"Moral turpitude" de Serge Mandaret


Moral turpitude
Auteur : Serge Mandaret
Éditions : Publishroom (10 avril 2018)
ISBN : 979-1023608328
330 pages

Quatrième de couverture

Moral turpitude, nom : terme anglophone désignant un acte ou un comportement qui viole gravement le sentiment ou la norme acceptée de la communauté. En droit pénal américain, désigne les délits financiers. Une banque internationale anonyme - « La Banque » - prend le contrôle d'une entreprise marseillaise de haute technologie, persuadée d'avoir mis la main sur une pépite. Celle-ci a décroché en Libye, du temps de Kadhafi, un contrat de défense conséquent et particulièrement juteux. À la chute du régime, le décor change et le contrat tourne au vinaigre. Du côté français, c'est la panique et chacun sort les rames. Il faut des boucs émissaires

Mon avis

Et le fusible est …..

Serge Mandaret est actuellement retraité mais il a côtoyé le monde de la finance de près. Après avoir été universitaire, haut fonctionnaire au Ministère de l’économie, il a aussi été cadre dirigeant dans de grandes entreprises internationales. Il maîtrise donc parfaitement les problématiques d’achat, vente et actions des grosses firmes. Et pas seulement, il est sans doute également très au fait des OPA (offre publique d'achat), manipulations de chiffres, export, import et contrats plus ou moins clairs (vous savez, ceux où un minuscule astérisque vous renvoie en bas de page vers un charabia illisible et difficilement compréhensible). Tout cela pour dire qu’il sait de quoi il parle.

Choisir, comme toile de fond d’un roman, d’évoquer le monde de la finance et des banques n’est pas aisé. On peut légitimement se demander si le propos ne va pas être réservé aux initiés, avec un langage totalement hermétique aux autres, le tout assorti d’événements incompréhensibles pour qui ne travaille pas dans ce milieu. Et bien, je vous rassure tout de suite, ce récit est très clair. L’auteur a su mettre à la portée de tous les déboires des différents protagonistes sans que jamais on perde pied. De plus, c’est tellement bien construit, bien écrit, avec du rythme et des rebondissements, qu’on n’a qu’une envie : connaître la suite. Il faut dire que Véronique, malgré un faux pas maladroit, est une jeune femme intéressante à suivre.  Elle est attachante, elle aime son boulot, se bat pour réussir, ne refuse jamais une mission….

La voilà choisie pour une promotion et elle est satisfaite. Bien sûr, elle aura beaucoup à gérer, elle devra parfois se déplacer, agir délicatement pour ne pas braquer les clients, décrocher des contrats, des signatures, etc… mais elle se sent assez forte alors elle dit oui… d’ailleurs, elle n’a pas vraiment le choix… La nouvelle « affaire » dont elle est responsable est un contrat en Libye. Tout irait bien si le régime libyen ne s’écroulait pas, remettant en cause tout ce qui a été signé. C’est la catastrophe et pour sauver les meubles, il faut prendre des décisions. Choisir Véronique comme fusible et la mettre responsable est bien pratique. Procès, diffamation dans les médias et sur place, rien ne lui sera épargné et nous allons suivre son combat.

L’auteur a su présenter le milieu de l’économie sans être assommant ni ennuyeux. Son histoire est captivante. Il a réussi à mettre à la portée d’un lecteur lambda une présentation très claire de ce qui se passe dans les banques et les entreprises. Lorsqu’il parle du journal Mediaglobe, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec Mediapart….
J’ai beaucoup appris en lisant cet opus. Le vocabulaire choisi, la façon de présenter les différentes situations, tout est exposé nettement. De plus, d’autres sujets importants sont abordés, l’ambition qui pousse certains à faire n’importe quoi, la gestion de l’activité professionnelle qui déborde parfois sur le couple, les relations au bureau, l’honnêteté des uns et des autres, le rôle (de temps à autre malsain) des médias, les amis qui se détournent quand on est dans l’….

Je suis entrée très facilement dans cet univers que pourtant je connais mal. Le phrasé de qualité m’a immédiatement accrochée. Je n’ai senti aucun temps mort et j’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture.

"La machine à brouillard" de Tito Desforges


La machine à brouillard
Auteur : Tito Desforges
Éditions : Taurnada (13 Février 2020)
ISBN : 978-2372580687
217 pages

Quatrième de couverture

Mac Murphy est un soldat d'élite. Mac Murphy est fort. Mac Murphy est dur. Mac Murphy est fou. Mac Murphy trimbale dans sa tête une épouvantable machine à brouillard qui engloutit ses souvenirs, sa raison et l'essentiel de son âme, morceau après morceau. Quand les habitants de Grosvenore-Mine, ce village perdu dans les profondeurs de l'Australie, se hasardent à enlever la fille de Mac Murphy, ils ne savent pas à quel point c'est une mauvaise idée.

Mon avis

Avais-je revécu des souvenirs ou bien inventé des songes ?

La couverture de ce roman m’a tout de suite attirée. Elle est sobre. Elle donne l'idée que quelqu'un est prisonnier mais de quoi? de sa vie? de ses envies? de ses peurs? d'autres personnes? En fait, elle ouvre de multiples possibilités ...

Et puis, j’ai fait connaissance avec Mac Murphy. Il a été soldat avec des états de service remarquables. Affecté à la base secrète de Chu Mon Rai en territoire cambodgien, il fut d’ailleurs le seul survivant après une attaque.  Mais traumatisé par divers faits, il a été mis « au repos forcé » parce qu’il ne pouvait plus être militaire.  On le retrouve face à un docteur, qui l’interroge et à qui il explique ce qu’il a vécu avant d’arriver vers lui. On voit bien que ses séances sont difficiles tant dans la forme que dans le fond de ce qui est évoqué. Tous les deux ne se comprennent pas, parfois, souvent, leurs avis divergent, leurs interprétations des situations ne sont pas les mêmes. Ce qui ressort de ces dialogues, c’est la grande souffrance de Mac Murphy. Il raconte son passage à Grosvenore-Mine, dans le bush australien où sa fille a été enlevée par les habitants. Parfois, il perd pied, il cherche ses mots, le brouillard envahit son esprit. Il ne sait pas il ne sait plus. Les lieux se mélangent, il confond le nom des gens, il ne s’en rappelle pas, il s’énerve de perdre pied, il s’en rend compte, il sait qu’il a ce trouble et ne supporte pas d’être dans cet état …  Le fossé d’incompréhension qui le sépare du docteur s’élargit de plus en plus ….

