"Sérotonine" de Michel Houellebecq


Sérotonine
Auteur : Michel Houellebecq
Éditions : Flammarion (4 Janvier 2019)
ISBN : 978-2081471757
352 pages

Quatrième de couverture

« Mes croyances sont limitées, mais elles sont violentes. Je crois à la possibilité du royaume restreint. Je crois à l'amour » écrivait récemment Michel Houellebecq. Le narrateur de Sérotonine approuverait sans réserve. Son récit traverse une France qui piétine ses traditions, banalise ses villes, détruit ses campagnes au bord de la révolte. Il raconte sa vie d'ingénieur agronome, son amitié pour un aristocrate agriculteur (un inoubliable personnage de roman son double inversé), l'échec des idéaux de leur jeunesse, l'espoir peut-être insensé de retrouver une femme perdue.

Mon avis



Michel Houellebecq a ses admirateurs mais également ses détracteurs. Personnellement, l’homme entraperçu lors d’une émission ne me faisait pas envie et de ce fait, je n’avais aucunement l’intention de me pencher sur ses écrits. Deux hasards concomitants ont fait que son dernier roman a atterri dans mes mains et que j’ai décidé de lui donner une chance. A quoi se joue une rencontre, c’est surprenant parfois.

J’ai donc découvert l’écriture de l’auteur par l’intermédiaire de Sérotonine. Cela commence « chaudement ». Les premières pages sont assez sulfureuses et je me suis dit que si cela continuait ainsi, j’allais vite me lasser. Mais il n’en est rien. Par l’intermédiaire de son personnage principal, un quadragénaire mal dans sa peau, Michel Houellebecq nous fait pénétrer dans l’intimité d’un homme qui perd pied (n’aurait-il pas mis un peu, beaucoup ?, de lui dans ce livre ?). Le regard porté sur la société est brut de décoffrage, désabusé, déçu. Celui qui s’exprime sent que tout fout le camp, que les événements lui échappent mais il n’a pas la force de lutter. Même les gestes du quotidien lui pèsent. La dépression est dépeinte sans fioriture, avec une langue sèche, parfois crue. J’ai pensé au trente sixième dessous de Pierre Daninos, qui, lui aussi, avait osé mettre des mots sur cette maladie du siècle qui est la perte de l’estime de soi, la perte de repères, la perte de l’envie de vivre….

Mais il ne se contente pas de parler de lui. Florent-Claude, puisqu’il se nomme ainsi dans le récit, porte un regard acéré sur la société. Avec cynisme, il analyse les relations entre les hommes, la politique, le monde paysan, l’amour. Rien n’est laissé de côté. Il ose et son écriture nous fait plonger avec lui au plus près des maux. On peut même se prendre à sourire car il sait quelques fois se moquer de ses propres travers.

Pour un premier contact avec l’auteur, je ne suis pas déçue. C’est un sujet délicat qu’il a su amener avec doigté. Bien sûr, il arrive qu’il enfonce des portes déjà ouvertes mais ce n’est pas gênant car son style particulier donne une autre dimension à ce texte peu protocolaire.

"Un métro pour Samarra" d'Isabelle de Lassence


Un métro pour Samarra
Auteur : Isabelle de Lassence
Éditions : Marabout (10 Avril 2019)
Collection : La Belle Etoile
ISBN : 978-2501138413
340 pages

Quatrième de couverture

Swann Delva étudie la philosophie à la Sorbonne. Le jeune homme s'imagine devenir un penseur en vogue, mais d'ici là, il gagne sa vie en travaillant dans le métro. Par hasard, il découvre les stations désaffectées du réseau parisien. Un jour d'exploration de la station-fantôme Haxo, dans le XIXe arrondissement, il se retrouve transporté à Samarra, une ville d'Irak, au Moyen Age.

Mon avis

« Celui qui l’aperçoit est heureux…. »

Swann est en master de philosophie, il souhaite devenir « quelqu’un », être connu, reconnu. Sa vie est assez rigide, il a besoin de rituels pour se rassurer, juguler ses angoisses, et a des difficultés dans ses relations aux autres. Il passe pour un intellectuel coincé… Son ami Eliott, à l’inverse, est fougueux, vif, et ils s’équilibrent l’un l’autre. Le premier tempère le second et en retour le second booste le premier. Il n’a plus de lien avec son père et sa mère, quant à elle, multiplie les initiatives pour que son fiston trouve une petite copine. Comme les fins de mois sont difficiles, Swann trouve un emploi dans le métro. Ce n’est pas l’idéal mais il a ainsi une certaine liberté de mouvements…. Enfin, disons, qu’il s’offre le luxe d’abandonner son poste de temps à autre.

En effet, un de ses collègues lui a fait découvrir que le métro parisien possède des stations abandonnées et cela attire Swann irrésistiblement ! Oui, il y a un autre Paris sous Paris ! Certaines n’ont jamais servi, d’autres ont été fermées pour diverses raisons. Quelle belle découverte pour notre étudiant rêveur ! Surtout que l’arrêt Haxo qu’il découvre le transporte dans le temps et l’espace.

Ce récit va se construire sur deux aspects : le quotidien de Swann et ses voyages à Haxo où il est « un autre ». Ce qu’il vit à Samarra rejaillit petit à petit sur le présent et l’aidera à mieux vivre, à être présent dans sa vie, à occuper sa place ici et maintenant. Cette construction évite toute lassitude sur les parties plus réflexives, plus philosophiques et permet de voir comment certains « enseignements » peuvent accompagner chacun à mieux gérer ses émotions, ses rencontres, ses échanges….

Je suis comme Swann, j’ai besoin de tout comprendre, de tout maîtriser et je me sens mal quand quelque chose m’échappe. Je comprends qu’il ait des TOCS qui lui permettent, en apparence, de tenir les rênes.  Mais il se rend compte qu’il n’en est rien et que la vie est imprévisible. Il faut accepter de se laisser porter, de s’ouvrir à de nouveaux possibles, de laisser des connexions se créer….être de temps à autre « bousculé » pour mieux appréhender chaque instant que la vie nous apporte.

Isabelle de Lassence a écrit un beau roman où elle a évité l’écueil de la « donneuse de leçons ». En donnant la parole à Swann, elle transmet quelques idées pour garder sa capacité d’émerveillement, pour vivre sans subir. Son écriture est douce, teintée de sagesse, le style agréable. Suivre Swann permet de garder du rythme et s’intéresser aux deux « faces » de son quotidien.

Une lecture plaisante et un auteur à découvrir….

"Les sept morts d'Evelyn Hardcastle" de Stuart Turton (The Seven Deaths of Evelyn Hardcastle)


Les sept morts d'Evelyn Hardcastle (The Seven Deaths of Evelyn Hardcastle)
Auteur : Stuart Turton
Traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau
Éditions : Sonatine (16 Mai 2019)
ISBN : 978-2355847264
600 pages

Quatrième de couverture

Ce soir à 11 heures, Evelyn Hardcastle va être assassinée. Qui, dans cette luxueuse demeure anglaise, a intérêt à la tuer ? Aiden Bishop a quelques heures pour trouver l’identité de l’assassin et empêcher le meurtre. Tant qu’il n’est pas parvenu à ses fins, il est condamné à revivre sans cesse la même journée.

Mon avis

Surprenant !

Stuart Turton offre avec son premier roman un récit atypique, addictif et qui vaut le détour ! Je ne sais pas comment il fera pour se renouveler lorsqu’il voudra écrire un autre livre car c’est toujours difficile lorsque le premier écrit sort de l’ordinaire et est réussi.

Avant de parler du contenu de «Les Sept morts d'Evelyn Hardcastle », il me semble important de dire quelques mots sur l’auteur. On peut écrire que lui aussi est atypique et vaut le détour ! Après l’université, il est parti voyager et lorsque ses parents lui demandaient quand il allait rentrer, il répondait « la semaine prochaine » et cela a duré cinq ans…  Il a étudié l’anglais, la philosophie, a travaillé pour un magazine et est devenu journaliste… Ici ou là, je pense qu’il suivait son instinct, son envie du moment…. Trois années ont été nécessaires pour rédiger ce recueil.

