"Parle-moi de chez nous" de Jeanine Cummins (Speak to Me of Home)

 

Parle-moi de chez nous (Speak to Me of Home)
Auteur : Jeanine Cummins
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Auché
Éditions : Philippe Rey (20 Août 2026)
ISBN : 978-2384823123
530 pages

Quatrième de couverture

1968, Porto Rico. En épousant Peter, un séduisant Américain d'origine irlandaise, Rafaela s'efforce d'étouffer les doutes qui l'assaillent. Pour cette jeune femme hantée par la faillite financière de ses parents et par son amour caché envers le fils de sa gouvernante, quitter son île natale apparaît comme un possible renouveau. Pourtant, malgré la joie apportée par ses deux enfants, son installation sur le continent américain l'isole. L'hostilité de sa belle-famille, l'interdiction de parler l'espagnol ainsi que le mépris du voisinage à son égard la plongent dans l'amertume.
Sa fille Ruth, elle, apprend à vivre en taisant les injustices subies. Elle n'a qu'une obsession : s'intégrer, quitte à renier la culture de sa mère.

Mon avis

Coup de cœur ! J'ai tout aimé dans ce roman, personnages, contexte, écriture, tout m'a plu de la couverture à la dernière page et il reste très présent en moi.

C’est une saga familiale sur trois générations. On explore le passé, les non-dits, les difficultés face à une certaine forme de racisme, les obstacles au quotidien, les désagréments liés à la famille, aux "qu'en dira-t-on" qui bloquent la spontanéité.

Un fait grave permet à chacune des trois femmes évoquées de revisiter le passé, de l'appréhender avec du recul pour mieux analyser ce qu'il a induit sur le présent. C'est une fresque ambitieuse, car des événements réels sont glissés çà et là avec intelligence, c'est très bien fait.

Les protagonistes, essentiellement des femmes de la même famille, sont attachantes, belles à l'intérieur et à l'extérieur. J'avais envie qu'elles existent réellement. L’une d’elles a quitté Porto-Rico, ses racines, pour suivre son époux. Les expatriés n'ont pas toujours la vie facile et les habitants du cru la méprisent. Comme si le mariage entre « personnes n’étant pas du même bord » (origine, culture, finances) était une erreur de casting. Elle souffre, elle subit … et doit accepter le regard que les autres posent sur elle. Mais le temps passe, elle apprend à se détacher du jugement.

« L’objectif majeur de sa vie d’adulte, après ses premières années passées au sommet de l’échelle sociale, puis un peu plus bas, serait donc c’apprendre à en occuper le juste milieu, à se dépouiller des attentes artificielles et absurdes qu’on lui avait inculquées malgré elle, et de découvrir qui elle était en dehors du carcan constitué par l’indulgence de son père et un système de castes arbitraire. »

Rafaela (née en 1947) a rapidement compris que les hommes ont plus de liberté que les femmes, qu’ils peuvent choisir réellement leur épouse, sans subir l’influence des parents, des traditions.

« Elle savait qu’il en était autrement pour les femmes parce que, sans que personne le lui ait dit, elle avait respiré, intégré, absorbé depuis sa petite enfance cette certitude que tomber amoureuse d’un garçon comme ….. la perdrait. »

Ce qui m’a frappée dans ce livre, c’est la force de ces femmes face à l’adversité, je pourrais même écrire leur résilience. Elles veulent « s’accomplir », choisir leur vie, n’y arrivent pas forcément mais elles ne lâchent rien, elles ne renoncent pas, au moins dans leur esprit avant d’essayer de faire bouger les choses. Elles gardent ainsi leur liberté de penser et je trouve cela magnifique même si quelques fois, j’ai senti combien c’était douloureux pour l’une ou l’autre.

L'écriture (merci à la traductrice) est immersive, prenante, précise, bien dosée entre événements, ressentis et analyses, l'équilibre est parfait. On passe d’un lieu à l’autre, de l’une à l’autre sans problème et on se repère facilement, d’autant plus que l’autrice a mis un arbre généalogique ce qui est une excellente idée. De plus, au début des chapitres, le lieu et la date sont indiqués. Il y a une espèce de « parallèle » entre toutes ces figures féminines comme si leur destin se répondait en écho.

J’aurais pu continuer d’accompagner cette famille tant j’ai apprécié de les suivre et de découvrir leur évolution au fil du temps.


"Stay Free" de Patrice Jean

 

Stay Free
Auteur : Patrice Jean
Éditions : Le Cherche-Midi (20 Août 2026
ISBN : 978-2749186955
384 pages

Quatrième de couverture

Nantes, années 1980. Samia, Paul et Martial vivent à la cité de la Bottière. Leurs journées se partagent entre le quotidien de ce quartier populaire, le lycée, la découverte du punk rock pour les deux garçons et du cinéma pour Samia. Ces passions deviennent le centre de leurs vies.
Martial monte un groupe baptisé " Divin Suicide ". Concerts à Paris, contrat avec une maison de disques, enregistrements... Le jeune musicien connaît un début de reconnaissance. Mais la tragédie n'est jamais loin pour ceux qui ne sont pas nés du bon côté de la barrière sociale. Et c'est à Samia et Paul qu'il reviendra de raconter, plus tard, l'histoire du plus doué, peut-être du plus naïf, certainement du plus pur d'entre eux.

Mon avis

J'ai beaucoup aimé ce roman ou différents narrateurs nous racontent leur vie dans les années 80.

C'est un récit initiatique où chacun cherche sa voie. La musique et les copains tiennent beaucoup de place.

L'auteur a magnifiquement réussi à mêler les destins aux événements réels de cette période, nous offrant un bel aperçu du quotidien de cette époque.

Les personnages principaux, de jeunes adolescents, sont plus vrais que nature. On suit leurs déboires, leurs envies, leurs échecs, leurs peurs, leurs réussites... On observe leurs émotions : jalousie, amour, amitié ... Tout est bien décrit, bien analysé. Mais je mettrai un petit bémol. Le texte souffre d’une certaine forme de répétition due au fait que les personnages courent après le succès et essaient encore et encore. Et il manque un peu de profondeur dans l'analyse des relations humaines.

Il y a du rythme, ces jeunes aiment la musique et savent la partager, en parler. L'auteur a réussi à se mettre à leur place !

L'écriture est prenante, fluide, c'est facile à lire et on a sans cesse l'envie de les retrouver pour savoir ce qu'ils vont devenir. C'est réaliste, intéressant car on voit également la construction des différentes personnalités, les influences, les choix de vie.

Patrice Jean a réussi un opus immersif sur des jeunes qui veulent donner du sens à leur existence. Une belle découverte.


"Finalement tout s'est bien passé" d'Estelle-Sarah Bulle

 

Finalement tout s'est bien passé
Auteur : Estelle-Sarah Bulle
Éditions : Liana Levi (20 Août 2026)
ISBN :  979-1034912773
226 pages

Quatrième de couverture

Un énième geste condescendant d’un béké, et voilà Henri qui se décide enfin : il va quitter la Guadeloupe. Arrivé à Belleville, chez sa soeur Edna, il découvre une vie de débrouille animée, et les magouilles de Steve, le compagnon béninois de celle-ci, dont le rêve est d’ouvrir une boîte de nuit. Mais dans le Paris interlope des années 60, flics et voyous s’entendent pour dire qu’un Africain n’a pas sa place dans le monde de la nuit. Dans l’hôpital psychiatrique où il travaille, Henri rencontre Sabine. Elle aussi a fui sa région natale, le Nord de la France, dès qu’elle a pu.

Mon avis

Août 1966, Henri arrive à Paris, sans travail, un peu sur un coup de tête. Il a quitté la Guadeloupe, où réside l’essentiel de sa famille. Il ne veut plus être regardé de haut, méprisé par les blancs créoles qui s’estiment au-dessus de lui, car leur peau est blanche. Sa sœur Edna vit déjà dans la capitale et elle veut bien l’accueillir dans un premier temps. Alors il se lance dans cette nouvelle aventure.

Edna vit avec ses enfants chez Steve. Un bel homme de couleur, plutôt sur de lui, grande gueule. Il rêve d’ouvrir une boîte de nuit et n’hésite pas à engranger un peu d’argent avec de petits trafics qui deviendront plus importants (et de fait plus dangereux) au fil du temps.

Henri est plein de bonne volonté, d’envie de réussir, de s’installer dans un « chez lui ». Mais il se heurte rapidement à quelques difficultés. Malgré tout, il s’accroche et une belle opportunité s’offre à lui : devenir infirmier en psychiatrie. Le recrutement est ouvert et la formation assez rapide. Pourquoi pas lui ? Il doit oser s’il veut avancer.

C’est chose faite et il rencontre Sabine, une jeune femme qui a quitté le Nord pour s’installer dans la capitale. Ensemble, ils s’épaulent, se soutiennent et ont à cœur de construire une vie de couple solide.

Henri rencontre d’autres expatriés comme lui, dont certains ont des contacts avec le Bumidom (Bureau pour le développement des migrations intéressant les départements d'outre-mer), un organisme public français créé en 1963 par le gouvernement de Georges Pompidou mais c’est loin d’être idyllique. Beaucoup de promesses mais peu d’actes. Ce qui entraîne pas mal de désillusions.  La vie n’est pas facile pour eux, les préjugés sont tenaces. Henri et Sabine le réalisent très vite lors de leur recherche d’appartement. Certaines personnes sont racistes et se méfient de lui.

