"Refuge" de Terry Tempest Williams (Refuge)


Refuge
Auteur : Terry Tempest Williams
Traduit de l’américain par François Happe
Éditions: Gallmeister (5/04/2012, première parution en 1991)
Collection: Nature Writing
Nombre de pages: 352

Quatrième de couverture

Utah, printemps 1983. La montée des eaux du Grand Lac Salé atteint des niveaux records et les inondations menacent le Refuge des oiseaux migrateurs. Hérons, chouettes et aigrettes neigeuses, dont l’étude rythme l’existence de Terry Tempest Williams, en sont les premières victimes. Alors qu’elle est confrontée au déclin de ces espèces, Terry apprend que sa mère est atteinte d’un cancer, comme huit membres de sa famille avant elle – conséquence probable des essais nucléaires menés dans le Nevada au cours des années 1950. Bouleversée par la douleur de celle qu’elle accompagne dans la maladie, Terry se plonge dans une enquête sur les effets dévastateurs des retombées radioactives.
Remarquable étude naturaliste et chronique familiale saisissante, Refuge entrelace le destin des oiseaux du Grand Lac Salé et celui des hommes frappés comme eux par les drames écologiques. Dans une langue tout à la fois sobre et poétique, Terry Tempest Williams refuse la tragédie et lance un formidable appel au renouveau.

Quelques mots sur l’auteur

Terry Tempest Williams est née en 1955 dans le Nevada et a grandi dans l’Utah. Naturaliste et activiste engagée dans la défense des droits des femmes, son combat pour la préservation de l’environnement l’amène à témoigner devant le Congrès à plusieurs reprises. Elle y dénonce les effets des essais nucléaires réalisés dans le désert du Nevada et qui sont alors minorés par le gouvernement. Auteur de nombreux récits, essais et poèmes, elle est aujourd’hui une voix incontournable de l’Ouest américain.

Mon avis

« L’espoir est cette chose avec des ailes qui se perche dans l’âme. » Emily Dickinson

Chut ! Lisez ….

Chut ! Écoutez ….
Écoutez la voix de cette femme qui vous berce par son écriture, par ses phrases précises, par son amour de la vie, de sa mère, de sa famille, des oiseaux.
Écoutez votre cœur, qui bat à l’unisson avec elle, accompagnant sa mère malade, pour la fin de la route. («J’ai besoin de toi pour m’accompagner dans la mort. »)

Chut ! Regardez….
Regardez la couverture, sobre, élégante, comme très souvent aux éditions Gallmeister.
Regardez une carte des Etats-Unis pour savoir où se trouve le refuge de Bear River et cerner ainsi les enjeux dont nous parle l’auteur.

Chut ! Observez…
Observez à ses côtés, installez-vous silencieusement jumelles à la main. Regardez les avocettes, les pluviers. Ne faites pas de bruit, asseyez-vous près de Terry, de sa mère, de sa grand-mère, apprivoisez avec elles les nidicoles, les nidifuges mais aussi cette maladie insidieuse qui va changer le cours des choses.
« C’est peut-être l’étendue de ciel en haut et l’étendue d’eau en bas qui apaisent mon âme »
Chaque chapitre porte le nom d’un oiseau qui sera rappelé dans les pages qui suivent avec des connaissances précises.

Chut ! Sentez ….
Sentez sur vos mains, votre peau, cette eau collante, très chargée en sel du Grand Lac Salé.
Sentez le vent, le souffle des ailes des oiseaux qui vous frôlent, sentez la nature, près si près que vous « communiquez » avec elle.

Chut ! Prenez le temps …
Prenez le temps de lire cet ouvrage calmement, au rythme serein malgré la mort qui rode, malgré la maladie et les problèmes.
Tout est évoqué avec une grande pudeur et une douceur qui apportent la paix à l’âme.

Chut ! Comprenez…
Comprenez combien la vie est belle.
« Je crois que lorsque nous sommes totalement présents, nous ne vivons pas seulement mieux nous-mêmes, nous vivons mieux pour les autres. »
L’auteur avec délicatesse évoque ses sentiments, parfois en s’appuyant sur ses observations des oiseaux.
« Les oiseaux sont simplement allés plus loin. Ils me donnent le courage de faire la même chose. »

Chut ! Goûtez ….
Goûtez chaque mot, chaque ligne, chaque paragraphe, chaque page, chaque chapitre. Arrêtez-vous de temps à autre pour profiter pleinement de ce magnifique ouvrage.

Chut ! Savourez ….
Savourez cette pépite littéraire, ce bijou de finesse ….

Chut ! Choisissez ….
Choisissez avec soin les personnes à qui vous offrirez cette rencontre, ce trésor, afin qu’il ne perde pas de son éclat et reste unique.

NB : La « note au lecteur » en fin de livre complète magistralement la lecture.

"On n'enterre jamais nos morts" de Christophe Coquin


On n’enterre jamais nos morts
Une enquête de Viktor Kurt
Auteur : Christophe Coquin
Éditions : Lulu.com (2 décembre 2019)
ISBN : 978-0244538538
330 pages

Quatrième de couverture

Bruxelles. Janvier. Depuis plus d'un an et sa dernière enquête qui lui a couté sa place de consultant prive pour la police, Viktor Kurt végète. Mais un événement va tout remettre en question. Une nuit, Angèle Barney, richissime et extravagante vieille dame, lui demande de reprendre l'enquête qui a envoyé son fils en prison pendant vingt-cinq ans. Avant de mourir, elle veut savoir s'il a été le coupable idéal ou s'il est vraiment un assassin sans scrupule.

Mon avis

Il s’appelle Viktor, avec un K. Non pas que ce K soit important mais on peut imaginer qu’il lui a donné cet aspect sec, intransigeant, sans douceur alors que le C aurait laissé couler le prénom sous la langue. Avec un K, il est comme son héros, rugueux, pointu, d’autant plus suivi d’un nom de famille commençant par la même lettre…
En effet, c’est un homme qui contrôle ses émotions, son physique, qui ne ressent pas d’empathie et qui ne s’encombre pas de palabre lorsqu’il a quelque chose à dire ou à demander. Cette façon d’être lui permet d’avoir beaucoup de recul sur les événements, et dans les enquêtes, c’est un atout. Un cadavre très amoché ne le trouble pas, les sanglots d’une femme non plus et il « sent » lorsque quelqu’un n’est pas net, ment ou « transforme » la vérité…. C’est un personnage « particulier » mais qui a quelque chose, non pas d’attachant tant il est froid et détaché, mais de « magnétisant ». Son côté sulfureux, hors normes, presque en marge de la société fascine et on se demande ce qu’il est réellement au fond de lui…

Il a perdu sa place de consultant pour la police et il tourne en rond, quand soudain il reçoit une invitation bizarre. Il doit se rendre, une nuit, dans un musée. Là il rencontre, Angèle Barney, propriétaire de laboratoires pharmaceutiques. C’est une vieille femme extravagante, riche, qui lui demande de mener une enquête pour elle. Elle veut savoir si son fils, récemment sorti de prison où il a été enfermé vingt-cinq ans, est vraiment l’assassin qu’on a dit ou s’il est innocent. Au cours de ce rendez-vous, Viktor retrouve son amie Abigaël, commissaire divisionnaire à Bruxelles, avec qui il a déjà travaillé.

Les deux amis sont à l’opposé l’un de l’autre et pourtant, ils se respectent et sont bien ensemble. Elle est sensible bien qu’elle essaie de le cacher, elle a de l’humour et le sens de la répartie. Et surtout, elle accepte et apprécie Viktor tel qu’il est : ténébreux, secret, pas toujours clean que ce soit avec les obligations professionnelles ou dans sa vie personnelle mais efficace, terriblement efficace dans ses investigations.

