"Mickey Haller - Tome 8 : Sans âme ni conscience" de Michael Connelly (The Proving Ground)

 

Mickey Haller - Tome 8 : Sans âme ni conscience (The Proving Ground)
Auteur : Michael Connelly
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Robert Pépin
Éditions : Calmann-Lévy (14 Janvier 2026)
ISBN : 978-2702189054
460 pages

Quatrième de couverture

Mickey Haller, le célèbre avocat à la Lincoln, se lance dans une action contre une entreprise de la tech dont l’intelligence artificielle est accusée d’avoir encouragé un adolescent à tuer sa petite amie.
Au cours de son enquête, il croise la route de Jack McEvoy, un journaliste qui assiste aux audiences afin d’écrire un livre sur le sujet. Bientôt, tous deux retrouvent la trace d’une lanceuse d’alerte qui a tenté de révéler l’affaire. Mais celle-ci devient rapidement périlleuse, car des milliards de dollars sont en jeu et le géant de l’IA auquel Haller s’attaque ne reculera devant rien pour protéger ses intérêts.

Mon avis

Après avoir été avocat au pénal, Mickey Haller est passé au civil. Pour ce nouveau procès, il doit se battre pour deux familles. Un couple dont le fils a assassiné la fille unique de Brenda, une mère seule. Malgré leurs situations totalement opposées, les trois parents s’unissent pour attaquer une entreprise de la tech. Cette dernière a créé un chatbox avec l’intelligence artificielle. C’est vers ce personnage virtuel que s’est tourné le tueur lorsque sa petite amie l’a quitté. Il a cherché et trouvé du réconfort. Il a dialogué, écouté les réponses et a fini par interpréter ce que l’IA (intelligence artificielle) lui répondait et il a tué…

Toute la mission de Haller est de démontrer que la société dont les informaticiens ont mis sur pied cette IA est fautive. Une IA n’a rien « dans la tête » à la base, ce sont les développeurs qui la « nourrissent ». Elle ne peut pas mener une réflexion. Ses réactions sont « programmées » en fonction de ce qu’on lui instille. Mickey veut prouver qu’« elle » a poussé le jeune homme au terrible acte qu’il a commis.

Ce roman est captivant car il met le doigt sur un des problèmes majeurs des progrès informatiques : comment éviter les dérives ? Comment utiliser l’IA pour de bonnes choses ? Comment gérer tout ça ?

Dans un récit bien construit (même si, comme souvent, l’auteur a glissé une seconde intrigue pas forcément utile à mon avis), Michael Connelly nous rappelle que la justice américaine a un fonctionnement bien à elle. Tout commence avec le choix stratégique des jurés, qu’il faut « façonner » pour la cause qui est défendue. C’est toute une réflexion, d’autant plus que les adversaires peuvent récuser certaines personnes. Ensuite, choisir les bons témoins et leur poser les questions qui amèneront le résultat souhaité. Rien de facile. Et puis il y a les accords et « marchés », que certains essaient de mettre en place pour étouffer l’affaire en mettant la pression, c’est significatif.

Ce livre est très réaliste et bien documenté (Avez-vous déjà entendu parler d’ELIZA ?) J’ai appris pas mal de choses et c’est très intéressant. L’histoire est assez linéaire avec des protagonistes bien campés, mais pas caricaturaux. Le thème est très actuel, on est en plein dedans. À la fois ravis des progrès générés par l’IA et affolés à l’idée de ne pas les maîtriser. Est-ce que ce n’est pas déjà trop tard ?

L’écriture (merci au traducteur) est fluide, plaisante. Le suspense bien présent et les rebondissements glissés au bon moment. Les chapitres plutôt courts donnent du rythme et, malgré quelques termes techniques, ce n’est pas compliqué à suivre.

Une excellente lecture !


Comme s’il pleuvait de Iris Wolff (So tun, als ob es regnet)

 

Comme s’il pleuvait (So tun, als ob es regnet)
Auteur : Iris Wolff
Traduit de l’allemand par Claire de Oliveira
Éditions : Christian Bourgois (7 mai 2026)
ISBN : 978-2267058796
176 pages

Quatrième de couverture

Jacob, un soldat autrichien pris dans les soubresauts de la Grande Guerre, est stationné dans un village des Carpates. Son envie de partager des histoires avec les autres le détourne du combat contre l'ennemi, et il fait malgré lui une rencontre décisive. Des années plus tard, Henriette, une jeune femme qui se sent différente de ses soeurs, s'interroge sur ses origines à mesure qu'elle fréquente les insomniaques de son petit village roumain. Son fils, Vicco, quant à lui, est convaincu qu'il va perdre la vie sur sa moto et manquer l'alunissage des Américains. Il a plus que jamais besoin d'oublier le climat d'oppression qui règne en Roumanie, quand sa mère lui annonce qu'elle part s'installer à Berlin. Enfin, Hedda, bien des années après, sur une des îles Canaries, observe le départ d'un bateau de pêche qui ne reviendra jamais, lorsqu'elle est ramenée à l'histoire de son père.

Mon avis

Ce roman en quatre récits met en lumière quatre personnages du vingtième siècle. Deux femmes et deux hommes, qui ont, ou pas, des liens proches ou lointains. Tous ont en commun une capacité à « sortir » de leur propre histoire, analysant quelques fois les événements qui se déroulent sous leurs yeux, les observant, les décryptant en donnant leur ressenti. Ils ont un petit quelque chose d’éthéré, comme s’ils allaient disparaître et nous échapper. D’ailleurs, ils ne font que passer, même si on ressent très fort leur présence. On découvre sur quelques pages, un fragment de leur vie. On entre sur la pointe des pieds et on ressort.

Je pense que cette impression est en partie due à l’écriture de l’auteur. Elle présente les faits avec un style qui semble effleurer mais qui, paradoxalement, est très profond. On a le sentiment qu’elle hésite à partager, à dire ce qu’il en est. Attend-elle la permission de ses personnages ? Elle montre que tout aurait pu être être différent. C’est très net pour Jacob, le soldat qui aurait pu tuer un ennemi et qui ne le fait pas…

« Il aurait pu, quelques semaines plus tôt, se lier d’amitié avec cet homme qui, debout face à lui, se préparait à une mort probable. »

« Cette guerre, il s’en serait bien passé. »

À petites touches, Iris Wolff décrit le quotidien de ses protagonistes, pendant une tranche de vie plus ou moins longue. Quatre flashs sur quatre périodes d’un même siècle. C’est intéressant car on voit l’évolution du contexte, avec la grande Histoire. Chacun essaie de s’adapter à ce qu’il vit, en ayant parfois d’autres aspirations, impossibles à mettre en place au vu des événements. Il est alors nécessaire de trouver sa voie, pas forcément celle souhaitée au plus profond de soi, mais la seule possible en l’état, à ce moment-là.

À travers ces textes, l’auteur rappelle qu’on ne maîtrise pas tout. Il arrive qu’un bateau ne soit pas au rendez-vous et qu’en le ratant, rien ne soit pareil. Il se peut qu’une rencontre vous hante longtemps. Il est question de transmission, de ce qu’on reçoit, de ce qu’on veut donner. Par quoi sont portés nos choix ? Est-ce qu’on peut être libre partout de la même façon ? Pardonner c’est quoi ? Qu’est-ce qui nous construit, nous détruit ? Comment vit-on lorsqu’on a été torturé ? Avec un esprit de vengeance ? Ou en essayant d’avancer ? Chaque lecteur, avec ses émotions propres, apportera les réponses que les mots lui inspirent, ou refusera de se prononcer …

L’écriture (merci à la traductrice) est d’une infinie délicatesse, très douce, apaisante. Le ton est celui d’un murmure, d’une partition musicale avec ses hauts et ses bas. C’est poétique, avec des phrases pleines de sens qui subliment ce qu’elles expriment.

J’ai beaucoup apprécié l’atmosphère de ce livre. Elle est enveloppante, nous permettant de nous approprier chaque petite histoire comme s’il s’agissait d’un roman complet. En quelques lignes, avec des termes ciblés, tout est dit.

Une très belle lecture !


"Écarts de conduite" de Diane Jeffrey (The Other Couple)

 

Écarts de conduite (The Other Couple)
Auteur : Diane Jeffrey
Traduit de l’anglais par Clovis Bessières
Éditions : Points (15 Mai 2026)
ISBN : 979-1041427765
410 pages

Quatrième de couverture

Kirsten et Nick profitent d'un week-end loin de tout jusqu'au moment où, sur le chemin du retour, ils renversent accidentellement un homme et le tuent. Ils devraient appeler les secours, mais ils ont trop à perdre, et personne ne doit savoir pourquoi ils se trouvent ici. Ils prennent alors une décision irréfléchie : dissimuler l'accident.
Amy et Greg viennent de célébrer leur dixième anniversaire de mariage. Amy attend un bébé, et ils n'ont jamais été aussi heureux. Alors, quand Greg ne rentre pas après une promenade avec leur chien, Amy refuse de croire que la police ait raison en pensant qu'il est parti de son plein gré. Quelqu'un est forcément responsable de sa disparition, et Amy ne reculera devant rien pour obtenir justice – ou sa vengeance.

Mon avis

Si la justice est impuissante, il me reste la vengeance.

Amy et Greg vivent sur la côte du Devon. Il tient un magasin de surf, ils sont heureux ensemble et attendent leur premier enfant. Un soir pluvieux, il sort promener le chien et ne rentre pas. Pas de trace, ni du maître, ni de l’animal. La police pense à une disparition volontaire, mais Amy refuse cette idée et décide de mener l’enquête.

