller. L’angoisse s’installe, on ne sait plus à qui faire confiance, personne n’est vraiment net.

Je me suis laissée embarquer dans cette histoire, persuadée que j’avais tout compris. Cela n’a pas été le cas, des revirements de situations m’ont scotchée. L’écriture est fluide, accrocheuse, le style vif. Tout monte en puissance au fil des pages, un loup dans une bergerie, tout part en vrille, et le danger est là !


"Le corps et l'âme" de John Harvey (Body and Soul)

 

Le corps et l’âme (Body and Soul)
Auteur : John Harvey
Traduit de l’anglais par Fabienne Duvigneau
Éditions : Payot & Rivages (6 Janvier 2021°
ISBN : 978-2743651770
288 pages

Quatrième de couverture

L'ultime aventure du personnage de Frank Elder, inspecteur de police à la retraite, qui doit intervenir dans une affaire à laquelle est mêlée sa fille Catherine.  Une enquête mêlée à un drame intime.

Mon avis

Si on considère le titre de ce roman dans son édition originale, il s’appelle « Body and Soul » comme le titre d’une chanson de Billie Holiday qui date de 1957. Un de ces airs de jazz empreint de mélancolie, de blues, à la fois triste et beau, oscillant entre différentes émotions, vous laissant seul face à la mer (comme sur la première de couverture), comme si, finalement, pour mieux comprendre la vie, il fallait parfois la laisser vous bercer de nostalgie…

Franck Elder s’est éloigné de sa femme Joanne, et de sa fille Katherine. Il habite loin d’elles, en Cornouailles. Il n’est plus dans la police, il vit de petits boulots et parfois il aide le commissaire du coin. Un jour, sa fille sonne à sa porte. Il y a sept ans, à seize ans, elle a été séquestrée, torturée, violée et c’est lui qui l’a retrouvée. Le traumatisme est toujours vif pour l’un comme pour l’autre et leurs conversations manquent de naturel. Elle ne s’attarde pas et il ne sait pas comment réagir…..

Un peu plus tard, un peintre, Anthony Winter, est retrouvé assassiné dans des conditions atroces. Il s’avère que Katherine posait pour lui et qu’ils étaient très proches. Une enquête est diligentée, elle est souvent interrogée et son père va essayer de l’aider. En parallèle, l’homme qui l’avait enfermée, s’enfuit au cours d’un transfert entre deux établissements pénitentiaires. Frank reprend du service, sans que tout cela soit officiel, pour aider ceux qui cherchent le tortionnaire. Il est porté par l’amour qu’il éprouve pour sa fille, il ne peut pas rester sans agir. Cette « enquête » est pour lui l’occasion de faire le point sur sa vie, ses erreurs, ce qu’il aurait aimé faire différemment, ce qu’il est, ce qu’il souhaite. On sent un homme qui se questionne, a-t-il eu raison de partir ? Sa fille a-t-elle été fragilisée par son « abandon » ? Est-ce qu’elle se serait sentie plus sereine, plus rassurée s’il était resté ? A-t-il été égoïste ? On sent toute la douleur de ce père face à cette multitude d’interrogations. Et la peur, bien vivante, ancrée, de se tromper encore une fois alors que Katherine a besoin de lui. Alors, il se donne, à fond, « corps et âme », pour elle, pas forcément pour se racheter (d’ailleurs, peut-on se racheter de ses erreurs passées ?), simplement pour être en paix avec lui-même, peut-être ? J’ai trouvé bouleversant l’attitude de Frank Elder, sa façon de gérer les différentes situations, les efforts qu’il fait pour se reprendre, pour avancer.

L’écriture intimiste, belle, poétique, musicale (avec de nombreuses et magnifiques références) m’a conquise. Elle a « un je ne sais quoi » de sublime. La souffrance sourd entre les lignes, elle habite le roman mais elle n’est pas douloureuse car Elder la porte, certes comme un fardeau, mais elle n’envahit pas les pages, probablement parce qu’elle est évoquée avec discrétion, finesse, intelligence. Le style est sobre, posé, chaque mot (notamment dans les dialogues) a du sens.

L’auteur parle de l’art, des liens complexes entre les modèles et les artistes, il évoque la difficulté des relations familiales quand une personne ne va pas bien, le rôle des parents, des amis. Tout ce livre est imprégné d’une ambiance douce-amère qui m’a charmée. Ce récit est comme le jazz, il vous envoûte, vous captive, et vous accompagne longtemps….

 


"Accabadora" de Michela Murgia (Accabadora)

 

 

Accabadora
Auteur : Michela Murgia
Traduit de l’italien par Nathalie Bauer
Éditions : du Seuil (18 Août 2011)
ISBN : 9782021025071
216 pages

Quatrième de couverture

Dans un petit village sarde, la vieille couturière, Tzia Bonaria, accueille chez elle Maria, « cédée » bien volontiers par une veuve d’humbles origines. Elle offrira à sa « fille d’âme » son métier et des études, choix audacieux pour une femme dans cette Sardaigne des années cinquante.

Mon avis

Coup de cœur !

Pour la traductrice qui a si bien su trouver les mots justes afin de faire vibrer l'émotion sans tomber dans le mièvre et le voyeurisme.

