"Margo - Tome 3 : Soleil de Minuit" de Thomas Martinetti

 

Margo - Tome 3 : Soleil de Minuit
Auteur : Thomas Martinetti
Éditions : Kobo Original (9 Avril 2024)
ISBN : 9798322172840
302 pages

Quatrième de couverture

Au terme d’une quête à travers la Norvège avec son allié Terje Ellingsen, Margo s’apprête à neutraliser définitivement la dangereuse trafiquante qui a vendu son identité à d'autres femmes. Margo n’aura qu’une seule chance de l’interpeller pendant le marathon du soleil de minuit organisé dans la ville de Tromsø, au-delà du cercle polaire.

Mon avis

Margo a subi une usurpation d’identité peu ordinaire. Elle a dû renoncer à sa vie pour poursuivre celle qui l’a volée. Mais elle s’est retrouvée au cœur de plusieurs problématiques et les choses se sont avérées très compliquées comme on peut le constater dans les tomes précédents.

Pour que le lecteur ne soit pas perdu, un rappel, des principaux faits et des personnages, est fait dans les premières pages du livre. Il est bien entendu plus confortable d’avoir lu dès le début pour voir l’évolution.

Margo est en Norvège, en été, quand le soleil brille, même la nuit (et pour y être allée, je confirme que c’est magnifique et qu’il y a une atmosphère particulière). Elle a laissé son amoureux et la fille de celui-ci, en France. Elle fait tout pour rester en lien, par téléphone mais ce n’est pas toujours facile.

Pour espérer récupérer « sa vie », elle doit participer au marathon du soleil de minuit (cette année, il aura lieu le 24 juin 2024). C’est une manifestation de grande envergure à laquelle des coureurs du monde entier participent. Une expérience hors du commun, avec des paysages magnifiques mais l’objectif de Margo c’est de finir la course et pour cela elle va devoir s’entraîner.

Bien entendu les obstacles vont se multiplier, elle est traquée. Elle ne sait pas à qui faire confiance. Les ennemis d’hier peuvent devenir des alliés ou pas…

J’ai retrouvé avec plaisir l’écriture vive de Thomas Martinetti. Il sait maintenir l’intérêt et le suspense. Il m’impressionne car malgré les ramifications des aventures précédentes et de celle-ci, tout se tient. J’apprécie également que ses protagonistes ne soient pas prévisibles, ils sont humains, peuvent faire des erreurs, ou bien prendre des risques, être trop sûrs d’eux ou pas assez. Certains disparaissent après avoir agi en toute discrétion, d’autres sont hyper présents.

Des rebondissements, un rythme soutenu, des dialogues bien retranscrits, une ambiance norvégienne, on rentre très vite dans l’histoire et on souhaite le meilleur pour Margo. Mais le chemin est long et ardu…On a peur pour elle car elle est attachante. Elle est aussi très volontaire et c’est une fille qu’on aimerait connaître « pour de vrai » (d’ailleurs, je verrai bien Margo en série télévisée).

Un roman réussi !

"Je pleure encore la beauté du monde" de Charlotte Mc Conaghy (Once There Were Wolves)

 

Je pleure encore la beauté du monde (Once There Were Wolves)
Auteur : Charlotte McConaghy
Traduit de l’anglais (Australie) par Marie Chabin
Éditions : Gaïa (7 février 2024)
ISBN : 978-2330186470
370 pages

Quatrième de couverture

La biologiste Inti Flynn mène un programme de réintroduction des loups dans les Highlands écossais, où la présence de l’animal doit permettre de restaurer un écosystème en crise. La jeune femme est rapidement confrontée à l’hostilité des locaux, qui continuent de percevoir le prédateur comme un nuisible et n’hésiteront pas à faire feu pour protéger leur bétail. Quand Inti découvre le cadavre mutilé d’un éleveur, quelques jours après avoir relâché les premières meutes, elle comprend que les coupables sont tout désignés et, pour éviter un bain de sang, elle fait disparaître le corps.

Mon avis

Un titre magnifique, une couverture inspirante, une présentation qui fait envie et un contenu subtil, bien pensé et porteur de sens. Tous les ingrédients d’un coup de cœur.

Inti Flynn est une biologiste australienne, elle est venue, avec son équipe, s’installer en Ecosse, dans le but de réintroduire des loups dans les Higlands afin de rééquilibrer la présence des cerfs (trop nombreux, le loup sera leur prédateur) et ainsi permettre à la forêt de reprendre sa place.

Mais venir avec quatorze loups gris dans ses « bagages », dans un coin où les troupeaux sont nombreux, n’est pas simple. Les habitants lui font vite comprendre qu’au moindre problème, ils n’hésiteront pas à se débarrasser des loups.

Int souffre de synesthésie visuo-tactile, c’est la capacité de ressentir la douleur et les émotions des autres. Elle perçoit les souffrances, les douleurs, de ceux qu’elle côtoie (les loups, les amis, les hommes et les femmes qu’elle rencontrer). Elle peut donc s’évanouir sous le coup de la douleur ou se sentir très très mal. C’est handicapant car ça va plus loin que l’empathie ou le partage.

« Papa me disait souvent que mon don le plus précieux était ma capacité à me glisser dans la peau d’un autre humain. Il me disait que j'étais la seule à pouvoir ressentir ça, la vie d'un autre, l'éprouver vraiment et me balader avec. Il disait que le corps sait un tas de choses et que moi, je possédais ce don miraculeux de ne pas connaître qu'un seul corps. L'incroyable intelligence de la nature. »

Int aime son métier, elle le doit en partie à son père qui l’a emmenée très jeune, avec sa sœur, dans la nature. Mais sa profession la consume. Les liens, qu’elle tisse avec les loups, sont forts, ils ont une place prépondérante dans son quotidien. Elle est prête à tout pour eux. Toute son énergie est tournée vers eux, leur bien-être, quitte à s’oublier elle-même. Elle les trouve beaux, ils font partie de sa vie, de ses fibres -j’irai presque jusqu’à écrire- « maternelles ».

« Quand on parle de préservation, de sauver cette planète, il faut commencer par les prédateurs. Parce que tant qu’on ne les aura pas sauvés eux, on n’aura aucune chance de sauver le reste. »

« Moi, je vois leur puissance subtile, leur patience immense et leur beauté incomparable. »

Le récit oscille entre passé, présent, observations de la meute, questionnements sur des faits bizarres, ressentis exacerbés de Int. On découvre les personnages, les gens qu’elle rencontre, les rapports qu’ils entretiennent. La psychologie, l’approche humaine sont importantes. De nombreux sujets sont abordés, la gémellité, la violence mentale et physique (et les traces indélébiles qu’elle laisse), le besoin de sauvegarder la nature et ceux qui l’habitent etc.

C’est un magnifique texte (bravo à la traductrice) où les mots sont choisis pour exprimer toute une palette visuelle dans les descriptions, sensible dans les émotions. Chaque phrase est sublimée par l’atmosphère qui se dégage de ce roman. On peut parler de thriller écologique mais ce raccourci est bien trop réducteur. Je ne sais pas si on peut mettre cet écrit dans une case, il est tellement complet et bouleversant. Int et son amour des loups sont inoubliables ….


"Extinction" de Douglas Preston (Extinction)

 

Extinction (Extinction)
Auteur : Douglas Preston
Traduit de l’américain par Sebastian Danchin
Éditions ‏ : ‎ L'Archipel (25 avril 2024)
ISBN : ‎978-2809848014
458 pages

Quatrième de couverture

Mark Gunnerson, le fils d'un milliardaire, et sa jeune épouse Olivia ont choisi de passer leur voyage de noces dans une immense réserve au pied des Rocheuses, dans le Colorado. À Erebus, la société du père de Mark propose à ses clients d'observer dans leur habitat naturel mammouths laineux, castoroïdes géants et autres animaux préhistoriques ressuscités après manipulations génétiques. Quand les deux jeunes mariés sont enlevés puis assassinés au cours de leur safari, Frances Cash, du FBI, s'associe au shérif du comté, James Colcord, pour traquer les auteurs de l'homicide, que l'on suppose être une bande d'écoterroristes.

Mon avis

Un jeune couple fortuné a choisi de passer sa lune de miel dans un lieu atypique. Pour Mark et Olivia, pas de palace en bord de mer, de croisière luxueuse, de safari en Afrique ou équivalent. Eux, c’est plus « sportif », il faudra marcher et camper. Ce sera avec un guide, sous la tente à Erebus. C’est une réserve (gérée par la société du père de Mark) où les visiteurs chanceux et admiratifs, dans un environnement sécurisé, peuvent observer des animaux du pléistocène. On y voit des mammouths laineux, des castoroïdes géants et autres bestioles préhistoriques dans un milieu naturel. Ils ont été « créés » après des manipulations génétiques. Pour pallier à toute éventualité, les chercheurs ont choisi d’enlever les gênes agressifs et les bêtes sont douces et agréables avec les humains. Le rêve, non ?

Les amoureux sont donc ravis et entendent bien profiter au maximum de cette belle expérience. D’autant plus que leur accompagnateur est discret, serviable et intelligent. Il n’a pas collé sa tente près de la leur et chacun peut regagner son sac de couchage après une première journée riche en émotion. La nuit est calme, silencieuse. Un bruit (comme si on déchirait le double-toit), un choc, un cri puis plus rien. Le guide sorti précipitamment de son habitacle, se retrouve seul, face à deux flaques de sang, les mariés ont disparu…. L’alerte est donnée, c’est l’affolement général et c’est une très mauvaise publicité pour le complexe. Il est donc plus que nécessaire d’agir vite et d’arrêter ceux qui ont fait ça.