Kirsten et Nick sont amants. Assez discrets, leurs mari et femme ne savent rien. Ils s’offrent des sorties ensemble, sous le prétexte du travail. Personne ne se doute de rien, ils paient en liquide, s’inscrivent sous un nom d’emprunt et évitent de se mettre en avant. La situation semble leur convenir. Parfois Kirsten voudrait un peu plus car elle doit attendre que Nick la contacte, mais elle a une petite fille et tient à maintenir l’équilibre de la cellule familiale. Ce week-end-là, ils ont loué un gîte et ont bien profité de leur temps libre. Malheureusement, sur le chemin du retour, ils heurtent quelqu’un. La personne est morte. Se dénoncer c’est voir leur mariage respectif voler en éclats. La victime ne peut pas être sauvée alors autant ne rien dire, dissimuler le corps et continuer la route…

Ce sera leur secret, ils reprendront leur vie, comme si de rien n’était. Pas vu, pas pris. C’est possible, ça ?

Ce roman alterne entre Kirsten (avec un narrateur) et Amy qui dit « je ». On suit leur quotidien en parallèle. La première qui se sent coupable tout en souhaitant préserver sa tranquillité (du moins en apparence car dans sa tête, rien ne va plus). La seconde qui veut comprendre et retrouver son époux et son chien. Et puis, il y a ceux qui les entourent, la famille, les amis, les collègues. Ils remarquent le mal être, quelques incohérences et s’interrogent. Kirsten perd pied, elle a peur et chaque fois qu’elle pense être rassurée, quelque chose se met en travers.

De nombreuses thématiques sont abordées dans ce livre, la culpabilité, le deuil, la colère, la vengeance, la famille, les choix voulus ou imposés. J’ai trouvé que Diane Jeffrey maîtrisait bien tout ça. Elle nous plonge dans les pensées des uns et des autres. On s’interroge sur leurs décisions. Ont-ils réfléchi aux conséquences ?

Les caractères des protagonistes sont bien décrits, leurs relations également. On voit toute l’ambiguïté des différentes situations, ce que chacun met en place. Même si je n’ai pas toujours été d’accord avec la façon de faire d’Amy, j’ai compris son intention. Elle est déterminée et elle agit par amour finalement. Elle se sent peu soutenue mais elle ne lâche rien.

Le rôle de la justice est évoqué. Que faire si les preuves manquent ? Vers qui se tourner lorsqu’on n’a pas de réponse ? Sur quels soutiens compter ?

Diane Jeffrey a une écriture prenante (merci au traducteur), avec du rythme. L’intervention des deux femmes permet de ne pas se lasser de suivre toujours la même. Il y a même quelques passages en italiques qui interpellent. C’est construit intelligemment. Les rebondissements sont assez intéressants surtout lorsqu’ils concernent le couple adultérin. Ils sont exaspérants de suffisance parfois (surtout lui) et j’aurais voulu qu’ils se fassent coincer rapidement.

C’est un récit prenant, sans temps mort qui nous montre les dégâts causés par un instant d’égarement et une mauvaise prise de conscience.



"Nuit blanche" d'Alain Denizet

 

Nuit blanche
Auteur : Alain Denizet
Éditions : Ella (15 Mai 2026)
ISBN : 978-2368039113
242 pages

Quatrième de couverture

14 heures
Vendredi 18 décembre
Place Maillot
À peine le pied sur la chaussée, l’étourdissement.
Après le ronron de la camionnette, Désiré ne savait où donner de la tête, bousculé par le vacarme, la nuée des véhicules et le jaillissement des édifices. Dix mètres en contrebas, des voitures à touche-touche sur huit voies hoquetaient dans un bruit sourd. Devant lui, une esplanade précédait un bâtiment démesuré où était écrit Palais des Congrès.
Où qu’il regardât, des panneaux innombrables indiquaient des directions en tous sens. Comment se repérer dans cette jungle ? Deux signalaient « périphérique » : c’était donc ça le « périph’ » dans lequel le chauffeur s’était engouffré. ― Je prends le périph, je te laisse, avait-il lâché. Désiré cherchait en vain son habitacle rouge parmi le troupeau motorisé quand d’un coup, une émotion le submergea. Au second plan, se découpait le dernier étage de la Tour Eiffel. Elle semblait attendre un décollage imminent.
La Tour Eiffel ! Il était à Paris ! Paris, enfin ! Il fit sa première photo.

Mon avis

24 heures dans une vie, ce n’est rien. Et pourtant, il peut s’en passer des choses…

Désiré vient d’arriver à Paris où il va retrouver son cousin. Celui qui, avant lui, a quitté le pays (le Burkina Faso), a réussi, est revenu montrer au village que c’est tout bon, qu’il peut aider la famille, qu’il s’en sort, qu’il a ses papiers et que tout va pour le mieux.

L’enseignant de Désiré l’avait écrit et dit : « il ira loin ». Loin ? C’est où ? Au lycée de la ville voisine pour étudier en bénéficiant d’une bourse ? En France ? Il n’est pas interdit de rêver, d’espérer… Mais le paternel est décédé et tout ça s’écroule, il faut aider « la maman » à élever les plus jeunes. Donc travailler… Pourtant, il ne perd pas de vue son projet et lorsque le cousin revient, c’est le déclic. Il veut lui aussi rejoindre la capitale française, avancer et un jour aider les siens.

Ce jour-là, il neige sur Paris, on est le 18 Décembre et les flocons ont pris tout le monde de court. Désiré sent le froid, observe cette poudre blanche, mais bientôt il sera au chaud, à Pantin, où il est le bienvenu. Ils mangeront, ils discuteront, et puis le lendemain, il verra quels paliers mettre en place pour son avenir. Ce ne sera pas toujours facile, il le sait mais ça ira. Et puis, vu ce qu’il vient de traverser ….

Le froid le surprend, le bruit aussi, l’agitation permanente…. Il marche, tranquille, il sait qu’il va atteindre son but. Il s’inquiète de ceux qu’il a laissés là-bas, si loin, de leurs conditions de vie, de l’horreur qu’ils subissent parfois … Il réalise la distance qui existe, énorme, à tout point de vue …

« Alors, dès qu’il eut posé ses semelles en Europe, la maman courut au village annoncer la bonne nouvelle. Ils sont fiers et espèrent en toi, lui avait-elle rapporté. Tout en marchant, il songeait… Eux qui vivaient dans un monde sans électricité, qu’auraient-ils du foisonnement des lumières dans les rues de Paris ? »

Garder le cap, continuer la route… Il se remémore quelques étapes passées, et ce qu’il ne dit pas, on le devine aisément. Les contrées traversées, la peur, les obstacles, les passeurs qui en demandent trop, ceux ou celles qui ne finiront pas le voyage…

Il a fait le plus dur de son long périple, Désiré, il peut souffler …. Mais rien n’est jamais tout à fait comme on l’imagine. Il suffit d’un grain de sable ou d’un flocon de neige…

Avec une écriture d’une infinie délicatesse, à petites touches, l’auteur suit les pas du jeune homme à travers les rues et les quartiers de cette immense ville où tout est nouveau pour lui. On regarde avec ses yeux tout ce qu’il découvre, on entend les sons agressifs, les mots plus doux de ceux qu’il a au téléphone. Il nous confie ses pensées ….

Alain Denizet s’est documenté, a discuté et écouté avant d’écrire ce roman. Son texte est « vrai », beau. Les sentiments des différents protagonistes sont décrits avec l’intelligence du cœur, celle qui permet de trouver les mots justes, de ne pas trop en faire, tout en transmettant la force d’une émotion.

Je me suis attachée à Désiré. Il est tellement présent dans ce récit que je ne peux dire qu’une chose : je lui souhaite le meilleur ….


"Indemne" de François Rabes

 

Indemne
Auteur : François Rabes
Éditions : Taurnada (26 Mars 2026)
ISBN : 978-2372581875
404 pages

Quatrième de couverture

Et si votre vie basculait en quelques secondes ?
C'est ce que le destin réserve à Sofiane, médecin urgentiste, pris dans la tourmente d'un violent règlement de comptes.
Lui s'en sort indemne, mais Clara, l'amour de sa vie, tombe sous une balle perdue.
Rongé par le chagrin, consumé par le désir de vengeance, Sofiane s'engage dans une quête sans merci pour traquer les responsables en prenant tous les risques…

Mon avis

Sofiane est médecin urgentiste. Lui, l’enfant de la cité a réussi, contrairement à Fadi, son frère qui a, un temps, mal tourné. Ils ne se voient plus, chacun vit sa vie. Celle de Sofiane, au quotidien, c’est son boulot et Clara, la femme qu’il aime. Leur seul regret, c’est de ne pas avoir d’enfants. Ce soir-là, ils vont se retrouver dans « leur » restaurant. Il la demandera en mariage, il y tient, il a tout prévu même ce qu’il dira.

Il est en retard, c’est souvent le cas avec les imprévus du travail. Quand il arrive, il sent sa compagne tendue, sans doute parce qu’il n’est pas arrivé à l’heure. À la table voisine, deux hommes très bruyants dont un au téléphone. Cela gêne leur conversation alors Sofiane se concentre pour s’exprimer. Il ne finira jamais sa phrase…

Des tirs, des cris, du sang, un bruit assourdissant, les secours qui arrivent…. Ceux qui étaient visés ? Les deux hommes d’à côté mais Clara, victime d’une balle perdue, meurt.

