"Les naufragés de l'île Tromelin" d'Irène Frain

 

Les naufragés de l’île Tromelin
Auteur : Irène Frain
Éditions : Michel Lafon (26 Février 2009)
ISBN : 978-2749909905
380 pages

Quatrième de couverture

En 1761, un navire français s'échoue sur un îlot perdu de l'océan Indien. Il transporte cent soixante esclaves. Pour survivre, rescapés blancs et noirs doivent cohabiter. Un officier veut construire une chaloupe. Les marins refusent de l'aider. Les esclaves acceptent. Leur dignité force le respect des Blancs. Mais au moment du départ, on ne les embarque pas. Quinze ans plus tard, quand le bruit de ce forfait a couru tous les ports, on revient les chercher. Il ne reste que sept femmes et un enfant.

Mon avis

Ayant vu récemment au théâtre « La Chute infinie des soleils », texte et mise en scène d’Elemawusi Agbedjidji, j’ai voulu approfondir l’histoire de l’île Tromelin et des naufragés oubliés sur ce petit bout de terre pendant des années.

L’île de Tromelin est entre Madagascar et Maurice, elle fait un kilomètre carré et appartient à la France (mais depuis des années Maurice revendique la souveraineté).  C’est là qu’un bateau français, avec 160 esclaves en cale a échoué en 1761.

Irène Frain a écrit un roman historique fort bien documenté. Elle nous montre le rôle de certains (le capitaine qui ne voulait pas écouter son second), les menteurs, les hypocrites, ceux qui ont essayé de faire comprendre les choses, ceux qui ont préféré faire l’autruche…

Peu importe la couleur de peau, tous se sont retrouvés logés à la même enseigne. Avec rien, et tout à construire pour espérer se nourrir, dormir et un jour repartir…

On va suivre les événements qui se sont déroulés sur l’île mais également ailleurs. Les luttes de pouvoir, les peurs, les coups de poing, les coups de sang, les mensonges, le soutien parfois, la solidarité entre certains …

J’ai aimé la force des femmes, de vraies battantes !

L'écriture est plaisante malgré quelques longueurs.

C’est très bien fait !


"Le veilleur de nuit de Palèochora" d'Alain Chanudet

 

Le veilleur de nuit de Palèochora
Auteur : Alain Chanudet
Éditions : 5 sens (15 Mars 2026)
ISBN :  ‎ 978-2889499090
252 pages

Quatrième de couverture

Claramonde, la quarantaine, est une écrivaine qui a l’habitude, à la sortie de chacun de ses ouvrages, de venir, en solitaire, décompresser et se ressourcer à Palèochora, station balnéaire au sud de la Crète. Cette année, elle va y rencontrer deux personnages qui vont chambouler le cours de sa vie. Le mystérieux et séduisant Ottavio, le veilleur de nuit de l’hôtel, de vingt ans son cadet, qui semble la connaître et lui vouer une certaine animosité. 

Mon avis

Palèochora est un lieu idyllique. Un petit village de pêcheurs transformé en station balnéaire sur une presqu'île au sud-ouest de la Crête. Une des principales sources de revenus est le tourisme.

C’est là que Claramonde, une autrice française, vient se ressourcer chaque fois qu’elle a terminé un livre. Une manière pour elle d’évacuer le stress et de reprendre pied. Par contre, elle y tient, elle vient seule. Son mari et sa fille ne l’accompagnent pas. Elle a ses habitudes et ses « rituels », elle séjourne toujours dans le même hôtel, accueilli par le vieux veilleur de nuit Yiorgos. Elle va toujours faire un tour en mer, déjeuner dans un restaurant qu’elle apprécie. Le plus souvent, elle fait tout cela sans compagnie, c’est indispensable à son équilibre.

Cette année, encore plus que les autres, elle a besoin de partir. Elle se pose des questions sur son couple et son dernier roman lui a demandé beaucoup d’énergie. Faire le point, tranquillement est plus que nécessaire. Quand elle arrive à l’hôtel, rien ne se passe comme elle l’avait imaginé. Yiorgos a pris sa retraite et le jeune qui le remplace n’est pas des plus accueillants. Elle s’installe et se dit que demain tout ira mieux. Mais ce n’est pas vraiment le cas….

Elle se lie d’amitié avec une jeune femme, Pauline, qui a une chambre à côté de la sienne. Elles discutent, échangent, se confient. Mais parfois, Claramonde ne sait plus où elle en est. Surtout que des événements bizarres la perturbent. Est-ce que quelqu’un, dans l’ombre, lui en veut et a décidé de « pourrir » ses vacances ? Est-ce que c’est le hasard ? Est-ce que c’est encore plus grave, peut-elle être agressée ?

Le décor est superbe, la mer, le soleil, la plage, mais on sent la tension, l’étau qui se resserre et l’angoisse qui va crescendo. Qui peut en vouloir à l’écrivain et pourquoi ? Elle essaie de relativiser, de prendre du recul mais c’est difficile. Elle se « découvre », comme si être là, la transformait. Un raccourci serait de penser à la crise de la quarantaine mais c’est plus profond que ça. Derrière ce récit, il y a une analyse sur les conséquences de nos actes passés, et également, ce qu’il se passe quand on reprend sa vie en mains en souhaitant être libre de ses choix.

Alain Chanudet a une belle écriture, prenante, avec des descriptions très visuelles et une approche psychologique intéressante des protagonistes. Il montre bien leurs émotions, leurs doutes, comment ils se sont construits et les raisons de leur attitude.

C’est une lecture plaisante, sans longueur.

 


"une autre vie" de Steven J. Watson (Second Life)

 

Une autre vie (Second Life)
Auteur : Steven J. Watson
Traduit de l’anglais par Sophie Aslanides
Éditions ‏ : ‎ Sonatine (1er Octobre 2015)
ISBN : 978-2355842832
450 pages

Quatrième de couverture

Julia mène une vie bien rangée à Londres avec son mari et son fils. Lorsqu'elle apprend la mort de sa jeune sœur, Kate, victime d'une agression à Paris, elle est sous le choc. Les deux sœurs, dont les relations n'ont jamais été faciles, s'étaient perdues de vue. Ne parvenant pas à faire son deuil, Julia décide d'aller sur place afin d'en savoir plus sur la vie que menait Kate. Elle apprend que cette dernière fréquentait assidûment les sites de rencontre. Le doute s'insinue alors dans son esprit : et si la mort de sa sœur n'était pas due à une simple agression mais à une mauvaise rencontre ? Ne pouvant se débarrasser de cette idée obsédante, Julia décide de se faire passer pour Kate sur le site que celle-ci utilisait.

Mon avis

Ça fait beaucoup ....

Une histoire qui démarrait d’une façon assez intéressante et puis...trop d’invraisemblances, une femme que l’on a envie de claquer tant elle est influençable, naïve, se donnant de bonnes excuses pour chavirer dans un monde délétère et de ce fait peu crédible….

L’idée de départ n’était pas mauvaise mais que de longueurs, notamment sur les sorties avec l’amant, que de choses bancales, bizarres, peu crédibles… Bref, il vaut mieux passer son chemin.

Un bémol : je comprends, malgré tout, que certains lecteurs trouvent le contenu totalement addictif mais soyons raisonnables…qu’est-ce que c’est superficiel !


"Ce soir j'ai peur" d'Annie Saumont

 

Ce soir j’ai peur
Auteur : Annie Saumont
Éditions : Julliard (5 février 2015)
ISBN : 978-2260022138
146 pages

Quatrième de couverture

Jane, étudiante en gymnastique, vit torturée par le remords d'avoir empoisonné son amant, un homme plus âgé qu'elle. Au fil d'une existence rythmée par l'entraînement physique et les conversations de jeunes filles, elle ressasse en secret les raisons de son crime. Mais sa version des faits est-elle aussi conforme à la réalité qu'elle voudrait le croire ?