C’est Frances Cash qui est envoyée sur place pour enquêter. Elle devra collaborer avec le shérif du coin, James Colcord. Aidés de leurs collègues, de maîtres chiens, et des nombreux employés sur place, ils cherchent les jeunes gens. Tout le monde s’accorde à penser que ceux qui ont fait le coup sont des écoterroristes. Mais si la vérité n’était pas si simple ?

Face à des événements violents et surprenants qui se multiplient, Frances, James et leurs aides doivent agir vite, tout en se préservant et en étant prudents. Ils réalisent très vite que la situation est compliquée, avec quelques éléments imprévisibles (dont le père de Mark dans une rage folle).  Ce qui se passe est inquiétant et les enquêteurs sont obligés de faire preuve de doigté, en essayant d’anticiper et de prendre de court ceux qui agissent dans l’ombre. Mais à qui se fier ? N’y-a-t-il pas quelques personnes qui jouent double-jeu ?

Toujours aussi efficace, toujours bien traduite pat l’excellent Sebastian Danchin, l’écriture de Douglas Preston fait mouche. C’est prenant, totalement addictif avec ce qu’il faut de rebondissements, de personnages douteux, de suspense. Frances et le shérif s’observent, se jaugent. Leurs rapports ne sont pas naturels dans un premier temps, mais ils finissent par coopérer assez efficacement. Ils ne sont pas au bout de leurs surprises, le lecteur également !

L’auteur a su partir d’un fait possible dans un futur pas si lointain pour livrer un récit captivant aux problématiques diverses, ça ferait presque peur. Et ce qu’il explique dans la postface n’est pas rassurant ….

Un roman intéressant qui se lit sans difficulté tant c’est fluide et plaisant !

"Ce que je sais de toi" d'Eric Chacour

 

Ce que je sais de toi
Auteur : Éric Chacour
Éditions ‏ : ‎ Philippe Rey (24 août 2023)
ISBN : 978-2384820344
306 pages

Quatrième de couverture

Le Caire, années 1980. La vie bien rangée de Tarek est devenue un carcan. Jeune médecin ayant repris le cabinet médical de son père, il partage son existence entre un métier prenant et le quotidien familial où se côtoient une discrète femme aimante, une matriarche autoritaire follement éprise de la France, une sœur confidente et la domestique, gardienne des secrets familiaux. L'ouverture par Tarek d'un dispensaire dans le quartier défavorisé du Moqattam est une bouffée d'oxygène, une reconnexion nécessaire au sens de son travail. Jusqu'au jour où une surprenante amitié naît entre lui et un habitant du lieu, Ali, qu'il va prendre sous son aile.

Mon avis

Quand il était adolescent, Tarek a répondu « Docteur » à son père qui lui demandait le métier qu’il aimerait exercer plus tard. Mais à cet âge-là, sait-on vraiment ce qu’on veut faire de sa vie ? Tarek avait déjà compris que certaines questions ne sont pas aussi simples qu’on l’imagine. Sa réponse, c’est celle qu’attendait son paternel et après ses études, il a repris le cabinet familial, plus par convention que par décision personnelle sans doute. Il s’est marié, il est rentré « dans le moule » voulu par sa famille : sa mère, sa femme, sa sœur. Il a « obéi »….

Pour donner du sens à sa vie, il a ouvert un dispensaire dans un quartier défavorisé. Il rencontre une femme malade et son fils adulte, une relation se tisse entre eux trois. Cela ne plaît pas à ceux qui pensent que le docteur doit se contenter de soigner. C’est difficile à vivre pour lui qui a besoin d’autre chose.

Il est tiraillé entre ce qui doit être en lien avec la norme familiale ou sociétale, et probablement ce qu’il voudrait être au fond de lui. Il y a un gouffre entre les deux. Les conventions l’étouffent, sa famille également. Quant au regard des autres, il lui est, de temps à autre, insupportable.

Un mystérieux narrateur l’interpelle en disant « tu » et raconte les différentes périodes de la vie de Tarek. Quelques fois, c’est simplement un flash sur plusieurs pages mais c’est suffisant pour comprendre les grandes étapes de son parcours. On découvre les non-dits, les secrets d’une famille (et de la bonne qui les a toujours aidés), alors c’est forcément douloureux quand la vérité apparaît.

L’écriture est délicate, précise. C’est une dentelle, une musique qui nous envoûte, nous emporte dans un univers où l’amour est présent, sous toutes ses formes. Les émotions de Tarek et de ceux qui l’entourent sont palpables, c’est parfaitement exprimé.

C’est un premier roman très réussi, bouleversant, fin, sans jugement. Il expose les choix que l’on fait, sous la pression ou librement, il parle de filiation, de tumulte amoureux, de la vie ….


"Candeur fatale" de Didier Esposito

 

Candeur fatale
Auteur : Didier Esposito
Éditions : du Caïman (9 Avril 2024)
ISBN : 978-2493739131
306 pages

Quatrième de couverture

Alexis et Julien mènent leur vie d'étudiants, sur le campus de la Fac de St-Étienne, entre les repas au restau U, les soirées en ville et les entraînements au Parc de l'Étivallière. Et un peu de travail quand même ! Mais un soir, en regagnant sa résidence universitaire, Alexis découvre le cadavre de sa voisine au pied de l'immeuble. Visiblement défenestrée, s'agit-il d'un meurtre ou d'un suicide ? Alexis, qui se reproche de ne pas s'être intéressé plutôt à cette discrète jeune femme, va tenter de mener sa propre enquête.

Mon avis

Alexis et Julien sont étudiants. Ils ne suivent pas le même cursus et n’habitent pas au même endroit. Mais comme ils sont amis, ils se voient régulièrement pour manger au restau U, boire un coup en ville, faire du sport, discuter. L’un est un peu plus courageux que l’autre mais peu importe, ils ne se jugent pas, chacun fait de son mieux selon l’envie du moment. Et surtout, ils savent qu’ils peuvent compter l’un sur l’autre en cas de coup dur.

Alexis est en résidence universitaire, une petite bâtisse de quelques étages où les jeunes ont un appartement correct avec le minimum. Tous sont bien occupés par leurs cours, leurs révisions et leurs partiels, alors quand ils se croisent dans les couloirs, pas le temps de parler, un signe de la main, un sourire, un bonjour/bonsoir et c’est bon.

Lorsqu’Alexis rentre chez lui ce soir-là, la police est sur place. Une jeune femme s’est suicidée. Un des policiers est un collègue du club d’athlétisme et Alexis propose son aide pour l’identification. En s’approchant, il découvre qu’il s’agit de sa voisine de palier avec qui il avait peu échangé. Il s’en veut de ne pas s’être intéressé à elle et de ce fait, il essaie d’en savoir plus. A-t-elle vraiment choisi de mourir, quelle était sa vie ? Il demande à son copain d’entraînement s’il peut lui donner quelques informations, son nom, ce qu’elle faisait, qui elle fréquentait, histoire de la connaître un peu plus, même si elle est décédée.

Le peu d’éléments récupérés l’intrigue et il partage ses questions avec son pote Julien. Leur curiosité accompagnée de quelques rencontres déterminantes, va les entraîner plus loin qu’ils ne l’imaginaient.

Les deux camarades ont besoin de comprendre alors ils se lancent dans leur propre enquête sans réfléchir au fait qu’ils prennent peut-être des risques et qu’ils vont se mettre en danger. Ils sont jeunes, ont soif de justice, ils veulent être utiles alors ils foncent.

Le lecteur a peur pour eux, où mettent-ils les pieds ? On comprend très vite que rien n’est clair dans le décès de cette jeune femme. En parallèle on plonge dans le passé pour comprendre son histoire.

C’est un récit ancré dans une réalité très noire. La violence est présente, le mépris des personnes également, le plaisir des uns est le malheur des autres, ça fait mal rien qu’en le lisant. On a envie de fermer les yeux, de sortir du cauchemar, de fuir en sauvant ceux et celles qui peuvent l’être.

L’écriture de Didier Esposito est terriblement vraie, il nous met face à ce qu’on refuse de croire mais qui existe. Il n’épargne pas celui qui lit. Il dit les choses, pose les mots et on aura beau serrer les poings, la vérité sera là, crue, bouleversante, effrayante car on sait que parfois… c’est réel….

Sans temps mort, ce texte est prenant, bien rédigé, avec des dialogues et des situations plus vrais que nature. Les personnages sont décrits pour les rendre vivants. Les étudiants se bougent, avec parfois un peu de maladresse, mais de la bonne volonté. Et pour les malfrats, on cherche la faille, l’humanité mais le tableau est sombre …

C’est une lecture douloureuse par son contenu mais totalement addictive donc une réussite !  


"La maison des regards" de Daniele Mencarelli (La casa degli sguardi)

 

La maison des regards (La casa degli sguardi)
Auteur : Daniele Mencarelli
Traduit de l’italien par Nathalie Bauer
Éditions : Globe (4 Avril 2024)
ISBN : 978-2383612803
320 pages

Quatrième de couverture

À vingt-cinq ans, Daniele, un poète, se noie dans l’alcool pour oublier la crise existentielle qu’il traverse. Alors que sa mère, déchirée de voir son fils se faire du mal, lui propose de mettre fin à leurs jours ensemble, Daniele se résout à prendre un emploi d’agent d’entretien dans le plus grand hôpital pédiatrique européen, l’Enfant-Jésus à Rome. Très vite, le jeune homme à la sensibilité exacerbée pense abandonner, tant l’injustice et la douleur qui s’imposent à ces enfants malades dépassent l’entendement et les mots. Mais le quotidien, la camaraderie et la solidarité qui se créent avec les collègues et les patients lui montreront l’authentique visage de la vie, levant le voile épais des ténèbres qui l’empêchait de vivre.

