"Les eaux noires" d'Estelle Tharreau

 

Les eaux noires
Auteur : Estelle Tharreau
Éditions : Taurnada (7 Octobre 2021)
ISBN : 978-2372580922
252 pages

Quatrième de couverture

Lorsque les eaux noires recrachent le corps de la fille de Joséfa, personne ne peut imaginer la descente aux enfers qui attend les habitants de la Baie des Naufragés. L'assassin restant introuvable, à l'abri des petits secrets et des grands vices, une mécanique de malheur va alors tout balayer sur son passage…

Mon avis

C’est presqu’au milieu de nulle part … Yprat, une baie peu habitée dans le Nord. Un cul de sac en quelque sorte avec quelques maisons. Tout se sait, tout se voit, tout s’entend … Pourtant dans chaque demeure, il y a des secrets, des non-dits. On s’attarde d’abord sur Joséfa qui élève seule sa fille, Suzy, 17 ans. Elle travaille de nuit et a confié la clé à des voisins obligeants que Suzy pourra appeler en cas de problème. Elle n’a pas vu ou plutôt pas voulu voir que son adolescente est en train de devenir une belle femme… Les enfants restent toujours les « petits » de leur mère. Alors quand Suzy est retrouvée morte dans une tenue légère, cette mère ne peut pas y croire. Ce n’est pas possible, qu’est-ce qui lui a échappé, de quoi est-elle coupable, elle qui a fait le maximum pour sa progéniture ?

Elle harcèle la police, les amies de Suzy, les voisins, celui qui sort le soir pour fumer, celui qui se promène la nuit pour faire des clichés d’oiseaux nocturnes, celle qui voit tout derrière ses rideaux…
Bien entendu, elle n’obtient pas de réponse, personne n’a rien vu ou personne ne veut parler, comment savoir où se situe la limite ? Elle devient lionne, s’accroche, insiste, sombre dans des espèces de délire, se met en colère contre tout le monde. Elle ne comprend pas, elle veut des réponses. On sent que c’est une mère courage, qu’elle se battra toujours quitte à y laisser son emploi, sa santé, ses quelques soutiens ….

Mais la situation traîne, les gens se moquent de cette femme qui continue de croire qu’elle va trouver le coupable. Enfin, sa fille dans cette tenue affriolante, ça voulait bien dire quelque chose non ? Et puis cette maman n’était-elle pas très (trop ?) proche de certains voisins célibataires ? On peut légitimement se poser des questions, non ?

Dans cette baie, tout se sait, mais rien ne se sait. Sans doute la faute à quelques taiseux, à quelques langues de vipère, les uns ne parlent pas assez, les autres parlent trop….pas de mesure et si en plus on rajoute les menteurs….

Avec une plume acérée, quasi chirurgicale, Estelle Tharreau décrit à la perfection ce microcosme humain. Chaque personnage est détaillé dans ses forces, dans ses failles, dans ce qu’il est, dans ce qu’il fait, dans ce qu’il cache, dans ce qu’il montre. Personne n’est vraiment celui ou celle qu’on imagine. Plus on avance dans le roman, plus on découvre de ci de là une petite révélation qui peut changer le cours de l’enquête qui piétine. Cela modifie également notre regard sur les habitants de ce coin paumé où même la nature semble hostile.

Le récit avance au fil des jours, des semaines, des mois. On suit les recherches de Jo, les investigations des policiers. Si la mer pouvait parler, si les vagues pouvaient murmurer… car c’est bien cette baie qui est le témoin majeur, celle qui sait tout et ne peut rien dire. En lisant, je visualisais les flots grondeurs, les cailloux, j’entendais le vent, le bruit du ressac, je sentais l’iode, et j’avais peur parfois… parce qu’on plonge dans cette histoire, elle nous colle à la peau, on ne peut pas la lâcher, on veut savoir, on veut que Jo trouve la paix ou quelque chose d’approchant….

Ce livre est réussi, il y a du rythme malgré un lieu pratiquement fixe qui fait penser à un huis clos, l’angoisse monte au fil des pages car on sent bien que personne n’est clair, qu’il faut se méfier et qu’une étincelle peut tout enflammer.

C’est un excellent thriller avec une approche psychologique des individus très intéressante.


"ALIENés" de Fabrice Papillon

 

ALIENés
Auteur : Fabrice Papillon
Éditions : Plon (14 Octobre 2021)
ISBN : 978-2259306003
512 pages

Quatrième de couverture

Mai 2022. À 400 kilomètres de la terre, la station spatiale internationale sombre dans la nuit artificielle. Tandis que l'équipage dort, le cadavre éventré d'un astronaute américain flotte en impesanteur dans l'un des modules de recherche. Le même jour, à Lyon, le corps éviscéré d'un biologiste américain est retrouvé à 30 mètres de profondeur, dans un mystérieux réseau de galeries souterraines baptisé les " arêtes de poisson ". S'engage une double enquête, d'abord internationale avec la NASA, aux États-Unis, pour tenter d'élucider un meurtre inédit dans l'histoire : celui d'un astronaute dans l'espace.

Mon avis

Fabrice Papillon est un journaliste scientifique, producteur de documentaires. ALIENés est son troisième roman. Ses nombreuses et solides connaissances, intégrées dans une intrigue habilement ficelée, permettent d’avoir un livre qui interroge et qui documente le lecteur, tout en lui faisant passer un excellent moment. C’est un thriller qui se déroule en 2022, avec une pointe d’anticipation, des investigations policières et un contexte très intéressant qui mêle personnages et situations réelles avec une fiction qui secoue.

L’ISS, vous connaissez ? Depuis que Thomas Pesquet est allé en mission là-haut, rares sont ceux qui n’ont pas entendu parler de ce lieu. Ce soir-là, dans l’espace, tout le monde dort ou presque… Pourtant, un astronaute américain est mort, éventré. Et lorsqu’ils s’en rendent compte, ses camarades prennent peur. Meurtre en huis-clos, que s’est-il passé ? Chacun des coéquipiers - pière (il y a une femme), peut être responsable. Comment continuer à travailler sereinement dans ces conditions ? Qui est coupable ? Et surtout que faire du corps ? Comment agir ? Dépêcher quelqu’un sur place ou enquêter à distance ?

Parallèlement, à Lyon, dans les fameuses arêtes de poisson, réseau souterrain bien connu dans cette ville, un homme est retrouvé, c’est également un américain et lui aussi est éventré. Louise Vernay, commandant à la PJ de la cité, est chargée de l’affaire. C’est une femme volontaire, un peu borderline, qui a « épousé » son métier, c’est toute sa vie. Elle veut comprendre, elle prend des risques, elle abuse de ses droits quitte à détourner la vérité pour obtenir ce qu’elle veut. Elle va loin, très loin mais elle arrive, le plus souvent, à ses fins. Pratiquement persuadée qu’il existe un lien entre ces deux morts inexpliquées, elle va se débrouiller pour agir, un peu en électron libre et se voir confier, de façon plus ou moins officielle, des investigations des deux côtés de l’océan.

Su un rythme endiablé, avec des effets à la James Bond, l’auteur nous a concocté une histoire qui ne souffre d’aucun temps mort. L’écriture est vive, fluide, totalement addictive. Le propos est intéressant, on passe d’un lieu à l’autre, d’un individu à l’autre sans jamais se perdre malgré les ramifications très bien amenées. J’ai particulièrement apprécié les nombreux thèmes abordés. Notamment la place des géants du numérique (GAFAM, NATU …) qui l’air de rien, gouvernent une partie du monde et l’influencent. Fabrice Papillon évoque de temps à autre des faits réels, nous obligeant à ne pas rester à la surface de son récit mais bien à réfléchir, à plonger dans les dessous de l’histoire de l’homme, des hommes. Comme il arrive à vulgariser tout ça, il ne perd pas le lecteur dans trop de détails et maintient intact son intérêt et le suspense.

Les personnages pourraient sembler caricaturaux au premier abord mais ils ne le sont pas tant que ça. Certains jouent sur plusieurs tableaux et sont peu clairs dans leurs rapports aux autres. A la place de Louise, je n’aurais pas su à qui faire confiance et je pense que j’aurais eu les mêmes envies qu’elle concernant Ethan ;-)

On se demande souvent comment peut se terminer une histoire comme celle-ci, et je dois dire que je ai trouvé la fin tout simplement réfléchie et réussie.

Cette lecture m’a beaucoup plu, je visualisais parfaitement les lieux lyonnais et j’avais l’impression d’avoir le plan de la ville sous les yeux (ou d’être dans un drone). Tout le côté scientifique m’a fascinée et m’a poussée à vérifier les différentes allégations.

C’était ma première rencontre avec l’auteur et j’ai très envie de découvrir d’autres titres.


"Le murmure des attentes" de Philippe Nonie

 

Le murmure des attentes
Auteur : Philippe Nonie
Éditions : Lucane (16 octobre 2013)
ISBN : 979-1091166034
216 pages

Quatrième de couverture

Mai 2012. Journaliste clandestine en Syrie, Nicole, touchée par un éclat d’obus se terre au fond d’une cave. Cette femme blessée se remémore les épisodes de sa vie et redécouvre le destin exceptionnel de son grand-père, Hô. Hô, arraché à son Tonkin natal en 1915, traverse les conflits mondiaux du XXe siècle, et garde l'espoir de revoir un jour son pays.