Mon avis

Jane a tué son amant, c’est ce qu’elle dit. Il avait vingt-cinq ans de plus qu’elle et elle l’a empoisonné. Personne ne le sait, personne n’a des doutes. Elle vit dans la hantise d’être découverte. Pourquoi a-t-elle agi ainsi ?

Étudiante en sport, à une époque où la mixité n’existe pas (on est dans les années soixante), elle échange avec d’autres adolescentes, mais au milieu des dialogues, ses pensées l’envahissent et deviennent monologues. Cela donne un récit qui peut sembler confus mais c’est comme dans la vraie vie, quand on parle avec quelqu’un en pensant à autre chose… Elle essaie de prendre du recul sur ce qu’elle a fait mais on se demande si c’est bien la réalité tant tout semble s’emmêler dans son esprit.

L’écriture est épurée, brute, les paragraphes très courts et le livre peu épais (l’auteur est surtout connue pour ses talents de nouvelliste). Ce n’est pas l’histoire qui m’a intéressée, c’est vraiment le « phrasé », qui fait mouche, qui sèche le lecteur. Parce que, même si ça paraît brouillon, il n’en est rien. Annie Saumont maîtrise son texte et sait où elle nous entraîne : dans un texte sombre qu’on ne lâche pas….


"Les silencieuses" d'Anna McPartlin (The Silent Ones)

Les silencieuses (The Silent Ones)
Auteur : Anna McPartlin
Traduit de l’anglais (Irlande) par Valérie Le Plouhinec
Éditions : Cherche Midi (16 Avril 2026)
ISBN :  978-2749185576
410 pages

Quatrième de couverture

Par un matin glacé de janvier 1980, sur une plage battue par les vents du Kerry, on découvre le corps d'un nouveau-né abandonné au creux d'une dune. La première à arriver sur les lieux est Mary Shea, jeune garda de la police locale. Très vite, l'affaire prend une ampleur nationale : une équipe d'enquêteurs de Dublin est dépêchée sur place. Mais dans le Kerry, les secrets se taisent et les langues ne se délient pas facilement. Seule Mary, qui connaît mieux que quiconque les usages de sa ville, parvient à convaincre certaines femmes de témoigner.

Mon avis

1980, le Comté de Kerry, en Irlande, la côte battue par les vents. Les familles de pêcheurs ou avec des petits boulots vivent sur place. Les femmes effacées et disponibles à la maison, les hommes au travail ou au pub. Ils règnent en mâles, sûrs de leur supériorité et donc de leur pouvoir.

Dans la police, une jeune garda : Mary Shea. Elle a réussi à obtenir un poste. Pourtant, son père, préfet adjoint, ne voulait pas, ce n’est pas une fonction pour une femme. D’ailleurs, ses collègues doivent penser la même chose puisqu’ils la cantonnent à préparer le thé et taper les rapports d’audition ou autres. Elle, elle serre ses poings au fond de ses poches, elle arrive à l’heure, ne rechigne devant rien, et parfois glisse une remarque, histoire de rappeler qu’elle existe.

« Je répondais au téléphone, je tapais les rapports, j’endurais les moqueries, les insultes, les remarques blessantes, les mains aux fesses, et j’attendais mon moment, l’occasion de briller, de leur montrer qui j’étais et de quoi j’étais capable. »

Ce matin-là, un nourrisson est retrouvé assassiné dans les dunes. Lorsqu’elle arrive sur place, Mary est bouleversée par ce petit être. Elle veut lui rendre justice et comprendre qui a pu l’abandonner ici et pourquoi.

Ses collègues commencent l’enquête puis rapidement on leur envoie une équipe de Dublin. Mary est sollicitée pour une ou deux auditions. L’inspecteur Foley, un peu plus « ouvert » d’esprit que les autres réalisent assez vite que Mary sait faire parler les femmes, elle leur inspire confiance, les protège des mains trop directes des médecins qui les examinent avec mépris. Il décide d’en faire une adjointe mais attention, il la prévient : un faux pas ou si elle ne lui est plus « utile », il se passera d’elle.

Tous ces hommes ont une fâcheuse tendance à la conclusion hâtive, facile, et « on passe à autre chose, même s’ils doivent sortir des théories qui ne tiennent pas vraiment la route, ils sont satisfaits.

Mais la garda creuse plus loin, recoupe les témoignages, analyse, observe, réfléchit, revient en arrière puis progresse à nouveau, elle veut la vérité et ne lâche rien. Elle dénonce les dérives quand elle le peut. Elle est à la fois forte et pleine de doutes. Une belle personne qui, je le souhaite, reviendra dans d’autres romans.

Ce récit, inspiré de faits réels, est une véritable « peinture » sociale d’une Irlande encore engoncée dans les traditions, les non-dits, les silences, les « qu’en dira-t-on », les opinions tranchées. Certains individus sont misogynes, ont des œillères et refusent le droit à la différence… Pas de mère célibataire, pas d’union libre, pas d’homosexualité, pas d’amant-e …. Ou alors, on fait l’autruche, et ceux qui sont concernés doivent se cacher sous peine d’être mis au pilori. Heureusement, depuis 1980, les choses ont un peu évolué…

L’écriture (merci à la traductrice) est plaisante, addictive. En tant que femme, je me suis attachée à Mary, à ses luttes pour obtenir des réponses. L’histoire s’articule entre les enquêteurs et les habitants, les premiers agissant parfois sans aucune délicatesse, et les seconds se taisant le plus possible, peut-être dépassés par les événements.

Les dialogues, les scènes décrites, tout est très juste, je n’ai ressenti ni longueur, ni répétitions. Les investigations donnent du rythme et les hypothèses de Mary sont intéressantes, elle aime son métier et le fait bien. Et elle commence à donner un coup de pied dans la fourmilière des « bien-pensants » afin de ne plus être réduite au rôle de bonniche. Une femme audacieuse, courageuse et droite !

 

"Anonîmes" de Mehdi Tahenni

 

Anonîmes
Auteur : Mehdi Tahenni
Éditions : Preface Factory (1er Avril 2026)
ISBN : 979-1041593316
452 pages

Quatrième de couverture

Nîmes. La Féria bat son plein. Tandis que les arènes résonnent des clameurs de la foule et que le sang des taureaux imbibe le sable, un autre prédateur rôde dans les ruelles de la cité romaine. On l'appelle le Tueur de la Féria. Chaque année, il frappe pendant la grande célébration. Ses victimes portent les stigmates d'une rage méthodique. Ses messages, peints en rouge sur les monuments antiques, sont autant d'énigmes que de déclarations de guerre. Puis il disparaît jusqu'à la Féria suivante. L'enquête est confiée à Vincent Punti, policier expérimenté mais borderline, qui navigue entre le commissariat et les zones grises de la ville. Face à lui, dans le quartier de Pissevin, Farouk Fellah, figure respectée et crainte, dont le simple nom suffit à faire trembler un braqueur armé. Deux mondes, deux hommes.

Mon avis

Nîmes, ses monuments, son atmosphère, ses corridas. Les Férias, ceux qui aiment, ceux qui sont révoltés. Chaque année, au cœur de l’événement, un assassinat. Avec une anagramme en rouge peint sur les murs près de la victime. Un message ? Pour qui ? Pour quoi ? Dans quel but ? Dénoncer la violence des toréros ? Mais comment sont choisis ceux qui passent de vie à trépas ? La police a toujours le sentiment d’arriver trop tard, de ne pas comprendre, de laisser échapper des indices importants.