Tout s’effondre, un cauchemar pour le médecin. Il veut des coupables, il veut obtenir justice. Mais l’enquête piétine, les policiers ne trouvent rien. Seul l’un d’eux, Cédric, un petit jeune, souhaite creuser l’affaire et aller plus loin. Excès de zèle car il débute pensent ses supérieurs…

Il est établi que le mort était un baron de la drogue. C’est sans aucun doute, le clan ennemi qui l’a éliminé. Une « simple » guerre des gangs ? Les hostilités ne font -elles que commencer ?
Finalement, Clara est une victime collatérale. Affaire classée ou presque …

Sofiane veut des réponses, il est dévasté et seule la vengeance l’apaisera. Il n’a plus rien à perdre. Alors, ils harcèlent les enquêteurs, leur demandant d’agir, de chercher. Seul le jeune Cédric semble le comprendre. Les autres ont déjà vu des histoires comme celles-ci. Non pas qu’ils soient blasés mais ils savent que ce sera quasiment impossible de savoir qui a tiré. Alors il faut se contenter d’être vigilants pour éviter d’autres dérives.

Vous auriez fait quoi, vous, si la personne que vous aimez le plus au monde était morte sous vos yeux, sans raison valable ? Vous auriez continué avec le chagrin et la rage au creux de vous et vous auriez fini par les étouffer ?

Ce n’est pas ce que choisit Sofiane. Devant l’inaction des services de police, il se lance dans des investigations. Mais il ne sait pas dans quel engrenage il met le doigt. Il demande de l’aide à son frère, qui a eu quelques mauvaises fréquentations. Il essaie tout et va de plus en plus loin. Ce qu’il va découvrir risque de la détruire …

François Rabes a très bien construit son histoire, lâchant des faits importants au bon moment. Tout cela modifie les certitudes, renvoient sans cesse des interrogations : et moi, j’aurais réagi comment ?

L’écriture fait mouche, on prend en pleine figure la violence, les coups bas, les trahisons, les mensonges…  Rien n’est jamais complètement réglé. Chaque fois, un élément déstabilise le peu d’équilibre qu’il y a. J’ai trouvé ce récit très abouti. Les personnages sont travaillés, on cerne leur part d’ombre, ce qu’ils cherchent à cacher, à taire …. L’évolution de Sofiane est terrible de réalisme, il ne peut plus s’arrêter, son moteur, ce qui le maintient en vie, c’est sa vengeance…

C’est un roman noir, qui fait froid dans le dos mais magnifiquement écrit.


"Mission Langley" de David McCloskey (The Seventh Floor)

Mission Langley (The Seventh Floor)
Auteur : David McCloskey
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Johan-Frédérik Hel Guedj
Éditions : Verso (7 mai 2026)
ISBN :  978-2386432170
496 pages

Quatrième de couverture

Un russe arrive à Singapour avec une information à vendre. Il est tué avant d’avoir pu parler. Sam Joseph, l’officier américain dépêché pour le rendez-vous, disparaît dans la foulée. À Langley, au siège de la CIA, on cherche un bouc émissaire. Artemis Procter, cheffe des opérations, est désignée comme responsable de ce fiasco. Écartée. Brisée. Rayée. Des mois plus tard, Sam réapparaît sur le pas de sa porte. Avec une révélation explosive : il y a une taupe russe dans les plus hautes sphères de la CIA. En enquêtant, Procter et Sam établissent une liste de suspects composée à la fois des amis les plus proches et des ennemis les plus féroces de Procter. Pour débusquer le traître, cette dernière devra rouvrir des années d’opérations compromises, de loyautés troubles, de fautes jamais effacées. 

Mon avis

David McCloskey est un ancien analyste de la CIA. Il a travaillé sur la politique étrangère de la Russie et dans plusieurs antennes à travers le Moyen-Orient. Ses deux premiers thrillers, Mission Damas et Moscou X, sont en cours d’adaptation, ce qui ne m’étonne guère car son style est très vif, visuel, « cinématographique ».

Ce troisième opus peut se lire indépendamment mais si on a découvert les deux précédents, c’est encore mieux. Cela permet de voir l’évolution des protagonistes et de cerner l’univers de l’auteur, très ancré dans les services secrets.

C’est un récit qui fait voyager, en France, à Moscou, aux Etats-Unis, à Singapour … On suit des hommes et des femmes, certains travaillant pour les mêmes unités, d’autres les espionnant, en tant qu’ennemis ou pas. C’est un milieu où il vaut mieux se méfier de tout le monde, éviter de faire confiance, ne pas tomber amoureux-se d’un collègue (c’est d’ailleurs fortement déconseillé), bref ne penser qu’au boulot jour et nuit et être en permanence en hyper vigilance…

Dès le début, on voit un père avec sa famille. Il choisit de se suicider après avoir vu des hommes débarquer d’une voiture devant chez lui. On ne sait rien de plus. Puis on découvre Sam Joseph, en mission à Singapour où il doit rencontrer un russe qui va lui dévoiler une information importante. Un tour au Casino, où discrètement, la carte ouvrant la chambre est donnée. Mais la visite n’a pas lieu et Sam disparaît. Il est emprisonné dans des conditions horribles. Libéré des mois plus tard, mis un peu au repos avec suivi psy et compagnie, il décide de parler à sa cheffe : Artemis Aphrodite Procter.

C’est une femme de tempérament, qui boit beaucoup, trop sans doute, un peu grande gueule, indépendante, et méfiante. Chaque fois qu’un agent a été injustement assassiné et qu’elle l’a vengé, elle se fait tatouer une étoile dans le dos pour ne pas oublier. C’est dire si elle est droite et loyale. Elle a été formée en même temps que Mac, Theo et Gus et ils sont très amis. Ces quatre là ne sont pas très satisfaits de la nomination du nouveau directeur de la CIA, Finn Gosford et de son bras droit : Deborah Sweet (pas du tout copine avec Artemis).

Un bruit court, « il y a une taupe au sein de l’équipe ». Artemis et Sam, se lancent dans leur propre enquête pour trouver le traitre. Les risques sont nombreux, les informations ultra protégées mais ils ne lâchent rien. Ils veulent comprendre et surtout coincer l’agent double et le neutraliser. Mais que feront-ils s’il s’agit d’un de leurs copains ? Il est nécessaire qu’ils avancent en prenant de nombreuses précautions car, très vite, ils savent qu’ils sont dans le collimateur d’éléments de tout bord. Il est nécessaire qu’ils observent, analysent, déduisent avec intelligence et discrétion …

Qu’est-ce qui peut pousser quelqu’un à trahir son pays, sa famille, ses amis, ses collègues ? Comment vit-on l’attachement à ses racines et les décisions à prendre pour satisfaire les dirigeants ? Jusqu’où peut-on aller ?

Avec cette histoire, le lecteur pénètre au cœur des actions de ceux qui agissent dans l’ombre. On réalise vite que pour les chefs, tous ceux qui sont sous leurs ordres n’ont pas la même valeur à leurs yeux. Parfois, ils sont capables de sacrifier une vie pour éviter un conflit qui se retournerait contre eux ou contre ceux qui les commandent. Cela fait froid dans le dos. Il y énormément d’actions, on passe d’un personnage à l’autre (je me dis qu’une petite liste dans les premières pages avec leur lieu de rattachement serait un plus), pas de temps mort, ça bouge, ça vibre, c’est plein de suspense. Heureusement, il y a quelques pointes d’humour qui permettent de souffler (un conseil : éviter les muffins au chocolat) !

L’écriture (merci au fidèle traducteur) est prenante, fluide. Chaque événement est retranscrit avec juste ce qu’il faut de détails pour qu’on imagine sans peine la scène. Le vocabulaire est adapté, précis, bien choisi.

Un excellent livre !

 

"Dans le désert du Nevada" de Gabriel Urza (The Silver State)

 

Dans le désert du Nevada (The Silver State)
Auteur : Gabriel Urza
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Reignier
Éditions : Liana Levi (7 Mai 2026)
ISBN :  ‎ 979-1034912575
386 pages

Quatrième de couverture

Jeune diplômé en droit, Santi Elcano fait ses premiers pas comme avocat commis d'office au Bureau de la défense publique de Reno, la ville où il est né. Petit à petit, ses idéaux s’effritent quand il comprend que son métier consiste à négocier, en coulisse, les peines de ses clients. Lorsque le cadavre d’une jeune mère brutalement assassinée est découvert à proximité des mines d’argent abandonnées, Santi et C. J., sa collègue et mentor, se voient confier la défense de Michael Atwood, inculpé pour ce meurtre sur la base de preuves matérielles plutôt minces. Huit ans plus tard, une lettre d’Atwood – enfermé dans le couloir de la mort – oblige Santi à se pencher à nouveau sur cette affaire qui l'a douloureusement marqué…

Mon avis

Santi Elcano est avocat commis d’office. Profession qu’a exercé l’auteur. Il a connu le burn-out, il est devenu professeur. Et même s’il dit ne pas s’être inspiré des affaires qui lui ont été confiées, il a sans doute mis beaucoup de son expérience dans ce livre.

Ce n’est pas le premier récit où le fonctionnement de la justice américaine est écorché. Le choix des jurés, les négociations en coulisses avant de passer devant le juge etc. Tout est pratiquement décidé avant les plaidoiries, comme ça, on va plus vite. Mais est-ce que c’est respectueux de ceux qui doivent être jugés ? Et que dire des accords qu’on leur donne à signer sans qu’ils aient le temps de tout lire ? Les inégalités sont nombreuses, voire révoltantes. La couleur de peau, la situation professionnelle, l’origine sociale, le genre et l’attitude, tant pour les victimes que les accusés, peuvent interférer dans les décisions.