Mon avis

Nicole, correspondante de guerre en Syrie est blessée et de fait, immobilisée. Vient le temps de l’attente en espérant s’en sortir et être évacuée… Si tous nos temps d’attente étaient mis bout à bout, ne pourrions-nous pas vivre une autre vie ? Elle pense aux différentes périodes de sa vie, à des âges divers, où elle a dû attendre, à ses réactions, mais aussi à celles des autres… Tout cela la ramène à son grand père qui, la dernière fois où elle l’a vu, a parlé de l’attente. On retrouve entre les différents instants du présent de la journaliste, l’histoire de Hö, ce papy qui a quitté le Tonkin et qui voulait y retourner.

C’est le titre qui m’a attiré et donné envie de découvrir ce roman. Nicole ne peut plus agir donc elle doit laisser passer le temps. Son esprit, sa mémoire l’entraînent ailleurs dans le passé. Tout est évoqué avec beaucoup de retenue, de délicatesse. Elle met à profit ce temps de repos forcé car elle a toujours besoin d’agir. Elle est attachante, on a envie que son cheminement lui apporte quelque chose, qu’elle comprenne où est la vie.

A travers l’histoire de Hô, le grand-père nous revisitons les guerres, les relations entre les hommes. Nous découvrons un homme droit qui obéit et n’ose pas toujours se rebeller….

Les lieux et dates sont bien définis. Le rythme donné en changeant d’endroit est bien dosé. L’écriture est belle, les dialogues plaisants à lire.

C’est un beau roman et mettre toutes sortes d’attente dans un même recueil en gardant un récit linéaire, est un défi que Philippe Nonie relève avec doigté et finesse.


"Le maître américain" de Fabrizio Gatti (Educazione americana)

 

Le maître américain (Educazione americana)
Le roman qu’aucun agent de la CIA n’a jamais pu écrire
Auteur : Fabrizio Gatti
Traduit de l’italien par Jean-Luc Defromont
Éditions : Liana Levi (7 Octobre 2021)
ISBN : 979-1034904655
464 pages

Quatrième de couverture

Simone Pace a choisi de confier ses secrets à Fabrizio Gatti, lors de rendez-vous dans la basilique de San Pietro in Vincoli, à Rome. Son récit, il le déverse aux pieds du Moïse de Michel-Ange. Pourtant cet ancien policier recruté par la CIA se soucie peu de la Loi divine. Sa loi est celle que lui a dictée son maître américain : œuvrer pour influencer les démocraties européennes. Si, à un seul moment de leur vie, ils avaient emprunté une voie différente, le monde ne serait sans doute pas tel que nous le connaissons.

Mon avis

Magistral !

« Le monde des fantômes ne devrait jamais révéler ses secrets à l’inframonde de ceux qui ne se doutent de rien. »

Fabrizio Gatti est un journaliste très connu en Italie. Il s’infiltre ça et là pour mettre au jour des magouilles ou des fonctionnements qui lui posent question (son livre « Bilal » raconte comment il s’est glissé dans la peau d’un immigré clandestin). Il est honnête dans ce qu’il écrit, quitte à déranger. Il sait que la corruption est importante dans son pays mais il ne veut pas se taire.

Est-ce pour ça que Simone Pace l’a choisi pour se confier ? Peu importe, puisqu’il a accepté et de ce fait a écrit un « roman document d’une histoire vraie ». Est-ce que tout est réel, est-ce que tout est inventé ? Ce livre est classé dans la collection « Document » de l’éditeur, à vous de voir…

« Sans connaître le passé, vous ne pourriez pas décoder le présent. »

Est-ce que rien n’arrive au hasard dans le monde politique, chez nos nombreux gouvernants ? C’est ce que tend à démontrer ce recueil. Fabrizio Gatti a l’habitude de prendre des risques, de ne pas baisser les yeux, d’oser. Alors quand il est contacté par un homme, apparemment ancien agent de la CIA, qui a besoin de vider son sac, il saisit son carnet et son stylo et va au rendez-vous. Au fil des entretiens avec Simone Pace, il a pris la mesure de « tout ça » : les collaborations secrètes (entre autres avec la Cosa Nostra), les meurtres (comme celui de Gerald Bull en 1990), les trafics d’influence, les actes ratés qui influent le cours de l’histoire… Pace se raconte (sur une trentaine d’années de sa vie, depuis l’âge de vingt ans quand il a été « recruté » jusqu’à la cinquantaine). Gatti interroge de temps à autre mais il analyse et recherche entre deux rencontres et ses questions sont pertinentes, pointues, obligeant Simone à aller plus loin et même, quelques fois, à réaliser ce qui lui avait échappé.

Membre du réseau clandestin qu’utilise la CIA en Europe pour les « basses besognes », Simone n’a jamais fréquenté les hauts placés de l’agence. Il a toujours été en lien avec des « contrôleurs » qui servaient d’intermédiaires. De cette façon, il « n’existait pas », impossible de remonter à la source.
Une vie cachée, une vie à se cacher tout en se fondant dans la masse le plus anonymement possible. Son mariage y-a-t-il résisté ? Sa femme a-t-elle supporté ses absences plus ou moins justifiées, expliquées ? Difficile d’avoir deux vies, encore plus trois ou quatre….

Simone Pace explique. A chaque mission, refouler les souvenirs, faire du tri, oublier et passer à autre chose, ne pas vivre dans la peur, sentir l’adrénaline monter mais se dominer, rester impassible, être vigilant en permanence, travailler les réflexes qui permettent de savoir si on est suivi… etc…

Ce récit est passionnant, écrit (merci au traducteur) avec beaucoup d’intelligence. On pourrait imaginer que lire une suite d’événements va être barbant mais il n’en est rien, on revisite une actualité dont on a entendu parler, on la déchiffre sous un autre angle et ça fait froid dans le dos. Est-ce que les hommes politiques sont intouchables, est-ce qu’on est sans cesse manipulé, est-ce que l’information est détournée, modifiée, pour coller à ce que décident les têtes soient disant pensantes ? Est-ce que ce serait mieux si d’autres choix avaient été faits ? A-t-on les réponses ? Et surtout veut-on les connaître ?

J’ai lu cet opus d’une traite, retenant mon souffle, me glissant dans la peau de l’un, de l’autre, visualisant des scènes, essayant d’anticiper la suite… C’est un texte riche, abondant, fourmillant de renseignements, d’anecdotes. C’est captivant, intéressant et quelque part un peu déstabilisant … car la question : est-ce que tout est vrai ? vous hante lorsque vous tournez la dernière page….


"La péninsule ambiguë" de Gérard Saout

 

La péninsule ambiguë
Auteur : Gérard Saout
Éditions : Livre Actualité (26 mai 2021)
ISBN : 978-2754309172
485 pages

Quatrième de couverture

Imaginons un pays où tout n'est que luxe, gaz et vacuité, un gaz plus naturel qu'un luxe bling-bling dans son écrin désertique, un pays où les dirigeants se doivent d'investir pour l'après-pétrole et achète la France, y rachète entreprises, châteaux et demeures somptueuses, artistes et équipe de foot, se veut l'ami de nos élites, se voudrait discret mais intéresse trop les médias, se veut l'intermédiaire, le négociateur mais finance l'opaque, le trouble et croit intervenir dans la marche d'un monde qui l'aime peu. Imaginons l'un des intermédiaires qui, au nom de cet Émirat, suit, contrôle, finalise ces investissements d'après-pétrole, un bureau privé où les égos s'ébouriffent vite dans la valse des millions, un cabinet où tout ne devient que conflits, vétilles et ridicule.

Mon avis

« La péninsule ambiguë » est un livre foisonnant, intéressant, édifiant… L’auteur a travaillé comme comptable pour un émir du Qatar. Il a voyagé, suivi les « affaires » financières de cet homme et de ses « adjoints » pendant plusieurs années. Il a vu de près les « petits arrangements », les blanchiments qui ne portent pas ce nom car ils sont cachés, les trafics d’influence, les sous-entendus, les marchés détournés, les tricheries …. Lui, il était honnête, foncièrement honnête et droit alors forcément, certaines choses le gênaient et peut-être que c’est lui qui a finalement dérangé parce qu’il voyait trop clair ?

Interprétations des faits, ressentis, jugements, tout est différent suivant le pays où on se trouve, Gérard Saout nous le démontre. Il nous explique aussi qu’il a subi des « tests » car si la compétence est importante, la confiance l’est encore plus dans ces milieux. En essayant de le piéger, ses supérieurs vérifiaient sa probité. Crise diplomatique, anecdotes, comptes-rendus, les informations sont nombreuses et variées. On comprend vite le poids des finances, la force de l’argent qui gouverne tout. Ne dit-on pas qu’il est le nerf de la guerre ?

Les souvenirs sont égrenés. On suit le comptable dans ses tâches quotidiennes, on constate que son activité professionnelle déborde sur sa vie personnelle, que l’ambiance n’est pas toujours au top entre collègues, que certains se laissent manipuler.

Médiapart, le Canard, Marianne, ils ont été nombreux à contacter Gérard Saout pour écrire sur ce qu’il a vécu mais un article est toujours sujet à caution même si la personne qui le rédige essaie de rester impartial. « La péninsule ambiguë » offre un témoignage fort, troublant, sans retenue, bien documenté sur des situations précises, évoquées avec une écriture vive et parfois une pointe d’humour.

Aussi fort qu’un documentaire, une vue de l’intérieur, très forte, qui interpelle … on ne vit pas dans un monde bisounours, qu’on se le dise ….

Dans les dernières pages, des livres et articles sont cités. Rien n’a été laissé au hasard et le lecteur qui veut aller plus loin ne s’ennuiera pas une seconde.


