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"Des larmes dans les yeux" de Virginie Boissier

 

Des larmes dans les yeux
Auteur : Virginie Boissier
Éditions : Encrea (1er Mai 2026)
ISBN : 978-2386890284
90 pages

Quatrième de couverture

On apprend à se taire.
À faire comme si de rien n’était.
À vivre avec ce qui nous a brisé.
Ce recueil parle de ça.
De la violence.
Du harcèlement.
Des abus.
De tout ce qu’on minimise, excuse, ou enterre pour continuer à avancer.
Les mots ici ne sont pas là pour rassurer.
Ils sont là pour dire.
Dire que ce n’était pas normal.
Dire que ce n’était pas de votre faute.
Dire que certaines blessures ne disparaissent pas en silence.
Des Larmes dans les yeux n’est pas un livre confortable.
C’est un livre nécessaire.
Et si ces pages font écho à quelque chose en vous,
alors vous savez déjà pourquoi elles existent.

Mon avis

Briser le silence, mettre des mots sur les maux.

Virginie Boissier a choisi de s’exprimer par la poésie avec une écriture réaliste.

Elle évoque les blessures de l’âme, celles du corps, les gestes qui détruisent, les choses insidieuses qui font mal.

Mais elle parle aussi de la lueur d’espoir, de ceux qui accueillent et comprennent la douleur, de ceux qui apaisent et aiment vraiment.

Et puis, elle élargit son regard et va plus loin, présentant d’autres sujets, dont certains en lien avec l’actualité.

« Dans l’ombre des matins où tremble l’espérance,
Les greniers sont pleins d’or que la misère dénonce.
Quand la Terre nourrit mais que l’injustice avance,
Le silence se brise et la détresse l’inonde. »

Chaque texte a en « toile de fond » une photo qui complète le message transmis. Elles sont significatives, choisies avec soin.

L’autrice montre qu’elle a une grande sensibilité et qu’elle sait écrire avec beaucoup d’intelligence. Elle n’agresse pas ceux qui ont eu tort, elle reste assez factuelle. Elle dénonce les faits mais du côté des victimes, sans en rajouter. Et elle n’oublie pas :

« Pourtant, sous tant de ruines, une lueur s’accroche.
Une force ancienne lutte et refuse la roche.
Même au fond du néant, une braise subsiste,
Assez vive pour dire qu’un jour elle résiste. »

Elle transmet de nombreuses émotions. Certains écrits sont bouleversants et dégagent quelque chose de puissant qui laisse une trace. Son style est élégant, il touche l’esprit mais aussi le cœur.

Chaque lecteur trouvera au moins un texte qui fera écho en lui et s’il peut lui faire du bien, c’est parfait.

Écrire de la poésie est, à mon avis, un exercice difficile. Il faut trouver des phrases mélodieuses et expressives sans être lourd, et surtout « faire vibrer » celui ou celle qui lit.

Avec moi, c’est réussi !

NB : Le livre ressemble à son contenu : il est beau avec sa couverture glacée et soignée, bien imprimé et tout est magnifiquement présenté !


"Liberté" de Paul Eluard

 

Liberté
Auteur : Paul Éluard
Illustrateurs : Cécile Gambini, Martin Jarrie, Noushin Sadeghian et quinze autres
Éditions : Rue du monde (31 mai 2024)
ISBN : 978-2355047664
54 pages

Quatrième de couverture

Ce poème, écrit et édité clandestinement en pleine Seconde Guerre mondiale, est un chant puissant contre la barbarie nazie, mais il est surtout un hymne universel à notre soif de liberté. Comme dans un miroir, chacun peut y lire ses propres rêves, à la manière des 15 illustrateurs qui nous offrent les leurs dans cet album. Avec un dossier documentaire sur Paul Éluard et son poème, illustré par de nombreuses photographies.

Mon avis

Un poème et dix-huit illustrateurs pour un album magnifique, unique ! Vendu dans le cadre de livre de l'opération l'Été des bouquins solidaires, en collaboration avec le Secours populaire.

« Liberté » de Paul Éluard est LE poème qui m’a fait aimer la poésie, j’ai les œuvres complètes de cet auteur. Ses textes me parlent, me plaisent, m’interpellent.

Quand ce recueil a croisé ma route, il était inimaginable qu’il ne finisse pas dans ma bibliothèque.

