"Mattéo ne veut pas ....aller à l'école" de Jean-Marie Palach et Patrice Morange

 

Mattéo ne veut pas... aller à l'école
Auteurs : Jean-Marie Palach (texte) et Patrice Morange (Illustrations)
Éditions : du Volcan (4 novembre 2021)
ISBN : 979-1097339333
16 pages

Quatrième de couverture

Ce matin, Mattéo se sent bien dans son lit. Quand MamanPanda le réveille pour aller à l’école, il n’est pas d’accord. Un évènement le fera changer d’avis.

Mon avis

« Pas envie »….même les adultes parfois n’ont pas envie, n’est-ce pas ? Pas envie d’aller au travail ou pas envie de se lever. Et bien ce matin-là, c’est Mattéo qui n’a pas le goût de sortir du lit pour se rendre à l’école. Sa sœur, Mali, est déjà debout, souriante, prête à partir et lui, il reste sous les couvertures…. Alors que faire ? Les parents hésitent, faut-il le secouer, le gronder ? Qu’est-ce qu’ils font eux quand le réveil est difficile ? Et si un événement extérieur venait motiver Mattéo ?

C’est avec des dessins simples et aux couleurs vives mais pas criardes, un texte adapté que Jean-Marie Palach et Patrice Morange présentent cette famille Panda. Le livre cartonné, qui n’a pas trop de pages, est parfaitement pris en mains par les plus jeunes (ou les plus grands s’ils racontent). Le texte peut déboucher sur une discussion pour les matins où l’enfant resterait bien sous la couette, au chaud.

Ce qui est intéressant avec cette série d’albums mettant en scène la famille Panda, c’est que les thèmes abordés sont ceux de la vie de tous les jours qui concernent les enfants. En parler en se servant de personnages fictifs attachants peut certainement aider les parents à échanger avec leur progéniture et y revenir si besoin. Ou bien laisser le livre traîner pour que le message « caché » fasse son chemin…

À offrir ou à posséder dans sa bibliothèque de classe ou chez soi pour voir la joie d’un tout petit assis sur nos genoux écoutant cette histoire….


"L'un des nôtres" de Larry Watson (Let Him Go)

 

L’un des nôtres (Let Him Go, paru en 2013)
Auteur : Larry Watson
Traduit de l’américain par Elie Robert-Nicoud
Éditions : Gallmeister (3 Février 2022)
ISBN : 978-2351782828
350 pages

Quatrième de couverture

Dalton, Dakota du Nord, 1951. Après la mort tragique de leur fils, George et Margaret Blackledge doivent maintenant accepter d’être séparés de leur petit-fils adoré, Jimmy. Car leur belle-fille, Lorna, vient de se remarier à un certain Donnie Weboy et l’a suivi dans le Montana. Hostile à l’égard de Donnie qu’elle soupçonne de maltraiter la jeune femme et l’enfant, Margaret décide de se lancer à leur recherche pour ramener Jimmy coûte que coûte. George ne peut que plier devant la détermination de son épouse.

Mon avis

1951, Dalton dans le Dakota Nord, George et Margaret Blackledge ont la soixantaine. Il a été shérif, il est maintenant ouvrier. Leur fils est décédé, leur belle fille, Lorna, est partie pour suivre un amoureux avec Jimmy leur unique petit fils. Elle s’est installée dans sa nouvelle famille, des gens qui n’ont pas bonne réputation, des faiseurs d’histoires, les rois de l’embrouille et de la violence. Margaret s’aperçoit, un jour, que son le petit Jimmy ne semble pas être la priorité du couple et elle se pose des questions. Elle se décide, elle va aller dans le Montana, voir sur place ce qu’il en est et ramener Jimmy si possible. Son époux comprend tout de suite que rien ne la freinera alors il part avec elle.

Ce couple vieillissant qui a eu son lot de souffrances ne renoncera jamais, on le sent dès le début. C’est leur histoire d’amour, celui qui vibre entre eux malgré les hauts et les bas de leur union, celui qu’il porte à leur descendance, ce petit d’homme qu’ils veulent revoir, et celui que vont leur porter, plus ou moins maladroitement, ceux qu’ils rencontrent sur leur chemin difficile. Ce sentiment domine malgré la violence, le dénigrement, les obstacles, il les habite et leur donne la force de continuer à avancer.  Ils sont attachants dans leur force, leurs faiblesses, leurs imperfections. Peut-être qu’ils devraient faire autrement, parler différemment mais ils ne dérogent pas à leur mission et ne baissent jamais les bras. Jusqu’où est-on prêt à aller pour que le mot « famille » prenne tout son sens ? Il faut bien le dire, ceux qui ont accueilli Lorna, forment un clan, une tribu et une fois dedans, difficile d’en sortir…

L’écriture de l’auteur est très agréable, certains passages sont de belles descriptions lyriques des relations ou des lieux, d’autres sont plus bruts quand l’action s’invite sans discussion. Il y a du rythme, du mouvement, les dialogues sont parfaitement dosés. Au départ, l’histoire s’installe, puis tout accélère, la cadence ne faiblit pas, et on sent l’angoisse qui monte de plus en plus. Y aura-t-il une limite ou chacun est-il enclin à aller encore plus loin pour la garde du petit garçon ? Comment devient-on « L’un des nôtres » ?