Ce roman est parfaitement dosé au niveau des aspects : passé /présent. La construction est originale, on lit les entretiens entre le patient, le médecin et son adjoint ainsi que d’autres pages où Mac Murphy prend la parole et narre à la première personne ce qu’il a vécu. La présentation sous forme de discussions permet de ne pas avoir de passages qui sembleraient longs sur le pourquoi du comportement du père. L'explication finale est très claire. Les différentes références sont astucieuses et bien pensées et apportent un plus à l’ensemble car, au fur et à mesure, toutes les pièces du puzzle s’emboîtent.

L'écriture est « musclée », elle a du rythme, un bon tempo. Le phrasé de Tito Desforges m’a pris aux tripes. Il a su m’attraper le cœur en m’emmenant au plus près de la souffrance de cet homme, père avant toute chose. J’étais pratiquement prête à lui pardonner ses coups de sang, ses coups de gueule, ses coups de folie…. Parce que, finalement, ce qu’il formule, c’est un immense cri d’amour pour sa petite.

C’est un récit qui m’a bouleversée, j’ai touché du doigt la solitude et la douleur de cet homme, ses angoisses, ses peurs les plus profondes, j’ai essayé de me protéger pour que son brouillard ne m’envahisse pas mais j’aurais tellement voulu lui apporter la paix….et lui tenir la main….




"La balance" de Jimmy Breslin (The Good Rat)


La balance (The Good Rat)
Grandeur et décadence d’un gangster
Auteur : Jimmy Breslin
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Souad Degachi et Maxime Shekkedy
Éditions : HarperCollins (12 Février 2020
ISBN : 979-1033904748
288 pages

Quatrième de couverture

Père, homme d’affaires, escroc, voleur : Burton Kaplan est tout sauf un mouchard. En neuf ans d’emprisonnement, il n’a jamais craqué. Mais lorsque le procès des deux flics corrompus lors duquel il est appelé à comparaître débute, coup de théâtre : Kaplan sort du silence et déballe tout sur ses activités au sein de la mafia newyorkais.

Mon avis

Jimmy Breslin (1928-2017) était journaliste et romancier. Surtout connu pour ses enquêtes sur la mafia, il ne pratiquait pas la langue de bois. Il a même reçu des coups par Jimmy Burk, un gangster irlando-américain qui lui reprochait un article où il était mis en cause avec son clan et ses relations.

Dans ce livre, l’auteur parle de la mafia à New-York et de faits réels avec le procès de de deux détectives du NYPD où Burton Kaplan, un gangster de grande envergure est appelé en tant que témoin. Celui-ci n’avait jamais, en neuf ans d’emprisonnement, dit un seul mot sur ce qu’il savait et, devant les juges, il s’est lâché. Des révélations fortes, surprenantes et un déballage qui en a déstabilisé plus d’un.  C’est ce compte-rendu, assorti d’extraits réels de l’interrogatoire par le procureur adjoint que nous relate l’auteur. En lien avec les interrogatoires, Jimmy Breslin retrace la vie de ce voyou et celles des deux policiers corrompus, glissant ça et là quelques souvenirs personnels et d’autres informations sur les hommes de l’ombre (ceux de la mafia) et sur certains d’eux qui valent le détour, tant ils sont « des personnages ».

Au début du livre, on a une liste (bien utile) de toutes les personnes apparaissant dans le texte, éventuellement avec quelques mots pour les « situer ».

C’est un récit très intéressant mais pas facile à lire, car ce n’est pas un roman. De ce fait l’écriture paraît très « journalistique », factuelle, détachée, sans émotion, ce qui est normal mais pour le lecteur, c’est moins aisé car il ne peut pas se sentir vraiment concerné. Il faut lire ce recueil comme un reportage, celui qui relate les déboires du milieu, les liens entre les clans, la place de la police de New-York (pas toujours très claire) et le début de la décadence pour la mafia. Finalement, on s’aperçoit que les mafieux sont des hommes comme les autres, avec des sentiments, une vie, que de temps à autre, ils doivent mettre entre parenthèses.

Malgré le phrasé « flegmatique », un peu impersonnel, on apprend beaucoup et on réalise que la corruption en Amérique, c’est quand même quelque chose, un monde à part, plus ou moins maîtrisé, plus ou moins médiatisé. J’ai découvert que les hommes de la mafia étaient finalement confrontés aux mêmes problèmes que le commun des mortels. L’histoire de la vente des costumes m’a beaucoup amusée. On se rend compte que tout puissants qu’ils sont (ou croient être), ils n’en sont pas moins humains avec des failles, des faiblesses et une part d’humanité, même infime…. Il y a même des passages où l’on sourit parce que certaines situations sont décrites avec dérision ou humour (la sélection des jurés est, entre autres, un pur régal). Finalement, même s’il m’a fallu un peu de temps pour entrer dans ce livre, je l’ai bien apprécié et j’ai découvert des aspects surprenants de la mafia (suivant la « cote » du mafieux, la presse écrite et les journaux qui parlent de lui se vendent plus ou moins bien) et même de Jimmy Breslin (ne faudrait-il pas écrire une biographie sur cet homme, totalement atypique dans son genre ?)



"L’escalier du diable" de Dean Koontz (The Crooked Staircase)


L’escalier du diable (The Crooked Staircase)
Auteur : Dean Koontz
Traduit de l’américain par Sebastian Danchin
Éditions : L’Archipel (6 Février 2020)
ISBN : 978-2809827798
440 pages

Quatrième de couverture

Luttant contre l'étrange épidémie de suicides qui a emporté son mari, Jane Hawk est devenue la fugitive la plus recherchée des États-Unis. Tant par le gouvernement que par les responsables d'une confrérie secrète. Jane sait que le temps lui est compté. Que sa vie ne tient qu'à un fil. Mais, elle respire encore... Et une conspiration menace des millions d'êtres humains.