Voilà donc Viktor, Abigaël, Tom (un collègue d’Abigaël) partis pour démêler le vrai du faux dans ce qu’on veut bien leur dévoiler. Viktor décide d’avoir une petite discussion avec Heliot Moss, un journaliste judiciaire qui a suivi l’enquête, il y a vingt-cinq ans, avec beaucoup de professionnalisme. Mais lorsqu’il arrive au domicile de ce dernier, il découvre qu’il a été torturé et tué. Par qui ? Pour quelles raisons ? En savait-il plus que ce qu’il disait dans les journaux où il écrivait ? A-t-il caché certaines informations ? A-t-il été manipulé ?
Le consultant, embauché par Angèle, se met en mode « fouineur » et n’hésite pas à utiliser différents stratagèmes pour arriver à ses fins. Ses troubles, au lieu de le déstabiliser, l’aident à « voir plus clair », comme si souffrir lui permettait d’être plus clairvoyant….

Ce roman se lit d’une traite, l’écriture fluide et accrocheuse de l’auteur y est pour beaucoup mais les rouages de l’intrigue sont un deuxième point fort ainsi que le caractère atypique de Viktor. Christophe Coquin maîtrise à la perfection l’aspect « caméléon » de son principal protagoniste. Il en joue habilement, entraînant le lecteur à sa suite. J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture, attendant avec impatience les dernières révélations pour cerner et comprendre toute l’affaire….







"Am stram gram" de M.J. Arlidge (Eeny Meeny)

Am stram gram (Eeny Meeny)
Auteur: Arlidge  M. J
Traduit de l'anglais par Elodie Leplat
Éditions : par les Escales (19 mars 2015)
ISBN : 978-2-36569-081-2
408 pages

Quatrième de couverture

Deux jeunes gens sont enlevés et séquestrés au fond d'une piscine vide dont il est impossible de s'échapper. À côté d'eux, un pistolet chargé d'une unique balle et un téléphone portable avec suffisamment de batterie pour délivrer un terrible message : " Vous devez tuer pour vivre. " Les jours passent, la faim et la soif s'intensifient, l'angoisse monte. Jusqu'à l'issue fatale. Les enlèvements se répètent. 

Mon avis

Helen est flic, devant ses collègues, elle ne se lâche pas, ne s'accordant aucune familiarité. C'est une femme dure à la limite de l'intransigeance .... efficace au travail mais secrète, hantée par des démons anciens qui la font souffrir et dont elle essaie de s'accommoder ..... La voilà confrontée, avec son équipe, à des situations particulièrement  atroces et incompréhensibles. Elle est désarçonnée, n'arrivant pas immédiatement à établir des liens, sentant qu'une corrélation existe et que quelque chose lui échappe .....

Elle va plonger au plus profond de l'horreur, rien ne lui sera épargné. Qu'a-t-elle donc à expier pour souffrir autant?

La personne qui orchestre les événements est quelqu'un de diabolique, qui manipule tout le monde, que ce soit les personnes séquestrées ou celles qui enquêtent. C'est elle qui définit les règles du jeu (même si ce n'en est pas un): " un, deux, trois, ce sera toi..."

On pourrait imaginer une certaine redondance dans le contenu puisque le mode opératoire du kidnappeur est toujours le même. Mais il n'en est rien. En effet, l'auteur réussit à nous surprendre, nous captiver, à nous scotcher aux pages. Le style est très addictif, l'écriture fluide( bravo au traducteur) sans temps mort et finalement les rebondissements sont nombreux.

Le seul petit reproche qui m'est venu à l'esprit est le fait que certains protagonistes soient un peu caricaturaux ( je pense à Mark en compagnie de la divine bouteille...) mais cela reste minime face à un ensemble plutôt bien équilibré.

Une lecture agréable qui m'a permis de faire connaissance avec un nouvel auteur.

"Les petites victoires" de Yvon Roy


Les petites victoires
Auteur / Dessinateur : Yvon Roy
Éditions : Rue de Sèvres (6 Mai 2017)
ISBN : 978-2369814696
160 pages


Quatrième de couverture
Comment dire à son fils tant désiré qu'il est le plus formidable des petits garçons malgré le terrible diagnostic qui tombe comme un couperet : autisme, troubles psychomoteurs, inadaptation sociale... C'est le combat que va mener ce père, resté uni à sa femme malgré leur séparation, pour transformer ensemble une défaite annoncée en formidables petites victoires.

Mon avis

Cette bande dessinée a ses admirateurs et ses détracteurs. Ces derniers parlent même de maltraitance lorsque le père de famille évoque certaines situations qu’il a « travaillées » pour aider son fils à vivre avec son handicap. La seule chose qui peut mettre tout le monde d’accord, c’est qu’en matière d’autisme, il n’y a aucune certitude.  Ce qui fonctionne avec l’un, ne fonctionne pas forcément avec d’autres. A chacun son développement, ses difficultés, ses progrès, ses rechutes, Ses espoirs, ses peurs, ses échecs…..

Dans cette BD, on suit « une » histoire et comme chaque personne, elle est unique. Ce Papa a mis sa vie entre parenthèses pour tenter au fil du temps, au fils des jours, d’aider son fils en se fixant des challenges, inspirés de ce qu’il observe. Il n’a rien choisi au hasard, il a essayé de prendre ce qui était le plus problématique et de résoudre pas à pas, un par un, les problèmes rencontrés. Au-delà de toutes ces tentatives, il se met à nu pour le lecteur. Il explique qu’il a dû renoncer à ce qu’il aurait aimé pour son enfant. « Moi, je souffre parce que je me projette en lui. » Il lui a fallu faire le deuil de ce qui ne sera jamais, accepter le diagnostic, vivre avec cette « différence invisible »  qui transforme le quotidien, qui empoisonne la vie si on la laisse prendre trop de place. Gérer est sans doute le plus difficile, trouver l’équilibre sans trop en faire ou ne pas en faire assez… Supporter le regard des autres, vivre avec des renoncements…

Ce recueil, sans pathos, a un ton très juste, des dessins parlants. Partager cette tranche de vie permet une approche de l’autisme et de ce qui peut être fait. Chaque petite victoire apporte une lueur d’espoir et permet d’avancer.

J’ai aimé le temps passé en compagnie de ceux qui sont évoqués, avec doigté dans cette BD (car même les soignants sont présentés) et je sais déjà que je la relirai….

"Vengeances" de Bernhard Aichner (Totenfrau)


Vengeances (Totenfrau)
Auteur : Bernhard Aichner
Traduit de l’allemand par Céline Maurice
Éditions : L’Archipel (3 Février 2016)
ISBN : 978-2809818086
350 pages

Quatrième de couverture

Brünhilde Blum déteste son prénom. Elle déteste encore plus ses parents adoptifs, qui dirigent une entreprise de pompes funèbres. Lors d’une croisière en Croatie, Blum – comme elle se fait appeler – décide qu’il est temps pour eux de mourir… Elle a 24 ans. Huit ans plus tard, elle vit avec l’homme qui le premier a répondu à l’appel de détresse lancé depuis le voilier. Mark est policier. Elle a repris et modernisé l’entreprise familiale. Ils sont les parents de deux fillettes de 3 et 5 ans. Ils sont heureux.

Mon avis

Œil pour œil…..

Comment rendre attachante une femme dure, froide, prête à tuer violemment sans remords ? Il lui faut un bon supplément d’âme pour qu’elle nous intéresse, Brünhilde, pour qu’on ait envie de l’écouter, de la comprendre, de se pencher sur elle… Eventuellement, la prendre par la main et l’accompagner dans sa quête de justice ? Peut-être pas…. Quoique….

Dès les premières pages, on fait sa connaissance, détachée, révoltée, elle a choisi son camp. Ce sera celui des vainqueurs, des résistants, des gens qui ne s’en laissent pas compter. Elle s’offre le droit au bonheur après avoir souffert de l’attitude de ses parents adoptifs. Eux, ils avaient « acheté » une héritière et avaient décidé de forger son caractère en fonction de leurs besoins. Mal leur en a pris, c’est sur eux que c’est refermé le piège…. Devenue propriétaire de leur entreprise de pompes funèbres, Brünhilde, appelez la Blum, elle préfère, a maintenant tout pour être heureuse. Un mari, des enfants, un passé à distance, qui ne se rappelle plus à elle… Tout va bien dans le meilleur des mondes et on referme le livre ? Et non, bien sûr, un grain de sable, un homme qui veut faire le bien et d’autres qui ne vivent qu’en donnant le mal et nous voilà entraînés dans une spirale infernale à la suite de Blum….

