"Nos vies en flammes" de David Joy (When These Mountains Burn)

 

Nos vies en flammes (When These Mountains Burn)
Auteur : David Joy
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fabrice Pointeau
Éditions : Sonatine (20 Janvier 2022)
ISBN : 978-2355847301
354 pages

Quatrième de couverture

Veuf et retraité, Ray Mathis mène une vie solitaire dans sa ferme des Appalaches. Dans cette région frappée par la drogue, la misère sociale et les incendies ravageurs, il contemple les ruines d'une Amérique en train de sombrer. Le jour où un dealer menace la vie de son fils, Ray se dit qu'il est temps de se lever. C'est le début d'un combat contre tout ce qui le révolte.

Mon avis

Il reconstruisait une vie sur des poutres qui avaient été rongées par les flammes et se retrouvait sidéré et sans voix quand ce qu’il avait construit s’écroulait autour de lui.

Raymond Mathis est retraité, il vit dans une ferme des Appalaches, seul avec sa vieille chienne. Sa femme est décédée et il pense régulièrement à elle, souffrant de son absence. Il a fun fils, Ricky, qui passe de temps en temps, lorsqu’il n’est pas là le plus souvent, pour voler ce qui peut l’être, allant même jusqu’à récupérer des couverts dépareillés. Tout ce qu’il peut monnayer pour se procurer de la drogue.

Ray est révolté par tout ce qui est lié à la drogue. Il trouve que les policiers ne font pas ce qu’il faut, que les trafiquants entraînent des gosses dans la dépendance aux opiacées.  Et il voit Ricky qui plonge, qui doit de plus en plus d’argent. Le paternel est à bout, il n’en peut plus jusqu’au jour où un événement le force à agir, il n’a plus rien à perdre. On l’accompagne, douloureusement, dans sa lutte.

On suit aussi Denny, un pauvre gars, issu d’une famille Cherokee. Il cherche sa place en permanence, ne la trouve pas, essaie de se passer de drogue, n’y arrive pas, recommence…. On voudrait tant l’aider car comme on dit, il a sans doute « bon fond »….

Mais rien n’est simple dans cette région en feu à tout point de vue (les incendies font rage, l’alcool brûle les estomacs, les stupéfiants incendient les esprits …) Le chômage est le quotidien de beaucoup de personnes et toutes les magouilles sont bonnes pour se faire un peu de fric.

David Joy met en scène, une fois de plus, les laissés pour compte de l’Amérique, ceux qu’on oublie, qui galèrent, qui survivent parfois. Ses personnages, ses descriptions sont sans fard.  La violence est omniprésente, c’est noir, terriblement dur à lire tant on cherche la moindre lueur d’espoir.

On a plusieurs points de vue, celui des enquêteurs, des trafiquants, des familles … L’auteur parle aussi de racisme, des différentes cultures qui se croisent, de l’environnement … Le profil psychologique des individus est réfléchi, l’auteur sait de quoi il parle. La postface est bouleversante car on apprend que Joy n’a pas eu une vie facile et aurait pu succomber lui aussi.

Le lecteur n’est pas épargné, le contenu est tragique, terriblement dur à lire mais l’écriture (merci au traducteur) sèche, directe, nous scotche aux pages car c’est ça la force de Joy, nous immerger dans ses histoires quitte à nous laisser le cœur en vrac….


"Joli mois de mai" d'Alan Parks (May God Forgive)

 

Joli mois de mai (May God Forgive)
Auteur : Alan Parks
Traduit de l’anglais (Ecosse) par Olivier Deparis
Éditions : Rivages (1 er Mai 2024)
ISBN : 9782743663339
436 pages

Quatrième de couverture

Le voile du deuil s'est abattu sur Glasgow : un salon de coiffure a été ravagé par un incendie qui fait 5 morts. Lorsque trois jeunes sont arrêtés, la foule de déchaîne. Mais sur le trajet vers la prison, le fourgon cellulaire est attaqué et les trois jeunes gens enlevés.

Mon avis

Mai 1974, on retrouve l’inspecteur Harry McCoy, (mais le livre peut se lire indépendamment des autres titres), il a un ulcère et doit faire attention à ce qu’il boit, ce qu’il mange, mais il s’en fiche un peu. Il travaille avec Wattie, un collègue qu’il apprécie bien qu’ils soient très différents. Il est même le parrain de son fils.

Glasgow est en deuil. Un salon de coiffure a été volontairement incendié et les habitants sont en colère. Cinq morts, des femmes, des enfants, il faut coincer les coupables au plus vite. Trois jeunes sont arrêtés mais après avoir été entendus, le fourgon qui les transportait est attaqué et ils se volatilisent. Est-ce le richissime père de l’un d’eux qui a monté cette opération commando pour éviter la case prison à son fils ? Ou autre chose ? McCoy s’interroge d’autant plus que le paternel concerné nie toute implication.

En parallèle Wattie enquête sur une jeune fille, découverte assassinée dans un cimetière. Que faisait-elle là ? Une bande de clichés issue d’un photomaton semble le seul indice pour découvrir qui elle est car elle n’est pas seule sur les photos. Il y a également cet homme, vendeur de magazines pornographiques qui s’est suicidé, pourquoi ?

Les policiers écossais n’ont pas le temps de boire un café ou une bière….Ah si, de temps en temps, pour obtenir des informations, mettre sur la sellette quelqu’un qui sait éventuellement quelque chose. Après il faut réussir à le faire parler et ce n’est pas forcément simple ….

Ce qui est difficile pour McCoy c’est que ses recherches le renvoient à sa propre histoire, à son enfance douloureuse, son papa défaillant etc… De plus, il montre des failles, des fragilités même s’il essaie de donner le change. Il peut provoquer ceux qu’il interroge avec quelques phrases assassines, bien placées. Tout ça le rend diablement attachant, même quand il est maladroit ou ne prend pas soin de sa santé. Dans ce roman, on découvre la face sombre de cet homme, les fantômes qui le hantent. C’est un solitaire, il souffre mais reste seul, refusant toute aide. Il est policier mais il aurait pu être de l’autre côté de la barrière. Cela lui offre quelques contacts dans le milieu mais son équilibre reste fragile notamment quand les juridictions tardent à agir ou ne font rien par manque de preuves ou de courages ou face à des gens trop forts qui achètent le silence, alors il sent la révolte qui gronde en lui.

Dans ces temps incertains, l’auto justice n’est pas un vain mot. La police ne peut pas toujours décider de qui est coupable ou innocent, parfois la loi de la rue passe avant elle et elle ne récolte que des cadavres…. McCoy peut-il laisser faire, transgresser les règles, lui qui les représente ?

L’auteur ne s’embarrasse pas de fioritures, il nous montre la ville dans sa triste réalité. Des quartiers gangrénés par les gangs qui s’affrontent. Les prostitués, les voleurs, les alcooliques sont bien présents, l’atmosphère n’est pas à la joie. Il a une écriture (merci au traducteur) nerveuse, rythmée, dépouillée, pas de temps mort.

J’ai trouvé l’intrigue bien pensée, construite avec doigté et finesse. Tout se déroule sur peu de jours dans un mois de mai qui n’a rien de joli. C’est une des histoires les plus tristes, les plus noires d’Harry McCoy. Ce qu’on apprend sur lui fait mal et j’espère une lueur d’espoir dans le recueil qui parlera de juin …..

"Au nord de la frontière" de R.J. Ellory (The Last Highway)

 

Au nord de la frontière (The Last Highway)
Auteur : R.J. Ellory
Traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau et révisé par Pierre Delacolonge
Éditions : Sonatine (21 Mars 2024)
ISBN : 978-2383991434
500 pages

Quatrième de couverture

Victor Landis est shérif dans une petite ville de Géorgie. C'est un homme solitaire, qui a voué son existence au travail. Pour toute famille, il ne lui reste que son frère, Frank, avec qui il a partagé une enfance misérable avant qu'une brouille ne les sépare. Lorsque Frank est retrouvé mort dans des circonstances étranges, Victor décide de se rendre dans le comté de Dade, près de la frontière avec le Tennessee, afin d'en savoir plus. Là, il découvre que son frère avait une ex-femme, et une fille, dont il ignorait l'existence. Pour sa nièce, Victor doit tenter d'en savoir plus sur la mort de Frank.

Mon avis

Il m’est impossible de chroniquer ce livre sans évoquer Fabrice Pointeau (d’ailleurs l’auteur lui-même en parle dans un vibrant hommage en fin d’ouvrage).  Il a traduit Cleave, Elloyr, Joy etc. C’était un homme exceptionnel (décédé en 2023). Ses traductions uniques étaient d’une qualité inégalée. Lors d’un entretien, il expliquait lire, relire, lire encore avant de rendre sa copie. Il comprenait les enjeux du texte, choisissait : chaque mot avec précision, chaque tournure de phrase pour qu’elle transmette au mieux les scènes, les émotions, les liens …  Un grand monsieur qui va manquer au monde littéraire.