"Evergreen Island" d'Heidi Perks (Evergreen Island)

 

Evergreen Island (Evergreen Island)
Auteur : Heidi Perks
Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Carole Delporte
Éditions : Préludes (6 octobre 2021)
ISBN : 978-2253080800
450 pages

Quatrième de couverture

Au large des côtes de l’Angleterre, Evergreen Island abrite une petite communauté qui vit isolée du reste du monde. Lorsqu’un corps est déterré dans le jardin de la maison d’enfance de Stella Harvey, la jeune femme est bouleversée. Surtout que vingt-cinq ans auparavant, un soir de tempête, sa famille a mystérieusement fui les lieux…

Mon avis

Un peu plus de cent habitants sur l’île d’Evergreen, reliée au continent par un ferry. C’est dire si tout le monde se connaît (s’espionne ?), sait ce que fait le voisin… Stella y a passé son enfance avec sa sœur, son frère et leurs parents. Un soir de tempêté, ils sont partis. Partis ? Cela ressemblait plus à une fuite et ce choix paternel a été très difficile pour elle tant elle était attachée au lieu et à ceux qui le peuplaient. La distance n’aidant rien, elle n’a pas gardé de liens avec qui que ce soit. Est-ce parce qu’elle était mal loin de « son île » et pour « se réparer » qu’elle est devenue thérapeute ?

Vingt-cinq ans se sont écoulés et Stella a trouvé un équilibre. Jusqu’au jour où un policier la contacte pour l’interroger. Un corps a été découvert près de la maison où elle logeait avec sa famille. Au bras, un bracelet d’amitié qu’elle avait fabriqué il y a si longtemps….  Malgré les mises en garde de sa frangine, elle part passer quelques jours sur Evergreen. Elle veut comprendre pourquoi son père a décidé de quitter l’île précipitamment avec tous les siens. Elle est persuadée qu’on ne lui a pas tout dit, qu’on lui a toujours caché quelque chose…. Ce qu’elle n’a pas anticipé du tout, c’est que sa présence va vite déranger, qu’elle recevra des menaces anonymes et que ce qu’elle risque de mettre au jour peut l’ébranler, la déstabiliser….

Il n’est jamais bon de remuer le passé, pas plus que de garder des non-dits, des secrets familiaux qui finissent toujours par être éventés. L’auteur nous le rappelle dans un récit sans temps mort, construit entre passé et présent. Elle nous égare sur différentes pistes, nous fait approcher de la vérité pour nous en éloigner, jouant avec nos nerfs.

L’écriture fluide (merci à la traductrice) sans temps mort, est rythmée par les différentes rencontres que fait Stella. Nous passons du « autrefois » à maintenant, découvrant les rapports que les différents personnages avaient entre eux, ce qui les a rapprochés ou séparés. Une carte, située en début d’ouvrage, nous permet de repérer les lieux et de nous familiariser avec l’environnement.

J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture, je me suis attachée à Stella et même si j’avais deviné la fin, ça ne m’a pas gênée. L’histoire est prenante. L’atmosphère est bien retranscrite, on sent le poids des silences dès qu’on met le pied sur Evergreen, ça pèse lourd … L’angoisse monte parfois, on se demande jusqu’où peuvent aller les protagonistes. Et puis, Stella est confrontée à des choix terribles et on se demande comment on aurait réagi à sa place….


"QI" de Christina Dalcher (master class)

 

QI (Master class)
Quand la réussite a un prix
Auteur : Christina Dalcher
Traduit de l’anglais par Michael Belano
Éditions : Nil (7 octobre 2021)
ISBN : 978-2378910235
416 pages

Quatrième de couverture

Le potentiel de chaque enfant est régulièrement calculé selon une mesure standardisée : le quotient Q. Si vous obtenez un score élevé, vous pourrez fréquenter une école d'élite avec à la clé un avenir en or. Si votre score est trop bas, ce sera un internat fédéral n'offrant que des débouchés très limités. Le but de cette politique ? Une meilleure société où les enseignants se concentrent sur les élèves les plus prometteurs. Elena Fairchild, enseignante dans un établissement d'élite, a toujours soutenu ce système. Mais lorsque sa fille de neuf ans rate un test et part pour une école au rabais à des centaines de kilomètres, elle n'est plus sûre de rien.

Mon avis

« Nous ne sommes pas tous les mêmes. »

Quel parent n’a pas un jour râlé contre le niveau de la classe de son enfant, niveau trop faible ou trop haut qui ne lui convenait pas et l’empêchait de progresser à son rythme ? Et les évaluations, mal dosées, mal placées dans le calendrier ou la journée, qui font paniquer les élèves, qui stressent les familles car on compare, on fait des groupes …

Dans ce roman, Christina Dalcher pointe du doigt les dérives auxquelles la société s’exposerait en voulant faire trop de tri, en choisissant des écoles d’élite en fonction des tests réussis ou pas autant par les enfants que les parents. Cela nous interroge. Qu’est-ce qu’un élève parfait ? Celui qui a toujours de bonnes notes ? Celui qui s’épanouit dans ce qu’il fait ? Celui qui a choisi la voie qu’espérait sa famille ? Que faire face au handicap, à la différence, aux troubles dys etc ?

Une famille ordinaire, un père, Malcolm, qui travaille au département de l’Éducation, une mère, Elena, enseignante, deux filles, Anne et Freddie. Tout pourrait aller pour le mieux mais la pression est permanente, les tests mis en place par le gouvernement pour classer les personnes au mérite, pèsent de plus en plus sur l’ambiance familiale. Surtout sur la maman et Freddie. Elena sent une certaine fragilité chez sa petite qui ne supporte plus toute cette charge mentale, bien trop lourde.

Pour l’instant, tout va encore à peu près bien mais ce matin-là, Freddie ne veut pas, son corps dit stop, son esprit sature, elle ne peut pas aller dans son établissement scolaire passer ce fameux examen. Elle est à bout et Elena, qui dans un premier temps, essaie de la persuader qu’elle va s’en sortir, que tout ira bien, ne sait plus que faire. Elle finit par mettre sa fille dans le car de ramassage. L’angoisse la prend, a-t-elle fait les bons choix ? Avant et maintenant ?

Ce qui est intéressant, c’est le cheminement d’Elena. Au départ, elle est enseignante pour le « haut du panier » et n’est pas contre le système. Elle observe les voisins dont les enfants, baissant de régime, changent de car et d’établissement scolaire. Elle regarde tout ça de loin même si on sent un peu d’énervement. Mais lorsque c’est sa propre gosse qui est rétrogradée, qui souffre, elle prend en pleine face la détresse de quelqu’un qu’elle aime plus que tout. Et ça fait mal, très mal….

J’ai trouvé le fonctionnement de l’éducation, des relations humaines, présenté avec beaucoup de doigté, de finesse. Les éléments sont amenés petit à petit, les interrogations, l’angoisse monte face à ces choix qui ont été faits. Que peut faire une pauvre mère de famille face des bulldozers humains qui pensent avoir raison ? Qui peut lui apporter du soutien ? Comment agir sans se faire prendre ?

C’est avec une écriture fluide (merci à la traductrice), sans temps mort, que l’auteur nous entraîne dans ce qui pourrait devenir le pire cauchemar de l’école. Les êtres humains ont déjà fonctionné de cette façon. Christina Dalcher nous rappelle l’eugénisme, ce contrôle sur les naissances pour ne faire que de « bons » enfants, a existé et que cette théorie qui ne visait qu’à avoir des gens de « valeur » était très dangereuse. Que serions-nous sans la richesse de nos différences ? Soyons vigilants, prudents dans nos actes et nos propos. Gardons une place privilégiée à l’enfance, aux rêves, à la vie mouvementée avec ses hauts, ses bas…  

Ce roman se lit d’une traite, il est fascinant, sans temps mort, on serre les poings, on sent la colère monter en nous, on espère … on est dedans, à fond …. Et quand on est dans l’enseignement (comme moi), on sait encore plus pourquoi on ne veut pas de classe homogène avec des élèves pantins tous pareils !


"Invisible" d'Antonio Dikele Distefano (Non ho mai avuto la mia età)

 

Invisible (Non ho mai avuto la mia età)
Auteur : Antonio Dikele Distefano
Traduit de l’italien par Marianne Faurobert
Éditions : Liana Levi (7 Octobre 2021)
ISBN : 9791034904556
226 pages

Quatrième de couverture

Enfant, le narrateur de ce roman l’a été trop brièvement. Dès l’âge de sept ans, il se pense «invisible». Invisible pour ses parents occupés par leurs conflits personnels. Invisible pour ceux qui le croisent dans la rue et ne voient que sa couleur de peau. Et invisible pour l’État italien, car il lui est impossible d’obtenir la nationalité de ce pays dans lequel il est né de parents étrangers. Quelle est alors son identité puisqu’il ne connaît pas l’Angola, terre de ses ancêtres ? Replié sur lui-même, Zéro -c’est ainsi qu’on le surnomme-encaisse les coups durs à chaque étape de sa vie.

Mon avis

Antonio Dikele Distefano est né en Italie de parents angolais. Sa Maman a ouvert un magasin d’alimentation exotique où il entendait les gens raconter leur vie. Alors, plus tard, il a écrit des histoires, tout en étant passionné de rap. Un éditeur l’a remarqué (il publiait sur Facebook) et c’est comme ça qu’il s’est mis à écrire des romans. « Invisible » est le quatrième et il a donné naissance à la série « Zéro » sur Netflix.

Zéro, c’est le narrateur de ce récit, on le suit de sept à dix-sept ans. Il est né italien, mais sa couleur de peau le rend étranger. Il est de nulle part puisque sur place, il n’est pas « reconnu » et là-bas, en Afrique, il ne peut pas y aller. Ses parents se séparent, la mère le garde puis elle finit par l’envoyer, avec sa sœur Stefania, chez leur père. Une vie meilleure ? Pas du tout.