Avec des phrases courtes, incisives et une précision clinique, Bernhard Aichner décrit le cheminement de la jeune femme. Il nous présente sa détermination sans faille, sa volonté de venger ceux qui ont détruit sa vie. Est-ce que tout son quotidien n’est fait que de ça ? Est-ce qu’elle se « nourrit » de l’idée de châtier tous ceux qui directement ou indirectement ont agi contre elle ? Je pense que oui, Blum trouve la force de combattre dans la haine qu’elle éprouve pour les gens qu’elle estime être responsables de son malheur. On peut toujours, et c’est légitime, se poser la question de la légitimité face à la loi du talion. Qui est-on pour juger ? Savez-vous, vous, comment vous réagiriez si quelqu’un touchait à ceux que vous aimez et si la police était lente, trop lente, calmant le jeu face à vos interrogations ?

C’est toute cette ambivalence qui est présente dans ce roman. Blum, tout en étant résolue, n’en est pas moins un être humain, et elle se pose des questions. Doit-elle continuer, abandonner, modifier sa décision ? Le lecteur va la suivre d’étape et étape jusqu’à la fin. Les dernières pages sont un peu trop prévisibles, la révélation finale n’apporte pas un plus au reste du livre mais globalement c’est une lecture qui se laisse découvrir et qui tient le lecteur en haleine plus d’une fois. Peut-être que la violence gênera certains mais sans elle, Blum n’existerait pas car elles sont liées l’une à l’autre depuis toujours. Soit parce que la jeune femme en est victime, soit parce qu’elle rode pas loin, soit parce que c’est elle qui s’en sert pour arriver à ses fins…..

"Autobiographie d'une courgette" de Gilles Paris


Autobiographie d’une courgette
Auteur : Gilles Paris
Éditions : Flammarion (6 Octobre 2016)
ISBN : 9782290324349
290 pages

Quatrième de couverture

Un nom de cucurbitacée en guise de sobriquet, ça n'est pas banal ! La vie même d'Icare - alias Courgette -, neuf ans, n'a rien d'ordinaire : son père est parti faire le tour du monde "avec une poule"; sa mère n'a d'yeux que pour la télévision, d'intérêt que pour les canettes de bière et d'énergie que pour les raclées qu'elle inflige à son fils. Mais Courgette surmonte ces malheurs sans se plaindre... Jusqu'au jour où, découvrant un revolver, il tue accidentellement sa mère. Le voici placé en foyer. Une tragédie ? Et si ce drame devenait l'occasion de rencontres et d'initiations - à l'amitié, à l'amour et au bonheur, tout simplement ?

Mon avis

A lire et à voir
 Ne connaissant ni le livre, ni le film d’animation, il était grand temps que je rattrape mon retard. J’ai donc commencé par le roman.

Il s’appelle Icare, mais sa mère l’appelle Courgette. C’est un jeune garçon de presque dix ans qui s’exprime et nous raconte sa vie d’enfant mal aimé puis placé en foyer. Avec son vocabulaire enfantin, il nous fait pénétrer au cœur de son monde, interpelant les « zéducs » avec ses questions, ne comprenant pas tout des termes employés par les adultes, nous faisant rire, mais aussi pleurer, et surtout nous bouleversant d’émotions diverses et variées.

Avec ce récit, Gilles Paris a évoqué, avec délicatesse et intelligence, les difficultés pour ces enfants placés, de se construire une personnalité équilibrée. Ils traînent tous des « casseroles », des moments douloureux, voire parfois violents et tout cela prend beaucoup de place dans leur tête.

J’ai trouvé cette lecture très belle, à la fois légère (par le ton employé) et profonde (par les sujets traités).  L’auteur a merveilleusement réussi à nous mettre en symbiose avec ses personnages et c’est une réussite !

Dans l’édition que j’ai lue, les pages centrales sont consacrées au film d’animation sorti en 2016. Il y a des photos et des explications très intéressantes. Chaque protagoniste a été créé en plusieurs exemplaires afin de tourner des scènes sur un des quinze plateaux en simultané. Les marionnettes sont sculptées à la main puis modélisées en trois D et habillées avec des vêtements cousus main. Pour les images, la Stop-motion a été utilisée (c’est une ancienne technique (1899) où l’on « colle » les images à la suite les unes des autres pour faire le mouvement, en déplaçant les personnages, les objets de quelques millimètres entre chaque prise) Il faut douze images pour une seconde de film…. Quatre années de travail avant de le voir au cinéma….

"L’œil était dans l'arbre" de Michel Picard


L’œil était dans l’arbre
et regardait de drôles d’oiseaux
Auteur : Michel Picard
Éditions : L'Harmattan  (4 Juillet 2019)
ISBN : 978-2-343-17894-3
460 pages

Quatrième de couverture

Alors qu'il ensevelit un cadavre dans une caverne forestière de l'Ouest parisien, Adrien, presque dix-huit ans, a bien du mal à se remettre du cataclysmique règlement de comptes familial auquel il vient de survivre, notamment grâce à l'intervention déterminante d'animaux, face aux personnes qui les exploitaient. La veille, sa mère, productrice d'une émission télévisée, et son père, chirurgien esthétique, avaient dû répondre de leurs perversités commises depuis leur rencontre quasi-initiatique devant Le Cavalier de l'Apocalypse, un des Écorchés de Fragonard. Une autopsie à vif de la vie éminemment déviante de ses parents, menée par des inquisiteurs particulièrement vindicatifs...

Mon avis

Michel Picard est scénariste, il écrit pour des téléfilms, des séries, des dessins animés. Il réalise également des documentaires animaliers et des fictions.  Dans son roman, qui est qualifié de thriller « familial et bestial », il mêle tout cela, il se « lâche » et dévoile sa « part d’ombre ».

Au départ, on se retrouve avec un jeune homme qui enterre un cadavre, on ne sait rien ni de l’un ni de l’autre, ni des circonstances qui les ont amenés là tous les deux. Au fil des pages, on va cerner leur histoire, oscillant de chapitre en chapitre entre « le jour d’avant… et « le jour d’après… » qui représente le présent. Les découvertes vont être nombreuses et denses en informations. L’auteur intègre dans son récit beaucoup de dialogues très fournis et de scènes désopilantes. Quant aux personnages, ils sont souvent fourbes et pas du tout aussi lisses qu’ils voudraient nous le faire croire. Pratiquement tous ont une « déviance » … et c’est assez jouissif dans les premiers chapitres d’essayer de deviner le côté malhonnête de chacun. Comme ils mentent, trichent, il est délicat de savoir ce qui est vrai ou faux dans les discussions. Le lecteur se trouve entraînée dans un contexte rempli d’animaux vivants ou empaillés qui ont joué ou vont jouer un rôle dans l’intrigue. C’est complètement loufoque, de temps à autre un tantinet délirant. Les scènes sont décrites de façon très visuelle et on sent que Michel Picard est un habitué du monde du cinéma. On a presque l’impression d’avoir l’œil collé à la caméra et de suivre un travelling. C’est un procédé d’écriture original avec des phrases courtes, percutantes, qui peuvent paraître même déroutantes de temps à autre.

L’ensemble du récit est assez complexe, pas forcément compliqué mais il est nécessaire de ne pas perdre le fil. Non pas qu’il y ait pléthore de protagonistes mais les allers retours présent passé sont nombreux, apportant chaque fois un éclairage supplémentaire soit sur les individus soit sur les faits eux-mêmes. Il faut donc être hyper attentifs pour ne pas perdre un indice ou une information importante.