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« La chose qui lui manquait le plus était l’espoir. L’espoir que tout aurait un sens quand il serait plus vieux. »

Découvrir un nouveau titre de R.J. Ellory est pour moi l’assurance que la lecture sera à la hauteur de mes espérances.  On est en 1992, pas d’internet, de méthodes modernes pour résoudre un mystère. Victor Landis est shérif en Georgie. C’est un ours, solitaire et travailleur, il n’a pas de vie à côté du boulot mais ça lui convient. Sa secrétaire, Barbara, et son adjoint sont des piliers pour le soutenir mais il ne les voit pas en dehors du bureau. Barbara a bien cerné sa personnalité et elle a avec lui quelques dialogues truculents, elle ose dire les choses, sans tabou. Cet homme secret a eu un frère, Franck, avec qui il est fâché depuis longtemps.

Aussi lorsqu’il est convoqué pour l’inévitable paperasse liée au décès de ce dernier, il se dit : j’y vais, je signe et je tourne la page définitivement. Franck était shérif comme lui et il s’avère qu’il avait une ex-femme et une fille d’une dizaine d’années. Cette petite, Jenna, a l’innocence des enfants et c’est sans complexe qu’elle demande à son oncle Victor, dont elle n’avait jamais entendu parler, de chercher pourquoi son papa a été tué car sa mort semble louche.

Victor n’a pas envie de creuser cette histoire mais finalement il commence et il se pose de plus en plus de questions. Il doit également enquêter sur des adolescentes retrouvées mortes. Les investigations vont l’entraîner dans une histoire très sombre, douloureuse. C’est un homme captivant, il refuse de montrer ce qu’il ressent, persuadé qu’ainsi il sera plus fort. Il se considère sans attache, sans famille et puis sa nièce et son franc parler entrent dans son quotidien. Tout est bouleversé et il va revoir ses priorités.

Avec Ellory, les romans policiers ne sont pas ordinaires, son écriture puissante donne vie aux protagonistes avec leurs ressentis, leurs failles, leurs forces, leur humanité. Ils sont « le livre » plus que l’intrigue elle-même. Il fouille les âmes, creuse pour comprendre chacun, essayer de cerner chaque décision. Il nous montre le côté noir de certains, l’ambivalence d’autres mais aussi la volonté de ceux qui pensent qu’il est encore possible de changer ce qui ne va pas (quitte à être un peu radical). Il décrit à la perfection les lieux (ici un coin de Georgie aux Etats-Unis alors qu’il est anglais), les habitants et leurs occupations, l’atmosphère entre les uns et les autres, les dérives avec l’alcool, la drogue, les bagarres ….

Une fois encore, l’auteur m’a scotchée. Au-delà des recherches, ce qui est intéressant avec lui, c’est l’étude minutieuse des personnages, de leurs caractères, leurs comportements, leurs choix. Chaque attitude face à une situation est décortiquée. Les liens entre Victor, sa nièce, son ex belle-sœur sont présentés dans les moindres détails émotionnels. Le style s’est épuré et le texte est d’autant plus puissant. Vraiment excellent !


"Les grandes et petites choses" de Rachel Khan & Aude Massot

 

Les grandes et les petites choses
Auteurs : Aude Massot (dessins) & Rachel Khan (scénariste)
Éditions : Nathan (12 Janvier 2023)
ISBN : 782092494493
170 pages

Quatrième de couverture

11 secondes, c’est le temps qu’il aura fallu à Nina, 18 ans, pour parcourir un 100 mètres et devenir championne de France. Noire, juive, musulmane et blanche, elle peine à trouver ses marques dans une société qui voudrait l’enfermer dans des cases figées. Alors elle court, elle court pour fuir l’injustice, l’Histoire, les grandes et les petites choses de sa vie. Elle choisit la vitesse pour toucher du doigt ce rêve d’équité. Car, si Nina doute beaucoup face au regard des autres, le chronomètre, lui, est infaillible…

Mon avis

Ce roman graphique est adapté du titre éponyme de Rachel Khan qui y raconte ce qu’elle a vécu. Le personnage qui la représente, Nina, est métisse, issue d’une famille où trois générations vivent sous le même toit malgré leurs différences d’origine. Elle aime la danse, réussit bien mais son professeur lui fait comprendre que sa couleur de peau va gêner l’uniformité du ballet….. C’est révoltant !

Elle se met à l’athlétisme, y prend goût et gagne des médailles. Mais Nina a des hauts et des bas, le sport demande beaucoup d’efforts, voire de sacrifices. Elle a besoin qu’on croie en elle, d’être encouragée. Parfois, elle baisse les bras.

Cette bande dessinée aborde de nombreux thèmes. On est dans les années 90, Certains adolescents se cherchent, comme Nina. À cet âge-là, comment être surs de ses choix ? À qui parler de son mal-être, parfois envahissant ? À qui se confier face à un acte violent alors qu’on vous fait comprendre que « pas de vagues » serait souhaitable ?

J’ai été très intéressée par ce récit. J’aurais aimé qu’on parle un peu plus de la famille très atypique. Mais mettre l’histoire de Rachel-Nina en avant est essentiel, il y a encore tant à faire dans certains domaines ! Les dessins sont simples, expressifs, bien colorisés.  Les bulles montrent les difficultés rencontrées par la jeune fille. Son rapport aux autres n’est pas toujours facile, ni naturel. Elle est souvent méfiante, a du mal à faire confiance. On peut la comprendre car elle vit quelques situations délicates.

Une belle découverte qui me donne envie de lire le livre.

NB : la préface de Rachel Khan est puissante : « … des couleurs, contre toutes les formes d’intolérance, pour réparer nos humanités, pour poursuivre notre récit universel et vivre nos petites histoires en grand. Au fond des bulles et des couleurs pour célébrer la vie. »



"La montagne vivante" de Nan Shepherd (The Living Mountain)

 

La montagne vivante (The Living Mountain)
Auteur : Nan Shepherd
Traduit de l’anglais par Marc Cholodenko
Introduction de Robert Macfarlane
Éditions : Christian Bourgois (2 mai 2024)
ISBN : 978-2267048810
210 pages

Quatrième de couverture

C’est un monde à couper le souffle que décrit Nan Shepherd de sa prose poétique et exaltée : les rivières, la neige, la faune et la flore… Elle explore les résonnances du cœur humain et du paysage, s’affronte à la grandeur souvent terrifiante de la montagne, et nous convie à contempler l’âme du monde déployée sous nos yeux. Écrit en 1940, ce chef-d’œuvre méditatif et envoûtant sur les beautés de la nature est devenu un classique incontournable du genre.

Mon avis

Ce livre a été écrit en 1940. L’auteur ayant essuyé un refus, il a été remisé dans un tiroir jusqu’en 1977 où il est sorti en peu d’exemplaires. Et puis Robert Macfarlane (un écrivain voyageur) l’a lu et l’a remis au goût du jour. Dans cette édition, il a écrit une longue introduction où il dit que ce livre l’a transformé.

« Elle m’a ouvert les yeux, m’a appris à voir ces collines si familières au lieu de me contenter de les regarder. »

Ce recueil nous invite à une sortie dans les montagnes écossaises, si chères au cœur et au corps de Nan Shepherd. Son écriture (merci au traducteur), ses mots, sa façon de s’exprimer, subliment le lieu unique qu’elle présente. Elle nous fait un cadeau car ce qu’elle décrit permet de comprendre son lien à la nature, aux éléments et comment les appréhender pour s’offrir des moments magiques en totale communion avec ce qu’on peut contempler, écouter, percevoir lorsqu’on est dans la montagne.

Oui, c’est difficile parfois de randonner, lorsqu’on monte en altitude et que le souffle est de plus en plus court mais petit à petit le corps s’habitue et le paysage en vaut la peine. Nan explique comment elle prend le temps de regarder un cours d’eau, en balayant du regard ce qui s’offre à sa vue, en écoutant le bruit des gouttes qui tombent, en vivant chaque instant, pleinement, en conscience.  Finalement, c’est un texte très actuel car c’est la source des séances de sophrologie ou de bien-être : carpe diem….

Mais ce qui fait la force de ce récit, c’est le style lumineux, poétique, portant un magnifique message d’amour pour ce lieu que Nan apprécie au-delà de tout.

« Mais souvent la montagne se donne le plus complètement quand je n’ai pas de destination, quand je ne cherche pas un endroit particulier, quand je suis sortie rien que pour être avec la montagne comme on rend visite à un ami sans autre intention qu’être avec lui. »

La montagne respire, c’est comme un être humain, elle représente une forme de vie pour Nan. D’ailleurs, tous ses sens sont en éveil lorsqu’elle est auprès d’elle.

« Former l’oreille au silence, c’est découvrir combien il est rare. »

Elle glisse hors du temps en totale harmonie avec le lieu. Elle reconnaît que vivre là-haut n’est pas toujours aisé pour ceux qui y restent à demeure. Ceux qui ont choisi d’y habiter savent que le labeur sera quotidien, lourd, long, voire épuisant mais c’est une décision réfléchie et une forme de bien-être pour eux. Leur équilibre est à ce prix et leur accueil envers ceux qui, comme Nan, les comprennent, est beau, simple et joyeux.

Ce texte est superbe, chaque recoin de la montagne est offert à notre regard par les phrases de Nan, que ce soit un paysage exceptionnel ou un aspect plus difficile, elle partage tout avec un phrasé puissant, lyrique nous permettant de voir plus loin que le premier regard…. Un livre à savourer et à relire….