Alternant les chapitres où Henri parle à la première personne et ceux avec un narrateur, ce récit est très immersif. On est dans les années soixante et l’atmosphère de cette période est retranscrite sans fausse note. Estelle-Sarah Bulle emploie un vocabulaire recherché, sans être ostentatoire. Les phrases sont bien construites et assez visuelles. On pourrait facilement adapter son histoire en film.

Les différents protagonistes sont intéressants, même si leurs caractères ne sont pas toujours approfondis. Le rythme est soutenu, simplement avec les événements de la vie quotidienne qui interviennent et modifient les plans de chacun.

Je me suis attachée à Henri et Sarah, Edna m’a semble parfois un peu naïve, prête à croire « son » homme alors qu’il n’est pas net… La mère de Sabine, Kath, une allemande qui vit en France est à découvrir, son destin n’est pas banal et ses réactions encore moins. C’est un personnage qui a du tempérament, du « fond ». La plupart des personnes croisées dans ce roman essaient de se faire une place dans la société française. Ce n’est pas aisé car les obstacles sont nombreux pour différentes raisons : l’argent qui manque, le racisme, la jalousie, l’envie de plus que ce qu’on peut avoir, etc ….

J’aime beaucoup le style de l’auteur, sa façon de construire ses récits. Ce nouveau titre ne m’a pas déçue !

 


"Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ?" de Lucie Rico

 

Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ?
Auteur : Lucie Rico
Éditions : POL (20 Août 2026)
ISBN : 978-2818060636
272 pages

Quatrième de couverture

Jennifer a une vie qui la satisfait quand, au détour d’une panne de clavier d’ordinateur, une phrase surgit, inachevée, qui fait déraper l’apparente logique de son existence : « Devant Autant en emporte le vent, Vivien Leigh et Clark Gable vont s’embrasser quand quelqu’un appuie sur pause et ». Et rien. Un blanc après ce et qui envahit la page, troue sa mémoire. Jennifer se lance alors dans une enquête hilarante et inquiétante. 

Mon avis

La construction de ce roman est originale. Pour comprendre et retrouver ses souvenirs, Jennifer essaie de reconstituer une scène de son passé. Elle va dans l'extrême en mettant en place un intérieur et des faits identiques. De plus le point de départ est atypique.

Les protagonistes sont bien décrits. Jennifer, le personnage principal, est opiniâtre, elle veut réussir mais elle ne réalise pas combien son attitude la coupe de tout et de tous.

En mêlant les procédés d'écriture (script de film, récit ou autre), l'autrice campe un fonctionnement de lecture qui sort de l'ordinaire.

Son texte nous interpelle sur le rôle de la mémoire, des souvenirs, de ce qu'on garde ou pas mais également sur l'interprétation que l'on a des faits, plus ou moins déformée par le temps qui passe.

Malheureusement, je ne me suis pas intéressée aux personnages. Il m'a manqué un "souffle", celui qui procure une envie permanente de tourner les pages ...

Malgré l'idée originale, j'ai trouvé l'ensemble assez fade. Pourtant au départ, le concept m'a semblé intéressant mais mon enthousiasme est retombé.


"Ce qu'ils nous ont pris" de Léa Morenn

 

Ce qu’ils nous ont pris
Auteur : Léa Morenn
Éditions : Taurnada (2 Juillet 2026)
ISBN : 978-2372581899
256 pages

Quatrième de couverture

Suspendu de ses fonctions, Eren Conti devrait ignorer l'enquête qui secoue Paris. Mais il ne peut rester insensible face à ces enlèvements qui lui rappellent son propre drame, cet été 1989 où tout a basculé. Pour lui, c'est une évidence : il se doit d'intervenir.
Plus il avance, et plus l'affaire se transforme en descente aux enfers. Harcelé par des appels anonymes, menacé par ses souvenirs, tiraillé entre sa famille et son obsession, il découvre que la vérité pourrait bien être plus terrifiante que le mensonge.

Mon avis

Eren Conti, policier, vient d’être suspendu de ses fonctions. Il sait pourquoi et il sait également qu’il ne doit pas se mêler de l’enquête qui accapare bon nombre de ses collègues. Les raisons ? Ses supérieurs jugent qu’il ne pourra pas raison garder, qu’il n’aura pas le recul nécessaire. Mais lui il est obsédé par cette affaire, un cas de disparition d’enfants. Cela lui rappelle l’été 1989 lorsqu’il a été kidnappé avec son frère. Un traumatisme vu qu’il est le seul à s’en être sorti…

Il s’est reconstruit, a une femme et des enfants. Mais on sent bien que tout cela reste fragile, que les fêlures sont là, envahissantes, présentes. Il n’aime pas en parler et c’est regrettable car ça tient trop de place dans son esprit et s’il se confiait, ce serait moins lourd. Il est hanté par ce lourd passé, ce qui aurait dû/ pu être différent si les choix n’avaient pas été ceux qu’il a faits… On ne peut pas revenir en arrière, on ne peut pas faire reset et tout recommencer alors on vit avec, comme on peut … Eren a été un enquêteur reconnu, admiré puis il a perdu pied et maintenant c’est plus compliqué, il boit, il n’est pas dans les clous, il part à la dérive ….

La construction de ce roman est très intéressante, plusieurs voix se succèdent, offrant des perspectives variées en fonction du ressenti de chacun, de son interprétation. Et il y a deux temporalités, les événements antérieurs apportant un éclairage sur ceux qui se déroulent sous nos yeux. L’autrice propose aussi « une bande son », glissant les titres qui l’ont inspirée. Ils se marient de belle manière avec l’intrigue et c’est excellent !

Les secrets, les non-dits, le manque de discussion empoisonnent la vie de plusieurs protagonistes. Quelqu’un qui décide de se taire, de ne pas dévoiler tout ce qui pourrait aider à la compréhension, peut difficilement revenir en arrière et après c’est l’engrenage infernal. C’est ce que démontre Léa Morenn. Parfois il suffit de peu pour enclencher des situations qu’on regrettera ensuite. Ne pas se confier sur un appel téléphonique ou un sms reçus peut être plus grave qu’on l’imagine. Chaque individu détient des informations mais comme la communication est compliquée, rien ne se décante facilement.

L’atmosphère est sombre, avec peu d’éclaircies, il m’a même manqué quelques réponses. Disons que j’aurais voulu encore plus de détails, d’explications rationnelles. Les personnages ont, pour la plupart, une part d’ombre, on s’interroge sur ce qu’ils cachent, qu’on devine ou pas. Leurs interactions ne sont pas forcément fluides car certains se méfient, ont peur ou sont mal à l’aise.

Léa Morenn a mis en place une histoire où le poids du passé est énorme. Elle démontre combien il est difficile de vivre lorsqu’on n’a pas évacué tout ce qui détruit la sérénité. Certains ruminent une vengeance, d’autres refusent de voir la réalité, quelques-uns transforment la vérité parce que c’est plus facile…. Finalement, dans ce roman, le flou règne souvent et le lecteur s’interroge beaucoup …

L’écriture est dense, le propos travaillé, une lecture lourde de sens et une autrice à suivre …


"Vivre sans bonheur et n'en point dépérir" de Véronique Ovaldé

 

Vivre sans bonheur et n’en point dépérir
Auteur : Véronique Ovaldé
Éditions : Flammarion (19 Août 2026)
ISBN : 978-2080511096
210 pages

Quatrième de couverture

"Elle passe sa vie à écoper et goudronner les brèches dans la cale afin que la famille ne coule pas. Car si les Petites la chérissent, si elles aiment sa douceur, son indulgence, sa tendresse, elles préféreraient, et de loin, ressembler à leur père. Les enfants peuvent être des animaux cruels. Le Père, fielleux, la surnomme “miss martyre”. Ses belles-sœurs continuent de lui dire gentiment et sottement “tu es une vraie sainte”. Et qui peut bien souhaiter, en toute connaissance de cause, ressembler à une victime ?" Pour la première fois, Véronique Ovaldé s'aventure dans sa biographie pour faire le portrait de sa mère, mais elle le fait à sa façon, avec le recours revendiqué, exquis et inventif à la fiction, se plaisant à rêver pour sa mère à d'intempestives bifurcations et d'improbables autres vies.

Mon avis

Dans ce beau roman, Véronique Ovaldé mêle fiction et réalité en présentant le portrait de sa mère. Parfois, elle imagine un autre choix que celui qui a été fait. Elle montre combien la trajectoire de chaque vie est soumise à de mini décisions, à des bifurcations plus ou moins voulues. Il y a ce qu'on désire, ce qu'on nous impose et ce qui s'impose.

Ce portrait de femme est celui d'autres femmes ayant vécu à la même époque, ayant subi les mêmes traumatismes. C'est aussi une façon de leur donner à toutes une existence autre, plus belle, plus douce.

Cette mère est une femme forte, qui malgré ce qu'elle a subi, a réussi à être un peu celle qu'elle souhaitait. J'ai aimé l'analyse des relations qu'elle tisse tout au long de sa vie.