Sur chaque double page, un, deux ou trois paragraphes du poème illustré à chaque fois par un artiste différent. Cela peut être du collage, de l’aquarelle, des fusains, de l’acrylique, de l’encre, de la peinture au pinceau, au couteau, etc … En fin d’ouvrage chacun des participants est présenté en quelques lignes, c’est vraiment un plus ! Les styles sont très différents et c’est intéressant de découvrir la résonnance que les mots ont eu pour chaque intervenant-e et comment il ou elle l’a exprimé.



Un dossier documentaire, très référencé, de huit pages sur l’auteur complète ce beau livre. Il y a des photographies sépia, quelques lignes pour expliquer sa vie, ses choix et surtout la fabuleuse histoire de « Liberté », ce texte publié clandestinement, parachuté par les avions de la Royal Air Force sur la France occupée.

Il a été publié avec un autre titre (pour déjouer la censure) en juin 1942 à Alger. Le responsable de la revue qui trouvait pénible les répétitions « j’écris ton nom », n’a pas lu jusqu’au bout, persuadé que c’était une célébration de l’amour et il a mis le tampon « approuvé ». Une fois imprimé, il a réalisé que le message était plutôt porteur de résistance…

En France, ce sont les éditions de la Main à la Plume qui l’ont fait paraître en l’antidatant pour éviter une nouvelle fois tout problème.

Un extrait :

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable, sur la neige
J’écris ton nom…

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer : LIBERTÉ

J’ai, chaque année scolaire, fait apprendre tout ou une partie de Liberté à mes élèves. Les mots employés sont universels, ils seront toujours d’actualité car, malheureusement certains doivent encore lutter pour préserver leur-s liberté-s.


"Veilleur de nuit" d'Emil-Julian Sude (Paznic de noapte)

 

Veilleur de nuit (Paznic de noapte)
Auteur : Emil-Iulian Sude
Traduit du roumain par Gabrielle Danoux
Éditions : Maïa (11 Avril 2024)
ISBN : 9791042504397
84 pages

Quatrième de couverture

La poésie d’Emil-Iulian Sude se définit par un mélange organique d’ironie et d’auto-ironie avec une méditation spirituelle, une quête de soi, des préoccupations pour les droits de l’homme et la contestation de toute forme de discrimination.

Mon avis

nos cœurs de veilleur de nuit battent
d’amour.

Emil-Iulian Sude est l'un des premiers poètes d'origine rom écrivant en roumain à avoir eu de nombreuses récompenses pour ces écrits.

Je sais pertinemment que la poésie « ne parle pas » à tout le monde, qu’on peut aimer certains textes et pas d’autres ou carrément détester toutes formes de poèmes.

Ce recueil que je viens de découvrir est une œuvre subtile où l’auteur passe régulièrement du « nous » au « je ». C’est dire s’il se sent concerné par ce qu’il évoque. On se rapproche parfois de sa vie, de ses souvenirs, de son enfance, de ses errances puis il prend un peu de recul et parle de ceux qu’il côtoie, qu’il observe…

Avec des mots choisis, il partage des galères, des petits bonheurs, des coups de gueule, des coups de cœur …  C’est âpre, rugueux, douloureux, on prend tout ça en pleine face.

« Nous avons un colossal désir de vivre »

écrit-il. Et pourtant les conditions de vie ne sont pas agréables pour ceux qui luttent chaque jour pour s’en sortir. On sent la révolte sous les mots, mais jamais on ne lit de plaintes.

« Nous restons sans travail en plein hiver
mais nous ne nous plaignons guère. pour nous toujours
il y aura quelque chose à garder, nous bâtissons
nous-mêmes un objectif à garder »

J’ai pensé à la traductrice (que je remercie). Comment choisir chaque mot pour que le message, la musicalité de chaque ligne soit celui et celle que souhaitait l’auteur ? Je pense qu’il faut déjà bien le connaître, le comprendre pour transmettre ce qu’il a voulu exprimer. En tout cas, bravo !

J’aime que les mots volent et virevoltent, qu’ils me fassent rêver, qu’ils me portent et m’emportent dans un autre monde, même s’il est un peu sombre… on y trouve toujours des lucioles pour offrir une pointe de lumière et laisser celle-ci dans les yeux de la lectrice que je suis.