"Mission Damas" de David McCloskey (Damascus Station)

 

Mission Damas (Damascus Station)
Auteur : David McCloskey
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Johan-Frédérik Hel-Guedj
Éditions : Verso (24 mai 2024
ISBN : 978-2386431050
560 pages

Quatrième de couverture

Sam Joseph, agent de la CIA, est envoyé à Paris afin de recruter Mariam Haddad, haute fonctionnaire travaillant au palais présidentiel syrien. Entre eux, c’est le coup de foudre. Mais cette relation interdite pourrait leur coûter très cher, surtout qu’ils doivent se rendre à Damas pour traquer le responsable de la disparition d’un espion américain.

Mon avis

David McCloskeyest un ancien analyste de la CIA pour qui il a travaillé dans plusieurs antennes à travers le Moyen-Orient et il est également spécialiste de la Russie. C’est dire si son récit est bien pensé, ancré dans de terribles réalités.

Sam Joseph est agent de la CIA mais lorsqu’il est en mission, il doit tout avoir du touriste ordinaire, flânant çà et là. Il a appris à déjouer une filature, à repérer les personnes qui peuvent le filer, à subir des sévices corporels pour être prêt quelles que soient les circonstances. Mais souvent entre l’entraînement et le terrain, il y a un gouffre….

Au début du livre, on le suit en Syrie où il participe à une exfiltration qui ne se passe pas comme prévue. L’atmosphère dans le pays est très tendue, on le sent dès le début et les descriptions très pointues nous plongent dans ce contexte anxiogène où règne la peur.

Par la suite, on confie une tâche à Sam, il doit recruter Mariam Haddad, assistante d’une personne importante au palais présidentiel syrien, afin d’obtenir des informations. Ce que ni l’un ni l’autre n’avaient prévu, c’est le fait qu’ils se sentent irrésistiblement attirés l’un vers l’autre. Ils savent que c’est interdit, qu’ils ne doivent pas céder à leurs pulsions amoureuses mais …. Sam n’ignore pas que Mariam sera son « talon d’Achille », que les ennemis profiteront de cette faiblesse s’il est pris.

À Damas, Bachar El-Assad impose une main de fer, la guerre civile est en route mais il ne lâche rien. Les espions sont surveillés, coincés, tout est fait pour les prendre en défaut, faire craquer leur couverture officielle, les obliger à se dévoiler.

C’est avec une écriture rythmée (merci au traducteur), sans fioriture que l’auteur emmène le lecteur dans un univers digne des meilleurs films d’espionnage. De l’action en permanence et pour souffler au milieu des scènes de violence, l’amour interdit de Sam Et Mariam. Mais rien n’est simple pour eux, ils sont sans arrêt sur la défensive, obligés d’être sur le qui-vive en permanence, ne pouvant rien montrer de leurs sentiments…

J’ai trouvé ce roman particulièrement intéressant, même s’il est « dur ». Il nous montre l’envers du décor des milieux politiques et des services secrets. Ce n’est pas un jeu de chat et de souris, c’est beaucoup plus complexe que ça. Il y a des enjeux énormes, notamment lorsque les familles des agents secrets sont menacées. Eux, ils sont formés pour faire face, prêts à souffrir, voire à mourir mais quand l’ennemi touche une personne qu’ils aiment, la donne change… D’où le fait que quelques fois, ceux qui sont recrutés, le sont parce qu’ils n’ont pas d’attache.

 David McCloskey décrit des méthodes pour faire parler qui font froid dans le dos et on se doute bien qu’elles existent…. Ce qu’il présente est très pertinent, il glisse même des faits historiques pour donner du poids à son histoire. Les personnages ne sont pas manichéens, ils ont des failles, certains très humains. Je pense à Ali, qui est plutôt surprenant dans sa façon d’être, d’appréhender les relations avec les autres, quel que soit leur bord.  

Un recueil sans temps mort, à l’intrigue travaillée qui plaira aux amateurs du genre !

"Dies Irae Jour de colère" de Pascal Alliot

 

Dies Irae
Auteur : Pascal Alliot
Éditions : Maia (15 Avril 2024)
ISBN: 9791042500474
230 pages

Quatrième de couverture

Alors il commence son texte, son état de vie, son acte de reconnaissance. Par ses premières années, celles heureuses à Saint-Savetier, il y a trente ans environ. Quelque part dans le Nord, au pays des mines. Des terrils. Un p’tit gars du Nord qui est monté à la capitale, et qui a croisé son destin.

Mon avis

« Dies Irae », jour de colère, c’est le nom d’un groupe musical composé de copains.

Ils sont du Nord, des vies plus ou moins faciles pour leurs parents, pour eux également. Des villes ouvrières, le chômage avec tout ce que ça implique de difficultés, de fatalisme, de peur de l’avenir…Yvan et François sont frères. Ils voient leurs parents galérer. Le père perd pied, et fait vivre l’enfer à sa famille. Finalement, la mère se retrouve seule avec ses deux fils. À la maison, on écoute un peu de musique, ça calme, ça fait du bien.

Un jour, c’est le déclic, le hasard des rencontres, la musique est entrée dans leur quotidien et avec deux copains, ils forment un quatuor qui de jour en jour devient connu. Les chansons leur correspondent. Ils expriment le mal-être et les jeunes se sentent compris. Alors bien sûr, ils rencontrent le succès, un bon manager qui sait les accompagner et les « vendre ».

Mais lorsqu’on connaît la gloire et la fortune, il faut être vigilants au revers de la médaille, ne pas subir trop d’influences néfastes, ne pas se laisser griser, ne pas sombrer dans certaines formes de dépendance, rester humbles et solides…

Ce roman montre combien il est ardu de vivre dans le monde des vedettes, de maintenir des relations « normales » avec ceux qu’on aime alors que les fans vous envahissent, qu’ils demandent toujours plus et que vous faites tout pour les satisfaire…

Le récit est prenant car il y a du rythme, des événements déclencheurs qui provoquent des mieux ou des moins bien pour le groupe, il se passe toujours quelque chose et on se demande ce qu’ils vont devenir. Ce sont des adolescents un peu fragiles qui finalement grandissent peut-être trop vite….

L’écriture mordante, vive de l’auteur nous met rapidement dans le vif du sujet. Il décrit parfaitement les journées des musiciens chanteurs, les tournées, les tentations, les accès de colère, les disputes pour une fille ou autre. On réalise qu’être une star ce n’est pas simple, c’est même tout le contraire. Et la fin nous le rappelle …


"Les longueurs" de Claire Castillon

 

Les longueurs
Auteur : Claire Castillon
Éditions : Gallimard (13 janvier 2022)
ISBN : 978-2075152860
194 pages

Quatrième de couverture

"Tu es fermée comme une outre, me dit maman. Toute floue, Lili. Et puis fuyante. Il se passe quelque chose, dis-moi. On t'a fait un sale coup ? Je peux t'aider ? Je te dépose au collège ?" Outre noire. Peinture. Soulages. Cours d'art plastique avec Mme Peynat en salle 2B. Concentre-toi, Lili. Trouve la solution. Il y a toujours une voie de réchappe. Les mamans savent, à peu près. D'instinct, elles devinent. À peu près. La mienne sait que dans sa fille quelque chose ne marche plus.

Mon avis

Georges, « Mondjo », c’est le meilleur ami de la Maman d’Alice. Il rend service, il est plus présent que le père « PP » (papa parti) qui s’est installé aux Etats-Unis, avec Kate, une femme plus jeune que lui. Mondjo est prof d’escalade et Alice, est douée. Alors il l’emmène en compétitions, en cours et s’occupe d’elle quand sa mère est retenue par son travail.

Parfois, Alice devient Anna. Ça c’est quand Mondjo l’initie aux gouzgouz, des chatouilles avec les ongles, dans le dos, pour rire, parce qu’ils sont bien tous les deux. Et puis, au fil du temps, il va plus loin, il insiste, la situation dérape et il murmure.

« Un secret magnifique que tout enfant partage avec un adulte…C’est le secret de la vie, ta maman a vécu ça, chaque personne a un grand amour dans sa vie, qui le forme. C’est normal. »

Normal ? Le mot est lâché. L’emprise est en place, le prédateur a pris le dessus : secret, normal, quand tu seras grande, on se mariera, mais si tu le dis… le chantage prend le relais …. Anna écoute, flattée, troublée, se parlant à elle-même quand les gouzgouz vont trop loin. Est-ce interdit ? Non, puisqu’il dit que c’est NORMAL. Elle cherche à se rassurer. Elle a sept ans, elle n’a pas eu de prévention, elle ne sait pas… Elle ne dit pas oui, elle n’a pas le choix, il est là, il agit et elle subit …

Le temps passe, elle grandit, il devient plus exigeant. Elle s’interroge sur ce qu’ils font. Elle refuse le shopping avec sa mère, pas de jupe, pas de pull échancré, devenir transparente, se faire oublier, dormir chez une copine … Elle n’est plus la même en classe, ses camarades s’interrogent … Elle a envie d’ailleurs.

« Je n’ai la liberté de rien, même pas celle de m’enfuir. »

Mais Mondjo s’incruste, il est là, tout le temps ou presque et décide.

L’écriture de l’auteur ne fait pas dans le pathos, ni la surenchère, les faits racontés par Alice/ Anna. Ce qu’elle ressent, ce qu’elle pense avec parfois des retours en arrière. Chaque phrase est un coup de poing, nous mettant face à une terrible réalité.