L'écriture et le style plaisant, facile à aborder, en font un livre très agréable.

L'originalité vient du fait que l'auteur se plaît à imaginer ce qui aurait pu être, qu'elle interprète ce qu'elle pense qui a été. Cela offre un récit vivant, vibrant et empli d'humanité. Certains trouveront dommage de ne pas connaître la part du vrai et du faux.

Il n'est jamais facile de parler de quelqu'un de sa famille sans juger, sans trop se positionner. L’autrice a un ton très juste et offre un hommage poignant à sa mère.

NB : J'aurais souhaité quelques documents : photos, lettres ou autres de la famille pour accompagner ce récit.

 


"Tombeau de Parsifal" de Dimitri Bortnikov

 

Tombeau de Parsifal
Auteur : Dimitri Bortnikov
Éditions : Rivages (19 Août 2026)
ISBN : 978-2743671655
290 pages

Quatrième de couverture

« Se souvenir – c'est vieillir. Oublier – c'est mourir. »
Après vingt ans d’absence, un homme revient dans sa ville natale pour faire la lumière sur la mort de sa mère – et se venger. Car, ici, ce n’est pas un homme seul qui l’a tuée, mais une ville entière.
Habité par un fantôme, le narrateur erre sans repos : vivre avec les morts est une chose, vivre avec un spectre qui réclame justice en est une autre.

Mon avis

Une écriture qui se démarque totalement ! Indéfinissable, faite de phrases courtes, très cadencées. On pénètre dans l'esprit d'un homme qui se confie, mais parfois, il s'égare, revient, repart .... Le rythme est fluctuant, suivant ses pensées.

Un texte qui "se mérite" et un récit qui entretient parfois un certain flou, cela donne un roman qui reste gravé dans la mémoire.

Le personnage principal vient pour comprendre la mort de sa mère et la venger. Son esprit erre et il nous emmène dans son univers, est-ce que ce sont ses rêves, des visions, la réalité déformée ou pas ? Son monologue au style particulier, mélange tout comme chez les poètes surréalistes. On peut être rebuté ou conquis... Il se met à nu, devant nous par ses phrases, ses émotions, ses ressentis, qu'il transmet de façon hachée ou pas ...

 On peut se demander où il veut aller mais il faut se laisser porter par la fulgurance des mots, ils touchent ici ou là, ils entraînent le lecteur sur d'autres rives. Demander du rationnel, du concret, ce serait rater la rencontre et quel dommage....

Quelques mots sur l’auteur

Né en Russie en 1968, Dimitri Bortnikov vit aujourd'hui en France. Il écrit en français.
Son premier roman Le syndrome de Fritz a obtenu le Booker Prize russe et le prix National best-seller en 2002. Il a aussi publié Svinobоurg en 2003, La belle endormie en 2005, Repas de morts en 2011 et Face au Styx en 2017.


"Une enquête d’Emma : Spritz, cadavres et chocolats" de Juliette Sachs

 

Une enquête d’Emma : Spritz, cadavres et chocolats
Auteur : Juliette Sachs
Éditions : Taurnada (21 Mai 2026)
ISBN : 978-2372581837
256 pages

Quatrième de couverture

Entre son incapacité chronique à garder un emploi plus de six mois et ses relations amoureuses catastrophiques, Emma, 30 ans, semble plus proche de l'adolescente rebelle que de l'adulte responsable. Désespérée, sa mère multiplie les ruses pour lui présenter de potentiels soupirants. Tout dérape le jour où deux d'entre eux sont retrouvés morts dans de mystérieuses circonstances. Pour la police de ce petit coin de Normandie, le doute n'est pas permis, Emma est la suspecte numéro un.
Déterminée à prouver son innocence, la jeune femme se transforme en détective amateur. 

Mon avis

Le titre nous met déjà dans l’ambiance, il y aura forcément de l’humour.

Emma a trente ans, elle vit en colocation et travaille dans l’informatique. Elle est plutôt douée dans ce domaine d’ailleurs. Mais comme elle n’en fait qu’à sa tête, elle a parfois des difficultés à garder un emploi. Elle désespère ses parents, sa mère surtout. Cette dernière aimerait la voir, comme son frère dentiste, installée, mariée avec des enfants. Mais ce n’est pas ce à quoi aspire Emma. Ses relations amoureuses sont plutôt instables voire catastrophiques. Elle en est bien consciente et je pense qu’elle s’en fiche un peu, même beaucoup.

Comme sa maman veut absolument la caser, elle lui arrange, régulièrement, des rendez-vous avec ce qu’elle pense correspondre au futur homme de la vie de sa fille. C’est pour éviter une de ces rencontres que, ce jour-là, Emma essaie de rentrer chez ses parents par la fenêtre (elle a oublié son sac et veut le reprendre en toute discrétion et filer chez elle). Mais voilà, un policier, l’inspecteur Verdin, l’aperçoit et la prend pour une intruse.

Elle essaie de s’expliquer, c’est confus mais elle finira par s’en sortir. Sauf qu’elle va trouver un cadavre sur son chemin. Comme c’est l’un des prétendants dont elle ne voulait pas, les soupçons lui tombent dessus. L’enquête commence et il faut qu’elle prouve son innocence. Pas si facile que ça…  D’autant plus qu’un nouveau mort, relié à elle également, est découvert…  L’étau se resserre autour d’elle …

Constatant que les choses n’avancent pas assez vite à son goût, Emma devient enquêtrice et mène des investigations. Sauf que l’inspecteur Verdin, homme plutôt rigide, n’est absolument pas d’accord. Et encore, le brave homme ne sait pas tout, notamment sur les méthodes, parfois illicites, employées par Emma, afin d’obtenir des réponses….

Ce cosy-mystery est porté par une écriture enlevée, emplie d’autodérision et d’humour.

« « Vous voyez, quand vous faites un effort, vous m’êtes presque sympathique. »
Saleté de côté démoniaque incontrôlable ! »

Les dialogues sont truculents, Emma n’a pas la langue dans sa poche, elle cause, fait des gaffes, se reprend, recommence … Elle n’en rate pas une comme on dit ! Cela instaure une atmosphère assez légère malgré les événements graves. Le rythme est bien soutenu, il faut suivre la jeune femme dans ses idées plus ou moins astucieuses mais le plus souvent audacieuses (et pas forcément très réfléchies : elle fonce et réalise les conséquences après coup) ! Les rebondissements sont nombreux, les situations cocasses également, on ne s’ennuie pas pendant cette lecture !

J’ai bien ri pour la relation (si on peut parler de relation) qui se crée entre Emma et l’inspecteur. Ils sont à l’opposé l’un de l’autre et pour se comprendre, c’est complexe car ils ne sont pas sur la même longueur d’ondes. Mais c’est ce qui est drôle ! Je crois que même s’ils disent se détester, il se passe un petit quelque chose …

Je dis quelques fois, que lorsqu’on rit, on gagne des minutes de vie. Et bien avec cette lecture détente, c’est réussi ! Le yoga du visage c’est fait et la bonne humeur m’habite !


"Derrière les volets bleus" de Florence Tachoires

 

Derrière les volets bleus
Auteur : Florence Tachoires
Éditions : Taurnada (11 Juin 2026)
ISBN : 978-2372581738
288 pages

Quatrième de couverture

Afin de fuir un avenir incertain, Rosa se réfugie chez son grand-père au bord du bassin d'Arcachon. Mais la découverte du corps de Jérémy, son ami d'enfance, bouleverse tout.
Pour comprendre, la jeune femme plonge au coeur de l'île aux Oiseaux et se heurte à un enchevêtrement de secrets et de vérités dérangeantes.

Mon avis

Rosa se pose des questions, sur son avenir professionnel, sur son couple, sur sa vie en général. Elle ne sait plus où elle en est. Trop de stress ? Besoin de faire le point ? Elle ne peut pas répondre à ces interrogations. Mais une chose est sûre. Là, tout de suite, maintenant, elle veut « fuir ». Le bassin d’Arcachon, où vit son grand-père, Max, sera son refuge, le temps d’y voir plus clair. Elle sera au calme, près de la nature, pas loin de l’île aux oiseaux.

Max, c’est la solidité, le roc inébranlable, l’homme sur qui s’appuyer. Rosa, c’est une femme fragile, au passé douloureux, elle a des failles, elle essaie de rester droite. Elle se sait trop rigide parfois mais elle est comme ça.

Elle est venue pour se poser, prendre du recul mais dès les premiers jours, ses intentions sont bousculées. Jérémy, son ami d’enfance est retrouvé mort dans les dunes. À partir de là, Rosa veut comprendre. Comme l’enquête ne va pas assez vite à son goût, elle mène plus ou moins discrètement des investigations. Elle dérange, elle va parfois trop loin mais elle ne lâche rien. Son passé, son histoire personnelle, l’envahissent et ce n’est pas facile à gérer pour elle.

Les personnages secondaires ont tous de l’importance, le libraire, l’écrivain, le gendarme, le papy … Tous ont des fêlures, une part d’ombre. Les relations entre eux ne sont pas fluides et l’auteur exprime très bien les difficultés de communication. Et puis, il y a la nature, omniprésente, vivante, elle respire et marque de son sceau différentes scènes. C’est un élément essentiel car elle instaure une atmosphère très particulière. Elle joue un rôle.