"Kaddish et autres poèmes" d'Allen Ginsberg (Kaddish and Other Poems)

Kaddish et autres poèmes (Kaddish and Other Poems)
1958-1960
Auteur : Allen Ginsberg
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard
Éditions : Globe (8 Février 2024) Nouvelle traduction
ISBN : 978-2267050349
240 pages

Quatrième de couverture

À 30 ans, Allen Ginsberg apprend la mort de sa mère, Naomi, confrontée depuis longtemps à la maladie mentale. Affecté en mission sur un bateau, il ne pourra pas assister à son enterrement. Il lui faudra trois années pour achever le poème qu’il lui a dédié. Second recueil poétique de Ginsberg paru en 1961 en anglais, comportant un long poème narratif et une quinzaine d’autres courts poèmes – nombre d’entre eux ayant été écrits sous influence –, Kaddish est l’une des œuvres marquantes de l’univers sulfureux de la Beat Generation.

Mon avis

Allen Ginsberg (1926-1975) est un poète américain. Il était membre de la Beat Generation, un mouvement littéraire aux Etats-Unis où les artistes se « libèrent », « osent » ce qui a donné lieu à divers scandales. C’était un homme atypique, aimant le jazz et la pop, hindouiste et bouddhiste, moderne, pacifiste et dérangeant dans ces premiers écrits, très crus.

Kaddish (une référence à la prière des morts chez les juifs), c’est un long poème narratif, écrit sous l’influence des amphétamines. Il y pose des réflexions sur le parcours et la mort de sa mère (Naomi). Elle a lutté toute sa vie contre des problèmes mentaux et a essayé divers traitements avant de mourir dans un asile.

Dans ce long texte, les pensées se bousculent, les mots arrivent à flots, racontant le quotidien de cette femme, vu par son fils, ses peurs à l’hôpital, leurs échanges, sa détresse à lui, l’attitude des uns et des autres face aux désordres mentaux de Naomi. Il a sans doute aimé sa génitrice, elle a aimé, à sa façon, son enfant. Avec maladresse, avec tendresse, avec une pointe de folie, des erreurs, mais qui n’en commet pas ? Il partage énormément de choses, très intimes, va-t-il trop loin ? Rédiger Kaddish a été un long chemin. Il en avait sans doute besoin puisqu’il n’était pas là lorsque sa mère est décédée.

Allen laisse les souvenirs venir à lui, ce n’est donc pas structuré, linéaire mais c’est vraiment comme dans notre esprit, une suite de « flashs » qui s’imposent, se mêlent, se superposent, l’un entraînant l’autre. Il les couche sur le papier. Hymne, ode, poésie, les mots voltigent, s’envolent, murmurent ou hurlent … Il parle de la vie de sa maman mais aussi de son ressenti, de ses émotions face à la mort (dont la sienne). La religion est évoquée, les questionnements face au sens de la vie, à ce qu’on veut mettre dans ses activités, ses choix.

Ce sont souvent des phrases de deux lignes avant d’en écrire une nouvelle, aussi longue. Quelques fois, un mot en retrait, certains sont répétés. L’auteur veut-il les imprimer en nous ? Il a écrit un poème fusée comme un message envoyé dans l’au-delà dont il se demande s’il sera compris ici sur terre ou là-bas.

Les autres poésies sont plus courtes, assez personnelles. Il se livre sans concession, il écorche les bien-pensants, les personnes trop lisses, l’Amérique. « Inutile d’écrire quand l’esprit ne guide pas », il a eu parfois recours à de stimulants pour sortir ce qui bouillonnait en lui ….

À la fin du recueil, les mêmes textes en version originale. Et, entre les deux, la vie de Naomi avec quelques photographies en noir et blanc. On y découvre une femme troublante, qui a sans doute chercher à exister dans un monde où il lui était difficile de trouver sa place,  d’être elle-même. La genèse de Kaddish est présente aussi dans cet ouvrage.

La poésie m’a toujours « parlée », elle me bouscule, elle m’émeut, elle me fait rêver, elle me procure de nombreuses émotions. J’aime que l’on joue avec les mots, qu’on les agence pour une mélodie qui me surprendra par différentes tonalités. C’est le cas avec ce recueil. Je ne connaissais pas Allen Ginsberg et je suis heureuse de cette « rencontre ».