Mon avis

L’écriture exerce une forme de possession impitoyable.

Daniele est poète, depuis deux ans, il connaît un certain succès et commence à être « reconnu ». Et puis, d’un coup, le vide, plus rien, un trou noir et une vie qui lui échappe… Est-ce que ses écrits ont un sens ? A-t-il un but ? À quoi servent les poèmes ? Les questions, lancinantes, le hantent. Il est en pleine crise existentielles et il n’écrit plus….

« Or la poésie témoigne de la souffrance, elle ne la soigne pas. Les mots m’accompagnent depuis toujours, ils sont cristal et racine, voyage et lame, ils sont tout, sauf un remède. La poésie ne soigne pas, elle ouvre, découd, dénude. Mais la force de faire de la poésie, je ne l’ai plus. »

Son quotidien est fait d’alcool, de nuits agitées, de journées passées à dormir ou récupérer, voire à chercher sa voiture, le plus souvent accidentée. Il se détruit mais ne peut plus s’arrêter tant il est accro à l’alcool. Il blesse ceux qui l’aiment et qui le voient plonger, s’enfoncer…. Ses quelques amis ne le suivent plus. Hébergé chez ses parents, ceux-ci se désespèrent de la situation. Ils n’en peuvent plus et sa mère lui propose un suicide à deux car il souffre et elle aussi. « Comme ça, on arrêtera de souffrir. »

Est-ce le déclic ? Peut-être ou pas. Toujours est-il qu’il accepte, sans enthousiasme, un travail d’agent d’entretien dans un très grand hôpital pédiatrique de Rome. Chaque matin, se lever, pointer, tenir un horaire, assumer les différentes tâches qui lui sont confiées, finir sa journée, tenter de ne pas boire pour revenir le lendemain …. Est-ce possible pour lui ou est-ce insurmontable ?  Il découvre l’esprit d’équipe, les collègues, ceux avec qui on peut établir un contact, ceux qui sont plus méfiants, les chefs qui ne laissent rien passer, ceux sur qui on peut compter…. Et au-delà de tout, il prend en pleine figure, le regard, les regards des jeunes malades, vides ou encore vifs, quelques fois espiègles. Il côtoie la mort, il réalise que tout est fragile… Mais son âme de poète hyper sensible ne supporte pas la détresse de ces enfants, leurs souffrances... alors il replonge, parfois se relève plus ou moins droit, plus ou moins solide…

Il est confronté à ses démons intérieurs et à ce qu’il vit dans ce milieu hospitalier où les valeurs, les rapports humains, les échanges ne sont plus les mêmes. Est-ce qu’il a peur ? De ce qu’il ressent ? De ce qu’il voit ? On ne sait pas forcément comment se comporter face à la maladie sévère, qui ne laisse que peu ou aucun espoir…

Alors, il apprend. Ses coéquipiers lui enseignent la légèreté, la capacité à sourire face aux embuscades de la vie.

Il s’accroche, essaie de repousser ses addictions. Cabossé, abîmé, parfois prêt à fuir, il montre combien certaines rencontres ont pu influencer le cours de son destin et l’aider à avancer dans le bon sens, sans rien exiger en retour.

« Ce qui me terrifie vraiment, c’est ce temps de passage entre la personne que j’ai été ces dernières années et celle que je serai, c’est la construction du nouveau moi. »

C’est avec une écriture (merci à la traductrice) d’une surprenante lucidité, que Daniele Mencarelli nous parle de sa descente aux enfers, de ses problèmes, de ses hauts, de ses bas. Son chemin a été long, difficile. Il a dû se battre contre lui-même et rien n’étant jamais acquis, il devra faire preuve de vigilance.  J’ai particulièrement aimé son rendez-vous avec le directeur et ce qui en découle, c’est beau ! J’ai également aimé la place de la poésie dans son parcours.


"Les fils de Shifty" de Chris Offutt (Shifty’s Boys)

 

Les fils de Shifty (Shifty’s Boys)
Auteur : Chris Offutt
Traduit de l’américain par Anatole Pons-Reumaux
Éditions : Gallmeister (4 Janvier 2024)
ISBN : 978-2-35178-311-5
290 pages

Quatrième de couverture

Mick Hardin se remet d’une blessure de guerre chez sa sœur Linda, shérif de Rocksalt dans le Kentucky, lorsque le cadavre d’un dealer local est découvert. Il s’agit de l’un des fils de Shifty Kissick, une veuve que Mick connaît depuis longtemps. La police refusant d’enquêter, Shifty demande à Mick de découvrir le coupable. Se débattant entre un divorce difficile et son addiction aux antidouleurs, ce dernier commence à fouiner dans les collines, avec la ferme consigne de ne pas gêner la réélection de sa sœur.

Mon avis

Ce roman met en scène Mick Hardin et sa sœur Linda, déjà apparus dans un précédent titre. Mais ce n’est pas une suite et il peut se lire indépendamment.

Mick est un enquêteur militaire. Il a été blessé et passe sa convalescence chez sa frangine, Linda, shérif de Rocksalt, un petit comté du Kentucky. Et oui, c’est une femme et si elle a atterri à ce poste un peu par hasard, maintenant, elle œuvre à sa réélection. Mick passe ses journées à essayer de ne plus prendre des drogues aidant à calmer la douleur et à  faire des activités sportives pour remuscler sa jambe blessée.

Un des fils de Shifty Kissick, une dame veuve qu’ils connaissent, est retrouvé mort dans une ruelle. Probable règlement de comptes entre dealers, affaire classée. La mère n’est pas d’accord, elle demande à Mick d’enquêter discrètement pour voir si cet assassinat ne cache pas quelque chose. Il lui reste une semaine de repos, c’est l’occasion d’agir, de se remettre en selle physiquement et moralement. Il accepte mais prévient qu’il ne veut pas gêner le shérif pour éviter les conflits dans sa famille.

Il observe, questionne, récupère quelques éléments démontrant que le corps a été déplacé et mis en scène. Qui a eu intérêt à agir ainsi et pourquoi ? Il essaie de comprendre, car finalement il a été happé par ce mystère.

Les dialogues sont savoureux, parfois teintés d’humour, voire même d’autodérision. L’approche psychologique et les relations entre les protagonistes sont détaillées, précises, captivantes, le tout accompagné d’une réelle réflexion sur les notions de bien, de mal, de justice.

« Il se demanda combien de gens essayaient de se convaincre que le meurtre était acceptable au nom du Bien Supérieur. Il n’était pas dupe. Le Bien Supérieur n’existait pas, sinon en tant qu’excuse. »

C’est le boulot de Mick de tuer parfois, dans le cadre de son activité professionnelle. Il est même plutôt doué pour ça. Mais ce n’est pas une raison pour utiliser ses capacités par vengeance, n’est-ce pas ? Il est tiraillé, il ne doit pas laisser ses émotions prendre le dessus….

J’ai énormément apprécié ce récit. La plume de l’auteur est intéressante car il décrit à la perfection ce coin des Etats-Unis où les habitants préfèrent se taire, se cacher plutôt que d’affronter ceux qui les dérangent. Alors la première mission de Mick c’est un peu de donner un coup de pied dans la fourmilière, de secouer les personnes et de leur faire cracher quelques informations utiles. Après, à lui de rassembler tout ça, de relier les morceaux et de trouver les pièces manquantes.

J’ai aimé la façon dont il s’y prend, assez posé, réfléchi, ciblant au mieux les actions à mettre en place pour avoir des réponses. Pas à pas, il avance et on le suit pour notre plus grand plaisir.

"Les Disparus d'Hokuloa" d'Elizabeth Hand (Hokuloa Road)

 

Les Disparus d'Hokuloa (Hokuloa Road)
Auteur : Elizabeth Hand
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Elisabeth Richard-Berthail
Éditions : Seuil (12 Avril 2024)
ISBN : 9782021518771
544 pages

Quatrième de couverture

Grady Kendall a quitté son Maine natal pour se rendre à Hawaï où il a accepté un poste de gardien. Trouver en emploi en pleine épidémie de covid, une aubaine ! Son job : veiller sur la villa cossue d’un milliardaire pendant que ce dernier s’exile sur la péninsule indigène d’Hokuloa pour ses projets immobiliers. Dès son arrivée, dans une île vidée de ses touristes, Grady est préoccupé : non loin de son lieu de travail se trouve un bunker où les noms de personnes disparues sans laisser de traces sont tagués.

Mon avis

Grady Kendall n’a pas de petite amie, pas de travail, pas vraiment d’occupations, le COVID commence à s’installer et la pandémie fait peur. À part quelques petits boulots de temps en temps, ses journées sont plutôt mornes. Alors lorsque son frère lui envoie la capture d’écran d’une annonce assez originale, il se demande bien ce qu’il va faire.

Ce qui est proposé, c’est un poste de gardien à Hawaï. L’horizon étant plutôt bouché avec le virus qui traîne, il répond par mail, en arrangeant un peu son curriculum vitae. On ne sait jamais, peut-être que ça débouchera sur une belle expérience ?

