"Les Fleurs du Sel Sanary-sur-Mer-1988" de Patrick Espinet

 

Les Fleurs du Sel
Sanary-sur-Mer-1988
Auteur : Patrick Espinet
Éditions : Lire Couraut (27 Avril 2026)
ISBN : 979-1070180518
220 pages

Quatrième de couverture

Une belle journée d’été ensoleillée, des tables dressées sous les pins devant le mas pour la bouillabaisse traditionnelle du 15 août, qui réunit famille et amis. L’action se déroule en Provence, dans le Var, dans le merveilleux village de Sanary sur Mer et ses alentours. L’histoire est celle d’une famille de pêcheurs, de père en fils. Les parents Andéol et Mathilde et leurs enfants, José l’ainé, Roseline la cadette et Sylvain le petit dernier. Une famille heureuse et unie que les vicissitudes de l’existence vont confronter aux pires douleurs mais aussi à des instants d’infinie tendresse. Un bateau dangereux, un naufrage et des vies qui basculent.

Mon avis

C’est une famille où les hommes sont pêcheurs, de père en fils, avec le même bateau : La Denise. Ce n’est pas un métier facile, les rentrées d’argent sont liées aux résultats de la pêche et ne garantissent pas un revenu régulier. Il faut aller en mer quel que soit le temps pour gagner parfois presque rien… Mais dans la famille Cassone, personne ne baisse jamais les bras. La mère, la fille, le père, les fils, tous se battent au quotidien pour réussir, sans jamais montrer de mauvaise humeur, sans jamais se décourager. Le paternel est un homme droit, intègre, une force de la nature.

Tout pourrait continuer ainsi mais la vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille et on ne peut pas tout maîtriser. Lorsque les difficultés s’invitent à leur table, les Cassone pourraient renoncer, être défaitistes, mais ils choisissent de lutter et d’avancer. Parfois dans l’adversité, on trouve des ressources insoupçonnées, au plus profond de soi.

Dans ce roman, qui m’a fait penser à une chronique familiale, on suit les différents membres sur plusieurs années (de 1988 à 1994). On découvre les non-dits, les secrets, les sentiments de chacun, les choix, les regrets, les peurs, les succès, les jalousies, la bienveillance …

Ce récit est intéressant. Il décrit bien la vie des gens de la mer, l’ambiance dans le village, entre voisins. Différents métiers sont présentés et certains de façon très précise. Les relations entre les uns et les autres sont la plupart du temps, très humaines, chacun reste à sa place et est respectueux. Et lorsque la colère bout, si certains certaines se braquent, ils elles prennent ensuite du recul.

L’auteur est passionné de pêche et de navigation, ça se sent. Il en parle avec passion. Son écriture est fluide, plaisante, très réaliste. Les dialogues également. Ils sont vifs, très « parlants ». Les personnages deviennent rapidement des familiers, tant ils sont « palpables ». Ils sont, dans l’ensemble, attachants ; on a le souhait de « belles choses » pour eux. J’ai apprécié que les femmes ne soient pas toujours dans l’ombre, que petit à petit, elles s’affirment et expriment leur ressenti et prennent soit leur envol, soit leur indépendance.

Patrick Espinet raconte une jolie histoire, de belles valeurs sont mises en avant. Il nous rappelle combien il est important de dialoguer, de parler avec ceux qui comptent pour nous afin d’éviter les malentendus et les incompréhensions. La communication est un ciment essentiel pour l’amour sous toutes ses formes.

J’ai passé un agréable moment avec cette lecture, cela m’a donné envie de visiter les coins évoqués.

NB : La couverture est très belle !


"Le petit Jack London" de William Augel

 

Le petit Jack London
Auteur : William Augel
Éditions :  Jarjille (12 Juin 2026)
ISBN :  978-2493649430
48 pages

Quatrième de couverture

Cette BD relate la jeunesse de Jack London et son chien Rollo sous forme humoristique dans des histoires courtes d'une, voire deux/trois pages. Ces histoires mêlent anecdotes historiques et histoires inventées. Avant de devenir un écrivain pas comme les autres, il était un enfant pas comme les autres.

Mon avis

Jack London est un écrivain exceptionnel mais je ne savais pas grand-chose de lui. J’ai découvert qu’il était un enfant extra ordinaire, en deux mots. Son histoire est stupéfiante. Des personnes croisées sur sa route ont été un soutien, une source d’inspiration ….

Dans cette bande dessinée originale, on le voit enfant, avec son chien, qui est un pilier pour lui. Il fait des petits boulots, dont certains ont disparu. Il se construit petit à petit et a déjà des projets dont celui d’acheter un bateau. Et savoir comment il y est arrivé est absolument « magique ».

Au début, il y a la présentation de la « famille » : parents, nourrice, bibliothécaire, meilleur ami, chien. Tous ceux qui ont eu un rôle dans sa vie.

Dans des petites histoires (chacune a un titre) d’une ou plusieurs pages (rarement plus de trois), on fait connaissance avec lui. Son lien avec la lecture, ses remarques ou ses réflexions, ses raisonnements, sa façon d’être. Parfois, en plus des dessins, on a un texte avec des détails pour bien tout cerner et avoir la référence historique, c’est génial.

De temps en temps, d’autres personnages connus de BD participent, sur quelques cases, (Popeye par exemple), leurs interventions sont drôles et en lien avec ce qu’ils sont d’ordinaire.

J’aime beaucoup les dessins, tout en rondeur, avec ou sans cases, de tailles différentes, avec ou sans décor, plus ou moins précis. Cela mêle les genres de présentation tout en gardant une unité, c’est magnifique. Le texte et les dialogues, parfaitement adaptés à chaque situation que ce soit dans le vocabulaire, la construction des phrases, sont bien choisis.

Cette lecture a été un pur plaisir. Cet album est un ensemble harmonieux, riche, captivant. Il m’a donné envie de me plonger dans d’autres recueils de l’auteur et dans une biographie de Jack London.


"Garçon Dauphin" de Paul Bordeleau

 

Garçon Dauphin
Auteur : Paul Bordeleau
Éditions : Jarjille (12 Juin 2026)
ISBN : 978-2493649416
80 pages

Présentation de l’éditeur

Du fin fond de sa blanche forêt, Bordeleau accouche d'un recueil d'histoires courtes où les dauphins s'infiltrent partout, souvent sans raison valable, mais toujours avec une nageoire levée et le sourire en coin. À chaque page, ils surgissent : parfois héros, parfois objets ou figurants. 

Mon avis

Vous saviez que chez les grands dauphins, la notion de couple « permanent » n’existe pas ? Moi, non. Et c’est en ouvrant cette bande dessinée que je l’ai appris dès la deuxième page avec une courte discussion entre deux hommes buvant un verre.

J’ai aussitôt fait un lien avec le surprenant titre « garçon dauphin ». Est-ce que ce « garçon » ne gardait pas ses copines ? Par goût, par choix ? Qu’allais-je découvrir ? Une histoire de cœur meurtri ou volage ? Pas du tout !

Je suis rentrée sur la pointe des pieds dans l’univers de l’auteur (je vous rappelle que son nom c’est Bordeleau, pas mal pour parler de dauphins…). Il est natif de Grande-Rivière en Gaspésie et vit à Québec.

Son recueil est constitué de petites histoires sur quelques pages, entrecoupées de clins d’œil. Chaque « storiette » a un fond couleur uniforme, ce qui permet de la séparer de la suite et de ce qui précède. Chacune aborde en quelques dessins, quelques dialogues ou quelques lignes, un thème et offre un lien avec le dauphin. Le lien est parfois très net dès le début, et, dans d’autres cas, il arrive qu’on se demande à quel moment et comment il pourra apparaître. C’est assez surprenant, même jubilatoire quelques fois, car il fallait y penser !

Les sujets évoqués traversent les époques, les lieux comme pour démontrer l’universalité du dauphin…. C’est original, empli de poésie, plutôt surréaliste. Il ne faut pas chercher d’explications rationnelles, de logique, simplement se laisser porter par la vague des dessins, l’écume des mots…

Les croquis sont fins et précis, sans être envahis de trop de détails. Ils complètent et portent les textes pour dévoiler des messages intéressants qui peuvent se révéler forts et plein de sens.

Cet album a été une très belle découverte. J’ai aimé le style du dessinateur, et ses textes. Ce que j’apprécie particulièrement c’est de réaliser qu’il me faudra plusieurs lectures pour tout voir, tout cerner tant au niveau du tracé que des phrases. Pas parce que c’est compliqué mais parce qu’en lisant entre les lignes, en plongeant sous la surface, on entend et on aperçoit ce qui ne se voit pas au premier abord et qui a tout autant d’importance, pour peu qu’on laisse ses yeux et son esprit ouverts.

Original et insaisissable, c'est une belle découverte !


"Ce que Marcy a oublié" de Marion Cabrol

 

Ce que Marcy a oublié
Auteur : Marion Cabrol
Éditions : Taurnada (23 Avril 2026)
ISBN : ‎ 978-2372581813
384 pages

Quatrième de couverture

Près des falaises d'Anton, un os humain est découvert.
Vingt ans plus tôt, Grace Tanner, une fillette du village, disparaissait sans laisser de traces.
Pour Tom Lanier, journaliste local, l'affaire est personnelle : à l'époque, il partageait la vie de Marcy, amie d'enfance de Grace.
Alors qu'il reprend l'enquête, Tom comprend que Marcy pourrait détenir une part du secret.