 

"Un cursif ABC 26 poèmes dans la caboche d’une élève de CP" de Jean-Baptiste Verrier

 

Un cursif ABC
26 poèmes dans la caboche d’une élève de CP
Auteur : Jean-Baptiste Verrier
Illustrateur : Pierre François Rault
Éditions : du Volcan (8 novembre 2022)
ISBN : 979-1097339500
80 pages

Quatrième de couverture

Un cursif ABC, sous-titré 26 poèmes dans la caboche d’une élève de CP, fait du quotidien de millions d’écoliers âgés de 6 à 7 ans le sujet d’un recueil de poésie. Les poèmes rendent un hommage appuyé à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Ils célèbrent également les moments de vie inimitables de cet âge : les premiers « meilleure copine et meilleur copain », les confidences durant les récrés, le retour chez soi le soir auprès des parents… En une année de CP et 64 pages, on apprend bien des choses sur nos affreux et gentils gamins.

Mon avis

Dans la préface, écrite par Nathalie Duclos, une phrase de Paul Éluard est citée : « Il y a des mots qui font vivre. ». Le ton est donné….

Dans ce livre, chaque lettre de l’alphabet est révisée. Page de gauche un dessin en noir et blanc, la lettre, espiègle, s’échappe, se courbe, se penche… Chacune est mise en scène, parfois avec quelques mots qui font rire ou sourire. Les tracés semblent être faits à l’encre de Chine. C’est fin, aérien, tout doux…

Page de droite, un poème….. En lien avec l’école, les élèves, leurs questions, leurs gribouillis, leurs chamailleries etc… et avec un rappel de la lettre qui est en face (on est bien d’accord : K comme Kanard….)

L’écriture est légère, exquise, délicate. Les mots dansent, se figent, se posent, s’évadent… On les suit sur la feuille, on va à la ligne pour lire le vers suivant (pas le ver luisant…). Tout s’enchaîne sans fausse note, pour nous faire rêver… Ce sont des écrits à hauteur d’enfants. On y trouve de l’émotion, de la naïveté….

La poésie de la lettre L est ma préférée ;-) je lis des livres, tu lis des livres…

Ce petit recueil a du charme, les illustrations renforcent l’aspect poésie, complètent à merveille les textes. L’auteur et l’illustrateur sont doués !

C’est une lecture plaisir comme je les aime.


"Et elles se mirent à courir" de Julie Gaucher

 

Et elles se mirent à courir
Auteur : Julie Gaucher
Éditions : du Volcan (8 Novembre 2022)
ISBN : ‎ 979-1097339470
92 pages

Quatrième de couverture

Les femmes courent, nagent et n’ont pas attendu d’avoir la permission pour vivre « en corps ». Les vers de Julie Gaucher plongent dans l’intimité des corps de sportives, questionnent ces expériences, les sensations physiques et les émotions qui naissent de l’effort sportif. À travers la course et la nage - des activités universelles - la poétesse évoque ses souvenirs denfant, de femme et de mère, mais aussi de sportive, de compétitrice et de voyageuse.

Mon avis

Ce recueil est découpé en trois parties : « Courir », « Nager », « Dans les gradins ».

Dans ses poèmes, Julie Gaucher rend hommage aux femmes, à leur corps, à leur persévérance dans le sport, à leur volonté. Elle évoque ce qu’elle a vécu, que ce soit en tant que sportive, voyageuse, mère etc.

Grâce à elle, j’ai fait connaissance avec Kathrine Switzer, une allemande qui a couru le marathon de Boston, car rien ne précisait qu’il était interdit aux femmes. Mais des hommes ont essayé de lui arracher son dossard, de la faire tomber…misogynie quand tu nous tiens…. C’est mon poème coup de cœur !

Elle parle du passé, évoque Lina Radke, médaillée d’or aux jeux olympiques sur le 800 mètres, dont la course n’avait pas été considérée assez « gracieuse »…. (l’épreuve fut ensuite supprimée plusieurs années).

Courir c’est la liberté.

Mais nager ? La promiscuité des vestiaires, les odeurs de chlore….Plonger ou pas ? Piscine ou lac ? Autant de villes, autant de lieux….Nager en étant enceinte pour se sentir bien, légère…

Quant aux gradins, c’est toute une vie qui les anime. La langue, les chants, les rituels…

J’aime beaucoup la poésie, elle me touche, me parle, me fait vibrer. J’ai énormément apprécié les textes de Julie Gaucher.  L’écriture est belle, aérienne, le propos intéressant, l’ensemble très équilibré.

Une belle réussite ! Bravo !

NB : Julie Gaucher, est docteure en littérature française et chercheuse en histoire du sport à l’université Lyon 1 (Laboratoire sur les Vulnérabilités et l’Innovation dans le Sport).