Quelques échanges rapides et c’est fait. Il se retrouve dans l’avion. Son job ? Surveiller la villa d’un milliardaire passionné d’oiseaux, de poissons, et qui a décidé de mettre plein d’actions en place pour les protéger. Cet homme, Wesley Minton, s’isole régulièrement loin de sa demeure. Il est alors sur la péninsule d’Hokuloa où il gère différents projets avec la consigne de ne jamais le déranger.

C’est Dalita, parfois gardienne « en dépannage », qui récupère Grady à l’aéroport et l’accompagne jusqu’à l’habitation du propriétaire. Pendant le trajet, elle lui montre les lieux et lui parle des difficultés de l’île. Hawaï ce n’est pas que les plages, le surf et le soleil. C’est également des sans-abris, du chômage, des familles qui galèrent. Cela interpelle le jeune homme, comme le bunker avec le nom des personnes « disparues »… Qui sont-elles ? Que leur est-il arrivé ?

Grady commence les différentes tâches auxquelles il doit se consacrer. Ce n’est pas trop compliqué et le temps passe. Quelques incidents le questionnent. Il décide d’en avoir le cœur net et observe avec acuité mais il doit être discret, prudent et rester à sa place. Au fil des pages, il gagne en maturité, son séjour l’oblige à aller plus loin que sa petite vie tranquille. C’est édifiant et sa personnalité s’étoffe.

Ce livre est très bien écrit (merci à la traductrice). L’intrigue va crescendo, c’est intéressant car plusieurs thèmes sont abordés. La préservation de la nature, l’impact du tourisme, la vie des îliens. L’atmosphère sur place est bien décrite, les relations entre les protagonistes aussi. On sent les tensions dues au COVID qui fait peur, qui modifie les rapports humains, qui empêche certains d’être naturels. C’est évidemment très réaliste.

J’ai apprécié que l’auteur prenne le temps de poser ses personnages, de présenter les lieux, le contexte pour qu’on pénètre dans son univers. La légère dose de surnaturel ne m’a pas dérangée, au contraire, elle est tellement bien intégrée au récit que c’est absolument parfait. De plus, elle ne prend pas trop de place, c’est dosé juste comme il faut. Les références sur l’environnement sont ciblées et en fin d’ouvrage, Elizabeth Hand précise ce qui est réel ou imaginaire.

J’ai ressenti beaucoup de plaisir avec cette lecture. Le suspense et les rebondissements maintiennent notre attention, nous permettent de rester au cœur de l’histoire car on s’interroge sans cesse en se demandant ce qu’il va se passer.

Je ne connaissais pas cet auteur et je suis enchantée de ma découverte !


"Ce qu’elle a fait" de Gregg Olsen (The last Thing she ever did)

 

Ce qu’elle a fait (The last Thing she ever did)
Auteur : Gregg Olsen
Traduit de l’américain par Florian Dennisson
Éditions : L'Oiseau Noir (13 mars 2024)
ISBN : 978-2494715172
372 pages

Quatrième de couverture

Liz vient de renverser un petit garçon. Le petit garçon de sa voisine. Qui est aussi sa meilleure amie. Vous pensiez que Liz avait déjà commis l'irréparable ? Il y a pourtant pire...Dans cette petite communauté paisible et gentrifiée de l'Oregon où tout n'est qu'image et faux-semblants, la disparition du jeune Charlie va créer un séisme.

Mon avis

Une petite rivière et de chaque côté des maisons, c’est un lieu calme où les « riches » commencent à s’installer. Ils achètent une habitation assez ancienne, pas très grande. Ils rasent et construisent, plus haut, plus large, plus cossu….  C’est le cas de Carole et David, les parents de Charlie, trois ans. Dans la demeure voisine, qui elle est restée « intacte », c’est Liz et Owen. Les deux femmes ont quelques années de différence mais elles sont devenues amies.

Liz veut passer le barreau pour devenir avocat. Carole, a eu un poste important chez Google. Maintenant, elle est mère et son emploi préféré c’est de s’occuper de son petit garçon.

Le matin de l’examen arrive pour la première. Elle est en retard, stressée, shootée aux médicaments qu’elle a pris pour tenir. En sortant la voiture du garage, c’est le drame. Elle heurte Charlie et sur un coup de folie qu’elle ne s’explique pas, elle cache le corps du petit garçon.

C’est vers elle que Carole vient chercher du soutien et elle se doit d’être là pour elle malgré la culpabilité qui la ronge. Liz est tiraillée, elle est coupable et elle est perdue. Elle essaie de communiquer avec son mari pour partager son ressenti. Lui, il ne pense qu’au « qu’en dira-t-on » et à leur réputation. Les discussions sont conflictuelles.

Chez les voisins, ce n’est pas mieux. David passe plus de temps dans son restaurant et avec ses investisseurs qu’auprès de son épouse. Que cherche-t-il à fuir ?

La disparition du bambin fait ressortir les vraies personnalités, met au jour les non-dits, les secrets, écorche les images bien lisses de couples presque parfaits. On plonge au côté de Liz et des remords qui la rongent, on accompagne Carole dans ses souffrances de Maman, en manque de son petit, qui perd espoir. On observe l’évolution de chacun. En fonction des personnes, ce ne sont pas les mêmes choses qui sont importantes.

C’est avec une écriture fluide (bravo et merci au traducteur) que l’auteur nous entraîne dans ce thriller domestique ou un duo d’enquêteurs mènent les investigations pour comprendre. Les chapitres sont courts, il y a du rythme, des rebondissements, on est surpris jusqu’à la fin, excellente !

 


"L’autre rive de la mer" d'António Lobo Antunes (A Outra Margem do Mar)

 

L’autre rive de la mer (A Outra Margem do Mar)
Auteur : António Lobo Antunes
Traduit du portugais par Dominique Nédellec
Éditions : Christian Bourgois (11 Avril 2024)
ISBN : 978-2267049633
450 pages

Quatrième de couverture

Dans la Baixa do Cassanje, une région du nord de l’Angola, une révolte éclate en 1961 parmi les travailleurs noirs, excédés par les conditions iniques que leur impose la Cotonang, compagnie luso-belge exploitant la main-d’œuvre locale pour la production de coton. Cette insurrection, qui constitue l’une des premières étapes de la lutte pour l’indépendance de l’Angola, est violemment réprimée lorsque le pouvoir colonial portugais envoie son armée et son aviation pour y mettre fin.
Trois personnages prennent tour à tour la parole, rattrapés par leurs souvenirs et leurs obsessions : la fille d’un planteur, un ancien chef de district, un colonel de l’armée portugaise à la retraite.

Mon avis

L’Angola, colonisé par le Portugal en 1575, a été gouverné alternativement en tant que colonie, province ultramarine et État de l'Empire colonial portugais. Et puis en 1961, éclate une guerre d’indépendance (qui sera obtenue en 1975).

Ce livre fait référence à une insurrection des travailleurs noirs, qui n’en pouvaient plus de leurs conditions de travail pour la production de coton. Au lieu d’être de se désespérer en continu, ils ont décidé d’agir et de se révolter. Le gouvernement portugais n’hésitera pas et enverra son armée pour réprimer tout cela.

Dans ce roman, trois narrateurs s’expriment tour à tout.
La fille d’un planteur. Elle n’est plus sur place. Elle vit ailleurs, peu importe où. Elle se rappelle son quotidien avec sa famille sur la propriété familiale.
Un fonctionnaire qui a fui la région suite aux événements, il a épousé une femme albinos.
Un colonel portugais, aujourd’hui à la retraite. Il a participé aux opérations militaires dont le but était d’éteindre la mutinerie.

On suit leurs pensées intérieures, leurs idées fixes, leurs souvenirs et les émotions qui y sont liées. Tout remonte à la surface, brusquement ou plus doucement, suivant le rythme de chacun. La mer et ses autres rives sont omni présentes proposant différents points de vue selon le bord sur lequel on se trouve…. C’est surprenant, déroutant dans un premier temps puis on laisse le style s’installer et on « écoute » le flot monter… On n’a pas forcément de repères spatio-temporels, c’est l’instinct de l’écrit qui domine. Passé et présent peuvent se bousculer avec intervention d’un dialogue, le plus souvent à sens unique, comme si les réponses étaient dans la suite du texte.

Le titre et la couverture l’évoquent déjà. L’écriture, ce sont des vagues. Elle est parfois calme, puis tumultueuse, ou corrosive. Elle bouge, part, revient, écorche, caresse, sans début, sans fin, seulement quelques pauses, ou des soupirs, des respirations saccadées ou silencieuses et douces. Une vague par chapitre (d’une vingtaine de pages), une phrase longue ponctuée par des sauts à la ligne et des paroles précédées de tirets représentant des mots jetés, prononcés par un tiers le plus souvent, semblables à des cailloux dans l’eau qui alors gicle plus fort et surprend le lecteur. On est éclaboussé, secoué. On pénètre dans un univers où différents thèmes sont évoqués. Le racisme avec toutes ses dérives, du mot échappé intentionnellement, l’air de rien à la violence plus importante et le plus souvent irraisonnée. Le traumatisme de vivre ou de faire vivre, sans vraiment l’avoir choisi, une situation de tension, de soulèvement. Les relations familiales difficiles lorsque chacun souffre, cherche sa place, essaie d’avancer et fait preuve de maladresse.

Entre prose et poésie, ce recueil peut sembler inclassable, mais il est sans doute à ranger dans ces lectures marquantes, riches de sens où la langue est exploitée dans toute sa beauté, offrant des messages qui font mouche, emportant le lecteur vers des rives insoupçonnées, là où la mer n’est, chaque fois, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre ….