Une thématique du récit est ce dont on se souvient et comment on l’interprète. Oublie-t-on par facilité, par peur, par amour, volontairement ou pas ? Quelle est la place des souvenirs dans notre vie, des impressions de déjà vu, déjà vécu. Qu’en-est-il des secrets, des non-dits ? Ne sont-ils pas parfois indispensables pour continuer à avancer ? Des incursions dans les années antérieures permettent, petit à petit, de cerner plusieurs événements et cela nous éclaire sur le présent et les attitudes des uns et des autres.

Le récit est construit avec beaucoup de précisions, les retours en arrière avec des dates différentes, offrent de quoi compléter ce qu’on sait déjà, sur une situation, un lieu, une rencontre, ou une personne. Tout s’emboîte, sans fausse note, comme un puzzle.

J’ai particulièrement apprécié qu’aucun individu ne soit lisse. Les imperfections font partie du caractère de chacun, et cela rend le récit plus crédible. Le style et l’écriture sont adaptés à chacun, ainsi que la façon de s’exprimer par oral. Le ton est, de ce fait, très juste.

Au-delà de l’enquête, c’est un roman où la psychologie des protagonistes est travaillée et développée, en essayant de la lier aux recherches effectuées. C’est plutôt bien pensé et bien fait. L’intérêt est maintenu en permanence, par de nouvelles découvertes.

C’est une lecture plaisante, complète. Je vais me pencher sur les autres titres de Florence Tachoires, ils ne sont pas dans le même domaine et ça m’intéresse.


"Pagayons, Moussaillons !" de Laurent Lecrest

 

Pagayons Moussaillons !
Auteur : Laurent Lecrest
Éditions : Globophile (5 Septembre 2018)
ISBN : ‎ 979-1094423073
106 pages

Quatrième de couverture

Lou, Laurence et Laurent, les 3L, sont partis de Tulcea pour rejoindre la mer Noire en suivant les méandres du delta du Danube. 5 jours de canoë en famille au milieu de l'un des derniers grands sauvages d'Europe.

Mon avis

Vivre une escapade de l’intérieur et pas en spectateurs, c’est ce qu’ont décidé Laurence et Laurent. Ils ont emmené Lou, leur fille de onze ans dans cette aventure exceptionnelle.

Cinq jours en canoë sur le delta du Danube. Rester assis et pagayer, profiter de la nature (préservée et sauvage), de l’environnement, observer et vivre autrement. Supporter les moustiques, ramer dans la vase, chercher la direction, se poser pour la nuit, tout était à prévoir.

C’est ce que Laurent raconte dans son journal de bord « Pagayons Moussaillons ! ». Avec de l’humour, le recul nécessaire pour bien analyser leur aventure, il explique leurs déboires, leurs victoires et cette joie pure et simple d’avoir réussi.

J’ai trouvé ce témoignage très intéressant. L’auteur montre que, sans grande expérience, avec une bonne organisation (en espérant ne pas perdre ses bagages ..), on peut vivre des moments extraordinaires en famille, « tricoter des souvenirs merveilleux, qui resteront gravés.

Car au-delà de l’effort (et de l’exploit) physique pour cette petite famille, il y a eu des rencontres atypiques prévues ou pas, qui ont toutes apporté « un plus » à ce voyage, en « élargissant » le regard de chaque membre de la famille. L’occasion de découvrir d’autres saveurs pour les repas, d’autres personnes et une façon de faire différente.

L’écriture est vive, dynamique, immersive, c’est très plaisant à lire, j’avais presque l’impression de voir chaque paysage, chaque situation présentée. Je trouve que le « format » choisi (cinq jours) est suffisant, tant pour les parents, que leur fille. Pour un premier « essai » sans avoir essayé auparavant, il vaut mieux rester modeste. Ils ont eu l’intelligence de l’être. Leur réussite leur donnera sûrement envie de recommencer, non ? Ou alors ça tentera les lecteurs ?

NB : pour compléter ce que j’ai lu, j’aurais bien aimé une carte avec les points de chute et quelques photos.


"Hildur - Tome 2 : Rósa & Björk" de Satu Rämö (Rósa & Björk)

 

Hildur - Tome 2 : Rósa & Björk (Rósa & Björk)
Auteur : Satu Rämö
Traduit du finnois par Aleksi Moine
Éditions du Seuil (12 Septembre 2025)
ISBN : 978-2021561012
434 pages

Quatrième de couverture

Depuis que les vêtements de ses sœurs, Rósa et Björk, disparues il y a vingt-cinq ans, ont été récemment découverts dans le jardin d’un pédophile notoire, l’inspectrice Hildur Rúnarsdóttir nourrit l’espoir d’obtenir enfin des réponses. Mais l’enquête piétine, et, bientôt, un nouveau meurtre secoue la petite ville d’Ísafjörður : le corps d’un politicien local est retrouvé sur une piste de ski. L’homme, qui ne manquait pas d’ennemis, a été abattu d’une balle dans la poitrine. Aidée de son stagiaire finlandais, Jakob Johanson, qui se démène de son côté pour récupérer la garde partagée de son fils, Hildur n’a d’autre choix que de se confronter aux traumatismes de son enfance si elle veut résoudre cette affaire et le mystère qui entoure la disparition de ses sœurs.

Mon avis

C’est avec plaisir que j’ai retrouvés Hildur et son collègue Jakob pour une nouvelle aventure. Hildur, en parallèle de son travail d’enquêtrice, continue de rechercher ses deux petites soeurs qui ont disparu il y a vingt-cinq ans. C’est une femme indépendante, sans vie de couple fixe, qui aime faire du surf et mener les choses comme elle l’entend. Elle est volontaire, opiniâtre et ne lâche rien.

Dans la petite ville d’Ísafjörður, la vie, le plus souvent, est assez tranquille. Pourtant, un homme mort vient d’être découvert sur une piste de ski. Il a été assassiné. Hildur, qui était en déplacement, est enchantée de revenir pour mener des investigations.

Le récit alterne le passé (nous en apprenons un peu plus sur sa mère, sa famille) et le présent, où l’on suit une personne pour laquelle on se pose pas mal de questions avant de comprendre, vers la fin, qu’elle est son rôle. J’aime beaucoup l’atmosphère qui se dégage avec en toile de fond la nature et la météo islandaises. Les deux sont très présentes ainsi que les habitudes de vie des habitants. Certains sont des taiseux, sans doute parce qu’ils ne voient pas grand monde vu les distances…. En plus, ce sont les débuts de l’épidémie COVID et tout le monde est mal à l’aise.

Hildur et Jakob avancent pas à pas, font des déductions, recoupent leurs indices. Le rythme n’est pas effréné et il n’y a pas pléthore de rebondissements. Pourtant, notre intérêt est sans cesse maintenu. L’écriture calme, posé, faisant la part belle aux ressentis des uns et des autres, est prenante (merci au traducteur, Aleksi Moine). Il se dégage quelque chose des écrits de Satu Rämö. Ses protagonistes sont étoffés, ils existent et ne sont pas transparents. Elle réussit à glisser, également, l’histoire personnelle de Jakob, qui est loin de son fils. Son ex-compagne ne lui épargne rien et il essaie de se battre avec ses petits moyens pour une relation plus apaisée.

Plusieurs thèmes sont abordés, avec en premier, celui des secrets de famille, des non-dits, de la vengeance sous plusieurs formes. Qu’est-ce qui peut pousser les humains à agir d’une façon ou d’une autre, qu’est-ce qui motive leurs choix ?

Si j’ai trouvé la fin un tout petit peu rapide, cette lecture a été plaisante et j’ai hâte de lire la suite !


"L’enfant du train" de Ruth Druart (While Paris Slept)

L’enfant du train (While Paris Slept)
Auteur : Ruth Druart
Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Karine Xaragai
Éditions ‏ : ‎ City Edition (16 Juin 2021)
ISBN : 978-2824618715
480 pages

Quatrième de couverture

Au cœur de l’Occupation, à Paris, Sarah vient d’être arrêtée. Parce qu’elle est Juive. Juste avant de monter dans le train pour Auschwitz et les camps de la mort, la jeune femme prend une terrible décision : elle donne Samuel, son bébé, à un inconnu. L’homme n’hésite pas une seconde et décide de tout faire pour sauver et prendre soin de cet enfant. Avec sa fiancée et le petit Samuel, ils fuient Paris pour les États-Unis, pays où l’on peut encore être libre et en sécurité. Ensemble, ils vont former une belle famille. Au fil du temps, ils oublient les traumatismes de la guerre. Jusqu’à ce que, neuf ans plus tard, une femme frappe à leur porte.

Mon avis

1944 / 1953, deux temporalités. Un couple juif, Sarah et David. Au moment d’être déportée, elle confie son enfant, Samuel, âgé de quelques jours, à un homme, cheminot qui travaille vers le train de l’enfer. Le second couple en est à ses balbutiements, ils se connaissent depuis peu, et lui se retrouve avec ce bébé dans les bras. Un enfant juif ! Bien sûr, il est nécessaire de le protéger, de le sauver. Mais comment ?