Bien sûr, il y a les après-midis et les soirées avec les copains, les rêves qui permettent de croire en tous les possibles (avec une scène magnifique sur un toit), mais surtout les désillusions, le racisme quand on est rejeté, partout, comme si, marqués au fer rouge, vous ne pouviez pas être acceptés comme une personne ordinaire. Dans la cité où il habite, Zéro se lie avec d’autres garçons comme lui. Ils se comprennent, se soutiennent, jouent au foot (en se voyant déjà dans de grands clubs), font du vélo, regardent les filles et rient… Les espaces autour des HLM sont leur terrain de jeu. Ils savent qu’il faut se méfier des Blancs car comme le dit la mère : « Les Blancs voient toujours de la méchanceté chez les Noirs ».

Enfant, pour Zéro, ses amis sont à la fois son pays, sa maison, sa famille… Il n’a qu’eux. Sa frangine fait ce qu’elle peut et les parents ne sont pas très présents, pas investis (ou mal) dans leur rôle d’éducateurs. Zéro grandit sans confiance et ça le conditionne, il ne se sent pas légitime, toujours coupable ou presque. Il a le sentiment de ne pas avoir le droit d’être là, d’être en couple … Il y a toujours une assistance sociale, un propriétaire à qui son paternel doit des loyers, une personne agressive, pour déstabiliser le peu qu’il arrive à construire avec sa famille. Stefania l’aide, le conseille mais elle aussi vit des situations délicates.

C’est un récit qui fait un focus sur le quotidien d’un jeune. Un anonyme parmi tant d’autres, un invisible qui grandit trop vite, qui n’a pas d’âge (c’est le titre en italien) parce que c’est comme ça quand on doit assumer les failles des adultes. Comment penser à l’avenir lorsque vous ne pouvez pas vous projeter, comment espérer des jours meilleurs si la moindre amélioration est aussitôt suivie d’une débâcle ?

Comme le montre l’auteur, tout n’est pas que tristesse. Les jeunes sont contents d’un rien, de pédaler, de faire des blagues, de jouer au foot mais ce ne sont que des accalmies…. Pour autant, Zéro ne se plaint pas, il constate, il raconte ses rencontres, ses espoirs, ses échecs, ses erreurs, ses frayeurs, et à travers lui, c’est la voix de beaucoup d’invisibles qui s’élève, comme un cri qui enfle au fil des pages. « Je m’effaçais par crainte d’être jugé et exclu. »

J’ai trouvé ce roman émouvant, superbe. Plutôt que de nous parler de racisme et des difficultés à être africain dans un pays de Blancs, l’auteur nous conte l’histoire d’un garçon que l’on voit grandir, confronté à une société où il ne trouve pas sa place.

L’écriture (merci à Marianne Faurobert qui ne me déçoit jamais lorsque je lis un texte qu’elle a traduit) est lumineuse, élégante, porteuse de messages sans jugement. On souffre, on rit, on espère mais surtout on avance au côté de Zéro et on l’aime !

Un petit extrait pour le plaisir :

« J'ignorais qu'oublier une personne qu'on aime est plus difficile que de décider de ne plus la voir. Pour avancer, on est obligé de tuer une partie de soi et d'habiter le vide de la perte, et d'accepter qu'on ne sera plus jamais le même qu'avant. »


"Le serveur de Brick Lane" (The Waiter) de Ajay Chowdhury

 

Le serveur de Brick Lane (The Waiter)
Auteur : Ajay Chowdhury
Traduit de l’anglais par Lise Garond
Éditions : Liana Levi (7 Octobre 2012)
ISBN : 9791034904600
310 pages

Quatrième de couverture

Brick Lane. Dans ce quartier de Londres jeans et parkas se mélangent aux saris et les restaurants indiens proposent des currys aussi parfumés qu’au New Market de Calcutta. Kamil y est serveur depuis peu, mais de serveur, il n’a guère que l’habit, car son âme est celle d’un détective, et son modèle inavoué est Hercule Poirot. Mais de Londres à Calcutta, la mort a partout le même visage. Alors le serveur de Brick Lane troque son plateau contre sa casquette de détective, déterminé à affronter les fantômes du passé.

Mon avis

« Brick Lane » est le premier roman pour adultes de l’auteur. Il a vécu en Inde puis fait des études aux Etats-Unis avant de s’installer à Londres où il a fondé une compagnie de théâtre. Ce n’est pas le premier écrivain d’origine indienne mis à l’honneur par la maison d’éditions Liana Levi et c’est intéressant.

Ancien policier à Calcutta, Kamil est maintenant serveur à Londres dans le quartier de Brick Lane. Il est en situation illégale et travaille dans le restaurant d’un ami de son père. Pourquoi ? À Calcutta, il était policier, content de monter en grade et d’enquêter sur le meurtre d’une star de cinéma de Bollywood Asif Khan mais les événements ont mal tourné et il a perdu sa place. Non pas qu’il ait fait une ou des erreurs, mais sans doute que ce qu’il avait mis au jour, a dérangé. Lui, n’a pas eu envie de se taire, de faire semblant mais celui lui a coûté son emploi, sa fiancé et le fait d’être éloigné de sa famille. Son paternel ne lui manque pas trop car ils ont parfois des difficultés à se comprendre.

Troquer la casquette d’Hercule Poirot (qu’il admire) pour les gants blancs et le nœud papillon de serveur n’est pas chose aisée. Mais les gens qui l’ont accueilli, un couple et leur fille agréable, espiègle et joyeuse, l’aident et l’accompagnent avec beaucoup de bienveillance. Cela le soulage un peu mais on sent bien que son « vrai » métier lui manque énormément. Il l’exprime en évoquant son passé et sa dernière enquête régulièrement. C’est d’ailleurs lui qui parle en disant « je » dans ce récit.

En cet automne pluvieux, un ami du patron fête ses soixante ans dans le luxe et la volupté. Il a invité beaucoup de monde dont, au grand dam de sa très jeune épouse, son ex-femme, une personne peu discrète. Kamil est là en tant que personnel de service. Il observe, se montre efficace. Il constate rapidement que les gens voient le plateau qu’il tient mais pas lui. Il en profite et rien n’échappe à son regard acéré : tensions, discussions secrètes etc. En fin de soirée, le fêté, Rakesh Sharma, est retrouvé assassiné près de la piscine. Aussitôt les vieux réflexes d’enquêteur ressortent et avant l’arrivée des policiers londoniens, Kamil agit. Il sait qu’il doit se faire oublier, d’autant plus qu’il flirte avec l’illégalité en faisant cela et en travaillant mais comme dit le proverbe : chasser le naturel, il revient au galop …..

Le récit oscille entre le présent en Angleterre et le passé quelques mois auparavant en Inde. C’est l’occasion de comparer les méthodes d’investigation, le poids des hommes politiques ou des supérieurs, la façon dont sont menées les recherches, les interrogatoires, et comment sont construites les conclusions. Il y a également le poids du pays, on ne réagit pas de la même manière d’un côté et de l’autre. L’analyse que fait Ajay Chowdhury est bien menée pour quelqu’un qui ne vit pas à Calcutta. Pour l’Angleterre, le quartier de Brick Lane est un lieu à visiter, ne serait-ce qu’à travers ce livre (d’ailleurs, cette histoire va être adaptée en série, j’ai hâte de la visionner). On découvre les rites, les habitudes des deux lieux.

L’écriture est vivante (merci à Lisa Garond pour sa traduction), bien rythmée. Les protagonistes ont de la consistance et une part d’ombre, personne n’est vraiment lisse. On s’aperçoit que le passé, les préjugés, les us et coutumes influencent les ressentis, les déductions, les réponses comme si quelques fois, la parole avait encore du mal à se libérer.

Je ne doute pas une seconde que Kamil fera encore le détective et c’est avec beaucoup de plaisir que je le retrouverai !


"Jeu dangereux du chat et de la souris" d'Hélan Brédeau

 

Jeu dangereux du chat et de la souris
Auteur : Hélan Brédeau
Éditions : Books on Demand (4 juin 2021)
ISBN : 978-2322269082
272 pages

Quatrième de couverture

Paris. Dans un immeuble du XI arrondissement, Charlotte Mesnand, gentille épouse et mère de famille s'ennuie. Un peu aidée, sa vieille voisine acariâtre tombe et meurt dans l'escalier. Suite à ce décès, la jeune femme va devenir un peu trop curieuse. Cela va déclencher un jeu, le jeu du chat et de la souris entre elle et un policier véreux.

Mon avis

Charlotte Mesnand habite un petit immeuble parisien avec son époux et ses enfants. Elle ne travaille pas et ses journées sont rythmées par la préparation des repas, quelques courses et beaucoup de lecture, principalement des romans policiers. Parfois ceux-ci la laissent sur sa faim, elle a deviné qui avait tué et trouve l’enquêteur peu dégourdi ou pas assez rapide ou l’histoire toujours partagée entre les bons et les méchants. Tout ceci lui semble parfois trop prévisible et manquant de fantaisie.

Une question la taraude : est-ce qu’on peut tuer sans être pris ? Et si son quotidien, jugé un peu trop plat, lui donnait l’occasion de vivre autre chose ? Sa voisine peu gracieuse, voire carrément acariâtre vient de mourir, suite à une chute dans l’escalier de la résidence. Elle n’a pas d’héritier, à part un neveu que la police recherche. Charlotte voit dans cet « accident » et cette disparition, une formidable opportunité pour mettre un peu de piment dans la redondance de ses semaines. Elle ne se doute pas une seconde des événements qui vont se succéder et lui échapper.