"Quand volent les girafes" de Martine Sonnefraud-Dobral

 

Quand volent les girafes
Auteur : Martine Sonnefraud-Dobral
Éditions : Le Lys Bleu (1er Mars 2024)
ISBN : 979-1042223878
276 pages

Quatrième de couverture

Prenez une poignée de personnes qui n’auraient jamais dû se rencontrer, toutes à la retraite ou presque… Un ex-inspecteur du FBI nostalgique, un ouvrier en mécanique pris par le temps, une ancienne star du muet excentrique, un catcheur professionnel superstitieux, un professeur de littérature kleptomane et un descendant des Indiens Choctaw multitâche. Joignez un soupçon de faussaire repenti mâtiné de joueur de poker professionnel, ajoutez à l’ensemble une goutte d’ado déterminée, et beaucoup, beaucoup de chance…

Mon avis

Ce roman présente une saga familiale sur trois générations, toutes reliées par le tableau « Les tricheurs » et l’amour des jeux de cartes.

On commence en Turquie vers 1915. C’est l’époque du génocide des Arméniens et ils doivent fuir. On découvre un couple qui s’échappe jusqu’en Syrie. Ensuite, leur fils part en 1921 pour les USA. C’est là que se déroule l’essentiel du récit.

J’ai aimé ces premières pages avec un contexte historique riche et intéressant. On est tout de suite dans l’histoire et on s’attache aux personnages. Ils ont de la consistance et on a déjà envie de connaître leur avenir. Ce début est important car il montre des individus avec du caractère, ayant le souhait de s’en sortir.

Viennent ensuite les premières années américaines avec un jeune homme désireux de réussir mais fragilisé par son addiction au poker. On le voit lutter, sombrer, essayer de se relever…. De chapitre en chapitre, on suit cet homme ses difficultés, ses joies, ses erreurs jusqu’à la rayonnante Charlène, sa petite fille qui va découvrir le passé et nous entraîner à sa suite dans une aventure surprenante ...

Le grand-père est un sacré bonhomme mais Charlie n’a rien à lui envier. Ils ont du caractère, du charisme, de la volonté et autant l’un que l’autre, ils ont beaucoup d’amour à donner et sans aucun doute, à recevoir.

On passe par de nombreuses émotions et tout s’enchaîne sans problème. Les scènes et les lieux sont décrits de manière visuelle et c’est comme si on y était !

L’écriture fluide, prenante de l’auteur nous permet de plonger rapidement dans le quotidien des protagonistes, dans leur vie. Le suspense est parfaitement dosé pour maintenir notre intérêt. L’introduction du tableau « Les tricheurs » de Le Caravage dans le texte sert de fil conducteur et la façon dont c’est fait est subtile.

Avec ce recueil, Martine Sonnefraud-Dobral n’est pas restée dans son registre habituel. Elle a changé de genre mais la réussite est complète !

J’ai eu beaucoup de plaisir tout au long de ma lecture, il n’y a aucun temps mort et le rythme s’accélère sur la fin pour notre plus grand bonheur.


"Dentelle et salopette" d'Agnès Ollard

 

Dentelle et salopette
Auteur : Agnès Ollard
Éditions : 5 sens (20 avril 2022)
ISBN : 978-2889493562
370 pages

Quatrième de couverture

Au moment de refermer les volets de la vieille bâtisse, la narratrice se souvient… Elle a 5 ans. Années 6O. Au manoir, le dimanche, elle s’appelle Lucienne, fille d’Émile Marsignac, riche industriel de l’Angoumois, un homme austère et distant qui la terrorise et jamais aucun mot n’est prononcé sur les absences prolongées de sa mère. En semaine, chez Mamé sa nourrice, on l’appelle Lulu et elle grandit libre au sein d’une famille bigarrée et exubérante.

Mon avis

Parfois on se demande pourquoi un roman passe inaperçu. Bien sûr, il y a tellement à lire ! Mais celui-ci vaut le détour tant par le fond que par la forme.

1994, deux sœurs se retrouvent face à une terrible décision. Leur père n’a plus toute sa raison et il faut dénicher une maison de retraite car il n’est plus possible pour lui de rester seul. Irène, l’aînée est prête à faire les démarches, à placer le paternel, « on n’a pas le choix, il le faut »… Pour Lucienne, la plus jeune, ce n’est pas la même chose. Cet homme distant, son Papa, elle l’a peu vu. Elle était placée chez Mamé quand elle était petite. Une mère absente, souvent malade et un père défaillant, débordé par son travail de « patron ». Alors Lucienne est devenue Lulu chez sa nourrice. Elle a côtoyé les petits de l’assistance qu’elle gardait, elle bondissait, chantait, riait, heureuse. C’est elle qui raconte, car le passé remonte au moment de fermer les volets de l’habitation familiale.

L’histoire alterne 1994 et les années 60 où on suit l’enfance de Lucienne (née en 1954) partagée entre deux maisons, deux mondes, deux vies totalement opposée…. Au manoir, c’est la rigueur, chez la nounou, la fantaisie. On découvre en plus des lettres du Papa. Il a écrit à ses filles avant de perdre la tête complètement, à sa femme pendant les années où elle n’a que très peu été présente. Ces missives permettent au lecteur et à ses filles de découvrir un homme qui n’a rien à voir avec celui qu’on pense connaître.

Les secrets de famille, ce qui s’est passé pendant la guerre, les non-dits, les qu’en dira-t-on, ce qu’on dit, ce qu’on tait, ce qu’on voudrait dire et qu’on ne répète qu’à quelques-uns…. Agnès Ollard explore les relations familiales avec délicatesse, finesse. Son ton est très juste, teinté d’humour et de dérision mais toujours très bien dosé.

Son texte est non seulement équilibré entre les différents aspects (passé, présent, courriers) mais surtout intéressant par les thèmes abordés. Même teintées d’humour, les réflexions sont complètes, riches, porteuses de sens. Les personnages ont du caractère, de la profondeur, leur comportement est analysé par rapport à ce qu’ils vivent, ce qu’ils subissent. Ils sont « vivants » comme s’ils existaient réellement.

Ce récit est magnifiquement écrit. Le vocabulaire est ciblé et de qualité (avec quelques mots charentais que j’ai entendu dans la bouche de ma grand-mère). L’orthographe également et c’est à souligner car ce n’est pas toujours le cas. J’ai lu que l’auteur avait travaillé en psychiatrie. Je pense que cela joue sur son approche de ses personnages. Elle les « cerne » tout de suite dans leurs ressentis, leurs émotions et c’est pour cela qu’elle les rend « palpables ».

 Je suis rentrée à petits pas dans cette famille, j’ai aimé faire connaissance avec tous ceux qui la composent, avec leurs voisins et leurs amis, et je les ai quittés à regret. Empli de douceur, de pudeur, ce recueil est une magnifique découverte et je suis contente de l’avoir lu.


"Noir comme l'orage" de Sonja Delzongle

 

Noir comme l’orage
Auteur : Sonja Delzongle
Éditions : Fleuve (11 Janvier 2024)
ISBN : 978-2265157446
560 pages

Quatrième de couverture

Quatre scènes de crime. Sept victimes. Une seule arme : la foudre. Après une nuit d'orage, alors que la saison touristique commence à peine, des corps sont découverts sur l'île d'Oléron et ses alentours, attachés à des pieux métalliques plantés dans le sable face à l'océan, foudroyés. Sept dépouilles au total. Et des modes opératoires très proches. Le capitaine Max Fontaine, en poste à la PJ de La Rochelle, va aussitôt être chargé de l'affaire. Sa priorité : trouver le lien qui unit les victimes pour espérer remonter jusqu'à leur assassin.

Mon avis

J’ai choisi ce roman car il se déroule sur les îles de Ré et Oléron, lieux que je connais bien, ce qui me permettait de visualiser les scènes.

Il est foisonnant, parfois un peu trop. Non pas qu’il soit compliqué à comprendre ou à suivre, ni qu’il y ait trop de descriptions. Je sais que Sonja Delzongle aime les récits travaillés, avec de nombreuses ramifications et c’est parfait pour nos neurones.

J’ai simplement eu le sentiment en lisant que parfois c’était un peu « trop ». Un peu trop pour Max, entre ses problèmes personnels et les morts qui s’accumulent. Un peu trop d’informations sur la  kéraunopathologie, la figure de Lichtenberg, etc comme s’il fallait à tout prix glisser toute la documentation étudiée en lien avec la foudre et les orages.

Il m’arrive de me plaindre d’histoire trop légères avec des personnages sans saveur et des situations téléphonées. Là, c’est l’inverse, presque dans l’excès. Disons que ce trop peut empêcher de rester dans l’intrigue et casser le rythme.

Pour autant, je ne me suis pas ennuyée parce que mon intérêt était intact. Je voulais comprendre, savoir, qui avait organisé des assassinats aussi alambiqués et pourquoi. Il m’était nécessaire d’accompagner Max et ses collègues et de voir comment ils allaient mener leurs investigations.

L’écritures est assez clinique, un peu détachée mais c’est le style de Sonja. Il y a de l’action, des rebondissements, on imagine difficilement ce qu’il va se passer. Il faut se méfier de tout le monde !

J’ai beaucoup aimé l’idée de départ (la foudre comme arme fatale) et pour que tout cela tienne à peu près debout, on sent vraiment qu’il a fallu fournir un gros travail de recherches. Et rien que pour ça, je mets un « bon point ».

C’est donc une lecture appréciée mais pas totalement enthousiasmante.

