"Victime 55" de James Delargy (55)


Victime 55 (55)
Auteur : James Delargy
Traduit de l’anglais (Irlande) par Maxime Shelledy et Souad Degachi
Éditions : HarperCollins (8 janvier 2020)
ISBN : 979-1033903109
450 pages

Quatrième de couverture

Une petite ville perdue en Australie. Un jour de canicule débarque, au poste de police, un homme, couvert de sang. Gabriel déclare avoir été séquestré dans une cabane par un serial killer. Quand la chasse à l’homme commence, ce même jour de canicule, débarque un deuxième homme. Heath est couvert de sang. Heath déclare avoir été séquestré dans une cabane par un serial killer, un certain Gabriel.

Mon avis

Bluffant

Victime 55 est le premier roman de James Delargy, irlandais d’origine, qui a vécu en Australie, en Afrique du Sud et en Ecosse. Ce baroudeur réside aujourd’hui en Angleterre. Il a situé l’intrigue de ce recueil dans une petite ville perdue d’Australie. Le lieu est important. Loin de tout, avec des paysages secs et chauds, parfois touffus, immenses dans lesquels il est facile de se perdre. L’action se déroule en Novembre 2012 et quelques passages sont issus de 2002, dix ans auparavant.  A cette époque, deux amis recherchaient un jeune homme qui s’était égaré. Du temps a passé et les voilà séparés maintenant, chacun ayant suivi un chemin différent. L’un, le sergent Chandler Jenkins, est resté sur place, à Wilbrook, il a deux enfants qu’il élève de son mieux avec l’aide de ses parents, car sa femme est partie. Elle avait envie de ville, de plus grands espaces. L’autre, Mitchell Andrews, dit Mitch, est monté en grade, il est maintenant inspecteur et travaille plus loin dans une grosse bourgade, à une centaine de kilomètres, pour la police d’état. Ces deux-là ne sont plus en contact, leur complicité a été brisée.

Chandler veille sur la petite cité, à la manière d’un shérif, peu de mouvements, quelques plaintes mais cela lui convient. Un jour, Gabriel, un homme blessé, débarque au poste de police. Il est apeuré et déclare avoir été séquestré par un tueur en série, qui lui aurait annoncé qu’il allait être sa prochaine victime, la cinquante cinquième. Un peu plus tard, dans la même journée, un autre homme, Heath, dans le même état, se présente à son tour et raconte la même chose. Sont-ils de mèche ? Qui ment et pourquoi ? Quel est le but caché de ces incursions dans ce coin paumé ? Chandler ne peut gérer seul une telle situation et ses supérieurs sont prévenus. C’est Mitch, son ancien camarade qui arrive avec son équipe. Si ces deux là ont été copains, c’était il y a longtemps. On sent tout de suite que ce n’est plus le cas et cela ne va en rien simplifier les relations de travail. Mitch se comporte en chef, (ce qu’il est), sans aucune empathie, donnant des ordres, surveillant Chandler et le prenant pour son larbin. Il le rabaisse même un peu…. Cela instaure une atmosphère délétère entre les deux hommes et leur équipe et ça n’aide pas l’enquête. Un vieil antagonisme qui leur pourrit la vie mais aussi celle de tous ceux qui les côtoient.

J’ai trouvé cette lecture très intéressante et addictive. L’écriture de l’auteur est prenante (bravo aux traducteurs). La trame de départ (deux hommes, le même récit, chacun accusant l’autre, chacun ayant peur pour sa vie…) est originale. En outre, le décor apporte un intérêt supplémentaire. On pourrait penser qu’une histoire en vase clos ne va pas captiver le lecteur. Et bien, c’est tout le contraire ! L’intérêt ne faiblit pas et va même grandissant et il y a du rythme. On suit les raisonnements des uns et des autres, on sent que des indices nous échappent, on voudrait comprendre, avancer…. J’ai été bluffée par le comportement de Gabriel et de Heath. J’ai mis beaucoup d’énergie à essayer de comprendre si l’un ou l’autre racontait des bobards ou si les deux me manipulaient. Je trouve que l’auteur a été très fort sur ce coup-là. Par l’intermédiaire de son intrigue, James Delargy aborde d’autres thèmes comme la vie dans les coins isolés, le poids du passé, de la religion…

C’est un auteur à ne pas perdre de vue si ces prochains opus sont de la même qualité !




"Dancefloor Memories" de Lucie Depauw


Dancefloor Memories
Auteur : Lucie Depauw
Éditions : Koïnè (1 avril 2012)
ISBN : 978-2953354126
50 pages

Quatrième de couverture

Pièce de théâtre sur un trio amoureux du troisième âge. Une histoire d'amour et de perte sur la vieillesse, le délitement, la mémoire qui flanche et les élans amoureux qui bravent le soir de l’existence pour une fenêtre réjouissante sur une de nos peurs les plus tenaces, celle de notre propre finitude.

Mon avis

Ils sont trois, plutôt près de la fin de leur vie que du début…. Trois à se parler, s’interpeller, se répondre, échanger ou parfois se taire, se tromper, s’égarer, …. Il y a Gary, l’américain venu sauver les jolies françaises en 1944, il y a Marguerite marié à Pierre qui a la maladie d’Alzheimer. C’est pour elle que c’est difficile. Que faire, comment survivre lorsque l’être aimé sombre dans l’oubli de tout, même de soi ?

Et si on dansait ?

Alors Marguerite va danser, histoire de sortir un peu, d’avoir une bulle d’air et une petite plage de liberté qui l’aident à tenir au quotidien près de son époux « qui n’est plus présent ». Sur le parquet ciré, elle rencontre Gary…. A soixante-dix, quatre- vingts ans quels liens peut-on créer, que peut-on espérer de la vie ? Tout simplement les mêmes émotions que les plus jeunes, celles qui font bouger le corps, briller les yeux, battre le cœur….

Dans cette pièce où les voix murmurent, où les mots dansent sous les yeux et chantent à l’oreille, une tendresse infinie apparaît entre les lignes. Celle de Lucie Depauw pour ses personnages qu’elles accompagnent vers l’espoir, vers la vie ou vers l’absence…..

En cinq mouvements, le texte nous porte vers le passé, vers le présent, nous faisant entrevoir l’avenir, nous permettant de valser, d’accompagner les protagonistes, de les sentir proches de nous tant leurs paroles, toutes en poésie, sont vibrantes de réalisme. On découvre les problèmes que Marguerite rencontre avec celui qu’elle a épousé, les posts it pour aider, les renoncements, les peurs, et puis parfois la lueur qui permet de croire encore en la vie… Cette lecture est belle, douce, empreinte de délicatesse et d’amour…..

«Une brasure incandescente
nos températures qui grimpent jusqu’à la fusion
des atomes à la vie à la mort »



"Faut que tu viennes" de Pascal Thiriet


Faut que tu viennes
Auteur : Pascal Thiriet
Éditions : Jigal (15 mai 2014)
ISBN : 979-10-92016-22-2
264 pages

Quatrième de couverture

Dido n’a aucun scrupule, mais elle a un principe : pour exister, il faut servir à quelque chose, être utile, avoir un talent – même un tout petit – et le mettre au service de tous… Elle, son talent, sa spécialité, c’est de tuer les banquiers ! Et d’habitude, elle fait ça très bien… Mais là, elle a dérapé ! Enée, lui aussi a un principe. Si Dido lui dit : « Faut que tu viennes… », il accourt. Toujours ! Et côté scrupules, lui aussi voyage léger… Mais parfois dans la vie, en plus des principes et des scrupules, il y a les impondérables, les dommages collatéraux qu’on n’attendait pas… Alors quand Dido décide de se lancer dans cette affaire, il y a fort à parier qu’Énée va se retrouver très vite les mains dans le cambouis… Dido et Énée, un couple improbable et déjanté, des situations scabreuses et ébouriffantes, un style cash et pimenté, un humour très noir et des cadavres à la pelle.

Mon avis

« Plus tard j’ai compris que l’argent c’est juste l’écume, pas la vague. » *

Dido, c’est la femme, tête pensante sous des dehors gouailleurs, elle tue et arnaque avec intelligence et connaît les combines pour ne pas se faire prendre. Enée, c’est l’homme, ami de Dido. Ils ne vivent pas ensemble. Lui, il s’est installé avec une jeune femme dans un coin reculé. Il est très copain avec toutes formes d’alcool et passe sans aucune difficulté de l’anisette à la vodka sans oublier le whisky. Elle, elle est installée sur Montpellier, enfin pour l’instant car elle joue également aux pigeons voyageurs pour ne pas se faire prendre. Quand Dido appelle, c’est bref, concis, mais Enée arrive, accourt plutôt, sans attendre.