Lorsqu’elle se trouve confrontée aux policiers qui font des prospections sur le neveu de la vieille dame, sa curiosité la titille, elle essaie d’écouter, d’analyser, de comprendre mais forcément, ils la remarquent et elle les dérange. Alors, elle se décide à agir en cachette. En voulant jouer au détective, elle met le doigt dans un engrenage qui va l’entraîner bien loin … au-delà de tout ce qu’elle avait imaginé.

C’est avec une écriture plaisante, des scènes très visuelles, et un contexte travaillé que l’auteur a construit son intrigue. C’est savamment réfléchi (même si le coup du sac poubelle est un peu invraisemblable) et plein de rebondissements. J’ai trouvé astucieux le « jeu » qui se met en place entre Charlotte et le policier véreux. On se demande sans cesse qui va voir le dernier mot et quelles méthodes vont être utilisées pour coincer l’autre.

Un bon moment de lecture, sans hémoglobine, avec du suspense et une idée de départ intéressante : que peut faire une femme désœuvrée pour sortir de la monotonie ?  


"Je revenais des autres" de Mélissa Da Costa

 

Je revenais des autres
Auteur : Mélissa Da Costa
Éditions : Albin Michel (5 Mai 2021)
ISBN : 978-2226456120
576 pages

Quatrième de couverture

Philippe a quarante ans, est directeur commercial, marié et père de deux enfants. Ambre a vingt ans, n’est rien et n’a personne. Sauf lui. Quand submergée par le vide de sa vie, elle essaie de mourir, Philippe l’envoie loin, dans un village de montagne, pour qu’elle se reconstruise, qu’elle apprenne à vivre sans lui. Pour sauver sa famille aussi. Le feuilleton d’un hôtel où vit une bande de saisonniers tous un peu abîmés par la vie.

Mon avis

C’est le troisième livre que je lis de Mélissa Da Costa et du premier à celui-ci, mon intérêt et mon plaisir sont allés decrescendo.

Cette lecture m’a paru longue, trop longue. Je la posais, la reprenais, me forçant à retourner dans le récit. J’ai trouvé qu’il y avait pas mal de redondances, que les personnages cabossés faisaient partie d’un casting prévisible pour avoir un panel suffisamment accrocheur. Mais vraiment plus de cinq cents pages pour tout ça, j’ai frisé la saturation.

Cela me chagrine car j’espérais autre chose, il me semble que la même histoire sur moins de pages aurait eu plus de punch, plus de rythme. Beaucoup d’éléments m’ont paru « surjoués », peu crédibles. A la fin, même peu vraisemblable, ça s’anime un peu mais bon, j’avais déjà bien décroché. J’ai eu de nombreuses fois un sentiment de « remplissage ».

L’écriture n’est pas désagréable mais ça reste sage, appliqué, sans fantaisie. Je suis désolée d’être si négative mais à part Wilson qui sort du lot, tout était un peu trop caricature pour moi.


"L'enfant dormira bientôt" de François-Xavier Dillard

 

L’enfant dormira bientôt
Auteur : François-Xavier Dillard
Éditions : Plon (23 Septembre 2021)
ISBN : 978-2259306485
336 pages

Quatrième de couverture

Michel Béjard tente de mener une vie normale avec son fils Hadrien, un jeune adulte perturbé qui ne guérira jamais du drame familial qui a envoyé sa mère en prison et l'a rendu handicapé à vie. Son père passe la majeure partie de son temps à la Fondation Ange qu'il a créé pour la protection de l'enfance et l'aide à l'adoption. Un matin, Michel Béjard voit débarquer le commissaire Jeanne Muller en charge d'une enquête très particulière. Deux nourrissons viennent d'être enlevés. Leur point commun ? La proximité de leurs parents avec la Fondation Ange...

Mon avis

Ce thriller est absolument glaçant et le final vous laisse sans voix…

Le personnage principal de de roman est l’enfant. Le bébé qui vient de naître et qui a besoin de ses parents, le gamin qui grandit, l’adolescent qui se cherche et qui fait parfois les mauvais choix et l’adulte parce que chaque homme, chaque femme est le fils ou la fille de quelqu’un. Notre enfance, notre passé nous construisent et plus que jamais, dans ce livre, c’est flagrant.

Peut-on lutter contre ses racines, contre ce qu’on a vécu et qui nous a marqué au fer rouge ? Peut-on lutter contre les influences, le qu’en dira-t-on, le poids des non-dits ?

C’est tout cela et bien plus encore qui sera évoqué, avec brio, dans ce thriller.

Jeanne Muller, une commissaire atypique, qui ne s’embarrasse pas de fioritures mène une enquête difficile sur des disparitions de nourrisson dans des maternités. Le lieu n’est pas le même et elle recherche ce qui peut relier les différents méfaits. Un point commun est trouvé. Est-ce que ce sera suffisant pour comprendre qui agit dans l’ombre et retrouver les bébés au plus vite ? Pas sûr … D’autant plus que Jeanne, femme au grand cœur, a pris sous son aile Samia, une jeune fille paumée, qu’elle espère sauver de la rue. Il y a donc plusieurs histoires en parallèle, dont le ressenti de Samia, raconté à la première personne.

Si quelques situations m’ont paru un peu « surjouées » ou exagérées, cela ne m’a pas dérangée tant j’étais prise par le récit. Les différents personnages sont très intéressants. Après un drame personnel, Michel Béjard vit seul avec son fils, un jeune adulte, assez mystérieux, plutôt bizarre. Ils sont tous les deux tourmentés, hantés, par des souvenirs terribles et le dialogue est quasiment inexistant. La policière est elle aussi une personne peu ordinaire, pas toujours raccord avec la loi alors qu’elle la représente. Il faut voir comme elle mène les interrogatoires ! C’est un des atouts de ce recueil, les protagonistes, pour la plupart, ne sont pas entièrement blancs ou noirs. Ils sont tous en contraste, avec des failles et le lecteur ne peut pas savoir qui ils sont réellement, les caractères sont ambigus.  

Je ne connaissais pas cet auteur et je le relirai probablement. Son style est accrocheur, les thèmes qu’il aborde sont de vrais sujets de société et il les développe avec doigté et intelligence. Son écriture est fluide, il y a de nombreux dialogues qui rythment le texte. On suit les principales intrigues d’un chapitre à l’autre mais sans jamais perdre le fil. Je pensais qu’il avait forcément des « ponts » et j’ai cherché lesquels. J’étais loin de tout imaginer !

J’ai trouvé particulièrement réfléchi le cheminement des hommes et des femmes qui avancent vers la résilience. Certains ne trouvent la paix que difficilement et à un prix vraiment lourd. Cela pose la question du pardon et de la paix dans nos vies. Jusqu’où sommes-nous capables d’aller pour les obtenir ? Et sera-t-on sereins pour autant ?

C’est un roman noir, avec des scènes parfois dures mais je ne regrette en rien ma lecture, bien au contraire !

 

"D'Est en Ouest" de Ludovic Mezey

 

D’Est en Ouest
Récit autobiographique
Auteur : Ludovic Mezey
Éditions : Déhache (20 Mai 2021)
ISBN : 978-2382310182
290 pages

Quatrième de couverture

Après une enfance marquée par la survie dans le ghetto juif de Budapest, puis une adolescence opprimée par le stalinisme, György Mezey décide de rejoindre la France « pour sa littérature et sa poésie ». De Strasbourg à Cannes, en passant par Paris et Nancy, il découvre le « luxe occidental », vit selon son bon plaisir et fait la connaissance d’Agnès, une Vosgienne pure souche. Cinquante ans plus tard, leur fils Ludovic reconstitue l’histoire rocambolesque de cette famille en donnant la parole à ses protagonistes : une manière d’assumer un héritage complexe avant de s’en émanciper, et, peut-être, transmettre à son tour le sien à ses contemporains.

Mon avis

Cela fait dix ans que l’auteur pensait à écrire l’histoire de sa famille. Sans doute, le meilleur moyen pour connaître tous ceux qui lui sont chers et s’affranchir du passé familial. C’est un remarquable travail qu’il a effectué pour rédiger ce récit. Il a interrogé chacun, puis retranscrit les différents points de vue, présentant ainsi les souvenirs des uns et des autres, leurs ressentis, leurs envies, leurs peurs, leurs réussites, leurs joies….

Parfois ça se télescope, tout le monde ne se souvient pas de la même façon d’un fait identique, il y a des divergences, c’est normal après tout ce temps ! C’est quelques fois amusant, par exemple lorsque la mère découvre l’enfance du père qui n’en avait pratiquement pas parlé avec elle. Atypiques, extra-ordinaires (en deux mots), tous les protagonistes sont intéressants. Ce qu’ils racontent, entrecoupés des réflexions, des retours « sur images » et du cheminement personnel de l’auteur, a beaucoup de valeur. Non seulement, parce que cela offre un regard différent sur certains événements historiques mais également parce que le parcours de György Mezey n’a rien de banal. Avancer, ne pas baisser les bras, prendre les jours les uns après les autres, on pourrait dire que c’est leur devise. Bien sûr, il y a des erreurs (qui n’en fait pas ?), des non-dits, des silences, peut-être des mensonges mais c’est la vie. Elle est ainsi faite, de hauts, de bas, d’embûches, de raccourcis qu’il faut tenter de prendre ou pas …..

Chaque personne dévoilée dans ce recueil s’est construite avec ce qu’elle a pris, embrassé de la vie, avec ce qu’elle n’a pas pu avoir aussi mais avec beaucoup d’énergie, de volonté. Elle est là, la force familiale, se relever toujours et encore.