C’est sans doute pour toutes ces raisons que j’ai eu quelques difficultés à entrer dans cette histoire. Au départ, je trouvais que ce n’était pas assez cartésien. Puis je me suis intéressée petit à petit à cet univers en marge, à ces personnes totalement imprévisibles, à ce style pas si décousu qu’on le pense au premier abord. J’ai pu alors prendre du plaisir à cette lecture. Le recueil est foisonnant et Michel Picard, sous des aspects loufoques, dénonce pas mal de dérives notamment par rapport au monde animal mais pas seulement… Les lobbies influenceurs sont eux aussi écorchés … Les expériences médicales sont évoquées ….

Au final, c’est un livre surprenant, de temps en temps dérangeant, qui risque de peiner à trouver son public. Mais lorsque ce sera fait, nul doute que celui-ci, intrigué en premier lieu, ne tardera pas à être conquis, puis un tantinet effrayé par les perspectives présentées… avant de se souvenir que tout ceci n’est que de la fiction et que toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé n'est que pure coïncidence ….. Enfin, ça c’est ce qu’on dit ….



"La foire aux organes" de Matthieu Picard


La foire aux organes
Auteur : Matthieu Picard
Éditions : Coups de Tête (6 juin 2013)
ISBN: 978-2896710997
276 pages

Quatrième de couverture

Simon Beecher Jr n’a vraiment pas de chance : son père devenu riche grâce à de multiples magouilles dans l’industrie pharmaceutique, n’est pas du genre à être étouffé par la morale.
Une nuit Simon Jr se crashe en voiture dans le bois de Boulogne à Paris. A ses côtés, une amie qui reste sur le carreau. Jr, lui, n’est plus qu’un tas de chair, mais son cœur bat. Papa organise alors un juteux trafic d’organes dont son fils sera le cobaye idéal.

Mon avis

Tu donnes… Je prends ?

Ce livre aborde des sujets actuels : les nouveaux médicaments et ceux qui doivent servir de cobayes pour les tester ainsi que ceux qui les fabriquent, les vendent), les greffes d’organes (ceux qui reçoivent mais aussi ceux qui donnent ainsi que leurs familles), l’acharnement thérapeutique, le choix des familles (on débranche ou pas ? Et si ?....), les commerces d’influences avec les personnes qui se sentant plus fortes, au-dessus des lois, vont imposer la leur….

Jusque-là, rien de bien nouveau, d’autres opus se sont consacrés à évoquer de façon romanesque ou pas les mêmes choses.

L’originalité ici, va venir de la construction du roman, un agencement totalement déstructuré et surprenant. On va suivre sur des routes parallèles :
Le destin de Simon Jr entre les mains du personnel médical (et par la même occasion les soucis des uns des autres, derrière l’infirmière se cache une femme comme les autres…)
Les magouilles de papa pour sauver son fils ou comment les personnes influentes finissent par obtenir ce qu’elles veulent sans forcément en avoir l’air…
Le caractère et les réactions de maman face à ce mari qui se veut tout puissant…
La vie et la personnalité de ceux qui en perdant la vie, continueront d’exister en donnant un organe…et on se rend compte que lorsqu’on reçoit ce don anonyme, on ne sait rien de celui qui nous permet de continuer la route…
Simon Jr dans ses pensées, sont-elles celles qui le hantent pendant son long coma ?

Le principe des polices de caractères différentes permet au lecteur, si besoin est, de se repérer dans les contextes riches et variés.
L’écriture ne m’a pas fascinée mais je reconnais que le montage de l’opus en lui-même est inédit (ou presque) et c’est ce qui en fait sa richesse. De plus, le style de texte, adapté au contexte (pensées, dialogues, vie des uns ou des autres…) est bien mis en scène.

Les protagonistes sont abordés sous des angles distincts et nous apercevons ainsi plusieurs aspects de leur personnalité, c’est intéressant de voir de quelle manière ils évoluent face à la situation de départ.

Le père de Simon Jr ira loin, très loin, (trop loin ?) dans la transgression de la morale, de la législation, de la déontologie et après m’être posée la question, je vous la renvoie :

« Jusqu’où iriez-vous pour sauver ceux que vous aimez ? »

La situation, dans ce récit, sera de savoir si Simon Daddy va jusqu’au bout pour lui, pour la famille, pour son fils, pour les progrès de la science ou tout simplement par amour ?

"Les quatre accords toltèques" de Don Miguel Ruiz (The four agreements)


Les quatre accords toltèques (The four agreements)
La voie de la liberté personnelle
Traduit de l’américain par Olivier Clerc
Auteur : Don Miguel Ruiz
Éditions : Jouvence (15 Novembre) 1999
ISBN : 978-2-88911-654-6
150 pages

Quatrième de couverture
Dans ce livre, Don Miguel révèle la source des croyances limitatrices qui nous privent de joie et créent des souffrances inutiles. Il montre en des termes très simples comment on peut se libérer du conditionnement collectif.

Mon avis


Chaque jour, nous nous réveillons avec une certaine quantité d’énergie mais si nous laissons les émotions nous envahir et nous vider (surtout celles qui s’avèrent être un poison émotionnel), nous n’aurons plus le goût à rien.
 Evidemment, nous savons déjà cela, mais…
Parfois, des incidents professionnels ou familiaux nous prennent la tête. Nous leur donnons trop d’importance et nous ne pouvons plus relativiser, prendre du recul.

Dans ce petit livre, l’auteur nous propose quatre accords avec nous-mêmes. Avoir toujours une parole impeccable, ne pas faire d’un événement une affaire personnelle, ne pas faire de suppositions et faire toujours de son mieux…. Le but ? Appréhender la vie d’une façon plus sereine, en étant plus sûr de ce qu’on veut faire, de ce qu’on est sans continuellement se remettre en cause, sans interpréter.

Pas facile, n’est-ce pas ? Mais relire ce genre de recueil constitue une excellente piqure de rappel. Même si parfois, nous pouvons avoir l’impression d’avoir déjà lu des textes du même genre, il faut souvent le relire pour s’en imprégner….

"La Lettre à Helga" de Bergsveinn Birgisson (Svar við bréfi Helgu)


La Lettre à Helga (Svar við bréfi Helgu)
Auteur : Bergsveinn Birgisson
Roman traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson
Éditions Zulma (22 août 2013)
ISBN : 978-2-84304-824-1
150 pages

Quatrième de couverture


« C’est au printemps, à la première sortie des agneaux de la bergerie, que j’éprouvais avec le plus d’insistance le désir de te voir ravaler ton orgueil et venir me rejoindre. Et chaque fois que les fleurs de pissenlits s’étalaient dans les prés, des flammes jaunes s’allumaient aussi en un autre endroit… » Bjarni Gíslason, en homme simple, taillé dans la lave mais pétri de poésie, se décide enfin à répondre à sa chère Helga, sa voisine de la ferme d’à côté, la seule femme qu’il aima, aussi brièvement qu’ardemment…

Mon avis

Henry de Montherlant a écrit que :
« Il est bien connu que les plus belles lettres d’amour sont celles qui n’ont pas été écrites [….]. »
Après lecture de ce texte, on pourra rajouter que ce sont également celles qui n’ont pas été lues….

Ce court roman est le cri d’amour d’un vieil homme pour la femme qu’il n’a jamais cessé d’aimer. Il revient sur sa vie, analyse ses choix. On s’aperçoit que le principal était :
« Vous êtes toutes les deux la seule religion que j’aie jamais eue. J’ai compris aussi que Dieu qui est aux cieux doit être en partie fabriqué par l’homme. »

Bjarni est rugueux de l’extérieur, « brut de décoffrage » dans ses actes parfois ; mais à travers les mots choisis avec soin, il exprime une tendresse indéfinissable, une finesse de sentiments belle à lire. Ce n’est pas imbibé de romantisme et de mièvrerie inutiles, c’est un parler franc (bravo à la traductrice), un phrasé où les mots glissent comme dans un long poème.

Aimer l’autre, c’est parfois savoir s’oublier pour lui laisser accomplir son destin.
Quelquefois, ne pas vivre une passion permet de ne pas la déflorer comme si l’instant magique et puissant de la rencontre devait rester unique.