Dans ce récit, Santi Elcano exerce depuis dix ans et reçoit un courrier d’un détenu qu’il a représenté il y a longtemps. Il n’a pas oublié, tout est resté dans sa mémoire, un peu comme s’il y avait un goût d’inachevé, de raté. Il n’est pas très motivé pour lire la lettre mais il le faudra bien à un moment ou à un autre…

Le roman est construit en six parties, comme les différentes étapes d’un procès débutant par le choix des jurés jusqu’au verdict en passant par le réquisitoire, le dossier d’accusation, les plaidoiries. C’est sans doute une façon d’impliquer le lecteur, qui doit se faire son opinion sur Santi. A-t-il agi correctement ? Qu’aurais-je fait, pensé, décidé, à sa place ? Comment construit-on un avis ? Qu’est-ce qui nous fait pencher d’un côté plutôt que d’un autre ? Sur quoi se base-t-on ?

Au bout d’une décennie, Santi a trouvé un semblant d’équilibre. Sa vie est « rangée » tant dans son couple qu’au boulot. Cela lui convient, même si, parfois, il se pose des questions. À ce moment-là des angoisses existentielles remontent et l’envahissent. Et cette missive, qu’il n’attendait pas, vient tout bouleverser. A-t-il fait ce qu’il fallait ? N’a-t-il pas été influencé, trompé ? Ce pli remet tout en cause. Il tombe mal car Santi est dans une période de sa vie où il s’interroge.

L’auteur montre combien il est compliqué d’exercer ce métier lorsqu’on croit en ce qu’on fait. Peut-être que Santi avait idéalisé ses interventions, imaginant qu’il aurait le temps de plaider, qu’il serait compris et écouté mais le système est, en partie, perverti. Tout peut être tronqué sous les jeux de pouvoir. Alors que faire ?

Ce texte montre comment tout peut vaciller. Ce n’est pas facile de savoir si les gens ont fauté ou pas. Santi a un ami, qu’il connaissait avant et qui pourrait être détenu. La frontière est parfois très mince. Il est également très dur de laisser les dossiers au bureau. Les pensées reviennent souvent à ce qu’il faut traiter, et comment le faire au mieux. Cele perturbe le quotidien, notamment dans le couple et avec certains copains.

Ce thriller juridique est excellent et très juste dans le ton. L’écriture (merci au traducteur) est fluide. Les personnages sont intéressants. L’auteur montre bien les interactions et les manipulations. Le jeune avocat doit apprendre à faire avec ce qu’on lui laisse gérer. Il essaie d’être libre mais ce n’est pas évident. J’ai trouvé tout cela extrêmement bien pensé, bien amené, réfléchi et présenté avec intelligence.

Un auteur à suivre !


"La romanesque histoire d'une cafetière nommée Moka" de Celestina Bialetti et Alessandro Barbaglia (Un sogno di plovere e acqua-Storia della famiglia che ha inventado la Moka)

 

La romanesque histoire d'une cafetière nommée Moka (Un sogno di plovere e acqua-Storia della famiglia che ha inventado la Moka)
Auteurs : Celestina Bialetti avec la complicité d’Alessandro Barbaglia
Traduit de l’italien par Jean-Luc Defromont
Éditions : Liana Levi (7 Mai 2026)
ISBN : 979-1034912520
290 pages

Quatrième de couverture

L’histoire de la cafetière Bialetti commence dans un village du Nord de l’Italie, un jour de 1936. Au petit matin, une jeune femme remplit d’eau, puis de linge sale, une lessiveuse placée dans le jardin de sa maison. Dans l’ombre, son mari la regarde et attend le moment où elle va faire partir le feu avec une allumette glissée sous le conteneur pour que l’eau, en bouillant, monte jusqu’au linge. Ce principe pourrait-il être appliqué à une autre machine ? À une machine à café, par exemple ? C’est à ça que pense Alfonso Bialetti, mécanicien fondeur, en regardant Ada œuvrer. Il sort de sa poche un bloc de papier et un crayon et dessine la première cafetière à induction.

Mon avis

En couleurs ou pas, en version une ou deux tasses, de différents formats ou designs, on a tous vu, à un moment ou un autre, une cafetière Moka de la famille Bialetti.

Mais qui connaît son histoire ? Celestina, la petite dernière, née en 1945, vingt-trois après son frère Renato, a partagé ses souvenirs pour écrire et décrire cette machine à café unique en son genre, née à partir d’une lessiveuse… De leur vivant, elle a interrogé tous ceux de sa famille qui ont participé, de près ou de loin, à cette aventure, elle a repris ses souvenirs. En confiant tout cela à Alessandro Barbaglia, elle nous offre un témoignage intéressant, lumineux, sur, principalement, deux esprits avant-gardistes : un père passionné, un fils doué pour la vente.

Dans ce livre, j’ai découvert la genèse de cette cafetière italienne et de son petit bonhomme gravé sur la partie haute (parce qu’en bas, les flammes allaient le noircir). Alfonso, le père, c’est le cerveau. Celui qui, en voyant sa femme avec une lessiveuse, a dessiné, réfléchi, pendant des années, persuadé que le moulage en coquille (une méthode de traitement des alliages métalliques) qu’il avait étudié devait être utilisé pour la concevoir. Un doux rêveur, qui voulait offrir du « café comme au bar », pas forcément vendre. Renato, le fils, lui, il se dit que ce n’est pas possible d’avoir conçu cet objet pour rien ou presque. Il considère que cette cafetière doit intégrer les foyers, les bureaux, etc. Les deux hommes s’affrontent mais ils s’aiment également, et arrivent à s’écouter, se respecter, même si la frilosité de l’un exaspère le plus hardi des deux.

Fabriquer des pièces de mobylette alors que le paternel a conçu quelque chose d’unique ? Pas question ! Renato veut développer le projet. Lui, il ose. Construire une usine plus grande, démarcher, faire de la publicité (ça ne le gêne pas de placarder des affiches sur toute une avenue), parler à Onassis comme si c’était un ami (il le croise aux toilettes d’un hôtel et lui demande simplement un bonjour lorsqu’il passera près de sa table, Onassis le fait. Les futurs acheteurs, jusque-là hésitants, signent et passent commande). Il est audacieux, mais avec une intelligence très fine, un visionnaire. Il pense à déposer un brevet, à soigner ses arrières.

Un succès fou, une fabrique qui fonctionne, au-delà de toutes espérances. Une saga familiale, en lisant, on perçoit le rôle des femmes. Elles ne sont pas en reste, elles veulent donner leur avis, s’exprimer et elles le font avec infiniment de diplomatie, en douceur.

C’est captivant, Celestina analyse et décrypte les relations des uns et des autres, les envies, les peurs, elle rajoute des pensées personnelles, oscillant entre passé et présent. Elle montre la place de la réflexion, du travail pour arriver à une certaine réussite. Ce n’est pas venu tout seul. Combien de jours et de nuits à cogiter ?

Des faits historiques ont influencé le destin de cette entreprise et tout est narré avec doigté. Les premiers s’imbriquant dans la mémoire des événements, complétant ainsi le contexte de l’époque.

Celestina interpelle les siens : « Qui aurait pensé à investir dans une publicité pour machine à café ? Toi seul. ». Son écriture (merci au traducteur) est vivante, pétillante, passionnée et passionnante. Parfois même, teintée d’espièglerie comme, lorsque petite fille, elle observait ce grand frère qui aurait pu être son père.

Poser des mots sur cette saga a été, pour elle, « un beau voyage » et pour moi, lectrice, une merveilleuse découverte.

 Pour aller plus loin:


"La librairie disparue" d'Evie Woods (The Lost Bookshop)

La librairie disparue (The Lost Bookshop)
Auteur : Evie Woods
Traduit de l’anglais par Rosa Bachir
Éditions : City (22 Mai 2024)
ISBN : 978-2824638881
450 pages

Quatrième de couverture

Après avoir fui un mari violent, Martha part s'installer à Dublin pour refaire sa vie. La jeune femme trouve un travail de cuisinière dans une petite maison nichée dans un dédale de ruelles au coeur de la ville. Pour elle, c'est un véritable havre de paix après des années difficiles. Un jour, le hasard la pousse dans les bras de Henry, un homme excentrique à la recherche d'une ancienne librairie et d'un manuscrit disparu. Intriguée, Martha décide d'aider cet homme étrange dans cette quête qui semble tellement lui tenir à coeur. Ils découvrent que la petite librairie appartenait à Opaline, jeune femme au destin jalonné de drames et dont la vie ressemble beaucoup à celle de Martha.

Mon avis

Ce roman est un récit choral, raconté tour à tour par Martha et Henry de nos jours, et Opaline à partir de 1921 sur une trentaine d’années. Les deux femmes fuient pour exister par elles-mêmes. La première, un mari violent ; la seconde, un mariage arrangé. Toutes les deux sont attachées aux livres et les aiment pour tout ce qu’ils apportent.

« J’étais tombée amoureuse des livres et des vastes mondes qu’ils renfermaient. »

« Le mélange familier d’excitation et de curiosité que j’éprouvais toujours face à la vitrine d’une librairie provoqua des picotements sur ma peau. »

« Ce qu’il y a avec les livres, c’est qu’ils nous aident à imaginer une vie plus grande et plus bellr qu’on ne pourrait en rêver. »

Mon avis est un peu comme une vague, j’ai été assez enthousiaste au début, puis moins au milieu (l’intervention du fantastique ne m’a pas toujours convaincue) puis sur la fin, l’intérêt est remonté.

J’ai aimé les portraits des ces deux femmes, qui sont des battantes et qui ne veulent pas que les hommes décident pour elles. Je me suis plus intéressée à Opaline. Martha m’a moins captivée, elle m’a semblé moins crédible.

Les liens passé/présent sont bien pensés, judicieusement amenés. L’écriture est plaisante, avec quelques rebondissements pour maintenir l’attention. Les personnages secondaires ont un rôle plus ou moins important mais c’est bien qu’ils soient là. Les différentes temporalités ne m’ont pas gênée. L’idée de cette librairie disparue m’a bien plu.