Mon avis

Semper fi

Ce roman est le troisième de Dean Koontz mettant en scène Jane Hawk. Son mari s’est suicidé et depuis elle se bat pour réhabiliter sa mémoire et prouver que cette mort n’a pas été « choisie » par son époux. Elle lutte corps et âme contre des personnes puissantes qui agissent dans l’ombre et tirent les ficelles d’une gigantesque manipulation visant à « programmer » les hommes pour qu’ils obéissent tels des robots. Ceci afin de récupérer tous les pouvoirs possibles, et devenir les maîtres du monde. Utopiste ?

Jusqu’où peut aller la folie des hommes ? C’est la question qu’on peut se poser en lisant ce récit qui fait froid dans le dos. Ce qu’envisage l’auteur n’est pas possible (enfin c’est ce que j’espère) actuellement mais rien en dit que dans le futur… Brrr…

Dans ce recueil, nous suivons trois aspects de l’intrigue en parallèle. Le quotidien de Jane, celui de son fils de cinq ans qu’elle a confié à des amis et celui de deux jumeaux écrivains. C’est intéressant car chaque côté ainsi présenté « nourrit » les autres et éclaire le lecteur sur les intentions des différents protagonistes.

Jane se bat donc pour enrayer l’action de ces « fous » mais elle est bien seule, poursuivie en permanence, devant lutter chaque instant pour rester en vie. C’est une femme pleine de ressources, opiniâtre, résistante et assez intuitive. Parfois, elle ne se méfie pas assez, elle se fait piéger mais elle finir par retomber sur ses pieds.

Les atouts de Jane sont les quelques amis vraiment fidèles et solides prêts à prendre des risques pour elle, capables de la soutenir. Elle peut également s’appuyer sur sa sagacité, sa finesse de réaction et sa volonté toujours intacte. Ses faiblesses sont son fils, et un peu trop d’impulsivité par moments. Cela crée un bel équilibre et elle est captivante (et épuisante ;- ) à suivre au fil des chapitres. Sa philosophie s’exprime avec ces quelques mots : « C’est l’instant qui compte. Demain devient aujourd’hui, et aujourd’hui devient hier. Je dois à mon petit garçon suffisamment d’aujourd’hui pour qu’il puisse disposer un jour d’un passé digne de ce nom. »
Je trouve ce « raisonnement » très sage, très courageux également, lorsqu’on on voit ce qu’elle vit.

Quand je lis Dean Koontz, je suis pratiquement en apnée, scotchée aux pages, le cœur battant, les mains moites. Son écriture et son style sont « diablement » efficaces, ne laissant que peu de répit. On est tout le temps sur la brèche, se demandant de quoi sera fait le chapitre suivant et on respire à peine. Ces romans sont prenants, sans temps mort, plein de rebondissements. Certains pourront reprocher le cliffhanger assez souvent présent en fin de chapitre mais cela maintient la pression, l’intérêt et donne, bien évidemment, l’envie de tourner la page. D’autres diront que l’auteur peut diluer et allonger la course contre la montre entre Jane et ses poursuivants et écrire encore de nombreux titres avec cette héroïne mais je peux les rassurer, je crois qu’il n’y en a plus que deux (vivement qu’ils soient édités en France) et personnellement, je serai ravie de retrouver Jane. Elle est devenue tellement familière que j’ai l’impression qu’elle existe ! (D’ailleurs, il était question d’une adaptation par la Paramount…) Cette lecture a été un très agréable moment et je vais attendre la suite avec impatience !




"Dévorer les ténèbres" de Richard Lloyd Parry (People Who Eat Darkness)


Dévorer les ténèbres (People Who Eat Darkness)
Enquête sur la disparue de Tokyo
Auteur : Richard Lloyd Parry
Traduit de   Paul Simon Bouffartigue
Éditions : Sonatine (6 Février 2020)
ISBN : 978-2-35584-796-7
528 pages

Quatrième de couverture

Lucie Blackman est grande, blonde et sévèrement endettée. En 2000, l'été de ses vingt et un ans, cette jeune Anglaise travaille dans un bar à hôtesses de Roppongi - quartier chaud de Tokyo - lorsqu'elle disparaît sans laisser de traces. Ses parents lancent alors une vaste campagne de mobilisation pour la retrouver. Bien vite, l'enquête des autorités japonaises devient sujette à caution: veut-on vraiment savoir ce qui s'est passé ?

Mon avis

Ce livre n’est pas un roman, c’est un récit, un compte-rendu d’enquête.

Richard Lloyd Parry est journaliste. Il était correspondant étranger, et se « reposait » au Japon (où il représente le Times) entre deux missions plus difficiles comme le Pakistan ou l’Irak. Dès le début de la disparition de Lucie Blackman, il a été fasciné par cette histoire. Il a suivi de près cette affaire et a rédigé de nombreux articles. Mais, il n’a pas pu en rester là, il a donc mené son enquête, espérant être celui qui la retrouverait…..

Dans ce recueil, l’auteur va d’abord prendre le temps de nous présenter la jeune femme. Lucie, 21 ans, couverte de dettes en Angleterre, est partie à Tokyo avec une amie. Pour quelques mois, afin de se remettre à flots. Toutes deux travaillaient dans un bar, où elles servaient de compagnie (de façon très chaste) à des hommes qu’elles essayaient d’inciter à dépenser beaucoup. Lucie avait été auparavant hôtesse de l’air. Pas vraiment en harmonie avec elle-même (dans son journal intime, elle dit qu’elle ne s’aime pas), elle essaie de faire face mais reste assez imprévisible. Un soir, elle fait un petit extra avec un client en dehors du club où elle travaille. Puis elle ne rentre pas. Sa compagne de chambre, Louise, s’inquiète mais elle reçoit un appel rassurant d’un homme qui signale que Lucie est entrée dans une secte et qu’elle demande qu’on la laisse vivre sa vie…. Cela lui semble bizarre et elle alerte la famille de sa copine.

