"Mickey Haller -Tome 6 : L'innocence et la loi" de Michael Connelly (The Law of Innocence)

 

Mickey Haller -Tome 6 : L'innocence et la loi (The Law of Innocence)
Auteur : Michael Connelly
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Robert Pépin
Éditions : Calmann-Levy (13 Octobre 2021)
ISBN : 978-2702166338
500 pages

Quatrième de couverture

Au sortir d’un pot pour fêter sa victoire au tribunal, Mickey Haller est arrêté pour défaut de plaque. Mais en ouvrant le coffre de la voiture de Haller, l’agent de police trouve un cadavre à l’intérieur. Celui d’un escroc que l’avocat a défendu à de nombreuses reprises, jusqu’au moment où le client l’a arnaqué à son tour.
Accusé de meurtre et incapable de payer la caution de 5 millions de dollars, Haller est aussitôt incarcéré et confronté à une avocate de l’accusation qui veut sa peau, Dana Berg. Il comprend qu’il a été piégé – mais par qui, et pourquoi ? – et décide d’assurer lui-même sa défense lors du procès.

Mon avis

A l’exclusion de tout doute raisonnable….

C’est un de trois héros récurrents de l’auteur que l’on retrouve dans ce roman. Il s’agit de l’avocat Mickey Haller. Il vient de gagner au tribunal et va boire un coup pour fêter ça. Rien de plus normal mais ce qui l’est moins, c’est qu’il se fait arrêter, parce qu’il n’a pas de plaque arrière sur sa voiture.
L’agent qui le contrôle demande à ouvrir son coffre et là, stupeur, un cadavre. Mickey sait qu’il n’est pas coupable, encore faut-il le prouver. Il décide d’assurer lui-même sa défense, aidé de ses amis, de son ex-femme et de son demi-frère. Pas facile, il est obligé malgré tout de passer par la case prison.

Ce livre présente le système judiciaire américain, ce que Haller met en place pour s’en sortir et le procès lui-même, le tout sur un fond assez actuel puisque le virus commence à faire son apparition (et les masques également). Il n’y a pas le même rythme que dans une enquête policière mais c’est intéressant de voir comment les événements se décantent. Je me demandais bien par quel bout l’avocat allait attaquer pour prouver son innocence et s’il allait y arriver.

Quand il s’agit de ce héros, il y a toujours un aspect assez didactique avec toutes les explications sur le fonctionnement, bien particulier et différent du nôtre, de la justice américaine. L’auteur décortique, explique, analyse (notamment le choix des jurés, le rôle du procureur, des juges etc). La tension est palpable, c’est dur d’être emprisonné. Haller est diminué physiquement, moralement il s’accroche mais on ne lui facilite pas les choses. Lui, il ne lâche rien, il réfléchit, il tente des trucs, prend des risques car il veut réussir.

L’écriture et le style sont adaptés au contexte sans être rébarbatifs ou indigestes malgré le côté « documentaire » (merci au fidèle Robert Pépin pour sa traduction). Peut-être que Michael Connelly aurait pu éviter l’allusion à Trump car elle a sans doute dérangé quelques lecteurs américains, ce n’était peut-être pas indispensable.

J’ai apprécié cette lecture même si elle m’a moins emballée que d’autres titres du même auteur

"Kuessipan" de Naomi Fontaine

 

Kuessipan
Auteur : Naomi Fontaine
Éditions : mémoire d’Encrier (12 Mars 2018)
ISBN : 978-2897125011
130 pages

Quatrième de couverture

Kuessipan : mot innu signifiant « à toi » ou « à ton tour ». Ce sont des lieux, des visages connus et aimés. Des chasseurs nomades. Des pêcheurs nostalgiques. Des portraits. Des vies autour de la baie qui reflète les choses de la Terre. Les lièvres. La banique. Les rituels. Les tambours en peau de caribou qui font danser les femmes. Des enfants qui grandissent. Des vieux qui regardent passer le temps.

Quelques mots sur l’auteur

Née en 1987 à Uashat, communauté innue bordée d’une petite baie près de Sept-Îles, Naomi Fontaine est une enseignante de français diplômée de l’Université Laval. C’est d’ailleurs là que ses talents d’écrivaine sont remarqués par François Bon, son professeur de création littéraire. Convaincu que sa voix unique doit être lue et entendue, il l’encourage dans son processus de création. En 2011, elle publie un premier roman poétique, Kuessipan. En 2019 Kuessipan est réalisé par la cinéaste Myriam Verreault et adapté au cinéma par Mar Films, lequel remporte des éloges, tant au Québec qu'à l'international.

Mon avis

C’est après avoir vu sur grand écran le film « Kuessipan », inspiré de ce livre que j’ai eu le souhait de le découvrir. Le film présente la relation fusionnelle de deux filles Innues (peuple autochtone de la Côte-Nord du Québec). On les voit grandir dans la réserve où elles habitent, se heurter au monde extérieur, ne pas toujours choisir ce qu’elles veulent tant le poids de la famille, des traditions, est important. Pendant le film, certains textes sont lus par une voix off et je voulais les retrouver car ils m’avaient (comme le film) bouleversée.

Dans cet ouvrage, j’ai retrouvé les magnifiques textes que j’avais entendus. A fleur de mots, à fleur de peau, chaque terme est porteur de sens, de l’essence même de ce peuple qui se bat pour exister. Ce sont des fragments, des éclats de vie, de mort, des extraits d’un quotidien difficile, où chacun essaie d’avancer. Ce n’est pas forcément linéaire, il n’y a pas d’espace lieu ou temps avec un déroulé. C’est épuré, les phrases courtes frappent le lecteur en décrivant les hommes et les femmes et ce qu’ils vivent. Ceux qui boivent, se trompent, celles qui voudraient fuir et qui restent et enfantent, ceux qui résistent, ceux qui rêvent d’autre chose …. Il y a les racines, celles qui permettent d’appartenir à un groupe mais celles qui emprisonnent et ligotent aussi ….

Les mots employés sont forts, ils vibrent et transmettent la voix de la communauté à laquelle appartient l’auteur. Un magnifique recueil qui se lit comme un témoignage, une poésie, un cri d’espoir ou de peur….


"Astérix le Gaulois : Tome 39 : Astérix et le Griffon" de Didier Conrad et Jean-Yves Ferry

 

Astérix le Gaulois : Tome 39 : Astérix et le Griffon
Auteurs : Didier Conrad (illustrations) & Jean-Yves Ferri (scénario) (d’après Uderzo et Goscinny)
Éditions : Albert René (21 octobre 2021)
ISBN : 978-2864973492
48 pages

Quatrième de couverture

Astérix, Obélix et Idéfix sont de retour pour une 39e aventure. Accompagnés du plus célèbre des druides, ils s’apprêtent à partir pour un long voyage en quête d’une créature étrange et terrifiante.

Mon avis

Astérix c’est un grand classique des bandes dessinées. Les créateurs sont décédés et le flambeau a été transmis à un nouveau duo.

Je n’ai vu aucune différence dans les dessins. Cette fois-ci, les gaulois sont loin de leur village. On les retrouve dans la neige, le froid, le brouillard. Et pas loin, il y a les inévitables romains.

Le scénario est assez classique : empêcher les méchants romains d’obtenir le Griffon, animal légendaire, et délivrer les prisonniers qu’ils font pour négocier un échange.

On retrouve des jeux de mots, des allusions au confinement, à des personnes célèbres qui existent et qui sont caricaturées… tous les éléments classiques de cette série.

J’ai moins ri que certaines fois, soit je vieillis, soit il me manquait un petit quelque chose….


"La Bibliothèque de Minuit" de Matt Haig (The Midnight Library)

 

La Bibliothèque de Minuit (The Midnight Library)
Auteur : Matt Haig
Traduit de l’anglais (Angleterre) par Dominique Haas
Éditions : Fayard / Mazarine (5 Janvier 2022)
ISBN : 978-2863748732
420 pages

Quatrième de couverture

À trente-cinq ans, Nora Seeds a l'impression d'avoir tout raté. Lorsqu'elle se retrouve un soir dans la mystérieuse Bibliothèque de Minuit, c'est sa dernière chance de reprendre en main son destin. Si elle avait fait d'autres choix, que se serait-il passé ? Avec l'aide d'une amie bibliophile, elle n'a qu'à prendre des livres dans les rayonnages, tourner les pages et corriger ses erreurs pour inventer la vie parfaite. Pourtant, les choses ne se déroulent pas comme elle l'imaginait.

Mon avis

Elle s’appelle Nora, elle travaille dans un magasin, a un chat, pas de chéri, peu d’amis. Une vie un peu fade, plutôt tristounette. Un soir, elle réalise que son quotidien est vide, que rien, ni personne ne la retient et elle décide d’en finir. Elle se retrouve dans la Bibliothèque de Minuit, un entre deux, entre la vie et la mort, un lieu où se trouvent tous les livres de sa vie qui auraient pu être écrits si elle avait fait d’autres choix. Elle peut tester ces existences, celles où si elle avait choisi de …., dit oui ou non, parlé ou pas, etc …  Alors, elle tente, elle essaie, elle recommence un autre bout de route mais ce n’est pas facile car ses souvenirs sont ceux de ce qu’elle a réellement vécu et elle a parfois l’impression d’être une menteuse, de voler la place de quelqu’un d’autre….