Pour l’écriture raffinée, poétique, abordant avec douceur et finesse des sujets difficiles...

Pour les personnages décrits avec délicatesse, par petites touches comme un canevas qui se construit à points comptés.

Pour le thème original, pour cette Sardaigne secrète, coincée dans ses croyances, ses superstitions, ses non-dits, ses secrets, ses silences, ses choix ….

Pour toutes ces questions que fait surgir cet opus sur notre vie, la vie, le destin, la rencontre, les rencontres ….

Pour le bonheur de lire encore et encore des romans qui laissent une "trace"....

Pour mon fils qui m'a offert ce livre!


"La maison à droite de celle de ma grand-mère" de Michael Uras

 

La maison à droite de celle de ma grand-mère
Auteur : Michael Uras
Éditions : Préludes (28 Février 2018)
ISBN : 978-2253107903
320 pages

Quatrième de couverture

"Giacomo, ne tarde pas. Les médecins sont formels, la fin est proche."
C'est ainsi que notre héros, un jeune traducteur espiègle et rêveur, retourne sur l'île de son enfance, où sa grand-mère est au plus mal. Et alors qu'il doit rendre un travail sans tarder, soudain, c'est toute la Sardaigne qui le retient ….
D'une crique perdue aux ruelles pittoresques que bordent les maisons de couleur, entre une bouchée de dolci et les pastilles miraculeuses du docteur Ignazio, pas de doute, la maison de Giacomo est une île. Mais pourra-t-il en repartir ?

Mon avis

C’est avec une nostalgie grandissante au fil des pages que Michael Uras nous emmène en Sardaigne.

Nous accompagnons Giacomo qui revient sur ses terres pour les derniers jours de vie de sa grand-mère. Mais dans cette île surchauffée, aux maisons colorées, rien ne se déroule comme il l’avait imaginé. Il revoit d’anciennes connaissances, sa mère et son père sont à leur manière omniprésents ainsi que sa famille et ses relations parfois houleuses….

Ce séjour sur ses terres natales va être l’occasion de faire le point sur sa vie, sur son métier, sur ses priorités, sur ses choix mais c’est également un chemin vers la résilience….

Portée par une écriture délicate, lumineuse, l’auteur nous offre là, un récit assez lent, porté par les interrogations, les réflexions, les remarques, les dialogues de Giacomo…. Le métier de traducteur du principal protagoniste est l’occasion d’émettre des suggestions sur la littérature, sur les vérités contenues dans les textes, sur le choix des mots qui peuvent prêter à confusion….

Une lecture atypique, surprenante parfois, qui ne m’a pas déplu.



"Vert foncé" d'Alain Minsart

 


Vert foncé
Auteur : Alain Minsart
Éditions Les 2 Encres (25 Février 2014)
ISBN : 978-2351686591
288 pages

Quelques mots sur l’auteur

Alain Minsart est né en 1954 à Kalima (Congo), dans le pays des Lega et du Kimbilikiti. Ingénieur industriel en Sciences Nucléaires Appliquées en Belgique, il obtient le grade académique de diplômé d’études spécialisées en gestion de l’environnement de l’Université Libre de Bruxelles en 1996. Parallèlement à son activité d’ingénieur conseil, il exerce aujourd’hui une « activité-hobby » d’ostréiculteur-affineur sur l’île d’Oléron : «La Prade »

Quatrième de couverture

Printemps 2025. Le monde semble n'être qu'un morceau de viande que quelques loups affamés se disputent. Nos sociétés vivent soumises à la dictature du profit immédiat. Modes de gouvernances corrompus, accointances avec les médias, tortures et massacres : politique et dénis des droits sont devenus synonymes... Heureusement, des groupuscules subsistent et oeuvrent à la restauration de la Vérité. Ces rebelles taxés de terroristes et de secte tentent de réveiller le peuple. Comment éviter la catastrophe suprême, redécouvrir le chemin de la Connaissance et de l'Initiation? Un roman noir politico-environnemental qui nous immerge dans une représentation allégorique, quasi-biblique, d'une lutte entre les forces de l'ombre et les forces de la lumière, entre le bien et le mal, le loup et l'agneau... Le lecteur jubile d'entrer en quelque sorte dans le secret des dieux. Et si la compréhension de l'univers nous était donnée ?

Mon avis

Mon premier est l’auteur :

Un homme atypique, ingénieur en sciences nucléaires, diplômé d’études spécialisées en gestion de l’environnement, choisissant également de « se poser » à l’île d’Oléron pour s’installer dans l’ostréiculture.

Il aborde des sujets qu’il semble bien cerner et s’il manie une langue caustique, c’est sans doute dans le but de faire réagir le lecteur. Car il faut bien le dire ce qu’il évoque pourrait être proche de ce qui sera vécu en 2025 (date de son récit). S’appuyant sur des connaissances solides, un humour grinçant mais de bon aloi, il nous transporte dans un futur où les informations sont manipulées, transformées, où chacun vit pour soi et son profit personnel, un peu comme maintenant, parfois, même si on se refuse à le voir….mais quelques humains veillent….