Je ne sais pas jusqu’à quel point Bjarni a choisi. De temps à autre, la vie, la destinée, le hasard, appelez ça comme vous voudrez, le fait pour nous, et on n’a pas d’autre solution que de continuer à avancer…. C’est ce qu’il a fait cahin-caha.

Le style épistolaire est une forme d’écriture que j’aime et ce livre, par son genre et son contenu est un coup de cœur.

"3509 mots supplémentaires pour embellir mes conversations" de Régis Moulu


3509 mots supplémentaires pour embellir mes conversations
Dictionnaire de mots choisis
Auteur : Régis Moulu
Éditions : Unicité (1 Décembre 2019)
ISBN : 978-2-37355-363-5
286 pages

Quatrième de couverture

Voici un livre qui donne un sens à la connaissance du vocabulaire, avec souvent des mots que l’on entend fâcheusement si peu qu’ils avaient fini par échouer dans les limbes de notre mémoire à tous. 3509 mots que Régis Moulu ressuscite pour le plaisir de les connaître tant ils parlent en nous, se digèrent en nous et ne demandent qu’à ce que l’on en fasse usage. Car apprendre de nouveaux mots, y compris quelques contemporains en circulation ou même quelques expressions, n’est-ce pas aussi nous élargir, nous ouvrir avec humilité à d’autres champs possibles d’expression pour mieux appréhender ce que nous voyons du monde ?

Mon avis

"Chacun pourra aussi en lire cinq minutes et l’ouvrir au hasard comme un petit trésor ou comme un recueil de poèmes, presque au gré de son humeur." ( extrait de la 4 ème de couverture)

3509 mots, c'est du sang neuf pour nos conversations ;-)  Mais par-dessus tout, il y a le plaisir de la découverte (voire redécouverte) de tous ces termes que l'auteur remet au goût du jour en nous les offrant dans un ouvrage de poche que l'on peut emporter partout !

Notre langue est si riche qu'il serait dommage de se priver de toutes les nuances qu'elle peut proposer. Les mots, c'est tellement beau... Ça murmure à l'oreille, ça chante sur les lèvres, ça vibre dans les silences, ça se glisse sous la langue, ça fait danser les poètes et ça fait rêver les lecteurs !

L’auteur a construit cet ouvrage au gré de ses lectures lorsqu'il rencontrait un mot qu'il avait envie de connaître mieux. Ensuite est venue l'idée de partager, d'étoffer.

Ce recueil permet si on le souhaite d'augmenter son vocabulaire mais également d'être en état de curiosité intellectuelle constante car forcément, on ne retient pas tout et on y revient !

J'ai découvert ce livre par petites touches, en butinant, d'une page à l'autre sans ordre particulier. Je me suis régalée avec ce que je lisais, prononçant parfois à haute voix pour mieux m’imprégner des nouveaux vocables : prosopopée, cérulé etc.

"Chronicles - Tome 1 : L’éveil" de Dario Alcide


Chronicles - Tome 1 : L’éveil
Auteur : Dario Alcide
Éditions : Farence Corp. (10 juin 2019)
ISBN : 978-2956540557
330 pages

Quatrième de couverture
Venus est une orpheline, violente et solitaire, soldat d’élite pour la société la plus secrète qui soit : la LOTUS. Ce matin du 1er janvier 2001, alors qu’elle se souvient avoir reçu un tir mortel, elle ouvre les yeux dans la demeure dévastée de sa dernière cible et découvre qu’elle est un Vampire. Perdue entre sa nouvelle nature qu’elle rejette en bloc, les immortels prêts à tout pour la supprimer, le FBI dont le seul souhait est de la mettre derrière les barreaux et la LOTUS qui semble avoir des plans bien particuliers pour elle, Venus va devoir se battre pour survivre.

L’avis de Franck

Autant vous l’avouer tout de suite, les romans de vampires ne sont pas dans mes priorités de lecteur. De plus, la couverture de cet ouvrage ne m’engageait pas à aller plus loin : le visage de trois quarts d’une jeune fille, pleine page, avec une expression de colère agrémentée d’une bouche sanguinolente dans laquelle perce des dents de vampire… Je n’étais pas franchement convaincu …
Le thème, l’histoire d’une vampire, me faisait redouter une intrigue à la sauce américaine avec chemise à jabot, cercueil, crucifix, gousse d’ail et pieu planté dans le cœur. Ce qui m’a fait tiquer, c’est la présence du FBI et l’époque (année 2001) sur le résumé de l’histoire et ça, ça me faisait diablement envie !

J’ai commencé le roman, mes doutes se sont de suite envolées et la lecture a été plaisante.
C’est avant tout une histoire d’espionnage, de société secrète, de rivalités, de recherche d’identité. Vénus, le personnage principal, se retrouve prise dans tout ce maelstrom.

Le style d’écriture est très agréable. L’intrigue se dévoile par étapes, au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire et des propres découvertes du personnage principal.
De plus, le changement de point de vue tout au long du récit, permet d’en savoir un peu plus sur Vénus et ses problèmes personnels sans pour autant gâcher l’ensemble et cela apporte de la diversité au récit en le rendant moins linéaire. En effet, les motivations des uns et des autres sont présentées: le FBI, Némésis, Cassius, Rose, Icare… et cela nous éclaire sur les soucis de cette pauvre jeune fille. Que lui est-il arrivé ? Et bien, elle est morte en mission et elle est ressuscitée ! C’est ainsi qu’elle réalise qu’elle a intégré un statut de vampire (d’où le titre : « L’éveil »).

Tout est bien construit, cohérent avec toutes les informations que l’on a et au final, ce livre fut une agréable surprise. Il m’a permis de me faire un avis différent et de revoir mon opinion sur ce style de récits.

"Une vie pour cible" de Sylvain Faurax


Une vie pour cible
Auteur : Sylvain Faurax
Éditions : du Volcan (8 octobre 2019)
ISBN : 979-1097339159
192 pages

Quatrième de couverture

Enzo, un ancien flic, officie comme instructeur dans un club de tir du nord de Paris. Il se prend d'amitié pour Aurelle, une jolie jeune femme "pleine d'épines", brisée par un passé douloureux. Ces deux êtres abimés se choisissent bien vite pour réinventer une famille de circonstances. La tour Boucry où Enzo vit au plus près des nuages et le jardin partagé dans lequel Aurelle cherche quelques respirations forment un huis clos tout à la fois oppressant et rassurant pour ce duo à la dérive. C'est alors qu'un certain Norédine s'insère dans leur existence, menaçant le bien commun comme une promesse de crépuscule.

Mon avis

Apprécier le silence, c’est aussi une façon de se tourner vers l’extérieur. *

Dans le dernier roman de Sylvain Faurax, les protagonistes sont des personnes de peu de mots, mais leurs silences sont chargés de sens. Tous ont des personnalités en délicatesse avec la vie, il faut les apprivoiser avant de vouloir en faire des amis ou des ennemis…. Chacun vit un peu en marge sans être totalement marginal.

Enzo est un ancien policier, qui traine sa vie dans un club de tir et dans son quartier. Il a rencontré Aurelle qui cultive un jardin partagé pour oublier ses souffrances en les enfouissant avec des graines d’espérance dans la terre. Elle est belle, mystérieuse, farouche, sauvage, secrète… Alban est un geek, pirater des données informatiques, rien de plus aisé pour lui…. Il aime Aurelle mais peine à entrer dans son intimité car elle se protège des autres. Sans doute est-elle habitée par une angoisse, une peur inexprimable… Ses trois là se croisent, se côtoient, cahin, caha…. Et puis Norédine apparaît, s’engouffre dans leurs échanges… Enzo, avec son instinct de flic, ne le « sent » pas…. Qu’en est-il ? faut-il se méfier ? Cache-t-il quelque chose ? Va-t-il déstabiliser le fragile équilibre du trio ?