Si vous aimiez Agatha Christie, le jeu de Cluedo ou plus récemment les escape-game, plongez vite au cœur de cette histoire ! Tout se déroule dans un seul lieu (on a un plan dans les premières pages), une propriété anglaise, Blackheath House, où la famille Hardcastle (Peter et Helena pour les parents, Michael et Evelyn pour les enfants) a invité de nombreuses personnes à un bal masqué. On retrouve donc des gens de la bonne société : avocat, banquier, médecin etc et des employés de maison : soubrettes, valets, cuisinière, majordome, etc

On va très rapidement comprendre le principe. Aiden Bishop se réveille dans un corps qui n’est pas le sine et il doit empêcher l’assassinat d’Evelyn. Il a une seule journée pour résoudre cette énigme sinon le lendemain, il est dans un autre corps et recommence à zéro les mêmes vingt quatre heures. Au début, c’est le flou complet, il ne comprend rien du tout et le lecteur se sent aussi perdu que lui. Plus on avance, plus les choses se précisent, il découvre des faits identiques avec un autre angle de vue, il recroise des informations, il se sert de ce qu’il apprend sur les uns et les autres. C’est absolument génial ! Stuart Turton a dû faire un travail de réflexion énorme pour que tout soit cohérent et se tienne. Chaque personnage, dans lequel Aiden va être accueilli, a ses travers, une face cachée. Dans ce contexte, à qui faire confiance ? Mensonges, trahisons, roublardises, rebondissements sont au programme.

On fait corps  ;- ) avec Aiden, une solution semble apparaître, enfin jusqu’aux prochaines révélations qui déstabilise la dernière théorie. Tout est parfaitement emboîté, harmonieux, c’est stupéfiant. J’ai été très étonnée des perspectives sur le caractère d’Aiden qui se mélange avec celui des corps où il s’installe. C’est judicieux ! Parfois il est en colère contre ses « hôtes », parce qu’il se trouve trop gros, trop faible, pas assez vif d’esprit etc… Il voudrait les « dominer », garder la tête froide mais…..
« J’avais supposé que ma personnalité était transposée dans chaque nouvel hôte  [….] Se pourrait-il que je me plie à leur volonté, et non l’inverse ? »

Je ne sais pas comment l’auteur s’y est pris pour ce tour de force et de magie mais je suis admirative ! La construction est admirable de cohérence, d’originalité, de rigueur discrète.
L’atmosphère est retranscrite à la perfection et les relations humaines entre les différents protagonistes en phase avec ce qu’ils sont réellement. L’écriture et le style sont un régal et la traduction de Fabrice Pointeau une fois encore excellente.

J’ai trouvé ce recueil fabuleux, addictif, magique et totalement époustouflant !
« On peut supposer que la personne que je serai demain est déjà en train de se réveiller. J’ai même déjà pu la rencontrer. Et pas simplement demain, mais aussi l’homme que je serai après-demain. Qu’est-ce que ça fait de moi ? Ou d’eux ? Sommes-nous les éclats d’une même personne ou des personnes totalement différentes ? »







"Malamorte" de Antoine Albertini


Malamorte
Auteur : Antoine Albertini
Éditions : Jean-Claude Lattès (2 Mai 2019)
ISBN : 978-2709663434
370 pages

Quatrième de couverture

« C’est sur mon bureau qu’échouent les dossiers dont personne ne veut, les cadavres qui ne feraient pas lever un sourcil à un gratte-papier des chiens écrasés, les victimes anonymes des crimes d’après boire, les vies gâchées pour rien, les destins lacérés des assassins et de leurs victimes confondues dans la même misère, dans la came, dans le vice, dans les jalousies morbides carbonisant des générations entières au fond d’un taudis en bordure de la Nationale. »

Mon avis

De la Corse, chacun a son image. Le soleil, les plages, les paysages magnifiques, les randonnées, les chanteurs à voix et les habitants parfois têtus pour certains. La mafia, les règlements de compte, les propos xénophobes, le sang chaud, les coups de gueule, coups de sang et … le caractère bouillant des autochtones pour d’autres. C’est plutôt le second aspect qu’il nous est donné de découvrir dans ce roman. Roman ?  Tout commence avec l’assassinat d’un préfet…hum…

Mais venons -en aux faits. Un policier qui avait envie d’être intègre et de faire régner la justice (la vraie, pas celle à qui on fait dire ce qu’on veut) s’est retrouvé muté au BHS (bureau des homicides simples) à Bastia pour avoir ouvert un peu trop la bouche face à ses supérieurs qui lui demandaient parfois d’oublier ce qu’il avait vu ou entendu…..
« Je n’avais pas mis longtemps à comprendre que mes priorités ne coïncidaient pas tout à fait avec celles du ministère de l’Intérieur. »
La priorité était mise sur le fait de traquer les indépendantistes. Le reste….On verrait plus tard….

 Autant dire que c’est un placard pour lui et qu’il n’est pas doré. Désœuvré, il boit trop et ne prend pas soin de lui, un certain mal-être l’habite. Le voilà de permanence et il va se retrouver en première ligne pour ce qui ressemble à un drame familial. Monsieur a tué sa femme et sa fille et a essayé de se suicider…  Logiquement l’affaire devrait être rapidement réglée. C’est d’ailleurs ce que conseille la hiérarchie. Mais ce serait sans compter sur notre flic entêté. Pourquoi un homme à qui tout semblait sourire en serait-il arrivé là ?

Quelques jours plus tard, c’est une femme qui est retrouvée tuée sur les chemins. Alors le flic décide de mener l’enquête, quitte à le faire en solo, sans trop rendre de compte. A sa suite, on va vite comprendre que :
« Sur cette île, n’importe quoi peut faire voler en éclats le repos qu’on pense avoir trouvé un jour ou l’autre. »
Tout peut partir en « live » très vite. On pénètre dans le monde des magouilles, des pots de vin, des scandales, de la drogue…. Le mensonge coule à flots.

Avec une écriture franche, teintée d’ironie, et un style vif, l’auteur nous fait visiter la Corse sous la pluie. Une île où le côté obscur des personnages donne le ton à ce roman noir de bonne facture. On entre de plain-pied dans la face cachée de ce lieu : les bars mal fréquentés, les quartiers pauvres, les entreprises qui survivent à coup de combines malhonnêtes et on y voit les prostituées de luxe ou pas, les expatriés, les policiers pas toujours courageux…  La carte postale est écornée mais ça sent le réalisme et on redemande !






"Monsieur Papa" de Patrick Cauvin


Monsieur Papa
Auteur : Patrick Cauvin
Éditions : Le Livre de Poche (27 octobre 1982)
ISBN : 978-2253030522
160 pages

Quatrième de couverture

Franck Lanier avait tout arrangé pour les vacances. Il casait son fils chez son ex-femme et il filait à Bangkok. Mais son petit garçon, Laurent, n’est pas du tout  d’accord. Il veut, lui aussi, partir pour Bangkok. Tous les moyens lui seront bons pour parvenir à ses fins, des plus drôles aux plus désespérés, et des aventures peu banales se succèdent dans une vie quotidienne pleine de tendresse entre le père et le fils.

Mon avis

Un des meilleurs livres de Patrick Cauvin, selon moi (je les ai tous lus ou presque). L'écriture est légère, agréable, très vraisemblable. On sourit, on se détend et on passe un bon moment. La relation "père fils" est évoquée avec beaucoup d'humour mais aussi de délicatesse, de pudeur, de tendresse.

C'est ce que j'appelle un livre sans prétention, idéal lorsqu'on veut se détendre. On peut l'offrir à une personne alitée sans souci. Comme je l'ai déjà écrit, c'est le premier livre que j'ai enregistré pour la bibliothèque sonore. Je réalise ainsi que les livres que je lis à haute voix restent présents en moi, la concentration ne doit pas être la même sans doute.

Je reste fascinée par le fait que Patrick Cauvin, écrivain "populaire" pouvait devenir Claude Klotz, écrivain de romans noirs avec une facilité déconcertante.

J'ai une tendresse particulière pour ce roman qui est le premier que j'ai enregistré pour la bibliothèque sonore. Patrick Cauvin me l'avait dédicacé lors d'une rencontre en écrivant :

"Pour Cassiopée, qui donne sa voix pour faire vivre mes livres."