Alors pour le dernier « Faut que tu viennes. » que l’on peut associer à « J’ai besoin de toi, je suis dans la m… » (ça elle ne le dit pas, c’est le lecteur qui comprend vite et qui lit entre les lignes ;-), Enée est parti la rejoindre sans (se) poser de questions, parce que c’est comme ça, il cède à chacune de ses demandes. Non pas qu’il soit bête et obéissant, non, si Dido le sollicite, c’est qu’il y a urgence donc il y va et attend ses ordres, point barre. Cette fois-ci, elle a raté le banquier qu’elle voulait occire et s’il se réveille de son coma, il va probablement la reconnaître donc si Enée pouvait se rendre discrètement à l’hôpital pour le débrancher…. ce serait un souci de moins… parce qu’elle est comme ça, Dido, pas trop de scrupules avec les riches et la loi….

Récit de rencontres improbables avec des personnages principaux et secondaires hauts en couleurs, « Faut que tu reviennes » nous emmène au pays des escroqueries, magouilles, arnaques mais également au pays des amitiés solides, brutes de décoffrage. Tout ceci est un peu, beaucoup déjanté, pas toujours très crédible, mais on ne s’ennuie pas une seconde. Les rebondissements discutables sont légion, les rôles secondaires aussi bien ciblés que les premiers. On sourit, on rit, on se détend, on se prend à penser « Mais où est-il allé chercher tout ça ? » et puis on tourne la page pour découvrir la prochaine situation tout aussi équivoque et les choix que feront les protagonistes.

On pourrait croire, comme ça, que c’est superficiel mais que nenni. Sous des dehors de franche rigolade, l’auteur a su apporter une bonne part d’humanité à ses êtres de papier. Les relations entre Dido, Enée et leurs proches sont emplies d’une tendresse cachée comme si la pudeur prenait le dessus sur leurs « grandes gueules »….. Il n’y a pas une grosse intrigue mais ce qui se passe est suffisant pour passer un bon moment.

Le style est décalé, l’écriture vive et les dialogues truculents. Le vocabulaire et les tournures de phrases ont un ton un peu «titi parisien ». L’auteur joue même avec les mots et les sonorités ; il s’amuse, on jubile et les pages défilent.

Bien entendu, il ne faudrait pas lire un polar comme celui-ci tous les jours. C’est comme le chocolat, si on en consomme trop, ça devient très vite écœurant mais à petites doses, bien choisi et avec le bon pourcentage de cacao hum…un régal. Pour cet opus, c’est le même principe, le dosage d’humour et d’événements incongrus est bien ciblé pour le plus grand plaisir du lecteur…..


NB : une mention particulière à la couverture que j’apprécie beaucoup.

*page 69 du livre

"la ligne de tir" de Thierry Brun



La ligne de tir
Auteur: Thierry Brun
Éditions: Le Passage (24 Mai 2012)
ISBN: 9 782847 421934
240 pages

Quatrième de couverture

Le commissaire Fratier est sur le point d’être mis en examen. Depuis longtemps, il est lié à la pègre dans sa ville de Nancy et le témoignage de Loriane Ornec, qu’il a corrompue quand elle était dans son service, pourrait l’envoyer en prison. Il décide de la tuer et contraint Alice Résilia, une ancienne terroriste de la mouvance gauchiste instrumentalisée par le pouvoir, à exécuter cette tâche.


Mon avis

Un prologue, en 2002, à Paris, un attenta raté. Raté complètement, une catastrophe avec des « dommages » graves, très graves…Raté ? La faute à qui, la faute à quoi ? La faute a pas de chance, au destin, au concours de circonstances qu’on ne maîtrise pas…
Ensuite, le premier chapitre : un homme chez un spécialiste. Ce dernier lui annonce qu’il est atteint de dégénérescence maculaire et qu’il va perdre la vue assez rapidement, un traitement ralentira peu l’évolution inéluctable. On ne sait rien de cet homme sauf ses nom et prénom. On le découvrira par la suite.
Chapitres suivants, une femme, on comprendra vite qu’elle n’a pas toujours été du bon côté de la barrière, passant d’un statut de fliquette bien propre à une femme pas très nette, fréquentant des gens encore moins nets qu’elle….
Les deux autres personnages marquants de ce roman sont le commissaire Fratier et Shadi Atassi.
Fratier, c’est le boss, le chef, celui qui sait tout, qui a toujours raison et qui ne fait pas de sentiments (sauf s’il le décide alors il donnera tout), toujours sur la brèche et menacé par une mise en examen.….
Atassi, un syrien, c’est le chef de gang de Nancy (mais cela aurait pu être une autre ville).
Le point commun entre ces deux hommes, c’est leur haine envers un troisième qui est un tueur implacable.
D’autres hommes et femmes apparaîtront mais leur caractère sera moins marqué.
Ce roman est le récit de ces hommes et ces femmes qui se poursuivent et pas un ne domine l’autre, même si chaque lecteur peut s’attacher différemment à un être découvert dans les pages plus qu’à son voisin de papier.
Chasseurs et chassés se croisent et s’entrecroisent, se pourchassent …les traqués de viennent traqueurs et vice versa. Pourquoi ? Passé et présent se mêlent et les explications apparaissent petit à petit…

Le rythme est fou, rapide, les chapitres courts, les dialogues ciblés, les phrases construites sans fioriture inutile, on dirait le scénario d’un film tant c’est visuel et rapide, les images défilent, on passe d’un lieu à l’autre: Nancy, Paris, la campagne ou la montagne reculées…
Les faits s’enchaînent à une allure expéditive, on va d’un individu au suivant sans faire de pause et on ne suit pas de façon linéaire chaque protagoniste bien que tout soit lié ou relié. On a l’impression de manquer de souffle, d’être pris dans un engrenage où rien n’arrête personne hormis la mort …. Et lorsqu’elle est là, elle est violente, provoquant des dommages collatéraux…
L’écriture est « masculine », les phrases « sèches » et courtes, le ton incisif, on n’a pas le temps de s’appesantir, de se poser des questions, la cadence effrénée nous emporte plus avant.

On peut sans doute regretter que tout cela semble un peu superficiel car on reste avec l’action des personnages. Thierry Brun, probablement par choix, ne creuse pas les milieux corrompus et leurs rouages ne va pas chercher très loin dans les pensées des hommes et des femmes.
Il y aurait peut-être eu matière à faire autre chose….

Néanmoins, l’auteur maîtrise parfaitement l’art du suspense et l’art de jeter le trouble dans l’esprit du lecteur. Tout cela est admirablement bien ficelé et on passe un bon moment.

"Chaman" de Maxence Fermine


Chaman
Auteur : Maxence Fermine
Éditions : Michel Lafon (12 Octobre 2017)
ISBN : 978-2749932545
131 pages


Quatrième de couverture

Le jour où Richard Adam comprit qu’il n’avait qu’une vie, il n’avait jamais été si proche du ciel. Et pour cause. Il se tenait en équilibre sur une poutrelle d’acier, à près de soixante mètres de hauteur. Parvenu au bout de son perchoir, il s’arrêta, retint son souffle, et contempla une dernière fois le paysage qui s’offrait à lui, telle une flaque d’or blanc. Il pensa que la vue était sublime, et la vie, terriblement fragile. Un souffle de vent, un faux pas, et il disparaîtrait à jamais. Il s’envolerait tel un oiseau dans les nuées. Il n’avait jamais été vraiment sujet au vertige. Jusqu’à aujourd’hui.

Mon avis

Coup de cœur !

Un livre comme je les aime, portée par une écriture infiniment délicate, tendre et poétique. Des phrases au ton juste qui vous émeuvent au plus profond et un récit initiatique avec une réelle réflexion sur ce qui fait et jalonne notre route.

Richard Adam a une quarantaine d’années, indien par sa mère, blanc par son père, il vit et travaille en ville. Sa génitrice meurt et elle avait demandé que ses cendres soient dispersées sur la terre de ses ancêtres.   Richard se décide, un aller retour là bas sera bien vite fait et il aura la conscience tranquille en ayant accédé aux désirs de sa maman.  Il pose quelques jours de congés et part avec l’intention de rentrer assez vite.