Est-ce que dans toutes les « solutions » qui s’offrent à elle, Nora va trouver celle qui la rendra heureuse ? Est-ce que le bonheur se trouve là à portée de main ? Est-ce que changer une décision peut modifier tout au point de vous apporter ce que vous recherchez ? Elle parcourt les livres de ses regrets, hésite, revient dans la Bibliothèque, repart ….

Lorsque j’ai commencé ce roman, j’ai pensé que j’allais assez vite m’ennuyer en suivant Nora dans les différentes options qu’elle allait élire. Et bien je me suis trompée, car beaucoup de thèmes sont abordés. Et un domine, bien sûr, comme ça, sur le papier, c’est évident mais le fait-t-on vraiment ? Il faut vivre sa vie, celle qu’on veut et pas celle qui fera plaisir à l’un ou l’autre. Qui ne s’est pas un jour retrouvé confronté à une situation comme celle-ci ? Risquer de peiner en renonçant à quelque chose qui nous coûte mais que l’autre pense bien pour nous ? Alors, on y va, on reprend le commerce des parents, on ne chante plus parce que ce n’est pas un vrai métier etc… Et les regrets sont là…. Si j’avais fait un autre choix, aurais-je été plus heureux ?

J’ai trouvé ce récit construit de façon intelligente. Chaque fois que j’avais peur de tourner en boucle, une nouveauté apparaissait et relançait l’histoire et je ne me suis pas ennuyée une seule seconde, j’avais même le désir d’en savoir plus.

L’écriture (merci au traducteur Dominique Haas) est fluide, agréable, prenante. Le rythme ne faiblit pas. Nora est attachante, bien qu’elle se pose beaucoup trop de questions parfois. On la comprend, sa vie lui a échappé et elle ne sait pas comment la reprendre en main. La bibliothécaire qui l’aide est une « sage », elle partage son expérience, elle oblige Nora à aller au fond des choses.

Cet opus est une belle découverte !


"Thésée, sa vie nouvelle" de Camille de Toledo

 

Thésée, sa vie nouvelle
Auteur : Camille de Toledo
Éditions : Le Verdier (20 Août 2020)
ISBN :978-2-37856-077-5
260 pages

Quatrième de couverture

En 2012, Thésée quitte « la ville de l’Ouest » et part vers une vie nouvelle pour fuir le souvenir des siens. Il emporte trois cartons d’archives, laisse tout en vrac et s’embarque dans le dernier train de nuit vers l’est avec ses enfants. Il va, croit-il, vers la lumière, vers une réinvention. Mais très vite, le passé le rattrape. Thésée s’obstine. Il refuse, en moderne, l’enquête à laquelle son corps le contraint, jusqu’à finalement rouvrir « les fenêtres du temps »…

Quelques mots sur l’auteur 

Camille de Toledo, nom de plume d'Alexis Mital1, né le 25 juin 1975, est un essayiste et écrivain français vivant à Berlin. Il est aussi plasticien, vidéaste et enseignant à l'ENSAV (École nationale supérieure des arts visuels) à Bruxelles.

Mon avis

"Avec ce texte, je voulais présenter les vivants aux morts" dit l’auteur en parlant de ce livre inclassable. Comme Thésée qui revient sur ses pas à l’aide du fil d’Ariane, Camille de Toledo suit le fil de sa (ses) blessure (s). Il part avec ses cartons d’archives, ses souvenirs, son passé. Il va vers l’Est, vers le soleil levant, espérant sans doute, se reconstruire, se comprendre, se réinventer…

Mais il traîne, comme un poids mort, tous ceux de sa famille qui ne sont plus là, le frère qui s’est pendu, les parents qui ont parlé du choix de celui qui a voulu sa mort et qui l’ont rejoint. Il veut déchiffrer les non-dits, les silences, quitte à prendre en pleine face les choix de ceux qui l’ont précédé. Il avance, il recule, il y a des impasses, des murs, mais jamais il ne renonce, pas à pas, il continue pour sortir de ce labyrinthe. Sera-t-il mieux ? Sera-t-il guéri ? Sera-t-il plus heureux, apaisé, serein ?  La réponse lui appartient …

Ce n’est pas vraiment une biographie, puisque l’auteur parle de lui à la troisième personne. Il y a des répétitions volontaires, comme autant de questions qui ne le lâchent pas, l’empêchant presque de respirer ….

Ce récit, totalement surprenant de par sa présentation « déstructurée » est une découverte unique en son genre. Camille de Toledo est dans le train qui l’emmène, qui l’emporte, il regarde parfois par la fenêtre et partage un cliché, une phrase, un mot, une réflexion, une remarque.

Le texte suit un rythme cadencé comme un train qui va parfois très vite, avant de s’arrêter, cahotant pour repartir de plus belle. La ponctuation est parfois inexistante comme si écrire était vital et qu’il était impossible de se poser, de souffler parce qu’il faut poser les mots sur les maux, les extraire pour moins souffrir….

La présentation de ce recueil alternant paragraphes construits, photos, mots ou extraits en italiques évoque un poème, un chant, une œuvre complète, complexe, qui laissera une trace durable pour ceux qui auront réussi à pénétrer dans cet univers atypique ….


"L'inconstance du maître de Go" d'Edith Vacher

 

L’inconstance du maître de Go
Auteur : Edith Vacher-Fortuné
Éditions : Du Volcan (16 Novembre 2021)
ISBN : 979-1097339401
232 pages

Quatrième de couverture

Meurtre ou suicide ? Un jeune chercheur en intelligence artificielle est retrouvé mort au pied d’une falaise bretonne. A-t-il fait le grand saut ou a-t-il été « suicidé » ? S’agit-il d’un fait divers banal ou existe-t-il un lien entre ses travaux liés à la Défense nationale et sa disparition ? Un psychiatre aux pratiques douteuses pourra-t-il nous renseigner sur sa personnalité ? Gendarmes, détective et proches enquêtent. Ils tentent de découvrir ce qui s’est réellement passé car les apparences se révèlent parfois trompeuses et dissimulent souvent une toute autre réalité.

Mon avis

Un titre mystérieux et une couverture intrigante (réalisée par l’éditeur, bravo à lui), donnent envie de lire ce roman. Je l’ai donc ouvert avec curiosité et je l’ai lu d’une traite.

Dès les premiers mots, on sent une atmosphère singulière, à part, presque onirique. Les personnages sont atypiques. Un psychiatrique, adepte de l’hypnose, qui semble manipuler ses patients, des jeunes femmes qui se cherchent dans leur vie et leur activité professionnelle, se questionnant sans cesse, des policiers un peu détachés puis curieux et volontaires et des morts surprenants tant on a de la peine à imaginer cette issue pour eux.

L’action principale se situe dans les Côtes d’Armor où une entreprise travaille sur des secrets industriels. Les responsables ont l’impression d’être espionnés mais rien ne peut être prouvé. Une enquête est diligentée. Il y a quelques incursions en Chine ou à Paris pour suivre l’un ou l’autre des protagonistes. La construction du recueil ne met pas tout le monde en scène en même temps, on passe de l’un à l’autre. Au début, c’est assez lent puis le rythme s’intensifie, devient plus rapide, comme notre souffle car le suspense augmente.

L’écriture de l’auteur se démarque par son style, sa personnalité. Elle peut passer de scènes finement décrites sur un ton poétique à la présentation de faits troublants où les hommes utilisent des techniques du futur pour arriver à leurs fins.

Le récit a un petit côté déstructuré, très original, à la manière d’un puzzle ou d’un pliage d’origami où on ne voit qu’à la toute fin où le créateur a voulu en venir. Je crois que la grande force d’Edith Vacher est dans son sens de l’utilisation des mots, des tournures de phrases, du lyrisme qu’elle peut mettre dans son texte, tout en restant dans du concret. C’est un mélange subtil des genres qu’elle réussit à merveille et qui nous permet une évasion livresque totalement surprenante.


"Octobre" de Søren Sveistrup (Kastanjemanden)

 

Octobre (Kastanjemanden)
Auteur : Søren Sveistrup
Traduit du danois par Caroline Berg
Éditions : ‎ Albin Michel (27 février 2019)
ISBN : 978-2226438997
645 pages

Quatrième de couverture

Début octobre, dans la banlieue de Copenhague, la police découvre le cadavre d'une femme amputée d'une main. À côté du corps, un petit bonhomme fabriqué à partir de marrons et d'allumettes. Chargés de l'enquête, la jeune inspectrice Naia Thulin et l'inspecteur Mark Hess découvrent vite que cette figurine est porteuse de mystérieuses empreintes : celles de la fille de Rosa Hartung, ministre des Affaires Sociales, enlevée un an plus tôt et présumée morte. Thulin et Hess explorent toutes les pistes qui leur révèleraient un lien entre la disparition de la fille de la ministre et la victime à la main coupée.

Mon avis

Avant de commencer ce gros roman, je ne connaissais rien de l’auteur mais j’ai découvert ensuite qu’il avait créé une série réputée appelée « The Killing ». Maintenant que j’ai terminé ma lecture, je vais attendre avec impatience qu’il écrive à nouveau.

Au tout début du roman, une scène dans une ferme, aucun indice pour savoir comment elle va être liée à la suite du récit. Tout ne s’éclairera qu’à la fin. On passe ensuite au présent, en 2019, trente ans après. Des femmes sont découvertes mortes et il est très difficile pour les enquêteurs de comprendre pourquoi elles. Tout cela rebondit sur une affaire pourtant classée... Plus personne ne comprend, même pas le lecteur qui pourtant reste scotché aux pages tant ce récit est prenant.

