"La prophétie de l’âge d’or -Tome 1 : Désolation" de Néo Leuduc

 

La prophétie de l’âge d’or -Tome 1 : Désolation
Auteur : Néo Leuduc
Éditions : du Saule (29 décembre 2020)
ISBN : 978-2356770387
436 pages

Quatrième de couverture

Printemps 2200 : la guerre fait rage entre l'Afrique et l’Europe. La cause en est une sécheresse mondiale, conséquence du réchauffement climatique amorcé par les Hommes dans les années 2000. Dans un dernier élan désespéré, les Africains sur le point d’être anéantis plongent l’espèce humaine dans le chaos. Dans un monde désormais apocalyptique, les Hommes, menacés d’extinction, ayant perdu tout repère, doivent lutter contre l’adversité, les animaux sauvages et surtout leur propre cruauté.

L’avis de Franck

Le thème abordé dans ce roman pourrait être notre futur dans quelque temps (que j’espère lointain) si nous ne faisons pas attention.

L’eau est devenue une denrée rare et pour pallier au manque de ressources, on restreint l’accès à cet or bleu. Sauf que lors d’un attentat, la population terrestre se retrouve rétrogradée aux plus sombres heures du Moyen-Âge.

Il y a trois parties distinctes dans ce livre :

- les prophéties de Nostradamus qui prévient les populations futures des cataclysmes à venir et des solutions possibles pour s’en sortir.

- les temps futurs idéalisés avec des clones humains et la pénurie d’eau

- les heures sombres (mais je n’en dirai pas plus pour ne pas « divulgacher » comme disent nos cousins Québécois).

Il est clair que l’auteur a bien travaillé son thème et l’histoire, passionnante, se tient de bout en bout. J’ai été un peu désarçonné par la transformation physique très (trop?) rapide  de Kita mais cela ne nuit pas au tempo de l’histoire.

Le pouvoir du héros de ce récit est aussi bien trouvé et, comme tout pouvoir, il a aussi son talon d’Achille.

Lors des heures sombres, la violence est mise en avant et peut rebuter le lecteur sensible. Il faut parfois avoir le cœur bien accroché et ne pas oublier que ce n’est qu’un roman… Mais le récit est logique, l’écriture est très agréable avec un excellent dosage entre explications et descriptions pour se mettre dans l’ambiance.

Au fur et à mesure de l’avancée du roman, on se surprend à tourner les pages avec envie sans se préoccuper de l’heure et de ce qui nous entoure. Ce qui confirme que l’écriture, le style et le contenu de ce recueil sont addictifs , bien pensés, et tout à fait aboutis.

La lecture de ce premier tome ayant été rapidement terminée, j’ai hâte de découvrir la suite des aventures de Tristan et de sa compagnie d’aventuriers.


"Vol AF 747 pour Tokyo" de Nils Barrellon

 

Vol AF 747 pour Tokyo
Auteur : Nils Barrellon
Éditions : Jigal (20 février 2021)
ISBN : 978-2377221073
242 pages

Quatrième de couverture

Ce n’est pas de gaîté de cœur que Pierre Choulot est dans cet avion en direction de Tokyo : le billet lui a été offert par ses collègues à l’occasion de son départ à la retraite. Lui qui adorait son boulot de commandant à la Brigade financière de la PJ parisienne, n’a accepté ce voyage que pour faire plaisir à son épouse, d’origine japonaise. Mais en plein vol, quand on retrouve le cadavre du pilote, seul, dans le cockpit verrouillé, le commandant Choulot va vite reprendre du service. Très rapidement, il découvre qu’aucune autre issue ne permet d’accéder au poste de pilotage ! Suicide ou assassinat ?

Mon avis

Huis clos en plein ciel

Commandant à la Brigade financière de la police judiciaire parisienne, Pierre Choulot fête son départ à la retraite. Pas très envie d’arrêter son activité professionnelle, de voir tous ses collègues s’agiter devant lui, d’écouter discours et compliments. Mais bon… Voilà le cadeau et c’est un billet d’avion pour partir à Tokyo avec sa charmante épouse d’origine japonaise. Sourires et remerciements de circonstances et on passe à autre chose.

Quelques semaines plus tard, c’est le moment du départ. Pierre est bougon. De nombreuses heures de vol sans cigarette alors qu’il a besoin de sa dose de nicotine, le temps va lui paraître long, très long. Sa femme a un livre, un roman policier, c’est comme si le boulot le poursuivait. Installé dans l’avion, il sent déjà le manque et a envie de fumer.