Mais, ce serait sans compter sur les rencontres, celles d’un jour, d’un séjour, d’une vie …. Les rencontres, c’est le sel d’une vie, ce qui vous porte vers l’autre, vous fait remettre en question vos certitudes, vous oblige à voir plus loin que votre quotidien, à vous bouger….
Richard est un homme simple (au sens noble du terme) qui aime et s’étonne de ce qu’il vit chaque jour.
« L’étonnement toujours renouvelé du spectacle qu’offrent le ciel et ses myriades d’étoiles illuminant la nuit comme de minuscules flambeaux perdus dans l’immensité. »
Et pourtant pour une promesse, il part vers les indiens qu’il connaît peu ou de loin. Il écoute de la musique et on le suit dans sa voiture, imaginant ses yeux surpris et son visage étonné en arrivant dans la réserve…  Il voit ces hommes et ces femmes  qui vivaient en harmonie, en lien avec la nature et dont  la ruée vers l’or a bouleversé les codes, les habitudes .  Ils se sont retrouvés « parqués », « surveillés »… Cet état de faits est décrit avec droiture, précision, à mots couverts … On sent la souffrance sous l’apparente tranquillité ….

Dans ce magnifique roman, chaque chapitre a pour titre un mot que l’on retrouvera dans les pages qui suivront et chacun a une phrase en exergue, une citation choisie avec intelligence. 
« La moindre pierre avait une valeur à mes yeux, chaque arbre qui poussait était un objet de respect. Maintenant, je m’incline avec l’homme blanc devant un paysage peint dont on estime la valeur en dollars. »

Cheminer aux côtés de Richard, l’accompagner dans sa découverte d’une partie de ses racines, le voir faire des choix, suivre ses pensées, marcher dans ses pas….. tout cela a été un réel enchantement pour moi. L’atmosphère m’enveloppait d’un doux manteau indien décoré avec soin, je sentais presque la présence des personnages …. Richard Adam est un « demi indien, demi-blanc », où se trouve sa place ? Qui voudra de lui, où sera-t-il heureux ? Jusqu’au décès de sa mère, il ne s’est pas posé de questions, mais elles vont venir en force vers lui …

Maxence Fermine est un écrivain français et je ne sais pas comment il choisit les thèmes qu’il évoque. « Neige » m’avait captivée,  Chaman m’a bouleversée ….

"Petite anthologie sportive & autres plaisirs littéraires : d'Honoré de Balzac à Émile Zola" de Nicolas Grenier


Petite anthologie sportive & autres plaisirs littéraires : d'Honoré de Balzac à Émile Zola
Auteur : Nicolas Grenier
Éditions : du Volcan (14 Novembre 2019)
ISBN : 978-2954683348
142 pages

Quatrième de couverture

Des auteurs classiques, d'Honoré de Balzac à Emile Zola, sont réunis dans cette Petite anthologie sportive & autres plaisirs littéraires. Parmi les écrivains, citons Victor Hugo, Gustave Flaubert, Jules Verne, ou encore Alexandre Dumas, Guy de Maupassant, Alphonse Daudet, et au XXe siècle, Anatole France, Marcel Proust et Pierre de Coubertin. Au programme de ce "match littéraire" : alpinisme, auto- mobile, aviron, boxe anglaise, cyclisme, escrime, football, golf, gymnastique, hippisme, jiu-jitsu, lutte gréco-romaine, natation, patinage, ping-pong, plongée sous-marine, rugby, savate, tennis, tir à l'arc. Une occasion de redécouvrir ces champions de la littérature française, sur le terrain sportif !

Mon avis

Dans cette anthologie, Nicolas Grenier a réuni vingt textes qui parlent de sport. Ils sont introduits par la première lettre de la discipline évoquée : « A comme automobile » par exemple. De plus, chaque extrait est précédé d’un commentaire. L’auteur replace le passage cité dans le contexte d’une époque, d’un livre, d’un écrivain. C’est fait d’une façon très intelligente et très subtile. Lorsqu’on lit, dans les pages suivantes, le « morceau choisi », on ne l’appréhende pas de la même façon. On le découvre d’une autre manière, on le « savoure » différemment car l’introduction de Nicolas Grenier nous a, en quelque sorte, mis l’eau à la bouche.

Je ne sais pas comment Nicolas Grenier s’est organisé pour sélectionner ces récits sportifs.  Qu’est-ce qui a motivé ses choix ? Est-ce qu’il avait déjà tout en mémoire et il a fait des recherches pour les retrouver ? Ce qui est sûr, c’est que l’éventail offert est excellent tant dans la variété d’approche du sport présenté, que dans l’écriture elle-même. Cela offre au lecteur un autre angle de lecture de « classiques ». On s’aperçoit que ces grands noms pouvaient faire preuve de dérision, d’humour, que leur culture était complète, qu’ils pouvaient parler de tout et que même, des années, voire des siècles plus tard, ils sont encore capables d’apporter de la nouveauté à ceux qui les ont lus et qui croyaient, à tort, tout connaître de leurs écrits (même si on a déjà feuilleté le livre d’où vient le texte, il y a de fortes chances pour qu’on ne s’en souvienne pas précisément et qu’on soit dans l’ignorance complète des détails qui le constituent).

Cette lecture a été pour moi une parenthèse enchantée, une gourmandise à déguster et à relire….pour encore mieux savourer….
Une mention spéciale à G comme ….. GYMNASTIQUE 😉

"L'art du meurtre" de Chrystel Duchamp


L’art du meurtre
Auteur : Chrystel Duchamp
Éditions : L’Archipel (16 Janvier 2020)
ISBN : 9782809827941
272 pages

Quatrième de couverture

Le corps de Franck Tardy, avocat à la retraite, est retrouvé dans son luxueux appartement du XVIe arrondissement. Il a été torturé, mutilé, puis assis à une table dressée pour un banquet. Un crime de toute beauté ! Dépêchée sur place, l’équipe de la PJ découvre que l’homme – un collectionneur – fréquentait les clubs sadomasochistes de la capitale. Et que, malgré sa fortune, il était à court de liquidités.

Mon avis

Au nom de l’art….

En matière d’art, on voit parfois des choses qui désarçonnent et Chrystel Duchamp est très bien documentée sur le sujet. Elle évoque notamment Orlan, une artiste plasticienne originaire de ma ville (donc j’ai forcément entendu parler d’elle) qui a fait de son corps une œuvre d’art à travers ce qu’on appelle « l’art corporel ». On adhère ou pas mais ce qui est certain, c’est qu’elle est connue et que sa réputation a dépassé nos frontières….
Pourquoi cette introduction ? Il était important pour moi de placer ce que l’on peut assimiler à une parenthèse en début de chronique car l’art domine dans ce roman. Et n’allez pas croire que : « Et peu importe l’intrigue ! » Non : art, meurtres et enquêtes sont étroitement liés dans un ballet mené de main de maître par cette jeune auteur (e ). Toutes les références qu’elle cite sont de qualité et apportent un éclairage supplémentaire sur le travail de recherches de l’équipe de policiers.

Mais venons-en aux faits. Franck Tardy, un avocat à la retraite, est retrouvé assassiné à son domicile. L’acte en lui-même est grave mais la mise en scène de cette mort est pour le moins déroutante, effrayante. Il a été torturé et le décor installé laisse à penser que celui ou celle qui a commis cet acte ignoble a un esprit pervers, voire torturé et complètement malsain, assorti d’un goût artistique surprenant et douteux.  Audrey, jeune enquêtrice, est dépêchée sur place avec sa cheffe, Patricia dite Pat. Cette dernière lui sert de mentor, de mère car Audrey a une fâcheuse tendance à se laisser aller, à dériver sans modération depuis qu’elle a été trahie par l’homme qu’elle aimait. Alors, lorsque c’est nécessaire, Pat la secoue, la remet sur les rails, l’entoure, l’écoute. Les voilà avec l’équipe, sur les lieux du crime. Le but est de comprendre, récolter des indices, faire des liens comme pour toutes les investigations… Mais Audrey, avant de choisir la police, faisait des études à l’école du Louvre et incontestablement cette passion est restée présente en elle. Alors, dans le grand appartement de l’homme décédé, inconsciemment, tout ce qui est en lien avec la peinture lui saute aux yeux et avec tout ce qu’elle découvre sur les murs, il y en a pour une fortune ! Pourtant, il semblerait que l’avocat avait acquis une dernière toile et était en dette auprès du fournisseur. Tout ceci paraît bien bizarre et les membres de la PJ (police judiciaire) ne sont pas au bout de leurs peines, d’autant plus que Tardy fréquentait un club privé SM et n’avait pas toujours bonne réputation quant à ses penchants extrêmes. Est-ce que des femmes, qu’il avait humiliées, se sont rebellées ?
Peu de temps après un autre amateur d’art est également tué, la piste d’un tueur en série commence à s’imposer…. Mais est-ce aussi simple que cela ? Il faudra toute la sagacité des enquêteurs pour cerner l’affaire et encore….