Mon second est le fond :

Alain Minsard met en opposition un groupe secret, assez mystérieux et le gouvernement, qui lui, lutte contre des écologistes plutôt rebelles. Il n’y a pas vraiment de dialogues entre les uns et les autres….Pour ainsi dire pas du tout ou alors des dialogues de façade, préfabriqués, construits pour répondre à ce qu’attend la population. Les événements s’enchaînent sans répit, passant de l’un à l’autre et de temps en temps, le lecteur doit se poser pour faire le point car certaines situations donnent l’impression d’être confuses tant les personnages foisonnent sans qu’aucun ne se détache réellement. L’écriture paraît moins fluide car il faut s’accrocher et suivre toutes ces personnes.

L’auteur gratte où ça fait mal : qui de nous n’est pas écœuré de savoir que certains articles sont conçus pour répondre à l’obsolescence de rigueur ? Celle qu’on appelle « désuétude planifiée », cette stratégie étant programmée pour générer de nouveaux achats prématurés ?

Que dire également, comme illustré dans le roman, de ces tee-shirts, cousus dans le même tissu, issus du même atelier mais étiquetés grande marque ou ordinaires et vendus à deux prix totalement opposés ? Et pourtant, ne cédons-nous pas à certains achats de ce type ?

Ne sommes-nous pas parfois « manipulés » par la publicité ? Bien sûr, dans le livre, tout est poussé à l’extrême mais qui sait si les hommes n’en arriveront pas là un jour ?

Intégrant des références intéressantes, j’en veux pour preuve: Henri Laborit et son éloge de la fuite dans laquelle nous pouvons lire : « Nous ne vivons que pour maintenir notre structure biologique, nous sommes programmés depuis l’œuf fécondé pour cette seule fin, et toute structure vivante n’a pas d’autre raison d’être que d’être. », l’auteur n’a de cesse d’interpeler le lecteur….qui a du mal à souffler….

Mon troisième est la forme :

Un style particulier, le présent de narration étant majoritairement utilisé. Beaucoup d’individus peuplent les pages et on ne peut pas dire dans la première partie qui de l’un ou de l’autre va devenir le ou les héros. C’est assez particulier car de ce fait, le lecteur ne s’attache à personne. J’ai parfois eu le sentiment de regarder des hommes et des femmes, un groupuscule, s’agiter sous dans un bocal, une tour de Babel, sous mes yeux, les regardant comme s’ils étaient d’un autre monde, celui de Vert Foncé ? Les protagonistes sont peu décrits, ou alors à travers leurs actes, ce qui ne les rend pas forcément sympathiques. Vous l’avez compris, Alain Minsart ne s’attarde pas à détailler ce qui ne lui semble pas important mais il aura plaisir à glisser une « légende » oléronnaise ou une longue conversation prétexte à quelques messages scientifiques qui étoffent le contenu et donneront envie à certains d’aller plus loin dans la connaissance de l’homme et de l’univers. Il y aussi énormément de messages cachés, entre les lignes ou dans le texte mais sans que le sens soit clairement annoncé… Il faut décrypter !

Mon tout est un roman à découvrir, alliant une approche scientifique, écologique avec les dérives des gouvernements lorsque la politique n’est pas utilisée à bon escient…


"Ange" de Philippe Hauret

Ange
Auteur : Philippe Hauret
Éditions : Jigal (15 Septembre 2020)
ISBN : 978-2377221080
210 pages

Quatrième de couverture

Ange est une jeune femme rebelle, survoltée et aventureuse qui profite de sa séduisante plastique pour attirer de riches entrepreneurs avant de les dépouiller. Elle partage un appartement avec Elton, son ami d’enfance. Ce dernier passe ses journées, rivé sur le canapé, devant la télé, tout en se rêvant multimillionnaire. Lorsque Ange rencontre Thierry Tomasson, véritable icône télévisuelle, elle s’imagine déjà mener une brillante carrière de chroniqueuse. L’animateur, surtout soucieux de s’adjuger ses jolies formes, va vite la faire déchanter…

Mon avis

C’est noir, c’est brut, c’est cash, ça déménage, ça fait mal et ça n’épargne pas le lecteur qui prend ces vies fracassées, brutalisées, désespérées en pleine face.

Ange et Elton partagent un appartement. Elle profite de son corps de rêve pour arnaquer les hommes, il ne fait pas grand-chose de ses journées, collé face au petit écran qui le fait rêver…. Lorsque la première rencontre Thierry Tomasson, un homme de télévision, elle imagine faire carrière, sortir de son quotidien, aller vers un autre destin. Mais c’est un milieu superficiel, un jour on plaît, le lendemain on vous jette. Déçue par la star télévisuelle, Ange décide de se venger et d’obtenir un pactole pour se mettre à l’abri avec son colocataire.

Quand on monte une anarque, il faut bien réfléchir, tout envisager, y compris ce qui ne se produira probablement pas. Personne n’est à l’abri de mauvaises surprises ou d’un retour de bâton à l’issue duquel on se retrouve en fâcheuse posture.

Ange est enthousiaste, impulsive. Elle a eu une idée et n’a qu’un souhait : la mettre en œuvre au plus vite, obtenir ce qu’elle a décidé et vivre mieux, ailleurs, loin, très loin….Sauf que rien ne se passe comme prévu et la voilà, avec son pote à qui elle a demandé de l’aide, embarquée sur des chemins de traverse bien nauséabonds et risqués. Pourront-ils s’en sortir ? À quel prix ?