Ce livre devrait être présent dans tous les CDI de collège, de lycée. Il est puissant car l’auteur met des mots sur l’impensable, l’horreur du pédophile. J’ai été effarée par la façon dont il manipule Alice, les mots qu’il emploie pour présenter les faits et les faire accepter. La pression qu’il met sur les épaules de cette fillette puis adolescente est inadmissible, révoltante !

On peut penser : mais la mère ne voit rien ? Quand on lit tout ce que ces « Mondjos » font pour passer sous les radars, on réalise qu’ils peuvent passer inaperçus d’où l’importance de la prévention.

Combien de jeunes ont eu leur enfance, leur innocence, volées, violées par des prédateurs sexuels, dangereux ? Combien de traumatismes impunis ? Combien de cris étouffés ?

C’est important que des romans comme celui-ci existent.

C’est un coup de cœur douloureux pour le sujet évoqué mais un coup de cœur car ce récit est très bien rédigé, construit, présenté.


"Le collier de Louise" de Nicole Di Persio

 

Le collier de Louise
Auteur : Nicole Di Persio
Éditions : Libre 2 Lire (17 Mai 2024)
ISBN : 9782381575285
298 pages

Quatrième de couverture

France, 2014
Quand s’éteint sa promesse d’enfant, la vie de Louise bascule. D’une brève rencontre amoureuse, elle garde précieusement un collier aux étranges effets sur sa personnalité perturbée.
Italie, 1847
La petite Henriette est abandonnée par son père aux mains d’une tante française. De sa vie en Italie, il ne reste qu’un portrait de sa maman.
Deux pays, deux époques, deux destins qui s’entrecroisent sur le chemin de la reconstruction de Louise.

Mon avis

Une fausse couche, des complications, et c’est un tsunami qui s’invite dans la vie de Louise. Elle ne portera plus d’enfants. Une fois le choc passé, il faut accepter l’impensable : son conjoint la quitte car il veut être père et ne supporte pas la situation. Comment se relever de ce double choc, si violent, si douloureux ?

C’est là que Murielle, sa vieille amie, dont elle n’avait pas de nouvelles, réapparaît et lui propose un court séjour à Venise. Partir, se changer les idées, sans pour autant oublier sa peine. Prendre l’air, ailleurs, loin des souvenirs, même quelques jours, fera du bien à Louise alors elle dit oui. La magie de la Sérénissime l’emporte, elle flirte avec un homme qui lui offre un collier qui se marie bien avec ses yeux.

Retour en France, au quotidien, Louise est étonnée. Ce bijou semble vivre sa propre vie au contact de sa peau et lui offrir des rêves qui mis bout à bout ressemblent à une histoire… Elle ne sait que penser. La vie continue avec ses hauts, ses bas, des rencontres qui l’aident, surtout une d’ailleurs…. Elle s’accroche et comme un dérivatif, ressent le besoin de connaître l’histoire de cette parure. Commence alors une longue recherche en Italie où le joyau tel le fil d’Ariane l’emmène d’un lieu à l’autre.

Parfois le mystère s’épaissit puis un petit indice relance la mécanique des investigations. Louise a besoin d’explications et transmet sa soif de compréhension au lecteur qui voudrait, comme elle, que sa quête aboutisse.

C’est à ce moment-là que Nicole Di Persio, habilement, nous entraîne dans le passé, en Italie où finalement tout a commencé…. Là-bas, en 1847, c’est une Maman qui est décédée et un père qui ne veut pas ou ne peut pas garder la fillette que sa compagne avait mise au monde….

Dans ce roman, l’auteur aborde de nombreux thèmes. La gémellité, le désir d’enfant et les différentes méthodes pour en avoir : procréation naturelle, adoption, GPA avec tout ce que ça implique, le couple, le poids du passé, les non-dits et les secrets de famille, l’amitié, la culpabilité…. Son récit est intéressant, complet, parfaitement agencé, vraiment bien construit. Son écriture est plaisante, avec un vocabulaire soigné sans être ostentatoire. J’ai beaucoup aimé le lien entre le passé et le présent et la façon dont elle nous le fait découvrir, par petites touches. Ce qui m’a plu également, ce sont les portraits des femmes qu’elle évoque. La plupart sont attachantes, volontaires. Leurs personnalités sont décrites par l’intermédiaire de ce qu’elles vivent, de leurs choix, de leurs réactions face à l’adversité. J’ai beaucoup apprécié le cheminement de Louise et de sa sœur, il aurait été dommage qu’elles se perdent en chemin. J’ai trouvé la première courageuse, capable de pardon.

Ce roman est une lecture riche de sens, ouvrant des réflexions profondes lorsqu’on s’interroge : comment aurais-je réagi à leur place ?


"Nos ombres, là-bas" de Jean-François Regnier

 

Nos ombres, là-bas
Auteur : Jean-François Regnier
Éditions : ‎ Librinova (3 avril 2024)
ISBN : 979-1040550686
180 pages

Quatrième de couverture

Anne, la soixantaine passée, fait le bilan de sa vie pour finir par s'avouer que, bien qu'ayant assuré sur le plan professionnel, elle a complètement échoué sur ses liens avec ses enfants mais surtout au niveau de son couple. Son mari, Pierre, prend de la distance, change de comportement, se mure dans son silence, et se met à écrire un livre. Les absences de Pierre finissent par miner le quotidien d'Anne qui choisit de le filer.

Mon avis

Jean-François Regnier est un auteur qui a publié des romans noirs et avec ce dernier titre, il offre quelque chose de totalement différent. Il se glisse dans « la peau » d’une femme et parle de ce qu’elle vit. Ses réflexions, son approche du quotidien sont tout à fait adaptées au personnage qu’il veut présenter.

Par sa plume, c’est Anne qui se confie, s’exprime. Elle est mariée à Pierre, ils ont deux enfants. C’est le temps de la retraite, celui où on imagine que tout va être facile alors que pour certains couples ce n’est pas le cas. Dans ce roman, Anne parle de l’usure de son union, des difficultés de communication, de son attitude, de tout ce qu’elle a négligé.

Ils s’appellent Pierre et Anne mais ce pourrait être n’importe qui. Dans un mariage, il est nécessaire de dialoguer, d’échanger. Ici, Pierre s’est « éteint » au fil du temps et sa femme n’a pas su trouver les mots pour renouer sur de bonnes bases. Personne n’a tort ou raison, les semaines, les mois, les années se sont accumulés avec les non-dits … Pierre s’est muré dans le silence, il souffre probablement mais n’arrive plus à parler à Anne.

Elle, elle fait le point. Elle réalise qu’elle a fait des erreurs, par rapport à ses enfants, son compagnon, sa belle-famille. Elle n’a pas toujours su s’y prendre… Elle voulait que tout soit parfait et ses exigences ont pesé sur leur famille. Les regrets ? Ils sont là mais tout le monde le sait : ce n’est jamais totalement noir ou totalement blanc… Ils étaient deux et une union ça se construit, ça se maintient en vie, à deux. Elle va essayer de comprendre son mari en faisant des recherches pour mieux cerner son passé mais est-ce que ça sera suffisant pour retisser les liens entre eux ? Et puis, la question principale est : de quoi a-t-elle envie maintenant pour la suite de son existence ? Elle repense à ce qu’elle s’était promis ….

L’écriture est plaisante, sans pathos. L’auteur aborde plusieurs aspects de la vie à deux et rappelle qu’il faut être vigilant pour ne pas se noyer dans la routine, qu’il est important de se parler et de se câliner pour maintenir la communication, etc. C’est un livre fort, empli d’émotions, qui renverra chacun à sa propre histoire, servant peut-être de piqûre de rappel à quelques-uns.

Une lecture forte et bien construite que j’ai trouvé intéressante par les thèmes évoqués : la relation au deuil, le couple, la retraite, la famille, le poids du passé, la culpabilité, l’éducation des enfants, le voisinage ….


"La Viking" de Jacques-Olivier Bosco

 

La Viking
Auteur : Jacques-Olivier Bosco
Éditions : Fayard (24 avril 2024)
ISBN : 978-2213720814
370 pages

Quatrième de couverture

Samantha, jeune mère divorcée, refuse de faire le deuil de sa sœur jumelle, Bianca, disparue depuis presque dix ans en Indonésie. Dans quelques mois, l’administration la considérera officiellement morte. Convaincue que Bianca est toujours en vie, Samantha redouble d’efforts et sillonne le monde pour la retrouver avant la date fatidique. Alors qu’elle commence à se faire une raison, un nouveau malheur la frappe : ses enfants sont kidnappés. S’engage alors une course contre la montre dans laquelle Samantha tente de démêler les mensonges et de découvrir les terribles secrets que lui cachent ses proches.

Mon avis

La vérité d'un jour n'est pas toujours celle du lendemain…

Dans quelques mois, ça fera dix ans que Bianca, la sœur jumelle de Samantha, a disparu. Une décennie et l’administration considèrera qu’elle est décédée. Pourtant, jamais Samantha n’a baissé les bras, changeant même de métier pour voyager plus facilement, à l’autre bout du monde, là où Bianca avait donné un dernier signe de vie. Négligeant, son conjoint, ses enfants, ne se résignant pas, elle s’est oubliée dans cette quête. Elle n’a pas su gérer, les cauchemars récurrents, les angoisses, la culpabilité de ne pas retrouver sa frangine.