Je n’ai pas lâché ce roman, une fois commencé et je me dis que si certains textes sont accompagnés d’une play list, celui-ci pourrait l’être par un press book avec des photos des nombreuses œuvres citées au fil des pages. Les chapitres sont courts (et les titres en rapport avec des tableaux sont bien choisis), maintenant un rythme soutenu, complété par une écriture incisive, fluide avec des phrases précises. Pour son premier titre dans la catégorie suspense, Chrystel Faure a mis la barre très haut. Le choix du thème général est une force supplémentaire pour son récit et les nombreuses connaissances qu’elle partage sont toutes en écho à l’histoire, intégrées à la perfection (et ça, chapeau !) Le récit m’a captivée. L’air de rien, de nombreux sujets sont abordés et pas des moindres. Entre les relations néfastes, le travail qui prend trop de place, la complexité des rapports humains, il y a aussi une interrogation qui domine tout : peut-on tout tolérer, tout autoriser au nom de l’art ? Les réponses sont nombreuses et variées et de temps à autre déstabilisantes comme vous le verrez si vous lisez ce livre dont le final est bluffant ….

"Blessures invisibles" d'Isabelle Villain


Blessures invisibles
Auteur : Isabelle Villain
Éditions : Taurnada (9 Janvier 2020)
ISBN : 978-2372580649
260 pages

Quatrième de couverture

Le major Maraval est retrouvé mort à son domicile, une balle dans la tête, son arme à la main. La thèse du suicide est pourtant très vite abandonnée par le groupe du commandant Rebecca de Lost, et les pistes militaires et familiales se multiplient. Dans le même temps, le "tueur au marteau", demeuré silencieux depuis l'enterrement du capitaine Atlan, décide de reprendre du service. Deux enquêtes sous haute tension.

Mon avis

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé le commandant Rebecca de Lost. Je l’avais laissée, pas très en forme, à la fin du récit précédent d’Isabelle Villain et la revoir sur le terrain est une bonne chose. Même si les souffrances ne sont ni effacées, ni réglées, elle n’a rien perdu de son opiniâtreté, de son énergie, de sa volonté de résoudre les enquêtes qui lui sont confiées. Le tueur au marteau court toujours et se remet à sévir alors qu’il y avait eu une très longue pause, bizarre. Elle doit, elle veut le coincer. Mais elle n’a pas que ça à résoudre. Un militaire a été retrouvé mort à son domicile. Il semble qu’il s’agit d’un suicide car il souffrait de SPT (stress post-traumatique), ce mal-être profond des soldats lorsqu’il revienne dans une vie plus calme, plus dans la norme. Pourtant certaines choses laissent à penser que c’est peut-être une mise en scène. Alors que s’est-il réellement passé ?

Rebecca et son équipe vont être confrontés à ces deux affaires. Rien d’évident d’autant plus qu’elle ne sait plus très bien où elle en est au niveau personnel et amoureux (alors forcément, ça la perturbe) et qu’un de ses collègues semble bien proche de l’épouse de l’homme trouvé mort….  Tout cela ne simplifie pas les relations et le quotidien. Mais de ce fait, le commandant de Lost et ses adjoints sont terriblement humains et c’est un plus pour le lecteur qui découvre des individus qui lui ressemblent et auxquels il peut s’identifier. Rebecca a un passé lourd, des choses à régler avec elle-même et avec les autres. De temps à autre, sa vie lui semble lourde à porter et malgré tout, elle essaie d’aller de l’avant. La connaître, d’une façon plus approfondie au fil des recueils, la rend attachante. Mener de front ces deux enquêtes va lui demander de rester concentrée, de ne laisser passer aucun indice mais sa volonté la rend forte.

Dans ce roman, Isabelle Villain a beaucoup creusé l’aspect psychologique des protagonistes. Elle est allée loin dans la noirceur de l’âme humaine. Elle a mis en scène des personnes retorses, dangereuses, manipulatrices, perverses. Elle a su construire leur portrait par petites touches pour qu’on les découvre lentement et qu’on les cerne plus précisément au fil de pages ….. C’est captivant et l’attention est maintenue en permanence. J’ai trouvé également intéressant que l’auteur aborde le SPT. Cela reste un sujet difficile même si on en parle plus qu’avant. La grande « muette » refuse parfois de l’évoquer (comme expliqué dans ce recueil), dommage…. Le SPT est une souffrance pour la personne concernée et pour son entourage, il faut en être conscient. Cet état entraîne d’importants troubles relationnels. Et c’est tellement difficile d’en discuter, de le reconnaître bien qu’il existe des groupes de paroles …. D’autres thèmes sont présentés dans ce livre et l’ensemble reste homogène et bien dosé, rien n’est flou.

L'écriture, de qualité, est fluide et addictive, le rythme excellent, le cheminement vers la découverte finale pour le meurtrier au marteau bien amené (et totalement bluffant) maintenant le lecteur sous tension, la peur au ventre. Le suspense ne faiblit pas et l’histoire se lit d’une traite. J’ai énormément apprécié ma lecture, ne voyant pas le temps passer. Et j’espère retrouver Rebecca et l’auteur (qui se bonifie au fil des titres) très rapidement.

"Chien de guerre" de Jérémy Bouquin


Chien de guerre
Auteur : Jérémy Bouquin
Éditions : du Caïman (14 Janvier 2020)
ISBN : 978-2919066797
234 pages

Quatrième de couverture

De retour d'Afghanistan, viré de l'armée, Franck se retrouve chez sa mère avec sa copine et son fils nouveau-né. Cet ancien bidasse va devoir réapprendre à vivre parmi les siens, dans son quartier pourri, hanté par le traumatisme de la guerre. D'insomnies en désillusions, les virées enragées avec d'anciennes fréquentations ne vont que précipiter sa chute. Mais sera-t-il le seul à tomber ?

Mon avis

Chien de guerre …. Chienne de vie ?

Comme le montre la photo de la couverture «il » a connu la guerre. Pas celle des anciens, non, lui c’est celle de maintenant, en Afghanistan. Il est revenu parfois, en permission, et avec sa copine, ils ont eu un petit. Il ne le connaît pas vraiment ce môme mais c’est le sien alors…. 
L’armée ça vous forge un homme à ce qu’on dit, oui… mais parfois ça les détruit et ça on l’oublie. Pas forcément une destruction physique, et du coup, c’est bien pire. C’est comme un mal inexplicable qui ronge de l’intérieur, qui transforme celui que vous êtes en bête ou en autre chose…  Et lorsque vous revenez de « là-bas » personne ne vous reconnaît et vous, vous ne reconnaissez personne. Engagez-vous qu’ils disaient ? L’armée est une grande famille…. Oui mais….

Franck est revenu au pays, avec son barda de soldat sur l’épaule, le revoilà en France. Pas vraiment comme un héros, mais plutôt perdu, paumé. Comme les fins de mois sont difficiles, sa compagne vit chez sa mère à lui avec le bébé. Dès le début de ce récit, on voit qu’il a du mal à trouver sa place, que le traumatisme de ce qu’il a vu, vécu, le hante. Il n’a pas été accompagné dans ce retour à une vie dans la norme loin des combats, du bruit des bombes et des pistolets mitrailleurs…. L’effet de l’adrénaline est retombé, l’activité à outrance aussi. Comment se reconstruire ? Franck tourne en rond et va finir par faire une rencontre, une vieille connaissance….  Va-t-il s’en sortir ou tomber plus bas ?

Ce récit brut, noir, cerne les limites de la désespérance. L’auteur pointe du doigt le mal-être de Franck, les difficultés à se réintégrer dans son couple, dans sa famille où il n’a plus de repères. Quant à un boulot, n’en parlons pas …. Tout semble lourd à cet homme. Il a l’impression que plus rien ne lui appartient. Son quotidien était tellement différent, comment exister, se positionner ?

J’ai trouvé ce roman très fort, dur, mais réaliste. Bien sûr, toutes les situations ne se ressemblent pas mais on oublie de temps à autre Le SPT (stress post-traumatique) même si on en parle plus qu’avant. Jérémy Bouquin montre bien que c’est une souffrance pour la personne concernée mais également pour toutes celles qu’elle côtoie. Une pathologie de la mémoire qui entraîne d’importants troubles relationnels. Et c’est tellement difficile d’en parler, de le reconnaître …. Franck est hanté par son passé de militaire qui lui revient par flashs et il sait bien qu’il doit trouver une activité professionnelle ….alors quand on lui propose de l’argent gagné facilement, c’est tellement plus simple que de se battre contre les lenteurs administratives….