Deux enquêteurs majeurs ont les rênes des investigations. Naia Thulin a de l’ambition, elle est vive, intuitive. Son collègue Mark Hess est là parce qu’il a été « puni » et éjecté d’Europol jusqu’à ce que les chefs décident de le réintégrer. Ils ne fonctionnent pas de la même façon et ont parfois du mal à collaborer, tant chacun veut préserver son jardin secret. Au-dessus d’eux, Nylander qui a résolu l’affaire classée et qui n’a pas du tout envie qu’on la ressorte. Inutile de dire que pour les deux policiers ce ne sera pas facile car il ne va en rien leur faciliter la tâche.

Ce recueil est captivant. On voit nettement les jeux d’influence entre les policiers, dans le milieu politique, ce qu’il est bon de faire pour rester politiquement correct. Il y a une atmosphère tout à fait palpable. Et surtout, pas un seul temps mort malgré le nombre de pages.

L’écriture (merci à la traductrice) est addictive. Le rythme ne faiblit pas et il y a continuellement quelque chose à découvrir. On ne peut pas comprendre qui agit dans l’ombre et pourtant on veut savoir alors on ne lâche plus le livre ! C’est ce qui m’est arrivé.


"American Predator" de Maureen Callahan (American Predator : The Hunt for the Most Meticulous Serial Killer of the 21st Century)

 

American Predator (American Predator : The Hunt for the Most Meticulous Serial Killer of the 21st Century)
Auteur : Maureen Callahan
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Corinne Daniellot
Éditions : Sonatine (4 Novembre 2021)
ISBN : 978-2355848377
368 pages

Quatrième de couverture

Anchorage, sur les rivages glacés de l'Alaska. Dans la nuit du 1er au 2 février 2012, la jeune Samantha Koenig termine son service dans un petit stand de café battu par la neige et le vent. Le lendemain matin, elle n'est toujours pas rentrée chez elle. Une caméra de vidéosurveillance apporte vite la réponse : on y voit un inconnu emmener l'adolescente sous la menace d'une arme.
À travers une enquête digne des meilleurs thrillers, Maureen Callahan retrace le parcours meurtrier d'un prédateur au modus operandi glaçant qui a sévi durant des années sur l'ensemble du territoire américain, sans jamais être inquiété.

Mon avis

Ce récit commence avec la disparition d’une jeune femme en 2012. Samantha travaillait de nuit dans un snack en bord de route et n’est pas rentrée. Son père et son petit ami ne croient nullement à une disparition volontaire et font tout ce qu’ils peuvent pour alerter la population, rechercher des témoignages. De son côté la police enquête, calmement, sans se presser. Chacun interprète les faits et les erreurs s’accumulent. Le FBI s’en mêle, tous pensent avoir cerné les événements (le téléphone de la jeune femme envoie quelques sms, sa carte bancaire est utilisée en différents endroits) et résoudre au plus vite cette affaire qui se déroule en Alaska.

Cette précision est importante, l’Alaska est une terre où le froid permet certaines choses, comme faire disparaître un corps dans un lac gelé sous plus de quatre-vingt-dix centimètres de glace.  Les traces ADN, les marques de pas ne résistent pas longtemps et puis ce temps glacial semble ralentir les cerveaux des enquêteurs…. Alors, le jour où avec une dose de réussite et une autre de chance, ils arrêtent un homme, Israel Keyes, qui pourrait être celui qui a un lien avec Samantha, il leur faut agir avec doigté pour obtenir des aveux.

C’est tout le travail des policiers, du procureur, des médias et bien d’autres encore que nous décortique l’auteur Maureen Callahan dans ce livre remarquable. Elle a lu, interrogé, observé, des tas de personnes et de documents liés à ce fait tragique et elle les retranscrit dans ce recueil.

Il y a notamment les entretiens avec le tueur. Son discours est précis, d’une description chirurgicale. Il explique que depuis l’âge de quatorze ans, il est deux personnes différentes. Le personnage public qui a la garde de sa fille, diverses activités professionnelles, qui a collaboré avec l’armée, qui a eu des femmes dans sa vie, et qui n’a pas de casier judiciaire. Bien sous tout rapport, grand costaud, capable d’obtenir ce qu’il veut, un peu secret mais à qui on ne pose pas de questions tant on le sent « lisse ».

On découvre Israel Keyes, un homme à l’enfance et à l’adolescence troubles, au parcours tortueux, sans doute un esprit pervers et torturé. Il parle froidement à ceux qui l’interrogent, ils n’hésitent pas à les manipuler, voire à inverser les rôles.

L’auteur a l’intelligence de ne pas s’appesantir sur les détails macabres (Keyes ne s’est pas contenté d’un meurtre), elle est plus dans la description et l’analyse de ce partage l’assassin, le rôle de sa famille, des femmes qu’il a aimées, des gens qu’il a côtoyés. Elle essaie également de comprendre comment, pendant des années, cet homme, ce prédateur, a pu passer entre les mailles des filets et échapper à la police. Où se situent les erreurs ? Elle montre aussi combien cet homme était calculateur chaque fois qu’il agissait. Il a l’air de dire qu’il était porté par son instinct mais en réalité il ne laissait rien au hasard.

L’écriture est dépouillée, très incisive (merci à la traductrice). Maureen Callahan a su construire un texte intéressant. Glaçant et terrible, on ferme la dernière page en se disant que parfois tous les moyens moderne qu’on a à disposition n’aident pas beaucoup….


"Le monde sans fin" de Christophe Blain & Jean-Marc Jancovici

Le Monde sans fin,
miracle énergétique et dérive climatique
Auteurs : Jean-Marc Jancovici (texte) & Christophe Blain (texte et illustrations)
Éditions : Dargaud (29 Octobre 2021)
ISBN : 978-2205088168
200 pages

Quatrième de couverture

La rencontre entre un auteur majeur de la bande dessinée et un éminent spécialiste des questions énergétiques et de l’impact sur le climat a abouti à ce projet, comme une évidence, une nécessité de témoigner sur des sujets qui nous concernent tous. Cet ouvrage explique sous forme de chapitres les changements profonds que notre planète vit actuellement et quelles conséquences, déjà observées, ces changements parfois radicaux signifient. Jean-Marc Jancovici étaye sa vision remarquablement argumentée en plaçant la question de l’énergie et du changement climatique au coeur de sa réflexion tout en évoquant les enjeux économiques. Christophe Blain se place dans le rôle du candide.

Mon avis

Et dire que la rencontre entre ces deux hommes aurait pu ne pas avoir lieu ! Mais elle s’est faite pour le plus grand plaisir du lecteur. L’un raconte, l’autre dessine, questionne de temps à autre. Une bande dessinée de près de deux cents pages qui parle de climat, d’énergie, de réchauffement climatique etc sans jamais nous lasser. Les exemples (notamment, les plus parlants avec les « esclaves ») sont abordables, le contenu aussi. Bien sûr, il faut éviter de tout lire d’un coup, ça fait peut-être beaucoup mais c’est très concret et on comprend bien.


L’humour du dessinateur se marie à merveille avec le sérieux de celui qui nous alerte (je ne lui donne pas de « métier » tant il a de casquettes …)

Ce qui est fabuleux (et c’est la même chose pour les conférences de Jean-Marc Jancovici), c’est qu’il ne nous fait pas la leçon, ni la morale. Il nous informe, décrit des faits, présente des graphiques pour qu’on cerne l’urgence d’agir même à un petit niveau. C’est passionnant ! Jean-Marc Jancovici est un homme compétent, intelligent. Il ne nous noie pas sous des termes scientifiques compliqués, il est très pédagogue, précis dans ce qu’il dit. Il n’en rajoute pas, il ne cherche pas à nous effrayer, simplement à nous faire prendre conscience de ce qui est en jeu pour l’avenir de notre planète.

J’étais totalement fan de ses conférences, je le suis maintenant de cet ouvrage complet, ouvert, propice à la réflexion et porteur de sens.

Coup de coeur pour le texte, les dessins et les deux hommes qui ont permis cette découverte !



 

"Deux jeunes dans la vie" de Jean-Pierre Wenger

 

Deux jeunes dans la vie
Qui est responsable ?
Auteur : Jean-Pierre Wenger
Éditions : Books on Demand (21 Septembre 2021)
ISBN : 978-2322395064
360 pages

Quatrième de couverture

Un jeune couple, Sandra et Alain, s'élance dans la vie avec des projets plein la tête. Mais très vite, leurs métiers, leurs choix, les contraintes quotidiennes mettent leurs relations et leur amour à l'épreuve. Les naissances, les décès, les joies s'enchaînent avec leurs lots de disputes et d'incompréhensions. Le temps passe, la tendresse et l'émotion s'amenuisent, creusant des fossés entre eux. De quel côté penchera la balance des décisions et des choix ? Comment vont-ils réagir ? Parviendront-ils à inverser cette tendance ?