Les personnages sont parfois un peu caricaturaux mais ce n’est pas important, George et Margaret rayonnent au-dessus de tout ça. Ceux qui les aident, sans rien demander en retour, sont comme des petites lumières semées sur une route bien sombre.

C’est un récit magnifique, tragique, dur et tendre à la fois, empreint d’émotions fortes qui secouent le lecteur et le laissent le cœur en vrac. J’ai vraiment beaucoup aimé et je ne suis pas prête de les oublier !


NB : ce roman a été adapté en film avec Kevin Costner et je vais essayer de le voir !



"Le jeune acteur - Tome 1 : Aventures de Vincent Lacoste au cinéma" de Riad Sattouf

 

Le jeune acteur - Tome 1 : Aventures de Vincent Lacoste au cinéma
Auteur : Riad Sattouf (textes et dessins)
Éditions : ‎ Les livres du futur (4 novembre 2021)
ISBN : 978-2957813100
150 pages

Quatrième de couverture

En 2008, Riad Sattouf réalise son premier film, Les Beaux Gosses. Il choisit comme premier rôle le jeune Vincent Lacoste, timide et complexé, qui n'avait jamais imaginé être acteur. Le collégien de 14 ans se retrouve alors propulsé dans le monde secret, fascinant et parfois flippant du cinéma ! L'histoire vraie d'un adolescent anonyme devenu l'un des acteurs les plus talentueux de sa génération.

Mon avis

Riad Sattouf est auteur de bandes dessinées et réalisateur. Il a étudié les arts appliqués à Nantes et le cinéma d'animation à Paris, à l'école des Gobelins.

Dans ce tome 1 du jeune acteur, Riad Sattouf dessine sa recherche d’un ado « moche » pour son film « Les beaux gosses » sorti en 2008. On découvre ce qu’il a pensé des castings, ce qu’il souhaitait vraiment. Puis c’est Vincent Lacoste, l’acteur qui a été choisi qui donne ses impressions, toujours dessinées par Riad. C’est vraiment amusant de comparer leurs ressentis d’une même situation, de voir que Vincent Lacoste est « tombé dans le cinéma » par hasard. Il se livre vraiment en toute simplicité, en toute sincérité. Il avait des idées préconçues et tout ne s’est pas déroulé comme il l’imaginait. C’est drôle, désopilant parfois. Il n’arrive pas à visualiser le film car tout est tourné dans le désordre entre autres….

Cette collaboration a donné naissance à une belle amitié. Au départ, Riad est très protecteur avec le jeune acteur et il lui donne des ordres / conseils : pas de drogue, passe ton bac, demande-toi après le film si les gens qui veulent être tes amis l’auraient été avant… Il veut que le jeune homme devienne son « Jean-Pierre Léaud ». Celui qu’il suivra, de film en film, sur plusieurs années.

Cent cinquante pages cela peut paraître important pour une bande dessinée et pourtant pas du tout. On suit le parcours du réalisateur, de l’acteur, de ce qu’ils construisent ensemble. C’est vraiment intéressant. Les dessins sont sympathiques à regarder et il y a toujours une pointe d’humour.

J’ai hâte de lire la suite !



"Une héroïne stupéfiante" de Didier Esposito

 

Une héroïne stupéfiante
Auteur : Didier Esposito
Éditions : du Caïman (10 Décembre 2021)
ISBN : 9782919066940
330 pages

Quatrième de couverture

"Il y a des jours comme cela, où dès les premiers instants, les éléments vous font comprendre que la journée sera différente. Des petits riens dès le matin." C'est ce que se dit David Cartier en prenant son poste, aux "stups" de Saint-Etienne. Et en effet, une sale affaire attend son équipe ce jour-là : de l'héroïne en ville, ce n'est pas nouveau. Mais une héroïne qui sème la mort, plus que d'habitude pour ainsi dire, c'est nouveau. Il va falloir aller vite, très vite pour stopper l'hémorragie.

Mon avis

L’auteur est policier, il a travaillé à la brigade des stupéfiants de Saint-Etienne (ville où il a choisi d’exercer parce que son équipe de foot est bien connue ;-) pendant quinze ans. Son roman aura donc tout d’un reportage sur le terrain puisqu’il le situe chez les stéphanois. Comme j’habite cette ville, j’ai visualisé tous les lieux cités, et ressenti très fort l’atmosphère des quartiers que je connais. Un atout supplémentaire pour apprécier cette lecture qui sent la réalité et le vécu. Bien entendu, ma chère cité ne se résume pas aux trafics de drogue et aux joueurs de foot, elle a d’autres richesses, notamment les éditions du Caïman qui publient cet ouvrage ;-)

David Cartier, enquêteur aux stups, et son équipe ont beaucoup de travail, et ce n’est pas la stagiaire Sarah, qui se retrouve à faire des horaires à rallonge qui me contredira. En effet, un jeune homme a été découvert mort, victime d’une overdose. Il faut donc mener l’enquête dans les milieux où l’héroïne circule en essayant de rester discret pour avoir un maximum d’informations. Ce n’est pas simple car « radio trottoir » est là et les dealers, clients ou autres sont rapidement prévenus. On découvre alors l’envers du décor, comment ceux-ci agissent pour ne pas être identifiables et ne pas se retrouver en première ligne. De plus, ils ne comprennent pas que la « came » ait provoqué tant de dégâts et cherchent à savoir qui est à l’origine de ce produit déficient qui a apporté la mort.