Mon avis

Anton, village côtier du Canada a eu son lot de problèmes. Chacun a essayé de les mettre de côté pour continuer d’avancer le plus sereinement pénible. Mais si les bouches se taisent, les mémoires n’ont rien oublié et quand, ce jour-là, un chien trouve un os humain, le passé refait surface, pas si enfoui que ça finalement.

Et si c’était une partie du corps de Grace Tanner, petite fille du coin, qui a disparu en mai 1995 ? Elle avait dix ans, une tragédie, une blessure jamais refermée. Pourtant tous les habitants avaient donné de leur temps, recherches, fouilles, affiches, ligne téléphonique dédiée, tout avait été mis en place pour retrouver la fillette. Sa mère n’a jamais cessé de l’attendre. Mais rien, pas une trace…

Alors, cet os, est-ce l’amorce d’une réponse, d’une explication ? Tom Lanier, journaliste, revient là où il a passé son enfance dans l’espoir d’un scoop pour faire décoller sa carrière. Il vit avec Sabrina. Elle s’occupe des baleines, dont Belém, qui va mal et à qui elle consacre énergie et temps. L’équilibre de leur couple est précaire, ils ont parfois des difficultés pour communiquer.

Le commandant Adrien Vallet a mené l’enquête il y a vingt ans. Pour oublier cet échec, il est parti puis revenu. La découverte de l’os le perturbe. Il avait essayé de mettre cette histoire derrière lui et voilà que tout resurgit ! En plus, tout se complique avec l’arrivée de Marcy sur les lieux.

Petite, elle avait dit que Grace avait été assassinée mais lorsqu’on la questionnait, elle ne se souvenait de rien, c’est la même chose de nos jours. En principe, elle souffre d’une amnésie traumatique. Et pourtant, si un peu de mémoire lui revenait, elle pourrait éclairer le passé. Mais c’est le vide complet, pas un indice….

Les narrateurs essentiels sont Tom, Adrien et Sabrina. On alterne les temporalités. La force de l’auteur est de jeter le trouble. Personne n’est vraiment clair, dans chaque personnalité, des zones d’ombre apparaissent semant le doute. Aucune certitude. En outre, les gens du coin ne disent pas tout, ne sont pas nets…. Qui croire ? Que penser ? Marion Cabrol n’en rajoute pas, son écriture est profonde, en restant assez sobre car elle reste factuelle. Elle instaure une atmosphère, non seulement entre les protagonistes mais aussi à Anton. Il y a ces regards, ces échanges, cette suspicion permanente et le décor, le vent, les falaises escarpées, la nuit mal éclairée où tout peut arriver…. On ressent une angoisse sourde chez les gens mais également dans l’air…. Une tension sous-jacente meuble les silences, les non-dits, Où est la vérité, qui la détient ? 

Ce n’est pas l’intrigue qui est intéressante dans ce roman, c’est le poids du passé. La façon dont il a interféré sur la vie de chacun et comment, encore, il peut les étouffer, les transformer. Tout le monde se méfie, pas de cadavre, pas de coupable, et si c’était le voisin, l’instituteur, l’ami de la famille ? Les trois individus qui s’expriment donnent leurs ressentis, parfois totalement différents et surtout faisant apparaître des éléments pouvant avoir échappé aux deux autres. À nous de faire la part du vrai et du faux, de recouper ce qui est le plus important, de démêler tout ce qu’on apprend pour comprendre. Les profils psychologiques sont détaillés, chaque caractère est précis, parfois dérangeant car ambivalent, c’est très bien pensé.

Malgré ce qu’on perçoit, on est loin, très loin de la vérité. L’autrice mène son récit avec beaucoup de maturité. C’est une réussite.


"Solution miracle" de Serge Yves Ruquet

 

Solution miracle
Auteur : Serge Yves Ruquet
Éditions : du Caïman (15 Février 2026)
ISBN : 978-2493739773
438 pages

Quatrième de couverture

Aix-en-Provence, été 1975. Jean-Luc, armé d'une dévotion sans bornes pour Tintin, le cinéma d'auteur et la Vierge Marie... évolue dans le blasphème : il est projectionniste dans une salle qui diffuse surtout des films X, libérés par l'ère Giscard. Faut bien vivre. Mal, justement ! Entre sa vieille Dauphine, les boules Quies qui le protègent des râles obscènes venus de la salle, un cousin déluré et ses dettes qui s'accumulent, il cherche une issue. Mais la pureté est un luxe qu'il n'a peut-être plus le temps ni les moyens de s'offrir. La mafia s'en mêle…La vie éternelle, certes. Mais... le plus tard possible !

Mon avis

Aix en Provence, c’est l’été, on est en 1975. Deux cousins, Jean-Luc et Bert. Le premier est projectionniste dans une salle de quartier, le second porte l’uniforme.

Jean-Luc vit seul, sa mère est décédée et lui a légué une vieille dauphine. Comme Giscard a été élu, maintenant les films porno sont autorisés. Lui qui se sent investi par Dieu est parfois mal à l’aise face à tant de débauche. Il est passionné de cinéma et a une très grande culture dans ce domaine, bien plus que ce qu’on peut imaginer en le voyant. Bert lui, a une « régulière », elle n’est pas qu’à lui, il doit la partager mais il ne voit qu’elle, il est plus « porté sur la chose » que son cousin… D’ailleurs, il aimerait bien l’emmener visiter une copine de la sienne, histoire de lui faire découvrir la vraie vie des hommes …

Le cinéaste a peu d’argent, d’abord sa Titine lui coûte cher, elle n’est pas de la première jeunesse mais il ne veut pas s’en séparer. Le voilà avec des dettes ! Pas d’avance sur salaire, pas de rente….mais un « couz » qui a un tuyau pour qu’il se refasse une santé financière …. Ils n’imaginent pas, ni l’un, ni l’autre, dans quelle histoire rocambolesque, ils vont être entraîner. Le lecteur encore moins ! Mais c’est tout à fait jubilatoire !

Situations décalées, hauts et bas dans le quotidien, coups durs, petit espoir, on replonge, on repart… Les actions ne manquent pas dans ce polar atypique à la langue « fleurie ».

« -    Ça va ! Me fais pas le coup de la famille. La mienne arrive à me faire chier même quand je suis constipée. Si ma mère savait comment je l’habille, ce que je fume, et avec qui je baise, elle me jetterait aux lions.

-          Elle aurait bien tort. Au moins pour la baise. »

L’auteur joue avec les mots, avec les faits, avec les références cinématographiques (on pourrait monter un film avec cette aventure). Il met de la dérision et du rire partout, même quand c’est grave, c’est désopilant.

Le contexte est très juste, en lien avec les années soixante-dix, je n’ai pas remarqué d’anachronisme, tout se tient. Cela crée une atmosphère dans laquelle on s’engouffre avec plaisir aux côtés des personnages. Au-delà de ceux qui ont des liens familiaux, on croise ceux et celles qu’ils côtoient, par choix ou non. Quelques femmes ont du caractère et valent le détour (je pense notamment à une jeune fille qui a plus d’un tour dans son sac). L’évolution du « cul béni » est intéressante. Il goûte au fruit défendu et il se met à apprécier, ça change son regard sur les événements … J’ai énormément aimé la façon dont est détourné le tableau « Le déjeuner sur l’herbe ». Il fallait y penser. L’ensemble du récit montre la grande imagination de Serge Yves Ruquet. Il a dû s’amuser à écrire ce texte, à décrire les scènes avec précision (on a vraiment le sentiment d’y être). Au-delà de l’humour, en filigrane des thèmes apparaissent, notamment la solitude, les choix de vie, la place qu’on donne à l’argent, les manipulateurs….

Aucun temps mort, on garde le sourire, on s’attache à ces deux cousins-amis, on suit leurs aventures en ayant parfois peur pour eux et en espérant une happy end.


"Une addition salée" de Ludovic Bouquin

 

Une addition salée
Auteur : Ludovic Bouquin
Éditions : Le Caïman (4 Avril 2026)
ISBN : 978-2493739803
318 pages

Quatrième de couverture

Le 1er janvier à Salies-de-Béarn, Antoine se réveille hanté par un black-out total et la présence du corps de Lucille, une jeune femme rencontrée la veille, égorgée dans son lit. Ancien militaire ayant déjà connu l'horreur des combats en Afghanistan, il mobilise ses vieux réflexes tactiques et décide enquêter lui-même, sachant qu’il serait le principal suspect. Entre les rues de la cité du sel et ses souvenirs de guerre qui refont surface, épaulé par son amie Mélissandre, Antoine engage une course contre la montre pour ne pas être désigné coupable. Ce "casse-tête" macabre l'oblige à confronter son passé d'homme d'action à la réalité d'un complot qui semble le dépasser...

Mon avis

Ludovic Bouquin est décédé subitement le 13 Juin 2026 alors qu’il participait à un salon littéraire.

Après un réveillon du jour de l’an bien arrosé avec des copains, Antoine a fini la nuit avec Lucille qui lui a fait des avances pendant la soirée. Comme c’est un homme qui aime plaire, il s’est laissé faire et hop au lit pour une bonne nuit et bien sûr « et plus si affinités » en option obligatoire.