"La solitude lumineuse" de Pablo Neruda

 

La solitude lumineuse
Auteur : Pablo Neruda
Traduit du chilien par Claude Couffon
Éditions : Folio ((7 octobre 2004)
ISBN : 978-2070317028
96 pages

Quatrième de couverture

En 1928, Pablo Neruda est nommé consul à Colombo, Ceylan, puis à Singapour et Batavia. Accompagné de Kiria, sa fidèle mangouste, le poète chilien découvre les odeurs et les couleurs des rues asiatiques, les plaisirs et cauchemars de l'opium, la chasse à l'éléphant, le sourire paisible des Bouddhas...Neruda livre ses souvenirs colorés et poétiques d'un Orient colonial et se révèle comme un homme passionné, curieux de tout et de tous, et un merveilleux conteur.

Mon avis

Fan de poésie depuis toujours, j’apprécie beaucoup l’œuvre de Pablo Neruda dans ce domaine.

L’occasion de le lire en prose était belle et j’ai décidé de le rencontrer par ce biais pour voir s’il avait le même impact sur moi.

Bien m’en a pris.

À travers une petite centaine de pages, Pablo Neruda  nous conte (car il écrit comme un conteur avec des ressentis, des évocations tout en poésie…) son séjour, ses rencontres, son quotidien, ses amitiés, ses amours, ce qu’il voit, ce qui le choque, son avancée dans la connaissance des gens de « là-bas »….

C’est doux comme un poème murmuré à l’oreille, comme un secret partagé, comme une photographie commentée doucement, tranquillement ….

C’est beau tout simplement ….

Oui la solitude peut être lumineuse ….

«Mais je la revois aussi comme la plus lumineuse, comme si un éclair d’une brillance extraordinaire s’était arrêtée à ma fenêtre pour embraser intérieurement et extérieurement mon destin. »

Une lecture abordable et qui peut réconcilier ceux et celles qui sont fâchés avec l’écriture des poètes …

"Zoartoïste et autres textes" de Catherine Gil Alcala

 

Zoartoïste et autres textes
Auteur : Catherine Gil Alcala
Éditions : La Maison Brûlée (28 novembre 2016)
ISBN : 979-10-93209-02-9
136 pages

Quatrième de couverture

Un rite des morts et des renaissances. Le flot des vies jaillit du corps morcelé, ensorcelé de Zoartoïste dans les éclats des miroirs. « Zoartoïste… prononce une voix de noyé dans un rêve, c’est le nom d’une divinité animale du monde archaïque ou d’un démiurge industrieux dans la dent creuse d’une caverne tellurique. Les esprits s’agitent et vitupèrent autour des dormeurs dans le vacarme de la mort.

Mon avis

« J’écris le poème des destinées…. » *

Ce recueil est constitué de deux parties. La première comporte quinze « miroirs ». Ce sont des textes de théâtre mis en scène comme celui-ci.

Miroir 10

Chaque miroir est une création artistique à part entière, contemporaine et moderne. Il faut se délecter des mots, les laisser monter en soi et si possible, voir les images qui sont liées à ces écrits pour les sublimer. L’auteur joue avec les mots, se joue des mots, les faisant exprimer de nombreuses émotions. Ils peuvent cracher la colère, susurrer la folie, crier la peur de la vie, dire l’indicible, l’inconcevable et bien d’autres choses encore. Chacun a son charme, son ou ses personnages, dont certains très originaux avec des noms qui sortent de l’ordinaire. Ils sont très différents. Ils sont reliés par l’écriture de l’auteur, qui m’a fait penser par quelques phrasés au mouvement surréaliste. J’ai lu tous ces textes avec plaisir mais le miroir 7 est indéniablement celui qui vibre en moi, car sa poésie me parle au cœur. En voici un très court extrait:

"Je te regarde de l'autre côté de la vie, mon visage apparaît derrière tes paupières closes quand ton attention se disperse.
J'avance vers toi, proche et lointaine car je me tiens dans une nuit sans espace où le temps s'est arrêté."

Dans la seconde partie, on trouve « des contes défaits en forme de liste de courses ». Rien que ce titre donne envie de découvrir le contenu et sa présentation. On revisite des classiques, ou pas, à demi-mots ou en passant, on effleure l’histoire, on l’effeuille, on la survole ou on pénètre au cœur, on passe, une fois, deux fois, plus parce qu’on se dit que si on a repéré « Peau d’âme », d’autres doivent nous attendre, plus ou moins cachés, exposés de près ou de loin. Dans cette partie, le phrasé est plus rythmé par les termes, éventuellement les rimes, s’approchant d’une certaine musicalité.