Le lecteur va donc se retrouver à suivre deux enquêtes : celles des flics, assez classique, qui nous présente les différents rouages, les astuces, du métier, son côté chronophage, le poids de la hiérarchie, le souhait d’avancer vite et bien, quitte à bousculer un petit peu les témoins, tout cela en espérant stopper l’hécatombe ; et celle des dealers qui essaient de cerner les problèmes et de prendre les choses en mains.

L’écriture alerte de l’auteur, parfois teintée d’un peu d’humour non négligeable pour sortir de ce côté sombre et noir, nous entraîne dans le quotidien des enquêteurs et celui des paumés. Les premiers ne touchent pas terre, très occupés à faire face aux événements nouveaux, à analyser ce qu’ils ont récolté (et parfois c’est très peu), à questionner, observer, supposer et déduire…. Les seconds, eux, sont en dehors du circuit, le plus souvent accros à leur dose, ne pouvant pas se passer d’un rail ou plus. On découvre les ravages pour leur santé, le temps qui passe et qui les abîme à tel point qu’il n’y a guère d’espoir d’un retour à la normale. On a rarement l’occasion de les « rencontrer » de si près dans un récit ou pas tout à fait comme ça. Et puis, on se sent impuissant quand on voit ceux qui tirent les ficelles dans l’ombre, qui manipulent en faisant croire qu’ils les aident….

C’est une histoire prenante, visuelle, avec son lot de rebondissements. Le style est fluide et ça se lit avec entrain. Les personnages sont bien campés, on les sent actifs, et cette petite Sarah, un peu trouble, apporte un petit plus indéniable, un grain de sable dans la roue des jours au commissariat….

J’ai lu ce recueil d’une traite et je ne me suis pas ennuyée une seconde, j’en redemande !


"Le 100 è singe" de Stéphane Lanos

 

Le 100 è singe
Auteur : Stéphane Lanos
Éditions : de la Lanterne (3 février 2022)
ISBN : 978-2-9566386-6-7
552 pages

Quatrième de couverture

1er octobre 2019. Une tempête sans précédent frappe le sud-est de la France. Des villes majeures comme Toulon, Carcassonne ou Montpellier sont noyées sous les eaux. En réponse à l’incurie de l’État pour faire face à la catastrophe, des comités de vigilance se créent un peu partout sur le territoire.
30 juin 2023, 5h du matin. Le réacteur n° 1 de la centrale nucléaire de Cruas n’est plus refroidi. Entre ces deux événements, les tensions se nouent.

Mon avis

« L’impossible, nous ne l’atteignons pas mais il nous sert de lanterne. »

Ce roman qui se définit comme un thriller politique dans sa présentation est également un cri d’alerte.

Dans les premières pages, on suit diverses personnes à des dates précises : 1979, 1986, 1995 etc… Il faut bien les repérer car après on va tous les retrouver et découvrir ce qu’ils sont devenus. C’est intéressant de voir ce qui a pu influencer leur personnalité. Même si c’est assez bref, on voit ce qui les a construits, ce qui les motive.

Ce pourrait être demain…. C’est même parfois, déjà, aujourd’hui…. Et ce qu’on lit, interpelle, questionne, angoisse également… Ne nous laissons pas endormir, ouvrons les yeux….

Dans ce récit, le réchauffement climatique a fait des dégâts énormes et devant le comportement un tantinet attentiste de l’état, certains se décident à agir. Des comités de vigilance se mettent en place, l’idée serait bonne mais ça dérape, et ce sont plutôt des milices avec toutes les dérives possibles qui agissent. Certains les soutiennent, d’autres en ont peur et aimeraient se révolter. Les individus que l’on a appris à connaître se positionnent, hésitent, parlent, se taisent, se mettent en avant, se font oublier, comprennent ce qui se trame ou font comme s’il ne se passait rien …. C’est leur cheminement que nous suivons sur plusieurs mois, voire années.  

L’auteur montre que la frontière entre le bien et le mal est parfois floue et que l’interprétation des faits peut prêter à confusion suivant celui ou celle qui observe, qui analyse.

« Le prof a dit comme toi, que le mal et le bien étaient en nous, côte à côte, et qu’ils n’arrêtaient pas de se faire la guerre au fond de notre tête, que c’était même ça notre liberté, choisir entre les deux et que c’était un combat de tous les jours. »

Il présente des situations et des événements où le (la) protagoniste doit se décider rapidement et quelques fois, pour la vie ou la mort. Qu’est-ce qui pousse un homme ou une femme à de telles extrémités ? Au nom de quoi, pour qui, dans quel but ? Stéphane Lanos nous parle de la place des médias, de leur rôle, de la manipulation d’un fait pour en donner une image qui correspond à ce que décident les gouvernants par exemple…. De nombreux chapitres sont consacrés à « Madame », qui n’est pas sans rappeler…chut, je ne dis rien….

Ce livre est rédigé sur un bon rythme, surtout une fois le « décor » planté. Le style est vif et l’écriture nerveuse. L’atmosphère est retranscrite avec doigté, on sent le malaise grandissant, l’emprise qu’ont certains sur les autres, soit parce qu’ils sont de beaux parleurs (menteurs ?), soit parce qu’ils savent apposer leur autorité pour rallier de plus en plus de monde à leur cause.