C’est calme, tout le monde est censé dormir mais Choulot observe et il s’aperçoit que le personnel navigant a l’air un peu paniqué. Et quand il se promène pour essayer d’en savoir plus, on le renvoie à sa place…Mais il voit bien que quelque chose ne tourne pas rond. Finalement, il s’avère que le cockpit est inaccessible, qu’il n’y a qu’un seul pilote à l’intérieur (malgré la règle des quatre yeux) et qu’il refuse d’ouvrir la porte. Enfin, c’est ce qu’on suppose vu qu’il ne répond pas et que le code d’urgence est inefficace. La porte finira par s’ouvrir et le pilote sera retrouvé mort (heureusement l’avion est en pilote automatique). Les deux co-pilotes vont être obligés de prendre la relève bien que l’un des deux soit très malade. Choulot, toujours en manque de clopes, voit là une belle occasion de se changer les idées. Et puis chasser le naturel… il va donc mener l’enquête le temps d’un vol, car forcément en vase clos, si l’homme ne s’est pas suicidé, c’est un meurtre.

Calmer le personnel, laisser dormir les passagers, prendre les choses en mains et résoudre l’énigme, en voilà une belle mission alors qu’on est retraité ! Pierre Choulot est ravi de replonger si vite dans ce qu’il aime par-dessus tout. Observer, questionner, recouper les indices, déduire.  Le lecteur se retrouve dans une atmosphère à l’ancienne, sans ADN, ni technologie excessive, on ramasse une poussière, on scrute le moindre petit signe, un mot, un geste, tout peut être interprété, compris pour aider à résoudre l’enquête.

Nils Barrellon a dû prendre beaucoup de plaisir pour rédiger ce roman. Il a dû se renseigner sur l’avion, son fonctionnement, ses « codes ». En ce qui concerne l’intrigue elle-même, il était nécessaire que ça se tienne, que ce soit possible, matériellement, sur la durée du trajet etc.
Son écriture est fluide, ça se lit rapidement et c’est plaisant. J’ai trouvé malin que le livre lu par l’épouse du policier apporte des éléments qui l’aident. Le choix, la place des passagers interviennent aussi, tout a son importance. J’ai particulièrement apprécié l’ambiance de ce récit, les références glissées ça et là et le sens du détail pour que les choses s’éclaircissent petit à petit.

La fin est astucieuse car la résolution est amenée de façon originale et si, on peut penser, que tout cela, ne serait pas vraiment ainsi dans la vraie vie, c’est tant mieux !


"Poings de boxe : Les écrivains sur le ring" de Nicolas Grenier

 

Poings de boxe : Les écrivains sur le ring
Auteur : Nicolas Grenier
Éditions : Du Volcan (17 Novembre 2020)
ISBN : 979-1097339302
182 pages

Quatrième de couverture

Cette anthologie sur la boxe nous propose des textes accessibles à tous, de 7 à 77 ans, de l'amateur de boxe, de littérature sportive, et amoureux des livres à un autre public, celui des sportifs, des professionnels, du monde universitaire et des écoles privées et publiques. Avec « Poings de boxe : les écrivains sur le ring », on retrouve, sur le ring, les poids lourds de la littérature : Alexandre Dumas, Victor Hugo, Jack London, Jules Verne. Des poids plume : Mark Twain, Georges Feydeau, Tristan Bernard. Au final, dans ce match littéraire, beaucoup de nationalités.

Mon avis

Une fois encore, Nicolas Grenier frappe fort, sans jeu de mots ; -)
Son recueil de textes est très intéressant tant par la forme que par le fond.

Il s’agit d’un ensemble d’extraits de romans ou de théâtre ainsi que de poème. Tous parlent de la boxe, soit parce que cela fait partie de l’histoire, soit parce que l’auteur cité avait un faible pour ce sport, soit parce qu’il s’agit d’un boxeur qui parle de son expérience.

Je dis souvent que je n’aime pas la boxe. J’ai l’impression que ces sportifs se font mal, qu’ils souffrent et j’ai du mal à comprendre leur passion. Mais ce livre m’a apporté un autre éclairage, sans doute parce que les mots sont bien moins violents que les images et que certains passages m’ont mis le sourire aux lèvres.