Philippe Hauret utilise une écriture sèche, incisive, dépourvue de toute fioriture pour ancrer ses romans dans notre société qui va mal : chômage, galère et budgets étriqués pour les uns, strass, paillettes, et fortune pour les autres. Le fossé devient de plus en plus important, se creuse encore et encore. A travers ses personnages aux noms bien choisis : Michel Diquaire ou Cyril Hanana (toute ressemblance etc….) et les aventures d’Ange et Elton, il égratigne les bons penseurs, les gens lisses qui donnent des leçons (c’est facile quand on ne sait pas ce que c’est d’avoir des difficultés). Ses phrases courtes font mouche et percutent. Il y a des pointes d’humour, presque désespéré comme si la dérision permettait de prendre de la distance avec la virulence des faits.

Chaque chapitre est introduit par le titre d’une chanson en lien avec le contenu de ce qui va suivre. C’est bien pensé et les airs résonnent en nous. J’ai particulièrement apprécié que le ton ne soit pas au jugement. L’auteur montre bien que, quelques fois, la frontière entre le bien et le mal est infime, qu’un simple grain de sable peut tout faire basculer et que personne ne maîtrise jamais tous les événements. Ange est une cabossée de la vie, elle se bat avec les armes qu’elle possède pour essayer d’améliorer son quotidien. Oui, ce qu’elle fait n’est pas légal, pas bien, mais que peut-elle espérer ? Lorsque l’engrenage se met en route, quels moyens a-t-elle pour arrêter ? À part surenchérir ?

Ce roman m’a secouée, interpelée. En peu de pages, j’ai ramassé la noirceur et la désespérance de ceux que la société a blessés. Heureusement, les dernières pages m’ont arraché un sourire …..

 

"Diamants de sang" de James Patterson & Marshall Karp (NYPD Red 4)

 

Diamants de sang (NYPD Red 4)
Auteurs : James Patterson & Marshall Karp
Traduit de l’américain par Antoine Guillemain
Éditions : L’Archipel (7 janvier 2021)
ISBN : 978-2809840391
340 pages

Quatrième de couverture

L'avant-première d'un film à gros budget... Le tout-Manhattan attendu... Alors que la comédienne vedette s'apprête à fouler le tapis rouge, exhibant une parure d'émeraudes et de diamants valant huit millions de dollars, une détonation retentit, suivie du crash d'une Cadillac. Un crime vient d'être commis. Les bijoux ont disparu... et personne n'a rien vu ! Une enquête cousue main pour le NYPD Red, l'unité d'élite de la police new-yorkaise chargée de protéger les rich and famous.

Mon avis

Les romans de James Patterson (peu importe avec qui il est associé) sont toujours aussi efficaces. Du suspense, de l’action, des rebondissements, plusieurs intrigues à suivre et une lecture fluide sans prise de tête. Dans ce livre, nous retrouvons Zach Jordan (qui parle à la première personne dans le récit) et sa partenaire Kylie MacDonald qui est également son ex petite amie. Elle est maintenant mariée avec un homme qui essaie de se sortir de la drogue, sans grand succès vu comme il est accro. Zach, de son côté, vit une histoire d’amour avec une psychologue de la police. Ce n’est pas simple pour leur couple car ses horaires à lui sont élastiques et il a tendance à dire oui dès que Kylie l’appelle même si ce n’est pas pour le boulot… Le duo d’enquêteurs fait tout pour que la vie privée n’empiète pas sur leur activité professionnelle mais inutile de préciser que c’est très compliqué.

Les voilà appelés sur les lieux d’un crime. La comédienne vedette d’un film à gros budget a été tuée et le collier qu’elle portait a été arraché par les malfrats. Il valait une fortune ! Le crime semble avoir été commis par un deux petits truands, ce qui est plutôt bizarre. Parallèlement, la maire de New-York demande de l’aide aux deux amis. Des vols de matériel médical ont lieu dans des cliniques et des hôpitaux. Tout semble soigneusement orchestré et ce qui disparaît n’est pas anodin. Bien sûr, pour cette deuxième affaire, la plus grande discrétion leur est demandée. Il ne faudrait pas que les failles probables des systèmes de sécurité de ces différents établissements soient révélées, ça ferait désordre ! Bien occupés par le vol du collier, leurs problèmes de couple qui débordent parfois sur le quotidien, les deux policiers n’ont pas une minute à eux et …. le lecteur non plus !

Zach et Kylie appartiennent à une unité d’élite chargée de protéger les riches, ils évoluent le plus souvent dans des milieux aisés avec des gens chics. C’est le cas des deux frères Bassett, bijoutiers qui ont créé le fameux collier de huit millions de dollars qui a été volé. Pour autant les frangins n’ont pas l’air très nets. Ne cacheraient-ils pas quelque chose ? Dans ce microcosme de personnes friquées, il faut être très malin pour déceler les failles. Le binôme de détectives va mettre toute son énergie à découvrir les tenants et aboutissants des vols. En parallèle, ils iront dans des quartiers bien moins luxueux pour d’autres aspects de leurs investigations. Quel que soit le lieu, il sera nécessaire d’agir avec sagacité et intelligence afin de coincer ceux qui ont volé, triché, tué…..