Quand il se réveille dans la matinée du premier janvier, il se sent bien vaseux, la faute à l’alcool ingurgité probablement. À vrai dire, ses souvenirs sont plus que vagues mais il sait qu’il est chez lui, dans sa chambre et en bonne compagnie. En se tournant vers sa compagne d’un soir, c’est le choc ! Elle a été égorgée et il ne comprend rien. Que faire ? Appeler la police ? Il fera un coupable idéal d’autant plus qu’il est quasiment amnésique. C’est peut-être lui l’assassin.

Il n’a que peu de temps pour réfléchir, il doit retrouver la bande de la veille à quatorze heures, comme le lui rappelle son amie Mélissandre. Il décide de ne rien dire et de mener une petite enquête afin de s’innocenter. Il a été militaire en Afghanistan, très souvent en binôme avec Shariff. Ils ont vécu des situations terribles et sont liés par ce passé parfois difficile. Antoine appelle son pote et lui résume les faits. Ensemble, aidés de la fidèle Mélissandre, ils vont essayer de démêler les fils, de comprendre pourquoi Lucille a été tuée et si c’était volontaire que ça se passe chez Antoine. Et si oui, pourquoi lui ? Et pourquoi elle, il la connaissait seulement depuis quelques heures …

Au gré des souvenirs des deux soldats, le récit va repartir en 1998 lorsqu’ils se sont connus et à d’autres dates pour différentes missions qu’ils avaient effectuées. Le passé va-t-il éclairer le présent ?

C’est avec une écriture percutante, des descriptions très visuelles et réalistes, notamment pour les scènes de combat avec l’armée que l’auteur mène son récit de main de maitre. Il y a beaucoup de rythme, du suspense. La tension s’installe et monte au fil des pages. Ce qu’on découvre fait froid dans le dos, l’horreur de la guerre, les risques encourus par les militaires pour sauver la paix ou essayer de protéger la population, tout est présenté avec des mots qui sonnent justes. Et puis, les événements de 2024 où Antoine se débat pour trouver des réponses et ne pas être arrêté. Bien sûr, je me suis interrogée, quel pouvait être le lien ?

Les différents personnages sont bien campés, ils ne sont pas trop manichéens, ils ont tous une part d’ombre, des failles. J’ai apprécié l’évolution d’Antoine, son amitié avec Shariff, virile, mais pleine de complicité, d’écoute, de compréhension et de soutien.

L’alternance passé / présent est intéressante pour plusieurs raisons. L’intérêt est vif des « deux côtés », j’avais envie d’en savoir plus quelle que soit la période. Pour chaque époque le vocabulaire est en phase avec ce qui est évoqué, bien choisi. Je pense entre autres à ce qui se passe avec les officiers et je me dis que Ludovic Bouquin a dû bien se renseigner.

C’est une histoire sans temps mort, dans un style addictif, un livre très réussi !


"La ronde des manchots" de Jérôme Sublon

 

La ronde des manchots
Auteur : Jérôme Sublon
Éditions du Caïman (29 Janvier 2026)
ISBN :  978-2493739766
290 pages

Quatrième de couverture

Après un accès de rage fatal, un PDG véreux se doit de dissimuler un corps pour sauver sa carrière. Pendant ce temps, les vies d'un ingénieur visionnaire trahi, d'une femme d'affaires rongée par la solitude, d'un sportif dont l'élan est brisé, d'une attachée ministérielle ambitieuse et d'un colosse rural doté d'un étrange pouvoir s'effondrent ou s'éveillent. Ce meurtre initial est la première pièce d'un domino qui met en mouvement une série de destins. Qui sont les véritables victimes dans ce jeu de dupes, et comment les chemins de ces âmes brisées ou corrompues vont-ils inéluctablement se croiser ?

Mon avis

Au début, ça commence plutôt mal, un responsable d’entreprise prend ce qu’on appelle un coup de sang. Assassin sans le faire exprès (oui, bon, il arrive qu’on ne réalise pas sa force), il se retrouve avec un cadavre sur les bras. Coup de chance, le mort semble assez isolé, vu le peu de contacts dans son téléphone. Notre PDG assume, assure et gère. Tout devrait bien se passer.

En parallèle de cet homme, nous faisons connaissance avec d’autres personnages, dont Milan qui vit dans une ferme assez isolée avec son oie, Gertrude, comme animal de compagnie. Tous ceux que l’on va découvrir et je ne vais pas détailler, ont une blessure morale ou physique, une fêlure. Ils ont été cabossés par la vie, soit parce qu’ils ont mal choisi leurs priorités en restant le nez dans le guidon, soit parce qu’un jour, quelque chose ou quelqu’un s’est mis en travers de leur chemin et leur quotidien a été bouleversé. Ils ont essayé ou pas de se relever, d’avancer, mais parfois, il est presque plus facile de se laisser couler et de renoncer.

Par la grâce du destin, ils vont se croiser. Ce sont des rencontres improbables, toutes condensées dans un même récit.

« -Vous allez où comme ça ?
-Je suivais le vent.
-A cette époque, il est changeant, du nord au sud, à la va comme je te pousse.
-C’est ce qui me convient. »

Poussés par le vent, ils se sont vus, puis apprivoisés, avant de comprendre qu’ils pouvaient, peut-être, s’aider, se faire du bien, s’appuyer les uns sur les autres. Loin du tumulte, sur l’exploitation de Milan, un havre de paix ou presque, ils vont réfléchir à leurs vies, à ce qu’ils veulent pour l’avenir, à ce qui est le mieux pour eux. Ce ne sera pas toujours facile, certaines décisions sont compliquées à prendre mais petit à petit la confiance peut revenir.

« Tous nos actes ont des répercussions qui malgré tout ne dépendent pas de nous. Ne pas agir peut aussi avoir des conséquences graves. On ne sait pas. On essaie d’être juste. C’est déjà pas si mal. »

Ce récit n’est pas qu’un roman policier où plusieurs mini enquêtes s’entrelacent, il est également une ode à la vie, celle de tous les jours, avec ses hauts, ses bas, ses peurs, ses victoires même si elles sont minuscules. Les relations humaines prennent le pas sur les investigations pour nous rappeler, si besoin est, que rien n’est jamais acquis à l’homme comme le disait Aragon, il faut construire jour après jour ce qu’on désire.

Cette lecture a été remplie d’émotions diverses pour moi. Je me suis attachée à de nombreux individus et j’ai apprécié de les accompagner un bout de chemin. L’écriture est très prenante, quelques fois poignante (Page 252, Monsieur Sublon, je vous ai relu plusieurs fois). L’auteur a construit une belle histoire alors que dans les premières pages, je me demandais où il allait m’entraîner. Milan et Gertrude forment un duo atypique mais émouvant. Le hacker et sa bande nous prouvent qu’ils peuvent agir en Robin des Bois pour soutenir de bonnes causes . Faire côtoyer tant de gens si différents aurait pu être brouillon et il n’en est rien. Une belle réussite !

"Huit battements d'ailes" de Laura Trompette

Huit battements d’ailes
Auteur : Laura Trompette
Éditions : Charleston (10 Janvier 2024)
ISBN : 978-2385290795
400 pages

Quatrième de couverture

Elles sont huit, issues de toutes origines et de tous milieux. Parmi elles, en Inde, la petite Sahana attend à l’orphelinat que sa soeur puisse venir la chercher. En Italie, Lucia, 91 ans, s’est mise à exhumer de vieux cartons et à chanter sur son balcon. Magali, conductrice de poids lourd sur les routes de France, découvre qu’elle n’est pas seule dans son camion. À Washington, Judy, la porte-parole de la Maison-Blanche, reçoit un étrange message anonyme, tandis qu’à Berlin, Kirsten ne sait pas que ses cris ont alerté la voisine à travers le mur… A priori, tout les sépare. Et pourtant, en l’espace de 24 heures, alors que le monde est à l’arrêt, leurs destins vont s’entrecroiser et leurs vies irrémédiablement se lier.

Mon avis

Huit femmes, huit pays, huit situations pendant le COVID en Avril 2020. On alterne leur quotidien entrecoupé de mails très courts en lien avec leurs histoires. On découvre les réactions des unes et des autres. Les difficultés liées à l’épidémie, les choix, les décisions… C’est agréable à lire mais pas transcendant, un peu trop haché à mon goût, rien d’extraordinaire.

L’écriture m’a semblé quelques fois un peu « ampoulée » comme si Laura Trompette avait perdu une partie de La simplicité de son style.

Certaines des protagonistes m’ont semblé plus attachantes et j’avais hâte de les retrouver, d’autres moins. Ce qui m’a intéressée, c’est de re découvrir quelques-unes des réactions liées au COVID, parfois ça fait sourire avec le recul. D’ailleurs les observations de l’auteur sont réalistes et justes pour tout ce qu’elle décrit.

Une lecture appréciée sans plus.