Vincent Punti est chargé de l’enquête. C’est un policier au passé difficile, ça lui empoisonne la vie. Il a un frère mais il se voit peu. Son épouse accepte sa nature troublée mais elle le met en garde. Lui, il donne beaucoup au boulot, s’investit jusqu’à en perdre les pédales. Quand il investigue, il n’a plus de limites, il est prêt à tout, il prend des risques, trop quelques fois. Sa collègue Caroline essaie de le tempérer.

Il n’hésite pas à se rapprocher des hommes de l’ombre, les dealers ou truands si cela peut permettre de résoudre une affaire. Mais il réalise également qu’à force d’être entre ces deux mondes, il risque de se perdre, de tout confondre, de créer des liens qui ne sont pas les bons, de ne plus connaître ses priorités.

Cet aspect de sa personnalité est très bien abordé, l’auteur montre toute l’ambivalence des situations où l’on peut être écartelé, tiraillé, perdu… Quand Vincent cerne que son frère peut, éventuellement, lui apporter des informations, il ne sait pas comment se comporter. Que faire ? leur lien est à la fois fort et fragile, car ils ont beaucoup souffert ensemble dans leur enfance.

Dans ce thriller, personne n’est tout à fait blanc ou noir. Les tempéraments des protagonistes sont décrits avec précision. Chacun a une part secrète, ne se dévoilant que par bribes et encore pas toujours. Les influences des uns et des autres, les rencontres qui modifient la perception, les choix réfléchis ou non, rien n’est anodin.

Plusieurs thèmes sont abordés. Jusqu’où peut-on aller pour ses convictions ? Quelle est la place de la famille quand ses membres ne sont pas d’accord ? Qu’en est-il de la vengeance, du pardon, est-ce qu’on doit transmettre la première aux futures générations afin qu’elles reprennent le flambeau ? Comment peut-on séparer vie personnelle et vie professionnelle ?

Mehdi Tahenni a une écriture rythmée, nerveuse, musclée. Les dialogues sont vifs, ils mettent le lecteur au cœur des faits, au plus près de ce qu’il se passe. Les scènes décrites sont très visuelles, on pourrait faire un téléfilm sans problèmes. La ville de Nîmes joue un rôle important avec ses ruelles, ses bâtiments, sa météo. Les rebondissements maintiennent notre intérêt ainsi que les informations qui arrivent régulièrement.

J’ai particulièrement apprécié le fait que rien ne soit aussi évident que je le croyais. Plusieurs fois, j’ai pensé que j’avais tout compris et puis, je repartais dans une autre direction. Une intrigue bien pensée, menée tambour battant, sans temps mort.

Un livre réussi !

"Des diables et des saints" de Jean-Baptiste Andrea

 

Des diables et des saints
Auteur : Jean-Baptiste Andrea
Éditions : Iconoclaste (14 Janvier 2021)
ISBN : 978-2378801748
362 pages

Quatrième de couverture

Qui prête attention à Joe ? Ses doigts agiles courent sur le clavier des pianos publics dans les gares. Il joue divinement Beethoven. Les voyageurs passent. Lui reste.
Il attend quelqu'un, qui descendra d'un train, un jour peut-être.
C'est une longue histoire. Elle a commencé il y a cinquante ans dans un orphelinat lugubre.

Mon avis

Jospeh est un vieux pianiste qui joue dans les gares, comme s’il attendait quelqu’un. La musique, il l’aime, l’a aimée mais il n’a pas pu le dire, le montrer lorsqu’il était plus jeune. Alors il se rattrape, encore et encore…

Cinquante ans en arrière, orphelin, il est placé dans un institut n’accueillant que des garçons. Il découvre un univers fait de brimades, de décisions arbitraires, de violence de la part des encadrants. Mais il y a aussi la solidarité entre les pensionnaires, les réunions secrètes, les essais de rébellion, de fuite …

Et puis, il y a la rencontre avec un bienfaiteur qui vient avec sa fille Rose. Mais que peut-on espérer lorsqu’on est surveillé, brisé, rabaissé en permanence ?

C’est un roman noir, puissant, avec une écriture forte sans concession, sans misérabilisme. On sait que ce genre de lieu à exister, on préférerait ignorer les sévices subis par les jeunes qui étaient accueillis…

Les personnages sont intéressants, du vieux professeur de piano aux différents copains de Jospeh, tous avec des personnalités marquées, différentes, mais réalistes. On pourrait en faire un film tellement les scènes sont vivantes et bien décrites.

L’auteur sait construire un récit prenant, captivant, sans beaucoup sortir de ce lieu maléfique. Il a un style et une écriture où chaque mot est à sa juste place.

Un excellent livre !


"Justice indienne" de David Heska Wanbli Weiden (Winter Counts)

 

Justice indienne (Winter Counts)
Auteur : David Heska Wanbli Weiden
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par
Éditions : Gallmeister ( 7 Janvier 2021)
ISBN : 978-2351782323
420 pages

Quatrième de couverture

Sur la réserve indienne de Rosebud, dans le Dakota du Sud, le système légal américain refuse d'enquêter sur la plupart des crimes, et la police tribale dispose de peu de moyens. Aussi les pires abus restent-ils souvent impunis. C'est là qu'intervient Virgil Wounded Horse, justicier autoproclamé qui loue ses gros bras pour quelques billets. En réalité, il prend ses missions à coeur et distille une violence réfléchie pour venger les plus défavorisés. Lorsqu'une nouvelle drogue frappe la communauté et sa propre famille, Virgil en fait une affaire personnelle. Accompagné de son ex-petite amie, il part sur la piste des responsables de ce trafic ravageur. Tiraillé entre traditions amérindiennes et modernité, il devra accepter la sagesse de ses ancêtres pour parvenir à ses fins.

Mon avis

David Heska Wanbli Weiden, l’auteur, est membre d’un des sept clans qui forment la tribu Lakota. « Justice indienne » est son premier roman.

L’histoire est racontée par Virgil Wounded Horse, qui élève seul son neveu Nathan, suite au décès de sa sœur. Ils vivent dans une réserve du Dakota Sud. Il est régulièrement sollicité pour pallier au manque de la justice car les habitants de ce coin sont bien souvent laissés de côté, ils ne sont pas une priorité des autorités. De plus, la police tribale n’a pas le droit d’intervenir sur certains faits, par exemple les meurtres ou les viols, il faut alors appeler les « officiels » du gouvernement.

De nombreux sujets sont abordés dans ce récit. Le rapport à la terre (qui reste la propriété du gouvernement), à la nourriture (changer les menus, manger autre chose, moderniser l’alimentation), la scolarité (sur place ou plus loin, et pour quelles études ?), l’introduction de la drogue, de l’alcool, pour rendre les indiens dépendants, les soins médicaux, les traditions (quelle place leur donner ?), les lois imposées etc….

« En fait, on s’est tous fait coloniser comme des bêtes. Avant l’arrivée des Blancs, on n’avait pas de lois. Pas besoin. Pas besoin de boulots non plus, parce qu’on chassait notre nourriture ! »

Au-delà de l’intrigue, la description de la vie est très précise, mettant en exergue toutes les difficultés quotidiennes pour ceux qui sont tiraillés entre tradition et modernité, en colère parce qu’on ne les respecte pas… C’est aussi une approche politique.

« Peut-être pouvais-je faire un recours pour qu’on nous rende notre dignité, scellée dans une enveloppe officielle, les péchés du passé effacés comme par magie, disparus comme le bison. »

Virgil se voit confier une mission, en parallèle son neveu a des problèmes… Il se doit d’agir car c’est son peuple qu’il doit défendre. Pourtant, contrairement à d’autres, il n’est pas resté attaché aux traditions, il les a mises à distance, les pow-wow, les huttes de sudation etc … il s’en préoccupe peu.