S’en suivra une enquête, des recherches et après de longs mois, on retrouve l’homme avec qui elle avait passé la soirée, un certain Obara, pas net du tout, qui va être interrogé, suivi, accusé

Le journaliste va s’attacher à comprendre, à cerner, tout ce qui a été dit mais également tout ce qui a été tu. C’est impressionnant comme cette histoire a envahi son quotidien, à tel point qu’il diligentait des personnes pour assister au procès de Obara. Il a enquêté dans tous les milieux en lien avec cette disparition. Il est allé très loin dans ses investigations. Par l’intermédiaire de son récit, le lecteur découvre ce qui a amené Lucie à Tokyo, combien les rapports entre les membres de sa famille sont délicats. On se rend compte aussi que cette jeune femme avait une personnalité complexe, presque torturée parfois. Pour mieux saisir ce qu’il s’est passé, l’auteur nous emmène au cœur des mœurs japonaises (notamment la sexualité et le fait que les japonais sont à la fois attirés et apeurés par l’idée d’un mariage avec une occidentale), au plus près du fonctionnement de la police, de la justice et tout cela nous montre combien les repères sont différents lorsqu’on n’est pas dans son pays. Les parents de Lucie ne se positionnent pas de la même façon. Son père est à l’aise avec les médias, il en fait presque trop… Sa mère semble souvent en colère contre lui. Quant à Obara, dans quelques chapitres, on lit qu’il a un côté obscur, qui fait peur, qu’il est dangereux et on se demande comment Lucie a pu accepter d’aller avec lui ….  Était-elle manipulée, droguée ?

Richard Lloyd Parry a fait un travail remarquable. Je voudrais bien savoir comment son texte a été reçu au Japon car en filigrane, le déroulement de l’enquête, les méthodes, sont un peu écorchés.
Il a réussi à trouver un équilibre dans son compte-rendu entre la présentation de Lucie, la vie sur place, l’enquête, le procès, le portrait de l’accusé …. Il un ton très juste, il n’en rajoute pas, il reste factuel, il ne dramatise rien, il relate les faits et malgré tout il nous captive ce qui prouve que son écriture est prenante, son contenu intéressant puisqu’il réussit à maintenir l’intérêt de celui qui lit.

J’ai vraiment eu l’impression d’être de l’autre côté du miroir, au cœur des événements et de suivre ce journaliste pas à pas. Une belle réussite !

"La vie derrière soi" de Kerry Londsale (Everything We Left Behind)


La vie derrière soi (Everything We Left Behind)
Auteur : Kerry Londsale
Traduit de l’anglais par Pascal Aubin
Éditions : Amazon Crossing (4 février 2020)
ISBN : 978-2496700299
400 pages

Quatrième de couverture

Deux mois avant son mariage, James Donato disparaît en mer alors qu’il est à la poursuite de son frère Phil, coupable de blanchiment d’argent. Alors que sa famille le croit mort, James a en réalité été retrouvé sur une plage mexicaine, sain et sauf mais totalement amnésique. Six ans et demi plus tard, il vit sous une nouvelle identité : celle de Carlos Dominguez, veuf et père de deux garçons qu’il élève avec sa belle-sœur Natalya. Quand la mémoire lui revient subitement, James est accablé de découvrir que son ancienne fiancée, Aimée, a refait sa vie. Il fuit alors le Mexique pour la Californie, tandis qu’au même moment, Phil est libéré de prison et déterminé à retrouver son frère, car celui-ci a été témoin d’un événement qui pourrait le renvoyer derrière les barreaux.

Mon avis

En commençant ce roman, j’ignorais qu’il était la suite de « La vie dont nous rêvions » que je n’ai pas lu. Heureusement, la quatrième de couverture situe le personnage principal James, devenu Carlos. Un matin, il se réveille et tous ses repères sont envolées, plus rien ne lui « parle », il ne comprend pas où il est, ce qu’il fait. Car en retrouvant son ancien « moi », il a perdu le nouveau qu’il était devenu pendant six ans et demi. Pas facile pour lui, ni pour ceux qui l’entourent… D’autant plus que son frère Phli, va sortir de prison et sera certainement à ses trousses car James a été témoin autrefois de quelque chose….

C’est par un incessant va et vient passé présent/ Carlos James que l’intrigue se déroule. C’est parfois un peu difficile à suivre (à mon avis parce que je n’avais pas lu le premier titre de cette trilogie) parce que dans les deux « époques » des personnages différents apparaissent, d’autres sont les mêmes sans vraiment être pareils… Et au milieu, il y a ces deux enfants qui ne reconnaissent pas leur papa, qui voudraient que tout soit normal… Ils ont peur, ils sont mal, ils m’ont fait de la peine…

J’ai trouvé que cette histoire abordait des thèmes divers : le deuil, la perte d’identité, la construction de la vie, les relations familiales, le renoncement, l’équilibre amoureux, etc. C’est survolé mais ça reste présent, en fil conducteur.  Je regrette de ne pas avoir lu le titre précédent car je pense que je me serais plus attachée aux protagonistes alors que là, je suis restée en dehors….

"Coeur sacré de Christelle Saez


Cœur sacré
Auteur : Christelle Saez
Éditions : Koinè (29 Juin 2019)
ISBN : 979-1094828175
30 pages

Quatrième de couverture

Une histoire d’amour révèle un climat social, politique et culturel. L’être aimé est égyptien, l’être aimante est française. Deux êtres humains qui sont arrêtés, l’un sur l’autre. Tel un procès, deux voix se succèdent et nous bousculent.

Mon avis

« Je sais que les fleurs peuvent pousser entre les pierres. »

Elle l’aime, elle veut partir, le suivre, là-bas, loin. Mais sa mère ne l’entend pas de cette oreille. Alors, elle parle à sa fille, elle lui ressort les clichés connus, répétés, bassement racistes, les « tu ne seras pas heureuse là-bas, tu seras voilée, habillé de noir » etc… Elle crie, elle vocifère cette maman, parce qu’elle ne sait pas dire les choses. Elle veut mettre en garde mais elle l’exprime mal. Elle aime sa fille mais comment ? Est-ce que les parents ne doivent pas accompagner leur(s) enfant(s) vers le bonheur ? Cette femme en fait trop, en dit trop, par peur, c’est certain mais quelle maladresse de la montrer ainsi …. en envoyant des tonnes d’arguments qui tombent comme des logorrhées ….  portant en plus, une pointe de racisme …..