C’est à mots choisis que l’auteur évoque la complexité des relations humaines, les questionnements des hommes et des femmes qui se « cherchent », la soif de justice de certains en colère contre l’inaction des officiels…. Lorsque des événements nous révoltent, comment agir ? Peut-on faire justice nous-mêmes ? A quel prix, en prenant quels risques ? Et puis est-ce une vraie justice ?
J’ai aimé cette histoire, le parallèle entre la vie, la mort et les plantations, la façon d’aborder chaque thème avec pudeur, discrétion, doigté. L’écriture de Sylvain Faurax est posée, équilibrée, chaque terme est à sa juste place, et tout est dosé, il n’y a jamais trop ni trop de peu de phrases pour nous parler du quotidien de ceux qu’il a choisis de nous présenter…..

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"Les parcelles du bonheur" de Victoria Connelly (Love in an English Garden)


Les parcelles du bonheur (Love in an English Garden)
Auteur : Victoria Connelly
Traduit de l’anglais par Elisabeth Bataille
Éditions : Amazon Crossing (21 janvier 2020)
ISBN : 978-2496700282
390 pages

Quatrième de couverture

La famille Jacobs vit à Orley Court depuis des générations. Mais lorsque le mari de Vanessa Jacobs meurt et qu’elle hérite de la propriété, elle s’aperçoit que leurs finances sont au plus mal. Pour pouvoir continuer à vivre dans leur demeure bien-aimée, ses filles et elle sont dans l’obligation d’en céder une partie – ce qui n’est pas du goût de la belle-mère de Vanessa, qui réside elle aussi à Orley. De nouveaux habitants s’installent donc au domaine : Laurence Sturridge et son père, Marcus.

Mon avis

« Les parcelles du bonheur » est un roman qui se lit sans prise de tête, avec plaisir. L’écriture est fluide, agréable et les protagonistes, bien que parfois un peu caricaturaux, sont bien décrits. C’est une histoire très féminine, puisqu’au départ une mère, ses deux filles et la belle-mère de la première, vivent dans une immense propriété. Une demeure de famille qu’elles apprécient mais qu’elles peinent à entretenir depuis la mort du mari, père et fils de toute cette gent féminine.

Vendre une partie de l’habitation est un crève-cœur mais sans doute une bonne solution pour faire face financièrement. Cela signifie d’accepter des inconnus, d’être un peu bousculés dans ses habitudes, mais cela peut également offrir de belles rencontres… C’est toute cette « cohabitation » et les conséquences qu’elle entraîne qui sont finement analysées dans ce recueil. Chacun reçoit les « intrus » différemment. Les ignorer, leur parler, devenir proches, être sur ses gardes ? Il y a tant de façons d’agir, de ressentir les événements…. Ce qui est intéressant, c’est de voir que, finalement, personne ne reste neutre et que chacune des femmes va évoluer….

J’ai apprécié cette lecture, tout en nuances délicates, présentant avec intelligence des problèmes de notre société : le veuvage, les points de vue selon les générations, la réinsertion, les maux des réseaux sociaux et bien d’autres thèmes encore….




"Ondes de choc" de Jack O'Connell (Wireless)


Ondes de choc (Wireless)
Auteur : Jack O'Connell
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Gérard de Chergé
Éditions : Rivages (13 Novembre 2019)
ISBN : 978-2743649005
530 pages

Quatrième de couverture

Speer est rempli de haine vis-à-vis de tous ceux qu'il appelle les "mutants" : vieillards, clochards et autres migrants qui viennent profaner la cathédrale de Quinsigamond, avec la bénédiction de ce marxiste de père Todorov. Speer se sent investi d'une mission : brûler les hérétiques et les anarchistes, entre autres les fondus de radio qui se réunissent au Wireless, haut lieu de la vie nocturne. Lorsque le corps du prêtre est retrouvé calciné dans son église, l'inspectrice Hannah Shaw entreprend de traquer le tueur fanatique. Elle va infiltrer le monde des radios pirates, où opèrent les mystérieux Frères Zébédée...

Mon avis

Une fois encore, Jack O’Connell place son intrigue dans la ville de Quinsigamond qu’il a créée de toutes pièces. C’est un lieu désenchanté, où la violence est omniprésente. Il y a peu de travail, l’ère postindustrielle a été terrible de désillusions. Personne n’est vraiment net, ni honnête, même les politiques semblent jouer un double-jeu. Pénétrer dans cet univers, c’est accepter d’entrer en eaux troubles et d’être déstabilisé.

Un prêtre (en lien avec une radio) vient d’être violemment assassiné et celui qui l’a tué veut « nettoyer » le coin de ceux dont il juge qu’ils n’ont pas leur place parmi les vivants. On se retrouve ici dans le milieu des émissions radiophoniques, avec des personnes qui parfois s’incrustent et font des interventions non prévues, « volant » ainsi l’antenne. C’est là qu’intervient l'inspecteur Hannah Shaw pour mener l’enquête. Il va falloir qu’elle s’infiltre dans le monde de la radio et qu’elle la joue fine pour arriver à ses fins.

Un espace-temps réduit (quelques jours), des lieux fixes (la ville et Wireless, un endroit presque « hors du temps »), des personnages troublants, angoissants, une écriture sèche, incisive et vous plongez dans ce roman. C’est sombre, sec, terrible. Le phrasé ne vous laisse aucun répit et les événements imprévisibles se succèdent.

Ce recueil n’a pas été une lecture facile pour moi. Le style est presque trop épuré, du coup, j’ai eu l’impression de ne pas avoir de répit et j’ai dû m’accrocher continuellement pour ne pas perdre le fil, comme si tout cela manquait de fluidité. Pourtant, je reconnais le talent de Jack O'Connell, qui sait très bien s’y prendre pour décrire une atmosphère anxiogène, des relations tendues, des événements graves et le mal-être de ceux qui ne savent plus où ils en sont…. Il m’a peut-être manqué une infime lueur d’espoir pour totalement apprécier cet opus….


NB : J’ai déjà lu cet auteur avec « Et le verbe s'est fait chair » et je me souviens très bien de l’histoire qui m’avait fait frissonner, me mettant très mal à l’aise. Je pense que, peut-être cet écrivain n’est pas fait pour moi. Je n’arrive pas réellement à avoir du plaisir lorsque je le lis.

"La tyrannie du vide" d' Aden V. Alastair


La Tyrannie du vide
Auteur : Aden V. Alastair
Éditions : CreateSpace Independent Publishing Platform (4 Octobre 2013)
ISBN : 978-1492855019
305 pages

Quatrième de couverture

Deux enquêtes, deux parcours initiatiques parallèles, deux êtres solitaires que rien, à priori, ne destinait à se rencontrer. Caitlyn McKnight, journaliste écossaise, se lance sur les traces d’un professeur d’histoire disparu dans des circonstances énigmatiques. Rafael Castillo, fils d’un magnat du pétrole originaire du Venezuela, recherche la vérité au sujet de la mort présumée accidentelle de ses parents. Quel rôle joue une mystérieuse fondation consacrée à la protection de l’environnement dans ces événements ? Des catacombes parisiennes aux paradis perdus de l’Amérique latine, la trame de La Tyrannie du vide est un voyage dans un univers sombre et troublant hanté par les ombres de Dante, Milton, Goethe, Rimbaud, Baudelaire…

Mon avis

On se dit souvent que notre vie est à « un tournant », qu’il faut faire des choix, les bons de préférence… Il sera beaucoup question de chemins dans ce roman. Prendre la bonne route au bon moment ou s’accommoder des erreurs, en tirer les leçons qui aideront à progresser, à  moins se tromper (ou à gérer les situations difficiles).

A travers les quêtes de Caitlyn et de Rafael, marchant chacun de leur côté avant de se croiser, nous explorerons le besoin de comprendre enfoui en chaque être humain. Cet éternel combat intérieur entre la facilité et la révolte (oui mais laquelle ? il est primordial de ne pas se tromper de cause), entre la routine et le risque, entre le yin et le yang (parce que la dualité peut (et doit ?) être complémentarité…). L’interaction de ces deux forces créant le mouvement, la vie….