Le texte de Ludovic Mezey m’a touchée. Il est émaillé de références historiques (avec une annexe très utile dans les dernières pages). Il parle de musique, de Bernard Friot, de diverses rencontres, mais tout est bien intégré dans les chapitres et le dernier qui s’appelle « Ouverture » résume bien ce que j’ai ressenti en lisant cet opus. Il n’est pas une fin en soi, il est le pont, le tremplin, le gué qui permet à l’auteur d’aller vivre sa vie avec les racines, qui, maintenant qu’il les connaît mieux, sont l’ancrage du terreau familial nécessaire à la « pousse » de chacun…..


"Sacré Braillotti !" de Claude Millot

 

Sacré Braillotti !
Auteur : Claude Millot
Illustrations de Lucie Gay et Patrice Moreau
Éditions : Globophile (6 Juillet 2021)
ISBN : 979-1094423134
211 pages

Quatrième de couverture

En Tunisie, au début des années cinquante, un gamin laissé à lui-même, fait les 400 coups. Claude Millot nous raconte sa jeunesse, un récit entre Tom Sawyer et Poil de carotte.

Mon avis

Bizerte, Tunisie, les années 50. Dans ce livre, Claude Millot, alias Braillotti, raconte sa chère Tunisie, son enfance heureuse, ses amis, ses découvertes, ses bêtises de gosse, sa liberté d’agir. En 1954, il dû quitter le pays pour Toul, en Meurthe et Moselle, afin de tenir compagnie à sa grand-mère, un déchirement de laisser derrière lui cette terre ensoleillée.

C’est lui qui s’exprime, des années après mais son regard sur les événements est bien celui du petit garçon qui se confie à nous dans ces pages. En 1947, il fallut partir de « Casa » pour Bizerte, où le père, militaire, a été nommé. Bien installée, la famille a un quotidien agréable. Les parents ont une vie sociale bien remplie. Lui, Braillotti ne va à l’école que lorsqu’il en a envie, ça lui laisse de sacrées plages de liberté pour assouvir une curiosité insatiable. Il a une soif de connaissances diverses. Et pour ça, il se glisse partout, il écoute, il observe, il essaie de questionner et d’avoir des réponses. J’ai trouvé très intéressant que ce jeune garçon ait un tel besoin de comprendre le monde qui l’entoure.

Il se fait des amis, pas forcément des enfants de « son monde », puisque lui, il est plutôt du côté des nantis. Il découvre le « gourbi », des habitations précaires, parfois peu meublées, sans électricité. Il n’y est pas toujours le bienvenu. Il rencontre des garçons contents d’aller en classe alors que lui s’offre souvent, très souvent, l’école buissonnière. Il est jeune, se rend-il compte de la chance qu’il a par rapport à d’autres ? Oui, et s’il peut apporter un quelconque soutien il le fait.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce récit, témoignage vivant et bien écrit. Le style est adapté aux propos que l’on découvre, un préadolescent qui joue, profite de la vie, aime ce qu’il fait. Braillotti a sans cesse l’envie de bouger, il ne tient pas en place et se met parfois en danger, mais il s’en sort toujours bien ! Les souvenirs sont précis la plupart du temps, le phrasé amusant, il ne se prend pas au sérieux et il nous intéresse. A travers son texte très « photographique », on visualise sans peine les scènes, les lieux, les personnages, on entend les dialogues, les bruits, les murmures…. Les illustrations qui accompagnent le récit çà et là nous montrent quelques scènes marquantes dont certaines amènent le sourire. De plus, ce recueil est une bonne « peinture », même restreinte à Bizerte, des relations entre les gens, de la conjoncture, de l’activité humaine là-bas, à l’époque des faits.

Une très belle découverte !

"In Purgatorii" de Johann Moulin

 

In Purgatorii
Auteur : Johann Moulin
Éditions : Aconitum (17Février 2017)
Collection : Frisson
ISBN : 979-1096017133
285 pages

Quatrième de couverture

Souhaitant changer de vie, un couple parisien quitte la capitale pour une nouvelle maison. Des phénomènes étranges se succèdent alors. Le mari, obnubilé par l’envie de transformer son sous-sol en atelier de travail, sera assailli par des visions, harcelé par des créatures qu’il croit d’abord imaginaires...

Mon avis

Une collection qui porte bien son nom…

Richard travaille dans le cinéma, les finances suivent et il n’a pas de problèmes d’argent. Rachel, sa compagne, est une parisienne dans l’âme, elle aime la ville, le mouvement… Richard lui a préparé une surprise : il a acheté, en Picardie, une maison très très chère, immense sur un terrain encore plus immense. Mais il a tout prévu : connexion haut débit, confort, aménagements pour sa douce moitié… Il l’emmène, là bas, à un peu moins de deux heures et demi de la capitale en espérant que, comme lui, elle aura le coup de foudre pour la demeure et les environs. On la sent un tantinet dubitative au début mais elle y va et lorsqu’elle découvre la petite dépendance que son cher et tendre a prévu pour elle, elle tombe sous le charme. Le soir venu, un tour au village du coin tend à prouver que finalement la Picardie n’est pas un trou perdu…. En ce qui concerne Richard, il a pensé à aménager le sous-sol pour en faire un atelier : puits de lumière, une grande pièce pour sculpter, peindre, penser aux décors de cinéma qu’il veut faire… La belle vie !! Et Paris n’est pas si loin… pour les jours de gros blues…. Tout devrait bien se passer !

Le silence de la campagne environnante les surprend mais ils s’habitueront, ils sont jeunes, enthousiastes et amoureux ! Sauf que… des choses bizarres se produisent ou semblent se produire puisque seul Richard en est le témoin (oculaire ou auditif…) Serait-il en train de souffrir d’hallucinations, est ce le surmenage ? Rien n’est rationnel, car ce qu’il voit ou entend est à la fois différent et semblable à chaque « contact »…. Se taire, en parler, attendre ? Et surtout que faire ? Faut-il prendre le risque de déstabiliser son couple en racontant à Rachel des phénomènes inexplicables qu’elle ne constate pas ?

Richard ne sait pas, ne sait plus, mais un événement qu’il va prendre à cœur l’entraînera dans un choix. Est-ce le bon ? A-t-il raison, ne se met-il pas en danger sans mesurer tous les risques qu’il prend ? Se passe-t-il vraiment quelque chose de surnaturel et si c’est le cas, quoi ? Ou se crée-t-il un monde, lui qui a l’habitude du contexte du cinéma où la réalité est faussée et n’est jamais celle qu’on croit ?

Johann Moulin commence tout doucement puis va crescendo. Avec une écriture parfaitement maîtrisée, il nous entraîne dans les délires et les tourments de Richard. De l’enthousiasme communicatif (le lecteur serait presque envieux de cette belle baraque et de son terrain démesuré) à l’accablement face aux problèmes, il décrit avec aisance les frayeurs, les mini espoirs, les dégoûts des différents protagonistes. On passe par toute une palette de sentiments jusqu’à l’estocade finale. Restant à la limite du crédible, n’en faisant pas trop dans le paranormal, ce récit est addictif, prenant et démontre combien, dans un couple, il est nécessaire de se parler, de s’écouter, de se comprendre avant de se lancer dans des projets qui modifient totalement le quotidien….

J’ai beaucoup aimé ce recueil, j’ai eu peur juste ce qu’il faut ;-) L’écriture et le style de l’auteur m’ont beaucoup plu : vif, acéré, sans temps mort et laissant une part intéressante au profil psychologique de chacun, sans tomber dans l’exagération. Un ensemble bien dosé, à découvrir.


"Parce que Vénus a frôlé un cyclamen le jour de ma naissance" de Mona Høvring (Fordi Venus passerte en alpefiol den dagen jeg blei født)

 

Parce que Vénus a frôlé un cyclamen le jour de ma naissance (Fordi Venus passerte en alpefiol den dagen jeg blei født)
Auteur : Mona Høvring
Traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud
Éditions : Noir sur Blanc (9 Septembre 2021)
ISBN : 9782882506900
162 pages

Quatrième de couverture

Ella et Martha ont la petite vingtaine. Nées le même jour à seulement un an d’intervalle, les deux sœurs ont grandi comme des jumelles. Pourtant, la sombre et maussade Ella, et la brillante et impulsive Martha sont aussi différentes que les deux faces d’une même pièce. Quand Martha fait une dépression nerveuse, c’est Ella qui prend soin d’elle.  En plein cœur de l’hiver, elles partent se réfugier dans un hôtel perdu au milieu des montagnes.

Mon avis

Sur la couverture, deux moitiés de visage, un œil sombre, l’autre plus gaie, plus espiègle. Comme ces deux sœurs dont nous parle le roman. Élevées comme des jumelles car nées à un an d’intervalle, elles sont très différentes. La première plus dominante, la seconde plus à l’écoute. C’est pourtant Martha, celle qui décide, qui ordonne, qui fait une dépression nerveuse. Alors avec Ella, la discrète, la dévouée, elles partent à la montagne dans un hôtel perdu dans la neige et le brouillard.

C’est là-haut, près des sommets enneigés qu’Ella revisite le chemin parcouru. Les souvenirs l’assaillent. Cette frangine imprévisible, la séparation difficile mais nécessaire quand on devient adultes. Les secrets, les non-dits, les silences, les échanges sans fard rares mais précieux. Cette dépendance, pas toujours réciproque, qui peut empêcher de grandir, de s’épanouir, tant le regard de l’autre est important, surtout quand l’autre est votre complément. La peur ou le besoin de blesser par un mot, un geste, comme pour se rebeller, se prouver qu’on existe seule, avant d’être à deux. Pendant le séjour, elle avance pas à pas et en le faisant, elle se connaît mieux, elle accepte Martha comme elle est, elle s’affranchit d’elle bien que ce soit douloureux.