Et puis, d’autres voix s’élèvent. Elles racontent la rencontre, les difficultés quotidiennes, l’amour qu’il faut, parfois, souvent, cacher …. Mais qui se vit malgré tout….
« Je n’ai d’autre résistance
que d’aimer ta peau. »
Ces quelques mots suffisent à rappeler la force de l’amour, le poids d’un amour. Celui qui bouleverse, qui emporte tout sur son passage, qui habite, qui rend fort…. Mais ils expliquent également que malgré la volonté d’avancer, rien n’est aisé et il arrive que ce ne soit pas si facile de s’intégrer là-bas, loin, si loin de nos représentations, de nos habitudes….lorsque la religion n’est pas la même, les codes de vie non plus….

Cette pièce est magnifique, je ne l’ai malheureusement pas vue, mais je l’ai lue. Et c’est déjà très fort, alors avec la mise en scène, j’imagine…  Les mots de Christelle Saez percutent le lecteur en plein cœur, ils résonnent en nous, des scènes prennent vie dans notre esprit et tout cela nous bouscule, nous fait prendre conscience des obstacles quand tout semble séparer deux personnes qui s’aiment, quand le dialogue est délicat avec ceux qui ne comprennent pas le choix de celui qui veut partir…. L’auteur a un phrasé musical qui va crescendo, redescend, repart…  C’est poétique. Je suis certaine qu’en version audio ou scénique cette pièce doit mettre la chair de poule tant les mots sont puissants… J’ai été conquise par cette écriture aboutie, volontaire, belle tout simplement …..

"Janvier noir" de Alan Parks (Bloody January)

Janvier noir ((Bloody January)
Auteur : Alan Parks
Traduit de l’anglais (Ecosse) par Olivier Deparis
Éditions : Payot & Rivages (5 Février 2020)
ISBN : 9782743649487
525 pages

Quatrième de couverture

Dans l’un des secteurs les plus passants de Glasgow, devant la gare routière, un garçon d’à peine vingt ans ouvre le feu sur l’inspecteur McCoy et sur une jeune femme, avant de retourner l’arme contre lui. La scène se déroule sous les yeux de Wattie, l’adjoint de McCoy. Qui est ce mystérieux garçon ? Quel est le mobile de son acte ? C’est ce que les deux policiers vont s’efforcer de découvrir, malgré l’opposition de leurs supérieurs.

Mon avis

« Janvier noir » s’étale du premier au vingt Janvier 1973, principalement à Glasgow, en compagnie d’un duo de flics assez improbable. Il y a l’ancien : l’inspecteur McCoy, et son adjoint, un petit nouveau qu’on lui a mis sur le dos : Wattie. Au début du roman, McCoy est « convoqué » par un ancien truand qui, de sa prison, lui annonce qu’une demoiselle appelée Lorna va mourir. McCoy ne sait que penser ni que faire de cette information. Malgré ses maigres indices, il la recherche mais il ne peut pas empêcher l’assassinat de cette jeune femme ni le suicide de celui qui lui a tiré dessus.  Quels étaient les liens entre ces deux-là ? Est-ce que sous des dehors d’une vie assez « classique », ils ne cachaient pas une part d’ombre ? C’est ce que McCoy veut découvrir, comprendre, cerner mais ce ne sera pas simple. Ses recherches dans une ville sombre, glacée pendant les journées et les nuits hivernales, vont l’emmener sur des chemins de traverse, là où il n’est pas bon de se promener seul, surtout si on est policier…

Mais McCoy, qui traîne derrière lui de nombreuses casseroles et un passé douloureux, ne s’en laisse pas compter, il ne lâche rien, quitte à désobéir à ses supérieurs, quitte à flirter avec le danger, quitte à lâcher son collègue pour agir en électron libre. J’ai vraiment apprécié cet homme, torturé, exigeant avec lui et avec les autres, capable de tout pour arriver à ses fins. Il n’a pas peur de se mesurer aux riches familles de la ville, qui agissent en toute impunité. Il ne veut pas que certains aient des passe-droits et le fait savoir même s’il se met en danger pour cela. Son jeune collaborateur a de temps à autre des difficultés, voire des réticences pour travailler avec une personne atypique comme McCoy mais je suis certaine qu’au fond, il l’aime bien. Leur binôme se complète.

Prostitution voulue ou imposée, religion, magouilles de mafiosi, faveurs pour les riches de la cité, injustices pour les autres….de nombreux thèmes sont présents dans ce récit. Le lieu, lui-même, a de l’importance, tant Glasgow prend une place de plus en plus importante avec ses rues sombres, ses secrets plus ou moins gardés, ses dérives …. Se déplacer aux côtés des enquêteurs permet au lecteur de s’imprégner de l’atmosphère particulière de cette cité, de cerner les relations entre les uns et les autres.

J’ai tout de suite accroché avec le style et l’écriture de l’auteur. Captivée dès les premières lignes, j’ai pénétré dans cet univers parfois noir et j’y suis restée malgré quelques passages très sombres. L’intrigue, réaliste, est parfaitement menée, les événements s’enchaînent et les recherches des policiers permettent de comprendre, petit à petit, tous les tenants et les aboutissants. Certains esprits chagrins ne manqueront pas de signaler qu’un flic qui boit, qui a un passé lourd, qui flirte avec la ligne jaune, ce n’est pas une nouveauté. A la limite, je dirais presque peu importe la vie de cet homme. Ce qui fait le point fort de cet opus est, à mon humble avis, ailleurs. Il est dans le ressenti du lecteur car Alan Parks a une qualité toute particulière : il nous offre la possibilité de rentrer dans un monde qu’on ne connaît pas, non pas en spectateur, mais bien de l’intérieur. C’est sans doute dû à la force de son texte qui décrit un climat in et off : entre les individus mais également dans chacun des lieux évoqués : que ce soit les chambres lugubres, les pubs aux odeurs de tabac et de bière, les différents quartiers et même le commissariat….on a l’impression d’y être.

Je ne connaissais pas cet auteur et j’avais bien tort. Je vais m’empresser de rattraper mon retard en lisant « L’enfant de Février ».