Caitlyn et Rafael, une femme, un homme, deux tempérants opposés mais peut-être pas tant que ça, deux solitaires, ne subissant par leur solitude mais en faisant un atout. Elle est écossaise, il vient d’Amérique du Sud, la pluie pour l’un, le soleil pour l’autre…
Deux êtres forts, épris d’absolu, mais humains, donc se retrouvant de façon régulière face aux doutes, aux peurs, aux questions…prêts à abandonner mais repartant de plus belle….
«Je suis allée trop loin pour renoncer… » dit Caitlyn

L’auteur mêle habilement des références littéraires de qualité : entre autres « L’Enfer » de Dante  qu’il semble apprécier, connaître sur le bout des ongles et qu’il exploite avec doigté, intégrant des mots, mais aussi des images liés à la réflexion d’un des protagonistes. Chaque chapitre porte en exergue une citation qui donne à réfléchir sur le devenir de notre planète.
Mais ce n’est pas tout, Monsieur Alastair offre également au lecteur, une excellente approche des arts martiaux et de la pensée japonaise en parlant du Budoka. Ou comment gérer son corps et son mental pour en tirer le meilleur. Pour moi qui suis néophyte dans ce domaine, j’ai trouvé la façon de l’aborder très intéressante car bien intégrée au roman donc pas rébarbative.

Aden V. Alastair aime beaucoup que les personnages de ses romans voyagent, construisant ainsi leur destinée. Que ce soit dans la lumière ou dans l’ombre, Caitlyn et Rafael n’échapperont pas à ce processus qui permet au lecteur d’accompagner les deux protagonistes dans leurs recherches. Dans le contenu de cet opus, l’écrivain britannique, de langue française, réfléchit une fois encore à la crise écologique, le développement durable et la place des hommes dans leur rapport à la nature. Mais étant donné que cela est parfaitement lié à l’intrigue, on parle d’un roman….Pourtant, la réalité n’est pas loin de ce qu’il exprime, beaucoup plus près que ce qu’on pense.

J’ai vraiment apprécié ce livre. D’abord parce qu’il est bien écrit (même si j’ai été surprise du non emploi du passé simple pour « raconter » mais on s’habitue vite.) Ensuite parce qu’à partir d’une « aventure », des questions importantes sont approchées et cela permet de pousser la réflexion plus loin, puis parce que les personnes qui peuplent cet écrit sont le plus souvent, très crédibles, attachantes pour certaines sans qu’elles soient trop invasives.
De plus, le rythme est soutenu, on passe d’un lieu à l’autre sans problèmes. Entre les passages plus mouvementés, l’homme et la femme se « posent », prennent le temps, se hasardant à réfléchir à leur passé, mais parallèlement aussi à leur vie « ici et maintenant »…nous renvoyant certaines de leurs interrogations, très actuelles, en pleine face dont : « Et moi, qu’aurais-je fait pour que la planète aille mieux ? »

Quant au titre, je dirai, pour faire court, qu’avant de remplir notre vie de tout un tas de choses, il faut aussi « cultiver notre jardin personnel » en nourrissant notre esprit…

"La théorie des ombres" de Aden V. Alastair


La théorie des ombres
Auteur: Aden V. Alastair
Éditions: Ex-Aequo (14 Février 2013) (éditeur militant)
ISBN: 9782359623987
300 pages


Quatrième de couverture

Rome, 1600. Le philosophe et poète Giordano Bruno est condamné pour hérésie par l'Inquisition et brûlé vif. Boston, de nos jours. Un objet qui aurait appartenu à des alchimistes célèbres tels que John Dee et Isaac Newton est dérobé au musée de Boston. Les cambrioleurs portent un tatouage représentant l'emblème d'Ahnenerbe, organisation consacrée à la recherche archéologique et anthropologique fondée par Himmler. Memphis Thorndahl, agent spécial du FBI, mène l'enquête. 


Mon avis


Voilà un excellent livre alliant avec intelligence de nombreuses références (historiques, scientifiques, philosophiques…) et ce qu’il faut d’action et d’ésotérisme pour entraîner le lecteur sans qu’il ait l’impression d’assister à un cours magistral dans l’amphithéâtre d’une université….

Lorsque je me suis aperçue, dès les premières pages, qu’une partie des écrits serait consacrée à la connaissance, j’ai eu peur que ces apports prennent le pas sur l’intrigue, l’étouffent et qu’elle en devienne difficile à suivre… Mais pas dut tout, Aden V. Alastair a sur trouver le bon tempo, ce qui est souvent délicat dans ce genre de roman.

Nous alternerons les chapitres dans le présent en visitant différents endroits où se situent les événements, et le passé sur plusieurs époques. Si cela s’avère nécessaire à la compréhension, le lieu et la date sont indiqués.
Les personnages sont décrits avec rigueur, bien introduits au fur et à mesure dans l’intrigue qui se construit ainsi sous nos yeux. En démarrant d’une quête qui pourrait sembler banale et qui aurait pu nous faire penser à d’autres opus du même genre, l’auteur a introduit une véritable réflexion sur quelques sujets en lien avec l’homme et sa recherche de l’absolu dans plusieurs domaines…

C’est le genre d’ouvrage qui permet d’aller plus loin qu’une lecture simple. Il faudrait presque le lire avec un petit carnet à portée de main pour noter les noms qu’on rencontre, qu’ils soient communs (vous savez vous ce qu’est un ouroboros ? ) ou propres (Carl Gustav Jung…), pas seulement pour les lister mais surtout pour se renseigner après lecture sur ce qui a été mentionné. C’est ce qui me plaît beaucoup dans ce genre de thriller. Au-delà des protagonistes, de ce qui les anime, les relie, j’apprends, je découvre et surtout j’ai le souhait d’approfondir ce que j’entrevois en marge de l’histoire elle-même. Je prends le temps de rechercher si ce que souligne l’auteur comme des faits réels l’est vraiment. Souvent, cela me prend du temps mais au bout du compte, je ressors satisfaite d’une telle lecture car mon cerveau a engrangé de nouvelles notions (même si le pauvre ne retiendra pas tout !) et le bonheur de la lecture m’a ainsi offert de belles découvertes.

Il serait d’ailleurs intéressant de savoir comment s’est construit ce roman dans l’esprit de l’auteur. Avait-il le souhait de transmettre différentes notions qu’il a orchestrées et reliées entre elles ? A-t-il fait des recherches en ce sens ? Ou avait-il des personnages, un point de départ et la suite s’est imposée petit à petit ?
Quoiqu’il en soit, l’écriture d’Aden V. Alastair est très visuelle et son livre ferait un excellent film, les scènes d’action alternant avec des passages plus « intellectuels ». De plus, le vocabulaire est idéalement choisi, recherché lorsqu’il le faut pour donner de la profondeur et de la qualité au propos, plus léger lorsqu’il s’agit de dialogues.
L’auteur n’est pas tombé dans certains clichés et les individus ont de temps à autre une part sombre qui n’est pas dévoilée immédiatement. Les personnages sont d’ailleurs assez diversifiés et on peut pratiquement considérer qu’aucun d’eux ne domine en prenant plus de place que les autres. Il n’y a pas de vieux flic acariâtre et bourru mais il y a une fille belle et sympathique… Il reste quelques zones d’ombre pour la curieuse que je suis mais je reconnais que ce ne sont pas des éléments indispensables à la compréhension globale du livre.

Il y aura forcément des esprits chagrins qui diront que certains faits sont excessifs, que quelques aspects de ce livre peuvent rappeler d’autres thrillers historiques ou ésotériques ou philosophiques ou … mais attention, une des grandes qualités de cet ouvrage c’est qu’il est un peu tout cela, sans pour autant survoler les points traités et donc il vaut le détour !!

"Mon désir le plus ardent" de Pete Fromm (If Not for This)


Mon désir le plus ardent (If Not for This)
Auteur : Pete Fromm
Éditions : Gallmeister (5 Avril 2018)
ISBN : 978-2351781609
290 pages

Quatrième de couverture

Maddy s’était juré de ne jamais sortir avec un garçon du même âge qu’elle, encore moins avec un guide de rivière. Mais voilà Dalt, et il est parfait. À vingt ans, Maddy et Dalt s’embarquent dans une histoire d’amour qui durera toute leur vie. Mariés sur les berges de la Buffalo Fork, dans le Wyoming, devenus tous deux guides de pêche, ils vivent leur passion à cent à l’heure et fondent leur entreprise de rafting dans l’Oregon. Mais lorsque Maddy, frappée de vertiges, apprend qu’elle est enceinte et se voit en même temps diagnostiquer une sclérose en plaques, le couple se rend compte que l’aventure ne fait que commencer.