La narration est détachée, donnant parfois un sentiment de froideur mais entre les lignes monte le désir d’être soi. Il y a des silences, des rêves, des soupirs, des non-dits, des secrets murmurés mais tout n’est pas dévoilé. On oscille entre songe et réalité, se demandant où l’écriture poétique de Mona Høvring, aux mots soigneusement choisis (bravo au traducteur pour sa finesse), va nous entraîner…

Parler de sororité en si peu de pages n’est pas aisé. Pourtant l’auteur le fait, par petites touches, laissant le soin à chaque lecteur de compléter ce qui n’est pas écrit parce qu’il est des silences, des pages blanches, qu’il faut deviner pour les faire vivre ….

 


"Jusqu'à mon dernier souffle" de Sylvie Lepetit

 

Jusqu’à mon dernier souffle
Auteur : Sylvie Lepetit
Éditions : Les Unpertinents (21 Août 2021)
ISBN : 9791097174507
262 pages

Quatrième de couverture

1929. Blanche, 30 ans, est atteinte de la tuberculose. Elle part au sanatorium du plateau d'Assy, en Haute-Savoie, laissant dans le Nord son mari Abel et leurs deux petits garçons. Son séjour lui permet de connaître le bonheur que son mariage ne lui a pas donné. Après son décès, Abel découvre le vrai visage de sa femme en lisant son journal intime.

Mon avis

« Regretter, est-ce encore vivre ? »

Pendant quelques jours de lecture, j’ai accompagné Blanche, je l’ai « écoutée » et je lui ai tenu la main. Fragile et forte à la fois, portée par une personnalité qui ne demandait qu’à se développer, s’épanouir, cette femme est de celles qu’on ne peut oublier.

1929, mariée depuis quelques années, plus par convenance que par amour, Blanche a deux petits garçons et un mari qui travaille à la fonderie de son beau-père. Fatigue, fièvre, toux, le diagnostic est posé, elle souffre de tuberculose et doit partir à la montagne à « L’hôtel du Mont-Blanc » (doux euphémisme pour parler d’un sanatorium !)  pour se soigner et guérir. Là-bas, elle n’aura qu’à prendre soin d’elle pour revenir au plus vite. Pendant ce temps, sa mère et la sœur de son époux veilleront sur le foyer et surtout sur les deux petits.

Isolée, loin des siens, elle se confie à un journal intime. C’est lui que nous découvrons dans ce livre, ainsi que les réactions de son compagnon lorsqu’il lit ses écrits. On s’aperçoit très vite qu’un fossé s’est creusé entre eux et que partir va, peut-être, permettre à Blanche de renaître, d’être elle-même. Elle explique leurs incompréhensions, les silences, le manque de dialogue, tout ce qui les a étouffés petit à petit. En pleine nature, elle ne sent pas de jugement, de regard lourd sur ce qu’elle est, ce qu’elle pense, ce qu’elle désire… Petit à petit, elle relâche la pression, s’autorisant à être « ici et maintenant ». Lui, il « commente » ce qu’elle a rédigé, offrant une autre approche, un autre regard, une autre interprétation. Chacun sa sensibilité, son ressenti …. Ont-ils des regrets ? Est-ce que tout aurait pu être différent ? Est-ce que le poids des conventions, de la société, a empêché qu’une vraie complicité amoureuse s’installe entre ces deux-là ?

J’ai beaucoup aimé Blanche. Elle a un petit côté rebelle qui m’a enthousiasmée, elle essaie de se « révolter » en douceur, encore encombrée du carcan de son éducation. Elle ne sait pas dire non…. C’est intéressant de voir son évolution au fil des mois lors de son séjour en montagne. Elle ne perçoit plus la nature de la même façon, ne se comporte pas comme les premiers jours, elle ose plus … On peut se demander si c’est parce qu’elle sait qu’elle peut mourir, ou si être loin de sa famille la « libère » ou s' il y autre chose. C’est tout un apprentissage de devenir « soi ».

Dans son cahier, Blanche présente son quotidien, ses relations aux autres, son lien avec son conjoint. Elle explique ce qui l’a bloquée, ce qui l’a aidée, ce qui l’a interrogée… C’est écrit avec beaucoup de délicatesse, de doigté, comme « porté » par un souffle harmonieux, subtil. J’ai été sous le charme du style, du contenu. Des références poétiques, musicales sont glissées çà et là et comme le dessin sur la couverture, c’est tout en finesse qu’elles sont évoquées.

Ce livre a vraiment été une très belle découverte pour moi !


NB : le format du livre se prête parfaitement à l’évocation d’un journal intime.


"Ejo" de Beata Umubyeyi Mairesse

 

Ejo
Auteur : Beata Umubyeyi-Mairesse
Éditions : La Cheminante (29 mai 2015)
ISBN : 978-2371270244
145 pages

Quatrième de couverture

Des fragments de vies à lire comme une entité bruyante, colorée, parfumée et savoureuse où les destins s'enchevêtrent. Le titre de ces nouvelles : « Ejo », signifie en même temps hier et demain. L'auteure peut ainsi aborder la terrible histoire récente du Rwanda, en évoquant sa culture d'origine et en misant sur l'avenir. N'en demeure pas moins l'existence précaire des femmes héroïnes de ces nouvelles auxquelles Beata Umubyeyi Maraisse donne voix, dans une approche singulière d'un présent à recréer de toutes pièces.

Mon avis

Demain est un autre jour…

C’est ce qu’on dit, ce qu’on croit.

« Ejo » signifie hier et demain, un seul mot pour deux entités de temps…

Pourquoi ?

Est-ce parce que seul compte « aujourd’hui, ici et maintenant » ?

« On rit beaucoup quand on ne pleure pas » (page 106)

Histoires de femmes, de tendresse, sous forme de lettres ou de nouvelles, Ejo nous interpelle, nous offre des « photographies » vivantes, des instantanés de vie comme autant de clichés d’un coin du monde qui crie sa douleur passée, réminiscence qui apparaît dans les souvenirs de chacun, les hantant de façon différente ; mais aussi son amour de l’autre, de la vie …

Ejo, c’est une écriture tendre, empreinte d’humour, délicate, posée comme les dentelles à points comptés. Elle est faite de beaucoup de fraîcheur et entre les lignes, on sent tout l’amour de Beata Umubyeyi Mairesse pour son pays.

C’est une lecture délicate, colorée, qui offre un regard jeune et neuf qu’il est bon de partager….


"Le collectionneur de sons" d'Anton Holban (Colecționarul de sunete)

 

Le collectionneur de sons (Colecționarul de sunete)
Auteur : Anton Holban
Traduit du roumain par Gabrielle Danoux
Éditions : CreateSpace Independent Publishing Platform (26 janvier 2015)
ISBN : 978-1505806892
140 pages

Quatrième de couverture

Dans un texte de 1935, plutôt que de nouvelles c'est de « fragments » que l’auteur voudrait qu'on qualifie sa prose courte, dont l'histoire de la « petite Japonaise » est remarquable de concision. « Le lecteur est le plus souvent déconcerté. […] Dans « Hallucinations » les couleurs sont plus vives et plus prégnantes. Faire quelque chose à partir de rien. L'ambition suprême de Racine. Existe-t-il plus noble ambition ? Et puis, estomper la ligne entre le réel et l'irréel. Le lecteur manque d'habileté, disons-le, tant qu'il présume chez moi une conscience du travail achevé. Mais dans notre pays la question du lecteur est encore plus critique. »

Mon avis

Anton Holban (1902-1937) est un écrivain roumain, mort à 34 ans dont les œuvres ont été publiées à titre posthume.

Le collectionneur de sons est un recueil de neuf nouvelles qui a été traduit en 2015 par Gabrielle Danoux. Elle a accompagné les textes de nombreuses notes de bas de page ce qui permet au lecteur de comprendre ce qui est évoqué (personnes, lieux ou autres). Cela démontre combien elle a pris connaissance des nouvelles pour nous apporter tous les éléments nécessaires pour bien appréhender le contenu.

L’auteur est décédé très jeune. Son écriture est poétique, parfois langoureuse. Il semble tourmenté, se posant énormément de questions sur la mort qu’il cite dans plusieurs textes. S’il faut chercher un point commun entre les écrits, c’est certainement l’acuité dont fait preuve Anton Holban. Quelle que soit la situation qu’il observe et qu’il décrit, il le fait avec énormément de finesse. C’est d’autant plus fort que la nouvelle est par définition un concentré. En peu de mots, il faut que le lecteur cerne les faits, les émotions, les ressentis, les actions, le décor et les mouvements. D’où l’importance de la traductrice qui doit choisir le vocabulaire le plus « parlant » tout en respectant l’œuvre de départ.

J’ai apprécié ces neuf petites histoires. Ce sont des « tranches de vie » très variées. On peut voir des jeunes dans un établissement scolaire, une personne âgée en fin de vie, une brève mais intense rencontre etc…. Les thèmes sont d’actualité et c’est intéressant.

Je ne connaissais pas cet auteur et je suis contente de l’avoir découvert               .



"Transaction", de Christian Guillerme

 

Transaction
Auteur : Christian Guillerme
Éditions : Taurnada (9 Septembre 2021)
ISBN : 978-2372580908
256 pages

Quatrième de couverture

Un site de petites annonces en ligne comme il en existe des dizaines.
L'arnaque de trois amis, noyée parmi des milliers de bonnes affaires.
Un individu dangereux qui sommeille au milieu des acheteurs potentiels.
Quelle était la probabilité qu'ils se croisent ?