 

"Dictionnaire du langage des fleurs" d'António Lobo Antunes (Dicionário da Linguagem das Flores)

 

Dictionnaire du langage des fleurs (Dicionário da Linguagem das Flores)
Auteur : António Lobo Antunes
Traduit du portugais par Dominique Nédellec
Éditions : Bourgois (4 Juin 2026)
ISBN : 978-2267059779
416 pages

Quatrième de couverture

Dans le Portugal de Salazar, une vaste propriété agricole non loin de Lisbonne fait les beaux jours d'une famille aisée, avec ses vignes, son bétail, sa roseraie et, dans le salon de musique, un piano qui ne cesse de faire entendre ses mélodies. Mais bientôt le domaine périclite, les cigognes disparaissent et Júlio, le fils aîné, choisit de rejeter son milieu d'origine pour embrasser la cause communiste. Alors que la police politique torture et déporte les opposants, Júlio s'engage dans la lutte clandestine et s'impose comme une figure de premier plan du Parti. Mais son homosexualité dérange, y compris dans son camp. C'est le portrait diffracté de cet homme valeureux et énigmatique que brossent ici une poignée de personnages ayant croisé sa route, tout en sondant leurs propres gouffres.

Quelques mots sur l’auteur

Né en 1942 à Lisbonne, António Lobo Antunes est mort le 5 mars 2026 dans sa ville natale, après une longue maladie. Il avait fait des études de médecine et s'était spécialisé en psychiatrie. Au début des années 1970, il fut envoyé en Angola où il participa à la guerre coloniale, comme tous les jeunes hommes de sa génération. Son œuvre d'une trentaine de livres a été couronnée de multiples prix littéraires, parmi lesquels le prix Union latine en 2003, le prix Jérusalem en 2005 et le prix Camões en 2007. António Lobo Antunes restera comme l'une des voix les plus novatrices et les plus puissantes de la littérature contemporaine.

Mon avis

Librement inspiré de la vie de Júlio Fogaça, fils de riches marchands, membre du parti communiste portugais, qui s’engagea dans la clandestinité pour combattre, ce roman est une lecture exigeante mais marquante.

L’auteur n’a pas choisi un récit linéaire pour rédiger ce qui rassemble les éléments d’une biographie. Il donne la parole dans chaque chapitre à quelqu’un qui a croisé la route de Júlio. Ce dernier n’apparaîtra jamais et on apprendra de lui ce que chaque narrateur nous transmettra au fil de ses souvenirs, de ses ressentis et de ses pensées, parfois désordonnées. Famille, voisins, visiteurs, camarades, amant etc tous s’expriment et apportent des éléments de compréhension. Ce n’est pas forcément dans l’ordre, chaque lecteur assemblera les pièces du puzzle pour mieux cerner ce combattant de l’ombre.

Les protagonistes parlent de leur vie mêlée à celle de Júlio, leurs paroles s’égarent pour mieux se retrouver. Cela peut sembler confus et déstructuré car il n’y a pas de point sauf à la fin de chaque chapitre (un est différent mais je ne dis pas lequel ni pourquoi). Pour le contenu, les   phrases sont, de ce fait, très longues, accompagnées de virgules, quelques fois de parenthèses, de mises à la ligne, de mots entre les lignes … Il est nécessaire de se laisser pénétrer par ce phrasé pour l’apprécier comme il se doit. Souvent, la phrase est interrompue par une pensée parasite, et reprend plus loin.

« et moi camouflant comme chez le médecin le tremblement de
ma mère est morte il y a un an
de mes lèvres, soudain si ébranlée, si » 

Au début, j’ai trouvé cela déstabilisant mais après le style m’a emportée. Il s’en dégage une forme de poésie, un peu comme les surréalistes qui déformaient le réel pour offrir de nouvelles approches. Le texte est là, en filigrane, mais il prend des aspects inhabituels.

À travers tous ces témoignages, on lit ce qui a été souvent répété aux parents.

« vous savez que votre fils est au Parti communiste n’est-ce pas ?
-Madame, vous acceptez d’avoir un fils qui veut en finir avec les gens comme vous ?
-Les problèmes que vous vaut votre fils monsieur »

Étaient-ils responsables des choix de leur fils ?

Il n’y pas de repères de temps, ni de lieu, mais on connaît de mieux en mieux l’homme au fil des pages. Il a souffert, il s’est battu, il a été accusé à tort. Avec ce que présentent les uns et les autres, on a également un aperçu de la société et du quotidien de chacun. C’est une belle « peinture » du vingtième siècle où certaines choses dérangent comme l’homosexualité de Júlio. C’est parfois assez dur, notamment « l’exécution d’un traitre » mais c’est édifiant. Il ne faut pas attendre des actions, des rebondissements, c’est plutôt comme si on regardait dans un kaléidoscope où chaque miroir renvoie une image différente d’un même ensemble.

On découvre cet homme par le prisme de chaque individu communiquant des éléments sur lui. Ce qu’il a fait, son attitude, ses paroles, ses actes, ses gestes, ce qu’il était et ce qu’il voulait. Bien sûr, chacun a son interprétation mais cela donne un portrait quasi complet de celui que jamais on n’entendra mais dont on saura l’essentiel.

Une lecture qui sort de l’ordinaire portée par une prose originale, fleurie, riche et pleine de sens. À découvrir !


"Sens uniques" de Pierre-Alain Delachaux

 

Sens uniques
Auteur : Pierre-Alain Delachaux
Éditions :  5 Sens (15 Mars 2026)
ISBN : 978-2889498970
498 pages

Quatrième de couverture

Après vingt ans d’absence, Benjamin a annoncé son retour. Déstabilisés par les crises existentielles de milieu de vie qu’ils traversent actuellement, ses amis d’enfance l’attendent avec impatience, certains qu’il saura apaiser leurs angoisses et dissiper leurs incohérences. Cependant, ce retour inattendu de l’irréprochable ami rend ces quadragénaires en détresse particulièrement nerveux. Quels secrets du passé ramène-t-il dans ses bagages ? À grand renfort d’humour, d’amour et de tendresse, ils tentent tant bien que mal de préserver leur amitié vacillante, mais – évidemment – rien ne se passera comme ils l’espéraient. Parviendront-ils à raviver leur complicité passée, à affronter leurs contradictions présentes et à prendre les bons chemins donnant un sens à leur avenir ? Et surtout, qui osera se resservir de clafoutis ?

Mon avis

C’est une bande d’amis quadragénaires. On pourrait écrire qu’ils se connaissent depuis toujours. Certains sont en couple, d’autres sur le point de se séparer et quelques-uns seuls. Ils ont des « codes » bien à eux, des souvenirs communs, des phrases cultes, des repas partagés avec des habitudes comme dans tous les groupes qui se fréquentent depuis longtemps. Mais ils ont aussi leurs petits secrets, pas connus de tous, des envies d’ailleurs parfois mais non exprimées, des boulots qui les « gavent » mais où ils donnent le change, les petits travers du quotidien qu’ils essaient de gommer ou mettre de côté …

Benjamin, l’un d’eux, est parti, il y a une vingtaine d’années et le voilà qui annonce son retour ! Réunion au sommet de la bande presqu’au complet. Il faut anticiper son accueil, lui trouver une voiture, prévoir ceci, cela, afin qu’il soit bien dès son arrivée. Que dira-t-il en les voyant ? « Vous n’avez pas changé. » ? Mais est-ce la vérité ? Chacun se pose la question. Sont-ils les mêmes ? Forcément, les personnalités ont évolué mais est-ce très visible ou juste un peu perceptible ? Dans quelle mesure sont-ils différents ? Vont-ils retrouver la complicité et l’amitié avec Benjamin tout de suite ou faudra-t-il un temps d’adaptation ? Est-ce que ce sera facile ? Chacun d’eux se voit assigner une mission avant l’arrivée de leur ami et envisage les retrouvailles …

Rien n’est jamais comme on l’imagine, n’est-ce pas ? Entre surprises, imprévus, vieilles rancœurs, secrets de cabinet, non-dits, jalousies, tous les sentiments des protagonistes sont détaillés avec beaucoup de finesse. Chaque sous-titre de chapitre nous indique le jour, voire l’heure et qui va être mis en avant. Parfois une même situation est vue par l’un ou l’autre et l’interprétation varie. Quelques courts passages en italiques font allusion au passé.

On avance pas à pas, dans la vie de ces quadras, on voit leurs difficultés familiales ou professionnelles, leurs interrogations sur le présent ou l’avenir, leurs regards sur le passé, ce qu’ils montrent et ce qu’ils ressentent vraiment sans toutefois oser le dire, afin de garder les apparences.  On dirait qu’ils souhaitent donner une image bien lisse, de bonne entente, où chacun écoute l’autre et en prend soin. Mais qu’en est-il réellement ?

J’ai trouvé ce roman très intéressant, bien écrit et offrant une belle analyse des relations humaines. J’ai pensé à quelques films de Bacri et Jaoui alliant une forme de liberté de parole avec une pointe d’humour dans des actions de tous les jours mais vus par un œil affuté, c’est exactement ça dans ce livre et c’est sacrément bien fait, bien pensé.

L’écriture est de qualité, sans lourdeur excessive, on pénètre dans l’intimité des liens qui unissent ces copains et on voit le cheminement des uns et des autres. La future arrivée de Benjamin les bouscule plus que ce qu’ils croyaient, ce n’est pas anodin. Plein de choses ressortent et il faut gérer les émotions qui s’invitent. J’ai beaucoup aimé Bruno, qui est toujours dans le doute même face à des décisions simples, il est quelques fois décalé, un peu trop rêveur, il se cherche. Il n’est pas le seul, mais je ne veux pas trop en dire.