L’ensemble s’équilibre parfaitement. Bien sûr, un petit côté ésotérique fera que certains lecteurs auront du mal ou passeront à côté de ce livre. Les nombreux thèmes abordés comme l’amour et le partage, sont intéressants car l’approche sort des sentiers battus. L’auteur a plusieurs cordes à son arc puisqu’elle est également metteur en scène, performeuse. Je pense qu’elle aime à lier plusieurs arts, offrant ainsi des images à ses mots lorsqu’elle les joue accompagnée d’autres artistes au théâtre.

*page13


"Oeuvres complètes tomes 1 et 2" de Paul Eluard


Oeuvres complètes tomes 1 et 2
Auteur : Paul Eluard
Éditions : Gallimard (12 juin 1968)
Collection : Bibliothèque de la Pléiade
Tome 1 (1913-1945)
Relié: 1663 pages
Tome 2 (1945-1962)
Relié: 1517 pages

Dans chacun des tomes, on trouve des poèmes, des textes, des dessins, des prières d'insérer, des dédicaces ....

Présentation de l’auteur

Paul Éluard, de son vrai nom Eugène Émile Paul Grindel (14 décembre 1895 à Saint-Denis - 18 novembre 1952 à Charenton-le-Pont ), est un poète français. C'est à l’âge de vingt et un an qu'il choisit le nom de Paul Éluard, hérité de sa grand-mère, Félicie. Il adhère au dadaïsme et est l'un des piliers du surréalisme en ouvrant la voie à une action artistique engagée. Il est connu également sous les noms de plume de Didier Desroches et de Brun.

Mon avis

« Il n’y a jamais eu de réellement déçus dans l’univers que les pauvres et les enfants. N’oubliez jamais que ce monde hideux ne se soutient encore que par la douce complicité, toujours combattue, toujours renaissante, des poètes et des enfants … ne devenez jamais une grande personne» . Bernanos

J'ai eu envie de rendre hommage à ce poète qui pour moi sera toujours celui qui m’a fait découvrir que les mots pouvaient chanter, vibrer, éveiller des tas de sentiments, d’émotions en moi …
Le pouvoir des mots dans un poème, c’est comme un tableau, une œuvre d’art, un beau paysage, un texte qui ne serait écrit que pour vous car, même s’il nous parle au cœur, ce poème, chacun l’appréhende avec ses sens, son vécu …

Paul Eluard, c’est avant tout une rencontre. Celle de la petite fille que j’ai été, qui en CM2 a reçu ses livres de classe, dont un livre de lecture.
Ce livre, comme tous les livres que je lis, je l’ai commencé par la fin …
Sur les deux dernières pages s’étalait une partie du poème Liberté de Paul Eluard. En voici quelques strophes.

Liberté

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

"Liberté".

Ce poème a été imprimé à des milliers d’exemplaires et lancé par avion au dessus de la France
occupée …

Paul Eluard était rentré dans ma vie … A partir de ce moment-là, j’ai voulu lire d’autres poèmes de lui, des livres (L’enfant qui ne voulait pas grandir, Grain d’Aile…), j’ai voulu tout connaître, tout savoir sur lui, tout lire …
Je n’ai pas encore tout lu … La poésie ne se dévore pas, la poésie se savoure, se découvre, se murmure, se déclame, s’impose à vous parfois, se crie, se chante …

Paul Eluard c’est aussi une phrase « La terre est bleue comme une orange » que je collectionne en cartes postales, comme celle de Déborah Chock.

 










D’ailleurs, souvenez-vous des aventures de Tintin, « Tintin et les oranges …. »
Paul Eluard c'est le mouvement dada, le surréalisme qui fait dire à certains que ce qu'il écrit ne veut rien dire...

J’ai commencé à acheter des livres de poche avec des poèmes d’Eluard (Poésie ininterrompue, Le livre ouvert, La vie immédiate, Derniers poèmes d’amour etc……) avant de m’offrir, avec mon premier salaire, comme un symbole, ses œuvres complètes, dans la collection « La Pléiade ».

Après la découverte de « Liberté », je n’ai plus appréhendé la poésie de la même façon. J’étais capable de comprendre, d’entendre, de sentir les mots monter en moi …

Eluard c’est aussi:

C'est la douce loi des hommes
Du raisin ils font du vin
Du charbon ils font du feu
Des baisers ils font des hommes

C'est la dure loi des hommes
Se garder intact malgré
Les guerres et la misère
Malgré les dangers de mort

C'est la chaude loi des hommes
De changer l'eau en lumière
Le rêve en réalité
Et les ennemis en frères

Une loi vieille et nouvelle
Qui va se perfectionnant
Du fond du coeur de l'enfant
Jusqu'à la raison suprême

Et encore « L’amoureuse » : Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens ...