L’écriture et le style de l’auteur sont francs, très parlants avec des dialogues et des pensées qui font mouche. Jérémy Bouquin va au fond d’un quotidien sombre, délicat à gérer, angoissant, sans tomber dans l’excès. Son propos est parfaitement dosé et ce recueil est un très bon roman noir.





"Au nom du fric" de Pascal Thiriet


Au nom du fric
Auteur : Pascal Thiriet
Éditions : Jigal (18Mai 2015)
ISBN : 979-10-92016-37-6
240 pages

Quatrième de couverture

Hercule du Tylleux a un gros problème… Il est riche, très riche ! Banque, pétrole, immobilier, finance et CAC 40, son terrain de jeu est immense ! Pour ne rien arranger, il a une femme fantasque et encombrante mais troisième fortune de France, deux héritiers un peu compliqués et probablement plusieurs maîtresses… Quand il décide de léguer sa fortune au plus méritant de ses fils, l’ambiance va brutalement s’alourdir. D’autant que Blasphème, son bras droit, aussi dangereuse qu’une tarentule, et Sun Tzi, un génie de l’informatique, décident de s’allier pour faire vaciller l’empire… La tragédie se met en place, la poudre va parler… Les milliards vont voler !

Mon avis

« Battle of the sons »

Bienvenue chez les Du Tylleux, richissime famille de banquiers. Enfin, c’est surtout Madame qui est une grosse fortune mais Monsieur l’a épousée et ils ont fait « pot commun », même si les parts de l’une …. Mais bon, ça, on ne l’étale pas sur la place publique…. D’ailleurs, Madame est nécessaire à la vitrine de Monsieur, comme il pourrait le faire avec un bel étalon.
« Même admiration d’amateur et même orgueil de propriétaire. »

Monsieur et Madame ont deux fils mais Monsieur lance un défi : du fric, du temps, et au bout du compte on fait …..  les comptes …  pour n’avoir qu’un seul héritier (avec une préférence pour celui qui ressemble à son père : ambitieux, machiavélique, fourbe….)

Beaucoup pensent que c’est couru d’avance tant la supériorité d’un des rejetons  est éclatante, du moins sur le papier. Mais c’est comme en Coupe de France, dans le monde du football blalbla, on a parfois des petits outsiders qui surprennent, et qui bouleversent l’équilibre que l’on croyait bien établi … C’est bien entendu cela qui met de l’ambiance dans le sport et également dans le livre. On se croirait presque sur un ring : un point pour lui, un point pour l’autre, tiens il a sorti un atout de sa manche et il va peut-être l’utiliser mais quand et contre qui ?

J’ai beaucoup apprécié cette mise en scène, enchaînant des situations qui semblent tout à fait dans la norme de cette famille très « classique »…. Et puis comme autant d’éclairs dans un monde lisse, des personnages ou des faits qui font arrondir la bouche sur un « oh »… un peu stupéfait, un peu gêné (oh si quelqu’un lisait par-dessus mon épaule…) Oh, il (l’auteur) ose, il se lâche, il ouvre les vannes et oh…je peux l’écrire ? Avec des choses qui pourraient être horribles, il me fait sourire….

On pourrait presque penser à la fable «  Le laboureur et ses enfants »…. Mais la morale … la morale…. Et bien les protagonistes ne connaissent sans doute pas ce mot, morale ? moralité ? Euh, c’est quoi ça ? Il sont pour certains, pourris jusqu’à la moelle. Du coup, le suspense et les rebondissements sont bien présents….  Les seconds rôles ont de quoi faire et de quoi dire, ils ne sont pas là pour compléter la galerie mais bien pour apporter quelque chose, parfois d’essentiel à cet opus. Une mention particulière à Greit et Sun Tzi ….

L’écriture de Pascal Thiriet est riante, vive, dotée d’un humour qui fleure bon le cynisme utilisé à bon escient :
« C’étaient des bâtards exotiques au milieu d’une meute à pedigree. »
« Le silence se prolonge autour de la table, un silence de forêt vosgienne en décembre. »
L’auteur a son franc parler et n’hésite pas à mettre en place la corruption, le vol, la violence, la triche…. Bienvenue dans le monde du fric qui ne sent pas bon….  Il n’hésite pas à bousculer la hiérarchie, les choses établies, le « quand dira-t -on » ne lui fait pas peur, il secoue le « politiquement correct » et égratigne clairement le monde la finance. On a la nette impression qu’il sait de quoi il parle parce que ce qu’il décrit (les échanges, les marchés, les magouilles, les transactions…) sonne très vrai, trop parfois …. Au point de faire froid dans le dos…..

C’est un roman qui m’a bien plu tant par le style, délicieux mélange d’humour effronté et de bienséance dans une famille à particule… que par les individus  présentés qui ont tous un petit côté amoral qui étonne,  qui fait sourire comme autant de pieds de nez à une société trop bien pensante….

"Pour services rendus" de Iain Levison (Version of Events)


Pour services rendus (Version of Events)
Auteur : Iain Levison
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fanchita Gonzales Batlle
Éditions : Liana Levi (9 Janvier 2020)
ISBN : 979-1034902217
240 pages

Quatrième de couverture

En 1969, ils étaient au Vietnam, embourbés dans la jungle et dans une guerre de plus en plus absurde. Fremantle, sergent aguerri, Drake, jeune recrue pas très douée. En 2016, ces deux-là se retrouvent. L'ancien sergent dirige le commissariat d'une petite ville du Michigan, et le soldat malhabile est un sénateur en campagne pour sa réélection. Ce dernier a raconté ses faits d'armes au Vietnam, version Disney Channel, pour s'attirer un électorat de vétérans, et il recourt à son ancien chef pour les corroborer. Ce ne sera qu'une, une interview télévisée, dans laquelle Fremantle ne devra pas vraiment mentir, non, il devra juste omettre de dire toute la vérité….

Mon avis

« Si jamais vous avez besoin de quelque chose… »

« Si jamais vous avez besoin de quelque chose… » Lorsqu’il a prononcé cette phrase, au Vietnam, en 1969, le sergent Fremantle n’a pas pensé un seul instant qu’elle lui reviendrait en pleine figure, à la façon d’un boomerang, quarante-sept ans plus tard, en 2016. Lui qui a été un sergent entraîné, meneur d’hommes, capable de faire face, est maintenant responsable d’un commissariat dans une petite ville du Michigan. Une vie monotone, sans éclats, une femme et une fille, des collègues …. En Octobre 2016, deux hommes venus du Nouveau Mexique lui rendent visite…La photo d’un militaire à la main, il lui demande s’il reconnaît Wilson Drake… Pour lui, il s’agit de Billy, une jeune recrue pas dégourdie qu’il a eu sous ses ordres il y a longtemps… si longtemps qu’il avait presque oublié ce pan de sa vie…..

Wilson ou Billy se présente à un poste de sénateur et a raconté ses états de service au Vietnam afin de gagner quelques voix auprès des vétérans… sauf qu’il a agrémenté un peu les événements pour qu’ils rentrent dans le décorum. Tout cela pour faire bon effet… Malheureusement pour lui et sa campagne électorale, ses erreurs ont été pointées et il faut rectifier le tir. D’où l’idée de demander à Fremantle de corroborer ses dires.  C’est simple, ce sera en échange de quelques jours de vacances et d’une éventuelle rallonge budgétaire pour son équipe de policiers et ses projets professionnels. D’ailleurs, on ne lui demande pas grand-chose, simplement une petite interview télévisée, histoire de remettre les pendules à l’heure….

Que faire ? Se laisser tenter ? Dire non ? A-t-il seulement le temps de réfléchir ce brave homme ? Les adjoints du sénateur lui précisent que l’avion est retenu, que la maison est prête pour les accueillir lui et son épouse… Alors quelques jours de congés ne se refusent pas… et il part sans avoir la possibilité de réfléchir et sans se douter une seconde de tout ce que cela va entraîner….