Ces deux jeunes femmes ont toujours tout partagé, presque trop, se promettant de se protéger, d’élever leurs enfants ensemble, de ne jamais se quitter, de ne pas abandonner l’autre si elles étaient amoureuses etc… Elles se sont toujours fondues l’une dans l’autre pour ne faire qu’une …. Mais ce n’est plus le cas…. Et c’est terrible pour celle qui cherche sans relâche son alter égo.

Jacques-Olivier Bosco dit JOB, sonde les âmes, analyse les ressentis de chacun. Il explore les erreurs, les influences et surtout il décrypte tout ce qui a trait à la gémellité. Ces liens uniques, forts, qui ne s’expliquent pas parce qu’ils se vivent…. Certains esprits chagrins diront que c’est un peu exagéré, qu’il est évident que deux frangines, même issues d’un même œuf, ne peuvent pas se comporter ainsi…. Mais ce n’est pas gênant, pas plus que quelques invraisemblances de l’intrigue. Ce qui est intéressant c’est de voir jusqu’où deux personnes qui s’aiment d’un amour inconditionnel peuvent aller…. Et c’est surprenant ….

D’autres thèmes sont abordés, les méthodes de recrutement pour les guérilleros, le poids des politiques, les transports en avion avec les risques pour le personnel, les relations familiales, le deuil impossible lorsqu’il n’y a pas de corps.

J’ai mis un certain nombre de pages avant de m’attacher à Sam. Au début, elle m’agaçait. J’aurais aimé qu’elle communique plus alors qu’elle me semblait centrée sur ses investigations, seule ….Sa solitude n’est pas forcément un atout, elle l’isole et peu de gens l’aident. Elle m’a également paru désorganisée.

L’écriture est tonique, les chapitres courts donnent un rythme soutenu. On fait quelques incursions dans le passé par l’intermédiaire des souvenirs de Samantha, ils lui reviennent par bribes (sa mémoire lui joue des tours suite à un problème de santé). C’est elle qui raconte et comme l’auteur est un homme, il a été assez fort pour rédiger comme s’il était une femme sans que rien ne détonne. Bravo !

Je dirai que c’est un roman noir qui plaira à la gent féminine, malgré la violence, par son héroïne et quelques scènes aux détails croustillants. Il y a énormément d’actions, de retournements de situation et l’intérêt ne faiblit pas. Qui manipule qui ? JOB nous retourne comme une crêpe et la vérité est loin d’être une évidence malgré quelques petits détails semés çà et là. J’ai été impressionnée par la construction du livre, les informations qu’il contient. Tout est parfaitement structuré et s’emboîte à la manière d’un puzzle.

Je n’ai pas autant été transportée, bouleversée, qu’avec d’autres titres de l’auteur mais c’était un agréable moment de lecture !


"La femme en robe rouge" de Noëlle Marchand

 

La femme en robe rouge
Auteur : Noëlle Marchand
Éditions : Hugo Stern (20 Mai 2024)
ISBN : 9782383930723
280 pages

Quatrième de couverture

Louise Pellegrin, maman célibataire sans histoires vit avec sa fille Melody dans un petit trois pièces étriqué à Nice. Démonstratrice en produits cosmétiques, elle symbolise pour son entourage, l'amie parfaite, aimable et serviable. Tout le monde aime Louise, jusqu'au jour où elle se volatilise mystérieusement sans donner d'explication. Le mystère continue de s'épaissir quand le PDG d'une grosse entreprise de la région s'évanouit à son tour vers les falaises du Cap Dramont. L'après-midi de sa disparition, il aurait été vu en compagnie d'une femme.

Mon avis

Son compagnon l’a abandonnée alors qu’elle était enceinte, Louise Pellegrin a donc élevé sa fille, Melody toute seule. Elle travaille comme commerciale en produits de beauté et elle est amenée à sillonner les routes. Elle est agréable, souriante, avenante, bonne collègue. Son jardin secret ? Un amant qu’elle a rencontré lors d’une soirée solitaire comme en connaissent les représentants.

Lui, il est directeur général d’une grande fabrique de souvenirs. Il a épousé la fille du patron et a pris sa place lorsque ce dernier a arrêté.  Toute la famille travaille dans l’entreprise. Au hasard de ses sorties pour « voyages d’affaire », il s’offre du bon temps avec Louise. Il s’est même promis de la mettre à l’abri enfin c’est ce qu’il dit.

Les voilà en escapade tous les deux. Louise s’interroge parfois sur la sincérité de son amoureux, surtout quand il appelle sa femme et lui raconte des mensonges. Il la contacte tous les jours dès qu’il s’absente, c’est un rituel. Aussi, le lendemain, sans nouvelles de lui, elle se rend au poste de police pour signaler une probable disparition. C’est le commissaire Fennec, dont la dernière enquête a été une réussite, à qui on confie les investigations.

Si, au départ, on pense que les choses sont assez simples, il n’en est rien. Louise ne rentre pas chez elle. En fin limier, le policier interroge tout le monde, essaie de recouper les informations qu’il obtient, de faire des liens. Il sent bien que certaines personnes ne disent pas tout, mais pourquoi ?

L’intrigue se déroule sur la Côte d’Azur et les descriptions précises sans être lourdes permettent de visualiser les lieux sans problème. L’atmosphère est bien retranscrite que ce soit pour ceux qui sont inquiets pour eux ou les autres, ou pour ceux qui magouillent et qu’on aurait envie de gifler… les protagonistes sont bien campés, on cerne leur caractère, leurs ambitions, leurs failles …

Au fil des pages, on passe de l’un à l’autre, on suit des fausses pistes. C’est très bien amené et la construction est impeccable, elle permet d’éviter toute forme de lassitude.

 J’ai beaucoup apprécié ce roman. Je me suis attachée à Louise et à sa fille, espérant le meilleur pour elles. Je me suis posée des questions, cherchant qui agissait dans l’ombre, sans forcément trouver de réponse. L’écriture est fluide plaisante. De nouveaux éléments apparaissent régulièrement et relancent le suspense. C’est rythmé, prenant. J’ai passé un bon moment de lecture !

L’avis de Franck

Cette histoire est axée autour d’une enquête policière suite à la disparition de Stanislas Pietri, patron de l’entreprise Faivrazur.

Au fur et à mesure de l’avancée de l’intrigue, on apprend l’importance de la recherche de la montre Rolex du disparu et on s’amuse à suivre les progrès des investigations du commissaire Fennec, tout auréolé de la gloire de la précédente enquête qu’il a résolue.

Malgré la multiplicité des personnages et de fausses pistes, on ne perd pas le fil de l’enquête. On se plaît à faire des hypothèses sur le (ou la) présumé coupable. Au fil des pages, on trouve de nouvelles informations nous permettant de maintenir notre intérêt et d’avoir une lecture agréable autour de personnages bien pensés.

Les lieux de l’action (la côte d’Azur) sont plutôt bien décrits et on se voit déjà à la terrasse du café tenu par Rose, observant les protagonistes de l’histoire pris dans leurs tourments.

Le chapitrage peut dérouter au début puisque l’on saute d’un personnage à un autre et que parfois on remonte le temps des évènements, mais cela ne gêne en rien la compréhension de l’histoire. On réfléchit, on fait des hypothèses, on s’interroge sur les motivations des uns et des autres. Le plaisir de la lecture est intact.

Le style d’écriture n’est pas sans rappeler les romans de Shamini Flint et de son héros récurent l’inspecteur Singh. On peut légitimement espérer que l’inspecteur Fennec devienne à son tour, un enquêteur récurrent et donc supposer avoir en main le premier roman d’une future série policière.


"Dans les coulisses du musée" de Kate Atkinson (Behind the scenes at the museum)

 

Dans les coulisses du musée (Behind the scenes at the museum)
Auteur : Kate Atkinson
Traduit de l’anglais par Jean Bourdier
Éditions : Christian Bourgois (2 Mai 2024)
ISBN : 978-2267048711
528 pages

Quatrième de couverture

Dès sa conception, une nuit de 1951, la petite Ruby Lennox a senti qu’on se serait bien passé d’elle… Ce qui ne l’empêche pas de nous raconter, avec un humour et une lucidité féroces, l’histoire des siens – une famille anglaise moyenne, mais tout sauf ordinaire, dont notre jeune narratrice est bien décidée à dévoiler les secrets.

Mon avis

Dès les premières lignes, le ton est donné, Ruby se moque d’elle-même avec dérision et humour. Elle se raconte dès sa conception, alors que personne ne sait qu’elle est là, nichée au chaud dans l’utérus maternel, jusqu’à l’âge adulte. Elle observe sa famille, une famille -presque-ordinaire, avec une acuité pertinente. En tant que fœtus elle a accès aux pensées de sa génitrice et c’est amusant. Une fois née, elle garde cet « œil extérieur ».

Elle porte un regard acéré sur tous ceux qui gravitent autour d’elle, d’abord avec les yeux d’un bébé, puis d’une fillette qui va devenir adolescente puis femme. Le vocabulaire et les réflexions évoluent avec sa maturité. Il y a quelques annexes, alors écrites par un narrateur indépendant, qui reviennent sur des faits. La plupart du temps, c’est comme une caméra qui balaie les différentes situations et qui complète ce que Ruby a pu oublier ou qu’elle ignorait. C’est vraiment très bien pensé !