Je ne me suis pas ennuyée à suivre le quotidien de toutes ces personnes. Sans qu’il y ait pléthore de rebondissements, l’intérêt ne s’est jamais émoussé. Je trouve ce récit particulièrement abouti. Pour un premier titre de cet auteur, c’est, pour moi, une réussite !


"Elle a le regard qui tue" de Virginie Lloyd

 

Elle a le regard qui tue
Auteur : Virginie Lloyd
Éditions : City (13 Mai 2026)
ISBN : 978-2824625225
290 pages

Quatrième de couverture

Lily est rédactrice de notices. Son monde idéal ? Un univers régi par des schémas de montage, des listes d'effets secondaires et des protocoles millimétrés. Son rêve ? Vivre seule, entourée de post-it.
Mais dans la vie de Lily, il y a… les autres. Et pour eux, Lily n’a pas de mode d’emploi. Surtout pour son patron, dont l'existence même est une erreur de conception. Alors, quand elle le tue sans faire exprès, elle se dit que c’est peut-être la solution.

Mon avis

Description du poste

Vous aimez rendre la technique claire, structurée et accessible ? Rejoignez …..Contribuez à la création de notices techniques (utilisation, sécurité, entretien…) et concevez l’ensemble des documents.

Vous connaissez ce métier ? Moi, pas du tout. Et pourtant il existe ! C’est d’ailleurs celui de Lily. Cela lui convient parfaitement car elle aime que les choses soient claires, précises, organisées, contrôlées. L’imprévu, elle n’en veut pas, elle ne le supporte pas. Elle a eu sa dose comme on dit. Un quotidien bouleversé le jour de ses dix ans et maintenant, une envie permanente de « rentrer dans sa coquille ». Les autres, à part quelques-uns, la mettent mal à l’aise. Comme si elle n’avait pas « les codes » pour entrer en communication avec eux. Elle ne sait pas faire et quand ils l’énervent, elle se sent des envies de meurtres. La vie ne l’a pas gâtée mais maintenant elle gère, pas de surprise et tout ira bien !

Elle a tissé des liens avec deux collègues et avec des petits vieux de la maison de retraite qu’elle retrouve chaque semaine. C’est une famille qu’elle s’est choisie, qu’elle apprécie. Avec eux, elle se sent à sa place. Pas besoin de se poser de questions, ils la prennent comme elle est. Fantaisiste, atypique, surprenante, mais tellement attachante !

Elle a sans doute besoin, sans se l’avouer, d’être en permanence rassurée. Pour y arriver, elle utilise des post-its de couleurs différentes en fonction de ce qui est noté. Les urgences, la liste de ce qu’l faut acheter, les problèmes à régler pour que le monde aille mieux… etc … Tant au bureau que chez elle, elle les affiche, classés par catégories, les contemple, les regarde et agit.

Elle a un grand sens de la justice et parfois, des réflexions lui trottent dans la tête (elles peuvent être écrites en italiques et j’ai pensé à David Lodge (Pensées secrètes)). Les remarques qu’énonce Lily à haute voix ou dans le secret de son cerveau, permettent de mieux comprendre les rapports humains entre ce qu’elle ressent vraiment, ce qu’elle montre (car, en société, on se doit de garder une certaine attitude), ce qu’elle voudrait en secret mais dont elle sait bien que ce n’est pas possible…

Lily n’aime pas son boss alors si, par exemple, il pouvait se casser une jambe et être absent de longs mois, elle serait bien contente… Comme le disent les livres de développement personnel…. Il faut solutionner les problèmes un à un. Alors si elle a une idée, pourquoi pas ? Elle ne pensait pas, Lily, que ça pouvait déraper…. Et puis, de toute façon, il était humiliant, désagréable et j’en passe…

C’est avec un humour décapant et corrosif que Virginie Lloyd mène son récit. Pas de temps mort, de l’action sans arrêt. Des situations ubuesques qui vous font rire. Et puis en dessous de cette légèreté et de ces amusements, de vrais problèmes de société sont évoqués. La vie dans les EHPADs, la rentabilité demandée au travail (dans quelles conditions et à quel prix), la solitude dans les immeubles, les enfants sans famille, les addictions, les jugements qui ne prennent pas tout en compte…. C’est intéressant car cela montre que l’auteur a un grand cœur et l’émotion peut être au rendez-vous. Les titres des chapitres sont drôles ! Son écriture est vive, brute, pleine d’ironie, de second degré mais elle peut faire preuve de tendresse pour parler de ceux qui ont ou ont eu une place dans la vie de Lily.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture. C’est original et décalé et très plaisant à lire.


"Invisible" de Jacques Saussey

 

Invisible
Auteur : Jacques Saussey
Éditions : Fleuve Noir (25 septembre 2025)
ISBN : 978-2265159204
450 pages

Quatrième de couverture

L'appel radio a mentionné le cadavre d'une femme retrouvé sur une aire de l'autoroute 43, près d'Albertville. " Un truc de malade ", a précisé le militaire de liaison.
Alice Pernelle, fraîchement sortie de l'école de gendarmerie, est la première à arriver sur les lieux avec sa brigade.
Alors que, sous le choc, la militaire recule d'un pas, Loulou, lui, est déjà loin au volant de son camion. Ce soir, il passera la frontière allemande.

Mon avis

Une jeune gendarme, Alice Pernelle, se retrouve face à un crime particulièrement horrible. Pleine de bonne volonté, elle voudrait obtenir un résultat, comprendre qui et pourquoi mais les indices sont rares. Les collègues, plus expérimentés, lui font comprendre que faute de traces ADN, d’une quelconque piste, il vaut mieux se consacrer aux affaires courantes de la brigade, un casse chez un bijoutier par exemple. Mais elle est opiniâtre et décide de ne rien lâcher. A-t-elle raison ? Ne risque-t-elle pas de s’user pour rien et de se dégoûter du métier ?

Face à elle, le tueur, on le connaît dès le départ. Mais quelles sont ses motivations pour agir ? Comment choisit-il ses victimes ? Dans quel but ? Comme les faits sont isolés, sans réel point commun, les enquêteurs ne les relient pas entre eux. Cela pose problème et c’est la principale difficulté. Si quelque chose permet de faire le lien, ils pourront avancer et traiter les différentes affaires comme un tout mais pour l’instant, ce n’est pas le cas.

Des chapitres de quelques pages, une écriture fluide, un suspense bien maîtrisé et l’angoisse qui va crescendo. Quelques courses contre la montre dont on se demande qui va gagner. Jacques Saussey sait y faire. Il capte rapidement notre attention et c’est parti !

Ce que j’ai trouvé le plus intéressant, c’est la façon dont s’y prend Alice pour mener ses investigations. Elle se rapproche d’une jeune étudiante en criminologie, elle cherche sans cesse, elle insiste auprès de ses supérieurs pour aller plus loin que les apparences. L’autre point à souligner, c’est que l’auteur essaie de cerner la logique de celui qui agit dans l’ombre. On sent qu’il s’est renseigné. Il a introduit quelques éléments réels dans son récit.

C’est une lecture plaisante malgré les descriptions qui pourraient soulever le cœur (mais c’est fait en quelques lignes donc ça va). On a envie de savoir, de trouver les réponses. Le côté psychologique n’est pas très approfondi mais c’est suffisant pour une lecture prenante, sans prise de tête et sans temps mort !


"Mazel Love" de Lana Calzolari

 

Mazel Love
Auteur : Lana Calzolari
Éditions : 5 sens (15 Février 2026)
ISBN :  978-2889498994
210 pages

Quatrième de couverture

Elle n’avait rien prévu. Ni l’amour. Ni la foi. Encore moins le vertige. À 36 ans, Sabrina, Genevoise un peu naïve, voit sa vie basculer lorsqu’elle tombe amoureuse de Simon, un homme profondément ancré dans la tradition juive. Déterminée à l’aimer, elle entame un parcours de conversion. Entre bougies de shabbat, séances de psychanalyse, doutes existentiels, culpabilités inattendues et plats (pas toujours) casher, ce chemin, abordé avec enthousiasme et maladresse, la confronte à des questions essentielles : la légitimité, l’appartenance, la place que l’on cherche à occuper dans sa propre histoire.

Mon avis

Elle a trente-six ans et elle s’appelle Sabrina. Elle voit régulièrement, un psychanalyste qui l’accompagne. Elle se pose beaucoup de questions, fait défiler les conquêtes, croyant chaque fois avoir trouvé la perle rare. Elle a des copines très différentes dans leur approche de la vie, et elles n’ont pas toutes les mêmes croyances. Mais elles se respectent.

Ce jour-là, son amie Yaël lui a proposé de venir avec elle à la synagogue assister à un mariage entre deux personnes de confession juive. Sabrina la suit et elle est fascinée par l’atmosphère et ce qu’elle voit. Et puis, il faut bien le dire, par un invité, Simon.

Cette fois-ci, elle le sait, elle le sent, c’est celui qu’elle attend depuis des années, l’amour de sa vie… Elle a tendance à s’emballer mais elle y croit et après tout pourquoi pas ? Et c’est parti ! Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ? Euh, non, pas tout de suite.

Ils paraissent amoureux mais un petit quelque chose les freine. Il est juif. Et la mère de Simon fait clairement comprendre à Sabrina que « ça ne peut pas le faire » puisqu’elle n’est pas comme eux…
La jeune femme est dépitée, et elle décide d’entamer un parcours de conversion pour se rapprocher de l’être aimé et convaincre la future belle-mère.