Sous forme d’un abécédaire, l’auteur présente les écrivains (même des femmes parlent de boxe dans leur récit) et les aperçus qu’il a sélectionnés. Pour chacun d’eux il situe le rédacteur dans le contexte de l’époque où il a rédigé, il relate brièvement quelques petites choses sur lui (son pseudonyme, sa personnalité, ses choix) puis il replace le passage qui va suivre dans l’ensemble de l’œuvre. C’est très bien fait et cela démontre un travail de recherches approfondi et complet. Et on s’aperçoit que ce sport est bien souvent cité dans des livres pas très récents.

Mettre le sport en lumière par le biais de la littérature est un sacré challenge ! Tout à fait réussi dans cette anthologie où Victor Hugo m’a étonnée. Quant à Jules Verne, je croyais tout connaître de lui… et bien non….. Richement documenté, bien choisis, tous les textes ont été une belle découverte et je me suis fait plaisir avec cette lecture !

Mon préféré ? C comme …. Camaraderie


"L'inspectrice Harris fait n'importe quoi" d'Aloysius Wilde

 

L’inspectrice Harris fait n’importe quoi
Auteur : Aloysius Wilde
Éditions : Chaka édition (22 mars 2021)
ISBN : 1230004622154
12 pages

Quatrième de couverture

Alicia Harris est inspectrice principale au département des affaires criminelles du New York Police Department dont elle est une figure emblématique. Afro Américaine de trente-cinq ans, elle est violente, imprévisible, voleuse….

Mon avis

Mon ressenti ne sera pas très long car le récit lui-même est court, trop court….  Je suis impatiente de lire la suite car cette mise en bouche m’a beaucoup plu.

L’écriture et le style sont vifs, endiablés, empreints d’humour. L’inspectrice Harris vaut le détour et les personnages secondaires ont également de la consistance. La situation évoquée est sujette à interprétation et cela m’a amusée. Quant aux dialogues, ils sont plain de dérision et totalement jubilatoires !

Une récréation plaisante comme je les aime. J’ai beaucoup ri et j’espère qu’il en sera ainsi lorsque je découvrirai la totalité de l’histoire.


"La lectrice disparue" de Sigríður Hagalín Björnsdótti (Hið heilaga orð)

 

La lectrice disparue (Hið heilaga orð)
Auteur : Sigríður Hagalín Björnsdótti
Traduit de l’islandais par Éric Boury
Éditions : Gaïa (4 Novembre 2021)
ISBN : 9782847209938
336 pages

Quatrième de couverture

Edda, une jeune Islandaise, disparaît un beau matin, abandonnant son mari et leur bébé. Quand la police découvre qu’elle s’est rendue à New York, son frère Einar part à sa recherche. Ce sauveteur chevronné a l’habitude de pister des disparus, mais il évolue cette fois-ci dans un environnement étranger et sa dyslexie ne lui facilite pas la tâche.

Mon avis

« Nul ne peut effacer une histoire lorsqu’elle a été dite. »

Ce roman atypique m’a énormément plu. Il est empreint d’une atmosphère très particulière reliée à la lecture et à l’écriture.

Nous commençons à Reykjavik, où Júlía, une très jeune femme, cherchant à s’échapper de sa famille, fréquente Orlygur plus âgé qu’elle, qui se dit cinéaste, artiste, réalisateur …. C’est surtout un flambeur, plus préoccupé de sa petite personne que de son amoureuse. D’ailleurs, lorsqu’elle lui annonce qu’elle est enceinte, ça ne le fait pas vraiment vibrer et il n’est pas du tout ravi qu’elle s’installe chez lui. Un jour, elle reçoit un appel d’une certaine Ragneiður qui lui dit être enceinte du même homme ! Elles choisissent de faire front ensemble et vont élever Edda et Einar, leurs enfants comme une sœur et un frère. Ils sont excessivement différents et pourtant ils semblent former une seule et même personne.

Edda lit beaucoup, retient tout et vit dans le monde des mots qui deviennent vivants pour elle. Elle s’en nourrit, elle en a besoin pour exister mais ils l’envahissent et la coupent des autres. Son « frère » est dyslexique, il souffre lorsqu’il déchiffre, les lettres dansent, s’animent, et il n’arrive pas à les poser pour savoir ce qui est écrit. Alors il écoute sa sœur qui lui conte des histoires, certaines qui font peur, d’autres plus tendres… Et il entretient, pour eux deux, des rapports avec les autres car la vraie vie, c’est également tisser des liens, n’est-ce pas ? Ils arrivent ainsi -chacun son rôle- a un équilibre.