"Les enquêtes de l’aliéniste - Tome 1 : La chambre mortuaire" de Jean-Luc Bizien

 

Les enquêtes de l’aliéniste - Tome 1 : La chambre mortuaire
Auteur : Jean-Luc Bizien
Éditions : L’Archipel (11 Avril 2024)
ISBN : 978-2809849530
400 pages

Quatrième de couverture

Paris, juillet 1888. Un cadavre disparaît de la morgue, un autre corps est retrouvé, nu, sur les pavés après une chute vertigineuse. S’y ajoutent, bientôt, de nouvelles morts suspectes. L’inspecteur Desnoyers, flanqué de son adjoint Mesnard, qui applique les techniques les plus modernes, hante les rues sombres de la capitale. Il y démêlera les fils d’une conspiration qui le mène au Dr Simon Bloomberg, aliéniste à la réputation sulfureuse… que l’on dit plus dangereux encore que ses patients !

Mon avis

Ce livre est paru une première fois en 2011. L’auteur l’a revu et corrigé pour cette nouvelle édition.

Il nous emmène à Paris en 1888. Une atmosphère particulière, une vie totalement différente avec des aliénistes qui soignent les personnes souffrant de maladie mentale. D’ailleurs le Docteur Simon Bloomberg est l’un d’eux. Il a besoin d’une gouvernante pour gérer ses rendez-vous, vérifier le bon fonctionnement de sa maison (où se trouve aussi son cabinet) car sa femme, égyptologue, est souvent en déplacement.

C’est la jeune anglaise Sarah Englewood qui se présente pour l’emploi. Elle a suivi son amoureux français, il a fini par l’abandonner et elle a dû se résigner à demander à des amis-es de l’héberger mais il est grand temps qu’elle trouve un travail. Bien que refroidie par l’aspect physique du docteur et son habitation assez baroque, elle donne suite lorsqu’il lui propose l’embauche. Une chambre à elle, l’eau sur l’évier, de la bonne nourriture, dans un premier temps, elle pousse un grand ouf.

Mais rapidement, elle se pose des questions. Qui est Ulysse, ce géant tout dévoué à Simon ? Que se passe-t-il dans le bureau lorsque les patients sont reçus ? Pourquoi l’épouse est-elle toujours absente ? La réputation de Bloomberg n’est pas toujours bonne. Que cache-t-il et pourquoi ?

En parallèle, l’inspecteur Desnoyers, et son adjoint Mesnard doivent mener l’enquête. Il se passe des choses bizarres à la morgue malgré la présence d’un gardien. Des cadavres disparaissent ! Des morts sont retrouvés nus, sur les pavés. Et quand sur le chemin des investigations, les policiers croisent le sulfureux aliéniste, ils s’interrogent sur son rôle. Est-il mêlé à tout cela ? Comment, à cause de quoi ?

C’est dans une capitale aux rues sombres, où coulent l’absinthe, l’alcool et où certains prennent du laudanum, que se déroule cette histoire combinant spiritisme, psychiatrie, énigme policière.

Le quotidien des différents personnages est très bien décrit, on s’y croirait, on visualise chaque scène, chaque lieu, les descriptions sont très pointues. Les dialogues et les rencontres apportent un intérêt supplémentaire. La vie à cette époque est bien présentée. C’est vraiment une force de ce texte. On entend les sabots des chevaux, on sent les odeurs évoquées, on voit les individus arpenter les rues….

J’ai particulièrement apprécié Sarah. Elle est jeune mais plutôt volontaire. Elle sent que son employeur ne lui dit pas tout, que des choses louches se préparent. Elle pourrait se terrer dans sa chambre enfouie sous ses draps. Mais elle ose aller fouiller un peu, observer, faire des déductions. Un sacré caractère cette petite demoiselle !

L’aliéniste, lui, est troublant. On ne sait pas trop que penser de lui. Est-ce qu’il nous manipule, est-ce qu’il dit la vérité ? N’essaie-t-il pas d’obtenir ce qu’il veut en trichant ?

L’écriture de l’auteur est fluide, parfaitement imprégnée du climat de cette période. Il maîtrise aussi bien le fond que la forme. Il y a du rythme, des rebondissements. On se demande ce qui va suivre, comment vont s’en sortir les gens que l’on pense perdus.

Un roman abouti, à découvrir et surtout un excellent polar historique !


"Comme si de rien n'était" de Barbara Abel

Comme si de rien n’était
Auteur : Barbara Abel
Éditions : Récamier (11 Avril 2024)
ISBN : 978-2385770433
370 pages

Quatrième de couverture

Dans l'existence d'Adèle, chaque chose est à sa place, toujours. Elle règne sur sa vie, parlemente avec le destin, orchestre le hasard qu'elle a appris à dompter mais qui – elle ne le sait pas encore –, est sur le point de lui exploser au visage.
À la sortie du cours de musique de son fils, elle rencontre le nouveau professeur de solfège, Hugues Lionel. Leurs regards se croisent. Lui, semble troublé et dit la reconnaître. Qui est cet homme, et pourquoi l'appelle-t-il Marie ?

Mon avis

Je viens de fermer ce livre et j’en ai encore des frissons. Tout semble lisse, tranquille mais que peut-il se cacher derrière une façade d’habitation ordinaire ? C’est au-delà des murs que nous entraîne Barbara Abel.

Un couple, Adèle, Bertrand, un fils, Lucas, huit ans. Un joli pavillon, de bonnes situations professionnelles et un quotidien sans histoire. Elle a un rapport au temps qu’elle matérialise en surface, le temps devient balade, marathon, course suivant ce qu’elle en fait, ce qu’elle a à faire. Elle rythme ainsi sa journée. Et l’essentiel : être prête le soir pour son mari. C’est un homme qui ne supporte pas le mensonge, qui a besoin de tout savoir. Elle l’aime et met tout en place pour le satisfaire, c’est peut-être parfois exagéré. Mais on n’aime jamais trop n’est-ce pas ?

Lucas est un petit garçon calme, qui ne montre pas ses émotions, il observe, décrypte et enregistre sans faire de commentaire. Il prend des cours de solfège et son enseignante est en arrêt. Lorsqu’Adèle va le chercher à la fin de la séance, le professeur remplaçant, Monsieur Hugues Lionel, se fige. Il dit la connaître et l’appelle Marie.

Que faire de cette information ? Est-elle vraie ou fausse ? Est-ce un leurre, un arrangement avec la vérité ? Seule Adèle peut répondre et voir si cela est dérangeant dans sa vie. À partir de là le lecteur suit Adèle d’une part et Hugues d’un autre côté dans leur quotidien.

On rentre dans leur intimité, dans leurs pensées, on ressent leur angoisse, leur bien-être, leur peur ou leur bonheur. Barbara Abel décortique, analyse au plus près chaque situation avec ses tenants et ses aboutissants. Rien n’est laissé au hasard. Elle tisse une immense toile dans laquelle elle nous enferme pour notre plus grand plaisir. Le souffle court, les mains moites, on attend chaque décision des personnages. Vont-ils réagir à l’instinct, prendre du recul, se concerter, réfléchir ?

C’est avec une écriture nerveuse, pointue, précise, sans fioriture que l’auteur nous entraîne dans l’univers de ses personnages. Les mots tombent comme autant de couperets, froids, pour décrire les faits comme ils sont, sans emphase, sans empathie, bruts. Parfois, c’est presque saccadé comme si les phrases se bousculaient, parce que le temps s’accélère … Suspense, rebondissements au détour d’un couloir, derrière une porte, ou lors d’un regard échangé…. Tout s’emboîte, elle a pensé chaque détail et lorsqu’on imagine avoir tout cerné, elle nous scotche avec un autre élément nous obligeant à penser « ah oui quand même ! ».  

C’est terrible de pénétrer aussi près des individus, de partager autant avec eux, on aurait presque peur de les voir arriver dans notre salon tant on sent la proximité avec les protagonistes. C’est dire si on est imprégné du récit.

Je conseille ce roman à toutes les personnes qui veulent lire un thriller psychologique. Les personnalités et les caractères sont disséqués pour qu’on ait, si possible, une explication à leur comportement. Même s’il reste toujours une part d’ombre…

Noir, sombre, terriblement addictif, inventif, surprenant jusqu’à la fin, ce recueil ne laissera personne indifférent !

 

"fille, 1983" de Linn Ulmann

 

fille, 1983 (Jente, 1983)
Auteur : Linn Ullmann
Traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud
Éditions : Christian Bourgois (4 Avril 2024)
ISBN : 978-2267050134
280 pages

Quatrième de couverture

En 1983, à seize ans, Linn Ullmann passe une nuit à Paris qui la changera à jamais. Près de quarante ans plus tard, elle tente de comprendre la jeune fille qu'elle a été. Des souvenirs obsédants la ramènent à cette adolescente en rébellion contre sa vie, ses parents célèbres, son lycée à New York où elle réside avec sa mère. Et puis cette folle décision de prendre un avion pour Paris, seule, parce qu’un célèbre photographe croisé dans un ascenseur la réclame pour un shooting de mode. Perdue dans une capitale qu’elle ne connaît pas, elle erre dans les rues, avant d’être livrée aux mains d’un homme de trente ans son aîné.

Mon avis

Ce roman est largement inspiré de ce que l’auteur a vécu à seize ans lorsqu’elle est venue à Paris. Le rédiger n’a pas été simple, elle a essayé plusieurs fois avant de trouver comment s’y prendre. Et une fois lancée, tout est venu plus facilement, elle a exprimé ce qu’elle avait accumulé. Elle a dû être soulagée d’avoir « extirper » tout cela, en espérant que l’avoir couché sur le papier lui a permis de tourner la page.