Sans doute pensait-elle que ce serait rapidement réglé et hop, la famille de Simon dans la poche et lui dans son lit… Pas si facile !

Dans ce récit, l’auteur partage le quotidien de Sabrina. Ses doutes, ses envies, ses joies, ses difficultés et tout ce qui fait le sel de la vie. Ce sont parfois des montagnes russes, à d’autres moments le calme plat. Ce qui est sûr, c’est que la conversion entamée n’est pas aisée et puis d’abord, est-ce le bon choix ?

L’écriture est pleine d’humour et de dérision mais entre les lignes, il y a une réelle réflexion sur ce qui nous incite à prendre une direction plutôt qu’une autre. Qu’est-ce qui est plus important ? Être soi-même ou être ce que les autres attendent de nous ?

Avec ce roman, Lana Calzolari incite chacun à se pencher sur les décisions prises, sur les raisons qui nous poussent à les mettre en place et les conséquences qui peuvent advenir. S’aimer soi-même avant d’aimer les autres, savoir ce qu’on veut. On le sait mais elle nous le rappelle avec une histoire amusante, tendre et assez réaliste, même si quelques fois, le trait est un peu poussé.

Le style est plaisant, les événements s’enchaînent bien et certaines scènes sont assez risibles. De plus, l’approche du judaïsme est intéressante pour en découvrir quelques éléments. C’est bien pensé.

Une belle découverte !


"Souiller Expier Renaître" d'Aloysius Wilde

Souiller Expier Renaître
Auteur : Aloysius Wilde
Éditions : Chaka (1er Juin 2026)
ISBN :  B0GN1S4D4K
339 pages

Quatrième de couverture

Le géant pharmaceutique Omnipharm décide de partir à la conquête de cet eldorado scientifique. Le chef de mission, un médecin brillant, manipulateur et sans scrupules, est prêt à tout pour réussir. Même à la violence. Même à la torture.
Mais les choses ne se passeront pas comme prévu.

Mon avis

Dans un roman bien maitrisé, l’auteur alterne les points de vue. On suit différents protagonistes, la période et le lieu peuvent changer, mais c’est très bien fait et on n’est jamais perdu.

Les peuples autochtones d’Amazonie ont de nombreux savoirs, ils peuvent soigner avec les plantes, les utiliser à bon escient et sans erreur. Les connaissances se transmettent avec intelligence et dans les villages, personne ne cherche à s’en servir pour faire du mal.

Un grand groupe pharmaceutique, Omnipharm, décide de partir en expédition. Ils veulent obtenir des indigènes tout ce qu’ils savent, sans contrepartie. S’emparer de leurs pouvoirs en quelque sorte. Cela leur permettra de trouver des traitements. Il suffira ensuite de déposer des brevets et leur entreprise grandira encore et encore.
Le but ? Être les plus forts, à n’importe quel prix.

L’équipe est prête. Ils arrivent et essaient d’entrer en contact avec les natifs. Chacun sa méthode. L’auteur explore les rencontres, les caractères, les façons de faire. On voit l’évolution de chaque individu du côté des scientifiques, et du côté des aborigènes. Leurs raisonnements sont à l’opposé, leurs comportements surprennent ceux d’en face. Les américains interprètent, réfléchissent, les amazoniens sont plus naturels, plus spontanés.

Certains sont déstabilisés, les personnalités se révèlent, changent parfois. Que ne feraient pas quelques-uns pour satisfaire leur égo ? Piétiner les autres ne les dérange pas. Mais où tout cela va-t-il les mener ? Est-ce que « tout est sous contrôle » ?

L’écriture d’Aloysius Wilde est de plus en plus mature. Il analyse très bien les rapports humains et les conséquences de chaque acte, de chaque parole. Je le trouve très juste dans son approche humaine.
Son style est précis, avec des phrases coups de poing qui ramènent sur terre.

« Il tire sur sa propre peur. »

« Et dans cette acceptation de ma place véritable, j’ai trouvé quelque chose que je n’avais jamais connu : l’utilité humble. »

« Dehors, les élus coupent des rubans ; ici, on recolle des vies avec du scotch et du courage. »

Son « thriller écologique » est bien pensé. Il y a de l’action, des rebondissements et tout a du sens. Il arrive qu’une même situation soit vue par plusieurs personnes, chacun son ressenti et c’est intéressant.

J’avais peur d’un récit superficiel avec quelques coups d’éclat et une fin un peu prévisible. Il n’en est rien. C’est beaucoup plus profond. De nombreux thèmes sont abordés, les luttes de pouvoir, l’appât du gain, l’amour sous toutes ses formes, la place des femmes, le rôle de la presse, l’approche des peuples isolés, l’éducation et bien d ‘autres encore.

Une belle lecture !

 

"Des larmes dans les yeux" de Virginie Boissier

 

Des larmes dans les yeux
Auteur : Virginie Boissier
Éditions : Encrea (1er Mai 2026)
ISBN : 978-2386890284
90 pages

Quatrième de couverture

On apprend à se taire.
À faire comme si de rien n’était.
À vivre avec ce qui nous a brisé.
Ce recueil parle de ça.
De la violence.
Du harcèlement.
Des abus.
De tout ce qu’on minimise, excuse, ou enterre pour continuer à avancer.
Les mots ici ne sont pas là pour rassurer.
Ils sont là pour dire.
Dire que ce n’était pas normal.
Dire que ce n’était pas de votre faute.
Dire que certaines blessures ne disparaissent pas en silence.
Des Larmes dans les yeux n’est pas un livre confortable.
C’est un livre nécessaire.
Et si ces pages font écho à quelque chose en vous,
alors vous savez déjà pourquoi elles existent.

Mon avis

Briser le silence, mettre des mots sur les maux.

Virginie Boissier a choisi de s’exprimer par la poésie avec une écriture réaliste.

Elle évoque les blessures de l’âme, celles du corps, les gestes qui détruisent, les choses insidieuses qui font mal.

Mais elle parle aussi de la lueur d’espoir, de ceux qui accueillent et comprennent la douleur, de ceux qui apaisent et aiment vraiment.

Et puis, elle élargit son regard et va plus loin, présentant d’autres sujets, dont certains en lien avec l’actualité.

« Dans l’ombre des matins où tremble l’espérance,
Les greniers sont pleins d’or que la misère dénonce.
Quand la Terre nourrit mais que l’injustice avance,
Le silence se brise et la détresse l’inonde. »

Chaque texte a en « toile de fond » une photo qui complète le message transmis. Elles sont significatives, choisies avec soin.

L’autrice montre qu’elle a une grande sensibilité et qu’elle sait écrire avec beaucoup d’intelligence. Elle n’agresse pas ceux qui ont eu tort, elle reste assez factuelle. Elle dénonce les faits mais du côté des victimes, sans en rajouter. Et elle n’oublie pas :

« Pourtant, sous tant de ruines, une lueur s’accroche.
Une force ancienne lutte et refuse la roche.
Même au fond du néant, une braise subsiste,
Assez vive pour dire qu’un jour elle résiste. »

Elle transmet de nombreuses émotions. Certains écrits sont bouleversants et dégagent quelque chose de puissant qui laisse une trace. Son style est élégant, il touche l’esprit mais aussi le cœur.

Chaque lecteur trouvera au moins un texte qui fera écho en lui et s’il peut lui faire du bien, c’est parfait.

Écrire de la poésie est, à mon avis, un exercice difficile. Il faut trouver des phrases mélodieuses et expressives sans être lourd, et surtout « faire vibrer » celui ou celle qui lit.

Avec moi, c’est réussi !

NB : Le livre ressemble à son contenu : il est beau avec sa couverture glacée et soignée, bien imprimé et tout est magnifiquement présenté !


Moi Anaïs Berg de Diane McEvoy

 

Moi Anaïs Berg
Auteur : Diane McEvoy
Éditions : City Edition (20 mai 2026)
ISBN : 978-2824625249
274 pages

Quatrième de couverture

Anaïs Berg est une petite amie attentionnée, une voisine souriante et une professeure respectée. Elle mène à Liverpool une vie tranquille.
Un jour, dans une foule, elle aperçoit une silhouette qui fait douloureusement écho à un passé bien enfoui. Sans doute du surmenage. Puis elle a la sensation d’être suivie. Elle se raisonne, mais sort de moins en moins de chez elle. Sa maison. Son cocon. Où ses vêtements changent de place. Où une playlist se lance toute seule. Cherche-t-on à la rendre folle ?
Mais quand les menaces se font directes, Anaïs comprend : quelqu’un sait, et le piège est en train de se refermer doucement sur elle.

Mon avis

Professeure à l’Université, spécialiste des Beatles, Anaïs vit avec Joe, avocat, depuis une dizaine d’années dans la maison qu’elle a acquise. Ils sont heureux et tout se passe pour le mieux, même si elle se confie rarement sur son passé. Ils ont trouvé leur rythme et leur équilibre, que demander de plus ? Elle anime des conférences, fait des présentations sur son sujet d’études et tout le monde souligne ses compétences et le travail qu’elle fournit.