« J’avais oublié depuis si longtemps ce que signifiait être indien. »

« Quand je baissai les yeux, je vis que les étoiles-toutes sans exception-se trouvaient maintenant dans mes mains, elles éclairaient mes veines, mes muscles, mes os.
Je restai là, seul avec mes ancêtres, et les écoutai. »

Pour réussir, il doit choisir ses priorités, guérir et protéger la communauté. Rien ne lui est épargné, des gangs font régner la terreur, comment les stopper sans mettre qui que ce soit en danger ? Certains passages, réalistes, sont violents…

Parmi les personnages, il y a Marie, une jeune femme proche de Virgil. Ses parents font tout pour qu’elle puisse poursuivre des études en dehors de la réserve, elle ne sait pas quelle décision prendre.
Nathan, lui, comme beaucoup d’adolescents, se cherche, il a envie de se rebeller, de vivre sa vie.

Cette lecture a été très plaisante, j’ai apprécié l’atmosphère mise en place, les paysages, la précision des rites indiens (à la fin du livre, on sait que ce qui a été présenté, c’est ce qui peut être partagé, le reste est secret). Il y a du rythme, de l’action, certains individus évoluent bien (je pense à Tommy), d’autres déçoivent…

Je vais regarder si cet écrivain a rédigé d’autres titres !


"Frankie Elkin - Tome 1 : L’été d’avant" de Lisa Gardner (Before She Disappeared)

 

Frankie Elkin - Tome 1 : L’été d’avant (Before She Disappeared)
Auteur : Lisa Gardner
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cécile Deniard
Éditions : Albin Michel (3 Janvier 2024)
ISBN : 978-2226465368
454 pages

Quatrième de couverture

Frankie, la quarantaine, ancienne alcoolique, est un loup solitaire. Lorsqu'elle apprend qu'une adolescente haïtienne a disparu de Mattapan, quartier chaud de Boston, elle se jure de tout mettre en œuvre pour la retrouver, quitte à risquer sa peau.

Mon avis

C’est dans ce roman que le lecteur fait connaissance de Frankie Elkin. Elle a la quarantaine, alcoolique repentie (mais souvent tentée), pas d’attaches, pas de domicile fixe, elle va au gré de ses recherches. Son but ? Retrouver des personnes disparues. Celles pour qui la police a abandonné les investigations faute d’indices ou d’informations.

Pour cette première enquête, elle recherche Angelique, une adolescente qui a disparu dans un quartier mal réputé de Boston, où vivent beaucoup d’Haïtiens. Elle y est installée depuis quelques années avec son frère plus jeune et sa tante. Un soir, après les cours au lycée, elle n’est pas rentrée, son téléphone et son sac ont été récupérés mais rien d’autre…

Frankie s’installe sur place, un petit boulot, un logement de fonction. Et sur son temps libre, elle questionne, elle fouille, elle observe, elle capte les non-dits, interprète les regards et les silences.

Sa blancheur et ses interrogations dérangent les habitants, personne ne souhaite lui parler, lui transmettre des informations mais elle ne lâche pas. Elle arrive à parler un peu à la police, au petit frère, aux copines.

Cette jeune fille a-t-elle choisi de disparaître ou a-t-elle été enlevée ? Quelle que soit la réponse, qu’est-ce qui a pu motiver une telle situation ? Frankie analyse, creuse, insiste, montre parfois ce qu’elle a déjà compris et après elle fait des déductions. Elle essaie de mettre en place des accords (donnant / donnant), pour échanger des « tuyaux » qui l’aideront à avancer. On découvre la précarité des gens du coin, les difficultés pour se faire une place.

L’écriture est fluide (merci à la traductrice), prenante. Le rythme est soutenu, la « détective » non officielle est attachante, avec ses forces et ses faiblesses. Régulièrement, elle est hantée par de vieux démons, ce qu’elle a vécu qui la ronge, ce qu’elle a raté, ce qu’elle veut réussir.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture !

Et j’ai noté cette phrase :

« J’adore son visage ridé ; c’est celui d’un homme qui sait ce que c’est le chagrin, mais aussi l’espérance. »

Frankie est comme cet homme, elle a souffert, elle connaît le chagrin mais elle cultive l’espérance pour résoudre des affaires tombées dans l’oubli.

"Mes vies volées à Lavilliers" de Yann Madé

 

Mes vies volées à Lavilliers
Auteur : Yann Madé (texte et dessin)
Éditions : Jarjille (1er Avril 2026)
ISBN : 978-2-493649-36-2
48 pages

Quatrième de couverture

Qu'est-ce que je pourrais avoir en commun avec Lavilliers ?
Certainement pas les voyages, même s'il n'est pas d'un pays et qu'il est d'une ville... Son monde est tellement vaste et inclassable. Toujours être où on ne nous attend pas : Saint-Etienne, Marseille ou Saint-Malo ? En commun la sidérurgie, l'amour de l'anarchie, la classe ouvrière ? La rage, l'envie d'être fort, le désir d'être tendre, une tension, un peu de dépression, de la danse, beaucoup de danses... Et une passion pour les rencontres avec l'autre.
Je suis l'autre... Mais, finalement, chacun garde sa vie à soi et n'appartient jamais à personne. Pourtant, je veux bien l’avouer ici, j'ai volé quelques vies à Lavilliers.

Mon avis

Yann Madé est né à Marseille mais il a une histoire particulière avec Saint-Etienne qu’il rejoignait avec ses potes en 4L pour des concerts dans les années 80.  Et puis, son éditeur pour ses bandes dessinées est stéphanois, alors le « pays » il connaît.

C’est sans doute pour ça qu’il a été sollicité pour faire une BD sur Lavilliers. Vous savez le chanteur stéphanois, celui qui dit « On n'est pas d'un pays mais on est d'une ville Où la rue artérielle limite le décor ». Un air fredonné par de nombreux habitants qui se retrouvent dans les paroles, comme un ADN qui colle à la peau.

Alors, Yann a dit oui avec dans l’idée de montrer comment Lavilliers est intimement lié à sa vie. Leur première « rencontre » dans une médiathèque où il a vu ses disques. Comment certains titres ont influencé son quotidien, comment d’autres lui ont « parlé » parce qu’il se reconnaissait dans les paroles, ou dans le côté militant de l’artiste.

Peu importe que certaines choses aient été un peu « transformées » volontairement ou pas, par les médias ou le troubadour, l’essentiel n’est pas là. D’ailleurs l’auteur n’a pas juré de dire la vérité, toute la vérité … il a simplement offert un regard, une approche de cet homme atypique qui part d’un fait divers, d’un voyage, d’un poème pour écrire et chanter en mêlant les styles : chanson française, rock, reggae, salsa et bossa nova … Pour nous faire danser, vibrer, chanter et nous enchanter ….

Cet album, c’est le récit de la place que Lavilliers a eu dans le quotidien de Yann Madé (avec des pauses quelques fois), leurs chemins qui se croisent, se répondent …  Je sais que de nombreux stéphanois ressentiront le même écho, d’ailleurs la collection s’appelle « La Belle 42 » et parle surtout aux gens d’ici.

Les dessins sont dans un style très personnel, des cases irrégulières, des bulles qui chevauchent les limites, des couleurs pas très vives, beaucoup de visages marqués, des décors rares mais très parlants. On dirait qu’il trace avec beaucoup de force, pour « imprimer » les émotions en même temps que les images. Et puis des extraits de différents titres placés à bon escient.

C’est un roman graphique très réussi. À lire et à relire avec sur la platine, un CD de Bernard Lavilliers ….  