"Broyé" de Cédric Cham


Broyé
Auteur : Cédric Cham
Éditions : Jigal (15 Mai 2019)
ISBN :  978-2377220670
275 pages

Quatrième de couverture

Christo porte dans sa chair les stigmates d’une enfance extrêmement violente. Christo lutte pour contenir cette rage qui bouillonne en lui… Mathias, enfant, fugue pour éviter les coups, espérant un monde meilleur. Mathias se réveille enfermé dans une cage. Abandonné, désespéré, la peur au ventre, seul ! Pour survivre, pour vivre, Mathias va faire ce qu'il pensait impossible jusqu’alors ! Deux êtres. Deux vies. Peut-être pas si éloignées…

Mon avis

Une claque !

Chaque roman de Cédric Cham est une claque, une claque magistrale et on en redemande.  On se dit qu’il ne pourra pas aller plus loin, qu’il a exploré le côté noir de l’âme humaine, loin, très loin et qu’il n’arrivera pas à nous surprendre encore et … bien si….

Pourtant, ils sont peu nombreux les personnages qui peuplent les pages de son dernier livre. C’est presque un huis clos et c’est sacrément prenant, angoissant, terrifiant … On voudrait respirer, laisser les protagonistes se débrouiller seul, histoire de souffler un peu quelques instants, mais on ne peut pas. On risque un œil de loin, parce qu’on a peur, la violence est là, elle sourd entre les lignes … Et puis on met les deux yeux, on lit, on lit encore, on s’imbibe des phrases, des mots, comme autant de coups qu’on prend et lorsqu’on éteint pour dormir, ils sont là : Christo et Mathias, sous nos paupières…. Alors, on se dit que l’auteur a plus que réussi son récit même si ça fait mal…. Il est arrivé à nous envoûter avec des hommes hors normes…

Mathias et Christo ont en commun d’avoir fui parce qu’ils ne voulaient plus subir mais … on ne maîtrise pas forcément les rencontres qu’on fait et parfois, on n’a pas le choix… Eux qui voulaient être maître de leur destin se retrouvent dans une situation où ils doivent repousser leurs limites, jusqu’à l’impensable pour survivre…C’est terrible mais dans une relation duelle, que faire, tuer ou être tué ? Lorsque le bourreau est aussi celui qui vous fait exister, qui vous nourrit, comment réagir ? J’ai pensé à ces enfants-soldats, conditionnés dès leur plus jeune âge, ne connaissant de l’existence que ce qu’on veut leur en montrer….
C’est avec une écriture sèche, troublante, faite de peu de mots que Cédric Cham nous entraîne dans cet univers obscur où l’éclaircie est rarissime…. On veut espérer, croire en l’homme, penser que l’amour finira par gagner … C’est difficile …  mais lorsqu’on écoute la bande originale proposée par l’auteur, les notes de musique, les voix nous apaisent un peu…. Les choix musicaux qu’il fait sont superbes, ils magnifient son texte si on les écoute au bon moment et c’est une alchimie indicible qui nous fait pénétrer encore plus dans « l’intimité » de ceux qu’il évoque….

C’est toujours délicat d’écrire qu’on a aimé un recueil où la brutalité est présente. Cela ne veut pas dire qu’on cautionne ce qui se vit dans les chapitres. Cela signifie simplement que l’auteur a su nous surprendre, nous bousculer, nous intéresser parce qu’au-delà des exactions commises, la question est posée : comment peut-on en arriver là et pourquoi ? Cédric Cham, par petites touches, offre des possibilités d’analyse des esprits torturés qu’il présente. Il le fait avec intelligence, c’est intégré dans son texte, ce qui permet de garder dynamique et rythme. Et la principale interrogation n’est-elle pas celle-là : Où se situe la frontière entre le bien et le mal quand la vie vous a cabossé dès les premiers jours ?

"Lou après tout -Tome 1: Le grand effondrement" de Jérôme Leroy


Lou après tout
Tome 1 : Le grand effondrement
Auteur : Jérôme Leroy
Éditions : Syros (16 Mai 2019)
ISBN : 978-2748526349
384 pages

Quatrième de couverture

Lorsque la civilisation s'est effondrée, le monde allait mal depuis longtemps. Bouleversements climatiques, émeutes, épidémies inquiétantes et dictatures... c'était un monde en bout de course, où l'on faisait semblant de vivre normalement. Le Grand Effondrement était inévitable, mais nul n'aurait pu imaginer ce qui allait suivre. Quinze ans plus tard, Lou et Guillaume font partie des survivants

Mon avis

Au moment d’écrire une chronique sur cette lecture que j’ai dévorée, un mot me monte aux lèvres : MERCI.
Tout d’abord, merci à l’auteur qui, par l’intermédiaire de ce récit destiné aux plus de treize ans (donc à faire lire également à des adultes), tire une sonnette d’alarme sur ce que peut devenir notre monde si on ne réagit pas rapidement. Merci à lui d’avoir posé des mots sur les maux de notre société et merci à lui d’avoir osé décrire un avenir probable…
Et le second merci sera pour la vie. Par l’intermédiaire de ses deux personnages : Guillaume et Lou, qui refusent la fatalité, qui ne se résignent pas, Jérôme Leroy nous offre une ode à la vie et c’est tout simplement …beau…

Le 15 Juin 2040, il y a « la Grande Panne ». Le monde ne va déjà pas très bien. Les hommes ont depuis longtemps oublié l’essentiel : la planète ne leur appartient pas et « vivre ensemble » doit avoir du sens. On est loin de tout ça : la pollution est à son apogée, les enfants sont « pucés », la réalité augmentée donne l’illusion du bonheur, les tablettes isolent et entraînent de nouveaux handicaps etc. Et surtout les gens vivent surveillés, cadrés, stressés, ne se mélangeant pas car « l’étranger » n’est plus accueilli ni compris ou considéré comme un pair et puis ils n’ont pas le temps et pensent se suffire à eux-mêmes.… La dictature règne sur le pays. Quelques-uns, dont Guillaume et sa mère, essaient de résister, de lutter contre cette descente insidieuse vers la négation des valeurs humaines mais c’est de plus en plus difficile….

Suite à cette Grande Panne, le Grand Effondrement est arrivé et Guillaume âgé de dix-sept ans doit fuir… Il rencontre Lou, petite fille de cinq ans et ils partent ensemble sur les routes, se battant chaque jour pour survivre….Nous suivons leur chemin et nous découvrons également comment ils en sont arrivés là. La relation qu’ils construisent est admirable. Lou n’a connu que le chaos mais par l’intermédiaire du jeune homme, elle apprend à lire, écrire, et surtout :
« Mais grâce à toi, j’ai découvert la poésie, j’ai appris à apprécier la beauté du ciel. »
Il lui offre la joie des bonheurs simples de l’instant présent lorsque le soleil brille ou que la lune vous éclaire. Il n’oublie pas la rencontre avec la poésie, la musique… grâce à Apollinaire et Marvin Gaye qui chante « Les choses ne sont plus ce qu’elles étaient… » Il l’aide à se construire une belle personnalité et on sent que ce petit bout de femme a du caractère, qu’elle est pleine de ressources. On ne peut que s’attacher à elle.

L’écriture est exquise, fluide, douce, décrivant avec intelligence les événements douloureux, terrifiants ou ceux qui redonnent un peu d’espoir. Le style est vif, rythmé. J’ai été sous le charme pendant tout le temps passé avec ce recueil entre les mains.  Une remarque de l’auteur m’a particulièrement frappée. Guillaume, son personnage, explique que les photos ne sont plus tirées sur papier. A quoi bon, dans la mesure où avec les smartphones, les ordinateurs, on peut les consulter quand on veut…Oui, mais, si un jour, l’électricité n’existe plus ? Est-ce qu’on ne prendrait pas le risque que tous les souvenirs s’estompent puis disparaissent de nos mémoires ? …

J’ai pris un plaisir immense tout au long des presque quatre cents pages de cet opus et je n’ai qu’une hâte : lire la suite !