Ils grandissent et un jour, Edda, mariée et jeune maman, disparaît. Son frère a pour mission de la retrouver à New-York, où elle semble avoir atterri. Il part à sa recherche. Il va essayer de démêler les fils d’un immense écheveau qui est là sous ses yeux mais son handicap ne le rassure pas, au contraire. Il est tellement ardu de lire, en plus dans une autre langue ! Mais il veut comprendre cette fuite alors il persévère.

Ce recueil se présente sous plusieurs aspects. Il y a « ici » avec les réflexions d’un des personnages, « jadis » avec des retours en arrière et les « jours » qui s’égrènent avec Einar à New-York, ainsi que des lettres et des histoires. J’ai trouvé très enrichissant d’avoir ses formes d’écriture variée.

A travers son récit, l’auteur aborde plusieurs thématiques : la crainte que le numérique avale l’écrit, le handicap et l’acceptation de ce qu’on est, de ce qu’on peut être, la tradition orale et l’écriture, la place des mots, leur pouvoir, les légendes, les contes, les histoires et leur influence sur ceux qui les lisent ou à qui on les lit, la complexité des relations humaines, l’amour qui étouffe ou qui fait grandir, la famille, la place des réseaux sociaux….

Cette lecture a été une agréable découverte (merci au traducteur, Éric Boury, qui a dû faire un travail remarquable pour choisir les mots afin que leur saveur reste intacte). Il est intéressant d’observer comment l’amitié entre les deux mères a évolué et comment les deux enfants se sont construits au milieu de tout ça. J’ai aimé les sujets abordés et le fait que ce soit fait de façon originale. C’est surprenant et ça permet également de se poser des questions sur la place des mots dans notre vie, notre rapport à la lecture et à l’écriture. Un roman qui se démarque et qui interpelle.


"Le cercle des mensonges" de Céline Denjean

 

Le cercle des mensonges
Auteur : Céline Denjean
Éditions : Marabooks (3 mars 2021)
ISBN : 978-2501138581
480 pages

Quatrième de couverture

Un meurtrier aux abois, pris dans une spirale infernale…
Une agente d’entretien, obligée de prendre la fuite après avoir été témoin d’un meurtre…
Un étudiant sans histoires tombé du toit d’un immeuble en construction…
Une femme bien sous tous rapports retrouvée assassinée dans une forêt près de Toulouse…
Et si tous ces événements étaient reliés ? S’ils formaient les éléments d’une gigantesque toile ?

Mon avis

Avec son dernier roman, Céline Denjean monte en puissance et nous offre un récit abouti, aux protagonistes travaillés, avec plusieurs entrées et des thématiques très intéressantes.

Un étudiant, fils d’un homme politique haut placé se suicide. Les parents ne peuvent pas imaginer qu’il se soit donné la mort alors qu’ils devaient les rejoindre pour fêter l’anniversaire de sa sœur. C’est le lieutenant de police Urbain Malot qui est chargé de l’enquête avec son équipe. Très vite les policiers cernent des zones d’ombre : le jeune homme, pour les besoins de sa thèse, avait infiltré le milieu des sans domicile fixe, il y a eu peut-être un témoin le soir de sa mort…mais cette personne n’est pas joignable…. Par quel bout entamer des recherches et surtout en se basant sur quoi ?

Parallèlement, la gendarme Éloïse Bouquet, personnage récurrent de l’auteur, se retrouve avec une femme assassinée sur les bras, un professeur sans histoire. Qu’a-t-il pu se passer ? De plus, elle traque toujours (sans l’aval de ses supérieurs) une criminelle qui lui a échappée et pour cela, elle se fait aider par une journaliste, Amanda.

Au quotidien, gendarmes et policiers ne font pas partie de la « même famille » et n’ont pas forcément des méthodes d’investigation identiques. De ce fait, Éloïse et Urbain ne se connaissent pas et ne communiquent pas. On suit donc les deux groupes, chacun sur leur affaire, par l’intermédiaire de chapitres assez courts, nous mettant rapidement dans l’histoire et dans l’ambiance. D’un côté, la population des SDF dont certains disparaissent. Mais comme ils sont pratiquement sans identité et ne manqueront à personne, est-ce nécessaire de creuser ? De l’autre côté, une enseignante tuée, dont l’ex-mari semble avoir des activités pas très nettes.