Pa son approche mordante, elle explore les relations avec sa mère, son père, ses sœurs etc. Sans être totalement dysfonctionnels, les liens sont un peu atypiques. Le père est un coureur, les frangines sont dans leur monde ….La maman a du mal à se positionner, aime-t-elle ses enfants ou se sent-elle obligée de leur procurer un peu d’attention ? La tendresse, l’amour, le dialogue, l’écoute, le partage ; n’en parlons pas…. Elle est parfois maladroite, brusque, avec ses filles.

« Elle est toujours impatiente de nous en faire sortir le matin, tirant brutalement les rideaux et nous extirpant de nos draps bien chauds avec une hâte très proche du sadisme. »

L’histoire commence en 1951 et s’étale jusqu’en 1992 mais avec les retours en arrière, on aura des informations sur des événements ponctuels pendant les deux guerres mondiales et forcément ce qui en a découlé pour les personnages qu’on connaît. Au fil des pages, quelques non-dits apparaissent et on n’est pas au bout de nos surprises ! La principale révélation en fin d’ouvrage mériterait qu’on relise tout pour relier ce qui aurait pu nous mettre la puce à l’oreille.

Ce qui est assez jubilatoire c’est que Ruby donne le sentiment de savoir plein de choses sur les autres (les rêves de sa mère, comment se sont rencontrées certaines personnes…) alors qu’elle n’a pas les éléments en main. C’est un peu comme si elle « planait » au-dessus de tout le monde en analysant tout et en ayant accès à ce qui les concerne.

J’ai énormément apprécié ce roman. Ce n’est pas une saga familiale ordinaire. La construction, l’écriture, les remarques piquantes de Ruby font toute la différence. Le texte est à la fois jubilatoire, pétillant, émouvant, plein de nuances. J’ai été totalement conquise par l’écriture (merci au traducteur) qui nous prend à témoin de certaines scènes. Et je ne résiste pas à partager une anecdote.

Exceptionnellement, Ruby est seule responsable du magasin de ses parents où l’on vend, entre autres produits pharmaceutiques, des préservatifs, pliés dans du papier d’emballage marron pour plus de discrétion. Mais certains ne veulent pas acheter ce genre de choses à une gamine de quatorze ans…

« Quand certains clients foncent dans la Boutique, ils s’arrêtent net en me voyant et leur regard se porte soudain sur le premier article à portée de leur main. Ils ressortent, déconfits et déçus, avec un paquet de pansements adhésifs ou une paire de ciseaux à ongles. Je suis ainsi probablement responsable de bien des grossesses non désirées. »

Je me suis attachée à Ruby, elle porte une certaine forme de culpabilité, ne se sent pas toujours « reconnue » et ça crée un malaise en elle. Elle essaie d’avancer, elle a quelques fois des attitudes qui ne sont pas dans la « norme » mais lui a-t-on expliqué ? Elle a globalement été souvent abandonnée, comme un vilain petit canard au milieu d’une nichée (qu’on voudrait) de cygnes….

Ce livre, premier titre de l’auteur, publié, en 1995 était indisponible depuis 2020. Il aurait été dommage qu’il ne soit pas réédité tant c’est un petit bijou littéraire.


"Quand l'abîme te regarde" d'Eric Emeraux

 

Quand l’abîme te regarde
Auteur : Éric Emeraux
Éditions : Récamier (23 mai 2024)
ISBN : 978-2385771287
642 pages

Quatrième de couverture

Paris, août 2021. Le colonel Michel Rinocci, dit Rhino, est le chef de l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité et les crimes de haine (OCLCH). Une mystérieuse affaire de braquage le remet sur la piste de Vuk, son pire ennemi, présumé mort. Ce criminel de guerre est le responsable de terribles exactions dont Rhino a été le témoin impuissant en 1994, pendant la guerre en Bosnie-Herzégovine. La traque reprend pour le colonel. Mais certains fantômes du passé ressurgissent et bouleversent son fragile équilibre familial. De chasseur, il devient traqué.

Mon avis

Éric Emeraux a été chef de OCLCH (l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité et les crimes de haine) et son roman est probablement inspiré de ce qu’il a vu, vécu et entendu. Il plonge le lecteur dans un contexte riche, complexe où les hommes sont confrontés à des situations plus que difficiles voire même insoutenables. Et ils n’ont qu’une mission : tenir, résister et faire au mieux pour sauver ceux qui souffrent.

En 1994 / 1995, le colonel Michel Rinocci, dit Rhino, chef de OCLCH, était en Bosnie-Herzégovine. Un pays déchiré, éclaté où les conflits entre ethnies sont d’une violence terrible. Rhino, à l’époque avec les chasseurs alpins, était en mission pour obtenir des renseignements. Avec ses coéquipiers, ils devaient être discrets, observateurs pour apporter à leurs chefs des éléments de réponse. Mais surtout, il était indispensable qu’ils ne se dévoilent pas au risque de se mettre en danger, de tout gâcher. Et c’est pour cela qu’en planque ils ont assisté à des exactions traumatisantes, la torture d’êtres humains. La colère, la culpabilité rongent Rhino. Il est hanté par ces faits, les images sont restées imprimées sur sa rétine. Il n’a jamais oublié, c’est impossible pour lui.

Il est maintenant en France, on est en 2021, le temps a passé, il a élevé seul son fils, David. Il a toujours un côté imprévisible, un peu électron libre et son boulot est sa principale occupation. Quelques fois, David reproche à son père de « l’oublier », de ne pas tenir ses engagements lorsqu’ils doivent se voir pour partager un repas, un concert…. Rhino le sait mais côté travail, il ne veut rien lâcher et essaie d’être présent sur tous les fronts.

Août 2021, dans un hôtel particulier parisien, un braquage a lieu. Un des malfrats est blessé et coincé par la police. Le capitaine Bonnier de la DPJ (direction de la police judiciaire) remarque sur le bras de l’homme hospitalisé un tatouage qui l’interpelle. Après quelques recherches, il s’avère que c’est un criminel de guerre, recherché en Bosnie-Herzégovine. Bonnier prévient Rhino qu’il connaît bien. C’est un choc pour ce dernier et en même temps peut-être l’occasion de revenir sur le passé afin de tirer un trait définitif et de le mettre vraiment derrière lui ?

Bien sûr, Rhino est loin de se douter où il met les pieds, où cette rencontre fortuite va l’entraîner. Alternant le présent et le passé, nous découvrons son quotidien en mission il y a vingt-sept en arrière et sa volonté maintenant de venger ceux et celles qui ont subi l’impensable. On pourrait alors lire une chasse à l’homme assez habituelle mais ce livre est beaucoup plus travaillé que ça.

L’auteur a construit un récit aux multiples entrées, avec de nombreux personnages (Il aurait pu être intéressant de les lister en début d’ouvrage avec le lieu où ils interviennent mais ce n’est pas indispensable). Avec son expérience, il peut nous expliquer les enjeux militaires, politiques, humains dont découlent des décisions, parfois incompréhensibles quand on ignore les manipulations, les mensonges, tout ce qui est tu pour des raisons diverses.

L’écriture est tonique, elle décrypte les événements dans un style journalistique, qui peut sembler froid car il laisse peu de place aux sentiments. Pourtant, le lecteur est traversé par des émotions variées surtout si, comme moi, il s’attache à Rhino. C’est un homme à l’histoire peu ordinaire, et j’ai trouvé excellent que sa vie personnelle soit en lien avec ce qui se passe dans sa vie professionnelle. Il est tiraillé et peut perdre pied d’un moment à l’autre, montrant que, finalement, il est humain tout simplement.

C’est une lecture assez exigeante pour ne pas mélanger les lieux, les protagonistes, mais captivante avec des rebondissements pour maintenir le rythme et l’intérêt.  Éric Emeraux a rédigé un texte ambitieux, réfléchi et il l’a réussi sans fausse note.

NB : une préface du général Christophe Gomart, des références musicales, des extraits de poèmes de Rimbaud apportent un plus à ce texte foisonnant.


"Les sept soeurs - Tome 6 : La soeur du soleil" de Lucinda Riley

 

La sœur du soleil (The Sun Sister)
Auteur : Lucinda Riley
Traduit de l’anglais (Irlande) par Marie- Axelle de La Rochefoucauld
Éditions : Charleston (10 Juin 2020)
ISBN : 978-2368125052
780 pages

Quatrième de couverture

À la mort de leur père, énigmatique milliardaire qui les a ramenées des quatre coins du monde et adoptées lorsqu’elles étaient bébés, Électra d’Aplièse et ses sœurs se retrouvent dans la maison de leur enfance, Atlantis, une magnifique demeure sur les bords du lac de Genève. Électra, la sixième sœur, a tout pour elle : mannequin le plus en vue de la planète, elle est belle, riche et célèbre. Mais derrière cette image idéale, c’est une jeune femme perdue depuis le décès de Pa Salt. Emportée dans la spirale infernale de la drogue et de l’alcool, et alors que tout son entourage craint pour elle, elle reçoit une lettre d’une inconnue qui dit être sa grand-mère. Celle-ci lui révèle que ses racines se trouvent au Kenya, au cœur d’une tribu massaï…

Mon avis

Comme pour les autres livres de la série, on va découvrir deux beaux portraits de femme, liées par leur histoire. Électra vit dans le monde contemporain, c’est une mannequin très riche qui perd pied et se laisse tenter par les mauvaises choses, les mauvaises personnes. Facilement influençable, va-t-elle reprendre sa vie en main ?