En conclusion, je partagerai une citation qui a une résonance particulière pour moi après la lecture de ce magnifique récit.
« N’oubliez pas que ce monde hideux ne se soutient encore que par la douce complicité, toujours combattue, toujours renaissante, des poètes et des enfants… » Bernanos




"Offrande funèbre" de Douglas Preston et Lincoln Child (Verses for The Dead)


Offrande funèbre (Verses for The Dead)
Auteurs : Douglas Preston et Lincoln Child
Traduit de l’américain (Etats-Unis) par Sebastian Danchin
Éditions : L’Archipel (15 Mai 2019)
ISBN : 9782809826463
350 pages

Quatrième de couverture

L'agent spécial Pendergast est contraint de travailler en binôme avec Coldmoon. Tous deux partent pour Miami, où des victimes, toutes de sexe féminin, sont assassinées par un certain M. Joli-Coeur. Le meurtrier prélève leurs coeurs avant de les déposer sur des tombes de femmes qui se sont suicidées.

Mon avis

Vous n’avez jamais lu de roman avec Aloysius Pendergast ? Il n’est jamais trop tard, alors foncez ! Même si vous n’avez pas pris connaissance des intrigues précédentes, vous n’aurez aucun problème pour le cerner et en faire un intime très rapidement. Les yeux bleus, le regard assez froid, les cheveux blonds presque blancs, le teint pâle, sa haute stature impressionne. De plus, rien ne semble le déranger, un costume sombre en pleine chaleur et c'est à peine si une goutte minuscule de sueur se risque sur son front. Il est agent du FBI, c’est ce qu’on appelle couramment « un électron libre ». Il n’apprécie pas de travailler en équipe et entend mener les enquêtes à sa guise, avec quelques fois, des méthodes que l’on qualifiera de « peu orthodoxes ». L’adjectif qui le définit le mieux est « impénétrable ». Mais c’est comme ça qu’on l’aime !

Cette fois-ci, Il va être obligé d’accepter un coéquipier. En effet, le directeur du FBI a changé et le nouveau a bien l’intention de surveiller (de très très près) le cher Pendergast ! Content ou pas, il enquêtera avec le jeune Coldmoon, silencieux et plutôt effacé, adepte du café bouilli (berk) et lié aux Lakotas auxquels il fait référence de temps à autre. Ces deux-là n’ont pas vraiment de points communs, le premier doit associer le second à ses recherches et le second doit rendre des comptes, discrètement, aux supérieurs qui attendent une erreur de l’inspecteur pour le muter….Un duo improbable, qui est un plus indéniable dans ce roman. Il est intéressant de voir comment les auteurs ont abordé l’évolution des rapports entre les deux hommes. J’ai trouvé cela vraiment très juste et décrit avec finesse.

Voilà que le binôme est envoyé à Miami où un cœur humain a été découvert sur une tombe avec un message de condoléances signé « Monsieur Cœur Brisé ». Dans la tombe une jeune femme qui s’est suicidée il y a une dizaine d’années. Acte isolé ? Que nenni, quelque temps plus tard, un autre cœur est retrouvé sur une tombe d’une personne décédée dans des conditions semblables.
Tueur en série ? Pourquoi l’assassin laisse-t-il des mots avec « son offrande », que cherche-t-il et dans quel but ? Qu’est-ce qui peut relier des actes d’autodestruction à des crimes commis plus de dix ans après ? Pourquoi seules des femmes sont concernées ?

Ce récit, au rythme haletant, construit avec des chapitres courts, nous permet de suivre les deux limiers mais également une médecin légiste, Charlotte Fauchet. Intriguée par certaines remarques de Pendergast lors d’une autopsie, elle va approfondir des dossiers pour essayer de l’aider (serait-elle subjuguée par son charme sibyllin ?). C’est donc par plusieurs « entrées » que l’on suit les événements.  

Ce recueil est particulièrement réussi, le profil psychologique du meurtrier est tout à fait atypique, bien pensé et surtout amené petit à petit de fort belle manière. Pas à pas, par indices successifs, son caractère et ses raisons se dessinent et on se dit qu’on pourrait presque le comprendre, le prendre en pitié…. C’est très fort de la part des auteurs.

L’écriture et le style, agréables et fluides (sans doute aidés par un traducteur fidèle) permettent une lecture aisée, addictive. De plus, l’intrigue s’installe dans un vrai contexte réfléchi, mis en place pour donner du poids à chaque élément. Si parfois, Douglas Preston et Lincoln Child vont un peu vite pour écrire et c’est dommage, on sent que ce tome est plus étoffé, abouti et c’est une bonne chose !

"Alice" de Heidi Perks (Now You See Her)


Alice (Now You See Her)
Auteur : Heidi Perks
Traduit de l’anglais (Grande Bretagne) par Freddy Michalski
Éditions : Préludes (15 Mai 2019)
ISBN : 9782253045670
450 pages

Quatrième de couverture

Une enfant disparaît. Deux versions du drame. Une seule vérité. Harriet avait confié sa fille à sa meilleure amie Charlotte pour un après-midi à la kermesse de l’école. Charlotte est persuadée de n’avoir quitté Alice des yeux qu’une fraction de seconde. Le temps pour la fillette de se volatiliser. 

Mon avis

L’histoire commence dans le Dorset, au Sud de l’Angleterre, dans une petite bourgade. A l’école, toutes les mères de famille se connaissent, s’entraident, se rencontrent. Une nouvelle est arrivée dans le quartier, mariée à Brian, elle s’occupe à temps plein d’Alice, quatre ans qui ne sort pas beaucoup des jupes de sa maman et qui ne va pas encore en classe. Charlotte, qui a trois enfants, devient proche d’Harriet et l’introduit dans son groupe de copines mais ce n’est pas facile car toutes ces femmes n’ont pas les mêmes préoccupations, les mêmes moyens financiers…. Et puis l’une a un mari, l’autre est séparée… Elles sont proches mais se disent-elles tout ou restent-elles dans le superficiel ?

Pour la kermesse de l’école, Alice part avec Charlotte et ses enfants, pendant qu’Harriet va suivre une formation…Et là, le drame, la petite fille disparaît. Kidnapping, manque d’attention, accident ? Toutes les hypothèses sont envisagées. La police mène l’enquête…

L’auteur présente son livre en donnant les points de vue de Charlotte ou d’Harriet, avant et après la disparition. Ce n’est pas forcément linéaire mais c’est très clair, bien construit donc facile à suivre.
Ce n’est pas la première fois que ce thème est abordé dans un livre. Ce qui est intéressant, c’est de comprendre pourquoi les gens agissent ainsi, ce qui les motive, ce qu’ils taisent…Et de s’apercevoir que l’on croit tout savoir d’une amie, alors qu’il n’en est rien…

L’amitié des deux voisines peut-elle résister face à un tel événement ? Charlotte ne va -t-elle pas être ciblée par les remarques désagréables ? Le couple formé par les parents d’Alice survivra -t-il malgré la souffrance et l’évolution de chacun ?

L’intrigue mise en place par Heidi Perks se dévoile par bribes, à la manière d’un puzzle. Certains aspects sont faciles à entrevoir, d’autres pas du tout. La traduction est bien faite, et l’écriture nous plonge au cœur de l’action et des émotions, des ressentis, des protagonistes. Malgré tout, j’aurais peut-être un peu plus insisté sur le côté sombre de certains. On découvre que beaucoup de choses volent en éclats, que l’équilibre est bouleversé dès que survient une tragédie. A ce moment, la communication devient difficile entre les personnes, les rapports humains se modifient….et on peut se demander si on connaît vraiment ceux qu’on côtoie quotidiennement ….

C’est une lecture très addictive. J’ai passé quelques heures hors du temps, car je ne voulais plus lâcher ce roman !

"L'inconnue de l'équation" de Xavier Massé


L’inconnue de l’équation
Auteur : Xavier Massé
Éditions : Taurnada (16 Mai 2019)
ISBN : 9782372580540
240 pages

Quatrième de couverture

Quatre heures. La police n'a que quatre heures pour démêler ce qui ne semblait être au départ qu'un simple drame familial : un couple, Juliette et François, retrouvé carbonisé, leur fils, Julien, gisant au sol. Deux salles d'interrogatoires, deux témoins de la tragédie : la mère de François et une flic déjà présente sur les lieux. Deux versions, deux visions différentes. Accident, meurtre, ou vengeance ?