Mon avis

Sandra et Alain sont en couple, pas encore mariés. Ils ont des projets, enfants, maison, voyages … Une vie remplie et un avenir qui se dessine. Pas si simple que ça de réussir et d’arriver là où on le souhaite sans s’oublier en route, sans se perdre…

Il y a d’abord leurs activités professionnelles respectives. Un travail de commercial, démarcher en toute conscience, avec dextérité pour ne vexer personne, faire du chiffre, avoir du rendement et bien sûr, être meilleur que les autres pour se retrouver en pole-position, sur le dessus du panier. A ce moment-là, rester humble, ne pas trop en faire (mais le faire bien) pour ne pas prêter le flanc aux critiques, être jalousés…. Presqu’un travail d’équilibriste…

Tous les deux le savent, il faut savoir doser. Ne pas emporter trop de dossiers à la maison au risque de ne plus s’occuper correctement de leur fille, ne pas laisser les collègues envahir le temps familial par des appels au téléphone, des questions « urgentes » qui peuvent attendre. Et oui, le droit à la déconnexion existe mais à quel prix ?

C’est tout cela et bien plus encore que partage Jean-Pierre Wenger par l’intermédiaire de ses personnages dans ce roman, dont le sous-titre : Qui est responsable ? colle bien au contenu. En effet, chacun dans le couple, interprète les faits, pense qu’il aurait fallu, que l’autre aurait dû… Que de verbes au conditionnel dans les pensées qui tournent et retournent…. Il faut être fort pour faire face, contre vents et marées, ne pas laisser le doute, la suspicion s’installer, maintenir le cap et la famille à flot.

Dans ce récit, aux nombreux dialogues, parfois sans écoute de la part du compagnon ou de la compagne qui reste bloqué (e) dans ses idées, l’auteur évoque des maux de notre temps. L’obligation de toujours faire plus, le sentiment d’être nul si on fait moins que le voisin, si on réussit moins bien et surtout le dialogue qui s’épuise et s’érode tant les conjoints sont accaparés par tout le reste. Parler, ne pas s’isoler pour ne pas s’enfoncer…

On suit le quotidien de Sandra et Alain sur plusieurs années, on voit leurs difficultés, ce qu’ils mettent en place pour continuer d’avancer ensemble. On les voit perdre pied de temps à autre, s’interroger, on voudrait les mettre en garde, leur dire de faire attention….

L’auteur analyse et décortique à la perfection le quotidien de ce couple moderne, comme on peut en croiser dans notre vie. Son écriture est précise, détaillée, les pensées des protagonistes sont en italiques, ce qui nous permet de suivre leur cheminement, leur évolution face aux événements. On observe leurs choix, on se questionne : qu’aurais-je fait à leur place ? Une lecture qui permet de se remettre en question et de se demander si nos choix sont les bons.


"La folle nuit du petit Jésus" de Nicholas Allan (Jesus’ Christmas Party)

 

La folle nuit du petit Jésus (Jesus’ Christmas Party)
Auteur : Nicholas Allan
Texte français de Claude lager
Éditions : L'Ecole des loisirs (1 août 1991)
ISBN : 978-2211025782
42 pages




Quatrième de couverture













Mon avis

Quel dommage que ce petit album ne soit plus édité !

C’est un régal tant par les dessins naïfs et simples, que par le texte et l’approche de la nuit de Noël.
Un aubergiste a eu une rude journée et il va se coucher, toutes ses chambres sont occupées quand on tape à la porte. C’est un couple qui demande à dormir. A contrecœur il les installe dans l’étable avec deux couvertures car il ne peut rien proposer d’autre et il retourne au lit. Ils signent le registre : Marie et Joseph. L’aubergiste monte se coucher mais paf on re tape : les mêmes qui demandent une petite couverture.

Chaque fois que l’aubergiste tout content s’installe dans son lit, il doit redescendre ouvrir la porte….
Sa nuit est perturbée, la colère monte en lui…

Qu’est-ce qui pourrait le calmer ?

Je suis totalement fan de ce petit livre qui revisite la nuit de Noël avec humour, délicatesse, finesse et qui finit sur un dessin fédérateur.


"Tu m'avais dit Ouessant" de Gwenaëlle Abolivier

 

Tu m’avais dit Ouessant
Auteur : Gwenaëlle Abolivier
Éditions : Le mot et le reste (17 Octobre 2019)
ISBN : 978-2361390884
184 pages

Quatrième de couverture

À l'hiver 2015, Gwenaëlle part trois mois dans le sémaphore de l'île d'Ouessant. C'est pendant, et à la suite de ce séjour, qu'elle écrit ce récit. Là, sous le grand phare du Créac'h, se racontent un voyage immobile et une expérience d'immersion au contact des éléments et des îliens.

Mon avis

Les lumières sont des percées d’espoir

C’est à l’automne 2015 que Gwenaëlle Abolivier qui s’exprime dans ce livre va s’installer sur l’île d’Ouessant où elle sera mouligenn, c’est-à-dire qu’elle viendra en femme du continent, celle qui éveille de l’inquiétude et des questions, peut-être même une certaine méfiance. Elle s’installe dans le sémaphore, seule, car elle veut poser ses sacs, prendre le temps, observer, ressentir, sentir, entendre, écouter, contempler…. Et partager avec le lecteur.

Elle ne décide rien, l’île s’offre à elle, avec le vent, les embruns, les paysages, les cris d’oiseaux. Petit à petit, au fil des jours, les habitants se confient et elle découvre diverses facettes de son environnement.

Elle raconte la météo incertaine, la pluie, les rafales, les conversations, les cadeaux (un succulent poisson), chaque rencontre est un pas vers la découverte plus intime de ce lieu atypique. Elle explique que cette terre est un avant-poste, une rampe de lancement vers l’ailleurs, tout en restant intimement liée à l’histoire de chaque personne qui y vit. Elle a appris à lire « derrière les regards ». En explorant l’île, en apprenant à la connaître, Gwenaëlle, en naufragée volontaire, s’est retrouvée avec elle-même, en phase pour écrire, cherchant les mots pour retransmettre chaque ressenti, chaque scène… et elle le fait avec brio.

Son écriture est lyrique, parfois elle présente un paragraphe comme un poème, donnant un tempo au texte. Les mots volent, s’envolent, portant des messages subtils qui viennent jusqu’à nous. Ce texte est enchanteur par son phrasé, son rythme.

Pendant trois mois, l’autrice s’est posée sur Ouessant, délicatement, sans s’imposer, se laissant apprivoiser par le lieu et l’apprivoisant elle-même. Il en résulte ce magnifique ouvrage qui laisse de la place à l’introspection, à la poésie, aux rêves… Elle l’écrit : « Je me suis imprégnée de ce territoire de l’extrême, qui entretient un rapport particulier à la noirceur et à la mort. »

Elle offre au lecteur une magnifique rencontre, qui aurait pu être accompagnée de quelques photographies….et qui donne envie de se rendre là-bas.


"Un clafoutis aux tomates cerises" de Véronique de Bure

 

Un clafoutis aux tomates cerises
Auteur : Véronique de Bure
Éditions : Flammarion (17 mars 2017)
ISBN : ‎ 978-2081389069
389 pages

Quatrième de couverture

Au soir de sa vie, Jeanne, quatre-vingt-dix ans, décide d'écrire son journal intime. Sur une année, du premier jour du printemps au dernier jour de l'hiver, d'événements minuscules en réflexions désopilantes, elle consigne ses humeurs, ses souvenirs, sa petite vie de Parisienne exilée depuis plus de soixante ans dans l'Allier, dans sa maison posée au milieu des prés, des bois et des vaches.

Mon avis

Je viens de passer quatre saisons avec Jeanne, une dame de quatre-vingt-dix ans. Elle habite un petit village, près de Lapalisse, elle est veuve, a deux enfants et des petits-enfants. Elle a des voisins, des voisines, des amis hommes ou femmes, surtout femmes d’ailleurs. Elle est toujours d’humeur égale, elle s’occupe de son jardin, conduit encore sur de petits trajets et partage avec nous son quotidien par l’intermédiaire d’un journal intime.

C’est un récit très actuel où l’on retrouve les avantages et les inconvénients de vivre dans un coin tranquille avec un jardin où chantent les oiseaux. Il y a les petits commerces qui disparaissent, les connaissances qui vieillissent, la peur parfois d’être seule, le souci que se font les enfants à distance…

C’est écrit avec délicatesse, une pointe d’humour quelques fois et ça se lit tout seul. C’est plaisant, rafraichissant. Jeanne est attachante. Elle veut se débrouiller seule mais il arrive que ce soit difficile. Elle sent bien que ses jambes sont moins alertes, sa mémoire moins fidèle mais elle s’accroche car elle croit en la vie.

J’ai apprécié ce récit. J’espère devenir une vieille dame comme Jeanne : philosophe, heureuse de tout et sachant profiter de chaque petit bonheur.


"Cortome Biotech, inc. : une startup qui vous veut du bien" d'Alex Milnow

 

Cortome Biotech, inc. : une startup qui vous veut du bien
Auteur : Alex Milnow
Éditions : Editions 3.0 (17 Octobre 2021)
ISBN : 9782493493002
369 pages

Quatrième de couverture

Inspiré de faits réels, ce thriller vous plongera dans les rêves les plus fous des dirigeants de la Silicon Valley ! Eileen vit en Californie. Elle est infirmière. Son mari, Brad, est un policier affabulateur et violent qui la bat depuis des années. Alors quand il est criblé de balles en service et retrouvé mourant, Eileen se rend à son chevet en étant secrètement soulagée : son calvaire touche peut-être à sa fin. C'était sans compter sur Terrence Page, qui attend Eileen à l'hôpital et prétend être la seule à pouvoir sauver Brad grâce aux recherches de sa startup : Cortome Biotech. Eileen hésite, mais a-t-elle vraiment le choix ?