Quelle est la meilleure solution ? Ils choisissent la fuite et vont s’établir en Amérique, loin de tout, en sécurité. Ils construisent leur famille, oubliant les horreurs de la guerre. Samuel grandit avec eux, un petit garçon épanoui. Et un jour, on sonne à la porte. Les parents biologiques de Sam ont trouvé leur trace et souhaitent récupérer leur fils.

À neuf ans, comment ce dernier peut-il vivre ce déracinement, lui qui ne parle pas un mot de français et qui ignore tout du judaïsme ? Comment vont réagir les parents adoptifs ? Auront-ils le choix d’ailleurs ?

Ce roman alterne les pensées et les points de vue des différents personnages, les parents, Samuel (sur la fin). Le ton est très juste. L’enfant est au cœur des pensées de chacun. Tous veulent le meilleur pour lui, tous l’aiment et souhaitent vivre avec lui. L’auteur a bien cerné ce que pouvait ressentir chacun. Les émotions après chaque situation sont analysées avec finesse.

Bien écrit (merci à la traductrice), ce récit est prenant et il renvoie forcément quelques questions : comment aurais-je agi dans la même situation ? L’écriture est fluide, ça se lit bien. Les personnages sont attachants avec leurs interrogations, leurs maladresses, leurs peurs. 

 

 

 

"Je suis Romane Monnier" de Delphine de Vigan

 

Je suis Romane Monnier
Auteur : Delphine de Vigan
Éditions : Gallimard (15 Janvier 2026)
ISBN : 978-2073113252
336 pages

Quatrième de couverture

"Les gens ne comprennent pas. Ils pensent que j'exagère. Mais en fait, je cherche quelque chose qui a disparu. Quelque chose de pur, de limpide... qui n'existe plus." Qui est Romane Monnier ? D'elle, il ne reste qu'un téléphone portable. Des notes, des messages, des souvenirs, des enregistrements, autant de traces confiées à un inconnu, un samedi soir dans un bar.

Mon avis

« S’il vous plaît, M’dame, ne me confisquez pas mon téléphone ! C’est toute ma vie ! » Combien d’enseignantes ou d’enseignants ont entendu cette phrase ? Beaucoup …, trop sans doute.

Parce qu’effectivement, chez certains, le smartphone n’est plus seulement une extension du bras mais un vrai partenaire de vie.

« Il songe un instant à cette aliénation insensée qui s’est insinuée dans sa vie comme dans celle des gens qu’il connaît, il suffit de regarder autour de soi : ces dizaines de visages penchés sur leurs écrans, dans le métro, dans la rue, qui ne regardent plus, ne regardent plus le ciel, ne regardent plus leurs enfants, mais continuent d’avancer ainsi, tête baissée, aveugles au monde auquel ils se croient reliés. »

On a souri la première fois qu’à minuit, un 31 décembre, on a vu plus de personnes en train d’envoyer des selfies ou des messages, qu’à embrasser son voisin ou sa voisine en lui souhaitant, sincèrement, en le pensant vraiment, une bonne et heureuse année. Après, on s’est insurgé mais est-ce que ce n’était pas déjà trop tard ?

Dans cet opus, Romane est à bout. Elle sent que les relations deviennent plus superficielles, que les réseaux prennent trop de place, que la communication passe non pas par la parole mais par les sms, les notes, les photos envoyées à sa « communauté ». Communauté ? Le mot est lâché, que met-on derrière ?

Alors, elle choisit, elle abandonne son téléphone, avec son contenu. Volontairement. Elle ne veut plus être pistée, « surveillée », obligée de répondre à la norme, de jouer, parfois, « un personnage ». Elle veut de l’authenticité. Et c’est un homme qui se retrouve en possession de l’objet à la place du sien. Inversion malheureuse ou acte volontaire ? A-t-il été choisi au hasard ou cette femme l’a-t-elle, consciemment, désigné, pour hériter «de toute sa vie » ?

À partir de ce constat, Delphine de Vigan construit un roman magnifique, très réaliste, documenté et intelligent. La première intention de Thomas est de se débarrasser de ce téléphone, de retrouver le sien, de clore cet intermède. Mais Romane est introuvable alors, il devient le gardien de ses souvenirs, de ses secrets, de ses pensées. Les dernières recherches, les mémos, les clichés, les correspondants, les mails etc… Il a récupéré l’empreinte numérique de cette femme, une inconnue qu’il va découvrir. Un téléphone dévoile beaucoup, tout, ou presque car on va au-delà de sa fonction première, parler avec d’autres. Il contient plus que des archives, plus que le contenu des placards … Tant d’intimité, de secrets qui tiennent dans le creux d’une main….

Le jeune homme explore pas à pas et nous le suivons dans sa quête, il a envie de connaître Romane, de la comprendre ses choix. Est-ce que le lecteur fera de même ? Est-ce que ça l’aidera à prendre du recul face à ces technologies avancées ? À chacun sa réponse.  

En creusant dans les mémoires de cet objet, qu’il est bien conscient de surinvestir, Thomas visite également les pièces fermées de sa propre mémoire. Certains éléments font écho en lui. Le temps qui a été englouti dans cet accessoire, qu’on ne passe plus à feuilleter un magazine mais à scroller sans intention précise, les modes de communication qui ont totalement changé …

Avec son style épuré, ses phrases brèves qui font mouche, l’auteur nous rappelle l’importance de l’humain. Que souhaite-t-on tisser comme liens ? Que veulent, que valent vraiment nos téléphones mobiles ? Comment gérer la dépendance qu’ils créent ?

D’ailleurs, qu’a fait Delphine de Vigan depuis qu’elle a écrit ce livre ? A-t-elle changé son rapport au sien ?

C’est une lecture coup de cœur, pour son originalité, pour ce qu’elle apporte de réflexions personnelles, pour le fait que, jamais, l’autrice ne se pose en juge. Son récit est une analyse fine et pointilleuse d’une vérité qui fait mal, et si on sent que ça fait mal, c’est qu’il n’est pas trop tard pour agir …..


"Les Années Glorieuses – Tome 4 : Les Belles Promesses" de Pierre Lemaitre

 

Les Années Glorieuses – Tome 4 : Les Belles Promesses
Auteur : Pierre Lemaitre
Éditions : Calmann-Lévy (6 Janvier 2026)
ISBN : 978-2702191477
512 pages

Quatrième de couverture

Tout commence par un incendie, un bébé et... un sanglier.
Paris est transformé par des travaux titanesques, le cœur d'un homme est écartelé, le monde rural menacé, des femmes sortent de l'oubli, et les membres de la famille Pelletier, toujours plus proches de nous, marchent inexorablement vers leur destin. Au terme d'un effroyable dilemme moral, ce sera l'effondrement ou l'apothéose.
Par bonheur, le chat Joseph veille encore.

Mon avis

Voici le quatrième tome de cette belle saga familiale « Les Années Glorieuses ».

J’ai retrouve avec plaisir certains personnages, j’étais impatiente de connaître leur avenir et cela a maintenu mon intérêt. Le récit est surtout centré sur Jean, surnommé « Bouboule », qui a une double personnalité et son épouse acariâtre, calculatrice. Suivre leurs déboires ainsi que ceux du reste de la famille a maintenu mon intérêt.

L’auteur est un grand conteur et sait nous prendre dans ses rets. Mais cette fois-ci, j’ai quelques légers reproches à lui faire.

Personnellement, la fin m’a semblé un peu expédiée, et tout au long du roman, le contexte historique moins développé. J’ai ressenti quelques longueurs, notamment pour la découverte de la sexualité d’un des protagonistes.

Malgré tout, l’écriture est toujours aussi prenante et on reste facilement scotché aux pages, l’art du suspense est maîtrisé, et l’atmosphère bien décrite. Les relations entre les uns et les autres sont présentées avec finesse, les dialogues, les pensées de chacun étoffant le tout. Colette est celle qui me plaît le plus. Elle est très intelligente, intuitive et attachante.

Même si cet opus n’a pas l’intensité des précédents, il conclut de belle manière cette série et j’ai apprécié ma lecture.


"La conteuse d’Auschwitz" de Siobhan Curham (The Storyteller of Auschwitz)

 

La conteuse d’Auschwitz (The Storyteller of Auschwitz)
Auteur : Siobhan Curham
Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Jocelyne Barsse
Éditions : City Éditions (25 Octobre 2023)
ISBN :  978-2824622750
310 pages

Quatrième de couverture

Lorsque les portes du wagon s'ouvrent, Claudette réalise qu'elle est arrivée en enfer. Auschwitz est un monde d'une infinie noirceur où le quotidien est rythmé par la peur, la violence, la faim et la mort. Autrefois romancière à succès à Paris, Claudette décide d'utiliser son talent de conteuse pour combattre l'horreur du quotidien et ne pas dépérir. Chaque soir, avec les autres déportées, elle invente des histoires, des récits qui font voyager et rêver, loin, très loin de l'horreur de leur quotidien. Claudette se fait aussi une promesse. Elle doit absolument survivre pour, un jour, après la guerre, pouvoir raconter les histoires des hommes et des femmes qu'elle a rencontrés dans cet enfer.

