À la santé des Mohicans
Auteur : Louis Cabaret
Éditions : Liana Levi (2 Avril 2026)
ISBN : 979-1034912278
160 pages
Quatrième de couverture
Un bar de quartier, non loin d’une usine, tenu par une
femme, Helda. C’est là que les batailles ouvrières se trament, que les liens
amicaux se nouent. Et quelquefois les rencontres amoureuses. Celle, tardive, du
représentant syndical de l’usine, Jean-Jo et de la patronne du bar, apportera
une fille qui sera choyée par l’ensemble des clients. Louison deviendra la
petite spectatrice des réunions syndicales, communautés éducatives hors normes.
Mon avis
Pas très loin de l’usine, il y a le bar d’Helda. Elle le
tient d’une main de fer dans un gant de velours, comme une famille aimante.
Chacun sa place, des échanges, de l’écoute. C’est d’ailleurs là que se
réunissent les ouvriers pour discuter, refaire le monde et surtout réfléchir aux
décisions des patrons. Ils sont tous syndiqués ou presque, certains plus
investis que d’autres mais tous prêts à défendre leurs droits sans baisser les
yeux, sans rien lâcher de la lutte héritée de leurs prédécesseurs. Ça fait
partie de leur ADN.
Parmi les clients, il y a le curé, François. Certains
veulent oublier qu’il s’est consacré à Dieu, qu’il demande de la droiture. Lui,
il essaie d’être présent, de se glisser au milieu d’eux l’air de rien. C’est d’ailleurs
lui qui apporte un livre à Helda, soudainement prise d’une envie de lecture.
« À chaque moment de creux, elle l’ouvrait et
lisait, avec l’impression de comprendre tout ce que l’auteur avait voulu dire.
Comme si ça sortait d’elle. […] Le texte la traversait. Lire, c’était vivre.
Elle ouvrit un cahier et se mit à écrire. »
Helda se confie sur le papier, elle se met à nu. Et on pénètre,
sur la pointe des pieds, dans l’intimité de cette femme qui ne dit pas grand-chose
sur elle, sur son passé. On découvre la grande sensibilité qui l’anime, son
besoin de semer le bonheur, de l’offrir.
Le bar, c’est le lieu de vie, celui où on grandit, où on se
dispute, où on s’aime, où on passe par différents états avec les copains, les
amis, selon ce qu’on partage. C’est un endroit où les liens sont forts, presque
indestructibles malgré, parfois, les désaccords. Ils sont tous là les uns pour
les autres. Quelques fois il faut se forcer un peu, ce n’est pas toujours
facile l’amitié. On est sur un pied, sur l’autre, maladroit face à la maladie
par exemple. Tant que tout tourne, c’est facile, ça coule tout seul mais dès que
l’un ou l’autre est confronté à un problème, il y a des hésitations, des gaucheries,
des erreurs. Il est alors nécessaire de ne pas perdre pied, de penser au cap qu’on
veut garder.
C’est un récit empli d’humanité. Louis Cabaret a un regard
acéré sur les personnages qu’il présente, comme s’il les avait côtoyés lui-même
(et il y a un peu de ça, dans sa famille, des personnes ont travaillé, lutté,
agi en tant que délégués du personnel), ça sent le vécu. Il parle de la vie de
tous les jours, avec une analyse très fine des situations banales. Les
dialogues sont très vivants. Il montre combien le café d’Helda a « fédéré »
les individus, créant une communauté solide, parfois déstabilisée par un événement
mais capable de faire face, et où chacun épaule les autres, sans compter. Ça
vit, ça vibre, ça transmet. On suit Helda et les siens sur trois générations,
on sent la force de la transmission, de ce qu’on apprend au contact des
camarades, des vrais, de ceux qui ne trichent pas ou seulement pour la bonne
cause.
Tous ceux qui vivent là se ressemblent, s’assemblent et sont
malgré tout différents, c’est tout le charme de l’histoire. Avec son écriture
précise, altruiste, et son style direct et réaliste, l’auteur nous offre un
roman extraordinaire mettant en scène des vies ordinaires, comme on peut en
rencontrer si on ouvre les yeux et le cœur.

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