Mon avis

2031, un futur pas si loin que ça….

Eileen est mariée à Brad. Elle est infirmière, il est policier. Ils vivent aux Etats-Unis. On pourrait imaginer un couple heureux et ce n’est pas le cas. Il la frappe et il est odieux avec elle. Alors quand il est sérieusement blessé, avec peu d’espérance de vie, c’est pratiquement un soulagement pour elle. Bien sûr, elle ne peut pas trop le montrer. Comment expliquer qu’une veuve n’ait pas de chagrin alors que son époux est entre la vie et la mort ? Eileen fait face en essayant de cacher ses sentiments mais voilà qu’une start up lui propose l’impassable : un programme novateur qui va sauver Brad. Que répondre ? Elle se retrouve coincée entre ce qu’elle souhaite au plus profond et ceux qui la tiennent entre leurs rets (je ne dis pas qui et comment pour maintenir le suspense).

Entre manipulations, mensonges, trahisons, faux-semblants, ce thriller plein de rebondissements tient le lecteur en haleine. J’ai eu peur, au commencement de ma lecture, de quelque chose d’un peu stéréotypé avec des personnages caricaturaux mais non. Aucun n’est vraiment noir ou blanc et même Eileen a différentes facettes. De plus les thèmes abordés sont intéressants.

On est en droit de s’interroger sur les progrès et les dérives de la médecine. Qu’est-ce qu’on souhaite ?

L’auteur, qui est français, et je me demande pourquoi il écrit sous un pseudonyme, a une écriture fluide, prenante. Son récit se tient, sans fausse note, comme un vrai roman d’anticipation qui pose question jusqu’à une fin tout à fait inattendue.


"La porte du voyage sans retour" de David Diop

 

La porte du voyage sans retour
ou les cahiers secrets de Michel Adanson
Auteur : David Diop
Éditions : Seuil (19 Août 2021)
ISBN : 978-2021487855
256 pages

Quatrième de couverture

" La porte du voyage sans retour " est le surnom donné à l'île de Gorée, d'où sont partis des millions d'Africains au temps de la traite des Noirs. C'est dans ce qui est en 1750 une concession française qu'un jeune homme débarque, venu au Sénégal pour étudier la flore locale. Botaniste, il caresse le rêve d'établir une encyclopédie universelle du vivant, en un siècle où l'heure est aux Lumières. Lorsqu'il a vent de l'histoire d'une jeune Africaine promise à l'esclavage et qui serait parvenue à s'évader, trouvant refuge quelque part aux confins de la terre sénégalaise, son voyage et son destin basculent dans la quête obstinée de cette femme perdue qui a laissé derrière elle mille pistes et autant de légendes.

Mon avis

Inspiré par les vrais carnets de voyage de Michel Adanson (1727-1806), un botaniste qui consacra sa vie à constituer une volumineuse encyclopédie, David Diop nous emmène au Sénégal en se mettant dans la peau et l’esprit du scientifique.

C’est Aglaé, la fille de Michel, qui découvre après le décès de son père, un carnet de voyage où il raconte sa jeunesse et son amour pour Maram, une jeune femme sénégalaise vendue pour être esclave.
Venu dans le pays pour observer les plantes, il a appris à connaître, à comprendre, une population bien différente de celle qu’il côtoyait en France.

Avec ces écrits, Aglaé voit une autre facette de son père, plus humain, sentimental, secret, prêt à tout pour celle qui l’a d’abord intrigué avant d’emplir son cœur.

L’écriture de l’auteur est lumineuse, délicate, posée comme celle d’un homme de l’époque évoquée. Mais un homme qui porte la poésie en lui. Les scènes, les paysages, les conversations, tout est rédigé, retranscrit avec finesse.

Il faut se laisser entraîner dans cet univers. On y arrive sur la pointe des pieds et on en ressort le cœur meurtri devant tant de mépris des blancs pour les « nègres », tant d’injustice, de mauvaise foi mais aussi tant d’amour de la part de ceux qui croient qu’il est encore possible d’agir, même des années après pour adoucir la vie de ceux qui ont souffert….

Le seul bémol que je mettrai, c’est que certaines réflexions ne sont pas, pour moi, en lien avec ce qui se pensait au XVIII -ème siècle. Je ne suis pas persuadée que les personnes avaient, à ce moment-là, un tel recul sur les situations vécues. Il n’en reste pas moins que c’était important d’en parler et que je ne sais pas comment l’auteur aurait pu évoquer de tels thèmes d’une autre façon.


"Noire campagne" de Patrick S. Vast

 

Noire campagne
Auteur : Patrick S. Vast
Éditions : Le Chat Moiré (10 Novembre 2021)
ISBN : 978-2956188353
273 pages

Quatrième de couverture

Gérald Régnier se met au service d’Alexandre Montjeune, maire de Seclemars, afin de profiter de l’influence que peut encore exercer l’élu à la longue carrière politique pour servir ses ambitions personnelles. Mais les sollicitations du groupe Deroulin qui souhaiterait installer une zone commerciale d’envergure sur le territoire de la commune vont chambouler les projets du jeune Gérald et l’entraîner dans des péripéties qu’il n’avait pas prévues.

Mon avis

C’est le 2 Mars 2020, en pleine épidémie de COVID 19 et quelques mois avant les élections municipales en France que commence ce récit. Alexandre Montjeune est maire de Seclemars et il entend bien briguer un nouveau mandat. Il semble être apprécié de tous et mène sa magistrature correctement. De quoi être réélu sans difficulté…du moins c’est ce qu’il imagine.

Deux ans auparavant, il a embauché Gérald Régnier, un homme jeune dégourdi et ambitieux à qui il a confié une mission de recherches pour le pôle culturel qu’il souhaite installer dans sa ville. Ce monsieur ne plaît pas trop à son épouse qui s’interroge sur ses motivations mais le maire décide de passer outre et reste fidèle à sa décision.

Le même Gérald est approché par le groupe Deroulin, qui ne parle pas de culture mais de commerces. Depuis quelque temps, cet ensemble dynamique, costaud et fort harcèle l’édile pour implanter une grande zone commerciale. Alexandre Montjeune, fidèle à ses administrés et à sa ville refuse pour garantir la survie des petits commerces du bourg. Mais la famille Deroulin a les dents longues et vas essayer de s’approprier les faveurs de Régnier. De plus, le groupe se servant d’informations détournées, puis grossies, a pour but final de détruire la carrière politique du bourgmestre et de placer dans le fauteuil vide une personne de chez eux, leur nouveau poulain.

Ce roman commence par des funérailles, le lecteur sait donc rapidement que quelqu’un est mort sans en connaître les raisons. Ils sont tous autour du cercueil, dans l’église, et le maire va repartir dans ses souvenirs. La célébration restera un fil conducteur, permettant de présenter quelques personnages et de faire des retours en arrière pour voir à quel point et dans quelle mesure certains présents dans l’édifice étaient impliqués. Cette construction m’a paru tout à fait pertinente et intéressante.

Patrick S. Vast présente un contexte très réaliste avec des individus comme on en voit tous les jours. Les traits de caractère sont marqués mais pas caricaturaux, on reste dans ce qu’est un homme ou une femme : quelqu’un qui peut changer d’avis en fonction des circonstances, qui a des forces mais également des faiblesses. Il nous rappelle qu’un mauvais choix, une erreur, peuvent nous entraîner bien plus loin qu’on le voudrait.

L’écriture est fluide, les situations exposées réellement travaillées pour être crédibles et bien insérées dans le quotidien des protagonistes, qu’ils soient maire, époux ou épouse, adjoint, chef ou simple quidam…. On s’aperçoit que quelques-uns sont prêts à tout pour satisfaire leurs ambitions et que d’autres, au contraire, finissent par être rattrapés par la moralité….

Lutte de pouvoirs, malversations, abus de confiance, politique manipulée et désenchantée, l’auteur signe là un livre remarquablement bien construit, captivant, ancré au cœur de l’actualité et sans fausse note.


"Elyette (Margo)" de Thomas Martinetti

 

Elyette (Margo)
Auteur : Thomas Martinetti
Éditions : Kindle (13 Novembre 2021)
ISBN : 978B09LTBPXYX
43 pages

Quatrième de couverture

Elyette est née dans les vignes de Bourgogne. Effacée derrière ses deux sœurs, elle a dû attendre le grand amour pour briller enfin. Mais Elyette réalise trop tard que l’homme qu’elle a épousé a pris le contrôle de sa vie. Sa famille et le domaine lui échappent déjà. Quelle issue lui reste-t-il ?

Mon avis

En lien avec son roman:

Margo

Thomas Martinetti explore dans une nouvelle d’une quarantaine de pages la vie d’Elyette.
Elyette ne connaît pas Margo et elle ne l’a jamais rencontrée. Pourtant leurs vies sont imbriquées, ce que fait l’une peut rejaillir sur l’autre.

Malgré tout, il est important de le préciser, les deux histoires peuvent être lues séparément.

J’ai retrouvé l’écriture vive et dynamique de l’auteur. On entre tout de suite dans le quotidien d’Elyette, une jeune femme effacée dans une famille où le travail du vignoble est l’essentiel. Elle « tient moins de place que ses sœurs » et rêve de trouver l’Amour avec un grand A pour s’émanciper un peu, vivre sa vie.