Mon avis

Claudette est écrivaine. Elle vit seule dans un bel appartement à Paris, et gagne bien sa vie. On est en Octobre 1940 et certains de ses amis ont fui la capitale. Pourquoi ? Parce qu’ils sont juifs et que rester devient compliqué voire dangereux. Elle n’y croit pas trop, n’a pas envie de laisser ce qu’elle a mis en place derrière elle. Ce jour-là, son éditeur lui annonce qu’il ne pourra plus la publier car elle est juive. Elle est révoltée mais que faire ?

Ce qui l’anime, c’est écrire. Elle va trouver, avec l’aide de bonnes rencontres, d’autres façons de s’exprimer et quand elle sera prisonnière à Auschwitz, elle deviendra « la conteuse », celle qui fait rêver les autres, qui les aide à s’évader dans leur tête.

« Les Allemands avaient peut-être emprisonné mon corps mais mon esprit était plus libre et ma détermination plus forte que jamais. »

Lorsque j’ai commencé ce roman, l’écriture m’a semblé trop, très, « scolaire », appliquée, sans relief et je ne pense pas que ce soit dû à la traduction. Tout était un peu trop facile ou simple.

Petit à petit, j’ai été prise par l’histoire, par cette femme qui essaie de rester positive, de s’accrocher et par ce qu’elle met en place pour garder la tête haute. Ça se lit bien mais il manque, à mon avis, un petit quelque chose, de la profondeur. J’ai le sentiment que ça reste assez superficiel, même si c’est prenant et qu’on a envie de connaître la suite des événements.

Pourtant l’autrice s’est renseignée et a sans doute cherché des documents. J’ai lu d’autres livres parlant de cette période et ils m’ont plus touchée. Mais je ne regrette pas ma lecture.


Les grues volent vers le Sud de Lisa Ridzén (Tranorna flyger söderut)

 

Les grues volent vers le Sud (Tranorna flyger söderut)
Auteur : Lisa Ridzén
Traduit du suédois par Catherine Renaud
Éditions : La Peuplade (7 Mai 2026)
ISBN : 978-2925416890
434 pages

Quatrième de couverture

Bo n’a plus beaucoup de temps devant lui. À quatre-vingt-neuf ans, il vit isolé dans un village suédois et sa santé décline rapidement. Sa solitude n’est troublée que par le va-et-vient de ses aides à domicile. Parmi les rares choses qui lui restent, il y a les appels à son meilleur ami et la fidèle compagnie de Sixten, son gros chien auquel il tient comme à la prunelle de ses yeux. Bo aime s’endormir avec lui, sa main enfouie dans l’épais pelage. Quand son fils juge qu’il ne peut plus s’occuper d’un tel animal, l’orgueilleux Bo plonge dans un tourbillon d’émotions.

Mon avis

Je savais bien que c’était un roman, que Bo n’existait pas « pour de vrai ». Alors, il n’y avait aucune raison de s’attacher, encore moins de pleurer en serrant mon mouchoir très fort dans la main…. Et pourtant, j’ai fini en larmes …

Bo, c’est un vieil homme de quatre-vingt-neuf ans. Son corps le trahit, il n’a plus le même rendement, la même force. Parfois, c’est sa tête aussi, il oublie. Mais il est encore chez lui avec Sixten, son chien. Les aides à domicile passent tous les jours, notent quelques remarques dans le cahier de liaison (ce qui rend le texte très réaliste). Sa préférée, c’est Ingrid, elle le comprend à demi-mots. Régulièrement, il appelle Ture, son ami de toujours. Diminué lui aussi, alors ils ne se voient pas mais se parlent et échangent.

Il se sait fatigué, amoindri mais il voudrait encore décider, choisir ce qui est bon pour lui ou pas. Mais tout le monde semble savoir mieux que lui.

« J’ai envie de me lever, de taper du poing sur la table et de dire que je fais ce que je veux, bon sang. Que je suis le capitaine de mon pauvre navire.
Mais je ne le fais pas. Parce que je ne suis pas le capitaine. Je ne suis qu’un balluchon attaché à un bateau en pleine tempête. »

Ce qui le maintient en vie malgré sa santé vacillante ? Son chien, une présence, une chaleur presque humaine. Il faut le sortir, c’est un animal qui a besoin de longues promenades et les jambes de Bo ne suivent plus…. Ce serait mieux de le confier à une famille, son fils le lui dit souvent mais il refuse de l’entendre, il veut garder Sixten près de lui, ils ont besoin l’un de l’autre….

Que peut-il faire ? Refuser. Il le dit, c’est la seule chose qui est encore possible pour lui, refuser de manger, de se doucher, de parler….. Mais est-ce la solution ? Bo pense, réfléchit, revient sur sa vie, laisse les souvenirs affluer en lui … Il reconnaît qu’il est maladroit avec son fils (et le contraire aussi). Ces deux-là n’ont pas su se dire les choses mais il n’est peut-être pas trop tard …

Je me suis sentie proche de Bo, comme si je pouvais l’accompagner. L’autrice a réussi à le rendre « palpable », tout ce qui fait son quotidien est saisissant de réalisme. Les soins, l’aide obligatoire pour certaines tâches, ce qui paraît humiliant mais l’impossibilité de faire autrement ….. Et comment garder sa dignité ….

Ce livre évoque le temps qui passe, les relations familiales, l’amitié, les non-dits, la difficulté pour communiquer, les choix qu’on fait, le deuil (face à la mort ou lorsque la personne aimée n’est plus la même ou lorsqu’on doit renoncer et accepter que rien ne soit plus comme avant), la place des aidants (ceux de l’extérieur et les proches).

C’est un premier titre et le ton est très juste, pas larmoyant malgré la tristesse qui nous étreint. Lisa Ridzén parle de la vie et de la mort qui en fait partie. Elle le fait avec une délicatesse infinie, sans en rajouter. Le vocabulaire est précis (merci à la traductrice, Catherine Renaud), posé et retransmet avec doigté toutes les émotions ressenties et elles sont nombreuses.


"Clifton - Tome 5: Atout ... coeur" de Turk & De Groot

 

Clifton -Tome 5 : Atout … cœur
Auteurs : Turk & De Groot
Édition : Le Lombard (25 Janvier 1981)
ISBN : 978-2803603183
50 pages

Quatrième de couverture

Des magnats de la haute finance tombent comme des mouches. Les uns après les autres, ils sont inexplicablement terrassés par une crise cardiaque et le masque d'une peur atroce déforme le visage de chacun ! Comment ? Pourquoi ? Voilà autant d'épineuses questions auxquelles Scotland Yard a laissé à Harold Clifton le soin de répondre...

Mon avis

Scotland Yard a besoin du colonel Clifton pour déjouer les meurtres de grands magnats financiers. Crise cardiaque pour chacun, ça ne pardonne pas. Il faut donc un super détective pour mener l’enquête.

Toujours aussi ronchon, notamment avec sa gouvernante, miss Partridge, Harold Clifton est missionné pour résoudre l’affaire. Il se prépare au mieux et décide d’appâter les truands. Ce qui est risqué, isn't it ?

Mais mon colonel préféré est doué et il réfléchit avant d’agir (le plus souvent). Un scénario plein d’actions, des dialogues bien pensés. Des dessins réussis et bien colorés.

Une lecture agréable !


"Clifton -Tome 6 : Une panthère pour le colonel" de Turk & De Groot

 

Clifton -Tome 6 : Une panthère pour le colonel
Auteurs : Turk & De Groot
Éditions : Le Lombard (3 Août 2001)
ISBN : 9-8036-1823-0
48 pages

Quatrième de couverture

 Le Sheik Barhey a peur d'un attentat contre son auguste personne et il a demandé à l'Intelligence Service de lui fournir une escorte. Il doit se rendre en Suisse pour vérifier ses tirelires ! Après avoir examiné le dossier de tous les agents, il a décidé que seul le Colonel Clifton serait apte à le protéger. Voilà notre ami obligé de côtoyer ce monde doré où l'argent occupe une place centrale et très convoitée...

Mon avis

Première publication dans les années 80, cet album n’est pas le meilleur de la série.

Les dessins sont comme je les aime, mais le scénario manque de profondeur.

Pourtant, ça part dans tous les sens. Clifton est embauché pour protéger le Sheik Barhey, un gros riche, qui pense que l’argent achète tout. Notre colonel préféré doit collaborer avec une femme, ce n’est pas ce qu’il préfère, on le sait.

Il y a de l’action, des rebondissements mais rien d’extraordinaire.

L’humour british est présent mais pas exceptionnel.

Cela reste plaisant à lire et j’ai souri plusieurs fois.


"Clifton - Tome 8: Week-end à tuer" de Turk & De Groot

 

Clifton -Tome 8 : Week-end à tuer
Auteurs : Turk & De Groot
Éditions : Le Lombard (8 Avril 2002)
ISBN : 978-2803604302
48 pages

Quatrième de couverture

Une certaine Agatha (Christie ?), auteur de polars, veut prendre Clifton pour modèle de son prochain roman. Le Colonel en est évidemment flatté et il est justement appelé à élucider une sombre affaire de trafic de pièces de voiture. Mais Agatha se révèle être hélas un peu trop envahissante !