Dans cet excellent roman, Iain Levison nous rappelle combien certains hommes sont prêts à tout pour accéder au pouvoir. Il démontre également le rôle des médias qui peuvent manipuler, transformer l’approche d’un même fait en ne montrant que des extraits bien choisis par exemple. Ce qu’il présente est tout à fait crédible et terriblement d’actualité aussi…. Rien n’a changé…. L’auteur croque la société américaine à la perfection. Son écriture est fluide (merci à la traductrice) et il y a régulièrement des piques humoristiques qui égaient le propos, il peut même être un tantinet cynique.
« Pour Fremantle, les civils sont comme des oisillons. Il leur faut une nourriture prédigérée. Il a appris que c’est la meilleure façon de leur parler de la guerre., parce que si vous vous mettez à leur dire toute la vérité, ils vous traiteront de menteur. »
Certains « s’arrangent » avec la vérité, parce que ça fait mieux, autant pour celui qui parle que pour celui qui écoute… Vérité, mensonge, parfois la frontière est bien mince et chacun peut interpréter une même action de façon différente…. Iain Levison souligne que les hommes peuvent être faibles, qu’ils ont leurs travers et que rien n’est vraiment acquis…

J’ai trouvé cette lecture subtile et très juste. Le récit est mesuré, jamais exagéré. Tout est dosé avec intelligence tant dans le contenu que dans la forme. C’est un auteur que je vais suivre de près et dont le texte bien qu’évoquant la politique est très abordable.




"Instinct" de James Patterson & Howard Roughan (Murder Games)


Instinct (Murder Games)
Auteurs : James Patterson & Howard Roughan
Traduit de l’américain par Philippine Voltarino
Éditions : L’Archipel (9 Janvier 2020)
ISBN : 978-2809828108
352 pages

Quatrième de couverture

Le professeur Dylan Reinhart est l’auteur d’un ouvrage de référence sur les « comportements déviants ». Lorsque Elizabeth Needham, du NYPD, en reçoit un exemplaire accompagné d’une carte à jouer tachée de sang, tout porte à croire qu’un tueur s’intéresse à l’éminent docteur en psychologie…

Mon avis

Attention, c’est un livre qui entraîne le lecteur et il vaut mieux avoir un peu de temps pour le lire ! En effet, l’écriture de l’auteur (James Patterson est écrit en plus gros sur la couverture, on va considérer qu’il est l’auteur principal ;-)  est fluide, accrocheuse, vive, et le lecteur est très vite scotché au récit. La traduction est excellente. Les chapitres sont courts (seulement quelques pages), plein de rebondissements.

Dylan Reinhart est professeur de faculté, il a également écrit un ouvrage très fouillé sur les comportements de ceux qui agissent en marge de la société, le plus souvent pour semer le mal. Elizabeth Needham, inspecteur de police à New-York, le contacte car un chroniqueur du New-York Gazette a reçu son livre dans lequel était glissée une carte à jouer en guise de marque page. Elle est tachée de sang et correspond à un meurtre récent avec un groupe sanguin très rare.  Quel rapport entre le livre, les cartes et l’assassinat ? La policière espère l’aide de l’éminent universitaire pour comprendre le fonctionnement du tueur et peut-être anticiper d’autres décès. Rien ne va être facile, les cartes sont semées tels les cailloux du petit poucet. Il leur faudra raisonner avec beaucoup de justesse pour avancer pas à pas et essayer de sauver ce qui peut l’être…..

Ce qui m’a le plus intéressée dans ce recueil, c’est la méthode qu’utilise Dylan pour « pénétrer » dans la tête du « Dealer » (nom donné à l’assassin). Il met tout en œuvre pour cerner ses pensées, ses idées, déchiffrer ses raisons d’agir de telle ou telle façon. C’est un jeu de chat et de souris, un jeu de qui perd gagne, car finalement, contrairement à ce que certains pourraient penser, rien n’est laissé au hasard ni pour l’un, ni pour l’autre. C’est astucieusement mis en place dans le roman, pas comme un puzzle, plutôt comme un immense échiquier où chacun déplace une ou deux pièces, attend la réaction de l’autre pour intervenir, rebondir, et agir. Aucun des protagonistes (que ce soit du côté de l’enquête ou du côté de la « mort ») n’abandonne, n’abdique. Chacun veut être fort, chacun veut prouver qu’il n’est pas là pour s’en laisser conter, chacun veut le « respect » de l’autre…. On s’attache à Dylan, d’autant plus que son histoire personnelle n’est pas évidente, ni facile. Cela donne un côté très humain à son personnage. En toile de fond du récit, il y a également les relations politiques, notamment pour le maire, qui n’est pas toujours très clair dans ses agissements, ses choix, ses relations. Jusqu’où les hommes de pouvoir peuvent-ils aller pour maintenir leur emprise ? La corruption est-elle nécessaire pour qu’ils arrivent à leurs fins ? Même si la recherche concernant le Dealer est le sujet principal de ce roman, d’autres thèmes sont abordés. Cela complète l’intrigue et donne un « fond » à l’ensemble de la lecture, rendant tout cela moins superficiel. Bien sûr, on n’est pas dans un contexte où l’approche psychologique est très approfondie mais je ne pense pas que ce soit le but de l’écrivain. C’est malgré tout, assez complet.

Sans conteste, il souhaite nous captiver, nous offrir un excellent moment de lecture et c’est tout à fait réussi !












"Alerte rouge" de James Patterson & Marshall Karp (Red Alert)


Alerte rouge (Red Alert)
Auteur : James Patterson & Marshall Karp
Traduit de l’américain par Sebastian Danchin
Éditions : Archipel (9 Janvier 2020)
ISBN : 9782809827880
360 pages

Quatrième de couverture

La haute société new-yorkaise est réunie au Pierre, l’un des plus prestigieux hôtels de la ville, pour un gala de charité. Soudain, une explosion souffle la salle. Plusieurs blessés, une victime. Acte terroriste ou vengeance personnelle ? À quelques kilomètres de là, dans les entrailles d’un hôpital désaffecté de Roosevelt Island, est retrouvé le corps d’une célèbre réalisatrice de documentaires. Étranglée. Une séance SM qui aurait mal tourné ? Deux enquêtes cousues main pour Zach Jordan et sa partenaire Kylie MacDonald, du NYPD Red, l’unité d’élite chargée de la protection des célébrités.

Mon avis

New-York, époque contemporaine. Il est de bon aloi de se faire voir dans des galas dits « de charité ». Une fondation, « Aidons les nécessiteux » écrit en gros et un repas à très chère l’assiette. Oui, mais c’est pour la bonne cause et j’y suis, vous me voyez au moins ? pensent la plupart des convives…. Quatre hommes sont à l’origine de cette « bonne œuvre ». En accord avec Madame le Maire, ils ont déboursé un dollar symbolique pour un entrepôt désaffecté. En échange, ils se chargeaient de le réhabiliter en cent-vingt-cinq logements sociaux destinés aux sans-abris. Ils ont remué ciel et terre, trouvé des financements, de généreux donateurs et ce soir-là, tous fêtent « la première pierre. Deux employés du NYPD (unité d’élite policière chargée de la protection des célébrités) veillent au grain, même si servir de nounou ne les emballent guère…. En plein discours, c’est l’explosion, la panique….et la mort….

Etonnant, une seule personne est décédée, un des quatre fondateurs. Était-il réellement la cible ou cet attentat visait l’édile de la ville ? Les deux enquêteurs n’ont pas le temps de se poser beaucoup de questions. Voilà qu’on les envoie sur les lieux d’un drôle de drame. Dans un hôpital abandonné, une femme nue a été retrouvée assassinée. Certains éléments laissent à penser que ce serait une séance sado masochiste qui aurait mal tourné…. Pas de liens apparents entre les deux affaires. Les deux acolytes Zach et Kylie vont devoir être sur tous les fronts pour faire face et surtout protéger les trois autres membres du quatuor de bienfaiteurs…..

Aubrey, la jeune femme morte, était réalisatrice de documentaires. Malgré les dénégations de sa sœur, elle n’avait rien d’une femme rangée classique. Elle recherchait des sensations violentes et provoquait des situations à risques, se mettant en danger. Alors, est-ce un jeu qui a mal tourné ou un acte volontaire d’un de ses partenaires ? Sa personnalité était ambivalente, torturée, que cachait-elle ? Son psychiatre est prêt à aider la police, ce ne sera pas de trop. Tous les soutiens seront les bienvenus, même ceux de malfrats ou d’indicateurs pour l’affaire de la bombe ….