Voilà la Beatleweek, une convention sur le thème des Beatles à Liverpool, où Anaïs travaille. C’est la consécration pour elle. Elle va être décorée pour toutes ses recherches, tout ce qu’elle a découvert et partagé sur le quatuor et pour son dernier livre. L’apothéose et comme elle le confie, elle attend ce moment avec impatience, pour la reconnaissance, le succès et la réussite de ses projets. C’était son but, son objectif, se faire un nom et être considérée comme la meilleure dans son domaine. Elle le reconnaît, les astres se sont alignés pour que tout se passe bien. Mais elle s’est donné les moyens d’arriver à ses fins.

Ce soir-là elle parle du groupe : photos, musiques, comptes-rendus, tout est parfait. Pendant l’exercice des questions / réponses, elle entrevoit un regard, une silhouette qui la met mal à l’aise. Elle essaie de passer à autre chose mais ça la hante. Pourquoi ? Est-ce que cette jeune femme, parfaite en apparence, aurait quelque chose à cacher ? Rapidement, je me suis interrogée, me demandant ce qu’elle pouvait bien taire, même à son amoureux, attentif et aimant. J’étais loin d’imaginer le contenu de ce premier roman.

Plusieurs personnages interviennent tout en disant « je ». Diane McEvoy a été très forte, car pour chacun, elle a su ajuster son phrasé et son vocabulaire. En s’exprimant, tous dévoilent une bonne part de leur caractère, de leurs pensées et j’ai eu le sentiment de vraiment pénétrer dans leur intimité, de suivre leur raisonnement. J’avais envie de fouiller le passé de chacun pour mieux les cerner.

Le récit est bien construit avec des retournements de situation inattendus. Cela relance totalement l’histoire et chaque fois, je me suis questionnée sur la suite. Comment vont réagir les uns et les autres ? Qui va prendre le dessus ? Qui ment, qui dit la vérité ? Est-ce que je me fais manipuler ou j’ai enfin tout compris ?

Structuré en plusieurs parties, les chapitres (chacun portant le titre de la personne qui « parle »), assez courts dans l’ensemble, s’enchaînent sans temps mort. Je voulais savoir, je voulais comprendre et je ne pouvais plus lâcher ma lecture. Il y a une tension permanente, un suspense indéniable et ça m’a scotchée aux pages. L’autrice maîtrise son écriture, c’est à la fois visuel et intime, je me suis sentie en permanence au cœur de l’action. Elle place des piques humoristiques ou ironiques à bon escient et c’est bien fait. Une partie de l’intrigue se tient à Liverpool, ville que connaît bien Diane et ça rend son texte encore plus crédible (comme pour les Beatles car elle détient un Master "The Beatles Popular Music & Society" de la Hope University). De plus, il y a, dans les dernières pages, la playlist des titres cités.

L’idée principale est abordée de façon originale. Diane dit que c’est venu, sur une plage, comme ça, d’un coup. Et bien il fallait y penser ! Sa principale force est de rebondir chaque fois qu’on s’imagine avoir tout cerné sans jamais faire retomber l’intérêt, nous donnant le souhait de lire la suite au plus vite !

Un premier titre très réussi !


"Mickey Haller - Tome 8 : Sans âme ni conscience" de Michael Connelly (The Proving Ground)

 

Mickey Haller - Tome 8 : Sans âme ni conscience (The Proving Ground)
Auteur : Michael Connelly
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Robert Pépin
Éditions : Calmann-Lévy (14 Janvier 2026)
ISBN : 978-2702189054
460 pages

Quatrième de couverture

Mickey Haller, le célèbre avocat à la Lincoln, se lance dans une action contre une entreprise de la tech dont l’intelligence artificielle est accusée d’avoir encouragé un adolescent à tuer sa petite amie.
Au cours de son enquête, il croise la route de Jack McEvoy, un journaliste qui assiste aux audiences afin d’écrire un livre sur le sujet. Bientôt, tous deux retrouvent la trace d’une lanceuse d’alerte qui a tenté de révéler l’affaire. Mais celle-ci devient rapidement périlleuse, car des milliards de dollars sont en jeu et le géant de l’IA auquel Haller s’attaque ne reculera devant rien pour protéger ses intérêts.

Mon avis

Après avoir été avocat au pénal, Mickey Haller est passé au civil. Pour ce nouveau procès, il doit se battre pour deux familles. Un couple dont le fils a assassiné la fille unique de Brenda, une mère seule. Malgré leurs situations totalement opposées, les trois parents s’unissent pour attaquer une entreprise de la tech. Cette dernière a créé un chatbox avec l’intelligence artificielle. C’est vers ce personnage virtuel que s’est tourné le tueur lorsque sa petite amie l’a quitté. Il a cherché et trouvé du réconfort. Il a dialogué, écouté les réponses et a fini par interpréter ce que l’IA (intelligence artificielle) lui répondait et il a tué…

Toute la mission de Haller est de démontrer que la société dont les informaticiens ont mis sur pied cette IA est fautive. Une IA n’a rien « dans la tête » à la base, ce sont les développeurs qui la « nourrissent ». Elle ne peut pas mener une réflexion. Ses réactions sont « programmées » en fonction de ce qu’on lui instille. Mickey veut prouver qu’« elle » a poussé le jeune homme au terrible acte qu’il a commis.

Ce roman est captivant car il met le doigt sur un des problèmes majeurs des progrès informatiques : comment éviter les dérives ? Comment utiliser l’IA pour de bonnes choses ? Comment gérer tout ça ?

Dans un récit bien construit (même si, comme souvent, l’auteur a glissé une seconde intrigue pas forcément utile à mon avis), Michael Connelly nous rappelle que la justice américaine a un fonctionnement bien à elle. Tout commence avec le choix stratégique des jurés, qu’il faut « façonner » pour la cause qui est défendue. C’est toute une réflexion, d’autant plus que les adversaires peuvent récuser certaines personnes. Ensuite, choisir les bons témoins et leur poser les questions qui amèneront le résultat souhaité. Rien de facile. Et puis il y a les accords et « marchés », que certains essaient de mettre en place pour étouffer l’affaire en mettant la pression, c’est significatif.

Ce livre est très réaliste et bien documenté (Avez-vous déjà entendu parler d’ELIZA ?) J’ai appris pas mal de choses et c’est très intéressant. L’histoire est assez linéaire avec des protagonistes bien campés, mais pas caricaturaux. Le thème est très actuel, on est en plein dedans. À la fois ravis des progrès générés par l’IA et affolés à l’idée de ne pas les maîtriser. Est-ce que ce n’est pas déjà trop tard ?

L’écriture (merci au traducteur) est fluide, plaisante. Le suspense bien présent et les rebondissements glissés au bon moment. Les chapitres plutôt courts donnent du rythme et, malgré quelques termes techniques, ce n’est pas compliqué à suivre.

Une excellente lecture !


"Rémission spontanée" de Ludovic Bouquin

 

Rémission spontanée
Auteur : Ludovic Bouquin
Éditions : Les 2 encres (14 Novembre 2015)
ISBN :  978-2351687123
200 pages

Quatrième de couverture

La rumeur d'un miracle embrase Libreville.
Jade Wirowski, agent du service action à la DGSE, est dépêchée sur place.
Sa mission : découvrir si la guérison de Georges Delau est le résultat de l'œuvre divine… ou si elle est due à un remède capable de vaincre le cancer, potion miracle venue du fin fond de l'Afrique et découverte par Michaël Delau, un ressortissant français.
Au cours de cette mission inhabituelle et pourtant banale, Jade va se retrouver beaucoup plus impliquée qu'elle ne l'aurait imaginé. Son enquête la plonge dans un monde originel impénétrable, qui lui échappe par sa densité de sensations et ses codes.
Une intrigue captivante qui entraîne le lecteur dans une aventure où la connaissance ancestrale et les mystères africains pourraient peut-être surprendre nos civilisations.

Mon avis

Avant de commencer, une mention particulière pour la couverture absolument superbe ! Elle colle très bien au roman, mélange de traditions et de croyances ancestrales africaines face à la froideur des résultats scientifiques où les molécules étudiées détiennent la vérité.
À ma gauche, la spontanéité, la fantaisie, la couleur…
À ma droite, l’uniformité d’un bleu froid, la rigidité, la vérité ? ….

Michaël vit entre l’Afrique (Libreville) et la France, son père est hospitalisé dans la capitale gabonaise en soins palliatifs. Une nigérienne, la ménagère de ses parents, lui propose un « médicament de noirs » qui peut soigner son père. Au point où ils en sont, pourquoi ne pas essayer ? Après tout, vu l’état de son père… C’est là, que le « miracle » se produit, les cellules cancéreuses régressent puis disparaissent et l’homme est déclaré guéri. Formidable espoir pour des milliers de malades, Michaël propose le breuvage à l’Institut Curie à Paris….

La cupidité des hommes fera le reste… Ce produit miracle fait des envieux et certains n’hésitent pas à tuer pour se l’accaparer. Une course poursuite s’engage et il faut même que Michaël se méfie de ceux qu’il aime… Ballotté entre diverses régions françaises et l’Afrique, il fait tout pour échapper à ses poursuivants, comprendre ce qui se passe et sauver ce qui peut l’être….

Que ce soit sur le continent français ou le continent africain, l’atmosphère est parfaitement retranscrite. L’auteur imprègne son écriture d’odeurs, de sensations, de couleurs, de lieux, de coutumes, de façons de vivre…. Les relations entre les hommes sont également bien évoquées car on ne se côtoie pas de la même façon dans ces deux mondes que tout semble opposer.