« Je ne pouvais pas montrer ma vulnérabilité. »

« Tant de vedettes me racontaient qu’elles rêvaient depuis leur enfance de devenir riches et célèbres. Moi, je rêvais juste d’un monde où je me sentirais à ma place. Parce que c’était la seule chose que j’aie jamais souhaité. »

Sa grand-mère vient la rencontrer et lui parle de Cecily en 1939, qui a vécu aux Etats-Unis puis au  Kenya.

J’ai particulièrement apprécié l’aspect historique de ce roman. En Afrique, les « blancs » ne sont pas toujours les bienvenus et en Amérique, c’est l’inverse…. Le racisme, les regards en biais, les réflexions sournoises n’épargnent personne. Je me suis attachée à Cecliy car son combat m’a plus touchée. Pour Électra, j’ai trouvé que les progrès étaient allés bien vite….

L’écriture fluide (merci à la traductrice) nous entraîne en immersion dans différents coins du monde sans temps mort et avec ce qu’il faut de rebondissements pour maintenir notre intérêt.

Une lecture plaisante.


"La mort imaginale" de Philippe Paternolli

 

La mort imaginale
Auteur : Philippe Paternolli
Éditions : du Caïman (23 Avril 2024)
ISBN : 978-2493739162
308 pages

Quatrième de couverture

On ne réalise pas le casse informatique du siècle sans se mettre du monde à dos. Surtout quand on a arnaqué beaucoup de monde... Marseille, la Grande-Bretagne et la montagne Sainte-Victoire. Trois lieux successifs. Pour échapper à la vengeance du parrain marseillais Dédé de Rocca, des frères Gentile – natifs des Abruzzes – et du gang du Serbe Marko Tzabo. Mais aussi aux recherches d’une cellule spéciale de la police française.

Mon avis

Ça commence sur une évasion de prison, violente. On se dit : « Ah oui, je suis dans un roman. » et puis on se souvient de l’actualité récente et le cœur serré on sait que ça existe dans la vraie vie. L’écriture addictive nous a déjà « ferré » alors on continue car ce malfrat, il faudra bien que quelqu’un le coince, non ?

Ensuite on fait connaissance avec Éric et Nora, installés avec leur fille près de la montagne Sainte-Victoire où ils tiennent des chambres d’hôtes. Une petite vie tranquille loin du tumulte de la ville. On réalise très vite qu’ils ont eu de l’argent pour acheter ce domaine et que s’ils sont là c’est pour se faire oublier en vivant comme tout le monde. Quelques retours en arrière, bien construits, avec de nombreuses explications, nous aideront à comprendre comment ce couple est arrivé là. Lui, petit magouilleur de base n’a pas fréquenté les bonnes personnes. Très doué, il a été recruté « de force » pour un gros coup. Mais il a été gourmand et ne s’est pas contente de la petite part qu’on lui a donnée. Mais tout ça c’est du passé. Il a su louvoyer, changer de pays, d’identité et devenir un autre, discret, « rangé des voitures »…. Personne ne peut le retrouver. Personne, vraiment ?

Aucune raison pour que l’évadé, qui l’a connu dans une autre vie, vienne se promener vers Aix en Provence. Aucune raison pour qu’une improbable rencontre se fasse… Mais quand Éric apprend par la presse les événements de la prison, il sait qu’il va falloir être vigilant.

Tout pourrait s’arrêter là, chacun chez soi. Mais Philippe Paternolli nous emmène dans un récit captivant. Avec les flash-backs on va découvrir la personnalité d’Éric et de sa compagne, on va connaître leur histoire, leurs choix. Avec le présent, on va suivre leur quotidien et celui d’autres personnages plus ou moins liés à eux.

Suspense, rebondissements, adrénaline au maximum, construction parfaitement mise en place, c’est avec une écriture rapide, alerte, que l’auteur m’a accrochée dès les premières pages. Je suis rentrée dans le milieu du grand banditisme et j’ai cerné toutes les conséquences de ce genre de choix. Ce n’est pas la liberté, c’est être ficelé, surveillé, vivre sur le qui vive permanent, avoir peur, prendre des risques, ne pas avoir une vraie vie de famille, jouer avec sa vie à chaque instant…

J’ai beaucoup apprécié cette lecture. Les scènes sont visuelles, on se croirait dans un film, ça bouge, ça bouscule et on sent que tout peut déraper d’une minute à l’autre. Les dialogues sont vifs, adaptés au rythme du récit. Dans les passages plus calmes, les protagonistes se posent et on sent une réelle réflexion sur les décisions prises ou à prendre.

Je n’ai ressenti aucun temps mort, j’avais sans cesse envie de connaître la suite, de découvrir l’évolution des individus J’appréhendais la conclusion, j’avais peur des clichés, d’avoir tout deviné et finalement, j’ai trouvé la fin dure mais assez réaliste.

NB : les mues : quelle idée originale !


"Seul le silence" de Fabrice Colin & Richard Guérineau

 

Seul le silence
Auteurs : Richard Guérineau (Dessin, Couleurs) | Fabrice Colin (Scénario)
Éditions :Phileas (28 Octobre 2021)
ISBN :
116 pages

Quatrième de couverture

Joseph Vaughan, devenu écrivain à succès, revient sur des événements qui ont bouleversé son enfance et qui vont le hanter, le poursuivre toute sa vie d'adulte : des meurtres de jeunes filles perpétrés sur plusieurs décennies, dont il a été le témoin.

Mon avis

Fabrice Colin a traduit « Seul le silence » magnifique roman de R.J. Ellory. Avec cette bande dessinée, il reprend la genèse de ce roman en l’adaptant, en dessins avec Richard Guérineau. Tâche difficile mais parfaitement réussie !

On retrouve l’atmosphère lourde d’un coin reculé des Etats-Unis dans les années quarante. Une fillette est sauvagement assassinée, Joseph et ses copains d’école se promettent de protéger les autres mais les meurtres continuent….

Les pages se succèdent et comme dans le livre éponyme, le suspense va crescendo jusqu’à la révélation finale. Les dessins en nuances de sépia sont d’une justesse incroyable. On dirait un reportage photo, les expressions des visages sont très précises.

J’ai lu « Seul le silence » qui a un nombre de pages conséquent et je me demandais comment ce récit pouvait être condensé au niveau du texte pour ne rien perdre de sa force, d’autant plus qu’il s’étale sur plusieurs dizaines d’années. Et bien chapeau, l’essentiel est bien là, dialogues, pensées de Joseph, obsédé par les drames qui jalonnent sa vie et son besoin d’écrire pour extirper la douleur qui le « bouffe ». Il est sans cesse écartelé entre son besoin de vivre un quotidien calme, « normal et le désir de comprendre les événements pour qu’il n’y ait plus de femmes ou de jeunes filles tuées.

Une formidable bande dessinée !


"Sur le chemin des flamboyants" de Murielle Guerrero-Gillet

 

Sur le chemin des flamboyants
Auteur : Murielle Guerrero-Gillet
Éditions : Taraxacum (1er Juillet 2022)
ISBN : 9782953456448
242 pages

Quatrième de couverture

L’enfer est pavé́ de belles intentions.
Londonien, Martin revient à Guéret après plusieurs années d’absence, pour le décès de sa mère… Quel secret de famille a-t-elle laissé en héritage ?
Entre la Creuse et La Réunion, Martin, Philippe et Joseph partent à la rencontre de leur enfance.
Un roman plein de sensibilité́ et d’optimisme qui croise la grande Histoire. Comment, il y a à peine cinquante ans, la République, dans ses plus belles intentions, a-t-elle pu provoquer autant de malheur, de destins fracassés et de destruction morale ?

Mon avis

Martin et Philippe sont frères. Leurs parents avaient une ferme près de Guéret mais aucun des deux n’a repris l’affaire familiale. Le premier a suivi un beau cursus scolaire et habite Londres avec sa compagne et sa fille. Le second, plus âgé de quelques années, est resté sur place et tient une épicerie où il a commencé à travailler à dix-huit ans en quittant la maison de ses parents sur un coup de tête.

2013, le père est décédé depuis quelques années et la mère vient de mourir. Martin, cinquante-deux ans, revient en France pour les funérailles, la vente des biens, et toutes les formalités. Il est heureux de retrouver son frangin et son ami Joseph, qui lui est coiffeur.

Philippe est un peu expéditif dans certains rangements, Martin s’interroge mais sans plus, jusqu’au jour où il trouve une petite valise avec quelques documents édifiants. Ce qui aurait dû rester un secret car son aîné l’a toujours protégé de cette révélation (car lui savait), est découvert. Ils sont nés sur l’île de la Réunion. Ils font partie des plus de deux milles enfants de la Creuse, envoyés en métropole pour repeupler les campagnes, et parfois fournir de la main d’œuvre pas chère, dans les années 1960 et 1970. Leurs prénoms ont été changés, leurs racines oubliées, tues, comment cela a-t-il été possible ?