"L'assassin de Pigalle" de Gabriel Katz

 

L’assassin de Pigalle
Auteur : Gabriel Katz
Éditions : City Edition (8 Avril 2026)
ISBN : 978-2824625782
320 pages

Quatrième de couverture

Paris, 1945. Alors que la guerre vient tout juste de se terminer, un cadavre est découvert dans un hôtel borgne de Pigalle. L’assassin, arrêté sur les lieux, est un vagabond, dont la dernière adresse était le camp d’Auschwitz.
L’homme qu’il a tué d’une balle dans la tête était un antiquaire véreux, un petit escroc sans envergure qui aurait été membre de « la Carlingue », la Gestapo française. C’est en tout cas ce que son assassin affirme. Mais rien ne le prouve, si ce n’est sa parole…
L’affaire est confiée à Max Weber, un flic désabusé que sa hiérarchie pousse à classer l’affaire.

Mon avis

Paris, 1945, une ville libérée mais blessée, fatiguée, lasse. Des stigmates qui ne permettent pas de tourner la page, de se dire que tout est fini. Les habitants, eux, essaient d’oublier, d’avancer…

Pigalle, un quartier à peine propre, un hôtel quelconque, un cadavre dans une chambre saccagée. La police arrive sur place, personne n’est sorti donc l’assassin est encore dans les murs. Max Weber, un flic d’une trentaine d’années mais qui fait plus vieux vu ce qu’il a vécu à la guerre, découvre un homme prostré dans les WC, une arme à ses pieds. Sans résistance, il se laisse arrêter. Il s’appelle Mendel Jankovic.

Il parle peu, à part pour donner son nom, montrer son bras tatoué, dire qu’il était à Auschwitz et qu’il a tué Antoine Moray parce que c’était un ancien de la Carlingue, la Guestapo française, qui lui a volé des œuvres d’art. Parmi eux, des truands, des ex policiers, des faux jetons qui jouent double jeu… Sur ce point, l’auteur s’est remarquablement documenté car il évoque des faits, des individus ayant existé et parfaitement en phase avec le contexte qu’il décrit.

Les supérieurs de Max aimeraient classer l’affaire, ils ont d’autres choses plus importantes à gérer. Lui, il en discute avec Augustine Derval, l’avocate commis d’office. Oui, l’ancien déporté a supprimé un homme mais ce dernier aurait dû être arrêté pour ses exactions… Alors, est-ce qu’il doit être guillotiné pour son acte ? N’a-t-il pas eu sa dose de souffrance ? Le défendre, prouver que Moray était une « ordure », c’est offrir à Mendel un vrai procès avec, peut-être, au bout, la paix et la tranquillité….

Le flic et l’avocate finissent par se comprendre. Il cherchera les preuves des méfaits de Moray, elle montera le dossier. Mais ils dérangent ! Certains n’ont pas envie de voir ressortir le passé, quelques-uns ont changé de vie, se sont fait discrets et préfèrent qu’on ne reparle plus de ce qui a été. Mais ce n’est pas si loin, pas enterré du tout… On ne peut pas toujours se cacher …

Max n’a pas de méthodes traditionnelles, il se sert de son expérience, il ne pense pas aux « normes », aux codes, aux règles à appliquer. Il agit à l’instinct, quitte à déformer la vérité pour obtenir des informations, il est pugnace, un peu asocial (ses parents sont partis vivre loin, il est installé dans le vieil appartement comme s’il allait le quitter…). Il a un caractère mi ombre/ mi lumière, très intéressant. Il n’est pas toujours à l’aise avec sa profession….

« Il ne l’aurait pas cru, mais la guerre, c’était plus simple. Selon la couleur de l’uniforme, on tire ou on ne tire pas. La police, c’est autre chose, une espèce de flou, un monde sans repères. Une pièce de théâtre un peu surjouée, où les rôles ne sont jamais très bien définis.
Dans les deux cas, on ne peut tourner le dos à personne. »

Angélique a un fort tempérament, elle veut imposer son rôle d’avocate au milieu de « mâles » qui la toisent, qui se moquent parfois. Max a besoin de ses compétences et ils se soutiennent.

Le roman alterne les chapitres où l’on suit l’enquête délicate de Max Weber d’une part et de l’autre, Antoine Moray qui explique sa vie, ses choix, comment il a agi et pourquoi.

J’ai trouvé l’alternance des deux points de vue captivante. Non seulement parce que l’auteur s’est mis dans « la peau » de Moray, adoptant son phrasé, ses pensées mais parce que ça se complète très bien et ça offre un autre regard, une autre ouverture, une autre analyse des événements.

L’écriture de Gabriel Katz est sobre, mais en quelques mots, il plante une atmosphère qu’on ressent vraiment. C’est très visuel, on a une « photographie » des lieux, des gens, des échanges, on est dedans tout de suite. Le côté historique est bien développé mais ne casse pas le rythme par des descriptions trop détaillées. C’est parfaitement dosé. C’est un récit marquant, parce qu’il parle de notre pays, de certains côtés dont je n’avais pas vraiment (honte à moi) entendus parler. J’ai énormément apprécié cette lecture !


"Tous nos petits mensonges" de Diane Chamberlain (The Lies We Told)

 

Tous nos petits mensonges (The Lies We Told)
Auteur : Diane Chamberlain
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Francine Siety
Éditions : Presses de la Cité (20 Octobre 2011)
ISBN : 978-2258088061
416 pages

Quatrième de couverture

Maya et Rebecca sont toutes deux de brillants médecins, mais c'est leur seul point commun. Depuis l'adolescence, la fragile Maya vit dans l'ombre protectrice de sa soeur Rebecca, qui l'a sauvée des balles d'un tueur. Hantée par son passé, elle est devenue une femme secrète, même avec son mari, Adam, qu'elle aime pourtant beaucoup.
Lorsqu'un cyclone frappe les côtes de la Caroline du Nord, Rebecca et Adam parviennent à convaincre Maya de participer avec eux aux opérations de sauvetage. Malheureusement, l'hélicoptère dans lequel elle se trouve tombe dans des eaux tumultueuses. Obligée de lutter pour sa survie, Maya n'a d'autre choix que de prendre elle-même son destin en main.

Mon avis

Un roman simple et efficace, vite lu. Il ne restera pas forcément dans vos incontournables et ne vous laissera pas un souvenir impérissable mais, ne boudons pas notre plaisir, il permet de passer un très bon moment.

Maya et Rebecca, deux sœurs orphelines à l’adolescence suite à l’assassinat de leurs parents, sont toutes les deux médecins dans des entités très différentes. L’une en chirurgie, l’autre dans l’humanitaire. Deux caractères opposés mais elles s’aiment. Elles ont l’impression de tout se dire, d’être transparentes l’une pour l’autre mais ce n’est pas le cas. Chacune son jardin secret, ses tourments cachés et ses rêves inavoués …

Un événement grave et exceptionnel va les propulser dans des situations qu’elles n’avaient pas envisagées et qui vont se révéler cruciales pour leur avenir.
L’auteur sait très bien s’y prendre, avec une écriture vive et enjouée, des chapitres alternant Maya et Rebecca pour rendre ses personnages attachants et l’histoire prenante. C’est plein de tendresse, pas trop dégoulinant de bons sentiments et quelques rebondissements tiennent le lecteur en haleine.

Une lecture agréable pour un jour de repos.


"Je suis un monstre" de Christine Adamo

Je suis un monstre
Auteur : Christine Adamo
Éditions : Taurnada (5 Mars 2026)
ISBN : 978-2372581790
310 pages

Quatrième de couverture

Moi, c'est Tom. J'ai 7 ans, un cerveau trop fort, une maman trop horrible, un papa et un chien trop gentils que je veux rejoindre dans les Ardennes.
Mais entre un double pas sympa dans ma tête et des gens qui sont morts partout sans prévenir, c'est pas gagné.

Mon avis

Les parents de Tom ont divorcé suite à un événement grave. Il est le plus souvent avec sa mère, professeur de mathématiques à l’université, obsédé par le bien-être de son fils. Pas de mauvaise bouffe, pas de télé, pas de tablette, mais des équations, des lectures scientifiques et des flocons d’avoine. Tout ce qu’il faut pour faire de son petit garçon de sept ans, un enfant épanoui ?