Des chapitres courts qui nous envoient d’un lieu à l’autre, de l’humour dans les expressions imagées pour les descriptions ou les dialogues, des personnages facilement reconnaissables (certains sont un peu caricaturaux), du mouvement, des surprises, des retournements de situations, ça bouge, ça flingue, ça avance, ça recule et nous on tourne les pages de plus en plus en vite.

On peut reprocher aux auteurs un côté un peu superficiel, les actions sont parfois prévisibles, l’aspect psychologique des protagonistes n’est pas creusé. Je crois que ce n’est pas le but. Pour quelqu’un qui veut découvrir la littérature policière, c’est une lecture très abordable pour une première approche.

Si ce roman n’est pas un des meilleurs du genre, il se lit facilement et permet de se changer les idées. C’est déjà beaucoup !


"Dragon bleu, tigre blanc" de Xiaolong Qiu (Shanghai Redemption)

 

Dragon bleu, tigre blanc (Shanghai Redemption)
Auteur : Xiaolong Qiu
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Adélaïde Pralon
Éditions : Liana Levi (6 mars 2014)
ISBN : 978-2-86746-717-2
304 pages

Quatrième de couverture

Stupeur à la brigade des affaires spéciales de la police de Shanghai. Sous couvert d’une promotion ronflante, l’inspecteur Chen est démis de ses fonctions. Après tant d’enquêtes menées contre les intérêts du pouvoir, pas étonnant qu’on veuille sa peau. Forcé d’agir à distance, inquiet pour sa vie, Chen affronte l’affaire la plus délicate de sa carrière tandis qu’à la tête de la ville, un ambitieux prince rouge et son épouse incarnent le renouveau communiste. Alors que dans les rues résonnent les vieux chants révolutionnaires, ambition et corruption se déclinent plus que jamais au présent. Avec une amère lucidité, Qiu Xiaolong réinterprète à sa manière le scandale Bo Xilai qui secoua la Chine en 2013.

Mon avis

« Le système n’a pas de place pour un flic qui place la justice au-dessus des intérêts du Parti. »

On peut sans doute écrire qu’il en est de même pour les écrivains…

Xiaolong Qiu est installé aux Etats-Unis et cela lui permet probablement une « liberté de parole » dans ses romans, lui dont le père a été victime des gardes rouges.

Son héros récurrent, l’Inspecteur Chen, vient d’être nommé à un poste plus élevé mais en Chine nouvelle nomination ne rime pas forcément avec bonne promotion.

De ses fonctions de vice-secrétaire du Parti et d’inspecteur principal, il n’en est plus question, il vient d’être appelé au poste de directeur de la Commission de réforme juridique de Shanghai. Un titre long et ronflant pour un travail pas clairement défini… Une chose est certaine, il ne pourra plus questionner, « fouiner » en toute discrétion et interroger pour ses enquêtes et ce qu’il vit s’assimile à une « mise au placard » en toute légalité….

« Revenez dans quelques jours récupérer vos affaires, il n’y a pas urgence. » lui dit-on le jour où on lui annonce son nouveau poste. Il aurait dû se méfier…

Il décide de prendre quelques jours pour s’occuper de la sépulture de son père, comme un bon fils qu’il est. Sans doute pour prendre le temps de s’habituer à ce qu’il va devoir faire, prendre du recul et attendre ainsi les instructions. Son court voyage au cimetière va entraîner une rencontre qui va provoquer beaucoup d’événements qu’il ne maitrisera pas….

Chen est un vieux loup solitaire, sérieux, pointilleux, obstiné et qui veut la vérité. Il sait pourtant qu’en Chine, ce n’est pas toujours facile. Sa mise à l’écart n’est pas sans but, il comprend qu’il a creusé trop loin dans les dernières affaires dont il s’est occupé. Il reste tranquille mais se fait « avoir » et échappe de peu à une situation qui aurait pu être dramatique. Fort de ça, il se méfiera mais ce sera très difficile tant le contexte est « tordu » : manœuvres, corruptions, manipulations, disparitions d’indices, transformations de preuves…

Ses supérieurs ne le soutiennent pas et Chen a besoin de tous ses amis, qui doivent eux aussi agir en toute discrétion, obtenant les informations nécessaires pour démêler le nœud gordien dans lequel il est coincé.

En Chine, « ce qui paraît juste un jour se révèle faux le lendemain ». Le cheminement de Chen, dans ce roman, est comme cette phrase, tout en clair obscur, en nuances. On passe des Gros Sous hypocrites avec leurs maîtresses, les « ernais », dont ils usent, abusent avant de les remercier à l’Opéra et à la poésie dans une atmosphère feutrée. L’écriture suit ce rythme particulier : de la nostalgie pour les mets raffinés, les vers poétiques, les traditions à un certain dégoût pour ceux, corrompus, qui ne pensent qu’à l’argent, aux plaisirs et sont « oublieux » et irrespectueux des valeurs de ce pays. J’ai beaucoup aimé les passages ou les événements vécus sont comparés à des scènes d’Opéra et analysés avec un regard « artiste » (la stratégie de Chen est comparée à « La romance des trois royaumes ».)