Sacré boulot pour les deux acolytes, pas facile du tout lorsqu’on sait que ces deux-là ont été amants et qu’ils passent de très nombreuses heures (autant le jour que la nuit) ensemble pour le travail….. Leurs conjoints respectifs doivent se montrer compréhensifs et accommodants et cet état de faits pimente un peu plus l’intrigue. Fonctionnant parfois à l’instinct, à d’autres moments en réfléchissant plus, ils forment un duo détonant, amusant également lorsqu’ils ne savent plus très bien la limite de leur relation. Chacun peut être le flic méchant ou le gentil la seconde suivante. Un regard, un geste et ils se comprennent, ce qui les rend redoutablement efficaces. Arriveront-ils à comprendre la mort d’Audrey, à empêcher d’autres mécènes d’être visés par un ou des tueurs dans l’ombre ? Et puis, d’abord, qu’ont-ils faits ces « bons » messieurs pour être sur la sellette comme ça ?

C’est sur un rythme vif, endiablé, avec une écriture fluide (merci au traducteur) que James Patterson et Marshall Karp nous entraînent dans les rues et quartiers de New-York, mais également en Thaïlande. De nombreux dialogues rendent le récit très vivant, accrocheur. L’histoire, très bien construite, est fascinante, les deux intrigues se croisent, les différents policiers doivent être fins limiers pour faire parler ceux qui se taisent et déjouer les coups tordus des autres.  James Patterson a l’art et la manière de construire des thrillers efficaces, captivants pour le lecteur et ce nouveau titre ne dément pas cette affirmation.

"Que tombe le silence" de Christophe Guillaumot


Que tombe le silence
Auteur : Christophe Guillaumot
Éditions : Liana Levi (9 Janvier 2020)
ISBN : 979-1034902163
305 pages

Quatrième de couverture
En cet été caniculaire, Renato Donatelli, dit le Kanak, s’ennuie à la section des courses et jeux. Lorsqu’il apprend que Six, son partenaire, serait impliqué dans l’exécution d’un baron de la drogue, il se lance dans une contre-enquête au grand dam de sa hiérarchie. Mais à fouiller le passé, on ressuscite de vieux démons que le gardien de la paix aurait aimé ne plus croiser. Comme une trainée de poudre, sa vie personnelle s’embrase alors que les coups montés et règlements de compte s’accumulent.

Mon avis

Un dernier silence …..

C’est le premier roman que je lis de Christophe Guillaumot et je sais déjà que je vais suivre ses écrits de près. Son écriture précise, concise, coup de poing vous met au cœur de la vie réelle, sans détour, ni faux semblant, cash et vous prenez les événements, les ressentis, en pleine face. Impossible d’y échapper. De plus les thèmes abordés le sont avec doigté, intelligence et réalisme. Avec lui, faire l’autruche c’est non. Il évoque les difficultés quotidiennes pour les jeunes en Nouvelle-Calédonie, dont certains obligés de faire la mule pour espérer des jours meilleurs afin de quitter ce pays. Ils sont cesse confrontés au chômage, à l’insécurité, aux problèmes de racisme, de culture… Il parle du mal-être des policiers et des relations « sur le fil » avec le Mirail dans la banlieue de Toulouse où se trouvent beaucoup de logements sociaux. Une cité où parfois la guerre des clans engendre l’incompréhension et la violence.

Dans ce livre, nous découvrons Renato Donatelli, dit le Kanak, un policier affecté à la section des courses et des jeux. Ce n’est pas ce qu’il préfère car lui, il aime le terrain, l’action, le mouvement mais on ne choisit pas toujours et il faut se plier aux décisions des supérieurs. Il est grand, des mains comme des battoirs qu’il n’hésite pas à utiliser. Il a tendance à agir comme il l’entend, parfois en marge du code de procédure….parce que l’administration a des lourdeurs un peu insupportables et que pour avancer il est nécessaire de se bouger. Lorsque son coéquipier est placé en garde à vue pour le meurtre d’un dealer, il sent le coup fourré, l’arnaque. Bien sûr, son collègue, dit Six, a sniffé de la blanche lorsqu’il déprimait, mais de là à tuer…. Ce qui est gênant, c’est qu’il y a quelques jours à peine, il a démissionné pour aller vivre aux Etats-Unis. Voulait-il fuir après avoir fait le ménage ? Quelle était la raison de ce grand départ ?

Ne voulant pas abandonner son ami, le Kanak va fouiner quitte à déranger, parce qu’il sait bien qu’il n’a pas le droit. Mais lui, il veut un peu d’humanité, de savoir être, de savoir vivre. On ne peut pas, on ne doit pas oublier tout ce que Six a fait de bien avant de juger et de condamner sans essayer de comprendre … Mais certains (certaine … les femmes ne sont pas toutes dans l’empathie) ne pensent qu’à appliquer le système sans discuter, et sans envisager de le changer….
J’ai énormément apprécié ce roman malgré son côté noir. Je l’ai trouvé empli de désespérance mais également de poésie. « Un jour, je ferai un souhait en regardant une étoile, Je me réveillerai là où les nuages sont loin derrière moi…. » Je crois que c’est le subtil équilibre entre ces deux émotions qui donne toute sa force à ce récit. C’est sombre, les hommes sont cassés, épuisés, leur vie est brisée mais il suffit d’une main tendue, d’une viennoiserie, d’un geste et vous vous prenez à croire à nouveau en l’homme avant, quelques fois, de retomber….. Chacun des protagonistes a des failles, une part d’ombre, nous apprenons à les connaître petit à petit et ils deviennent de plus en plus attachants pour ceux qui sont « aimables » (que l’on peut aimer)….

L’auteur est commandant de police, il connaît le quotidien des forces de l’ordre. Il sait de quoi il parle lorsque ses personnages s’expriment, se livrent, et même lorsqu’ils se taisent…. surtout lorsqu’ils se taisent et demandent le silence (Monsieur Guillaumot, vous m’avez fait pleurer sur ce coup-là…)




"Aux armes" de Boris Marme


Aux armes
Auteur : Boris Marme
Éditions : Liana Levi (9 Janvier 2020)
ISBN : 9791034902118
270 pages

Quatrième de couverture

Dans les couloirs d’un établissement scolaire américain, des bruits semblables à des tirs d’arme à feu résonnent subitement. Alerté, l’officier responsable de la surveillance, Wayne Chambers, accourt sur les lieux, mais demeure figé à proximité du bâtiment. Tétanisé, il hésite à en franchir le seuil. Quand la fusillade prend fin, il n’est pas entré dans les classes où sont étendus les corps de quatorze jeunes élèves, mais déjà réseaux sociaux et chaînes d’info s’emballent : la machine médiatique affûte ses armes.

Mon avis

Coupable ou non-coupable ?

Boris Marme est français mais il situe l’action de son roman aux Etats-Unis. Sans doute, parce que tout enfle plus vite dans ce pays de la démesure…. Avec une écriture choc, des phrases courtes, parfois sans verbe, il nous fait rentrer au cœur de l’action dès les premières pages.

Wayne Chambers est un officier de police affecté à la surveillance d’un grand établissement scolaire américain. Dans ce lycée, il lui arrive d’être appelé dans le bureau du directeur pour faire la « leçon » à des jeunes ayant fait une bêtise. Il s’acquitte de son rôle, prend sa grosse voix et les renvoie dans le droit chemin. Son quotidien est assez tranquille jusqu’au jour où…..

Nicholas, son collègue l’appelle. Des bruits de pétards viennent d’éclater dans un des bâtiments. Pétards ou tirs ? Et si c’était une fusillade ? L’alarme résonne, ne cesse pas, on entend des coups de feu ou du moins ça y ressemble fort, il faut lancer le « Code Red »….. Le code rouge d’habitude, c’est pour de faux, pour s’entraîner. Le genre d’exercices qui fait sourire les lycéens… Mais là, Wayne doit l’annoncer, le mettre en place. Il court, il dit à Nicholas de ne pas bouger, qu’il va aller voir ce qu’il se passe, il se précipite vers le bâtiment, près à rentrer et là …..

Plus rien, un blanc, le vide………… Un homme immobile, l’arme à la main, un officier inutile ? Il ne sait plus, le bruit est trop fort, le choc le paralyse…et il reste à l’extérieur, en dehors du drame qui s’est joué dans les couloirs, dans les classes ….

Au début les yeux sont rivés sur la tragédie, les morts, les blessés puis la question se pose. Qu’a fait l’officier de surveillance ? A partir de ce moment-là, les médias, les réseaux sociaux, les gens se déchaînent, Wayne peut devenir le bouc émissaire, celui qui a « failli », qui n’a pas agi comme il aurait dû. Cacher sa honte, faire face, essayer de se justifier ? Quelle que soit la position adoptée il sera lynché par la vindicte populaire et comme il se doit, ce que les personnes ne savent pas, elles l’inventeront, quitte à transformer la vérité…. Alors ? Coupable ou non coupable ? 