Et bien pas vraiment. Tom préfère aller chez son père. Ou s’amuser avec sa copine Gigi, même si parfois, elle le trouve bizarre. C’est un peu normal, il est très doué, mais il n’exploite pas ses compétences à bon escient. Il n’a pas les « codes » pour vivre avec les autres ou alors, il sait mais ne veut faire que ce qu’il décide.

On rentre dans ses pensées, à la manière d’un journal intime. C’est lui qui s’exprime, avec une maturité étonnante pour son âge, mais normale lorsqu’on sait qu’il a de très grandes capacités. Il observe et analyse avec acuité, mais parle avec ses mots d’enfant. Il décrit le monde autour de lui, et donne des précisions lorsqu’il a peur qu’on ne suive pas le cours de sa réflexion. Son but ? Maîtriser les situations, faire ce qu’il veut tout en ayant l’air d’un ange. Et il se débrouille pas mal. C’est un petit avec des yeux grands. Capable de tout pour arriver à ses fins, sans remords, ni culpabilité tant il est persuadé d’agir comme il le faut. Les dégâts collatéraux, les risques, il ne les mesure pas, faisant preuve d’une forme de cynisme, il met tout ça à distance.

Dans chaque chapitre, on découvre les trésors d’ingéniosité déployés par ce jeune garçon. Il utilise tout ce qu’il sait, se renseigne, lit, cherche afin de minimiser les erreurs. Il revient sur d’anciens faits et cela nous donne un éclairage sur le présent. Je pense que cet aspect aurait pu être plus exploité, il serait intéressant de voir comment il a grandi, où et avec qui (nounou, crèche ?) On pourrait avoir des éléments expliquant son évolution. Comment ça se déroulait avec les deux parents ? Avec les autres enfants quand il était bébé ? Avec les adultes ? Est-ce qu’il manifestait son affection ?

J’ai trouvé quelques passages un peu plus longs, je pense que j’aurais apprécié que de temps en temps, un ou deux personnages prennent la parole. Pas forcément souvent, mais trois à cinq fois, histoire de casser la dynamique et d’apporter un autre point de vue. Même très factuel.

L’idée de base est originale, dérangeante, troublante. Christine Adamo a de l’imagination, des idées, elle met en place une atmosphère de plus en plus étouffante, où le danger est omniprésent, pas apparent mais sous-jacent et c’est encore pire.

C’est un roman sombre, angoissant, qui vous prend dans ses rets et vous relâche vidé, parce que l’ambiance, les actes vous collent à la peau. On prend en pleine face, notre impuissance. On voudrait mais on ne peut pas… Heureusement que c’est un roman !

 

"L'oiseau bleu" de Sylvie Callet

 

L’oiseau bleu
Auteur : Sylvie Callet
Éditions : du Caïman (4 Avril 2026)
ISBN : 978-2493739797
226 pages

Quatrième de couverture

Arrachée à son enfance par la guerre, Makiadi a appris à survivre dans l’ombre. Jusqu’au jour où elle rencontre Divine, une fillette à la voix d’ange, capable de faire vibrer l’air et jaillir la lumière. De l’Afrique à l’Europe, les pas de ces deux héroïnes résonnent comme une traversée initiatique : entre ténèbres et clarté, vengeance et espérance, mémoire et chant.

Mon avis

Exprimer l’indicible, choisir les mots, les faire vivre et leur donner la puissance nécessaire pour transmettre un message, des émotions … C’est la grande force de Sylvie Callet.

Je suis ressortie bouleversée de cette lecture, par le contenu, par l’écriture.

Le récit s’articule sur plusieurs périodes à partir de 2012. Dans la République Démocratique du Congo, certains enfants sont enrôlés de force, ils n’ont pas le choix s’ils veulent vivre, ils doivent tuer et rien qu’en l’écrivant, je réalise que c’est, malheureusement, la vérité crue. Celle pour laquelle on aimerait faire l’autruche, fermer les yeux et oublier…

Mais l’auteur nous renvoie la réalité en face, se battre, survivre, peut-être s’enfuir ….

« Bientôt, habités d’un espoir fou, ils poseront le pied sur ce fragment d’Europe. À cet instant fugace où l’oubli du passé et la promesse d’un futur se confondent dans l’éternité, seul comptera pour eux ce premier pas. »

Arrachés à leurs racines, à leur enfance, à leur quotidien, comment peuvent-ils se construire, avancer ? Sur quelles bases ?

« Ne pas flancher, ne surtout pas se laisser envahir par les images venues du passé. »

Aller où ? Dans un camp, parqués, au milieu des autres, dans des conditions limites en attendant des jours meilleurs ? Est-ce une solution ? Trouver une association d’aide aux migrants qui ne soit pas dépassée, débordée, pour les accompagner ? Ne pas avoir peur, ne pas se retourner ou sursauter au moindre bruit ? Que faire, comment ?

C’est tout ça et bien plus encore que nous présente l’auteur. Avec des phrases courtes qui font mouche, un style unique sobre et factuel tout en étant d’une poésie merveilleuse.

« Le parfum poudré des frangipaniers s’attarde dans l’air, infuse ses notes suaves de vanille et d’amande dans l’incandescence du jour déclinant. Des flâneurs longent le rivage basaltique du lac, laissant leur regard voguer vers l’horizon. »                                                                                  

En lisant, je serrais les poings, me retenant de hurler « Ce sont des gosses, ils ne devraient pas vivre ça. » Je sais que ça existe, que parfois c’est même pire, l’innocence perdue, le regard éteint … Peut-on se relever ?

Makiadi est une jeune fille meurtrie, blessée, engagée dans un combat qu’elle n’a pas voulu. Un jour, au cours d’une des sorties imposées, elle rejette ce qu’on lui demande et recueille une petite fille au nom délicieux : Divine. C’est leur histoire, leur périple, ensemble ou séparées que nous découvrons. Mais il y aussi tous ceux qui gravitent autour d’elles : les miliciens, les aides humanitaires, les rencontres d’un jour ou plus…. Elles subissent et voient la violence mais leur lien les porte et les fait tenir même quand elles ne se voient pas.

Quelques légendes transmises par la famille sont insérées dans le texte, rappelant l’importance de l’oralité. Et quand un conte passe de génération en génération, c’est que la vie est encore là, que la tradition n’est pas étouffée, et c’est une victoire.

L’oiseau bleu c’est une musique, un chant de désespoir puis d’espoir, c’est un cri d’horreur mais de temps à autre un cri de joie, c’est entendre toutes ces voix que certains essaient d’étouffer, c’est se dire qu’il est essentiel de lire des romans comme celui-ci pour ne pas oublier ….


"À la santé des Mohicans" de Louis Cabaret

 

À la santé des Mohicans
Auteur : Louis Cabaret
Éditions : Liana Levi (2 Avril 2026)
ISBN :  979-1034912278
160 pages

Quatrième de couverture

Un bar de quartier, non loin d’une usine, tenu par une femme, Helda. C’est là que les batailles ouvrières se trament, que les liens amicaux se nouent. Et quelquefois les rencontres amoureuses. Celle, tardive, du représentant syndical de l’usine, Jean-Jo et de la patronne du bar, apportera une fille qui sera choyée par l’ensemble des clients. Louison deviendra la petite spectatrice des réunions syndicales, communautés éducatives hors normes.

Mon avis

Pas très loin de l’usine, il y a le bar d’Helda. Elle le tient d’une main de fer dans un gant de velours, comme une famille aimante. Chacun sa place, des échanges, de l’écoute. C’est d’ailleurs là que se réunissent les ouvriers pour discuter, refaire le monde et surtout réfléchir aux décisions des patrons. Ils sont tous syndiqués ou presque, certains plus investis que d’autres mais tous prêts à défendre leurs droits sans baisser les yeux, sans rien lâcher de la lutte héritée de leurs prédécesseurs. Ça fait partie de leur ADN.