Omniprésent dans ce livre, «le Parti » qui est un presque un personnage à part entière. On ne peut pas mettre en doute la bonne foi du Parti, on doit tout faire pour le Parti …. il est là, enveloppant tout et chacun dans ses tentacules, essayant de modeler les pensées, imposant les chants « rouges », se glissant partout afin de tenir les rênes ….

J’ai beaucoup apprécié ce roman pour son ambiance, son climat, ses personnages mais également pour la découverte de cette Chine ambivalente, partagée, tiraillée et où il est si difficile d’exprimer ses ressentis, ses émotions tant il faut être dans la norme choisie par le Parti. Chen est un homme attachant, intéressant dans sa façon d’approcher les gens, les faits, mais aussi pour son analyse du vécu chinois. Je crois que Xiaolong Qiu se sert de cet homme pour nous transmettre l’amour de son pays mais également sa peur que celui-ci ne se perde….


"Concerto à la mémoire d'un ange" d'Eric-Emmanuel Schmitt

 

Concerto à la mémoire d'un ange
Auteur: Eric-Emmanuel Schmitt
Éditions: Albin Michel (3 Mars 2010)
ISBN : 978-2226195913
230 pages

Quatrième de couverture:

Quel rapport entre une femme qui empoisonne ses maris successifs et un président de la République amoureux ? Quel lien entre un simple marin honnête et un escroc international vendant des bondieuseries usinées en Chine ? Par quel miracle, une image de sainte Rita, patronne des causes désespérées, devient-elle le guide mystérieux de leurs existences ? Tous ces héros ont eu la possibilité de se racheter, de préférer la lumière à l'ombre. A chacun, un jour, la rédemption a été offerte. Certains l'ont reçue, d'autres l'ont refusée, quelques uns ne se sont aperçus de rien. Quatre histoires liées entre elles. Quatre histoires qui traversent l'ordinaire et l'extraordinaire de toute vie. Quatre histoires qui creusent cette question : sommes-nous libres ou subissons-nous un destin ? Pouvons-nous changer ? Concerto à la mémoire d'un ange est suivi du Journal tenu par Eric-Emmanuel Schmitt durant l'écriture.

Biographie de l'auteur:
Dramaturge, essayiste, romancier, scénariste à succès, Eric-Emmanuel Schmitt est l'un des auteurs les plus célèbres en France et dans le monde (traduit dans 42 pays).

Mon avis:

Eric-Emmanuel a eu l'excellente idée de nous surprendre pour ses premiers livres...
Pour moi, ce n'est plus le cas...

Ce recueil de quatre nouvelles m'a malheureusement paru terriblement fade.
Quatre histoires aux ficelles un peu grosses, reliées par un projet commun (comme il l'explique lui-même dans son "journal d'écriture"). Le thème de la rédemption, de la liberté de chacun, de l'influence que nos actes peuvent avoir sur notre vie...
L'idée est séduisante, l'écriture l'est moins.

De la première nouvelle, je ne retiendrai que ces mots: "le sacrifice est la mesure de tout amour"...
La deuxième, et la meilleure à mon sens, part d'une situation ordinaire pour nous entraîner dans une réflexion assez profonde sur les liens familiaux, notre façon de montrer l'amour qu'on ressent pour les siens et comment, parfois, bousculés par un événement, les valeurs essentielles nous sautent aux yeux alors qu'on les avait oubliées...Une phrase à retenir? "Ouvrir la Bible, ce n'est pas lire, c'est réfléchir".
Pour la troisième, rien ne m'a semblé exceptionnel, ça "coule" de clichés et de bons sentiments...
Pour la quatrième nouvelle, j'ai recopié deux phrases: "Il en est des destins comme des livres sacrés: c'est la lecture qui leur donne un sens"; "Le livre clos reste muet; il ne parlera que lorsqu'il sera ouvert; et la langue qu'il emploiera sera celle de celui qui s'y penche, teintée par ses attentes, ses désirs, ses aspirations, ses obsessions, ses violences, ses troubles."

Ces quatre nouvelles sont suivies du "Journal d'écriture" écrit par l'auteur et accompagnant la naissance et la création de ce roman.
Oserai-je écrire que j'ai préféré ce journal aux quatre nouvelles?
J'ai apprécié de voir le cheminement et les réflexions de l'écrivain. Comment les personnages s'imposent à lui. De quelle façon l'écriture peut l'isoler, comment les événements peuvent influencer ses choix d'écriture etc...

Globalement, ce livre m'a déçue ... lu très vite, pas très "consistant" et rien qui tient en haleine.
Heureusement le "Journal d'écriture" était là....


"Montagne de sang" de Christophe Piteux

 

Montagne de sang
Auteur : Christophe Piteux
Éditions : Fleur Sauvage (22 Avril 2016)
ISBN : 979-1094428207
354 pages

Quatrième de couverture

Des corps abandonnés, vidés de leur sang. Une enquête où la science se confronte aux légendes. Jusqu'aux révélations… Jusqu'à de nouveaux meurtres…

Mon avis

Une campagne pas si tranquille….