Mais il m’a manqué un peu de rythme et des événements plus marquants pour être totalement captivée et accrochée.

Je ne regrette pas ma lecture, j’essaierai de relire Evie Woods pour voir si elle reste dans le même style ou si elle se renouvelle.

 

L'Affranchi" de Daniel Vaxelaire

 

L’affranchi
Auteur : Daniel Vaxelaire
Éditions : Orphie (22 Novembre 2016)
ISBN : 9791029801457
306 pages

Quatrième de couverture

Etienne, petit esclave, reçoit une pièce d'or des mains d'une jolie dame. Un cadeau qui va l'entraîner dans une spirale de bonheurs divers : affranchissement, initiation aux lumières de l'éducation. Aux appâts de la fortune, aux mystères féminins... Le jeune Crésus - ses anciens maîtres ont cru faire de l'esprit en lui infligeant ce nom - gravit au grand galop l'échelle de la réussite, devenant un modèle pour ces "libres de couleur " qui constituaient le socle d'une Réunion métisse, travailleuse, ambitieuse, avant même l'abolition de l'esclavage. 

Mon avis

Merci à Marie-Line, ma précieuse amie réunionnaise pour ce livre.

Ce récit commence en 1830 sur l’île de la Réunion et s’achève avant l’épilogue en 1848, lors de l’abolition de l’esclavage.  On fait connaissance avec Etienne, un jeune esclave qui vit avec sa mère, Sidonie. À côté de sa petite case, cette dernière cultive quelques fleures et légumes et élève des poules. Tout en espérant des jours meilleurs, le peu d’argent qu’elle gagne, elle le cache. Son but ? Acheter la liberté de son fils.

Le maître n’est pas un mauvais bougre, il a besoin que ses « gens » travaillent pour lui et donnent le maximum. Il ne lâche que ce qu’il faut quand il le faut, c’est un soigneux dosage pour que chacun garde sa place, que lui ait bonne réputation et qu’ainsi il n’y ait pas de vagues.

Ce jour-là, le bruit court que la calèche d’un couple de blancs va passer pas loin. Etienne se décide à tenter sa chance, s’il pouvait ramener une ou deux piécettes… Le voilà sur le bord du chemin avec de quoi rafraîchir ceux qui feront forcément une halte vers la source et son eau claire. Il coupe même la magnifique rose qui vient de fleurir et que sa maman surveille jalousement.

Lorsque ces deux-là s’arrêtent, la belle dame apprécie les attentions (dont la rose) de ce petit et au moment de se remettre en route, elle lui glisse dans la main une belle pièce d’or qui brille de mille feux, une fortune ! Il court retrouver sa mère et ajouter au bas de laine ce complément inespéré et bienvenu. En comptant et recomptant, elle sait qu’il y a maintenant suffisamment pour acheter la liberté de son fils. Magnanime, mais aussi calculateur, « notre bon maître » les affranchit tous les deux. Il décide même que le jeune garçon ira à l’école.

Ce sera l’occasion pour lui d’apprendre, de progresser… de devenir ambitieux… Mais peut-on facilement changer de statut du jour au lendemain ? Que penseront ses amis, restés esclaves ? Lisette qui l’aime depuis longtemps ? Il y a un monde d’écart entre ce qu’il est et ce qu’il devient. Sa couleur de peau reste la même, mais les regards se modifient…

En accompagnant Etienne jusqu’à l’âge adulte, j’ai découvert la vie des esclaves à la Réunion, leurs relations entre eux et avec ceux à qui ils « appartiennent ». Rien n’est simple pour Etienne écartelé entre deux univers, maladroit parfois car il ose dire ou faire sans prendre du recul, tellement il est fier de son chemin. Il réalise que quelques fois, il n’est qu’un « pion », qu’on se sert de lui, qu’on le manipule… Il change, moralement, physiquement mais il doit également rester lui-même.

C’est un roman magnifique, prenant. Je me suis attachée à ce personnage, comprenant ses faiblesses, regrettant qu’il oublie quelques conseils car aveuglé par sa réussite…

L’écriture est fluide, les scènes et les dialogues très réalistes et visuels, on a un excellent aperçu de chaque événement. L’auteur, ancien rédacteur en chef du Mémorial de La Réunion, connaît bien l’histoire de cette île. Il glisse d’ailleurs des références et des faits historiques dans son texte.

Une très belle lecture !


"Pas de prière pour Astrid" d'Edith Vacher

 

Pas de prière pour Astrid
Auteur : Edith Vacher
Éditions : du Volcan (12 Mars 2026)
ISBN : 979-1097339777
222 pages

Quatrième de couverture

Le commandant Le Quellec enregistre une déposition concernant la disparition d’une jeune fille qui vient de fuguer. Bien que touché par la détresse de la mère, il ne peut pas lancer une enquête officielle vu l’âge de la fugueuse. Il propose donc à son ami détective Karl de se mettre à sa recherche. Karl part de Brest à la suite de la jeune Astrid au comportement énigmatique.

Mon avis

Lorsque cette mère se présente à la gendarmerie, le commandant François Le Quellec est touché par sa détresse. Elle explique que sa fille Astrid s’est enfuie, qu’elle a fugué et elle fait part de sa vive inquiétude. Le gendarme lance une enquête, interroge les voisins, l’établissement scolaire, les amis mais rien…aucune piste, aucun indice…. Comme ce n’est pas un cas de force majeure pour la brigade, il demande à Karl Séniavine, son ami détective de faire des recherches et de se lancer à la poursuite de l’adolescente. Karl accepte et après avoir pris des renseignements et déduit quelques petites choses, le voici sur les routes essayant de pister la jeune femme.

Tout cela va l’entraîner dans divers pays. L’auteur a mis une carte d’Europe avec les différentes étapes numérotées pour qu’on puisse suivre le périple. J’ai particulièrement apprécié des coins de Finlande et de Norvège où je suis allée plusieurs fois, je visualisais parfaitement les lieux et c’était un plus pour ma lecture. L’auteur décrit parfaitement l’immensité des paysages, les lacs, les îles et tout ce qui fait le charme de ces contrées. C’est en totale opposition avec les événements durs et parfois violents qui sont présentés. Des sites magnifiques et des faits terribles …

Karl ne comprend pas Astrid, pourquoi est-elle partie, de qui, de quoi veut-elle s’éloigner ? Est-ce qu’il a tous les éléments pour cerner la personnalité de la fuyarde ? La situation n’est-elle pas plus complexe que ce qu’on essaie de lui faire croire ?

En commençant ce récit, je ne m’attendais pas à ce que j’ai découvert. Je pensais que j’allais suivre une enquête assez classique mais ce n’est pas du tout ça. Des thèmes forts sont abordés, les dérives sectaires, la filiation, les jeux d’influence, l’embrigadement, les mensonges, les non-dits familiaux etc.

Le suspense et les rebondissements maintiennent un rythme effréné, les personnages sont retors pour certains, on a un aperçu de la méchanceté, de la fausseté humaine. Heureusement, d’autres font preuve de soutien et d’entraide.

Plus on avance dans le roman, plus l’angoisse s’installe avec force. L’étau se resserre et on reste les poings serrés, lecteur impuissant, souhaitant que le cauchemar se termine…. L’écriture dynamique et immersive d’Edith Vacher nous fait plonger dans cette histoire. Partant d’un fait banal, elle nous montre toute la noirceur de certains individus qui ne reculent devant rien pour arriver à leurs fins, assouvir leur soif de puissance et de domination.

J’ai beaucoup aimé l’évolution de Karl, qui, parfois, se bat contre lui-même ; ses souvenirs, ses démons, sa peur de l’avenir…  Son passé est lourd et il y pense souvent. Il ne lâche rien dans sa quête, il essaie d’anticiper, d’analyser, de réfléchir …

Un road trip atypique mais prenant, sans temps mort !


"Scarborough" de Luc Dagognet

 

Scarborough
Auteur : Luc Dagognet
Éditions : Bourgois (9 avril 2026)
ISBN : 978-2267060263
210 pages

Quatrième de couverture

Scarborough, c'est l'histoire d'un professeur d'anglais dont la vie prend une étrange tournure depuis qu'il a entendu un enregistrement musical ensorcelé. Non, pardon. En fait, c'est l'histoire d'une mélodie entêtante, qui obsède le narrateur depuis vingt ans. Mais à ce compte-là, on pourrait aussi dire que c'est l'histoire d'un élève inquiétant qui se promène dans sa classe et du meurtre barbare d'un chanteur connu. Non. Retenez juste que Scarborough, c'est avant tout une ville d'Angleterre où il faut aller faire un tour pour éclaircir toute cette affaire. Rendez-vous là-bas.

Mon avis

C’est en 1966, que Simon and Garfunkel chantaient Scarborough en s’accompagnant à la guitare. C’est le nom d’une ville anglaise, située sur la Mer du Nord. Elle est connue, car au moment de l’Antiquité, les romains y avaient construit un fort pour surveiller la côte.

Afin de pénétrer dans ce roman LVNI (livre volant non identifié), je vous conseille d’écouter l’air du duo américain. Une fois fredonné, vous en avez minimum pour la journée, tant ça vous revient sans arrêt aux lèvres.


Le bandeau de présentation signale que cet écrit est drôle et mystérieux. Mais il est bien plus que ça. Quelques-uns grimaceront en disant qu’ils n’ont pas tous compris et la plupart arriveront le sourire éclatant, les yeux brillants, l’esprit encore dans les rêves procurés par cette lecture.

Le narrateur a vécu une expérience inoubliable lorsqu’il était enfant en découvrant une nouvelle dans un livre qui est tombé sous ses yeux par hasard. Maintenant, il est enseignant et il a quarante-six ans. Des événements surprenants débarquent dans son quotidien. Il ne sait pas comment les interpréter, il repense à son passé, tout se mêle, s’emmêle, les questions l’envahissent, les réponses lui échappent. Alors il repart en quête, sur une autre facette de sa vie, dans un autre temps ou pas …. Et il nous entraîne ….