Et la voilà, la rencontre, celle qu’elle attendait, qui bouleverse son quotidien, enfin un homme l’aime…

Mais ça c’est en surface, que se passe-t-il réellement dans l’intimité ?

En quelques pages, Thomas Martinetti, nous montre l’influence insidieuse, le mal-être de l’une, la toute puissance de l’autre et les apparences si trompeuses….

J’ai beaucoup aimé cette nouvelle, au ton juste et bien écrite.


"Derbyrama - Football, amours et querelles" de Cyril Collot & Sébastien Vuagnat

 

Derbyrama
Football, amours et querelles
Auteurs : Cyril Collot & Sébastien Vuagnat
Éditions : du Volcan (21 septembre 2021)
ISBN : 979-1097339319
242 pages

Quatrième de couverture

En matière de rivalité entre deux clubs, il n'y a pas mieux en France ! Le derby entre l'Olympique Lyonnais et l'AS Saint-Étienne est emblématique et raconte à lui seul l'histoire de deux villes, de deux clubs et de deux publics que tout oppose. Cyril Collot et Sébastien Vuagnat explorent l'incroyable richesse de ce duel qui passionne les foules depuis soixante-dix ans :  les souvenirs, les récits, les paroles, les exploits et même les rêveries.

Mon avis

Une soirée, que les autres, ailleurs, ne peuvent pas comprendre.

C’est en écoutant le match Troyes-Saint-Etienne que j’écris mon avis. Alors, inutile sans doute, de dire de quel côté penche mon cœur lors des derbys contre Lyon.

Je n’étais qu’une petite fille lorsque je suis allée à Geoffroy Guichard la première fois. La passion s’est installée et ne m’a pas quittée. Je suis chaque match de mes joueurs préférés, je leur demande de « mouiller le maillot », « d’aller au charbon », « de se battre pour nos couleurs » parce qu’il s’agit bien de ça, de dire « nous » et parfois « eux » quand ils perdent trop, certains supporters se désolidarisant de l’équipe, devenue des « chèvres » mais je m’égare….

Dans ce livre, les deux auteurs réunissent des souvenirs, des anecdotes, des extraits d’interviews, des clins d’œil, des rêves …. Cela commence dans les années 50 pour finir dans le présent. J’ai retrouvé certaines choses que m’ont racontées mes parents, d’autres que j’ai vécues (ah le but de Béric, le centième derby qu’on a gagné….)

Ils montrent bien qu’une rencontre comme celle-ci, ce n’est pas que quatre-vingt-dix minutes. Il y a les jours qui précèdent avec la pression qui monte (pour peu qu’au travail, on ait un collègue qui supporte l’autre camp), le jour J où certains font l’autruche, s’enfermant au cinéma pour ne pas « voir ça », d’autres serrant les poings, en tribune ou devant la télévision, et puis l’après match où on revit tout avec des si, des oui mais (du style, bon d’accord on a perdu mais si vous avez gagné c’est un holdup up ou « on a perdu mais quand même on n’a pas été ridicules… »…) Bref, on refait le match et les conversations vont bon train. Pour peu qu’on ait gagné, on n’a plus beaucoup de voix et pas du tout sommeil !

C’est un recueil à lire tranquillement, qu’on soit d’un camp ou d’un autre, car à chacun ses heures de gloire. J’ai particulièrement apprécié le choix de tout ce qui a été évoqué, ce sont des événements marquants, parfois amusants (Bereta qui mange une carotte), d’autres plus graves comme des blessures, des bagarres, des agressions, importantes et désolantes. Les extraits sélectionnés sont variés, présentés en quelques pages et on peut en relire quelques-uns pour les savourer. L’ensemble est très équilibré et prouve que chaque club a sa place avec ses hauts, ses bas, ses grands hommes. C’est vrai qu’une rencontre entre Roger Rocher et Jean-Michel Aulas aurait été haute en couleurs, mais elle ne se fera que dans les rêves….

L’écriture de Cyril Collot et Sébastien Vuagnat est vive, pétillante, allant à l’essentiel, capant, en quelques mots, une atmosphère, un fait, un individu…

J’ai vraiment beaucoup apprécié cette lecture qui va faire le tour de la famille avant de rejoindre le coin consacré aux verts dans ma bibliothèque.


"Les yeux d'Iris" de Magali Collet

 

Les yeux d’Iris
Auteur : Magali Collet
Éditions : Taurnada (4 Novembre 2021)
ISBN : 978-2-37258-094-6
256 pages

Quatrième de couverture

Un meurtre et un suicide.
Trois hommes. Trois femmes.
Des retrouvailles.
Un pacte.
Tout se paye, même l'amitié.

Mon avis

Il est des amitiés tellement fortes qu’on est prêt à tout ou presque pour ceux qu’on aime. Alors on fait des pactes, souvent dans le feu de l’action, sans savoir vraiment où cela nous mènera…

Lorsque Julie a souffert, vivant une situation innommable et terrible, ses amis ont été là, présents, discrets, à l’écoute. Ils ont promis de l’aider à se venger. Le temps a passé. Pour elle, le traumatisme est resté, pour les autres, pris dans l’engrenage du quotidien, ils ont avancé dans la vie. Célibataires, en couple, ou parents, chacun s’est construit, tant bien que mal, avec ses failles, ses peurs, ses faiblesses, ses forces, ses secrets. Morgane qui a eu, elle aussi, sa dose de souffrance, a préféré partir à l’étranger comme s’il était plus facile d’oublier en mettant de la distance. Oublier ? Tout le monde sait que c’est impossible, voire carrément inenvisageable.

Alors, lorsque des années plus tard, Julie appelle et dit que le moment de tenir les promesses est arrivé, chacun se rend au rendez-vous. Si longtemps après que reste-t-il de l’accord passé entre eux ? Sont-ils capables d’agir quitte à remettre en cause l’équilibre, fragile pour certains, de leur vie ? Jusqu’où peuvent-ils aller ?

Dans son nouveau thriller, Magali Collet aborde des thèmes graves : le suicide, l’influence des « amis », la volonté de dominer pour certaines personnes, la dépression, le rôle et la place de chacun dans un couple, les liens entre frère et sœur, entre collègues…. Il est parfois si difficile de faire la part des choses, de dire non au bon moment, d’oser d’affirmer, de ne pas « se perdre » en croyant qu’on n’a pas le choix, de rester droit dans ses idées pour continuer à s’aimer….

Un des personnages de cette histoire a vécu un événement traumatisant et son accompagnement après les faits a été délicat. L’auteur souligne là quelque chose de primordial, la libération de la parole, et en parallèle l’écoute qui doit en être faite pour que la personne touchée ne culpabilise pas et se sente vivante, comprise et soutenue.

L’auteur nous fait pénétrer dans le présent des protagonistes, nous présentant chaque individu (ils sont six) en quelques lignes, on a déjà une idée assez précise de ce qu’ils sont. Puis quelques passages en italiques nous renvoient dans le passé et enfin, les liens entre eux se dévoilent et le lecteur cerne très vite que ça va être compliqué car, avec le recul, les choix ne sont plus les mêmes….

L’auteur a attaqué un sujet fort, prenant, avec des scènes noires, violentes, elle a pris le parti de rester plus dans l’action que dans l’analyse des émotions des uns et des autres. On ne peut pas fermer les yeux ni se boucher les oreilles alors on prend tout en pleine face. On réalise que l’atmosphère est bizarre, emplie de non-dits, de mensonges peut-être. On sent que ça va se fissurer et craquer mais on ne sait pas comment. Les dégâts seront-ils irrémédiables ? Qui sortira de tout cela brisé, blessé ou « réparé » ? Y-a-t-il une justice ? Comment doit se manifester celle des hommes face à la vengeance ?

C’est un récit prenant, sombre, presque en huis clos car il y a peu de personnages et peu de lieux. On frissonne, on serre les poings, on craint le pire, on est pris dans le contexte, apeuré par le contenu et on ne lâche pas la lecture jusqu’à la dernière page.


"Pour seul pardon" de Thierry Brun

 

Pour seul pardon
Auteur : Thierry Brun
Éditions : Jigal (25 Septembre 2021)
ISBN : 978-2377221318
200 pages

Quatrième de couverture

Thomas Asano a trouvé refuge dans une petite ville nichée au pied des Vosges. Ici, la vie y est âpre. Homme à tout faire, il a la réputation d’être travailleur et bon chasseur. Il est surtout décidé à se faire oublier : il a connu Sarajevo et la prison. En liberté conditionnelle, c’est un homme brisé par la culpabilité qui tente de se reconstruire. Pourtant, le passé d’Asano le rattrape. Cet homme simple et discret n’a désormais plus le choix. Il redevient ce qu’il n’a cessé d’être : un homme de guerre.

Mon avis

Le coin est un peu perdu mais c’est voulu, Thomas Asano ne cherche pas la compagnie, il n’a pas envie qu’on s’occupe trop de lui, il préfère se faire oublier. Alors dans les Vosges, au milieu de nulle part, il se fait transparent. Il loue ses services, c’est un bosseur, un bon chasseur aussi, « braconneur » à ses heures. En liberté conditionnelle, il se tient droit, calme, prend sur lui quand ça bout à l’intérieur. Il pense à celle qu’il a aimée et se rapproche d’une autre, la fille de son patron. Il a connu le pire Asano, la guerre, la prison, l’arme à la main, les poings serrés, quel que soit le lieu, il a fallu qu’il se batte, qu’il s’en sorte … seul…
La violence, il a donné, il n’en veut plus, c’est fini tout ça !