Mon avis

Notre destin nous appartient ….

Un couple se déchire, se menaçant mutuellement avec une arme sous les yeux d’une policière. Finalement, Juliette et François meurent tous les deux et la maison s’embrase. Leur fils est entre la vie et la mort.

Que s’est-il passé ? Comment ce ménage qui s’aimait a-t-il pu en arriver là ? Au commissariat, dans deux pièces séparées, deux personnes sont interrogées afin de comprendre la situation. La première : Mireille, mère de François, mamie éprouvée qui s ‘accroche à l’espoir que son petit-fils va s’en sortir. Elle raconte les dernières années de la famille, notamment après une grave agression subie par le papa. La seconde, Amandine Binger, inspecteur de police (mais pas rattachée à l’unité où elle est interrogée), présente sur le lieu du drame, elle avait eu plusieurs contacts avec le père de famille.

Deux huis clos et des policiers désemparés qui comparent ce que chacune raconte, explique.   Entre deux portes, à chaque pause, ils se retrouvent, essaient de regrouper les bribes transmises par les deux femmes pour en faire un récit linéaire, cohérent. Au départ, tout paraît simple, puis rien ne leur semble tourner rond. Beaucoup de zones d’ombre, de choses bizarres, de recoupements qui ne correspondent pas … Non-dits, mensonges, omissions involontaires, qu’en est-il exactement ?

A travers les comptes-rendus des deux femmes, des pistes s’ouvrent, se referment. Le lecteur cherche à comprendre, croit tenir un fil qui finalement lui échappe. La pièce du puzzle qui semblait bien s’emboîter ne va plus et on repart …. Les enquêteurs n’ont rien à se mettre sous la dent pour garder les deux « témoins » en garde à vue. Ils n’ont donc que quatre heures pour démêler l’incroyable sac de nœuds qui est présenté sous leurs yeux. Comment faire ?

Le livre se lit sur deux niveaux : les interrogatoires et les retours en arrière (par l’intermédiaire des réponses). La manipulation est à son apogée et bien malin qui comprendra avant les dernières pages ! Toute la difficulté de ce recueil a été d’en faire un texte addictif, intéressant et où tout finira par se mettre en place, sans fausse note, dans la touche finale. Dans la mesure où il y a peu de personnages, peu de lieux, il faut être sacrément doué pour que cela nous captive !

Et bien, on ne peut que féliciter Xavier Massé ! Avec une écriture fluide, agréable, des descriptions fines mais non rébarbatives des événements, il nous prend dans ses rets pour ne plus nous lâcher. Le style est vif, la construction bien pensée. Les personnages paraissent tout à fait ordinaires puis petit à petit, on s’aperçoit qu’ils ont tous une face cachée, plus ou moins importante et que cela ajoute de la complexité dans leurs rapports avec les autres. Les enquêteurs, eux sentent bien que quelque chose leur échappe mais quoi ? Ils ont tous les éléments de l’équation mais comme en mathématiques, l’inconnue est là….

J’avais énormément apprécié le film « Usuals Suspects », j’ai donc été fascinée par ce roman (finira-t-il en film ?)qui allie avec intelligence roueries, rebondissements, trahisons et … maîtrise totale.




"Quand l'amour s'en mail" de Tamara Balliana


Lorsque l’amour s’en mail
Auteur : Tamara Balliana
Éditions : Montlake Romance (07 Juin 2019)
ISBN : 978-2919806195
310 pages

Quatrième de couverture

Quand sa meilleure amie lui demande d’être son témoin de mariage, Solène est aux anges et décide de lui organiser un enterrement de vie de jeune fille dont elle se souviendra ! Pour cela, elle écrit à Léonie, surnommée « Léo », la sœur de la future mariée… Mais à cause d’une erreur de destinataire, c’est Léo, architecte parisien et homonyme de Léonie, qui lui répond !

Mon avis

Une erreur de destinataire pour un mail et voilà deux personnes qui se mettent à échanger… Il s’appelle Léo…Non, je vous arrête tout de suite, il ne s’agit pas de « Quand souffle le vent du nord » de Daniel Glattauer. De l’autre côté, elle s’appelle Solène….pas Emma !

Elle habite dans le Midi, il vit à Paris… Pas du tout le même style de vie, mais de mail en mail, ils se confient, chacun ayant sans doute besoin de parler et par écran interposé, c’est plus facile, surtout quand on ne sait rien de l’autre…. Jusqu’où cet échange va-t-il les mener ? Je ne dirai rien de la fin, inutile de me demander !

En se dévoilant, ils se retrouvent autant l’un que l’autre à faire le point sur leur vie, leurs choix, la place de leur famille et face aux questions précises, révélatrices du correspondant, ils vont être poussés dans leurs retranchements ….Jusqu’où vont-ils accepter de se révéler, de parler d'eux en profondeur?

C’est une douce histoire romantique, qui aborde des sujets graves avec doigté et une écriture fine, délicate. C’est un peu prévisible mais on passe un agréable moment … et parfois, ça suffit pour avoir le sourire ! (et c’est meilleur que le chocolat pour la ligne ;- )

"Les nouvelles du Groupe 2" de JDA


Les nouvelles du Groupe 2
Recueil de nouvelles policières
Auteur : JDA
Éditions : Independently published (21 avril 2019)
ISBN : 978-1093947144
135 pages

Quatrième de couverture

Les Nouvelles du Groupe 2 est le premier opus d'un recueil de nouvelles policières. Il vous plonge en immersion au sein d'un groupe de quatre policiers qui officient dans un Service Régional de Police Judiciaire. Dirigés par le capitaine Tom Mareval, les lieutenants Chloé Fadelo, Emilien Marchewski et Jimmy Miraux forment une équipe soudée qui va être amenée à enquêter sur plusieurs affaires.

Mon avis

Voici un recueil de quatre nouvelles qui permet de faire connaissance avec le quotidien d’une équipe policière. Il y a le grand patron : Vancha qui est commissaire. Il gère, observe, distribue les missions et veille à ce que chacun reste à sa place, sans que les vies personnelles des uns et des autres ne gênent le bon fonctionnement du commissariat. Le but est d’enquêter, de résoudre un maximum d’affaires avec un minimum de dégâts.

En lisant ces « tranches de vie », on s’immerge vraiment dans la vie de ces quatre collègues. On s’aperçoit que leurs émotions privées doivent rester en arrière et que c’est parfois difficile. Ce sont des êtres humains pas des surhommes. On découvre que parfois des parents sont démunis et malheureux face à la délinquance de leur enfant alors qu’ils ont tout fait pour donner un équilibre, des bases et des valeurs solides. D’autres personnes trichent, puis finissent par tuer ou faire assassiner, car embarquées dans un engrenage qu’elles ne maîtrisent plus.

Ce ne sont pas des histoires extraordinaires, simplement des faits de tous les jours et en ça l’auteur réussit parfaitement à nous décrire ce qui se déroule, avec une écriture fluide, agréable et un style vivant.

J’ai trouvé la fin de la première nouvelle un peu rapide, les autres m’ont semblé plus abouties. Il faudrait que petit à petit JDA étoffe ses personnages en creusant leur personnalité, leur caractère, leur aspect psychologique et leur part d’ombre mais pour un premier écrit, il s’en sort déjà pas mal et c’est prometteur.

"L'archipel d'une autre vie" d'Andreï Makine


L’archipel d’une autre vie
Auteur : Andreï Makine
Éditions : Seuil (18 Août 2016)
ISBN : 978-2021329179
290 pages

Quatrième de couverture

Aux confins de l'Extrême-Orient russe, dans le souffle du Pacifique, s'étendent des terres qui paraissent échapper à l'Histoire... Qui est donc ce criminel aux multiples visages, que Pavel Gartsev et ses compagnons doivent capturer à travers l'immensité de la taïga ?

Mon avis

Nous sommes dans les années soixante-dix, un jeune géomètre est envoyé en stage dans un coin de Sibérie où on le débarque en hélicoptère. Personne ne l’attend et il va faire une rencontre surprenante. Un homme va lui raconter ce qu’il a vécu dans les années cinquante.  Il a dû laisser celle qu’il aimait pour participer avec d’autres militaires à une traque. Le but étant de rattraper un évadé.