Il y a des passages qui m’ont noué le ventre. J’aurais voulu que ce soit différent mais, comme dans la vraie vie, on ne maîtrise pas tout, ni la maladie, ni la bêtise des hommes…. C’est sans doute ça qui fait la force de cet opus, il est ancré dans la réalité, celle dont on doit se méfier si on ne veut pas qu’elle devienne notre quotidien….

J’ai beaucoup apprécié cette lecture. Elle m’a secouée, elle m’a fait serrer les poings mais elle m’a laissé une lueur d’espoir. Il y aura toujours des hommes et des femmes pour dire stop et garder en tête ce que doivent être les vraies valeurs humaines de partage, tolérance et respect.  


"Le piège" de Jean Hanff Korelitz (The Plot)

Le piège (The Plot)
Auteur : Jean Hanff Korelitz
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie Kempf
Éditions : Cherche Midi (10 février 2022)
ISBN : 978-2749171685
416 pages

Quatrième de couverture

Jacob Finch Bonner a connu son heure de gloire comme romancier avant de sombrer dans l'anonymat. Il enseigne désormais l'écriture dans une université du Vermont. Un jour, un de ses étudiants, Evan, lui dévoile l'intrigue du livre qu'il ambitionne d'écrire. Une intrigue géniale. Le best-seller assuré.

Mon avis

Avant tout, si vous voulez être surpris par ce roman, ne lisez pas la quatrième de couverture qui en dit un peu trop (je l’ai raccourcie volontairement).

Jacob Finch Bonner, dit Jake, a écrit un bon roman, qui lui a apporté le succès. Mais ce n’est pas le tout de réussir un premier opus, il faut confirmer. Il essaie, il fait tout ce qu’il peut sous la pression de son agente et de son éditeur mais rien ne vient. Le vide complet. Il est à court d’idées. Il donne le change en disant qu’il est en pleine rédaction mais jusqu’à quand ? Les années passent. Il finit par devenir enseignant dans une faculté du Vermont. Il donne des conseils en écriture pour ceux qui veulent se lancer en s’appuyant sur son expérience personnelle. Il reste embourbé dans des ébauches pour un nouveau titre mais le blocage est toujours bien présent. Le néant…

L’auteur analyse finement le désespoir de cet homme devant la page blanche, son désarroi face à son imagination qui ne lui fournit plus rien, son obligation de lire les tentatives, peu intéressantes, de ses étudiants, jusqu’au jour où lors d’une discussion, l’un d’eux dit détenir une intrigue géniale, originale, révolutionnaire qu’aucun éditeur ne pourra repousser. Jake est septique devant tant de confiance, d’orgueil mal placé…. Il finit par connaître les grands lignes de la future histoire et il reconnaît (pas devant son élève) « qu’il y a du lourd »…

Le temps passe, Jake a retrouvé le devant de la scène avec un nouveau titre, mais il est « sur le fil », pas très bien dans sa vie car il est anxieux, pas en phase avec ce qu’il voudrait être…. Pourtant vu de l’extérieur, tout semble bien aller. Jusqu’au jour où un mystérieux message le déstabilise complètement. Comment va-t-il réagir ? Sur qui et sur quoi va-t-il s’appuyer pour faire face ?

Dans ce récit, on suit Jacob et ses déboires dans son quotidien. On découvre également un autre texte, mis en abyme. Il éclaire sur le présent et le passé de certains protagonistes. Au fil des pages, on sent l’étau qui se resserre. Peu importe qu’on ait une petite idée des tenants et aboutissants, on ne peut pas tout imaginer tant Jean Hanff Korelitz a bien construit son histoire et ses différents protagonistes. Mais au-delà de tout ça, il y a une réelle réflexion sur le métier d’écrivain, sur le rapport (de celui ou celle qui écrit) au livre et à l’écriture, mais également aux médias et aux lecteurs. Est-ce que l’intrigue, le nœud gordien appartiennent à celui qui rédige ? Et si un autre utilise la même « veine » mais d’une autre façon, est-ce du plagiat ? La pensée ne peut pas être unique, n’est-ce pas ? On ne possède ni les mots, ni le vocabulaire, ils ont leur propre vie…. Et que répondre aux nombreuses personnes qui, ayant lu votre texte, vous posent des questions sur sa genèse ? On dit la vérité ou on l’enjolive pour captiver l’auditoire et le mettre dans sa poche ?

« Chaque personne a une voix unique et une histoire qu'elle seule peut raconter. Et n'importe qui peut être auteur. »

Et si c’était ça la réponse ? il n’y a pas des auteurs mais des tas de gens qui peuvent écrire …

C’est vraiment le second aspect de ce recueil qui m’a beaucoup séduite et apporté du plaisir. Non pas que je me fichais de ce qui allait arriver à Jake mais ce n’était pas mon premier centre d’intérêt.

L’écriture de l’auteur (merci à la traductrice) est fluide et addictive. Le rythme est peut-être un peu lent au début mais les événements perturbants arrivent et tout s’accélère, ce qui fait que l’intérêt ne faiblit pas.

Je ne connaissais pas Jean Hanff Korelitz et c’est une belle découverte !