Mon avis

« Eh bien, si un jour l’humour se vend et qu’il vous vienne à l’idée de vous défaire du vôtre, vous ne serez pas millionnaire. »

Agatha, une dame âgée mais nerveuse et pleine d’entrain, veut suivre le colonel Clifton pendant quelques jours. Elle est écrivain et veut s’inspirer de lui pour un personnage de détective. Invité chez des connaissances, il y va avec elle. Elle se révèle perspicace et attentive !

Dans la famille où ils débarquent, les secrets et les non-dits sont nombreux. Personne n’est vraiment « clair », chacun a une face cachée, plus ou moins obscure.

J’ai trouvé le scénario bien travaillé, intéressant, avec de belles pointes d’humour. On observe le contexte, le milieu, chaque personnage avant que l’enquête à proprement parler, commence et ça rend l’approche différente.

Les dessins sont toujours doux, arrondis.

Une belle lecture !


"Clifton - Tome 9 : Kidnapping" de Turk & De Groot

 

Clifton -Tome 9 : Kidnapping
Auteurs : Turk & De Groot
Éditions : Le Lombard (10 Février 1999)
ISBN : 978-2803614202
48 pages

Quatrième de couverture

Juillet, le mois des grands camps scouts. Notre Héron Mélomane totem d'Harold Wilberforce Clifton a rassemblé sa troupe et ils ont pris la route. Au camp, Clifton distribue les tâches à chacun. Mais les événements se précipitent : Paon, de corvée bois, est enlevé dans la pénombre de la forêt par des gangsters. Avec la rançon, le chef des bandits, un cinglé, projette de compléter sa collection de vases chinois de la dynastie Ming... Dans les troupes scoutes, c'est l'émoi, et le départ d'un jeu de piste pour le moins inhabituel !

Mon avis

Héron mélomane, notre cher détective Clifton est un chef scout investi. Le mois de Juillet est là et il emmène avec lui sa troupe pour camper. Départ en camion, tout le monde est prêt ! Paon, un jeune héritier, arrive en voiture, accompagné de son chauffeur. Ce dernier rappelle à Clifton combien ce garçon est « précieux ». Les recommandations d’usage habituelles : il ne doit rien lui arriver !

Le colonel est au courant, il sera vigilant…. Malgré tout Paon est kidnappé et il devient urgent de le retrouver. Comment faire ? Les scouts sont toujours prêts mais aussi très astucieux. C’est une de leur principale force.

Entre celui qui a été enlevé et ceux qui le recherchent, un jeu de piste et de déductions, se met en place.

Ce n’est pas le meilleur scénario mais ça reste plaisant à lire. Clifton se fait traiter de grand dadais en culottes courtes et il n’est pas content ! Moi, ça m’a fait rire.

L’humour est là mais moins « so british » que d’habitude sauf au début avec la fidèle gouvernante.

Les dessins sont parfaits, les personnages et les décors hauts en couleurs !


"Les griffes du mensonge" de James Patterson et Michael Ledwidge (Now You See Her)

 

Les griffes du mensonge (Now You See Her)
Auteurs : James Patterson et Michael Ledwidge
Traduit de l’américain par Mélanie Carpe
Éditions : Archipel (6 février 2013)
ISBN : 978-2809810028
400 pages

Quatrième de couverture

Nina Bloom est une brillante avocate new-yorkaise qui élève seule sa fille de 16 ans.
Lorsqu'un homme est injustement accusé d'être un tueur en série et risque la condamnation à mort, Nina n'a d'autre choix que de replonger dans un passé auquel elle avait soigneusement tourné le dos...Dix-huit ans auparavant, ivre, elle a percuté un homme avec son véhicule. Le policier qui arrive sur les lieux lui propose de l'aider en la laissant fuir et en faisant disparaître le corps de celui qu'il dit être un dealer. Ce policier, nommé Peter, elle l'épouse. Mais alors qu'elle est enceinte, elle découvre que Peter est un ripou impliqué dans des affaires de drogue et de meurtres. Elle quitte alors Key West sans laisser de traces et change d'identité.
Aujourd'hui, son passé la rattrape. Et Peter, qui a retrouvé sa trace, est bien déterminé à la réduire au silence. Définitivement...


Mon avis


Il y a des livres qui vous prennent dans leurs rets et que vous ne lâchez plus même si vous reconnaissez que le trait est parfois un peu forcé, les situations un peu exagérées …. Mais à regarder certains faits divers, la vie n’est pas toujours « un long fleuve tranquille… »

La vie nous entraîne parfois sur des chemins de traverse que l’on n’avait pas imaginés un seul instant. Jane ne pensait pas, en s’offrant quelques jours de vacances avec ses amis, dont son petit copain, qu’elle resterait sur place et se retrouverait seule. Un concours de circonstances, des enchaînements imprévisibles, des rencontres inattendues et la situation lui échappe. Sa vie prend alors un autre cours, qui lui semble intéressant finalement…

Il n’est jamais simple de parler d’un roman policier, sans trop en dire, tout en donnant envie au futur lecteur de le découvrir si l’on pense qu’il vaut le détour.

James Patterson (et sa traductrice) ont un style fluide, alerte, très « vivant «  avec de nombreux dialogues apportant du rythme au récit. Il n’y a pas pléthore de personnages et on repère très vite qui est qui: les bons, les méchants…. C’est de temps à autre un peu caricatural, dans le sens où il est possible, pour peu qu’on soit un habitué de ce genre de lecture, voir venir certaines choses. Mais l’auteur est très habile et on s’en rend à peine compte tant on est pris dans l’intrigue. Car là réside la force de cet opus, les événements défilent à une allure folle, pas de temps mort, pas le temps de s’appesantir sur la psychologie des différents individus ou de se demander pourquoi certains agissent comme ça et pas autrement.

On s’attache aux pas de Jane, qui veut s’en sortir, lorsqu’elle réalise son erreur. Une femme droite, battante, une lionne ou une tigresse pour sa fille qu’elle veut protéger, faire grandir au mieux, en lui gardant un bon équilibre. Est-ce bon de ne pas dire la vérité pour épargner les autres? Ne finit-elle pas, un jour, par jaillir en pleine lumière ? Que se passe-t-il dans ce cas ?
Se taire encore ? Déformer ce qui a été vécu, arranger le passé ou l’assumer ?

C’est à ça que va être confrontée Jane. Arrivera un moment où elle ne pourra plus fuir son passé. Quels seront ses choix ? Affronter ses fantômes ? Fuir plus loin encore et toujours ?
Elle n’est pas seule, elle a une fille… Que vaut-il mieux pour cette dernière ?
Peut-elle anticiper les réactions de son enfant, limiter les dégâts ?

Une histoire efficace, qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page. Un très bon moment de lecture !


"Le premier vrai mensonge" de Marina Mander

 

Le premier vrai mensonge
Auteur : Marina Mander
Éditions : Presses de la Cité (22 août 2013)
ISBN : 9 782258 098343
210 pages

Quatrième de couverture

Italie, de nos jours. Agé d’une dizaine d’années, Luca vit seul avec sa mère et son chat Blu. Son père s’est "dissipé dans le brouillard" juste après sa naissance. Un matin, sa mère ne se réveille pas. Affolé à l’idée qu’on puisse l’envoyer dans un orphelinat, le petit garçon décide de taire sa mort et de continuer à mener une vie en apparence normale. Pendant de longs jours, Luca se lève, se lave, donne à manger au chat, va à l’école, fait ses devoirs et prépare ses repas. C’est son premier vrai mensonge. Son histoire est si bien ficelée qu’il finit par se convaincre qu’il n’est pas orphelin. Mais dans l’appartement, le cadavre est bien là pour témoigner de la réalité.

Mon avis

Assise dans mon canapé, de plus en plus recroquevillée, j’ai senti le froid descendre en moi au fur et à mesure que j’accompagnais Luca dans la situation inextricable où il se trouvait.
Impossible de tendre la main à un être de papier et pourtant je le sentais si vivant et si seul sous mes yeux….
C’est lui, ce jeune garçon d’une dizaine d’années qui avec son franc parler d’enfants, ses réflexions profondes exprimées dans un langage simple, va nous toucher, nous émouvoir.

« Peut-être que maman est morte d’un mal de cœur, parce que nous n’avons pas su l’aimer assez, ni moi ni les autres. »


Comme tous les jeunes, il est plein de ressources ; faisant preuve parfois d’un brin d’humour, donnant ainsi un peu de légèreté à un sujet grave

« Le dimanche, les célibataires se lèvent tard parce qu’ils n’ont rien à faire, alors je me tourne de l’autre côté et je me rendors. »


Sa lutte, ses peurs, ses angoisses, ses questions vont devenir les nôtres parce que l’auteur a su avec simplicité et doigté, sans misérabilisme et voyeurisme nous transmettre la détresse de cet enfant.
C’est un roman qui se lit d’une traite, comme si Luca avait glissé sa main dans la nôtre et qu’il nous était interdit de l’abandonner tant qu’il ne sera pas en sécurité…


"Clifton - Tome 10: Passé composé" de Bédu & De Groot

 

Clifton - Tome 10 : Passé composé
Auteurs : Bédu & De Groot
Éditions : Le Lombard (7 Juin 1996)
ISBN : 978-2803605408
48 pages

Quatrième de couverture

Profitant du hasard d'une heureuse rencontre, le journaliste Donald Paperback, de "Clarion", sollicite auprès de Clifton une interview exclusive. Le célèbre détective y évoquera, avec l'humour typiquement british qui le caractérise, sa première enquête, menée à quinze ans au collège, pour retrouver les questions d'examen traîtreusement subtilisées...