NB : Alan Parks est né en Écosse et a fait des études de philosophie à l’université de Glasgow. Après avoir travaillé dans l’univers de la musique, il se tourne vers l’écriture. Janvier noir est son premier roman. Il a prévu un cycle de douze romans qui retraceront l’histoire criminelle de Glasgow.

"Au rendez-vous des élégantes" de Susana López Rubio (El Encanto)

Au rendez-vous des élégantes (El Encanto)
Auteur : Susana López Rubio
Traduit de l’espagnol par Margot Nguyen Béraud
Éditions : Presses de la Cité (16 Mai 2018)
ISBN : 978-2-258-14780-5
480 pages

Quatrième de couverture

Une île où tout semblait possible... La Havane, 1947. Patricio débarque à Cuba après avoir quitté la misère de son Espagne natale. Débrouillard, le garçon trouve vite ses marques dans ce monde luxuriant de couleurs et de sons. Après avoir été cireur de chaussures puis vendeur de billets de tombola, le voilà homme à tout faire à El Encanto, prestigieuse enseigne de la ville, qui rivalise avec les grands magasins parisiens. Patricio apprend vite, il gravit les échelons. D'autant qu'il veut éblouir la mystérieuse Gloria, la plus belle femme de l'île, et sans doute aussi la plus inaccessible puisqu'elle est mariée au chef de la mafia...

Mon avis

Nous sommes en 1947. Patricio, un jeune homme sans le sou, quitte son Espagne natale, pour la Havane où il espère une vie meilleure. Ses seuls atouts sont ses yeux bleus charmeurs, son bagout et sa volonté intacte tout au long de son parcours de s’en sortir. De petit boulot en petit boulot, il arrive au grand magasin El Encanto où il est embauché et montera en grade au fil des ans. Petite précision : cette chaîne de commerces a réellement existé et était connue à Cuba pour sa capacité d'innovation, ses pratiques commerciales et son modèle de fonctionnement.  C’est dans ce lieu qu’il fait connaissance de Gloria, l’épouse de César Valdés, chef mafieux du coin. Il n’y a pas d’amour entre ces deux-là mais pour des raisons que je laisse découvrir aux futurs lecteurs, elle n’a pas eu d’autres choix que de dire « oui » le jour de ses noces alors qu’elle n’était qu’une adolescente. Quand César veut, on obéit sinon les représailles sont terribles.

Patricio et Gloria tombent amoureux mais ne peuvent rien faire pour vivre leurs sentiments au grand jour. C’est donc un quotidien difficile, contrarié, dangereux parfois, qui les attend. Tous les deux seront narrateurs tour à tour, nous faisant vivre chaque rencontre volée, chaque peur, chaque angoisse, chaque petit bonheur.

C’est avec une plume fluide (bien traduite me semble -t-il) que Susana López Rubio nous emmène à la Havane et dans d’autres lieux. Elle a installé sont intrigue dans un contexte historique qu’elle évoque en quelques lignes sans trop le détailler. Cela aide à comprendre certaines situations, des choix ou tout simplement l’atmosphère qui rejaillit sur les décisions des uns ou des autres.

Ce roman se lit d’une traite, les différents protagonistes se heurtent à des obstacles divers et variés. Selon leur caractère, leur détermination, ils s’en sortent plus ou moins bien. J’ai beaucoup apprécié les amis de Patricio, je les ai trouvés à la fois attachants et drôles. J’ai également trouvé que la place donnée à la boutique était intéressante, surtout avec tout ce qui est mis en place pour satisfaire le client.

C’est vraiment une lecture plaisante qui permet de passer un agréable moment.

"Les oubliés de Londres" de Eva Dolan (This Is How It Ends)


Les oubliés de Londres (This Is How It Ends)
Auteur : Eva Dolan
Traduit de l’anglais par Lise Garond
Éditions : Liana Levi (6 Février 2020)
ISBN : 9791034902316
400 pages

Quatrième de couverture

Un immeuble à moitié vide au milieu d’un vaste chantier de construction. Quelques occupants, oubliés de tous, qui résistent à l’expropriation. Un soir, ils célèbrent la sortie d’un livre consacré à leur combat. Mais tandis que la fête bat son plein, Hella, auteure du texte, et Molly, auteure des photos, se retrouvent face à l’encombrant cadavre d’un homme. La décision qu’elles prennent alors va lier leurs destins, inextricablement.

Mon avis

Dans son dernier roman, Eva Dolan nous offre un excellent portrait de femmes dans un contexte londonien difficile. Elles sont deux. La première, Molly, la soixantaine, pourrait être la mère de la deuxième, Hella, jeune militante qui se bat pour « les oubliés de Londres ». Un livre est sorti d’ailleurs de la conjugaison de leurs deux talents, photographies pour Molly, textes pour Hella. Ce recueil est là pour marquer d’une pierre blanche leur combat pour ceux qui ne comptent plus, les oubliés. Qui sont-ils ? Ce sont, entre autres, les derniers habitants de l’immeuble où Molly réside, dans un quartier qui vit une transition. Certains sont déjà partis en échange d’un peu d’argent, d’autres résistent. Ils ne veulent pas que le bâtiment disparaisse pour être remplacé par une construction neuve grand luxe. Comment tenir face à des bulldozers ? Combien de temps encore avant de céder et de craquer ?

Ce soir-là, c’est la fête au dernier étage. L’alcool coule à flots, l’ambiance est bonne. Hella reçoit des journalistes, des amis, pour célébrer la parution de son bouquin grâce à un financement participatif. Soudain, elle appelle Molly au secours car elle se retrouve avec le cadavre d’un homme à ses pieds. Que faire ? Ne pas ameuter ceux qui sont en haut et agir. Téléphoner à la police ? Se taire ? Cacher le corps ? En tant qu’activiste, Hella est déjà connue des services de police et ne peut pas se laisser accuser …. Elle dit ne pas connaître le mort. Alors, elles vont cacher le corps malgré les risques qu’entraînent une telle décision. Même dans une maison en partie désaffectée, tout finit par se savoir et à ce moment-là, que dire ?