"Bobby Mars Forever" d'Alan Parks (Bobby March will live forever)

 

Bobby Mars Forever (Bobby March will live forever)
Auteur : Alan Parks
Traduit de l’anglais (Ecosse) par Olivier Deparis
Éditions : Payot & Rivages (9 février 2022)
ISBN : 978-2743655020
418 pages

Quatrième de couverture

Glasgow, en ce mois de juillet 1973, Bobby March, héros local qui a réussi dans la musique, est retrouvé mort d'une overdose dans une chambre d'hôtel. Parallèlement, la jeune Alice Kelly, adolescente solitaire, a disparu. Autre disparition inquiétante, celle de la nièce du chef de McCoy qui avait de mauvaises fréquentations. McCoy est chargé d'enquêter.

Mon avis

Après « Janvier noir » et « L’enfant de Février », l’auteur continue avec « Bobby Mars Forever ». Cette fois-ci, ce n’est pas le mois de l’année qui est évoqué mais le nom d’un chanteur musicien.
Nous sommes en Juillet 1973, et il fait chaud, très chaud, ce qui surprend à Glasgow, alors forcément la bière coule à flots dans les pages de ce roman, le sang aussi et également la pluie quand il y a des orages.

Il aura fallu attendre deux ans pour retrouver l’écriture d’Alan Parks, son style profond et noir, où les évocations musicales apportent un peu de légèreté. Il nous fait pénétrer dans une ville sombre, présentant son côté caché. Les gangs qui régissent tout, les policiers qui sont prêts au pire pour obtenir des aveux et se vanter après, la drogue, la prostitution, l’alcool et pourtant on en redemande !

Harry McCoy est toujours là, mais Raeburn l’a évincé des affaires principales et est odieux avec lui. Comme Harry est un sanguin, il doit sans cesse se contrôler ce qui lui coûte beaucoup d’énergie. Alors il noie sa rage dans l’alcool et il traîne. Heureusement Wattie son collègue le tient un peu au courant de ce qui se passe. Une jeune fille, Alice Kelly a disparu. Ce n’est, bien sûr, pas à Harry qu’on confie l’enquête. Il doit s’occuper de braquages et feuillette les dossiers sans conviction. Comme il est seul au commissariat, lorsqu’un hôtelier appelle pour signaler un homme mort dans une chambre, c’est lui qui s’y colle. Cela ne l’intéresse pas plus que ça mais bon, ça lui permet de sortir. Le macchabé de l’hôtel est un chanteur déchu, il a eu son heure de gloire mais c’est fini. À vingt-sept ans, il semblerait qu’une overdose fatale ait eu raison de lui. De plus le chef d’Harry lui demande de rechercher discrètement sa nièce mineure qui n’est pas rentrée chez elle. Il a donc deux enquêtes officielles et une officieuse à mener et grâce à Wattie, il suit un peu celle concernant Alice. Il n’est pas hyper motivé mais il s’y met, inutile de se faire critiquer alors qu’il n’a déjà pas la cote.

Évidemment, tout va se télescoper et des liens vont exister entre les différents aspects du récit. Mais le fil rouge reste Harry McCoy, l’homme qui dérange car il est sans filtre et dit ce qu’il pense, l’homme dont les poings vont parfois trop vite, mais l’homme qui peut être attentionné et sensible, capable de se transcender. Oui, il gère mal ses émotions, ses addictions, mais qu’il est attachant ! En outre, sa façon d’aborder les investigations est intéressante et il arrive à de très bons résultats, notamment car il observe avec acuité. Il n’a pas que des amis car il joue souvent avec le feu mais ça me plaît bien.

J’aime l’écriture de l’auteur (merci au traducteur), sa façon de parler de cette ville qu’il connaît parfaitement et qu’il dépeint avec intelligence et finesse.

« Il avait toujours aimé Glasgow la nuit, même au temps où il était patrouilleur. Seul dans la ville déserte, il voyait des choses que peu de gens voyaient. Sauchiehall Street envahi d’étourneaux, des hommes couverts de farine derrière les vitres des boulangeries, de jeunes ouvrières assises sur un muret et partageant des cigarettes et une petite bouteille de whisky. »

Je trouve aussi que l’approche humaine des différents personnages est pleine de bon sens, de finesse, de doigté. Alan Parks les étoffe, ils ont un caractère mais aussi une histoire bien à eux.

Bobby Mars Forever est un recueil tout à fait abouti, rédigé d’une plume acérée, avec du rythme pour maintenir notre intérêt et un bel aperçu du côté obscur de Glasgow.

PS : C’est une bonne idée de mettre les Rolling Stones et Brian Jones en toile de fond en créant un lien avec Bobby Mars (dont on suit l’histoire de 1964 à 1973 avec quelques pages en italiques semées entre les chapitres). Cela donne envie d’écouter leurs albums !


"Dimitri Galunov" de Blanca Miosi (Dimitri Galunov)

 

Dimitri Galunov (Dimitri Galunov)
Auteur : Blanca Miosi
Traduit de l’espagnol par Maud Hillard
Éditions : Independently published (25 octobre 2021)
ISBN : 979-8753691835
284 pages

Quatrième de couverture

Dimitri a toujours été un enfant différent des autres. Il a été enfermé dans un hôpital psychiatrique à l’âge de onze ans parce que l’on pensait qu’il avait assassiné sa famille, mais il n’était pas fou. Le directeur de l’hôpital s’est aperçu qu’il possédait une intelligence hors du commun.