Le récit qu’il fait est captivant, ensorcelant jusqu’à une fin qui sublime le texte et qui nous entraîne dans une forme de rêverie. Au fil des pages, on découvre des hommes mais au-delà du caractère de chacun, la rivière, la taïga, les éléments naturels, la météo sont « présence »…. C’est presque une histoire hors du temps, un huis clos entre le fuyard, les poursuivants et la nature …..

C’est une chasse à l’homme mais c’est également, pour Pavel, (celui qui explique) une route vers la vie, pour la vie, malgré les embûches, les difficultés multiples. Il marche, il avance et il se révèle à lui-même ….

L’écriture dépouillée d’Andreï Makine est fascinante, elle vous envoûte, magnifiant chaque mot pour qu’il donne toute sa puissance dans un long cri poétique, celui de l’amour …..

Ce roman est pour moi une magnifique découverte.

"Double amnésie" de Céline Denjean


Double amnésie
Auteur :  Céline Denjean
Éditions : Marabout / BlackLab (24 Avril 2019)
ISBN : 978-2501138437
465 pages

Quatrième de couverture

Le jeu de piste ne fait que commencer, mais sache qu'il te réserve plein de (mauvaises) surprises... Qu'est-ce qui a poussé la fragile Abby Le Guen à tuer son mari ? Pourquoi est-elle désormais murée dans le silence ? Parallèlement, Manon, soeur jumelle de la gendarme Eloïse Bouquet, fait l'objet d'un harcèlement et de menaces. Quel sombre individu se cache derrière ces agissements et quel but poursuit-il ? Eloïse se lance alors dans une contre-enquête.

Mon avis

Excellent !!!

Avec ce nouveau titre, Céline Denjean a su totalement se renouveler et nous offre un récit mené de main de maître. De plus, elle a réussi à mettre à nouveau en scène quelques-uns de ses personnages et elle les a parfaitement intégrés dans l’intrigue qu’elle présente.

L’histoire se déroule sur trois pôles.
Manon, la soeur jumelle de la gendarme Eloïse Bouquet, est harcelée et menacée, elle vit seule avec ses enfants et appelle sa frangine à son secours.
Abby Le Guen, artiste peintre anglaise, vient de tuer son mari, un médecin renommé, alors que rien ne le laissait présager.
L’œil, sorte de corbeau qui révèle des aspects cachés à Manon et Abby pour les déstabiliser, s’exprime, lui, à la première personne.

Les titres de chapitres assez gros et en gras, nous renseignent sur la temporalité et les personnes concernées. J’ai apprécié cette façon de faire car il n’y a pas surnombre de dates (ce qui aurait fait trop et n’aurait rien apporté) mais les moments évoqués sont situés par rapport au meurtre de Yohann Le Guen et c’est parfait. On remonte également dans le passé par l’intermédiaire des pensées des uns ou des autres et dans ce cas, les scènes décrites sont en italiques. Donc la forme du texte est parfaitement claire, limpide. De plus, il n’y a pas pléthore de protagonistes et tout est facile à suivre.

Ce roman est très intéressant, il parle de sujets graves, des liens dans les familles, dans les établissements scolaires, entre voisins, entre employés et patrons. L’auteur sait exprimer le mépris ressenti par certains, la toute puissance pour d’autres. Elle nous rappelle combien l’adolescence est une période difficile où les jeunes se cherchent. Elle évoque ces personnes respectables, au-dessus de tout soupçon qui peuvent être des prédateurs dangereux. Est-ce qu’on ne voit que ce qu’on veut voir ? Est-ce qu’on ferme les yeux parfois parce qu’on ne peut pas croire que quelque chose soit possible ?

Céline Denjean, avec une écriture vivante, précise, quasi chirurgicale, nous introduit dans plusieurs familles. Avec un phrasé rythmé, un style acéré, elle plante un décor, une ambiance. Quelques-uns se remémorent le mal-être, les non-dits, les sous-entendus cachés, d’autres ont tout oublié. Comme si leur cerveau s’était déconnecté sous trop de charge émotionnelle… Est-ce ainsi ? Est-ce qu’on met des pages vierges sur les souvenirs douloureux pour les effacer ? L’auteur a dû se documenter et ce qu’elle dévoile sur la mémoire est captivant. Cela complète à merveille son intrigue et donne une justification précise à certains faits.

Dans la première partie, elle installe le contexte, dans une Bretagne aux paysages sauvages. Elle prend son temps, pour que chacun de nous s’imprègne de ceux qu’elle nous présente. Chez les Le Guen : Abby, la mère de famille d’origine anglaise qui n’a pas trouvé sa place. Son mari, ambitieux, qui porte la famille à bouts de bras, leurs deux enfants qui vivent dans le luxe et sont jalousés par leurs camarades, leur employée de maison discrète et efficace. Chez les jumelles : Eloïse et Manon, une relation conflictuelle, un amour complexe, compliqué les unit et les sépare à la fois. Ce n’est pas le classique « dominant-dominé » que l’on retrouve lors des gémellités, c’est plus approfondi avec une approche psychologique fine et intelligente. Rancœurs, jalousies, comparaisons, besoin d’exister seule. C’est avec doigté et intelligence que Céline Denjean nous explique le tumulte intérieur ressenti par chacune.  Là aussi, elle a dû se documenter ou observer. Pour les deux familles, le poids du passé est lourd, très lourd et aura des répercussions sur le présent. On sent dès le début du livre que certains ne disent pas tout, qu’il faudra un éclairage complémentaire pour que l’on comprenne. Les questions se bousculent en nous, les interprétations diverses et variées se succèdent, le doute s’insinue. On n’ose imaginer le pire, l’indicible, l’inconcevable et pourtant….

Je suis rentrée dans ce recueil pour ne plus en ressortir. Je n’avais qu’une envie lire lire et encore lire quitte à dormir moins. Je n’ai pas vu le temps passer. J’ai été fascinée par la toile d’araignée tissée, par l’enchaînement de tous les faits sans une fausse note.  Céline Denjean a réussi magistralement un thriller psychologique de qualité. Peu de violences physiques mais des traumatismes mentaux très réalistes qui nous rappellent combien certaines personnes, et souvent celles dont on ne se méfie pas, peuvent être manipulatrices.

Une lecture coup de cœur !


"Luc Marvin / Les sirènes de Porto" de Toni Praxède


Luc Marvin : Les sirènes de Porto
Auteur : Toni Praxède
Éditions : LBS (21 Mars 2019)
ISBN : 978-2490742028
170 pages

Quatrième de couverture

Les sirènes de Porto relate les tribulations de Luc Marvin, homme de main. Investi d'une mission à caractère personnel, il affronte ici son passé par le « nettoyage sans compromis » de son présent.

Mon avis

Voilà un livre qui décoiffe et qui surprend ! Et c’est bien agréable.
Tout commence sur un ton endiablé dans un langage plus que familier. Sur le coup, ça désarçonne puis très rapidement, on sent la pointe d’humour et d’ironie sous les mots qui se veulent parfois provocants. C’est Luc Marvin qui s’exprime et il n’a pas la langue dans sa poche, c’est le moins qu’on puisse dire.

Puis arrive la deuxième partie et les suivantes, le phrasé se calme.  On va alors découvrir comment Luc Marvin en est arrivé là où il est : dans une belle poisse soit dit en passant. Le récit devient plus classique, le rythme moins rapide dans la présentation des faits (pour autant, il n’y a pas de temps mort). On « visionne » le quotidien d’un homme de main, ses liens avec ses commanditaires, ses rapports avec ses « clients ». Ce n’est pas de tout repos mais on sent bien qu’il lui faut une vie comme celle-ci pour exister, être heureux.

Je pense que l’auteur a dû énormément s’amuser pour écrire ce roman. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il y a, à mon avis, de la recherche dans le vocabulaire et le style pour être en adéquation avec les différents personnages et l’atmosphère qu’il a voulu évoquer.