Hella est une femme atypique. Son père était policier. Elle a commencé des études pour suivre la voie familiale avant de tout laisser tomber au bout de six mois et de se lancer dans diverses batailles menant de front sa thèse et des actions de révolte. Défense des sans-abris, protection de l’environnement, rien n’échappe à sa fougue mais c’est surtout dans toutes les manifestations contre la gentrification qu’elle apparaît le plus souvent, quitte à payer de sa personne.
Molly, quant à elle, a toujours agi, depuis longtemps. Elle vit seule et n’a pas tissé beaucoup de liens. L’amitié presque maternelle qu’elle éprouve pour Hella fait que cette dernière devient son combat personnel. Elle veut la protéger à tout prix.

Ce roman alterne les chapitres présentant Molly ou Hella « avant » et « maintenant ». Ce va et vient passé / présent va petit à petit éclairer le lecteur sur la personnalité des protagonistes. On va apprendre à les connaître, découvrir leur part d’ombre, leurs travers. Le suspense monte car plus on avance, plus on se rend compte qu’on ne sait pas tout, que certains évènements sont troubles et que des personnes mentent. Qui était l’homme décédé ? Connaissait-il Hella ?

Au-delà des rapports humains parfaitement retranscrits par Eva Dolan, le contexte évoqué avec un climat tendu entre les londoniens, est très intéressant. L’auteur a su montrer les différentes émotions ressenties face à la politique menée par la capitale pour ce qui est de l’habitat. Détresse, colère, indifférence, peur, les citadins existent, s’expriment et cela n’est pas sans rappeler des situations connues.

J’ai trouvé cette lecture très proche de la réalité. C’est sombre et très bien écrit (merci à la traductrice). La fin est emplie de désespérance et laisse le lecteur pantois. Eva Dolan nous montre l’envers du décor de cette métropole et cela ne laisse pas indifférent.





"Le Puy-en-Velay: Lettres à Dieu" de Nicolas Grenier


Le Puy-en-Velay : Lettres à Dieu
Auteur : Nicolas Grenier
Éditions : du Volcan (23 Mai 2018)
ISBN : 979-1097339074
155 pages

Quatrième de couverture

Dans la littérature ponote, Nicolas Grenier a choisi des textes qui résonnent de toute leur modernité au XXIe siècle. Des écrivains ont connu la gloire nationale, George Sand, Anatole France, Prosper Mérimée, mais aussi locale, avec les enfants du pays, Charles Calemard de Lafayette, Aimé Giron, et surtout Jules Vallès. Classiques ou modernes, ils sont romanciers, poètes, ou encore savants, historiens, chroniqueurs, et ont en commun d'avoir évoqué, à leur façon, la cité d'Anis... et toutes ses merveilles. Cette anthologie est un bréviaire que l'on peut feuilleter, sur tous les chemins, pour faire vibrer en soi, Le Puy-en-Velay.

Mon avis




Résidant à Saint-Etienne, j’ai eu plusieurs fois l’occasion de me rendre au Puy en Velay, la cité d’Anis. Connue pour sa dentelle, ses lentilles, sa liqueur de verveine, cette ville est également un des points de départ du chemin de Saint Jacques de Compostelle.

« Un lieu qui élève les esprits comme seuls la religion ou la poésie peuvent le faire ». C’est exactement cela, une bourgade qui a une histoire dans l’Histoire, du charme, et un « je ne sais quoi » qui la rend attachante, donnant envie de la connaître encore plus.

Dans ce recueil, Nicolas Grenier a choisi des textes issus de notre patrimoine. Tous évoquent d’une façon ou d’une autre Le Puy-en-Velay. Lorsqu’on a la chance, le bonheur, d’avoir arpenté les rues qui montent vers la haute ville où se trouve la cathédrale, chaque extrait élu est « parlant ». Si on n’a jamais visité ce coin, on ne peut qu’avoir envie de s’y rendre le plus vite possible.

Pourquoi ? D’abord parce que Nicolas Grenier met en valeur la ville et la vie qu’on y trouve quelle que soit l’époque du texte sélectionné. Ensuite parce que les auteurs mis à l’honneur ont tous une raison d’avoir parlé de ce lieu et ils le font bien.

Je me suis régalée avec ce livre, « goûtant » les introductions de l’auteur qui resitue (contexte, période, auteur) chacun des bouts de récit qu’il présente. J’ai savouré les extraits, revisitant la forteresse de Polignac, arpentant les places et les rues en me laissant imprégner de l’atmosphère de chaque époque évoquée. Et je vais y retourner rapidement le livre à la main pour relire « en contexte » les pages que j’ai marquées d’un post it.

Mentions particulières à Prosper Mérimée et Jean Rameau.



"Quelques gouttes de sang sur le bureau du maire" de Hubert Huertas


Quelques gouttes de sang sur le bureau du maire
Auteur : Hubert Huertas
Éditions : L’Archipel (23 Janvier 2020)
ISBN : 978-2809827781
275 pages

Quatrième de couverture

À l'approche des élections municipales, quelque part en Provence, candidats et proches du maire sortant décèdent les uns après les autres, sous les yeux d'une jeune flic et du reporter local. La commissaire Naïma Zidani, née dans les quartiers pauvres de la ville, et son ami d'enfance, le journaliste Alex Carbonier, mènent l'enquête dans les milieux politiques, économiques, syndicaux et médiatiques.

Mon avis

Hubert Huertas est journaliste successivement sur France Inter, France Info puis chef du service politique sur France Culture jusqu'en 2013. Il a travaillé pour Mediapart. Il a donc beaucoup côtoyé les milieux des médias et ceux de la politique qu’il va évoquer dans son nouveau roman mené de main de maître.

En ouverture, Octobre 2019, nous assistons aux funérailles de l’adjoint au maire actuel d’une ville provençale. Cela sert de prétexte à la présentation des protagonistes que nous allons retrouver dans le roman. En quelques mots, chacun est situé, présenté. Alex Carbonier, un journaliste du coin est là et ce décès lui rappelle des événements antécédents. Un bond dans le passé nous entraîne fin 2007, début 2008, en pleine campagne électorale pour les futures municipales. A l’époque, plusieurs situations déstabilisantes s’étaient produites avec notamment des morts ou des disparitions difficilement explicables, concernant des personnes en lien avec la mairie. C’est Naïma Zidani (trente ans à l’époque), jeune femme de la ville, qui avait mené l’enquête. Depuis, elle est partie (en 2010), montée en grade. La voilà devenue commissaire divisionnaire, belle revanche pour une maghrébine issue des quartiers pauvres.  Toute la première partie de ce recueil va se dérouler en 2007/2008. Le lecteur attentif pourra éventuellement faire quelques repères et découvrir quelques indices pour mieux cerner le présent.