Mon avis

Dimitri est un enfant particulier, un peu atypique. Il habite une maison avec sa famille dans un village. Il aime la forêt et a créé des liens avec un loup qu’il nourrit régulièrement. Un jour où il est en sa compagnie dans les bois, il « sent » qu’il se passe quelque chose pour les siens et qu’il devrait revenir vers leur demeure. Mais ce n’est qu’un gosse et il s’amuse si bien avec son animal fétiche …. Quand il se décide, c’est trop tard, les murs sont en feu et il ne réagit pas, il observe. Son attitude, et ce qu’il a dans les mains sont de sérieux indices pour ceux qui sont arrivés sur place. C’est lui le pyromane et la seule solution, c’est de l’isoler pour qu’il ne recommence jamais. Dimitri est alors interné en hôpital psychiatrique….

En milieu médical, Dimitri voudrait se faire oublier mais on le remarque, car il détonne et assez rapidement c’est son intelligence, son approche des événements qui interrogent. Qui est-il vraiment ? Est-il conscient de ce qu’il est ou joue-t-il un rôle en apprenant par cœur les connaissances qu’il ressort ? Il semble avoir une perception affinée des faits, ne les influencerait-il pas ? Tous ceux qui vont le fréquenter tout au long de ce roman se questionnent sur la personnalité, la manière d’être, le « fonctionnement » de Dimitri.

Ce roman débute par un récit avec une part de mystère sur les compétences et le caractère de Dimitri. Plus on avance, plus on découvre le côté singulier de cet enfant et on se demande dans quelle direction l’auteur va nous entraîner. Une fois encore, Blanca Miosi a su se renouveler complètement, nous emmenant sur des voies non explorées précédemment. Je ne m’attendais pas du tout à ce qu’elle a proposé. A travers cette histoire, elle aborde des thèmes intéressants et variés notamment celui de la transmission. Quels messages voulons-nous faire passer ? Qu’est-ce qu’il est important de souligner, de porter pour que la terre, qui nous est confiée, reste un lieu d’accueil convivial où chacun trouvera ce dont il a besoin ?

J’ai particulièrement apprécié que l’auteur décortique les rapports entre Dimitri et les adultes qu’il croise pour une raison ou une autre. Tous ont le sentiment qu’il est « étrange », mais aucun ne peut définir en quoi. Ils ont parfois du mal à dialoguer avec lui, ils sont maladroits, presque mal à l’aise car Dimitri les désarçonne. Ah dès que les « codes » de discussion ne sont plus les mêmes, certains ne savent plus faire…. Cela repose la problématique de l’accueil de l’autre dans sa différence…. J’ai vraiment accroché avec les différents contextes évoqués et avec la présence de Dimitri. Au début, il a une dizaine d’années, on le voit grandir en taille, en assurance, il essaie de comprendre les autres mais aussi de se comprendre lui-même car il a une part d’ombre.

L’écriture de Blanca Miosi (merci à sa fidèle traductrice) est fluide, prenante. L’univers qu’elle dépeint ne ressemble en rien à ce qu’elle avait fait auparavant. Il y a du rythme, du suspense jusqu’à une révélation finale surprenante.


"Rien ne nous séparera" de Thierry Cohen

 

Rien ne nous séparera
Auteur : Thierry Cohen
Éditions : Plon (3 février 2022)
ISBN : 978-2259310314
434 pages

Quatrième de couverture

Maroc, 1964. Sarah et Jacob sont de pauvres paysans. Si pauvres que Jacob, contre l'avis de son épouse, accepte de confier provisoirement leur fille et leur fils à une institution de bienfaisance. Une décision qu'il regrettera toute sa vie. Douze ans après le drame, une rencontre réveille le père. Commence une longue quête, faite d'espoir et d'épreuves, qui le mènera peut-être à ceux que la vie lui a arrachés.

Mon avis

J’aime que les romans me bousculent, me bouleversent, me fassent découvrir des horizons inconnus, des faits méconnus, c’est le cas avec le dernier titre de Thierry Cohen.

C’est un récit, tiré de faits réels et solidement documenté, qui débute en 1964 et se termine en 2020. Une fresque humaine inspirée et inspirante, magnifique, émouvante et qui m’a laissée pantelante. Nous voyageons au Maroc, aux Etats-Unis et en Israël sur plusieurs années. Les chapitres sont assez courts, bien définis, si nécessaire l’époque et le pays sont cités. Comme il n’y a pas pléthore de personnages, on ne se perd pas, on sait vraiment où on en est sans aucun problème.

Salomon et Dina ont trois et un ans lorsque leur père (contre l’avis de sa femme) se résout à les confier « provisoirement » à une organisation de bienfaisance pour quelques mois. En effet, Jacob et Sarah, des juifs marocains, ne peuvent pas subvenir aux besoins de la famille. La terre est aride, rien ne pousse et l’argent ne rentre pas. Alors lorsque des hommes d’apparence bienveillante propose de l’aide, le paternel se dit que leurs petits mangeront à leur faim, qu’ils seront pris en charge et quand tout ira mieux, ils reviendront chez eux. C’est un déchirement pour la mère, une douleur infinie, elle a tout essayé pour empêcher ce départ mais elle n'a rien pu faire. Elle va devoir vivre et avancer avec cette béance en espérant des jours meilleurs….

Le couple va continuer sa route cahin-caha, avec des hauts et des bas, partageant une espèce d’omerta sur les faits que ni l’un ni l’autre n’oublient. Mais chacun reste muré, soit dans ses regrets, soit dans ses ressentiments. Parce que les petits, ils ne les ont jamais récupérés. Sont-ils morts ? Ont-ils été « vendus » à l’adoption ? Ensemble ou séparément ? Que sont-ils devenus ?