C’est avec une écriture fluide et sans temps mort que Ludovic Bouquin nous entraîne dans le sillon de ses personnages, de rebondissements en rebondissements, nous les suivons dans leurs pérégrinations. Tout est bien mis en place, certains êtres ambivalents nous surprennent. C’est un excellent premier roman qui ne manque pas de soulever quelques questions importantes comme la place des médecines dites parallèles…et le regard que nous portons sur tout cela….


Comme s’il pleuvait de Iris Wolff (So tun, als ob es regnet)

 

Comme s’il pleuvait (So tun, als ob es regnet)
Auteur : Iris Wolff
Traduit de l’allemand par Claire de Oliveira
Éditions : Christian Bourgois (7 mai 2026)
ISBN : 978-2267058796
176 pages

Quatrième de couverture

Jacob, un soldat autrichien pris dans les soubresauts de la Grande Guerre, est stationné dans un village des Carpates. Son envie de partager des histoires avec les autres le détourne du combat contre l'ennemi, et il fait malgré lui une rencontre décisive. Des années plus tard, Henriette, une jeune femme qui se sent différente de ses soeurs, s'interroge sur ses origines à mesure qu'elle fréquente les insomniaques de son petit village roumain. Son fils, Vicco, quant à lui, est convaincu qu'il va perdre la vie sur sa moto et manquer l'alunissage des Américains. Il a plus que jamais besoin d'oublier le climat d'oppression qui règne en Roumanie, quand sa mère lui annonce qu'elle part s'installer à Berlin. Enfin, Hedda, bien des années après, sur une des îles Canaries, observe le départ d'un bateau de pêche qui ne reviendra jamais, lorsqu'elle est ramenée à l'histoire de son père.

Mon avis

Ce roman en quatre récits met en lumière quatre personnages du vingtième siècle. Deux femmes et deux hommes, qui ont, ou pas, des liens proches ou lointains. Tous ont en commun une capacité à « sortir » de leur propre histoire, analysant quelques fois les événements qui se déroulent sous leurs yeux, les observant, les décryptant en donnant leur ressenti. Ils ont un petit quelque chose d’éthéré, comme s’ils allaient disparaître et nous échapper. D’ailleurs, ils ne font que passer, même si on ressent très fort leur présence. On découvre sur quelques pages, un fragment de leur vie. On entre sur la pointe des pieds et on ressort.

Je pense que cette impression est en partie due à l’écriture de l’auteur. Elle présente les faits avec un style qui semble effleurer mais qui, paradoxalement, est très profond. On a le sentiment qu’elle hésite à partager, à dire ce qu’il en est. Attend-elle la permission de ses personnages ? Elle montre que tout aurait pu être être différent. C’est très net pour Jacob, le soldat qui aurait pu tuer un ennemi et qui ne le fait pas…

« Il aurait pu, quelques semaines plus tôt, se lier d’amitié avec cet homme qui, debout face à lui, se préparait à une mort probable. »

« Cette guerre, il s’en serait bien passé. »

À petites touches, Iris Wolff décrit le quotidien de ses protagonistes, pendant une tranche de vie plus ou moins longue. Quatre flashs sur quatre périodes d’un même siècle. C’est intéressant car on voit l’évolution du contexte, avec la grande Histoire. Chacun essaie de s’adapter à ce qu’il vit, en ayant parfois d’autres aspirations, impossibles à mettre en place au vu des événements. Il est alors nécessaire de trouver sa voie, pas forcément celle souhaitée au plus profond de soi, mais la seule possible en l’état, à ce moment-là.

À travers ces textes, l’auteur rappelle qu’on ne maîtrise pas tout. Il arrive qu’un bateau ne soit pas au rendez-vous et qu’en le ratant, rien ne soit pareil. Il se peut qu’une rencontre vous hante longtemps. Il est question de transmission, de ce qu’on reçoit, de ce qu’on veut donner. Par quoi sont portés nos choix ? Est-ce qu’on peut être libre partout de la même façon ? Pardonner c’est quoi ? Qu’est-ce qui nous construit, nous détruit ? Comment vit-on lorsqu’on a été torturé ? Avec un esprit de vengeance ? Ou en essayant d’avancer ? Chaque lecteur, avec ses émotions propres, apportera les réponses que les mots lui inspirent, ou refusera de se prononcer …

L’écriture (merci à la traductrice) est d’une infinie délicatesse, très douce, apaisante. Le ton est celui d’un murmure, d’une partition musicale avec ses hauts et ses bas. C’est poétique, avec des phrases pleines de sens qui subliment ce qu’elles expriment.

J’ai beaucoup apprécié l’atmosphère de ce livre. Elle est enveloppante, nous permettant de nous approprier chaque petite histoire comme s’il s’agissait d’un roman complet. En quelques lignes, avec des termes ciblés, tout est dit.

Une très belle lecture !


"Écarts de conduite" de Diane Jeffrey (The Other Couple)

 

Écarts de conduite (The Other Couple)
Auteur : Diane Jeffrey
Traduit de l’anglais par Clovis Bessières
Éditions : Points (15 Mai 2026)
ISBN : 979-1041427765
410 pages

Quatrième de couverture

Kirsten et Nick profitent d'un week-end loin de tout jusqu'au moment où, sur le chemin du retour, ils renversent accidentellement un homme et le tuent. Ils devraient appeler les secours, mais ils ont trop à perdre, et personne ne doit savoir pourquoi ils se trouvent ici. Ils prennent alors une décision irréfléchie : dissimuler l'accident.
Amy et Greg viennent de célébrer leur dixième anniversaire de mariage. Amy attend un bébé, et ils n'ont jamais été aussi heureux. Alors, quand Greg ne rentre pas après une promenade avec leur chien, Amy refuse de croire que la police ait raison en pensant qu'il est parti de son plein gré. Quelqu'un est forcément responsable de sa disparition, et Amy ne reculera devant rien pour obtenir justice – ou sa vengeance.

Mon avis

Si la justice est impuissante, il me reste la vengeance.

Amy et Greg vivent sur la côte du Devon. Il tient un magasin de surf, ils sont heureux ensemble et attendent leur premier enfant. Un soir pluvieux, il sort promener le chien et ne rentre pas. Pas de trace, ni du maître, ni de l’animal. La police pense à une disparition volontaire, mais Amy refuse cette idée et décide de mener l’enquête.

Kirsten et Nick sont amants. Assez discrets, leurs mari et femme ne savent rien. Ils s’offrent des sorties ensemble, sous le prétexte du travail. Personne ne se doute de rien, ils paient en liquide, s’inscrivent sous un nom d’emprunt et évitent de se mettre en avant. La situation semble leur convenir. Parfois Kirsten voudrait un peu plus car elle doit attendre que Nick la contacte, mais elle a une petite fille et tient à maintenir l’équilibre de la cellule familiale. Ce week-end-là, ils ont loué un gîte et ont bien profité de leur temps libre. Malheureusement, sur le chemin du retour, ils heurtent quelqu’un. La personne est morte. Se dénoncer c’est voir leur mariage respectif voler en éclats. La victime ne peut pas être sauvée alors autant ne rien dire, dissimuler le corps et continuer la route…

Ce sera leur secret, ils reprendront leur vie, comme si de rien n’était. Pas vu, pas pris. C’est possible, ça ?

Ce roman alterne entre Kirsten (avec un narrateur) et Amy qui dit « je ». On suit leur quotidien en parallèle. La première qui se sent coupable tout en souhaitant préserver sa tranquillité (du moins en apparence car dans sa tête, rien ne va plus). La seconde qui veut comprendre et retrouver son époux et son chien. Et puis, il y a ceux qui les entourent, la famille, les amis, les collègues. Ils remarquent le mal être, quelques incohérences et s’interrogent. Kirsten perd pied, elle a peur et chaque fois qu’elle pense être rassurée, quelque chose se met en travers.

De nombreuses thématiques sont abordées dans ce livre, la culpabilité, le deuil, la colère, la vengeance, la famille, les choix voulus ou imposés. J’ai trouvé que Diane Jeffrey maîtrisait bien tout ça. Elle nous plonge dans les pensées des uns et des autres. On s’interroge sur leurs décisions. Ont-ils réfléchi aux conséquences ?

Les caractères des protagonistes sont bien décrits, leurs relations également. On voit toute l’ambiguïté des différentes situations, ce que chacun met en place. Même si je n’ai pas toujours été d’accord avec la façon de faire d’Amy, j’ai compris son intention. Elle est déterminée et elle agit par amour finalement. Elle se sent peu soutenue mais elle ne lâche rien.

Le rôle de la justice est évoqué. Que faire si les preuves manquent ? Vers qui se tourner lorsqu’on n’a pas de réponse ? Sur quels soutiens compter ?

Diane Jeffrey a une écriture prenante (merci au traducteur), avec du rythme. L’intervention des deux femmes permet de ne pas se lasser de suivre toujours la même. Il y a même quelques passages en italiques qui interpellent. C’est construit intelligemment. Les rebondissements sont assez intéressants surtout lorsqu’ils concernent le couple adultérin. Ils sont exaspérants de suffisance parfois (surtout lui) et j’aurais voulu qu’ils se fassent coincer rapidement.

C’est un récit prenant, sans temps mort qui nous montre les dégâts causés par un instant d’égarement et une mauvaise prise de conscience.