C’est un récit caméléon, un texte où la sensibilité est à découvrir entre les lignes. Où la poésie et l’humour offrent un regard différent, une ouverture à laquelle on ne s’attend pas …

On ne sait pas forcément où on va mais on y va, on suit le fil d’Ariane, ces différents Scarborough en se demandant quelles surprises l’auteur nous réserve. Ce n’est pas linéaire, on part sur une route, on avance, on fait demi-tour ou on continue dans la même direction. Passé et présent sont là mais pas obligatoirement dans l’ordre, ni avec des indications temporelles précises mais ce n’est pas le plus important. Pour autant, on ne se mélange pas. Les phrases, les mots sont comme une mélodie qui berce, amuse, envoûte, emporte sur d’autres chemins …

Scarborough, c’est la racine, le point d’ancrage, le titre, la face visible, et après ça s’étend comme les branches d’un arbre qui se ramifient et explorent toutes les directions possibles. Parfois ça s’emboîte, à d’autres moments pas du tout. Mais c’est impossible à lâcher tant l’écriture est « présence ».

Le personnage principal a une façon d’être qui le rend attachant. J’avais le sentiment qu’il cherchait en permanence à comprendre son fonctionnement et tout ce qu’il se passait autour de lui. Avant de renoncer et de se laisser porter par la vie et les rencontres qu’il provoque ou qui se présentent à lui. Et ainsi accepter tout simplement ce que la vie lui offre.

J’ai beaucoup apprécié cet opus. Luc Dagognet a un petit côté espiègle, il joue avec nous, c’est dépaysant, atypique. On part dans un labyrinthe sans trop savoir où cela nous emmènera et ce n’est que du plaisir !


"Les naufragés de l'île Tromelin" d'Irène Frain

 

Les naufragés de l’île Tromelin
Auteur : Irène Frain
Éditions : Michel Lafon (26 Février 2009)
ISBN : 978-2749909905
380 pages

Quatrième de couverture

En 1761, un navire français s'échoue sur un îlot perdu de l'océan Indien. Il transporte cent soixante esclaves. Pour survivre, rescapés blancs et noirs doivent cohabiter. Un officier veut construire une chaloupe. Les marins refusent de l'aider. Les esclaves acceptent. Leur dignité force le respect des Blancs. Mais au moment du départ, on ne les embarque pas. Quinze ans plus tard, quand le bruit de ce forfait a couru tous les ports, on revient les chercher. Il ne reste que sept femmes et un enfant.

Mon avis

Ayant vu récemment au théâtre « La Chute infinie des soleils », texte et mise en scène d’Elemawusi Agbedjidji, j’ai voulu approfondir l’histoire de l’île Tromelin et des naufragés oubliés sur ce petit bout de terre pendant des années.

L’île de Tromelin est entre Madagascar et Maurice, elle fait un kilomètre carré et appartient à la France (mais depuis des années Maurice revendique la souveraineté).  C’est là qu’un bateau français, avec 160 esclaves en cale a échoué en 1761.

Irène Frain a écrit un roman historique fort bien documenté. Elle nous montre le rôle de certains (le capitaine qui ne voulait pas écouter son second), les menteurs, les hypocrites, ceux qui ont essayé de faire comprendre les choses, ceux qui ont préféré faire l’autruche…

Peu importe la couleur de peau, tous se sont retrouvés logés à la même enseigne. Avec rien, et tout à construire pour espérer se nourrir, dormir et un jour repartir…

On va suivre les événements qui se sont déroulés sur l’île mais également ailleurs. Les luttes de pouvoir, les peurs, les coups de poing, les coups de sang, les mensonges, le soutien parfois, la solidarité entre certains …

J’ai aimé la force des femmes, de vraies battantes !

L'écriture est plaisante malgré quelques longueurs.

C’est très bien fait !


"Le veilleur de nuit de Palèochora" d'Alain Chanudet

 

Le veilleur de nuit de Palèochora
Auteur : Alain Chanudet
Éditions : 5 sens (15 Mars 2026)
ISBN :  ‎ 978-2889499090
252 pages

Quatrième de couverture

Claramonde, la quarantaine, est une écrivaine qui a l’habitude, à la sortie de chacun de ses ouvrages, de venir, en solitaire, décompresser et se ressourcer à Palèochora, station balnéaire au sud de la Crète. Cette année, elle va y rencontrer deux personnages qui vont chambouler le cours de sa vie. Le mystérieux et séduisant Ottavio, le veilleur de nuit de l’hôtel, de vingt ans son cadet, qui semble la connaître et lui vouer une certaine animosité. 

Mon avis

Palèochora est un lieu idyllique. Un petit village de pêcheurs transformé en station balnéaire sur une presqu'île au sud-ouest de la Crête. Une des principales sources de revenus est le tourisme.

C’est là que Claramonde, une autrice française, vient se ressourcer chaque fois qu’elle a terminé un livre. Une manière pour elle d’évacuer le stress et de reprendre pied. Par contre, elle y tient, elle vient seule. Son mari et sa fille ne l’accompagnent pas. Elle a ses habitudes et ses « rituels », elle séjourne toujours dans le même hôtel, accueilli par le vieux veilleur de nuit Yiorgos. Elle va toujours faire un tour en mer, déjeuner dans un restaurant qu’elle apprécie. Le plus souvent, elle fait tout cela sans compagnie, c’est indispensable à son équilibre.

Cette année, encore plus que les autres, elle a besoin de partir. Elle se pose des questions sur son couple et son dernier roman lui a demandé beaucoup d’énergie. Faire le point, tranquillement est plus que nécessaire. Quand elle arrive à l’hôtel, rien ne se passe comme elle l’avait imaginé. Yiorgos a pris sa retraite et le jeune qui le remplace n’est pas des plus accueillants. Elle s’installe et se dit que demain tout ira mieux. Mais ce n’est pas vraiment le cas….

Elle se lie d’amitié avec une jeune femme, Pauline, qui a une chambre à côté de la sienne. Elles discutent, échangent, se confient. Mais parfois, Claramonde ne sait plus où elle en est. Surtout que des événements bizarres la perturbent. Est-ce que quelqu’un, dans l’ombre, lui en veut et a décidé de « pourrir » ses vacances ? Est-ce que c’est le hasard ? Est-ce que c’est encore plus grave, peut-elle être agressée ?

Le décor est superbe, la mer, le soleil, la plage, mais on sent la tension, l’étau qui se resserre et l’angoisse qui va crescendo. Qui peut en vouloir à l’écrivain et pourquoi ? Elle essaie de relativiser, de prendre du recul mais c’est difficile. Elle se « découvre », comme si être là, la transformait. Un raccourci serait de penser à la crise de la quarantaine mais c’est plus profond que ça. Derrière ce récit, il y a une analyse sur les conséquences de nos actes passés, et également, ce qu’il se passe quand on reprend sa vie en mains en souhaitant être libre de ses choix.

Alain Chanudet a une belle écriture, prenante, avec des descriptions très visuelles et une approche psychologique intéressante des protagonistes. Il montre bien leurs émotions, leurs doutes, comment ils se sont construits et les raisons de leur attitude.

C’est une lecture plaisante, sans longueur.

 


"une autre vie" de Steven J. Watson (Second Life)

 

Une autre vie (Second Life)
Auteur : Steven J. Watson
Traduit de l’anglais par Sophie Aslanides
Éditions ‏ : ‎ Sonatine (1er Octobre 2015)
ISBN : 978-2355842832
450 pages

Quatrième de couverture

Julia mène une vie bien rangée à Londres avec son mari et son fils. Lorsqu'elle apprend la mort de sa jeune sœur, Kate, victime d'une agression à Paris, elle est sous le choc. Les deux sœurs, dont les relations n'ont jamais été faciles, s'étaient perdues de vue. Ne parvenant pas à faire son deuil, Julia décide d'aller sur place afin d'en savoir plus sur la vie que menait Kate. Elle apprend que cette dernière fréquentait assidûment les sites de rencontre. Le doute s'insinue alors dans son esprit : et si la mort de sa sœur n'était pas due à une simple agression mais à une mauvaise rencontre ? Ne pouvant se débarrasser de cette idée obsédante, Julia décide de se faire passer pour Kate sur le site que celle-ci utilisait.

Mon avis

Ça fait beaucoup ....

Une histoire qui démarrait d’une façon assez intéressante et puis...trop d’invraisemblances, une femme que l’on a envie de claquer tant elle est influençable, naïve, se donnant de bonnes excuses pour chavirer dans un monde délétère et de ce fait peu crédible….

L’idée de départ n’était pas mauvaise mais que de longueurs, notamment sur les sorties avec l’amant, que de choses bancales, bizarres, peu crédibles… Bref, il vaut mieux passer son chemin.

Un bémol : je comprends, malgré tout, que certains lecteurs trouvent le contenu totalement addictif mais soyons raisonnables…qu’est-ce que c’est superficiel !


"Ce soir j'ai peur" d'Annie Saumont

 

Ce soir j’ai peur
Auteur : Annie Saumont
Éditions : Julliard (5 février 2015)
ISBN : 978-2260022138
146 pages

Quatrième de couverture

Jane, étudiante en gymnastique, vit torturée par le remords d'avoir empoisonné son amant, un homme plus âgé qu'elle. Au fil d'une existence rythmée par l'entraînement physique et les conversations de jeunes filles, elle ressasse en secret les raisons de son crime. Mais sa version des faits est-elle aussi conforme à la réalité qu'elle voudrait le croire ?