Mon avis

Dans cet album, un journaliste interroge Clifton qui revient sur deux enquêtes dont une lorsqu’il avait quinze ans. Cela permet de le voir jeune. Pour la seconde affaire, c’est là qu’il rencontre, pour la première fois, sa future gouvernante et son goulash.

J’aime beaucoup les dessins de Bédu qui reprend les personnages derrière Turk. Le trait est arrondi, doux, les couleurs assez vives.

Les intrigues sont bien travaillées avec des dialogues qui tiennent la route. C’est un ensemble bien équilibré et plaisant à lire.

Dans cette aventure, j’ai trouvé que l’humour anglais était moins net, c’est plus « entre les lignes », même si des scènes, comme celles où Clifton se bat et se fait tancer comme un gamin, sont un régal.


"Clifton - Tome 4: Alias Lord X" de Turk & De Groot

 

Clifton -Tome 4 : Alias Lord X
Auteurs : Turk & De Groot
Éditions : Le Lombard (13 Mai 1997)
ISBN : 978-2803612956
48 pages

Quatrième de couverture

Afin de venger un ami victime d'escrocs, le respectable Colonel s'est métamorphosé en gentleman cambrioleur sous le nom de Lord X...

Mon avis

Dans cet album, il y a une première histoire sur une trentaine de pages : Alias Lord X et deux plus petites : Les émeraudes se font la malle et Roue Libre. Pour moi, le nombre de pages diminue l’intensité du scénario et c’est dommage.

Lord X, c’est Clifton, il infiltre un gang. On le retrouve teint en brun ! L’histoire rappelle « Le cerveau ».  Le scénariste se moque des anglais, ils se mettent au garde à vous dès qu’ils entendent God Save The Queen, et c’est très drôle. Il y a également pas mal d’ironie face aux astuces, gadgets etc utilisés dans l’espionnage d’un côté ou de l’autre de la « barrière ». Les dialogues sont assez étoffés.

Pour les deux autres enquêtes, c’est moins drôle mais ça reste plaisant à lire. Et puis Clifton est amusant avec ses réactions parfois décalées.

J’aime bien les dessins de De Groot. Ils sont « doux » et arrondis.

C’est une lecture détente parfaite quand on n’a pas envie de se prendre la tête !


"Clifton -Tome 11: La mémoire brisée" de Bernard Bédu et Bob de Groot

 

Clifton – Tome 11 : La mémoire brisée
Auteurs : Bernard Bédu & Bob de Groot
Éditions : Le Lombard (7 Juin 1996)
ISBN : 978-2803606122
50 pages

Quatrième de couverture

Au volant de sa MG, Clifton a heurté un piéton et le choc a rendu ce dernier amnésique. Depuis, le Colonel s'active à recoller les morceaux de cette mémoire brisée...

Mon avis

C’est toujours un plaisir de retrouver le colonel Clifton (à petites doses), son humour, son amour des chats, ses relations avec sa gouvernante.

Cette fois-ci, il va acheter de quoi nourrir ses félins et ressort très énervé du commerce car les prix sont hauts. Il démarre brusquement et dans sa rage, renverse un homme qui perd connaissance.

Après quelques jours à l’hôpital, il le recueille chez lui mais le blessé est amnésique… Qui est-il ? Que faisait-il dans le quartier ?

Un scénario bien ficelé malgré une fin un peu rapide à mon goût ! Les dessins sont toujours bien faits, colorés et en lien avec l’histoire.

Une lecture plaisante !


"Clifton - Tome 15: Mortelle saison" de Bédu

 

Clifton - Tome 15 : Mortelle saison
Auteur : Bédu
Éditions : Le Lombard (7 Juin 1996)
ISBN : 978-2803610051
48 pages

Quatrième de couverture

Quatre assassinats en quatre jours ! C'est la "Mortelle saison" pour les anciens agents des Services Secrets britanniques. Clifton a reçu carte blanche pour résoudre ce mystère...

Mon avis

Les services secrets vont mal, quatre morts en quatre jours, ça fait beaucoup !

Aucune revendication, aucune trace du ou des coupables. Et si Clifton était le prochain sur la liste ? Le bureau lui propose de mener l’enquête. D’abord réticent, comme il se doit, il se décide quand il découvre qu’il peut faire équipe avec une belle femme, Sarah Stone.

Évidemment, ça change toute l’approche, enfin pour lui… Il adore faire le « joli cœur » et se pavaner au bras d’une belle blonde ou d’une belle brune (ici brune).

Les voilà tous les deux en train de mener des investigations, d’une part pour comprendre, d’autre part pour arrêter l’hécatombe.

L’intrigue n’est pas une des plus travaillées mais les dessins sont agréables à regarder. L’humour, même un peu répétitif est toujours présent !


"Les fleurs de lotus poussent dans le désert" d'Anaïs Laurent

Les fleurs de lotus poussent dans le désert
Auteur : Anaïs Laurent
Éditions : 5 Sens (15 Mai 2026)
ISBN :  978-2889498598
184 pages

Quatrième de couverture

Un drame familial rebat les cartes de l’existence de Ji-Sun. Elle, que l’on tenait pour l’incarnation de la femme idéale coréenne ― sage, dévouée, travailleuse ― décide de tout quitter pour un voyage en solo en Jordanie. Là, ses rencontres ― nomades, voyageurs, ombres du passé ― la poussent à reconsidérer son rapport au monde. Peu à peu, une évidence s’impose : la liberté a un prix. Sera-t-elle prête à le payer ?

Mon avis

Elle s’appelle Ji-Sun, dite Kimmie, elle est coréenne. Elle a été élevée dans la pure tradition de son pays. Respect des aînés, des traditions, dévouée aux autres, obéissance à sa famille. Dans son pays, on ne choisit pas vraiment, on fait ce que les parents attendent de nous. Elle a accepté ce qu’on lui imposait, parce qu’elle a appris à être sage. Elle n’a jamais envisagé que ça puisse être différent.

« Mes parents n’auraient jamais voulu. Ils ne m’auraient pas laissée. Tu sais, on ne peut pas désobéir …. »

Et puis, arrivée à un tournant de sa vie, elle décide de vivre autre chose. Un voyage. Seule. Une destination. La Jordanie. Elle n’a pas choisi la facilité mais elle tente. Rien n’est simple pour elle. Ni de trouver sa place, ni de faire des rencontres. Il y a toujours un peu de réserve, de retenue, de peur. Comme si le poids des regards imaginaires de ses parents la bloquait, pesant sur ses épaules, jusqu’à l’empêcher de bouger. Prendre des risques ? En est-elle capable ? En a-t-elle envie ?

 Une première rencontre la déstabilise. Rester en retrait, aller de l’avant ? Elle est sans cesse entre les deux, hésitante, tentée et effrayée. Oser l’aventure, c’est pour cela qu’elle est partie, qu’elle a tout laissé derrière elle, sans se confier, sans annoncer ses intentions. En se taisant, pensait-elle occulter les éventuels dangers (que d’aucuns ne pourraient imaginer puisqu’elle « n’était pas là-bas »), ou le faisait-elle pour donner tout son sens au mot liberté ? Et finalement, que peut lui apporter le groupe ?

« Elle s’était échappée de Corée pour s’extraire du collectif, et là encore chaque décision devait être soumise au groupe. »

Ce récit montre le lent cheminement de Ji-Sun et celui des personnes qu’elle croise. Chacun est en route pour une raison précise, sans forcément le verbaliser. Quelques-uns cherchent quelque chose, d’autres se laissent porter.  C’est un texte introspectif, avec peu d’actions. On est plus dans l’analyse des ressentis, des besoins, des désirs et surtout des possibilités.

Les réflexions que se fait Ji-Sun sont intéressantes, on peut se retrouver dans quelques phrases. Elle s’ouvre petit à petit et ce qu’elle entrevoit lui fait envie. Mais c’est quelques fois difficile pour elle de laisser les « contraintes » habituelles sur le côté et de vivre sa vie. Les autres individus ont tous des questionnements.

C’est là qu’on réalise que voyager est rarement neutre, que chacun peut y trouver ce qu’il souhaite si son esprit est ouvert.

L’autrice a très bien observé les touristes, notamment dans la façon dont ils se présentent aux autres (page 137) en fonction de leur lien au voyage. De nombreux thèmes sont abordés, le couple, le choix d’avoir des enfants ou pas, les liens qu’on crée lorsqu’on fait du tourisme et leur pérennité.

Anaïs Laurent parle de tout ça avec beaucoup de finesse, de doigté. Il n’y a pas pléthore d’actions, on est plus dans l’introspection. C’est très bien fait et les personnages sont attachants.

PS ; je ne sais pas si ce que j’ai lu sur les chanteurs de K-pop est vrai, mais ce n’est pas rassurant sur le fonctionnement des imprésarios de ces groupes.