Parmi les clients, il y a le curé, François. Certains veulent oublier qu’il s’est consacré à Dieu, qu’il demande de la droiture. Lui, il essaie d’être présent, de se glisser au milieu d’eux l’air de rien. C’est d’ailleurs lui qui apporte un livre à Helda, soudainement prise d’une envie de lecture.

« À chaque moment de creux, elle l’ouvrait et lisait, avec l’impression de comprendre tout ce que l’auteur avait voulu dire. Comme si ça sortait d’elle. […] Le texte la traversait. Lire, c’était vivre. Elle ouvrit un cahier et se mit à écrire. »

Helda se confie sur le papier, elle se met à nu. Et on pénètre, sur la pointe des pieds, dans l’intimité de cette femme qui ne dit pas grand-chose sur elle, sur son passé. On découvre la grande sensibilité qui l’anime, son besoin de semer le bonheur, de l’offrir.

Le bar, c’est le lieu de vie, celui où on grandit, où on se dispute, où on s’aime, où on passe par différents états avec les copains, les amis, selon ce qu’on partage. C’est un endroit où les liens sont forts, presque indestructibles malgré, parfois, les désaccords. Ils sont tous là les uns pour les autres. Quelques fois il faut se forcer un peu, ce n’est pas toujours facile l’amitié. On est sur un pied, sur l’autre, maladroit face à la maladie par exemple. Tant que tout tourne, c’est facile, ça coule tout seul mais dès que l’un ou l’autre est confronté à un problème, il y a des hésitations, des gaucheries, des erreurs. Il est alors nécessaire de ne pas perdre pied, de penser au cap qu’on veut garder.

C’est un récit empli d’humanité. Louis Cabaret a un regard acéré sur les personnages qu’il présente, comme s’il les avait côtoyés lui-même (et il y a un peu de ça, dans sa famille, des personnes ont travaillé, lutté, agi en tant que délégués du personnel), ça sent le vécu. Il parle de la vie de tous les jours, avec une analyse très fine des situations banales. Les dialogues sont très vivants. Il montre combien le café d’Helda a « fédéré » les individus, créant une communauté solide, parfois déstabilisée par un événement mais capable de faire face, et où chacun épaule les autres, sans compter. Ça vit, ça vibre, ça transmet. On suit Helda et les siens sur trois générations, on sent la force de la transmission, de ce qu’on apprend au contact des camarades, des vrais, de ceux qui ne trichent pas ou seulement pour la bonne cause.

Tous ceux qui vivent là se ressemblent, s’assemblent et sont malgré tout différents, c’est tout le charme de l’histoire. Avec son écriture précise, altruiste, et son style direct et réaliste, l’auteur nous offre un roman extraordinaire mettant en scène des vies ordinaires, comme on peut en rencontrer si on ouvre les yeux et le cœur.


"Les bûchers de Calcutta" d'Abir Mukherjee (The Burning Grounds)

 

Les bûchers de Calcutta (The Burning Grounds)
Auteur : Abir Mukherjee
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Emmanuelle et Philippe Aronson
Éditions : Liana Levi (2 Avril 2026)
ISBN : 979-1034912322
430 pages

Quatrième de couverture

Wyndham, l’inspecteur britannique de la Police impériale, ex-opiomane au cœur et à la carrière brisés, découvre le corps d’un riche mécène bengali au pied des bûchers funéraires de Calcutta. L’enquête menée en cinq jours et cinq nuits le conduit sur les traces d’une star anglo-indienne, en tournage au milieu des temples de Bishnupur, à 140 km de la capitale du Bengale. Le film a été financé par le bienfaiteur assassiné. Parallèlement, son ancien adjoint, Banerjee, refait surface après trois ans d’exil en Europe et se voit confier par son oncle le soin de retrouver sa fille photographe un peu trop émancipée qui s’est mystérieusement volatilisée. Rapidement, les deux affaires n’en font plus qu’une. 

Mon avis

Abir Mukherjee est un écrivain d’origine indienne, né à Londres en 1974. Il est traduit en France depuis 2019 et écrit principalement des romans qui se déroulent en Inde après 1919 (c’est le sixième). On y retrouve des personnages récurrents que l’on voit évoluer (mais chaque histoire peut se lire séparément).

Cette fois-ci, nous sommes à la fin des années 20. Sam Wyndham, inspecteur britannique de la Police impériale a été mis sur la touche. On lui reproche son attitude. Lui, il le sait : il a écouté sa conscience et désobéi deux fois à ses supérieurs. Pour autant, il n’a pas été viré. Son ancien adjoint, Satyendra Banerjee, un indien, a quitté le pays et voyage à l’étranger depuis trois ans. Ils n’ont plus de contact alors qu’ils étaient proches.

Un soir, le corps de J.P. Mullick, un riche mécène du cru, est découvert égorgé près des bûchers funéraires. C’était un homme estimé, magnanime et sans histoires en apparence. Pourquoi a-t-il été déposé là ? Contrairement à ce qu’il pensait, Sam est chargé de l’enquête. Il ne dit pas non, plutôt satisfait de reprendre du service pour quelque chose de sérieux.

« Mais j’aspire tellement à travailler de nouveau sur de grosses affaires. À révéler la vérité ; rendre justice à ceux qu’on a tués et la réclamer pour ceux qui leur survivent ; voilà ce qui compte, voilà ce qui me pousse à me lever chaque matin, et j’en suis privé depuis longtemps. »

Le même jour, dans un bar où il a quelques habitudes, il aperçoit Estelle Morgan, une actrice anglo-indienne, venue tourner un film. Il est en admiration devant elle ... Mais il doit mener des investigations et déjà rencontrer l’épouse, le fils et le personnel de Mullick.

Lorsqu’il arrive chez lui, son serviteur lui annonce une visite. C’est Satyendra qui est revenu au pays ! Les deux hommes sont maladroits, ne savent pas comment se comporter, que sont devenues leur amitié et leur complicité ? La cousine de Satyendra, la seule femme photographe de la ville, a disparu. Il a peur qu’elle ait des problèmes et il demande à Sam de l’aider car elle est sans doute en danger. Ils se mettent d’accord, ils s’épauleront sur les deux affaires afin de les résoudre.

L’évolution des deux individus est bien pensée. Celui qui a voyagé est devenu « un autre homme », moins naïf, plus mûr mais encore englué dans les préjugés et le contexte familial, le fait « d’obéir » à son père, de répondre à ses attentes. L’autre reste attaché à une part de son passé, même si certains démons se sont éloignés…

Le récit, mené de main de maître, est absolument excellent, l’auteur explique, dans les dernières pages, d’où vient son inspiration et c’est très intéressant ! Les recherches servent de fil conducteur mais il y a un réel travail de fond pour les descriptions de la vie sur place, de l’atmosphère, des ressentis des uns et des autres. À travers les différentes situations, on visite la ville et les environs, on voit les extrêmes car tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, les castes existent encore et font du mal.

Des thèmes profonds sont abordés, comme les unions mixtes, le poids des origines, la paix, la ville de Calcutta, ni britannique, ni indienne, entre les deux, se cherchant ainsi que ses habitants (le port du sari lorsqu’on n’est pas indienne mais mariée à un indien est une grande question…), doivent-ils se fondre dans le paysage ou montrer qui ils sont ? On sent que ça bouge là-bas, que tout est moins figé, que les gens commencent à oser….

Le roman alterne les chapitres à la première personne, donnant tour à tour la parole à Sam ou à Satyendra. On peut comparer leur analyse face aux mêmes situations. À la base, ce sont deux personnages que tout oppose et pourtant ils arrivent à se comprendre, à se soutenir et même à se donner des conseils. Leur relation s’équilibre.