Avant de partir à Gérardmer, dans les Vosges, j’y réfléchirai à deux fois…. D’abord, parce qu’il s’y passe de drôles de choses et puis parce que les noms ne me font pas vraiment rêver : La Roche du Diable en est un exemple, en plus il semble y avoir de nombreux rochers et des forêts sombres et profondes…. Non décidément, je préfère l’Océan….

Le décor est planté, ce ne sont pas des plages ou des vertes vallées mais plutôt des terrains escarpés où vont se mouvoir nos personnages. Victor, trente cinq ans, jeune veuf, vient d’être promu capitaine et le ministre de l’Intérieur (alerté par le fils d’un ami) l’envoie enquêter du côté de Tholy. En effet, près de ce petit village, le corps exsangue, d’une jeune femme a été retrouvé. Les suppositions vont bon train et l’idée d’un vampire s’impose à quelques uns…. Parallèlement, une femme médecin se pose des questions sur les décès de certaines patientes…. Un lien ou deux affaires séparées ?

Positionnant habilement les faits, l’auteur nous entraîne dans une enquête au rythme effréné. Victor sera très vite rejoint par deux collègues : Lucien et Elise avec qui il forme un trio de choc. Il sent qu’il dérange les policiers et les bien nantis de ce petit village mais il ne cerne pas tout de suite pourquoi.

Les chapitres de quelques pages installent rapidement les différents individus, lieux et échanges entre les uns et les autres. L’histoire est assez linéaire, même si quelques retours en arrière sont nécessaires pour les investigations. On suit parfaitement ce qui se passe, on sent l’angoisse monter et si des soupçons nous effleurent, on n’a pas le temps de les finaliser tant les événements s’enchaînent sans temps mort.

L’écriture est fluide, de qualité et les nombreux dialogues sont intéressants. On découvre un peu le passé des protagonistes et on cherche à comprendre ce qui se déroule réellement parce que, c’est bien connu, les vampires, ça n’existe pas…. Et pourtant, certains détails troublants nous interrogent comme les enquêteurs…. Que se passe-t-il réellement, qui manipule qui ? Victor et ses acolytes n’ont pas toujours la tâche facilitée par les gens du crû. Certains « jouent le jeu » mais d’autres leur mettent des bâtons dans les roues….sans doute parce qu’ils fouillent trop et qu’il n’est jamais bon de trop remuer la boue…. Mais il en faut plus pour déstabiliser le trio et ils font front, chacun à sa manière….

C’est un livre épais qui se lit d’une traite, on est sans arrêt sur la brèche avec le souhait de connaître la suite, d’aller plus loin, de savoir et de sauver, peut-être, ce qui peut l’être encore. Les hommes et les femmes de cet opus ne sont pas des caricatures. Ils ont une part d’ombre, des blessures et chacun les gère comme il le peut. Réfléchit-on, toujours, aux conséquences de nos actes, des mots prononcés, des choses inculquées depuis l’enfance à des êtres fragiles ? Réalise-t-on ce qu’on fait et les risques que l’on prend ? L’avidité et la cupidité des hommes les embarquent quelquefois sur des chemins détournés, loin de la normalité, du respect et des lois…. A quel prix et pourquoi ?

Une fois plongée dans ce bouquin, je n’ai plus levé les yeux. Je n’avais qu’un souhait : finir au plus vite sans être dérangée. J’ai lu en quatrième de couverture que Franck Thilliez soutenait l’auteur. Il n’a pas peur qu’un jour ce dernier lui fasse de l’ombre ? ;-) Voilà un nouvel écrivain de thrillers à noter sur les tablettes et à suivre pour une prochaine parution….

NB : Quelle belle couverture !


"Le jeu de l'ange" de Carlos Ruiz Zafón (El juego del ángel)

 

Le jeu de l'ange (El juego del ángel)
Auteur: Carlos Ruiz Zafón
Traduit de l’espagnol par François Maspero
Éditions: Robert Laffont (20 Août 2009)
ISBN : 978-2221111697
540 pages

Quatrième de couverture

"Je t'emmènerai dans un endroit où les livres ne meurent jamais et où personne ne peut les détruire..."
Dans la turbulente Barcelone des années 1920, David, un jeune écrivain hanté par un amour impossible, reçoit l'offre inespérée d'un mystérieux éditeur: écrire un livre comme il n'en a jamais existé, "une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et de mourir, de tuer et d'être tués", en échange d'une fortune et, peut être de beaucoup plus.
Mais du jour où il accepte ce contrat, une étrange mécanique de destruction se met en place autour de lui, menaçant les êtres qu'il aime le plus au monde. En monnayant son talent d'écrivain, David aurait-il vendu son âme au diable?

 Mon avis

Pourquoi bouder son plaisir? Une fois de plus et malgré quelques longueurs en début de livre, Carlos Ruiz Zafon réussit à nous entraîner et nous envouter. Tous les ingrédients sont réunis pour un bon livre, mais tous sont savamment dosés: un peu de surnaturel, un peu d'amour, un peu de mystère, un peu d'histoire (la révolution industrielle et l'univers gothique de Barcelone dans les années 1920), un peu de crimes, un peu d'ésotérisme, des descriptions précises ...