Pourtant, il va être obligé de repartir et retrouver ses vieux démons. La faute à pas de chance. Son boss entre en possession d’un chargement de cocaïne qui ne lui était, bien sûr, pas destiné. Il le garde alors qu’il ne pourra pas le revendre …. Rapidement, de grosses voitures apparaissent, semblant chercher quelque chose… Thomas comprend vite qu’elles sont conduites par des malfrats qui ont eu vent de la récupération du colis et qui veulent rétablir l’équilibre en le reprenant. Il sera difficile pour Asano de se tenir loin de tout ça, surtout si la belle Élise est en danger. Pourra-t-il gérer et ne pas être impliqué ?

Il connaît les méthodes des hommes de main, il connaît la forêt et la nature aux alentours, il peut se cacher, ruser, essayer de minimiser les dégâts… essayer seulement parce qu’en face, on ne s’embarrasse pas de politesse, on ne prend pas de gants, on fonce dans le tas sans réfléchir, sans parlementer, sans affect….

C’est un roman âpre, dur, aux phrases courtes qui cognent, qui font mouche. Il n’y a pas d’indice temporel. On découvre la Vie d’Asano par bribes. Ce n’est pas linéaire, passé et présent se mêlent, les rêves également…

Il fait froid, humide, le décor est sombre, on est pessimiste devant tout ce noir et pourtant une certaine forme d’humanité, portée par Asano, se glisse entre les pages. Il redevient un guerrier, parce qu’il n’a pas le choix …. Il sait les risques qu’il prend et même s’il veut éviter certaines situations, il ne peut pas et doit se mettre en danger mais il le fait par amour et cela le rend terriblement humain. L’amour qu’il porte à la vie, aux femmes …..

Avec son récit, Thierry Brun nous rappelle combien il est difficile de revenir de « l’enfer », celui qui vous colle à la peau, qui envahit votre esprit, qui vous nargue, vous tue à petit feu malgré votre lutte pour vivre….


"L’été de Katya" de Trevanian (The Summer of Katya)

 

L’été de Katya (The Summer of Katya)
Auteur : Trevanian
Traduit de l’américain par Emmanuelle de Lesseps (traduction révisée par Marc Boulet)
Éditions : Gallmeister (Totem) (3 Juin 2021)
ISBN : 978-2-35178-782-3
290 pages

Quatrième de couverture

À l’été́ 1914, Jean-Marc Montjean, jeune médecin tout juste diplômé́, revient s’installer à Salies, petit village du Pays basque dont il est originaire. Rapidement, il est appelé́ à soigner Paul Treville dont la jolie sœur jumelle, Katya, l’intrigue de plus en plus. Bien accueilli chez les Treville, le jeune homme devient un ami de la famille, qu’il fréquente assidûment en dépit d’une certaine ambigüité́ dans leurs relations. Et même s’il devine derrière leur hospitalité́ et leurs bonnes manières un lourd et douloureux secret, il ne peut s’empêcher de tomber éperdument amoureux de Katya, quelles qu’en soient les conséquences.

Mon avis

Ce roman a été écrit en 1983 par Trevanian, auteur américain mystérieux à l’œuvre prolixe et variée. Il a publié de nombreux livres, pas toujours sous le même nom, et ce n’est que très tard qu’on a su qui il était réellement. Autant dire qu’il ne cherchait pas la gloire ni la rencontre avec ses lecteurs ! Il est décédé en 2005.

Le récit commence en 1938, vingt-quatre après les faits, le docteur Jean-Marc Montjean se souvient de l’été 1914. Jeune médecin, il est venu s’installer dans le pays basque et assiste le Docteur Gros dans de multiples tâches. Les patients sont un peu suspicieux face au jeunot mais il n’est pas débordé de travail et fait ce qu’il faut lorsqu’on lui demande ou lorsque son collègue est absent. C’est suffisant. Malgré tout, il a du temps libre et se promène dans le village de Salies dont il est originaire, notant sur un cahier ses impressions. Il aime les mots, se plaisant à penser aux réparties qu’il sortira face à telle ou telle question …

C’est alors qu’il se prélasse sous un arbre, son carnet sur les genoux qu’une jeune femme l’interpelle. Il fait alors la connaissance de Katya qui lui demande de venir soigner son frère Paul. C’est ainsi qu’il pénètre dans l’intimité de la famille de Tréville. Le père et les deux enfants (la mère est décédée) semblent avoir des choses à cacher mais Jean-Marc n’en a cure, il tombe sous le charme de Katya. Pourtant, il comprend rapidement que les gens du coin jasent sur cette famille. En effet, les Tréville, arrivés de Paris, sont un scandale pour cette petite communauté basque. Pourquoi sont-ils là ?

Le docteur Montjean passe du temps avec les trois membres de la famille, thés, petits soupers, conversations diverses… Il réalise que chacun a un comportement bizarre, le père semble perdu dans ses livres, recherches, notes, conclusions de lectures …. Le frère étouffe sa sœur avec une autorité trop importante et se montre totalement changeant, pouvant être sympathique ou carrément désagréable …. Katya, elle parle de coin hanté dans la maison qu’ils ont louée… Le jeune amoureux n’est pas toujours à l’aise mais il persiste et signe….

Il y a une magnifique atmosphère dans ce recueil. La légèreté de l’été, le soleil qui réchauffe les âmes et les corps, les robes blanches de Katya qui illuminent le tout et en contraste une lourdeur qui pointe, pour deux raisons, on sent qu’avec les Tréville, un « dérapage » peut arriver d’un moment à l’autre et en plus, on sait que la guerre n’est pas loin.

L’écriture (merci à la traductrice et au traducteur) n’est pas désuète, elle est racée, élégante, porteuse de sens. Elle vous envoûte comme ce presque huis clos (il y a peu de personnages et de lieux) qui nous entraîne dans les tréfonds de l’âme humaine.

J’ai aimé l’approche psychologique pas à pas des différents personnages, le suspense présent tout au long du récit et l’étude de cette société bien-pensante, vite dérangée par « ces gens » qui ne se mêlent pas à eux, qui ne sont pas de leur milieu, qui font tache, qui surprennent, qui posent question…. Ce qui est absolument réussi, c’est qu’il ne se passe presque rien mais on est à fond dans l’histoire et on ne peut pas la lâcher.

Coup de cœur et un auteur que je relirai !


"Va manger tes morts" de Pascal Martin

 

Va manger tes morts
Auteur : Pascal Martin
Éditions : Jigal (25 septembre 2021)
ISBN : 978-2377221387
232 pages

Quatrième de couverture

Elle s’appelle Romane, elle est Gitane. Dans cette brasserie parisienne, elle vient de flinguer un sale type d’une balle en pleine tête. Lui, c’est Rio, il venait juste de prendre sa défense face aux gifles de ce mec. C’est là qu’elle l’a pris en otage, enfin presque… Et que tout a commencé ! Il est enquêteur pour les assurances. Elle, elle se débrouille comme elle peut… Et plutôt bien. Mais quand le temps vire à l’orage, ils décident ensemble de décamper au plus vite…

Mon avis

Pascal Martin nous a quittés en Juillet 2020 et un peu plus d’un an après, en dernier héritage, les éditions Jigal publient son dernier titre.

« Va manger tes morts », ou plutôt « Va criave tes moulos », c’est l’insulte suprême chez les gitans et Romane, qui est une manouche, l’emploie souvent. Pas que cette expression d’ailleurs, tout son vocabulaire est émaillé de mots, de phrases qu’il faut traduire ou comprendre en fonction du contexte. Elle porte son origine et son phrasé comme un étendard, c’est comme ça, ça fait partie d’elle et c’est presqu’une fierté.

Rio Capo Ortega, est un enquêteur pour les assurances, il vérifie s’il n’y a pas tricherie ou mensonge et si le lésé a bien droit à des indemnités. Une vie rangée, assez morne mais qui lui convient.

Ces deux là vont se croiser, dans ce qu’on appelle une rencontre improbable car il n’y avait aucune raison pour qu’ils se côtoient. Oui mais voilà, dans un restaurant, Romane est giflée par un homme et Rio, impuissant, assiste à cette scène violente. Il prend sa défense et là, d’un coup, visant celui qui la frappait, elle lui tire une balle en pleine tête. Rio n’a pas le temps de se poser des questions, elle se sert de lui, et l’embarque dans sa fuite folle. Ils finissent chez lui car il habite dans le coin….

Que peut-il se passer quand une femme totalement imprévisible s’impose dans votre vie bien rangée ? Un feu d’artifice ! Et c’est exactement ce qui se passe dans ce roman. Ça part dans tous les sens. Et nous on les suit, on s’accroche à leur rêve de liberté, de vie, leur envie d’ailleurs….parce que très vite Rio se laisse prendre au piège d’un autre quotidien. Est-ce une bonne idée de partir avec une femme qui a tué un homme, une femme totalement insaisissable, caractérielle, voire dangereuse ?

