Comme s’il pleuvait de Iris Wolff (So tun, als ob es regnet)

 

Comme s’il pleuvait (So tun, als ob es regnet)
Auteur : Iris Wolff
Traduit de l’allemand par Claire de Oliveira
Éditions : Christian Bourgois (7 mai 2026)
ISBN : 978-2267058796
176 pages

Quatrième de couverture

Jacob, un soldat autrichien pris dans les soubresauts de la Grande Guerre, est stationné dans un village des Carpates. Son envie de partager des histoires avec les autres le détourne du combat contre l'ennemi, et il fait malgré lui une rencontre décisive. Des années plus tard, Henriette, une jeune femme qui se sent différente de ses soeurs, s'interroge sur ses origines à mesure qu'elle fréquente les insomniaques de son petit village roumain. Son fils, Vicco, quant à lui, est convaincu qu'il va perdre la vie sur sa moto et manquer l'alunissage des Américains. Il a plus que jamais besoin d'oublier le climat d'oppression qui règne en Roumanie, quand sa mère lui annonce qu'elle part s'installer à Berlin. Enfin, Hedda, bien des années après, sur une des îles Canaries, observe le départ d'un bateau de pêche qui ne reviendra jamais, lorsqu'elle est ramenée à l'histoire de son père.

Mon avis

Ce roman en quatre récits met en lumière quatre personnages du vingtième siècle. Deux femmes et deux hommes, qui ont, ou pas, des liens proches ou lointains. Tous ont en commun une capacité à « sortir » de leur propre histoire, analysant quelques fois les événements qui se déroulent sous leurs yeux, les observant, les décryptant en donnant leur ressenti. Ils ont un petit quelque chose d’éthéré, comme s’ils allaient disparaître et nous échapper. D’ailleurs, ils ne font que passer, même si on ressent très fort leur présence. On découvre sur quelques pages, un fragment de leur vie. On entre sur la pointe des pieds et on ressort.

Je pense que cette impression est en partie due à l’écriture de l’auteur. Elle présente les faits avec un style qui semble effleurer mais qui, paradoxalement, est très profond. On a le sentiment qu’elle hésite à partager, à dire ce qu’il en est. Attend-elle la permission de ses personnages ? Elle montre que tout aurait pu être être différent. C’est très net pour Jacob, le soldat qui aurait pu tuer un ennemi et qui ne le fait pas…

« Il aurait pu, quelques semaines plus tôt, se lier d’amitié avec cet homme qui, debout face à lui, se préparait à une mort probable. »

« Cette guerre, il s’en serait bien passé. »

À petites touches, Iris Wolff décrit le quotidien de ses protagonistes, pendant une tranche de vie plus ou moins longue. Quatre flashs sur quatre périodes d’un même siècle. C’est intéressant car on voit l’évolution du contexte, avec la grande Histoire. Chacun essaie de s’adapter à ce qu’il vit, en ayant parfois d’autres aspirations, impossibles à mettre en place au vu des événements. Il est alors nécessaire de trouver sa voie, pas forcément celle souhaitée au plus profond de soi, mais la seule possible en l’état, à ce moment-là.

À travers ces textes, l’auteur rappelle qu’on ne maîtrise pas tout. Il arrive qu’un bateau ne soit pas au rendez-vous et qu’en le ratant, rien ne soit pareil. Il se peut qu’une rencontre vous hante longtemps. Il est question de transmission, de ce qu’on reçoit, de ce qu’on veut donner. Par quoi sont portés nos choix ? Est-ce qu’on peut être libre partout de la même façon ? Pardonner c’est quoi ? Qu’est-ce qui nous construit, nous détruit ? Comment vit-on lorsqu’on a été torturé ? Avec un esprit de vengeance ? Ou en essayant d’avancer ? Chaque lecteur, avec ses émotions propres, apportera les réponses que les mots lui inspirent, ou refusera de se prononcer …

L’écriture (merci à la traductrice) est d’une infinie délicatesse, très douce, apaisante. Le ton est celui d’un murmure, d’une partition musicale avec ses hauts et ses bas. C’est poétique, avec des phrases pleines de sens qui subliment ce qu’elles expriment.

J’ai beaucoup apprécié l’atmosphère de ce livre. Elle est enveloppante, nous permettant de nous approprier chaque petite histoire comme s’il s’agissait d’un roman complet. En quelques lignes, avec des termes ciblés, tout est dit.

Une très belle lecture !


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