« En écrivant ce qui m’est arrivé, en racontant l’histoire de la manière la plus véridique possible, je m’efforce de les rassembler dans un seul corps : la femme de 2021 et la fille de 1983. »

Alternant ses souvenirs avec le présent (en 200/2021), elle revient sur l’année 1983, où jeune adolescente, elle est partie à Paris, contre l’avis de sa mère, pour suivre A., un photographe de quarante-quatre ans, qui lui avait fait miroiter un avenir de mannequin. Le mouvement Metoo avec le droit des femmes à disposer de leur corps n’était pas encore en vogue et les filles subissaient plus qu’elles ne choisissaient. Mais voir les faits sous cet angle serait un raccourci.

C’est un concours de circonstances qui la précipite dans le lit de cet homme. Avait-il déjà calculé cette conclusion ? Pas sûr. Linn Ullmann explore toute l'ambiguïté de la situation : son désir de plaire, de jouer avec son corps mais son besoin de maîtriser les événements. Elle ne se pose pas forcément en victime, elle reconnaît son implication. Des années après, elle porte son regard sur cette fille et essaie de la comprendre. Elle a désobéi, menti à sa mère et elle l’assume. Mais pourquoi sa maman n’est-elle pas venue la récupérer ? Que lui a-t-elle fait croire pour rester dans la capitale ?

Elle établit de nombreux discrets parallèles avec des femmes ayant vécu des choses semblables. Le rouge de son chapeau rappelle le petit chaperon rouge qui se jette dans la gueule du loup. Mais il y a également des allusions à Marguerite Duras, Annie Ernaux…. Toutes ont été confrontées à des agissements d’hommes sans l’avoir choisi. Ce sont des moments délicats, avec beaucoup d’ambivalence, de tiraillements.

La mémoire est quelques fois fragile, celle de l’adolescente, de sa mère… mais reparler de tout cela leur permet de poser des mots, d’échanger, d’avancer …

L’auteur est la fille du cinéaste Ingmar Bergman et de l’actrice Liv Ullmann. Le milieu dans lequel elle a évolué a-t-il eu une influence sur ce qu’il s’est passé lorsqu’elle était adolescente ?  Elle a croisé A. dans un ascenseur….

La forme du texte peut surprendre au début. On repart en arrière, on revient au présent, il n’y a pas toujours la date. Mais c’est bien comme ça que fonctionne notre esprit. On pense à quelque chose de précis qui nous fait rebondir sur un autre fait, ou le mettre en parallèle, ailleurs, à une autre date…. Pour moi, cela a plutôt été une force du texte de se présenter comme cela.

L’écriture est profonde (merci au traducteur), explicite, plutôt détaillée. Linn Ulmann se confie à nous et nous offre un texte fort sur l’arrivée brutale d’une jeune fille dans le monde adulte.


"Aranea - Le neuvième livre" d'Alexandre Murat

 

Aranea - Le neuvième livre
Auteur : Alexandre Murat
Éditions : Fleuve (4 avril 2024)
ISBN : 978-2265157569
322 pages

Quatrième de couverture

Avril 1939. Une expédition commanditée par Himmler se lance sur les traces d'un mystérieux livre au milieu des montagnes de l'Himalaya.
Mars 2021. Alex, professeur d'histoire des Civilisations à Harvard, et Mary, à la tête de son agence de sécurité privée, sont loin d'imaginer qu'ils vont devoir, contre leur volonté, mener la plus dangereuse de leurs quêtes et affronter une redoutable ennemie.

Mon avis

Alexandre Murat est un descendant direct du maréchal Murat, beau-frère de Napoléon. Passionné d'histoire, il s'intéresse aux civilisations perdues, et bien sûr à l'histoire de l'Empire qui a bercé son enfance. C’est dire si tout cela est dans son ADN…

Son deuxième titre, avec le même couple : Alex, professeur d’histoire des Civilisations, et Mary, responsable d’une agence de sécurité, peut se lire indépendamment du premier. Il offre au lecteur la possibilité de voyager dans le temps (deux retours en arrière pour éclairer le présent) et l’espace (pas moins de six pays) L’intrigue est liée à Napoléon et c’est absolument génial car réfléchi et en rapport avec des événements et des faits réels.

Sans dévoiler quoi que ce soit, certains hommes œuvrent dans l’ombre pour récupérer le savoir absolu. Mais ils sont surveillés et les jeux de pouvoir sont importants. On va donc assister à une course poursuite, des combats, des discussions musclées…. Tout sera mis en place par chacun pour réussir sa mission : tricherie, accord sous le manteau, manipulation ….

Alex et Mary se retrouvent, bien malgré eux, au cœur de l’aventure. « Obligés » de participer en quelque sorte, ça les sort de leur quotidien et chacun d’eux aura besoin de toutes ses compétences pour faire face. La grande force de l’enseignant c’est de pouvoir se projeter dans l’Histoire (avec un grand H), en s’imprégnant du contexte, pour comprendre le fonctionnement et les raisonnements des individus de l’époque. Mary, elle, a une vision d’ensemble, elle anticipe, et a d’excellentes qualités de défense alors que son conjoint est vite démuni, voire paralysé, face à la violence.

L’écriture nerveuse, « musclée » de l’auteur est un régal. On ne s’ennuie pas une seconde, il se passe toujours quelque chose. Les nombreux rebondissements donnent du rythme et maintiennent le suspense, indispensable dans ce genre d’ouvrage. Bien documenté, intéressant, captivant, ce récit est addictif. Son style est vif, les scènes sont présentées avec peu de mots, pour être très visuelles et ne pas perdre de temps en digressions, les dialogues sont vivants, quant aux différents individus, on sent bien qu’ils ont des failles, des faiblesses et on se demande qui les fera céder et comment.

Je suis toujours impressionnée par ces livres mêlant faits historiques et imaginaires avec une fluidité qui démontre un gros travail de fond (que l’on a tendance à oublier tant tout cela semble facile). Je serai curieuse de connaître la méthode utilisée (Alexandre Murat fait-il un plan ? Se sert-il de la « formule » FIND comme son personnage Alex ?)

J’ai vraiment apprécié ce recueil, je me suis tout de suite repérée (les lieux et la date sont indiqués en début de chapitre, donc ce n’était pas difficile). Quelques pages et on change d’endroit, il y a du mouvement en permanence. C’est agencé à la perfection, ça s’emboîte et ça tient la route tant sur le fond que la forme.

Je ne connaissais pas Alexandre Murat et je suis ravie de ma découverte !

NB : En fin d’ouvrage, de nombreuses références reprennent les éléments véridiques du texte. Il y a également une belle bibliographie.

"L'ombre du prédateur" de Gérard Saryan

 

L’ombre du prédateur
Auteur : Gérard Saryan
Éditions : Taurnada (14 mars 2024)
ISBN : 978-2372581295
380 pages

Quatrième de couverture

Lorsqu'un adolescent est découvert crucifié sur une plateforme au milieu du lac de Lambecq, les villageois sont consternés. Qui a pu commettre un acte aussi odieux ? La même nuit, la soeur de la victime disparaît. A-t-elle été enlevée par l'assassin de son frère ? La capitaine de police Agnès Demare est envoyée sur place afin de prêter main-forte aux gendarmes. Ses faits et gestes sont relayés sur les réseaux sociaux par Jade, une célèbre influenceuse lilloise. Pour ces deux femmes que tout oppose, une enquête tentaculaire commence. La soif de vérité emporte Agnès et Jade dans un tourbillon où la proie n'est pas toujours celle que l'on croit.

Mon avis

Ce roman fait suite à « Sur un arbre perché » du même auteur, mais malgré tout il peut se lire de façon indépendante, quelques rappels glissés çà et là apporteront ce qu’il y a besoin de connaître. On retrouve la capitaine de police Agnès Demare. Elle a démontré ses qualités dans la précédente aventure.

Le prologue fait déjà frissonner, il parle d’une petite fille qui a disparu alors qu’elle était en centre de vacances. Puis on passe plusieurs années et on découvre une famille qui campe, au bord de l’eau dans un lieu idyllique et tranquille. La nuit arrive, parents et enfants (Guillaume, adolescent, et Betty plus jeune) se couchent dans le camping-car. Au matin, les deux jeunes manquent à l’appel. Rapidement, c’est l’horreur et la scène est difficilement soutenable, le garçon a été crucifié sur une plateforme posée près des berges du lac. Sa sœur ne réapparaît pas. Le couple est effondré car malgré les recherches, aucun indice ne permet d’envisager ce qu’il est advenu d’elle.

Elle n’est pas de la région mais l’enquête est confiée à Agnès. Bien que cela ne lui convienne pas, on lui « colle » une influenceuse dans les pattes. Jade fait des vlogs, des petites vidéos sur divers sujets. Là, elle suivra le quotidien d’Agnès … Sera-t-elle une aide avec son regard extérieur sur les événements ou un véritable boulet ?

L’intrigue est menée de main de maître. Gérard Saryan fait intervenir policiers et gendarmes, nous montrant le rôle et le fonctionnement de chaque groupe. Agnès est dans l’obligation de collaborer avec la gendarmerie que ça lui plaise ou pas. Ce n’est pas aisé, mais tous n’ont qu’un but : résoudre cette enquête,

De nombreux thèmes sont abordés, pas seulement celui de la perte d’un enfant. L’auteur souligne l’importance des réseaux sociaux qui n’agissent pas toujours dans le bon sens.