Il y a du rythme, des rebondissements, de l’action, des dialogues et le lecteur tourne les pages sans s’en rendre compte. Pas de temps mort. Les sujets évoqués sont captivants : les sans-papiers, les sans domicile fixe, les recherches dans le milieu médical. Céline Denjean ne se contente pas d’en parler « comme ça », elle creuse vraiment, rappelant que les hauts placés sont quelques fois intouchables, se permettant d’agir inconsidérément, de prendre des décisions sans réfléchir aux conséquences. Tout cela au nom du pouvoir et c’est vraiment révoltant.

C’est un des éléments qui fait que j’apprécie beaucoup cet écrivain. Elle ancre ses textes dans la réalité, dans le quotidien de notre société. Elle nous en montre les travers et ne pratique pas la langue de bois, elle écrit ce qui existe, ce qu’on tait, ce qu’on refuse de voir et c’est loin d’être réjouissant … De plus, les personnages qu’elle présente ont vraiment de la consistance, leur caractère est étoffé, on peut suivre leur histoire personnelle qui peut expliquer certaines de leurs réactions. Éloïse est ma préférée (quoique Urbain me plaît bien), j’aime sa fragilité sous des dehors solides, son opiniâtreté, son côté obstiné car elle ne veut rien lâcher. Il faut des gens comme elle dans la vraie vie pour que les choses avancent et elle est tellement palpable sous les mots que c’est comme si elle était réelle. C’est un autre atout des recueils de Céline Denjean : on est dedans, à fond, concerné par ce qu’on lit, avec l’impression de lire de vrais faits divers.

L’écriture est prenante, les scènes décrites sont bien présentées, on pourrait faire des films de ces (ses) intrigues ! Les mensonges se croisent, s’entrecroisent mais la vérité finit par sortir, quant à la justice…. Il est parfois bien nécessaire de lui donner un coup de pouce…..

Je n’ai pas été déçue, bien au contraire, cette lecture m’a captivée !

 

 


"Micha et la fée des mots" de Valéria Jourcin Campanile et Isabelle Pit

 

Micha et la fée des mots
Auteur : Valéria Jourcin Campanile
Illustrations d’Isabelle Pit
Éditions : Rêve de livres (26 Septembre 2020)
ISBN : 978-2491205010
28 pages

Présentation

Une histoire mystérieuse et poétique sur la rencontre de Micha un petit garçon fâché avec la lecture et l’incroyable fée des mots.

Mon avis

Enseignante, je suis régulièrement face à des élèves pour qui la lecture est tellement laborieuse qu’ils en sont dégoûtés. Il faut alors leur redonner l’envie de découvrir des textes adaptés, de ne pas être rebutés par les mots et si possible, leur offrir le souhait de poursuivre cette rencontre. Car, un album, un livre, c’est pouvoir s’échapper, apprendre …

Micha et la fée des mots a été conçu avec les conseils d’une orthophoniste en direction des enfants dys mais pas seulement. Chacun d’eux pourra y trouver du plaisir et c’est bien ça l’important, non ?

C’est un album aux illustrations empreintes de douceur, avec des couleurs magnifiques et un tracé graphique précis. Ce n’est pas surchargé et les dessins sont très parlants. Il se dégage de planches une atmosphère en lien avec ce qu’elles représentent tant les visages et le décor sont expressifs.

Le texte peut être lu à des enfants dès sept ans, et ils peuvent également le découvrir seuls. Les mots plus difficiles sont écrits en couleurs et expliqués à la fin. Il aurait pu être intéressant de les mettre sur un document à part, que le lecteur aurait toujours sous la main sans avoir à tourner les pages. Je pense également que certaines explications devront être (pour les plus jeunes) précisées par un adulte. La police de caractères a été bien choisie car elle est très lisible et c’est important pour ceux qui sont en difficulté.

L’histoire est belle, accessible, facile à comprendre et donne la part belle aux mots, les dessins soutiennent le contenu écrit et donne plus de légèreté à l’ensemble, une part de rêve. Ce recueil aidera, je le souhaite, de futurs lecteurs à prendre du plaisir en découvrant la magie des mots.