« Que comprend-on d’un roman dont les premières pages ont été arrachées ? » écrit l’auteur, ou comment se construire quand on ne sait rien de ses racines, de sa vie « d’avant » ? Avec une délicatesse infinie, une écriture fluide et prenante, Thierry Cohen explore les destins de plusieurs protagonistes. Chacun d’eux a dû exister avec des manques, plus ou moins comblés, trouvant un équilibre fragile mais correct. Et puis, un jour, quelque chose va tout remettre en question.

Est-ce bon de remuer le passé, de tenter de comprendre quitte à détruire tout ce qui a été érigé avec amour et patience ? Le silence n’est-il pas, parfois, préférable à des révélations peut être traumatisantes ? Des bébés volés sous l’ère Pinochet, en passant pas les petits réunionnais venus repeupler la Creuse, combien d’enfants ont été arrachés à leurs parents, à leur destin premier ? Combien ont su, compris, ce qui leur arrivait ?

Le recueil de Thierry Cohen, admirablement construit, parle de la difficulté de tous ces êtres (ceux qui sont partis de force, ceux qui sont restés, ceux qui ont accueilli, …) à être eux-mêmes… Quand une part de vérité vous échappe, que faire ? Chercher ou ne rien faire, de peur de souffrir encore plus ? Les quêtes que certains ont entamé se sont révélées douloureuses, étaient-ils capables d’entendre ce qu’on avait à leur dire ?  

Ce récit est un coup de cœur, j’ai aimé l’écriture, le style, le contenu, la découverte, la sensibilité de l’auteur qui transpire car on ressent l’affection (tout à fait partagée par le lecteur) qu’il a eu pour certains de ces protagonistes.


"Au paradis je demeure" d'Attica Locke (Heaven, my Home)

 

Au paradis je demeure (Heaven, my home)
Auteur : Attica Locke
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Rabinovitch
Éditions : Liana Levi (3 Février 2022)
ISBN : 979-1034905157
320 pages

Quatrième de couverture

Le lac Caddo, une immense étendue d’eau verdâtre aux confins du Texas et de la Louisiane, où les silhouettes décharnées des cyprès se perdent dans la brume.  Quand le soir tombe, mieux vaut ne pas y naviguer seul, sous peine de ne plus retrouver son chemin dans les innombrables bayous et de « passer une nuit au motel Caddo », comme disent les anciens. C’est d’ailleurs parce qu’un enfant a disparu sur ce lac que Darren Mathews, Ranger noir du Texas, débarque à Hopetown, un lieu reculé habité par une communauté disparate.

Mon avis

Darren Matthews est un Texas Ranger à peau noire, que ses supérieurs trouvent parfois un peu « désobéissant ». Il est marié à Lisa. Son union a été fragilisée et après plusieurs consultations avec un conseiller conjugal, ça va mieux. Il a fallu qu’il abandonne le travail sur le terrain et qu’il se cantonne à un emploi de bureau qui lui convient moins, mais c’était le prix à payer pour garder son couple en vie. Bell, sa mère, qui ne l’a pas élevé, tant elle était une poivrote notoire, le fait chanter suite à une affaire précédente. Lui, il « court » après sa reconnaissance, son amour, il essaie d’avoir une relation filiale et il galère car elle le manipule.

Darren est envoyé près du lac Caddo où un jeune garçon de neuf ans, Levi, a disparu. C’est l’occasion pour lui de mener à nouveau l’enquête. Le père de l’enfant est en prison, chef de la fraternité aryenne, il fait du trafic de drogue.  La mère s’est mise en ménage avec un autre homme, pas plus net que le paternel. Darren est envoyé là-bas avec une double mission : retrouver le gamin si possible mais surtout essayer d’obtenir des informations sur la FAT (fraternité aryenne du Texas) afin de faire tomber cette « organisation terroriste » dixit son chef. Lorsque Matthews arrive sur les lieux, à Hopetown, il découvre un melting-pot à l’équilibre délicat. Dans la ville de Jefferson, à vingt-cinq kilomètres, il y a des blancs riches, qui dirigent tout et œuvrent dans l’ombre. Mais là, un peu plus loin, des blancs pauvres, quelques indiens (ayant réussi à rester sur place) et Leroy, un vieil homme noir grincheux vivent dans des caravanes ou des masures. D’ailleurs, le petit Levi ayant « cherché » Leroy plusieurs fois, ne serait-ce pas lui qui l’aurait kidnappé et tué ? Est-ce que ce serait un crime raciste ? Ou y-a-t-il d’autres enjeux ?

C’est un polar d’atmosphère que nous offre Attika Locke. On sent l’ambiance poisseuse entre les hommes, leurs relations faussées. Certains s’imaginent avoir la suprématie (on est un mois et demi avant l’investiture de Trump) et profitent de leur statut pour écraser les autres. Même Darren souffre, son insigne ne le protège pas de tout et c’est très compliqué pour lui. En plus, comme il est en « délicatesse » avec ses amis, ses collègues (peut-être qu’il n’a pas tout dit sur sa dernière affaire), il avance sur des œufs, en surveillant ses arrières en permanence tant il a peur d’être coincé. Il n’y a pas que les éléments liés aux rapports entre les personnages qui impulsent un « climat ». Il y a également les lieux : Jefferson où la grand-mère de Levi joue à merveille un double-jeu, odieuse sous une façade souriante ; menteuse sous des dehors policés ….et surtout le bayou, les lacs, avec la mousse, des herbes qui bouchent la vue, de la vase collante, les moustiques qui marquent la peau…..