Mon avis

Dalt et Mad sont jeunes, ils sont beaux, pleins de vie, d’enthousiasme, ils aiment le sport, faire l’amour, et par-dessus tout descendre les eaux tumultueuses en pleine nature (ah, la belle lune de miel). Ils créent leur petite entreprise : ils promèneront les touristes en rafting sur les rivières du Wyoming et vivront heureux et longtemps….
D’ailleurs, Dalt fait une merveilleuse déclaration :
« On a des décennies devant nous, Mad. Toi et moi, côte à côte, front contre front. Peau contre peau. Une vie entière. »

Sauf que la maladie s’invite. Maddy est touchée par la SEP (la sclérose en plaques). On ne choisit pas, elle n’en voulait pas de cette horreur, de cette vie différente de leurs projets. Il faut bifurquer vers d’autres lieux, plus « sécurisés », une activité professionnelle différente. Et arrivent les premières maladresses, puis les difficultés pour se déplacer, parler, le cerveau qui part en lambeaux… Mais ils s’aiment toujours envers et contre tout, d’un amour qui ne calcule pas, d’un amour exceptionnel, comme celui que l’on ne rencontre qu’une fois dans sa vie. Vous savez « parce que c’était lui, parce que c’était moi »… Ils font fi des obstacles, ils s’adaptent, plaisantent, ironisent sur les problèmes, restent droits et continuent de se considérer comme des veinards (en fait, ils ont raison, vu comme il sont en phase, ce sont de grands veinards).
« - On aimerait que vous puissiez être aussi heureux, aussi veinards que nous. »

Et pourtant Maddy n’ignore rien de ce qui l’attend :
« Prise dans l’affreux tourbillon du temps, je tournoie sans cesse, sachant qu’aucun sac de sauvetage ne pourra m’atteindre, qu’aucune vague solitaire ne viendra me délivrer du piège. »
De chapitre en chapitre, on découvre des étapes, des tranches de vie, on vieillit avec eux, avec leurs enfants, parfois plusieurs années sont passées. C’est pour cela que j’ai lu seulement un chapitre par jour, comme autant de pas fait à leurs côtés. Il me fallait bien une nuit chaque fois pour digérer, accepter la souffrance de Mad, m’imprégner de leur quotidien, de leur vie pour emprunter leur force, leur optimisme, leurs sourires et essayer de ne retenir que ça. C’est absolument fabuleux de voir que finalement, l’amour de chacun des deux est magnifié par ce que lui offre l’autre. C’est inexprimable tant ça transpire dans ce récit.

Ils ont choisi de « défier le destin, faire comme si de rien n’était. Rien qui puisse nous séparer, jamais. » C’est Maddy qui s’exprime dans le roman. L’auteur, Pete Fromm qui est un homme, s’est glissé dans la peau de cette femme, il parle de son ressenti, de ses émotions, de ses sentiments avec noblesse, avec humour car Dalt et Mad pratiquent la dérision. Le style est poétique, délicat, même les révoltes-colères de Mad ont un petit quelque chose de tendre, de beau. L’auteur sait nous toucher, trouver les mots qui frappent et qui marquent le lecteur. Son phrasé est aérien, magnifique, profond dans l’approche de chaque questionnement évoqué. La traductrice a fait un travail remarquable en le retranscrivant.

C’est un livre qui vous prend les tripes, le cœur, et qui vous emporte, laissant une trace, une larme séchée, car avec Dalt et Mad la vie reste belle malgré tout…


"Les enquêtes de Maud Delage : L’intégrale" de Marie-Bernadette Dupuy


Les enquêtes de Maud Delage : L’intégrale
Auteur : Marie-Bernadette Dupuy
Éditions : L’Archipel (20 Novembre 2019)
ISBN : 978-2809827323
928 pages

Quatrième de couverture

Une voiture de course trafiquée causant la mort de son pilote ; une secte adepte de cérémonies sacrificielles ; des meurtres maquillés en suicides ; un psychiatre victime de persécutions macabres : tout cela sur fond de festival du film policier à Cognac... Décidément, Angoulême et sa région sont le théâtre de sacrés faits divers !
Cet ouvrage réunit neuf enquêtes de Maud Delage.

Mon avis

Maud Delage est une jeune inspectrice, diplômée de l'école de police. Elle a quitté Lorient, en Bretagne, où elle est née, et travaille en Charente. Les neuf enquêtes de ce recueil (une centaine de pages pour chacune d’elles) se déroulent près d’Angoulême, Cognac, entre 1995 et 1999. Inutile de dire que les moyens d’investigations ne sont pas ceux de maintenant, ADN, téléphones sur écoute, mouchards sur les véhicules, ne sont pas encore tout à fait au point. C’est donc surtout avec leurs neurones que les enquêteurs doivent résoudre les affaires qui leur sont confiées.

Maud travaille avec deux collègues : Irwan Vernier et Xavier Boisseau. Ils forment un bon trio, se répartissent au mieux les tâches, se respectent s’entraident, s’écoutent. Au cours de ces neuf histoires, on voit la situation de Maud évoluer, on constate qu’elle trouve sa place au commissariat et qu’elle sait ce qu’elle veut faire, comment agir. On découvre aussi comment ses relations avec ses compagnons changent au fil des années : une complicité s’installe, une amitié se crée. Elle est en phase avec eux et s’il y a parfois des erreurs et des chamailleries, ce n’est jamais bien grave et ça ne dure pas longtemps. Maud est une femme intéressante, parfois elle est trop impulsive, quitte à le regretter mais elle sait voir au-delà de ce qui est apparent (je pense entre autres, à la planche de bande dessinée qu’elle observe dans une exposition). Ce sont ces infimes détails qui l’aident à avancer, à comprendre, à cerner les suspects. Elle a juste un défaut : parfois elle mélange un peu vie privée et professionnelle.

J’ai beaucoup aimé ce livre, non seulement pour l’atmosphère, un tantinet surannée (pour les relations humaines, les méthodes de travail, les événements relatés) mais également pour les « visites » de lieux que je connais bien (j’ai de la famille proche en Charente) avec des noms qui toujours évoquaient quelque chose chez moi : Jarnac, Barbezieux etc… J’avais l’impression d’être en pays connu et je visualisais encore plus les descriptions. De plus l’auteur place quelques-unes de ses intrigues dans des lieux chargés d’histoire et elle en parle très bien, sans trop en faire, complétant ainsi ses textes avec des choses intéressantes pouvant donner envie de (re) visiter certains sites. Le petit aspect de surnaturel, vraiment infime, ne m’a pas dérangée car il n’est pas récurrent et parfaitement introduit en contexte. J’appréhendais de lire neuf intrigues mettant en scène les mêmes policiers, les unes après les autres et j’avais pensé qu’il me serait peut-être nécessaire de faire une pause. En fait, j’ai tout lu d’une traite car j’avais le désir de découvrir comment les liens et la personnalité de chacun allaient se transformer. Il faut souligner que l’écriture fluide, l’intérêt de chaque affaire aident bien à captiver le lecteur. En cent pages environ pour chaque partie, l’auteur sait aller à l’essentiel sans fioriture inutile et cela a suffi pour maintenir mon attention. En outre, les thèmes sont variés : une future mariée qui disparaît, une voiture de course qui explose, une secte etc… J’ai donc passé d’agréables moments en compagnie de Maud.

Je ne sais pas s’il existe une série télévisée issue en lien avec Maud mais ce serait tout à fait possible.

NB : Les grottes dont l’auteur parle dans l’enquête « Cognac, un festival meurtrier » s’appellent actuellement les grottes de Matata (et pas Matutina qui est lui le nom à l’origine de la légende)