"Frontière belge" de Nicolas Freeling (Gun before Butter)


Frontière belge (Gun before Butter)
Une enquête de l’inspecteur Van Der Valk
Auteur : Nicolas Freeling
Traduit de l’anglais par Marcellita de Moltke-Huitfeld et Ghislaine Lavagne, revu par Rémy Lambrechts
Éditions : L’Archipel (1 er Avril 2021)
ISBN : 978-2809841268
265 pages

Quatrième de couverture

Ce roman se déroule dans les années 1960 quand il existait encore des frontières entre la Belgique, la France et les Pays-Bas. Van der Valk y croise Lucienne Englebert alors que son père, chef d'orchestre de renom, vient d'être victime d'un accident de voiture.
Puis l'inspecteur l'oublie, accaparé par plusieurs affaires, dont l'assassinat a priori banal d'un homme. A priori seulement, car cet individu aux identités multiples obligera notre atypique policier hollandais à se rendre en Belgique…

Mon avis

Nicolas Freeling (de son vrai nom Nicolas Davidson) est décédé en 2003 (né en 1927). Il était chef cuisinier et alors qu’il purgeait une peine de prison de trois semaines (accusé à tort d’un vol de nourriture), il a décidé d’écrire pour ne pas s’ennuyer. C’est comme ça qu’est né, à partir de 1962, son héros récurrent, le commissaire Van der Valk. « Frontière belge » est la troisième histoire de ce policier et a été publiée en France, en 1965, la première fois. La réédition aux éditions L’Archipel m’a permis de faire connaissance avec l’auteur et son policier. Et je dois le dire tout de suite, c’est une belle rencontre !

Le récit se situe dans les années 60. On est loin des procédés modernes avec l’ADN, des téléphones portables, des échanges par mail et des recherches sur internet. Cela donne un petit côté suranné que j’ai énormément apprécié tant dans le contexte que dans l’écriture.

L’inspecteur Vand Der Valk marche dans les rues d’Amsterdam et assiste à un accident. Il échange quelques mots avec le conducteur qui meurt sous ses yeux et il aide une jeune femme, sa fille à s’en sortir. Pour une raison inexplicable, elle l’intrigue mais il finit par ne plus y penser car il doit se concentrer sur son métier : enquêter. Ça tombe bien, une voiture abandonnée ouverte avec les clés, devant une demeure lui pose question.  En jouant les cambrioleurs, il rentre dans l’habitation et découvre un homme assassiné. Rien ne permet de l’identifier, pas de vie privée ? Il se cachait ? Bizarre…..

Pour essayer de cerner, de savoir qui est vraiment l’homme tué sans identité, l’inspecteur va se « couler » dans sa personnalité. En utilisant le peu d’indices qu’il a, il se glisse dans ses pantoufles, s’imprègne de ce qu’il observe pour arriver à raisonner, à penser comme lui. Il est suffisamment intuitif pour exploiter la moindre petite piste et il s’en sort pas mal. Il s’arrange avec les formalités car il aime bien exploiter ce qu’il examine à sa façon. Ses déductions et ce qu’il en fait valent le détour car c’est très original. Les investigations de notre fin limier vont l’amener à visiter l’Allemagne, la Belgique en plus du pays où il réside. Cela permet de découvrir les mœurs de chaque endroit, les relations plus ou moins tendues entre ces contrées, les commentaires des douaniers etc. C’est très intéressant.

L’écriture, un peu à l’ancienne, est quelques fois teintée d’ironie, voire d’autodérision et d’humour, c’est un régal. Les traducteurs avaient bien besoin d’être trois pour ne pas rater la subtilité du texte, merci à eux ! Il n’y a pas un rythme trépidant, des rebondissements à foison, simplement un homme qui a les yeux ouverts, qui scrute et ne laisse rien passer. J’ai lu qu’on comparait les romans de cet auteur à ceux de Simenon. Simenon m’ennuie, je trouve que ça n’avance pas. Là, je n’ai vraiment pas ressenti de lenteur. L’attitude de l’inspecteur ne m’a pas exaspérée ou gênée, bien au contraire. Je l’ai trouvée amusante, un brin roublarde parfois et son interprétation des faits est captivante. Et puis, il y a cette atmosphère indéfinissable, si bien exprimée qu’on a l’impression de regarder un film en noir et blanc.

Vraiment un super moment de lecture !