Eluard ce sont des livres pour enfants magnifiquement illustrés "Grain d’Aile", "L’enfant qui ne voulait pas grandir." Mais aussi un recueil « Corps mémorables » accompagnés des photographies de Lucien Clerque.

Eluard, c’est tout ça : l’enthousiasme, la discrétion, les passions, les silences, les souffrances, les rencontres …. La vie ….

Et si vous dites à l’être aimé « Tu sais, il ne faut pas de tout pour faire un monde » et qu’il vous répond : « Je sais, il faut du bonheur et rien d’autre. » Vous saurez alors que lui aussi a rencontré Paul Eluard ….

"Sur la lèvre des volumes" de Régis Moulu


Sur la lèvre des volumes
Auteur : Régis Moulu
Éditions de la Rue Nantaise (Avril 2018)
ISBN : 978-2-919265-54-1
104 pages

Quatrième de couverture

Grappe douce et sucrée de textes illustrés par une série de photographies « Portes et fenêtres » proposée par l'auteur, Sur la lèvre des volumes constitue la deuxième contribution de Régis Moulu aux insubmersibles et néanmoins très fragiles Éditions de la rue nantaise.

Mon avis

La poésie me parle… Je fais partie des personnes pour qui lire un poème, c’est toute une rencontre, celle des mots, des sensations, des impressions, celle d’une musique flamboyante d’un texte qui tintinnabule  à l’oreille et qui parfois, comme dans ce recueil, se marie aux images…

La poésie ne se raconte pas, elle ne s’explique pas, il ne faut pas forcément chercher un sens, une explication, il faut simplement accepter de se laisser porter…. C’est une porte ouverte ou une fenêtre entrebâillée sur d’autres paysages…  ceux qui parlent au cœur plus qu’à la tête….

Régis Moulu joue avec les sons, les lettres, les vocables, il agence, structure, combine, puis part sur une autre embrasure, un peu comme les surréalistes qui détournaient l’écrit pour nous faire rêver… Et il y arrive, avec panache, le bougre. Lorsqu’il parle d’une visite à la poste, en quelques lignes, tout est dit…

Chaque texte est accompagné d’une photo de porte, de fenêtre, d’ouverture,  pour nous rappeler, sans doute, que les poètes sont là pour libérer notre esprit  de tout ce qui l’enferme … afin qu’il perçoive la beauté de ce que les aèdes nous offrent ….

Merci Monsieur Moulu de nous rappeler que «La poésie est cette musique que tout homme porte en soi.» comme le disait William Shakespeare… La vôtre est belle, vibrante d’émotions contenues ….

Un bel ouvrage à offrir, à s'offrir, à contempler, à murmurer, à partager ....

NB : Les photos de ce livre sont, à elles seules, tout un poème….

Petit extrait pour le plaisir des sens :
BEL OUILLAGE

Avec votre amour
révolutionnaire,

aidez-moi
à renaître

comme on retaperait
un lit défait
par une grosse nuit
de fièvre,

nuit de fièvre
qu'on appelle
tout bonnement
« la vie »

"Extrait de "Sur la lèvre des volumes", éditions de la Rue Nantaise 2018, publié avec l'autorisation de l'écrivain"




"Neige" de Maxence Fermine


Neige 
Auteur: Maxence Fermine
Éditions : Arlea (1999)
ISBN : 2-02-038580-5
100 pages

Quatrième de couverture

A la fin du XIXème siècle, au Japon, le jeune Yuko s'adonne à l'art difficile du haïku. Afin de parfaire sa maîtrise, il décide de se rendre dans le sud du pays, auprès d'un mainte avec lequel il se lie d'emblée, sans qu'on sache lequel des deux apporte le plus à l'autre. Dans cette relation faite de respect, de silence et de signes, l'image obsédante d'une femme disparue dans les neiges réunira les deux hommes.

Mon avis


( je ne sais pas ce que dit le haïku sur cette pierre...)