Mon avis

Jane a tué son amant, c’est ce qu’elle dit. Il avait vingt-cinq ans de plus qu’elle et elle l’a empoisonné. Personne ne le sait, personne n’a des doutes. Elle vit dans la hantise d’être découverte. Pourquoi a-t-elle agi ainsi ?

Étudiante en sport, à une époque où la mixité n’existe pas (on est dans les années soixante), elle échange avec d’autres adolescentes, mais au milieu des dialogues, ses pensées l’envahissent et deviennent monologues. Cela donne un récit qui peut sembler confus mais c’est comme dans la vraie vie, quand on parle avec quelqu’un en pensant à autre chose… Elle essaie de prendre du recul sur ce qu’elle a fait mais on se demande si c’est bien la réalité tant tout semble s’emmêler dans son esprit.

L’écriture est épurée, brute, les paragraphes très courts et le livre peu épais (l’auteur est surtout connue pour ses talents de nouvelliste). Ce n’est pas l’histoire qui m’a intéressée, c’est vraiment le « phrasé », qui fait mouche, qui sèche le lecteur. Parce que, même si ça paraît brouillon, il n’en est rien. Annie Saumont maîtrise son texte et sait où elle nous entraîne : dans un texte sombre qu’on ne lâche pas….


"Les silencieuses" d'Anna McPartlin (The Silent Ones)

Les silencieuses (The Silent Ones)
Auteur : Anna McPartlin
Traduit de l’anglais (Irlande) par Valérie Le Plouhinec
Éditions : Cherche Midi (16 Avril 2026)
ISBN :  978-2749185576
410 pages

Quatrième de couverture

Par un matin glacé de janvier 1980, sur une plage battue par les vents du Kerry, on découvre le corps d'un nouveau-né abandonné au creux d'une dune. La première à arriver sur les lieux est Mary Shea, jeune garda de la police locale. Très vite, l'affaire prend une ampleur nationale : une équipe d'enquêteurs de Dublin est dépêchée sur place. Mais dans le Kerry, les secrets se taisent et les langues ne se délient pas facilement. Seule Mary, qui connaît mieux que quiconque les usages de sa ville, parvient à convaincre certaines femmes de témoigner.

Mon avis

1980, le Comté de Kerry, en Irlande, la côte battue par les vents. Les familles de pêcheurs ou avec des petits boulots vivent sur place. Les femmes effacées et disponibles à la maison, les hommes au travail ou au pub. Ils règnent en mâles, sûrs de leur supériorité et donc de leur pouvoir.

Dans la police, une jeune garda : Mary Shea. Elle a réussi à obtenir un poste. Pourtant, son père, préfet adjoint, ne voulait pas, ce n’est pas une fonction pour une femme. D’ailleurs, ses collègues doivent penser la même chose puisqu’ils la cantonnent à préparer le thé et taper les rapports d’audition ou autres. Elle, elle serre ses poings au fond de ses poches, elle arrive à l’heure, ne rechigne devant rien, et parfois glisse une remarque, histoire de rappeler qu’elle existe.

« Je répondais au téléphone, je tapais les rapports, j’endurais les moqueries, les insultes, les remarques blessantes, les mains aux fesses, et j’attendais mon moment, l’occasion de briller, de leur montrer qui j’étais et de quoi j’étais capable. »

Ce matin-là, un nourrisson est retrouvé assassiné dans les dunes. Lorsqu’elle arrive sur place, Mary est bouleversée par ce petit être. Elle veut lui rendre justice et comprendre qui a pu l’abandonner ici et pourquoi.

Ses collègues commencent l’enquête puis rapidement on leur envoie une équipe de Dublin. Mary est sollicitée pour une ou deux auditions. L’inspecteur Foley, un peu plus « ouvert » d’esprit que les autres réalisent assez vite que Mary sait faire parler les femmes, elle leur inspire confiance, les protège des mains trop directes des médecins qui les examinent avec mépris. Il décide d’en faire une adjointe mais attention, il la prévient : un faux pas ou si elle ne lui est plus « utile », il se passera d’elle.

Tous ces hommes ont une fâcheuse tendance à la conclusion hâtive, facile, et « on passe à autre chose, même s’ils doivent sortir des théories qui ne tiennent pas vraiment la route, ils sont satisfaits.

Mais la garda creuse plus loin, recoupe les témoignages, analyse, observe, réfléchit, revient en arrière puis progresse à nouveau, elle veut la vérité et ne lâche rien. Elle dénonce les dérives quand elle le peut. Elle est à la fois forte et pleine de doutes. Une belle personne qui, je le souhaite, reviendra dans d’autres romans.

Ce récit, inspiré de faits réels, est une véritable « peinture » sociale d’une Irlande encore engoncée dans les traditions, les non-dits, les silences, les « qu’en dira-t-on », les opinions tranchées. Certains individus sont misogynes, ont des œillères et refusent le droit à la différence… Pas de mère célibataire, pas d’union libre, pas d’homosexualité, pas d’amant-e …. Ou alors, on fait l’autruche, et ceux qui sont concernés doivent se cacher sous peine d’être mis au pilori. Heureusement, depuis 1980, les choses ont un peu évolué…

L’écriture (merci à la traductrice) est plaisante, addictive. En tant que femme, je me suis attachée à Mary, à ses luttes pour obtenir des réponses. L’histoire s’articule entre les enquêteurs et les habitants, les premiers agissant parfois sans aucune délicatesse, et les seconds se taisant le plus possible, peut-être dépassés par les événements.

Les dialogues, les scènes décrites, tout est très juste, je n’ai ressenti ni longueur, ni répétitions. Les investigations donnent du rythme et les hypothèses de Mary sont intéressantes, elle aime son métier et le fait bien. Et elle commence à donner un coup de pied dans la fourmilière des « bien-pensants » afin de ne plus être réduite au rôle de bonniche. Une femme audacieuse, courageuse et droite !

 

"Anonîmes" de Mehdi Tahenni

 

Anonîmes
Auteur : Mehdi Tahenni
Éditions : Preface Factory (1er Avril 2026)
ISBN : 979-1041593316
452 pages

Quatrième de couverture

Nîmes. La Féria bat son plein. Tandis que les arènes résonnent des clameurs de la foule et que le sang des taureaux imbibe le sable, un autre prédateur rôde dans les ruelles de la cité romaine. On l'appelle le Tueur de la Féria. Chaque année, il frappe pendant la grande célébration. Ses victimes portent les stigmates d'une rage méthodique. Ses messages, peints en rouge sur les monuments antiques, sont autant d'énigmes que de déclarations de guerre. Puis il disparaît jusqu'à la Féria suivante. L'enquête est confiée à Vincent Punti, policier expérimenté mais borderline, qui navigue entre le commissariat et les zones grises de la ville. Face à lui, dans le quartier de Pissevin, Farouk Fellah, figure respectée et crainte, dont le simple nom suffit à faire trembler un braqueur armé. Deux mondes, deux hommes.

Mon avis

Nîmes, ses monuments, son atmosphère, ses corridas. Les Férias, ceux qui aiment, ceux qui sont révoltés. Chaque année, au cœur de l’événement, un assassinat. Avec une anagramme en rouge peint sur les murs près de la victime. Un message ? Pour qui ? Pour quoi ? Dans quel but ? Dénoncer la violence des toréros ? Mais comment sont choisis ceux qui passent de vie à trépas ? La police a toujours le sentiment d’arriver trop tard, de ne pas comprendre, de laisser échapper des indices importants.

Vincent Punti est chargé de l’enquête. C’est un policier au passé difficile, ça lui empoisonne la vie. Il a un frère mais il se voit peu. Son épouse accepte sa nature troublée mais elle le met en garde. Lui, il donne beaucoup au boulot, s’investit jusqu’à en perdre les pédales. Quand il investigue, il n’a plus de limites, il est prêt à tout, il prend des risques, trop quelques fois. Sa collègue Caroline essaie de le tempérer.

Il n’hésite pas à se rapprocher des hommes de l’ombre, les dealers ou truands si cela peut permettre de résoudre une affaire. Mais il réalise également qu’à force d’être entre ces deux mondes, il risque de se perdre, de tout confondre, de créer des liens qui ne sont pas les bons, de ne plus connaître ses priorités.

Cet aspect de sa personnalité est très bien abordé, l’auteur montre toute l’ambivalence des situations où l’on peut être écartelé, tiraillé, perdu… Quand Vincent cerne que son frère peut, éventuellement, lui apporter des informations, il ne sait pas comment se comporter. Que faire ? leur lien est à la fois fort et fragile, car ils ont beaucoup souffert ensemble dans leur enfance.

Dans ce thriller, personne n’est tout à fait blanc ou noir. Les tempéraments des protagonistes sont décrits avec précision. Chacun a une part secrète, ne se dévoilant que par bribes et encore pas toujours. Les influences des uns et des autres, les rencontres qui modifient la perception, les choix réfléchis ou non, rien n’est anodin.

Plusieurs thèmes sont abordés. Jusqu’où peut-on aller pour ses convictions ? Quelle est la place de la famille quand ses membres ne sont pas d’accord ? Qu’en est-il de la vengeance, du pardon, est-ce qu’on doit transmettre la première aux futures générations afin qu’elles reprennent le flambeau ? Comment peut-on séparer vie personnelle et vie professionnelle ?

Mehdi Tahenni a une écriture rythmée, nerveuse, musclée. Les dialogues sont vifs, ils mettent le lecteur au cœur des faits, au plus près de ce qu’il se passe. Les scènes décrites sont très visuelles, on pourrait faire un téléfilm sans problèmes. La ville de Nîmes joue un rôle important avec ses ruelles, ses bâtiments, sa météo. Les rebondissements maintiennent notre intérêt ainsi que les informations qui arrivent régulièrement.