C’est un choc pour le plus jeune. Que faire ? Il réalise que Joseph est probablement comme lui, un enfant adopté et c’est le cas. Les trois hommes vont partir à la Réunion pour essayer de connaître leurs origines, de comprendre pourquoi et comment ils ont été envoyés si loin de chez eux chez des inconnus… On va les suivre pendant leur séjour sur l’île où les révélations seront nombreuses, surprenantes et parfois douloureuses.  On découvre les dégâts, causés par cet arrachement, sur les enfants mais aussi sur leurs père et mère.

Le récit de l’auteur est très intéressant, documenté (avec des explications historiques dans les dernières pages), bouleversant. Son écriture est fluide, plaisante, elle donne envie de lire encore et encore… Son roman est un bel hommage pour toutes ces personnes ici ou là-bas qui ont subi cette séparation de plein fouet sans pouvoir réellement dialoguer ….

Le scandale des enfants de la Creuse est un mensonge d’état. Les services sociaux ont menti aux familles, certaines ont dû signer un papier d’abandon sans en comprendre l’enjeu. On leur a promis que les enfants reviendraient, qu’ils feraient des études, qu’ils mangeraient à leur faim (et comme certains étaient très pauvres sur l’île, ils pensaient sauver leurs enfants) etc… Certains ont souffert, ont été maltraités, mal aimés, rien à voir avec les promesses …

Cette pratique migratoire a duré jusqu’en 1984 ! Et c’est seulement dans les années 2000 que les médias ont commencé à en parler. Jean-Jacques Martial après avoir découvert qu’il avait une famille à la Réunion a porté plainte contre l'État pour « enfance volée ». Petit à petit, mais très lentement, une forme de « reconnaissance » de la souffrance de ces enfants et de leurs parents a été « nommée » mais rien n’a été résolu. Un mémorial à Paris, un à la Réunion, des associations (dont Rasinn Anler 974), est-ce que ça permet de pardonner ce qui n’aurait jamais dû exister ? Certainement pas mais au moins, ceux qui sont finalement des victimes sont aidés dans leurs démarches, et ce pan historique, soigneusement tu et déformé, est enfin connu.

Elle s’appelle Marie-Line, elle est réunionnaise. C’est mon amie depuis de nombreuses années. Elle m’a offert ce livre pour mieux comprendre son île et ses habitants. Je la remercie infiniment.








"Châtiment" de Céline Denjean

 

Châtiment
Auteur : Céline Denjean
Éditions : Michel Lafon (8 février 2024)
ISBN : 978-2749956312
400 pages

Quatrième de couverture

Une violence sourde ronge la très respectable famille Bellegarde dont la mère, Marie-France, a été sauvagement assassinée. Les fondations de l'édifice familial vacillent. La major Louise Caumont trouvera-t-elle la faille pour percer à jour les secrets du clan ?

Mon avis

La major Louise Caumont doit enquêter sur le meurtre d’une femme. Une mère et épouse appréciée de tous, catholique limite intégriste, disponible, impliquée pour aider les uns et les autres. Son assassinat n’est pas sans rappeler ceux commis par un tueur en série. Affaire résolue ? Et bien non … parce que, matériellement, ça ne peut pas être lui. Alors qui ? C’est bien ce que Louise et son équipe ont l’intention de trouver.

En parallèle, une bénévole dans une association a disparu et son neveu demande à un détective privé de faire des recherches. Ce dernier est très doué, il a beaucoup de recul sur ce qu’il observe et de l’intuition.

On se doute, bien entendu, que les deux affaires vont se rejoindre mais on est loin d’imaginer pourquoi et comment.

Plusieurs narrateurs s’expriment, des scènes du passé resurgissent, Céline Denjean nous emmène dans l’univers des établissements catholiques hors contrat où le cadre et les règles strictes imposent la loi du silence. C’est, malheureusement, très réaliste. On se rend compte de ce que vivent ces jeunes élèves qui n’ont d’autres choix qu’obéir. Pour peu que la famille soit un peu « coincée », le dialogue ne sera pas possible et ils subiront sans pouvoir se défendre que ce soit une discipline trop rigoureuse ou autre chose ... Elle décrit très bien l’omerta intra familiale, le poids de la culpabilité qu’on pose sur les épaules des gosses, tout ce qu’on leur impose sans jamais écouter leur ressenti. Évidemment, ce n’est pas une généralité concernant ces écoles mais être vigilant est primordial.

D’un autre côté, on suit l’enquêteur. J’ai apprécié la façon dont il s’y prend pour ses investigations, sans rien bousculer, sans prendre les personnes de front, mais en restant opiniâtre. Il sait où il veut aller et avance petit à petit et ce qu’il pense découvrir le laisse ébahi, mesurant le danger réel qui existe tout près.

L’auteur a une plume sûre, précise, quasi chirurgicale. Elle livre un récit complet, aux nombreuses ramifications (mais on ne se perd pas). Tout est tissé très fin, serré. Quand on croit que tout est presque clair, il peut y avoir un revirement de situation et on ne sait plus que penser… Les personnages ont des caractères, des comportements, travaillés, en lien avec le contexte présenté. C’est très intéressant, notamment sur la part des traumatismes du passé.

Menée de main de maître, cette nouvelle aventure avec Louise Caumont m’a permis de passer un excellent moment avec son lot de frissons, bien obligé lorsqu’on lit un thriller de qualité….


"La croisière" de Catherine Cooper (The Cruise)

La croisière (The Cruise)
Auteur : Catherine Cooper
Traduit de l’anglais par Maryline Beury
Éditions : L’Archipel (16 Mai 2024)
ISBN : ‎ 978-2809848397
386 pages

Quatrième de couverture

L'atmosphère est à la fête sur l'Immanis, paquebot de luxe qui sillonne la mer des Caraïbes.
Jusqu'à ce que Lola, la danseuse vedette, se volatilise sans laisser de trace.
Quelques jours plus tard, c'est au tour d'un technicien de maintenance de disparaître.
La croisière serait-elle maudite ?

Mon avis

Je m’attendais à huis-clos avec un ou quelques meurtres sur un paquebot de luxe mais j’étais loin d’imaginer ce que présente ce roman !

Plusieurs temporalités, plusieurs narrateurs mais jamais je n’ai été perdue. Je me doutais bien que les histoires allaient se rejoindre mais je ne savais pas comment. En outre, chaque fois que l’on croit que tout est réglé, que ça rentre dans l’ordre, ça repart de plus belle.

Sur le bateau, on s’intéresse surtout à une partie du personnel, ce qui fait qu’il n’y a pas trop d’individus à repérer. Un couple de danseurs, le capitaine, le médecin, la chef de cuisine… Leurs rapports sont plutôt fluides. Pourtant le soir du réveillon, la danseuse vedette disparaît. Y-avait-il des tensions, quelqu’un qui lui en voulait ? S’est-elle suicidée ? L’atmosphère se tend, les conversations sont plus délicates, moins naturelles, personne n’est vraiment à l’aise ni tranquille. D’autant plus qu’un technicien de maintenance manque également à l’appel quelques jours plus tard alors que le bateau est en période d’entretien, donc sans passagers.

À ce moment-là, les employés peuvent s’installer dans de belles suites, au lieu de leur petite cabine, et ont moins de pression au niveau du travail. Par contre, avec tous les événements déstabilisants qui « tombent » sur chaque corps de métier, tous sont sur les nerfs.

Par l’intermédiaire des différentes personnes qui prennent la parole, on découvre que quelques-uns ont des choses à cacher. En parallèle, on suit des faits du passé et on se demande bien comment ils seront rattachés au présent. On pourrait penser que tout cela va s’embrouiller mais pas du tout !

J’ai été surprise par toutes les « entrées » de ce récit. Date, lieu, personnage qui s’exprime sont notés en début de chapitre donc rien de difficile pour suivre. On passe de l’un à l’autre en quelques pages, ça donne un rythme soutenu, plutôt rapide et tout est captivant et prenant car on n’a qu’une envie : retrouver le ou la précédent-e pour connaître son évolution. Si quelques éléments peuvent sembler un peu tirés par les cheveux, ils n’enlèvent en rien la qualité de l’intrigue, particulièrement réfléchie et travaillée.

L’écriture de l’auteur s’adapte (vocabulaire, expressions) à chaque protagoniste, homme ou femme, qui confie ce qu’il, elle, a fait, vu, éprouvé face à chaque situation. C’est très réussi car ce n’est pas chose aisée de se mettre dans « la peau » de chacun. Je n’ai pas senti de fausse note à la traduction. Tout est fluide, plaisant à lire.

Les relations tissées entre les uns et les autres sont un grand point fort de ce livre. C’est bien ficelé, ça s’emboîte petit à petit comme les pièces d’un puzzle pour faire un ensemble particulièrement réussi. J’ai trouvé intéressant de voir comment l’auteur analyse le passé en expliquant son impact psychologique sur le présent. Elle démontre combien ce que vit un enfant peut influencer son avenir, voire le transformer et lui fait perdre le sens des réalités ou le culpabiliser à vie si on lui fait porter des responsabilités qui ne sont pas de son âge, ni de son fait.

Je n’ai pas vu le temps passer tout au long de cette lecture et j’ai vraiment apprécié de découvrir Catherine Cooper !