A travers des personnages totalement hors normes, hors cadre, Pascal Martin bouscule les codes. Les dialogues sont épiques, les scènes audacieuses, l’intrigue pas très morale (mais ça nous va bien ;- )
Et puis des sujets douloureux sont évoqués, même s’ils ne sont pas approfondis, ils sont présents dans le récit.

C’est un recueil court, cadencé par les coups de gueule, les coups de folie, les coups de sang. On reprend à peine son souffle qu’un autre événement est là, modifiant la course poursuite. Romane a une formidable soif de vivre, elle aime la vie, veut profiter de chaque instant. Rio modifie son regard, elle lui déteint dessus ….

Ode à la vie, ce livre vibre et palpite, comme un cœur qui bat. Qui sait ? L’auteur, avant de tirer sa révérence, a peut-être laissé le sien entre les pages ?


"Un invincible été" de Catherine Bardon

 

Un invincible été
Auteur : Catherine Bardon
Éditions : Les Escales (8 Avril 2021)
ISBN : 978-2365695633
432 pages

Quatrième de couverture

Depuis son retour à Sosúa, en République dominicaine, Ruth se bat aux côtés d'Almah pour les siens et pour la mémoire de sa communauté, alors que les touristes commencent à déferler sur l'île.Gaya, sa fille, affirme son indépendance et part aux États-Unis, où Arturo et Nathan mènent leurs vies d'artistes. Comme sa mère, elle mène son propre combat à l'aune de ses passions.La tribu Rosenheck-Soteras a fait sienne la maxime de la poétesse Salomé Ureña : " C'est en continuant à nous battre pour créer le pays dont nous rêvons que nous ferons une patrie de la terre qui est sous nos pieds. " Mais l'histoire, comme toujours, les rattrapera.

Mon avis

Pour savoir qui on est, il faut savoir d’où on vient….

La saga familiale des Déracinés, cette famille juive envoyée en République Dominicaine, se termine avec ce quatrième roman qui couvre la période de 1980 à 2013. Trente ans de la vie des descendants des premiers arrivés sur une terre inconnue où tout était à construire.

Avec une plume toujours aussi belle et alerte, Catherine Bardon nous entraîne dans les bonheurs, les peurs, les soucis de chacun. Chaque personnage doit exister par lui-même, se faire une place au milieu de ceux qu’il côtoie. Et quand ceux qui vous précèdent ont de forte personnalité, il ne faut pas être transparent ! Il est alors nécessaire de s’affirmer en douceur, avec ses choix …. pas toujours simple lorsqu’on bouscule les codes.

A travers le quotidien de tous ceux que nous découvrons, nous revisitons également les événements de la période évoquée et pas seulement en République dominicaine car certains protagonistes vivent ailleurs. Ce sont parfois des faits marquants qui détruisent, bouleversent, aident à grandir, transforment profondément ceux qui les vivent.

J’ai une tendresse toute particulière pour Almah, mère, grand-mère etc… C’est une femme exceptionnelle, pétillante, surprenante, capable de fantaisie et de sagesse avec une personnalité tout simplement inoubliable. Elle dit : « Pour te débarrasser de ta haine, il faut accepter ton désespoir…. »

Le récit évolue au rythme de faits réels et d’autres romancés, tout est dosé à la perfection. Catherine Bardon a su conclure de façon magistrale sa série, on quitte le livre à regret tant on s’est attaché à toutes ceux qu’elle a présentés. Merci à elle pour avoir su me captiver une nouvelle fois.

NB : des poèmes, des musiques, des citations complètent le texte et sont très bien choisis.


"L'inspectrice Harris est une connasse" d'Aloysius Wilde

 

L’inspectrice Harris est une connasse
Auteur : Aloysius Wilde
Éditions : Chaka (14 juin 2021)
ISBN : 978-2957455829
224 pages

Quatrième de couverture

Tout commence par un meurtre violent en plein New York. L’impétueuse inspectrice Harris nous entraine dans les frasques de son enquête. Alicia est violente, imprévisible, voleuse. Elle mélange allégrement le professionnel et le privé et utilise les moyens du NYPD pour faire garder son fils de six mois. Ses investigations l’emmènent jusqu’en Inde où elle collabore avec son homologue Indienne en tout point son opposé. L’inspectrice Santali est travailleuse, déterminée et généreuse…

Mon avis

Un assassinat en plein New-York. Il faut une grande pointure au niveau police pour relever le défi de l’enquête. C’est Alicia Harris, une afro américaine, qui va s’en charger. Une enquêtrice hors normes. D’abord parce qu’elle promène son fils de six mois partout avec elle-même lorsqu’elle travaille. Ensuite parce qu’elle a un caractère qui est-disons-totalement surprenant. Imprévisible, sans filtre, soupe au lait à ses heures, changeante, elle triche, ment, manipule, n’hésite sur aucune turpitude pour arriver à ses fins. Et ça, c’est follement drôle ! Elle est loin des flics lisses et appliqués et encore plus loin des flics torturés avec une part d’ombre. Elle est brut de décoffrage, elle n’a pas la langue dans sa poche, elle ose, elle menace et elle réfléchit, l’air de rien.

Elle va être amenée à collaborer avec une inspectrice Indienne : Avali Santali. Les deux femmes n’ont aucun point commun. Elles ne travaillent pas de la même façon, n’ont pas la même vie…. Avali est sérieuse, posée, appliquée… Vous voyez le tableau ? Un feu follet incontrôlable qui doit collaborer avec un -presque-bloc de glace ? Inutile de préciser que ça risque d’être compliqué et tendu.

Mais c’est une bonne chose pour le lecteur car cela le met dans une ambiance détonante. Les romans d’Aloysius Wilde sont comme ça. Ils pétillent, décoiffent, scintillent.

L’écriture est virevoltante, endiablée, pleine d’humour. Il y a de nombreux dialogues, c’est un peu « la marque de fabrique » de l’auteur, il les affectionne.

C’est le genre de livre qui amuse, dont il ne faut pas abuser pour éviter toute lassitude. Et puis avec Aloysius, il y a toujours, dans ces récits, des allusions, des messages cachés et si on prend le temps de les chercher, c’est un plus. A qui ressemble ce personnage, que m’évoque cette situation, tiens, là, il nous rappelle que… Rien que pour ça, ce recueil vaut le détour.

Le titre m’avait un peu refroidie, je n’aime pas les « vilains » mots, alors c…. ;-(

Mais le contenu valait le détour et je ne regrette pas !


"Fermé pour l'hiver" de Jørn Lier Horst (Vinterstengt)

 

Fermé pour l’hiver (Vinterstengt)
Auteur : Jørn Lier Horst
Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier
Éditions : Gallimard (13 Avril 2017)
ISBN : 9782070148172
370 pages

Quatrième de couverture

Les chalets du comté de Vestfold, qui servent de résidence estivale aux Norvégiens aisés, sont fermés pour la morte saison, et ont été la cible d’une série de cambriolages… Lorsqu’un homme cagoulé est retrouvé assassiné dans le chalet d’un célèbre présentateur de télévision, William Wisting, inspecteur de la police criminelle de Larvik, une ville moyenne située à une centaine de kilomètres au sud-ouest d’Oslo, est chargé de l’enquête. Mais la disparition du corps avant son autopsie et l’incendie d’un appartement, détruisant des indices essentiels, risquent d'anéantir tous ses efforts.

Mon avis

Jørn Lier Horst est un ancien policier norvégien. Il situe son action près de la ville de Larvik, située à quelques cent kilomètres au Sud-Ouest d’Oslo. Les chalets du comté de Vesfold ont été fermés pour l’hiver, ils sont en bord de mer et peu utilisés à cette époque de l’année. Pourtant, ce soir-là, un homme se rend dans sa résidence. Il découvre qu’il a été cambriolé et en explorant les habitations voisines, pour voir s’il n’y a pas de dégâts, il se trouve nez à nez avec un cadavre cagoulé. Il appelle alors la police qui se rend rapidement sur les lieux. William Wisting et ses collègues sont chargés de l’enquête.

C’est dans la maison d’un célèbre présentateur de télévision que le mort est allongé. Un lien avec la vedette ou pas ? Très vite, les enquêteurs vont comprendre qu’au-delà des vols avec effraction, une autre affaire s’est déroulée le même soir au même endroit et cette dernière est beaucoup plus grave puisqu’elle semble mettre en cause un trafic de drogue et que le chéri de la fille de Wisting pourrait bien être impliqué….

Les investigations de Wisting vont l’emmener en Lituanie où le choc des cultures, du niveau de vie va être très rude. Il prend la pauvreté et une autre réalité de vie en pleine face.

« Nous avons le même soleil et la même lune en Norvège et en Lituanie. Nous vivons sur la même terre mais notre monde est divisé en deux. Nous, nous sommes pauvres. Vous, vous êtes riches. »

Ce roman est assez classique, une histoire linéaire où l’on suit les recherches, les entretiens, de Line, la journaliste et des policiers. Les faits sont recoupés, décortiqués pour mieux comprendre les événements et ceux qui sont impliqués.

L’écriture est très agréable, fluide, merci à la traductrice. Il y a peu de place pour le décor, ce qui refroidira ;- ) peut-être les amateurs de polars nordiques mais il y a malgré tout les lieux très typiques. Pour ma part, j’ai vraiment apprécié ce récit, les personnages m’ont paru intéressants sans être trop caricaturés. Le fait de passer d’un pays à l’autre est un plus. Un auteur que je retrouverai avec plaisir.