J’ai beaucoup aimé les titres et les dessins introduisant les quatre séquences de cette histoire. J’ai trouvé cela bien choisi et en phase avec le contenu. Un recueil divertissant qui sort de l’ordinaire.


"Duo fatal" de Patrick S. Vast


Duo fatal
Auteur : Patrick S. Vast
Éditions : Le Chat Moiré éditions (2 Mai 2019)
ISBN : 978-2-9561883-2-2
256 pages

Quatrième de couverture
Le Dr Francis Lesigne et son assistante Geneviève travaillent ensemble depuis trente ans. Leur relation est toujours demeurée sur le plan strictement professionnel. Pourtant, quand Geneviève annonce au praticien qu’elle va quitter la région et démissionner de son emploi, il ne peut s’y résoudre.

Mon avis

Geneviève est depuis trente ans ; l’assistante fidèle et efficace de Francis Lesigne, un bon chirurgien-dentiste. Elle a commencé comme secrétaire puis au vu de ses solides compétences, son rôle a évolué. Elle s’occupe de la comptabilité, a installé un système de prise de rendez-vous en ligne et elle assiste le patricien auprès de ses patients, préparant les instruments, devançant ses besoins lors de ses interventions. Une vraie perle et une très bonne entente entre les deux, pas besoin de beaucoup de mots. A plus de cinquante ans, cette femme pourrait se contenter de cette vie, somme toute bien remplie. Mais il lui manque un petit quelque chose et férue d’informatique, elle fréquente assidûment les sites de rencontres. Jusqu’au jour où ….. Il s’appelle Norbert, il a soixante ans, il habite Grasse et après plusieurs échanges par mails, ces deux-là se sont rencontrés…et ils ont envie d’une route à deux …

Geneviève doit donc se décider : il lui faut annoncer à son patron qu’elle va le quitter pour rejoindre celui qu’elle aime dans le Midi. Elle appréhende sa réaction et ne sait pas vraiment comment s’y prendre. Le lecteur suit ses atermoiements jusqu’à ce qu’elle se décide. Abasourdi, son chef est plutôt déstabilisé par son annonce. Une fois la surprise passée, un plan machiavélique se met en place dans son esprit. Il se décide à agir. Ses raisons ne sont probablement pas les bonnes mais dans son esprit, il n’y a pas d’autres solutions. Son but est de continuer de travailler avec Geneviève et de prouver à cette dernière qu’elle se fourvoie en voulant le quitter.

A partir de ce moment-là, les rapports entre les différents protagonistes vont se modifier. On a donc le dentiste, son aide et le compagnon de celle-ci. Puis deux amis de Francis : un médecin et un avocat, des policiers (dont un qui ne travaille plus) et un saxophoniste aveugle. Ces gens se croisent, s’interpellent, s’écoutent, se comprennent ou pas…. Parfois, l’un ou l’autre restent sur ses positions. Ce qui est intéressant, et que l’auteur présente bien, même si cela reste superficiel, c’est de voir comment une situation difficile peut fragiliser une personne, changer ses perceptions, la pousser à bout et l’emmener très loin.
Avec une écriture fluide et un style vif, Patrick S. Vast nous entraîne dans un roman très agréable à lire. Par l’intermédiaire d’une situation « ordinaire », il développe une intrigue qui semble assez simpliste dans un premier temps avant de s’étoffer sur le dernier tiers. Les différents personnages sont intéressants à découvrir, notamment parce qu’ils offrent des approches variées des événements, des personnes. Chacun réagissant avec ce qu’il est, ce qu’il peut ressentir en fonction de son vécu.

Un bon petit roman comme on les aime lorsqu’un après-midi pluvieux vous oblige à rester chez vous. Quoi de mieux pour passer un bon moment ?




"La louve de Sibérie" d'Amadeo Alcacer


La louve de Sibérie
Auteur : Amadeo Alcacer
Éditions : Santa Rosa (30 Avril 2019)
ISBN : 978-1096472155
250 pages

Quatrième de couverture
A Moscou, un boucher découvre trois corps dans la chambre froide de son commerce. Les jeunes femmes, poignardées, ont été horriblement mutilées. L’enquête est confiée au commandant Maïakovska et ses collaborateurs, les inspecteurs Nikola Komarov et Viktor Oblomov, de l’unité 4 de la M.U.R, la police criminelle. La résolution de ces meurtres semble complexe d’autant qu’un faisceau de preuves indirectes mène tout droit au Clan de Berovo, une organisation criminelle tentaculaire qui fait appel pour ses règlements de comptes aux meilleurs assassins du pays.

Mon avis

L’art de tuer était devenue une seconde nature.

Amadeo Alcacer a quitté l’Amérique du Sud et son atmosphère pour nous entraîner cette fois-ci dans un pays plus froid : la Russie. Il nous présente une intrigue travaillée où corruption, mensonges, trahisons, perversité sont en première ligne.  J’aurais envie d’écrire qu’il nous démontre que « homo hominis lupus est » (l’homme est un loup pour l’homme). En effet, dans son roman, chaque personnage ne peut compter que sur lui-même tant les autres peuvent être manipulateurs, retors, en déformant la réalité ou en la percevant (volontairement ou non) d’une autre façon que ce qu’elle est. Cela met le lecteur dans une position trouble. Il pense, il imagine et ses perceptions peuvent être rapidement déstabilisées. J’ai trouvé cela particulièrement bien mis en place, réussi et captivant.

Trois jeunes femmes assassinées et mutilées ont été retrouvées dans la chambre froide d’un boucher. Les enquêteurs doivent mener l’enquête et mettre de côté leurs problèmes personnels, les relations parfois difficiles pour résoudre ce mystère avant qu’éventuellement, le tueur ne frappe à nouveau.

C’est le commandant Natalia Maïakovska qui mène l’enquête, aidée de Nikola Komarov et Viktor Oblomov. Elle a quitté les services secrets mais elle n’a rien perdu de sa sagacité, elle « sent » les choses. Dans un espèce de ballet parfaitement réglé, ils ont chacun leur rôle, leurs méthodes pour résoudre l’affaire qui s’avère plus complexe qu’il n’y paraît. Le boucher pourrait être le coupable-disons- idéal mais est-ce que c’est aussi simple qu’il y paraît ? Qu’en est-il de cette organisation secrète qui semble concernée par ces meurtres ? Qui tire les ficelles et pourquoi ?

C’est une narration à plusieurs voix qu’il nous est donné de découvrir. On suit différents protagonistes et un individu qui parle à la première personne. Ce dernier décrit le pays, les guerres, les conséquences des exactions sur les habitants, les réactions et l’évolution de certains face à la criminalité et comment celle-ci est devenue plus « discrète ». « La criminalité était redevenue invisible, souterraine, comme du temps de l’Union Soviétique. » Il parle également du poids de l’éducation. Comment, de plus en plus, au fil du temps, il s’est senti, fort, intouchable…. « Je n’avais pas peur de la mort, et je n’avais pas peur de la donner car … Tel était mon héritage. » J’ai particulièrement apprécié ces passages très bien construits et écrits « au scalpel », montrant la froideur, le détachement et la détermination de la personne qui s’exprime.

L’écriture et le style de l’auteur sont puissants, profonds, il ancre son récit avec froideur dans un réalisme qui fait frissonner. Prévoyez une tasse de thé russe pour le lire car une fois lancé, vous n’aurez pas envie d’arrêter !

"Tangerine" de Christine Mangan (Tangerine)


Tangerine (Tangerine)
Auteur : Christine Mangan
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laure Manceau
Éditions : Harper Collins (2 Mai 2019)
ISBN : 9791033902270
320 pages

Quatrième de couverture

Tanger, 1956. Alice Shipley n’y arrive pas. Cette violence palpable, ces rues surpeuplées, cette chaleur constante : à croire que la ville la rejette, lui veut du mal. L’arrivée de son ancienne colocataire, Lucy, transforme son quotidien mortifère.

Mon avis

Machiavélique !