J’ai particulièrement apprécié le fait que rien ne soit aussi évident que je le croyais. Plusieurs fois, j’ai pensé que j’avais tout compris et puis, je repartais dans une autre direction. Une intrigue bien pensée, menée tambour battant, sans temps mort.

Un livre réussi !

"Des diables et des saints" de Jean-Baptiste Andrea

 

Des diables et des saints
Auteur : Jean-Baptiste Andrea
Éditions : Iconoclaste (14 Janvier 2021)
ISBN : 978-2378801748
362 pages

Quatrième de couverture

Qui prête attention à Joe ? Ses doigts agiles courent sur le clavier des pianos publics dans les gares. Il joue divinement Beethoven. Les voyageurs passent. Lui reste.
Il attend quelqu'un, qui descendra d'un train, un jour peut-être.
C'est une longue histoire. Elle a commencé il y a cinquante ans dans un orphelinat lugubre.

Mon avis

Jospeh est un vieux pianiste qui joue dans les gares, comme s’il attendait quelqu’un. La musique, il l’aime, l’a aimée mais il n’a pas pu le dire, le montrer lorsqu’il était plus jeune. Alors il se rattrape, encore et encore…

Cinquante ans en arrière, orphelin, il est placé dans un institut n’accueillant que des garçons. Il découvre un univers fait de brimades, de décisions arbitraires, de violence de la part des encadrants. Mais il y a aussi la solidarité entre les pensionnaires, les réunions secrètes, les essais de rébellion, de fuite …

Et puis, il y a la rencontre avec un bienfaiteur qui vient avec sa fille Rose. Mais que peut-on espérer lorsqu’on est surveillé, brisé, rabaissé en permanence ?

C’est un roman noir, puissant, avec une écriture forte sans concession, sans misérabilisme. On sait que ce genre de lieu à exister, on préférerait ignorer les sévices subis par les jeunes qui étaient accueillis…

Les personnages sont intéressants, du vieux professeur de piano aux différents copains de Jospeh, tous avec des personnalités marquées, différentes, mais réalistes. On pourrait en faire un film tellement les scènes sont vivantes et bien décrites.

L’auteur sait construire un récit prenant, captivant, sans beaucoup sortir de ce lieu maléfique. Il a un style et une écriture où chaque mot est à sa juste place.

Un excellent livre !


"Justice indienne" de David Heska Wanbli Weiden (Winter Counts)

 

Justice indienne (Winter Counts)
Auteur : David Heska Wanbli Weiden
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par
Éditions : Gallmeister ( 7 Janvier 2021)
ISBN : 978-2351782323
420 pages

Quatrième de couverture

Sur la réserve indienne de Rosebud, dans le Dakota du Sud, le système légal américain refuse d'enquêter sur la plupart des crimes, et la police tribale dispose de peu de moyens. Aussi les pires abus restent-ils souvent impunis. C'est là qu'intervient Virgil Wounded Horse, justicier autoproclamé qui loue ses gros bras pour quelques billets. En réalité, il prend ses missions à coeur et distille une violence réfléchie pour venger les plus défavorisés. Lorsqu'une nouvelle drogue frappe la communauté et sa propre famille, Virgil en fait une affaire personnelle. Accompagné de son ex-petite amie, il part sur la piste des responsables de ce trafic ravageur. Tiraillé entre traditions amérindiennes et modernité, il devra accepter la sagesse de ses ancêtres pour parvenir à ses fins.

Mon avis

David Heska Wanbli Weiden, l’auteur, est membre d’un des sept clans qui forment la tribu Lakota. « Justice indienne » est son premier roman.

L’histoire est racontée par Virgil Wounded Horse, qui élève seul son neveu Nathan, suite au décès de sa sœur. Ils vivent dans une réserve du Dakota Sud. Il est régulièrement sollicité pour pallier au manque de la justice car les habitants de ce coin sont bien souvent laissés de côté, ils ne sont pas une priorité des autorités. De plus, la police tribale n’a pas le droit d’intervenir sur certains faits, par exemple les meurtres ou les viols, il faut alors appeler les « officiels » du gouvernement.

De nombreux sujets sont abordés dans ce récit. Le rapport à la terre (qui reste la propriété du gouvernement), à la nourriture (changer les menus, manger autre chose, moderniser l’alimentation), la scolarité (sur place ou plus loin, et pour quelles études ?), l’introduction de la drogue, de l’alcool, pour rendre les indiens dépendants, les soins médicaux, les traditions (quelle place leur donner ?), les lois imposées etc….

« En fait, on s’est tous fait coloniser comme des bêtes. Avant l’arrivée des Blancs, on n’avait pas de lois. Pas besoin. Pas besoin de boulots non plus, parce qu’on chassait notre nourriture ! »

Au-delà de l’intrigue, la description de la vie est très précise, mettant en exergue toutes les difficultés quotidiennes pour ceux qui sont tiraillés entre tradition et modernité, en colère parce qu’on ne les respecte pas… C’est aussi une approche politique.

« Peut-être pouvais-je faire un recours pour qu’on nous rende notre dignité, scellée dans une enveloppe officielle, les péchés du passé effacés comme par magie, disparus comme le bison. »

Virgil se voit confier une mission, en parallèle son neveu a des problèmes… Il se doit d’agir car c’est son peuple qu’il doit défendre. Pourtant, contrairement à d’autres, il n’est pas resté attaché aux traditions, il les a mises à distance, les pow-wow, les huttes de sudation etc … il s’en préoccupe peu.

« J’avais oublié depuis si longtemps ce que signifiait être indien. »

« Quand je baissai les yeux, je vis que les étoiles-toutes sans exception-se trouvaient maintenant dans mes mains, elles éclairaient mes veines, mes muscles, mes os.
Je restai là, seul avec mes ancêtres, et les écoutai. »

Pour réussir, il doit choisir ses priorités, guérir et protéger la communauté. Rien ne lui est épargné, des gangs font régner la terreur, comment les stopper sans mettre qui que ce soit en danger ? Certains passages, réalistes, sont violents…

Parmi les personnages, il y a Marie, une jeune femme proche de Virgil. Ses parents font tout pour qu’elle puisse poursuivre des études en dehors de la réserve, elle ne sait pas quelle décision prendre.
Nathan, lui, comme beaucoup d’adolescents, se cherche, il a envie de se rebeller, de vivre sa vie.

Cette lecture a été très plaisante, j’ai apprécié l’atmosphère mise en place, les paysages, la précision des rites indiens (à la fin du livre, on sait que ce qui a été présenté, c’est ce qui peut être partagé, le reste est secret). Il y a du rythme, de l’action, certains individus évoluent bien (je pense à Tommy), d’autres déçoivent…

Je vais regarder si cet écrivain a rédigé d’autres titres !


"Frankie Elkin - Tome 1 : L’été d’avant" de Lisa Gardner (Before She Disappeared)

 

Frankie Elkin - Tome 1 : L’été d’avant (Before She Disappeared)
Auteur : Lisa Gardner
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cécile Deniard
Éditions : Albin Michel (3 Janvier 2024)
ISBN : 978-2226465368
454 pages

Quatrième de couverture

Frankie, la quarantaine, ancienne alcoolique, est un loup solitaire. Lorsqu'elle apprend qu'une adolescente haïtienne a disparu de Mattapan, quartier chaud de Boston, elle se jure de tout mettre en œuvre pour la retrouver, quitte à risquer sa peau.

Mon avis

C’est dans ce roman que le lecteur fait connaissance de Frankie Elkin. Elle a la quarantaine, alcoolique repentie (mais souvent tentée), pas d’attaches, pas de domicile fixe, elle va au gré de ses recherches. Son but ? Retrouver des personnes disparues. Celles pour qui la police a abandonné les investigations faute d’indices ou d’informations.

Pour cette première enquête, elle recherche Angelique, une adolescente qui a disparu dans un quartier mal réputé de Boston, où vivent beaucoup d’Haïtiens. Elle y est installée depuis quelques années avec son frère plus jeune et sa tante. Un soir, après les cours au lycée, elle n’est pas rentrée, son téléphone et son sac ont été récupérés mais rien d’autre…

Frankie s’installe sur place, un petit boulot, un logement de fonction. Et sur son temps libre, elle questionne, elle fouille, elle observe, elle capte les non-dits, interprète les regards et les silences.

Sa blancheur et ses interrogations dérangent les habitants, personne ne souhaite lui parler, lui transmettre des informations mais elle ne lâche pas. Elle arrive à parler un peu à la police, au petit frère, aux copines.

Cette jeune fille a-t-elle choisi de disparaître ou a-t-elle été enlevée ? Quelle que soit la réponse, qu’est-ce qui a pu motiver une telle situation ? Frankie analyse, creuse, insiste, montre parfois ce qu’elle a déjà compris et après elle fait des déductions. Elle essaie de mettre en place des accords (donnant / donnant), pour échanger des « tuyaux » qui l’aideront à avancer. On découvre la précarité des gens du coin, les difficultés pour se faire une place.

L’écriture est fluide (merci à la traductrice), prenante. Le rythme est soutenu, la « détective » non officielle est attachante, avec ses forces et ses faiblesses. Régulièrement, elle est hantée par de vieux démons, ce qu’elle a vécu qui la ronge, ce qu’elle a raté, ce qu’elle veut réussir.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture !

Et j’ai noté cette phrase :

« J’adore son visage ridé ; c’est celui d’un homme qui sait ce que c’est le chagrin, mais aussi l’espérance. »

Frankie est comme cet homme, elle a souffert, elle connaît le chagrin mais elle cultive l’espérance pour résoudre des affaires tombées dans l’oubli.