"Le petit soviet" d'Eric Decouty

 

Le petit soviet
Auteur : Éric Decouty
Éditions : Lina Levi (1 er Avril 2021)
ISBN : 979-1034904105
290 pages

Quatrième de couverture

Il a fallu l’appel d’un banquier inconnu pour que Joseph Kruger fasse le voyage. Puisque l’homme a insisté, il viendrait en personne récupérer les derniers documents concernant la succession de ses parents décédés récemment. Dès l’instant où il remet les pieds au Village, Joseph est assailli par les souvenirs d’enfance qu’il pensait effacés. Mais surtout, dans ces rues vides, il a l’impression tenace que chacun de ses mouvements est surveillé, et que tous ont été informés de son retour. Il comprend vite que sa présence dérange, qu’on aimerait savoir s’il sait… Que devrait-il savoir ?

Mon avis

Joseph Kruger est marié à Janet, il mène une vie tranquille, leurs enfants vont bien, ils sont heureux et coulent des jours paisibles. Un jour, il reçoit l’appel d’un banquier. Cet homme lui dit qu’il doit venir pour régler la succession de ses parents, récemment décédés. Joseph n’est pas très motivé pour retourner sur les lieux de son enfance. Il est parti il y a longtemps et a coupé les ponts avec tout ça. Mais finalement, il décide d’aller sur place, de refaire un tour, probablement une dernière fois.

C’est Joseph qui raconte son séjour. Il s’installe au Village, où il a vécu avec ses parents. Jamais il ne nomme le lieu, c’est le Village avec une majuscule, comme il y a la Ville toute proche, où il rencontrera le banquier. Les autres endroits où il se déplace peuvent être nommés mais pas le Village, ni la Ville, comme si en prononçant ou en écrivant leur nom, ça les rendait réels, trop présents, capables de prendre le pas sur les personnes ou alors capables de divulguer ce qui a toujours été tu. Il ne voulait pas rester, il avait l’intention de régler tout ça rapidement mais finalement il s’attarde car il veut comprendre.

Comprendre quoi ? Ce qu’il ne sait pas, ce qu’il entend dans les silences, ce qu’il sent dans les quelques mots échangés, ce qu’il devine dans les regards dérobés. À peine arrivé, Joseph replonge en arrière. Des personnes se présentent, lui disent bonjour, prennent de ses nouvelles. Lui, il ne se souvient pas de tout, la mémoire est sélective et il ne déchiffre pas tout. Plutôt détaché de tout ça, il finit par se « prendre au jeu » et il a envie de creuser. Pourquoi ? Parce que dans une conversation, au détour d’une phrase, quelqu’un cite son grand-père en évoquant un suicide. Il n’avait jamais vu la mort de cet homme sous cet angle. Alors, il décide rester afin que tout soit clair et expliqué : la mort de son Papi mais également le leg qu’il vient de recevoir et qui est, pour le moins, surprenant.

Plusieurs lui disent qu’il n’est pas bon de se pencher sur le passé, de le remuer. Raison de plus pour aller plus loin bien qu’il dérange (ça, il le sent très vite). Joseph ne sait pas où vont le mener ses investigations mais à chaque petit bout découvert, il a envie d’en savoir plus, de compléter le puzzle. Il n’est pas le bienvenu avec ses questions, il doit se faire aider par quelques-uns ou quelques-unes ;- ) discrètement. Une fois qu’il a les informations, il est nécessaire qu’il prenne du recul, qu’il réfléchisse, qu’il digère ce qu’il a appris sans que cela le touche trop (pas facile !)

Il va revenir en arrière, au moment de la seconde guerre mondiale, près des résistants, du maquis, des FTP (francs-tireurs et partisans français) créés par le parti communiste et qui sont partisans de la guérilla urbaine et de l'action immédiate. Il y a eu des tensions, des tiraillements à cette époque. Les secrets, les non-dits, tout ce qui a été dissimulé, refoulé, va ressortir par bribes au grand jour. À Joseph de faire le lien, de rassembler les morceaux, de compléter les blancs pour avancer, aller vers le futur et peut-être laisser son passé derrière lui.

J’ai beaucoup aimé ce recueil. Sa construction m’a plu, le contenu m’a interpellée sur des événements (notamment celui de la rade de Brest) que je ne connaissais pas. L’évolution de Joseph au fur et à mesure de ses découvertes est intéressante. Il s’engage de plus en plus au fil des pages, son sens de la déduction s’affine et sa femme, à distance, est de très bon conseil. L’écriture est fluide. Les propos suffisamment détaillés pour nous captiver et nous maintenir dans l’intrigue.

En conclusion, un premier roman riche et original.