Ce que j’apprécié dans les récits d’Attika Locke, c’est que le contenu (à savoir ici une intrigue pleine de ramifications) est autant travaillé que le contexte. C’est riche à tout point de vue, les protagonistes ont des caractères bien campés, les faits ne sont pas simples et linéaires et il y a une réelle et profonde réflexion sur le pays, le Texas plus précisément. Sans sombrer dans la politique, l’auteur s’interroge. Est-on d’un pays quand on cherche sa place très souvent, quand on doit parfois justifier le droit d’exister, d’avoir un métier ? En outre, elle a une écriture élégante (merci à la traductrice), délicate et un style porteur de sens. Le fond et la forme sont en parfaite harmonie et je ne peux que recommander cette lecture.


"Fenêtre sur la peur" de Dean Koontz (The Night Window)

 

Fenêtre sur la peur (The Night Window)
Jane Hawk : tome 5 (fin)
Auteur : Dean Koontz
Traduit de l’américain par Sebastian Danchin
Éditions : L’Archipel (3 Février 2022)
ISBN : 978-2809841343
465 pages

Quatrième de couverture

Un jeune cinéaste visionnaire servant de proie lors d'une chasse d'un nouveau genre organisée dans le ranch d'un milliardaire ... Un patron de la mafia de Las Vegas et un tueur psychopathe à la recherche d'un garçonnet pour l'éliminer...Sa mère, Jane Hawk, ex-agente du FBI devenue la fugitive la plus traquée du pays, est déterminée comme jamais à venger la mort de son mari et à déjouer le complot du milliardaire qui finance des recherches génétiques illégales pour contrôler les cerveaux...

Mon avis

Voici le dernier livre relatant les aventures de Jane Hawk. Depuis le premier roman où cette femme est apparue, je suis subjuguée par son charisme. Elle sait rester simple, humble, tout en étant en permanence sur le qui-vive car elle sait qu’elle risque sa vie à chaque instant. Par amour pour son mari, elle ne lâche pas la lutte pour la vérité. Elle est opiniâtre, volontaire, pleine de répondant.

Si un lecteur commence la série par ce titre, il peut comprendre. L’auteur fait des rappels discrets aux récits précédents sans trop en faire, ce qui est parfois bien même pour celui ou celle qui suit depuis le début car il faut parfois attendre longtemps avant d’avoir la suite. Mais qui est Jane ? Elle a travaillé au FBI mais, actuellement, elle est recherchée dans tout le pays. Elle a mis son fils à l’abri (sans certitude que tout se passe bien pour lui). Elle veut prouver que le suicide de son mari a été une manipulation.  Des gens, qui ont décidé de diriger le monde, ont mis au point un moyen pour prendre le contrôle des esprits. La jeune femme veut enrayer cette folie. Mais ceux contre qui elle se bat sont très forts et ont infiltré de nombreux milieux.

Cette histoire est vraiment palpitante, emplie de rebondissements bien placés et offre de nombreuses entrées. On suit en parallèle Jane, un tueur complètement déphasé, un cinéaste qui sert d’appât pour une chasse à l’homme. De chapitre en chapitre, on passe de l’un à l’autre, les laissant souvent dans une situation périlleuse ce qui laisse planer le suspense. De plus, on a peur pour les personnages sympathiques et on tourne les pages de plus en plus vite pour savoir s’ils vont s’en sortir.  Le fait d’avoir plusieurs protagonistes en danger maintient l’intérêt et évite les redondances autour de Jane.

J’avais essayé d’envisager comment l’auteur allait conclure et quels moyens il allait trouver pour que Jane puisse reprendre la main. Et bien, il m’a bluffée. C’est crédible par rapport au reste et même ce qu’il envisage pour Jane n’est pas exagéré. Ce qui est également très intéressant avec ce qu’il présente, c’est l’apport d’explications scientifiques pas trop lourdes, compréhensibles et intelligentes. Dans ce genre de recueil « grand public », je crains souvent « le trop » comme si les écrivains se sentaient obligés d’en rajouter pour qu’on reste fidèle et qu’on ne lâche pas la lecture. Bien sûr, c’est « américain », donc assez visuel, on pourrait faire un film attractif de toute cela.

J’ai trouvé ce recueil complet et bien écrit (merci au fidèle traducteur). L’écriture et le style de Dean Koontz sont prenants, il connaît à la perfection les rouages et les ressorts d’un bon thriller pour nous tenir en haleine. De plus, c’est fluide, sans vocabulaire alambiqué, ça se lit tout seul. Le thème principal, celui du contrôle mental n’est pas neutre. Même si ce n’est pas avec le système évoqué, certaines personnes se trouvent sous emprise et on se sent souvent démuni face à leurs certitudes. Leur cerveau lavé puis « programmé » rend le dialogue difficile voire impossible. D’autres sujets sont abordés comme le pouvoir de l’argent qui permet des dérives, des excentricités totalement dangereuses, ainsi que les allusions aux obstacles auxquels se heurtent ceux qui veulent mettre à jour la vérité, surtout si elle dérange…..

C’est donc à regret que je laisse Jane mais pas Dean Koontz que j’espère retrouver prochainement !