Son écriture est fluide, addictive. Il a certainement beaucoup réfléchi pour construire son récit à la manière d’un puzzle où tout s’emboîte parfaitement. Il montre les sentiments, les ressentis des protagonistes. Cela permet de « pénétrer » encore plus dans l’histoire. On se sent presque « concernés ». Les différentes situations sont décrites avec précision, on visualise ce qui se déroule. Des rebondissements, des ramifications nous emmènent sur d’autres pistes jusqu’à un final qui laisse entrevoir une suite.

Pendant cette lecture, j’ai souvent eu le ventre noué, je ressentais les émotions des personnages, que ce soit la peur, le doute, l’angoisse, la colère …. Si on réfléchit, c’est ce qu’on cherche, être bousculé, bouleversé, transporté, secoué, lorsqu’on lit, non ? Et bien c’est réussi !


"numéro 17" de Sébastien Le Jean

 

numéro 17
Auteur : Sébastien Le Jean
Éditions : Liana Levi (4 Avril 2024)
ISBN : 979-1034909087
290 pages

Quatrième de couverture

Le jour de Noël, à Paris, un jeune homme est retrouvé mort après une chute du sixième étage de son immeuble. Pour les policiers du secteur, c’est un accident, au pire un suicide. Pour Ronan Sénéchal, commandant à la brigade criminelle, c’est un cadeau du destin. Depuis le fiasco de sa précédente enquête, il n’est plus que l’ombre de lui-même. S’il parvenait à prouver qu’il s’agit d’un assassinat et à démasquer le tueur, il pourrait retrouver l’estime de sa hiérarchie et de ses collègues. L’enquête officieuse qu’il entame en solo prend rapidement une tournure inquiétante : l’étudiant assassiné s’intéressait de près à un groupe complotiste, L’Hydre.

Mon avis

Chaque jour, l’actualité lui rappelle que le monde est entré dans l’ère des vérités alternatives.

Après avoir lu « Le grand effondrement », premier livre de Sébastien Le Jean, j’avais conclu avec « Un auteur à suivre ! ». Je viens de terminer son deuxième titre et je confirme avec : « Un auteur à ne jamais perdre de vue ».

Réussir une fois à rédiger un récit prenant, intéressant, soulevant des questions d’actualité dans une intrigue passionnante qui se tient, c’est très bien. Confirmer son talent avec une nouvelle aventure, c’est vraiment fort.

Dans ce roman, on retrouve Ronan Sénéchal (mais on peut lire cette histoire de façon indépendante), il est blessé moralement, presque brisé au boulot mais a encore de la ressource. Et surtout un excellent instinct de flic. Il est un de ces policiers qui « sentent » les choses, qui peuvent cerner une personne rapidement, et malgré tout, faire parfois des erreurs, simplement parce qu’il est humain ….

On est le 25 Décembre, et un homme jeune, Simon Lacroix, a été retrouvé mort, sur le trottoir, devant son immeuble. Il a chuté depuis le balcon de son appartement. La soirée ayant été bien arrosée, il a probablement trébuché. C’est triste mais affaire classée. Euh, non pas vraiment …  Son paternel étant bien placé (directeur de cabinet du ministre de la justice), il exige des investigations plus précises, ne croyant ni au suicide, ni à l’accident alors que son fils avait une vie plutôt rangée : thésard, en couple.

Tout le monde pense qu’il faut calmer le père, et l’équipe d’astreinte en ce jour de fête (celle de Ronan) est dépêchée sur place. Ils n’ont pas vraiment envie de sortir mais ils y vont. Lors de la visite approfondie de l’appartement, plusieurs petits détails interpellent Ronan et il décide de prouver qu’il s’agit d’un homicide afin qu’il y ait une enquête. Pas facile mais il y arrive.

Interroger la copine, les ami-e-s, les parents, le tuteur de thèse est la première chose à laquelle se consacrent les policiers. De recoupements en recoupements, il s’avère que l’étudiant préparait son mémoire sur le négationnisme (le déni de faits historiques malgré les preuves). Ses recherches l’avaient amené sur le terrain des théories du complot, sujets plutôt très « tendance » mais également dérangeant pour ceux qui y croient.

Ronan décide de creuser et d’approfondir ce qu’il découvre mais, malgré son expérience, il est loin d’imaginer où tout cela va l’entraîner. Il se met parfois en danger, ne respecte pas tous les protocoles car il veut obtenir des réponses. Têtu, opiniâtre, il suit les traces de Simon et il détecte des faits graves, il faut agir au plus vite mais comment ? En face, les hommes « de l’ombre » sont très forts, inventifs, et ont des ramifications partout.

Mené sur un rythme emballant, avec un contexte brûlant, une écriture puissante, des personnages bien définis, ce récit ne se lit pas, il se dévore ! Une fois commencé, difficile de le lâcher. Ce que décrit l’auteur est très réaliste, entre fausses dépêches, influences néfastes, on se rend compte que l’on est quelques fois un peu crédules. Mais qui n’a pas fait circuler un hoax en y croyant dur comme fer et en pensant rendre service à ses connaissances ? Le texte nous rappelle, si besoin est, qu’avec les nouveaux médias, beaucoup d’infos circulent vite mais ne sont pas toujours justes.

Ce recueil m’a happée, fascinée. Il est captivant et pertinent. L’auteur s’est renseigné et glisse çà et là des informations, des faits réels qui apportent un plus à son écrit. Ce qu’il présente pourrait exister et on sent les frissons qui nous parcourent. Je suis impressionnée par l’acuité dont il fait preuve pour observer les dérapages de notre société, analyser pourquoi et comment certains en arrivent à dériver, à faire et dire n’importe quoi.

Je le redis : : « Un auteur à ne jamais perdre de vue ».

"Le refuge" d'Alain Beaulieu

 

Le refuge
Auteur : Alain Beaulieu
Éditions : Liana Levi (4 Avril 2024)
ISBN : 979-1034909285
242 pages

Quatrième de couverture

S’installer dans un chalet au pied d’une montagne est le rêve d’une vie pour Antoine, ancien professeur de création littéraire à l’université, et pour Marie, autrefois éducatrice. Ils profitent paisiblement de leur nouvel univers jusqu’à une nuit de juin sans lune, lorsqu’un braquage inattendu vient chambouler leur tranquillité. Dans un accès de colère, Antoine s’empare de son arme de chasse, geste aux conséquences irrémédiables qu’il ne cessera de se reprocher. Son bien le plus précieux, la sérénité, est définitivement perdu.

Mon avis

« Mais je n’arrive plus à mettre le couvercle sur la marmite, et ça déborde partout. »

Alain Beaulieu est directeur littéraire aux Éditions Druide et professeur titulaire au Département de littérature, théâtre et cinéma de l'Université Laval à Québec. Il a écrit des nouvelles, des romans, des pièces de théâtre …

« Le refuge » est son dernier titre et a été Lauréat du Prix France-Québec 2023. C’est un excellent livre qui explore avec une précision chirurgicale les conséquences d’un geste irréfléchi.

Marie et Antoine sont retraités, il était enseignant en création littéraire, elle était éducatrice. Pour profiter de chaque instant, à fond, et être près de la nature, ils se sont installés au « Refuge », un chalet près de la montagne. Ils y vivent tranquilles, avec peu de luxe, quelques voisins. En communion avec leur environnement, ils sont heureux.

Jusqu’à une nuit, périlleuse, où des voleurs se pointent chez eux, les agressant et leur demandant de l’argent qu’ils n’ont pas. Devant les blessures infligées à son épouse, Antoine est en colère, et lorsque les indésirables partent, avec trois fois rien, il sort son fusil et tire. Cet acte n’est pas neutre et aura des conséquences et des ramifications inattendues.

L’auteur « décortique » avec beaucoup d’intelligence tout ce que cela va engendrer. Ce qui est vraiment terrible, c’est de voir les options qui s’offrent au couple, les choix qu’ils font et ce que ça entraîne à chaque fois. Pendant plusieurs mois, régulièrement, ils sont confrontés à « un cas de conscience » et sont dans l’obligation de prendre une route ou une autre. Que faire ? Y-a-t-il de bonnes ou de mauvaises décisions ? Et qui doit les prendre ? À qui demander conseil ? Avec qui partager et est-ce une bonne idée ? Ne vaut-il pas mieux garder tout cela dans la sphère intime ?

Ce récit est surprenant, original, bien écrit, captivant bien qu’il y ait peu de personnages. La culpabilité est analysée de l’intérieur. Tout d’abord du point de vue du « fautif », de ce mari qui a commis l’irréparable et qui est hanté par son acte. D’ailleurs, il se décide à coucher sur le papier les événements de cette nuit puis de ceux que cela a provoqué, pour lui et tous ceux qui feront partie des dommages collatéraux. Il a besoin de prendre du recul, de réfléchir. Il écrit mais sa compagne décide de donner elle aussi son point de vue et chaque fois qu’il s’exprime, elle complète et éclaire les faits sous un autre angle. On a de ce fait deux narrateurs.

Le style et les réflexions sont parfaitement adaptés à chacun : l’homme ou la femme. On observe ainsi leurs dialogues, leur approche de ce qui les perturbe beaucoup, leurs échanges, leurs intentions suivies de ce qui se déroule réellement car on ne maîtrise jamais tout n’est-ce pas ? On découvre dans ce texte, comment un grain de sable, de petites choses peuvent bouleverser le cours d’une vie, de plusieurs destins ….

Au début de chaque chapitre une citation en exergue, bien ciblée, elle nous rappelle la fragilité de l’avenir qui ne nous appartient pas.

« Le refuge », un endroit choisi par ces habitants pour son calme et vivre en paix jusqu’à ce que ….