Tanger, 1956, le Maroc est en pleines démarches pour l’indépendance. Il fait chaud, il y a beaucoup de monde. Alice est installée là-bas avec John, son mari. Orpheline, elle n’a plus qu’une tante qui l’aide à gérer sa fortune. Alice sent que son couple bat de l’aile, d’ailleurs connaît vraiment son époux, ses activités ? Ne s’est-elle pas mariée un peu vite, John était-il attiré par elle ou par son argent? Elle s’est peu à peu repliée sur elle-même. Oppressée, angoissée, fragilisée, elle a sans cesse l’impression d’être observée.

Elle a étudié aux Etats-Unis, à Bennington où elle partageait une chambre avec Lucy. On devine que quelque chose de grave les a éloignées mais il faut attendre presque la moitié du roman pour le savoir. Lucy débarque à Tanger et le peu d’équilibre qu’avait Alice est mis à mal par la présence de cette « amie ». Un espèce de jeu de chat et souris va s’établir entre les deux femmes. Elles se guettent, essaient d’anticiper ce que va faire l’autre. John lui, ne comprend pas ce qui s’établit….Il est tellement sûr de lui, imbu de sa personne qu’il ne voit rien….

Toxicité, manipulation, perversité de l’âme humaine…. Au cœur de Tanger, ville qui tient une place prédominante dans ce livre, un presque huis clos anxiogène se déroule sous nos yeux.

Lucy et Alice prennent la parole tour à tour en disant « je ». Le prénom annoncé en début de chapitre permet de les différencier, les propos également mais le style n’est pas assez « marqué » pour montrer que les caractères sont à l’opposé. C’est dommage. On sent la tension qui augmente de page en page, l’étau qui se resserre …

L’écriture est fluide (merci à la traductrice). Le rythme m’a paru un peu irrégulier comme si les descriptions de l’atmosphère prenaient trop de place. Je me suis demandée si ce n’était pas volontaire pour que l’attention du lecteur baisse et que l’auteur installe un nouveau traquenard …


J’ai trouvé cette lecture intéressante, c’est un bon roman, même si parfois, j’ai eu un sentiment de déjà-vu.

"La garde républicaine" de Sébastien Rozeaux


La garde républicaine
Auteur : Sébastien Rozeaux
Éditions Globophile (17 Janvier 2017)
ISBN: 979-10-94423-05-9
170 pages

Quatrième de couverture

Le 1er mai, à Paris, une fête citoyenne est organisée par le président. Un coup de feu sème la panique et embrase la République. Cinq personnages sont pris dans le tumulte, leurs vies bousculées par la course folle des événements se croisent au risque de se confondre, charriant avec elles une réflexion contemporaine sur le sens du politique et de l’engagement.

Mon avis

C’est le 1 er Mai et une fête est organisée par le Président Français. Ce sera Place de la République.
La République ? Certains trouvent que ce lieu est bien mal choisi car la république n’est plus ce qu’elle était… Quelqu’un tire sur le chef de l’état (qui s’en sort bien) et des vies vont être bouleversées.

C’est ce déséquilibre qui est présenté dans ce court roman, coup de poing (coupe de gueule ?)

Cinq des personnes, dont le quotidien va être bouleversé, s’expriment en livrant leurs pensées. Les faits graves, auxquels ils sont confrontés, les obligent à se remettre en cause. Où en sont leurs convictions, sont-ils toujours sur la bonne voie, ont-ils agi réellement en adéquation avec leurs convictions ? Que signifie « être engagé en politique » ? Comment défendre les causes auxquelles on croit sans se perdre dans d’inutiles débauches d’énergie ? Que faut-il faire pour être entendus ? Un anarchiste est-il un paria, un homme dangereux ou une personne qui essaie de lutter, de convaincre avec les moyens du bord ? Que faire lorsque vous êtes poussé dans vos retranchements, mis en face de vos propres contradictions ?

Ce sont toutes ces questions, et bien d’autres encore, qui sont abordées au fil des pages. Avec une écriture pointue, précise, et certains courts passages, sans ponctuation, qui font penser à une pensée poétique et douloureuse, l’auteur nous livre une réflexion contemporaine sur la société, la politique et les dérives des esprits en ébullition de ceux qui ne s’y retrouvent pas.

Le format du recueil, le nombre de pages sont parfaitement adaptés à un sujet délicat traité avec doigté.

"London Nocturne" de Cathi Unsworth (Without The Moon)


London Nocturne (Without The Moon)
Auteur : Cathi Unsworth
Traduit de l’anglais par Isabelle Maillet
Éditions : Rivages Noir (1 er mai 2019)
ISBN : 978-2743647674
385 pages

Quatrième de couverture

Londres, février 1942. La ville est sous le régime du couvre-feu. Au milieu des ruines et des bombardements, une vie nocturne continue dans les pubs, clubs etc. Des lieux où se presse une population avide d’échapper à la guerre. L’inspecteur Greenaway, connaît cette faune par cœur. Mais il y a autre chose : dans la nuit, un tueur sème la panique en tuant et mutilant ses victimes…


Mon avis

Ce livre est pour moi une réussite pour plusieurs raisons que je vais m’empresser de partager et d’expliquer le mieux possible.

J’ai pris beaucoup de plaisir à le lire (merci à la traductrice). La forme et le fond sont en adéquation avec les faits exposés, l’époque évoquée. Il n’y a pas de faux pas, tout se tient. On se promène dans Londres, en 1942. On entrevoit les petites frappes, les magouilles variées pour s’en sortir, les décisions prises, les difficultés quotidiennes, la vie des ouvriers, celle des plus riches et de ceux qui doivent lutter chaque jour. On visite les pensions de famille, les pubs, les clubs plus ou moins huppés, les familles. On respire l’odeur des cigarettes de contrebande, on sent le froid et l’humidité qui s’insinuent dans chaque pore de notre peau.

L’écriture est soignée, complète, de qualité. Evénements, personnages, atmosphère de cette période (la guerre, le couvre-feu et la vie qui continue malgré tout vaille que vaille), ambiance, relations entre les individus, tout est précis, ciblé, dosé à la perfection. On ne ressent aucune lassitude. On est au cœur de l’action, que ce soit la météo, les lieux, les personnes, on s’y croirait !

Inspirés de faits réels (les notes de l’auteur sur ses sources en fin de roman sont très intéressantes et l’aspect musical dont elle parle également), romancés juste ce qu’il faut. On voit que le travail de recherches mené par Cathi Unsworth a été minutieux, intelligent, et que chaque document a été exploité avec finesse, ne laissant aucune place au hasard. Comme tout est crédible, le mélange de réalité et fiction est vraiment bien mené !

Les protagonistes sont étoffées, représentatifs de leur état. La vie pendant la guerre n’était pas simple et chaque difficulté était multipliée par cinq ou dix. Ce roman nous présente diverses conditions de vie, les choix de chacun, par défaut parfois parce qu’il est difficile de faire autrement pour subsister. J’ai été frappée par la décision d’une jeune femme d’utiliser son corps car c’était le seul moyen d’avoir de quoi payer sa chambre…Quelle détresse ! Pourtant, on ne tombe pas dans une atmosphère à la Zola. Certains nous permettent d’espérer comme ce jeune garçon qui souhaite s’initier à la magie. Le caractère de l’inspecteur Greenaway qui mène l’enquête est présenté avec minutie par petites touches, on le sent de plus en plus présent, palpable et j’ai le souhait de le retrouver dans un prochain titre.

Enfin l’intrigue en elle-même est captivante car plausible, bien amenée et construite intelligemment. Elle donne envie d’aller plus loin, de comprendre le comportement des hommes qui commettent de telles exactions. Dans quel terreau s’ancrent les raisons sordides d’agir ainsi ? Pourquoi ? Quel plaisir peut-on avoir à donner la mort ? A jouir de la souffrance des autres ? De tout temps, des êtres-dits humains- ont profité de leur force, de circonstances troubles pour être le bourreau de ceux qui croisaient leur route, dans quel but ? Qu’est-ce qui les a amenés à agir ainsi ?

Avec un aspect psychologique qui complète l’évocation des faits, c’est donc un ensemble absolument équilibré qu’il nous est donné de découvrir par l’intermédiaire d’une plume agréable et fluide, avec ce qu’il faut de rebondissements pour maintenir l’attention, le rythme et l’intérêt.

Ce recueil m’a offert un voyage dans le temps et l’espace que j’ai beaucoup apprécié.