Un petit haïku
Pour dire le bonheur trouvé
Avec ce récit

"Un poème est un tableau, une danse, une musique et l'écriture de la beauté tout à la fois."
(chapitre 12)

Un récit court mais qui se suffit à lui-même.
Un récit dont je n'ose parler tant j'ai peur d'être maladroite à retranscrire "sa" poésie.
Un récit à lire, tout doucement, comme on lit un poème où les mots chantent, dansent, nous bercent, nous parlent "au coeur" ...
Un récit où ce qui n'est pas écrit "se sent", se vit ...
Un récit à lire à haute voix au coin du feu avec une lumière tamisée ... pour laisser petit à petit la couleur gagner sur le blanc et la chaleur gagner sur le froid ...
Un récit à laisser dormir près de son lit pour le relire ...
Un récit où la force des mots a su me toucher pour en faire un coup de coeur ...

"Un dernier verre en Atlantide" de Jérôme Leroy


Un dernier verre en Atlantide
 Auteur : Jérôme Leroy
 Editions : La Table Ronde (11 Février 2010)
ISBN : 9782710331353
128 pages

Quatrième de couverture : il n’y en a pas


Mon avis

D’abord quelques mots sur l’auteur : c’est un écrivain français né en 1964. Il a été professeur de français avant de se consacrer à la littérature : romans, nouvelles, poèmes. Son thème de prédilection est le monde futur qui se détruit à cause de la société de consommation mal gérée.

Un livre de poésies ne s’ouvre pas, pour moi, comme un roman. Un roman, je lis la fin, le début, je « butine » pour avoir la trame et après je lis tranquille.
Un recueil de poèmes entraîne une approche différente.
D’abord, le feuilleter pour le plaisir des yeux, regarder comment se présentent les textes (longs, courts, longueur des phrases, allure générale…)
Ensuite, jeter un œil par ci, par là, aux titres et voir si l’un d’eux accroche (c’est la que celui intitulé « Anaphore » m’a attirée… (La phrase « je veux écrire » suivie de quelques compléments et répétée à l’envi …Pour finir sur: Je. Veux. Ecrire.)
Après, lire quatre ou cinq poèmes qui se « détachent »…
Enfin, lire le recueil et laisser les mots, les émotions « monter en nous ».

Pour que la poésie soit « poésie », il faut qu’elle me «parle au cœur », que je me sente émue, concernée, voire bouleversée…
Les poèmes de Jérôme Leroy sont parfois des textes, il leur a donné la forme de poème en allant à la ligne pour chaque phrase et en ne mettant pas de ponctuation. Cela donne du rythme mais pas vraiment « un rythme poétique » (pas de pieds, pas de rimes…).
Certains poèmes tiennent quatre lignes, d’autres plusieurs pages….
Il y a d’autres poèmes, plus construits de façon « habituelle » avec des phrases courtes, rythmées et peu de verbes, cela ressemble plus à la poésie « classique »

Dans cet opuscule, beaucoup de poèmes font référence à l’Atlantide et indirectement à ce qui a été, pourrait encore être si… Parfois, les mots sont pessimistes, vibrants de révolte contenue ou non, cherchant à choquer…Des références à un passé dont on peut se demander s’il est autobiographique ou non (par exemple une rencontre avec Catherine Spaak en 63, alors qu’il est né en 1964, donc impossible…), un passé avec des excès (alcool….), des rencontres, des passions …Passé qui conditionne le présent ? Le futur ?

Maintenant, il faut conclure…Ai-je aimé ou pas ce que j’ai lu ?
Les éléments de réponse sont les suivants : ai-je envie de relire certains poèmes ? OUI
Ces textes m’ont ‘ils parlé au cœur ? OUI
Ai-je le souhait de découvrir d’autres titres de cet auteur ? OUI
Globalement, mon impression est bonne, je suis très heureuse d’avoir pu découvrir Jérôme Leroy qui, par certains aspects de son écriture, ressemble à Verlaine, le torturé, écartelé entre ses envies profondes et ce que lui dicte « la bonne conduite ».
La poésie n’est pas un exercice facile, on écrit pour soi mais aussi pour être lu…


PS : Je rappelle que l’Atlantide est peut être une île qui aurait été engloutie dans la Pré Antiquité et que Platon aurait mentionnée dans ses écrits… mais personne ne sait vraiment s’il s’agit d’un mythe ou d’une réalité… Certains pensent que c’est une allégorie écrite par Platon pour donner une leçon de civisme et de bonne conduite à ses concitoyens…
Jérôme Leroy a-t-il choisi d’y boire un dernier verre parce qu’il pense que « tout fout le camp » ?