"Ne la quitte pas du regard" de Claire Allan

 

Ne la quitte pas du regard (Apple of My Eye)
Auteur : Claire Allan
Traduit de l’anglais par Nicolas Porret-Blanc
Éditions : L’Archipel (1 er Avril 2021)
ISBN : 978-2809841503
388 pages

Quatrième de couverture

" Ne crois pas ce qu'il te raconte. " Cette note anonyme glissée dans son casier instille le doute dans l'esprit d'Eli, une infirmière enceinte de sept mois. Simple plaisanterie de mauvais goût ou véritable avertissement ? Le message fait-il allusion à son mari, Martin, qu'elle sent de plus en plus distant depuis le début de sa grossesse ? Dans l'ombre, une femme semble l'épier. Une femme qui souhaite plus que tout devenir mère...

Mon avis

Eliana, Eli, est infirmière en soins palliatifs. Ce n’est pas facile tous les jours mais elle aime son métier, sa mission, qui est d’accompagner en fin de vie ceux qui lui sont confiés. Elle travaille, entre autres, avec Rachel, qui est devenue une amie sûre. Mariée à Martin, un architecte, Eli est enceinte de sept mois au début du récit. Ce n’est pas vraiment une grossesse épanouie car elle souffre d’hyperémèse gravidique, c’est une complication lorsqu’on attend un bébé, qui provoque des nausées et des vomissements jusqu’à un stade avancé. Cela l’épuise, les odeurs et la cuisine l’écœurent et elle est très fatiguée. De plus cet état de fait la rend fragile, hypersensible, toujours à fleur de peau rendant ses discussions et ses relations avec son époux parfois un peu difficiles. Elle est tellement affaiblie que la moindre petite chose peut la contrarier, lui mettre les larmes aux yeux. En ce moment, son conjoint est sur un gros chantier, à Londres (alors qu’ils habitent à Derry, en Irlande). Il doit donc s’absenter régulièrement, il rentre fourbu et tout cela conjugué à une fatigue accrue pour tous les deux, fait qu’ils s’éloignent l’un de l’autre. De plus, Eli, presqu’au bout du rouleau physiquement, a l’impression qu’elle ne sera pas une bonne mère, qu’elle ne s’attache pas à ce bébé qui, pour l’instant, lui provoque des désagréments, Mais heureusement, elle peut compter sur sa maman, Angela, qui est toujours présente en cas de coups durs. Ces deux là ont une relation assez fusionnelle, sans doute parce qu’Angela était seule pour élever sa fille.

Un jour, Eli trouve une lettre dans son casier au travail. Quelques mots sans signature qui lui font très mal. « Ne crois pas tout ce qu’il te raconte. » Qui a laissé ce message ? Pourquoi ? Comme le ver dans un fruit, le doute s’insinue dans son esprit. Ses émotions exacerbées par les hormones prennent le dessus, elle perd son jugement rationnel, s’affole, se pose des questions. Martin essaie de la calmer mais d’autres événements déstabilisants arrivent, achevant de la troubler. Elle est perdue, elle ne sait plus que faire….Est-ce que celui qu’elle aime la trompe ? Ment-il ? A-t-il une double vie ?

Ce roman est construit en alternant les points de vue d’Eli, et de deux autres personnes. Une même situation peut être vue différemment suivant qui prend la parole. Les perceptions ne sont pas forcément identiques d’un individu à l’autre. On observe Eli qui perd pied, on voudrait l’aider car elle reste attachante. Mais on voit bien qu’elle se laisse déborder par tout ce qui gronde en elle. Comment va-t-elle s’en sortir ? Ce recueil est ce qu’on appelle un page-turner, on commence et on ne le lâche plus. L’écriture (merci au traducteur), le style sont très addictifs, le rythme ne faiblit pas car il y a des rebondissements. Qu’il y ait une ou deux invraisemblances, quelques petites choses qui donnent le sentiment d’être prévisibles, tout cela n’empêche pas de prendre beaucoup de plaisir à la lecture car, sauf si on a lu la fin, on ne peut pas tout voir venir. Ce n’est pas prise de tête, ça reste un bon thriller sans pour autant qu’on y trouve une étude psychologique approfondie de chacun des personnages.

J’ai trouvé intéressant de sentir, entre les lignes, le thème de l’amour. Jusqu’où peut-on aller par amour, qu’est-ce qu’aimer ? Est-ce que ça se mesure ? Peut-on aimer trop, aimer mal ? Et dans ce cas, quelle place donner au pardon ?

Un auteur que je viens de découvrir et que je retrouverai avec plaisir.