Habilement, l’auteur par quelques retours en arrières, nous explique comment Wayne est arrivée à ce poste, qui est sa mère, qui était son père. Boris Marme offre également des regards croisés sur cet homme. Sa mère, l’avocat qu’elle embauche, les collègues, le maire, la presse, la radio, la télé…tous s’en mêlent, s’expriment  …. On voit combien les paroles des uns et des autres peuvent inverser une tendance, modifier un jugement, un ressenti…La médiatisation des événements est un engrenage violent, dangereux, non maîtrisé…. C’est très bien présenté sans fioritures et on ressent vraiment la détresse de Wayne face à ce déferlement de brutalité.

J’ai trouvé ce recueil parfaitement maîtrisé et d’une justesse étonnante pour un premier récit. Le poids des mots est comme autant d’uppercuts que le lecteur prend en pleine face car difficile de ne pas se poser la question : « Et moi ? Qu’aurais-je fait à sa place ? »
« Il reste là de longs instants, à tenter de s’apaiser, de se délester de tout ça, mais il ne peut échapper à lui-même, cette chose s’est emparée de ses remords et les attise. »

"Le petit garçon sur le quai de la gare" de Pierre Sainte-Hélène


Le petit garçon sur le quai de la gare
Auteur : Pierre Sainte-Hélène
Éditions du Volcan (14 Novembre 2019)
ISBN : 979-1097339210
132 pages

Quatrième de couverture

Sur son quai de gare, Louis a tout d'un garçon ordinaire. Pas plus haut que trois pommes, il semble sourire au monde. Pourtant, le drame qui se joue devant ses grands yeux bleus va changer le cours de sa vie. Tiraillé entre deux mondes totalement opposés, il lui faudra grandir et apprendre très vite, trop vite, la violence du monde des adultes.

Mon avis

C’est un petit coin de pays, quelque part, sans doute dans un gros village ou une ville moyenne, où tout le monde se côtoie, s’apprécie. Il y a la gare, un peu le cœur de la bourgade avec le café restaurant tenu par Marie qui l’a repris après ses parents. François, c’est le chef de gare, celui qui régule tout ça avec son sifflet et son couvre-chef. Il travaille avec Mathilde qui fait les annonces vocales et demande aux voyageurs de se tenir éloignés de la bordure des quais selon la formule consacrée. La vie est paisible, chacun fait de son mieux pour que tout aille bien. Et puis un soir, à l’heure de la fermeture, ce n’est pas une valise abandonnée que François trouve mais …. un bébé.

Que faire ? Le laisser aux services sociaux, le recueillir, le confier à quelqu’un ? C’est finalement une femme (je ne dis pas laquelle volontairement) qui deviendra Maman de ce petit bout d’homme (car oui, il s’agit d’un garçon). Elle a de l’amour à donner, il a besoin d’en recevoir pour grandir. C’est comme si ces deux-là s’étaient donné rendez-vous, choisis pour la vie….

Pour la vie ? Ça c’est moins sûr… Des fois que « sa mère » revienne, qu’elle veuille le reprendre, qu’elle explique que c’est son enfant, son droit de le récupérer…. Les adultes, parfois, oublient qu’ils ont été petits, ne pensent qu’à ce qui les intéresse. Ils oublient de se pencher vers les plus jeunes.

Vous dites :
" C'est fatigant de fréquenter les enfants. "
Vous avez raison.
Vous ajoutez :
" Parce qu'il faut se mettre à leur niveau,
se baisser, s'incliner, se courber, se faire petit. "
Là, vous avez tort.
Ce n'est pas cela qui fatigue le plus.
C'est plutôt le fait d'être obligé de s'élever
jusqu'à la hauteur de leurs sentiments.
De s'étirer, de s'allonger, de se hisser
sur la pointe des pieds.
Pour ne pas les blesser.

Janusz Korczak
"Quand je reviendrai petit"

C’est l’histoire de ce petit garçon que nous conte Pierre Sainte-Hélène avec une écriture délicate, empreinte de tendresse pour ses personnages. Il nous prend par le cœur, et nous tenons fermement la main du garçonnet, de peur que son univers devienne poussière. Les événements le font grandir trop vite, difficile de le préserver….

C’est un livre court mais tellement rempli d’amour qu’il ne peut que rejaillir sur le lecteur. Je l’ai trouvé sublime tant dans les mots que le contenu. Je ne sais pas qui se cache derrière le pseudonyme de l’auteur mais je suis sûre d’une chose, c’est un homme bon.

"Fils du passé" de Blanca Miosi (Hijo del Pasado)


Fils du passé (Hijo del Pasado)
Auteur : Blanca Miosi
Traduit de l’espagnol par Maud Hillard
Éditions : Independently published (21 novembre 2019)
ISBN : 978-1710246056
400 pages

Quatrième de couverture

John Hamilton décide de déshériter Howard, son fils unique. Vingt-cinq ans plus tard, le cambriolage d’une banque déclenche une série d’événements qui vont révéler ce qui se cache derrière chacun des trois personnages principaux : Daniel Kozlowski, un Juif polonais, Viveka, sa jeune épouse, Francis Hamilton, fils de Howard, le déshérité, spécialisé en restauration d’œuvres d’art.


Mon avis

Dans ce roman habilement construit, richement documenté, Blanca Miosi nous entraîne dans plusieurs lieux à différentes époques (De 1943 à 2005). Les retours en arrière éclairent la personnalité des protagonistes, surtout Daniel Kozlowski dont le caractère, la vie, les ressentis sont très développés.  Cet homme est un juif polonais que l’on apprend à connaître jeune garçon de dix ans, en 1943, dans le ghetto de Varsovie. Il se bat pour survivre, pour réussir et finira médecin aux Etats-Unis après de nombreuses péripéties.

En 2005, époque où se déroule l’essentiel de l’intrigue, il est installé avec sa seconde et jeune épouse dans une demeure, appelée « maison Hamilton » du nom du propriétaire décédé. Il l’a obtenue en usufruit pour une vingtaine d’années parce qu’il n’y a pas d’héritier. Il doit l’entretenir et en prendre soin pour pouvoir l’habiter. Le couple a une vie bien réglée et est heureux jusqu’à ce que….

Francis Hamilton, petit-fils de l’ancien habitant débarque chez eux. Il leur explique que son grand-père avait déshérité son Papa et que cette villa représente quelque chose pour lui. Daniel et Viveka l’accueillent pour quelques jours. Quelles sont les intentions de cet homme ? Pourquoi veut-il rencontre le banquier que sa famille fréquentait ? Pourquoi reste-t-il dans la maison ? Que cherche-t-il ? Quel est le but réel de sa visite ? Il parle d’une fortune cachée dans le logement. Est-ce vrai ? Les locataires ont-ils découvert quelque chose ? Qui est sincère, qui ne l’est pas ?

Avec doigté, l’auteur nous emmène dans les méandres du passé des personnes évoquées dans ce recueil. Personne n’est vraiment parfait, l’opportunisme guide les pas de certains, d’autres veulent réussir quel que soit le prix à payer, d’autres enfin ne sont habités que par le besoin de rendre les gens heureux autour d’eux (Xia en est un parfait exemple).

Francis Hamilton va se révéler très intéressant, c’est un homme honnête et il est tiraillé entre tout ce qu’on lui propose. Il est devenu avocat parce que c’est ce que voulait son père mais sa vie, c’est l’art et la restauration des tableaux. Il connaît bien l’œuvre de Léonard de Vinci et cela lui sera utile. Il tisse un lien particulier avec Daniel et il est fascinant de voir comment leur relation évolue. Daniel, lui, est quelqu’un qui a souffert mais qui n’a jamais renoncé. Il semble placide mais il réfléchit, analyse et fait face.

J’ai vraiment beaucoup apprécié ce récit. Le contexte est instructif, mêlant fais réels et imaginaires et apportant des informations sur un événement véridique. L’écriture est fluide, le style très vivant, la traduction excellente et le vocabulaire de qualité. Malgré les nombreuses époques, on ne se perd pas car la date est, si besoin, indiquée en titre de chapitre. En outre, il n’y a pas pléthore de personnages et les situations de chacun sont très claires. Ce qui est également captivant c’est que l’intérêt ne faiblit pas. La vie de chacun se découvre par petites touches et les révélations progressives maintiennent l’attention du lecteur. Blanca Miosi est une conteuse hors pairs et je ne me lasse pas de la lire. Je comprends que Maud Hillard, sa fidèle traductrice prenne du plaisir à découvrir ses textes et à nous les faire partager.