Mon avis

Johan et Alphone (Al) se connaissent depuis la maternelle, Manal les a rejoints en CE2. Ces trois-là savent ce que c’est que l’amitié. Celle qu’on cultive, qu’on garde intacte malgré le temps qui passe et les différences. Elle, c’est un petit bout de femme, d’origine libanaise, indépendante et fière. Après son DUT, elle a trouvé un emploi de vendeuse. Elle vit avec son compagnon et ce n’est pas toujours facile mais elle évite de trop en dire à ses potes. Ce sont eux qui devinent, ils souhaitent la protéger mais ce n’est pas facile. Alphonse a des racines camerounaises et comme son père avant lui, il est mécanicien dans un garage. Il est complexé par son physique et vit seul. Johan complète le trio. Il semble plus intellectuel dans le sens où il observe, analyse ce qu’il voit. Ils se retrouvent régulièrement au café, leur QG, dans la cité où ils ont grandi. Leurs relations sont riches d’échanges, de complémentarité, ce sont de vrais amis.

Al a acheté une caméra sur un site de petites annonces. Il s’aperçoit rapidement qu’il s’est fait avoir. Que faire ? il a perdu une belle somme et se décide à en parler à ses copains. Ensemble, ils décident de revendre la caméra et basta, chacun son tour d’être arnaqué. Malgré des hésitations, ils passent à l’acte. A partir de là, tout s’emballe très vite. L’atmosphère se durcit et le rythme s’accélère. L’acheteur s’aperçoit qu’il a été dupé et il ne veut pas en rester là.

Si certains lecteurs seront, peut-être, déstabilisés par la construction de ce roman qui commence par la fin, je leur conseille de persévérer. Pour les premières pages, je me suis même demandée si je n'avais pas une quatrième de couverture qui n'allait pas avec l'histoire… mais très vite tout s’explique.

C’est excellent, parfois violent mais bien construit, bien pensé, bien ficelé. La tension monte crescendo, le phrasé est incisif. J’ai beaucoup aimé ce qui lie les trois amis, l’influence de leur passé, ce qu’ils essaient de faire pour vivre mieux que leurs parents qui ont galéré. Il y a également un aspect intéressant, c’est de voir que suivant les personnes, les faits ne sont pas interprétés de la même façon et que les approches diffèrent. L’auteur, au-delà de l’intrigue concernant la vente, a créé des personnages étoffés, avec des caractères marqués. On apprend à les connaître au fil des chapitres et on découvre leur quotidien. Cet aspect complète parfaitement l’intrigue principale et apporte un autre éclairage sur chacun.

La colère a une place importante dans ce récit. Elle peut être rentrée, explosive, étouffée, on peut aller jusqu’à se battre, ou bien agir en dessous pour se venger et surtout elle peut être provoquée par des tas de situations qui peuvent nous concerner ou être en lien avec la souffrance de ceux qu’on aime…. Ce qui est sûr, c’est qu’une colère mal gérée peut entraîner bien des déboires….

L’écriture de l’auteur s’affirme de plus en plus, ses textes prennent du « poids », de la consistance.
Il est parti d’un fait banal et a monté une histoire captivante. On sent une progression et j’ai hâte de savoir dans quel univers il nous emmènera la prochaine fois.

"Le péril bleu" de Maurice Renard

 

Le péril bleu
Auteur : Maurice Renard
Éditions : Archipoche (26 août 2021)
Première publication en 1910
ISBN : 979-1039200165
450 pages

Quatrième de couverture

Depuis plusieurs nuits, dans la campagne du Bugey, des monuments sont vandalisés, des bêtes et des personnes disparaissent. Les habitants de ce secteur du Jura ne voient qu'un coupable plausible : les " Sarvants ", créatures malveillantes du folklore local.

Mon avis

L’auteur de ce roman de science-fiction est né en 1875. Après des études de droit, il se destinait au barreau. Mais il n’était pas très motivé et écrivait des nouvelles avec un certain succès. Il s’est alors mis plus sérieusement à l’écriture et a rédigé des romans dont certains ont été adaptés au cinéma.

« Le péril bleu » est son troisième titre. A l’époque on le compare aux écrits de H.G. Wells, une très bonne référence. Le récit tombe dans l’oubli, est réédité en 1955 (avec des passages tronqués) puis d’autres fois. Les éditions de l’Archipel viennent de le remettre au goût du jour dans leur collection Archipoche. Ce format convient bien à ce texte, facile à transporter avec soi, car comme il est addictif, on n’a pas envie de le lâcher.

Mais qu’en est-il d’une histoire datant de 1910 ? Comment a-t-elle vieilli ?

Nous sommes dans le Jura, plus précisément dans le Bugey. Depuis quelque temps, des événements bizarres surviennent et déstabilisent la population. Objets volés, plantes ou branches coupées, animaux disparus, jamais deux fois les mêmes, jamais deux fois aux mêmes endroits. Des farceurs ? Les « Sarvants » (sorte de trolls dans le folklore local) ? Des travailleurs qui ne sont pas du coin ? Chacun y va de sa supposition et les spéculations sont très nombreuses. Des tours de garde sont organisés mais impossible de coincer les malotrus, ils semblent se glisser chaque fois où on ne les attend pas. D’ailleurs de quels moyens disposent-ils ? Il est surprenant de ne pas les voir agir avec une grande échelle lorsqu’ils vont voler une girouette haut placée sur un toit….. Et puis, un jour, ce sont des êtres humains qu’on ne retrouve pas. Là, c’est la panique. Kidnapping, disparition volontaire, accident ? On accuse, on suppute, on enquête, on suppose et surtout on a peur. D’autant plus que les derniers disparus sont des gens de la bonne société, liés à un grand astronome, Monsieur Le Tellier. Et si demain, c’était ma famille ?

Au début, on reste dans le Bugey, les superstitions ont bon dos, et tout le monde pense que l’affaire va se régler d’elle-même. Puis la situation évolue, l’angoisse va crescendo. Il faut en parler à Paris. Les gens de la capitale regardent ça de loin, ne sont pas décidés à se bouger. Les habitants du Bugey aimeraient qu’on les écoute, qu’on prenne en considération leurs demandes…

L’histoire se partage entre une enquête policière (ah, la petite moquerie de l’adepte de Sherlock Holmes, que c’est drôle), texte fantastique bien dosé et réflexions sur les liens de l’homme avec la science, son sentiment de supériorité sur le monde du vivant et sur les choix de vie de chaque personne (est-il possible de s’opposer aux volontés de sa famille ?).

Si les méthodes d’investigation sont désuètes, le texte en lui-même se lit bien sans le sentiment de se trouver face à un vocabulaire de « vieux » ou des remarques totalement dépassées. Au contraire, c’est intéressant d’observer les réactions des hommes et des femmes de cette époque face à des phénomènes qu’ils ne peuvent ni expliquer, ni maîtriser. Rien n’a vraiment changé…

Je n’avais jamais entendu parler de Maurice Renard et ce recueil a été une très belle découverte. C’est de la science-fiction comme je l’aime avec un univers réel d’hommes et de femmes ordinaires et quelques faits qui les dépassent, car totalement irrationnels. L’écriture fluide, les rebondissements réguliers maintiennent l’attention du lecteur qui aura des explications et des révélations dans la dernière partie de cet opus.


"Les lendemains" de Mélissa Da Costa

 

Les lendemains
Auteur : Mélissa Da Costa
Éditions : Albin Michel (26 février 2020)
ISBN : 978-2226447104
360 pages

Quatrième de couverture

Amande ne pensait pas que l'on pouvait avoir si mal. En se réfugiant dans une maison isolée en Auvergne pour vivre pleinement son chagrin, elle tombe par hasard sur les calendriers horticoles de l'ancienne propriétaire des lieux. Guidée par les annotations manuscrites de Madame Hugues, Amande s'attelle à redonner vie au vieux jardin abandonné. Au fil des saisons, elle va puiser dans ce contact avec la terre la force de renaître et de s'ouvrir à des rencontres uniques. Et chaque lendemain redevient une promesse d'avenir.

Mon avis

Résilience. C’est un mot doux à l’oreille, doux au cœur, un mot pour dire qu’on se fait du bien, qu’on pardonne, qu’on se pardonne (ce qui est beaucoup plus difficile), qu’on accepte le pardon.

C’est ce vaste programme qui attend Amande. Elle a vécu un drame, elle est détruite mais tient encore, même difficilement, debout. Elle ne veut plus voir personne, ne supporte plus la lumière, les gens. Alors, elle met son travail en pause, quitte son appartement et s’installe dans un coin perdu, en Auvergne, loin de tout.

Dans des conditions sommaires, coupée du monde, elle prend petit à petit possession des lieux qu’elle a loués. Elle découvre les « archives » de l’ancienne propriétaire. Des calendriers où sont annotées des conseils de jardinage, des recettes, des idées de décoration ou autres. Elle se plonge dedans et ça lui donne une motivation pour avancer de nouveau vers la vie, dans la vie.

C’est son parcours que nous suivons dans ce roman. Porté par l’écriture délicate de Mélissa Da Costa, ce récit est agréable, bien que je n’aie pas ressenti la puissance de « Tout le bleu du ciel » du même auteur. J’ai sans doute été moins « surprise ». Je me suis sentie moins bouleversée, moins touchée malgré ce qu’a vécu la jeune femme.  Peut-être que le fait que ça se passe « en presque huis clos » empêche qu’il y ait beaucoup d’actions, de rencontres, donc peu de rythme.

Il n’en reste pas moins que j’ai apprécié cette lecture et que je comprends que certaines personnes s’enthousiasment en la découvrant.