La seconde partie nous ramène en 2019. Naïma a maintenant quarante ans. Alex met la puce à l’oreille de la fliquette en faisant le lien avec 2008. Tous deux, en s’aidant le plus discrètement possible, vont essayer de comprendre ce qui se trame, surtout que les morts sont annoncées à l’avance ! Les élections arrivent à grands pas mais l’équipe du maire est bien mal en point. Vengeance du candidat de l’opposition ? Coup beaucoup plus tordu ? Tous les scénarios sont possibles et imaginables et chacun a son opinion. Naïma, elle-même, ne sait plus qui croire et que penser. Elle a été très proche de certains édiles, elle « fricotte » avec un journaliste, il faut qu’elle fasse attention à ne pas se décrédibiliser, à rester sur le terrain et à vérifier ce qu’elle annonce.

Le lieu où se déroule cette intrigue n’est jamais mentionné. On sait qu’on est dans le midi, en Provence, que les éboueurs font la grève, que le magistrat a la tête de la cité veut passer des marchés avec des « étrangers ». Les employés se fâchent, les citoyens grondent, ruent dans les brancards, tout cela est hyper réaliste et fait penser à ….. (je ne dis rien ; -)
Hubert Huertas s’est-il inspiré de faits réels pour offrir une base solide à son récit ? Peu importe. Ce qu’il écrit est assez crédible pour captiver le lecteur qui ne s’ennuie pas une seule seconde.

J’ai beaucoup aimé les deux aspects, présent / passé car l’un et l’autre se complètent à la perfection, donnant un éclairage sur chaque personnage mais aussi sur les rapports entre les uns et les autres. On se rend vite compte que les vieilles rancœurs ont la dent dure, que politique et honnêteté ne font pas forcément bon ménage, que le mensonge est bien pratique pour certains, que d’autres sont prêts à tout pour réussir et que le rôle des médias est loin d’être négligeable.

Hubert Huertas est un homme et il n’a aucune difficulté à écrire en se mettant dans « la peau » de Naïma, il fait même preuve de dérision et d’humour lorsqu’il « s’identifie » à elle, puisque l’histoire est racontée de l’intérieur par Naïma.
« Mon lit de bonne sœur musulmane est resté froid comme un drap d’hôpital. »
L’écriture est vive, dynamique, addictive, les rebondissements situés aux bons moments pour insuffler du rythme.
C’est une lecture qui m’a vraiment intéressée et qui m’a permis de découvrir un nouvel auteur.

"Désert solitaire" d' Edward Abbey (Desert solitaire)


Désert solitaire (Desert solitaire)
Auteur : Edward Abbey
Traduit de l’américain par Jacques Mailhos
Éditions : Gallmeister (7 Octobre 2010)
ISBN : 9780008283322
350 pages

Quatrième de couverture

À la fin des années 1950, Edward Abbey travaille deux saisons comme ranger dans le parc national des Arches, en plein cœur du désert de l'Utah. Lorsqu'il y retourne, une dizaine d'années plus tard, il constate avec effroi que le progrès est aussi passé par là. Cette aventure forme la base d'un récit envoûtant, véritable chant d'amour à la sauvagerie du monde, mais aussi formidable coup de colère du légendaire auteur.

Mon avis

Merci aux éditions Gallmeister et à PartageLecture pour ce livre.

Désert solitaire, dont le sous-titre est « A Season in the Wilderness » que l’on peut traduire par une « saison dans une région sauvage » est une lecture exigeante, dense, un peu « hors-normes », mais très intéressante. Comme l’auteur l’explique dans l’avant-propos, il a travaillé comme ranger dans un parc national et dix ans après il a constaté les ravages des progrès sur la nature.

Son récit, son élégie, nous conte la vie qui part à vau l’eau, lorsque l’homme oublie de prendre les plus élémentaires précautions pour préserver son environnement. Comme ce texte n’a rien d’un roman, il n’y a pas vraiment de personnages, encore moins d’intrigue. On pourrait presque penser qu’il va manquer de rythme mais il n’en est rien. La cadence est donnée par le lieu lui-même avec ses besoins, et ceux de celui qui vit sur place. Ce qu’on découvre dans ce recueil a déjà été abîmé, esquinté, détruit parfois mais Edward Abbey le rend vivant, vibrant sous nos yeux.

Comme dans un poème, une allégorie, il parle de cette communion qu’on ressent lorsqu’ on est en harmonie avec les éléments. Il explique la relation au temps qui est différente, la solitude qui n’en est pas une car il y a des tas de choses à faire : observer, écouter, contempler, cuisiner, aller chercher l’eau, vivre tout simplement….

« Si nous pouvions apprendre à aimer l’espace aussi profondément que nous sommes aujourd’hui obsédés par le temps, nous découvririons peut-être un nouveau sens à l’expression vivre comme des hommes. »

Loin de tout, regarder un animal, scruter le ciel, etc … tout prend une autre dimension, celle « d’être ici et maintenant ».

Edward Abbey souffre de voir les touristes qui envahissent son espace. Eux dont les moindres souhaits sont vite assouvis, ne luttent pas pour visiter, la voiture les emporte… Une marche ou un circuit en bicyclette, et l’approche serait différente … mais le temps presse toujours et encore ….

J’ai eu besoin de temps pour cette lecture, j’ai lu d’autres titres en parallèle. Je ne pouvais pas dévorer, c’est comme si l’auteur m’avait pris par la main et me disait : va doucement, assieds-toi, écoute-moi, m’obligeant à mettre tous mes sens en alerte pour me laisser pénétrer par ce désert, par ces paysages grandioses. Son écriture est fine, porteuse de sens, chaque mot étant à sa juste place. Le ton n’est pas moralisateur malgré le constat amer et la colère sous-jacente.

Je comprends le succès de cet opus et j’aurais presque souhaité qu’il soit accompagné de photographies avant/ après.