L’écriture (merci aux traducteurs) est complète, profonde (rien n’est survolé) mais pas du tout rébarbative. Le rythme est parfait avec ce qu’il faut de rebondissements pour maintenir l’intérêt.
Je ne me lasse pas de lire Abir Mukherjee !

 

NB : J’ai particulièrement apprécié les pages 238 et 239, lorsque Satyendra s’interroge sur Gandhi et son rôle. C’est tellement juste !

« La liberté a toujours nécessité la violence.
Et si pourtant M. Gandhi avait raison ? Et s’il était possible de l’obtenir par des moyens pacifiques ? Et si nous pouvions libérer un peuple -des centaines de millions d’hommes, de femmes, d’enfants- de l’assujettissement sans avoir recours à la violence ? Ce serait incroyable, non ? Ce serait une source d’espérance, une inspiration, non seulement pour les Indiens et les Britanniques, mais aussi pour toute l’humanité. »


"Les invisibles" de R. J. Ellory (A Darker Side of Paradise)

 

Les invisibles (A Darker Side of Paradise)
Auteur : R. J. Ellory
Traduit de l’anglais par Étienne Gomez
Éditions : Sonatine (2 Avril 2026)
ISBN : 978-2383992691
552 pages

Quatrième de couverture

1975, Syracuse, État de New York. Rachel Hoffman, nouvelle recrue de la police locale, est appelée sur sa première scène de crime : une institutrice vient d'être assassinée. À côté du corps, un étrange message tiré de La Divine Comédie de Dante. Peu après, une deuxième victime est découverte. C'est le début d'une série d'homicides à laquelle Rachel va être intimement mêlée, nouant une relation très particulière avec le mystérieux assassin. Cinq ans plus tard, alors que l'affaire semble close, une nouvelle vague d'assassinats frappe New York, étonnamment similaires à ceux de Syracuse. Rachel, qui s'apprête à rejoindre l'unité d'analyse comportementale du FBI, ignore encore qu'il lui faudra plus d'une décennie, avec nombre d'autres meurtres à la clé, pour peut-être résoudre cette enquête très personnelle qui, peu à peu, va virer à l'obsession, à la paranoïa, et la mener aux confins de la folie.

Mon avis

On est en 1975, Rachel Hoffman vient d’intégrer la police. C’est une femme et à cette époque, il n’est pas simple pour elle de faire sa place, les collègues hommes auraient tendance à la regarder de haut et à se dire qu’elle n’est pas aussi compétente qu’eux. Mais elle n’est pas du genre à baisser les yeux, à se laisser écraser. Son boulot, c’est toute sa vie. Dans sa famille dysfonctionnelle, elle a été rejetée, cabossée, elle s’est relevée et ne s’encombre pas d’une vie personnelle trop importante. Elle a érigé des barrières autour d’elle, une façon de se protéger, de s’isoler, d’afficher : « je suis autonome et forte », mais est-ce vivre et être épanouie ?

« Rachel s’était souvent demandé sir son choix de carrière n’avait pas été seulement un moyen de s’assurer une routine. »

La voici sur sa première scène de crime, une enseignante assassinée dans des conditions particulières et un message extrait de La Divine Comédie de Dante. D’autres crimes suivent, liés à ce même livre par des textes trouvés sur les lieux. Elle cherche, s’obstine, veut comprendre le cheminement mental du tueur.

« -Comprendre quoi ?
-Pourquoi les gens font ce qu’ils font. Ce qui les pousse à tuer. D’où leur vient ce genre de motivation. »

L’affaire finit par être classée mais elle la hante toujours jusqu’à ce que l’histoire se reproduise … Un imitateur ou autre ? Rachel se sent concernée par cette affaire hors normes, elle ne lâchera pas mais où cela va-t-il l’entraîner ?

R.J. Ellory excelle à évoquer les traumatismes de l’enfance, à rappeler combien est mince la frontière entre le bien et le mal. Fait-on tous face à la réalité de la même manière ? Qu’en serait-il de jumeaux séparés à la naissance et élevés dans deux foyers diamétralement opposés ? La science du comportement peut-elle apporter des réponses ?

L’écriture (merci au traducteur) est profonde, le style dense, l’aspect psychologique des différents protagonistes est essentiel et a une place primordiale. C’est travaillé et bien fait mais noir, il faut le savoir. L’auteur plonge dans les tréfonds de l’âme humaine, dans ses aspects les plus ténébreux, il analyse les motifs qui déterminent chaque acte, les raisons de tels agissements. Il réfléchit sur les répercussions du passé, de l’activité professionnelle sur le caractère de chaque individu.

La quête de Rachel vire à l’obsession, elle ne vit, mange, respire que pour ça… Elle est engluée dans ses recherches et ne lève pas les yeux sur autre chose. Personne ne la comprend ou alors si peu… C’est comme une immense partie d’échecs entre elle et celui ou ceux de l’ombre « Les invisibles » qui jouent à cache-cache avec elle. Est-elle manipulée ou n’a-t-elle plus le recul nécessaire pour avancer ? Tout cela l’use, mais elle est opiniâtre, volontaire… Ressortira-t-elle indemne ? Trouvera-t-elle un équilibre ?

J’ai beaucoup apprécié cette lecture malgré son côté sombre, l’atmosphère est parfaite, étouffante juste ce qu’il faut. Et l’intrigue, étalée sur plusieurs années, est menée de main de maître !

"Sur leurs traces" de Pétronille Rostagnat

Sur leurs traces
Auteur : Pétronille Rostagnat
Éditions :  HarperCollins (2 Avril 2025)
ISBN : 979-1033919193
352 pages

Quatrième de couverture

Jérémy Bouscarat est infirmier à l’hôpital Lariboisière. Une nuit, alors qu’il fume devant les urgences, une voiture pile face à lui. Au volant, une femme en état de choc ; à l’arrière, deux enfants blessés par balle. Lorsque le commandant Alexane Laroche arrive sur place, la mère est introuvable. Pourquoi s’est-elle évaporée dans la nuit ? Pour la flic démarre une course contre la montre ; pour l’infirmier, une quête obsessionnelle qui le transformera à jamais. Qui des deux aura le fin mot de l’histoire ?

Mon avis

Jérémy est infirmier aux urgences, il n’a plus que son boulot dans sa vie et il est proche du brun out tant il y a du travail. Ce soir-là, une voiture arrive à l’hôpital. Deux enfants blessés à sauver. Il jette à peine un œil à la conductrice. Le plus important, ce sont les gosses.

Comme l’un des deux est blessé par balle, la police débarque. C’est la commandante Alexane Laroche (héroïne récurrente de l’auteur), elle s’aperçoit que la mère a disparu. Pourquoi ? Fuit-elle quelque chose ? Avec son équipe, elle mène des recherches pour retrouver cette maman. De son côté, Jérémy est intrigué, déstabilisé. Il se pose des questions et va chercher, lui aussi, à comprendre.

Le lecteur suit les deux enquêtes en parallèle. Le quotidien de Jérémy et celui d’Alexane ne se ressemblent pas, chacun a ses raisons pour mener des investigations, pour aller au bout.

L’écriture de l’auteur est prenante, les rebondissements sont nombreux et maintiennent le suspense.  Il n’y a pas de temps mort

J’ai eu du mal à m’attacher aux personnages et les invraisemblances m’ont un peu dérangée même si je reconnais que c’est bien ficelé et que tout s’emboîte.

J’apprécie beaucoup Pétronille Rostagnat, mais cette fois-ci, il m’a manqué quelque chose. C’était « trop » pour moi. L’idée de base est bonne mais peut-être que la surenchère est trop présente pour que je rentre dans l’histoire. C’est dommage mais pas rédhibitoire, je la lirai encore !