On se laisse emporter par la vie de ce jeune écrivain, David, payé pour faire ce qu'il aime le plus au monde, écrire....mais qui est réellement ce mystérieux éditeur qui lui demande l'exclusivité?

Carlos Ruiz Zafon nous emmène dans un dédale, où tour à tour, nous rencontrons des personnages uniques, attachants ou torturés...

Pour conclure, une phrase de l'auteur:

"Nous vivons dans un monde miroir, où personne ne peut réellement délimiter la frontière entre le réel et le surnaturel. Le lecteur doit apprendre à se perdre dans le Cimetière des livres oubliés. Il s'agit d'un labyrinthe aux différents niveaux de lecture et d'implication."

 


"La palette de l'ange" de Catherine Bessonart

 

La palette de l'ange
Auteur : Catherine Bessonart
Éditions : de l’Aube (6 Mars 2014)
ISBN : 978-2-8159-0924-2
256 pages

Quatrième de couverture

« Il avait besoin de lire l’effroi dans ses yeux pour oublier le sien. Quand son souffle se faisait court, il respirait mieux. Il sut tout de suite qu’il ne lui survivrait pas. »
Le commissaire Chrétien Bompard est chargé d’une affaire épineuse : plusieurs meurtres extrêmement ritualisés sont perpétrés dans la capitale. Les victimes ne semblent pas avoir été choisies au hasard et pourtant, elles n’ont à première vue rien en commun… Et pour ajouter encore au trouble, Bompard s’émeut de la découverte d’un adolescent pendu dans la forêt d’Orléans et de la disparition d’une jeune femme. Leur sort est-il lié aux meurtres ? Quel sera le dénouement de cet imbroglio ?

Mon avis

Chrétien Bompard est un nouveau venu parmi les commissaires dans le paysage français.

Sa créatrice aussi d’ailleurs …

Face à plusieurs événements, pour le moins déroutants, ce brave homme va se retrouver à mener l’enquête ou plutôt les enquêtes car s’il y a de temps à autre des points communs, les certitudes ne s’installent pas dès les premières recherches. Accompagnés de ses fidèles adjoints : Grenelle et Machnel, il va arpenter le terrain, décortiquer les faits, noter, croiser les indices, émettre des hypothèses, disséquer tout ce qu’il observe. L’esprit toujours en mouvement, il réfléchit mais se laisse parfois aller à quelques digressions silencieuses qui laissent pantois son entourage (du style : long silence, regardant par la fenêtre, le dos tourné…..les collègues ne voient que le dos, faut-il rester, sortir, se taire, parler ???) et celles-ci sont très souvent un vrai régal permettant de glisser une référence poétique, un titre de chanson, une remarque, un souvenir…. Ce fonctionnement m’a beaucoup plu car ainsi, Chrétien Bompard reste un homme simple, avec ses failles, ses hésitations, son humanité….

J’ai beaucoup apprécié la façon dont il met son raisonnement en place, il ne se précipite pas, il essaie de mettre des « signes » pour à bout pour comprendre, l’intrigue occupe son quotidien mais ses pensées sont également bien prises par Mathilde son ex-femme…. C’est un personnage attachant, solide, opiniâtre, dont on sent qu’il pourra s’étoffer au fil du temps….

L’écriture est fluide, et l’auteur sait faire preuve d’humour de temps à autre :

« L’adolescent avait viré au rouge et semblait hésiter  entre l’huître autiste et la tomate en fin de parcours. »

Les dialogues sont intéressants car ils peuvent apporter un éclairage différent sur ce qu’il se passe mais aussi sur les particularités de certains protagonistes qui se « dévoilent » ainsi un peu plus. D’autre part, les trois policiers ayant des caractères bien différents leurs conversations sont quelques fois très amusantes. Les chapitres sont assez courts et donnent un bon rythme à l’ensemble. Quelques uns, très courts, nous montrent l’envers de la médaille, le côté du tueur et cela fait froid dans le dos….. A côté de ça, Catherine Bessonnart n’oublie pas de « creuser » la personnalité des individus qui peuplent ce roman, les cernant petit à petit et au fur et à mesure que le cercle se rétrécit autour de chacun, notre connaissance s’affine, jusqu’au dénouement final. C’est un procédé qui évite toute lassitude au lecteur et qui permet d’esquiver une lecture trop « linéaire ». On passe de l’un à l’autre et de pages en pages, les fils reliant les événements se comprennent et se dénouent malgré l’enchevêtrement (parce qu’on suit les raisonnements du trio et ce n’est pas une mince affaire, ils s’égarent et nous embrouillent parfois…)

Pour employer une expression quelque peu galvaudée, on sent que Catherine Bessonart en a encore sous le pied et que ses futurs livres gagneront encore en consistance et en profondeur et j'aurai plaisir à retrouver "son" commissaire.

Une fois n’est pas coutume ; j’ai beaucoup apprécié la couverture, sobre mais bien pensé à mon sens. Le papier, légèrement jauni et un peu rêche m’a enchantée peut-être parce qu’il avait un petit air de recyclé qui a séduit l’écologiste que je suis ?