"Judith Winchester -Tome 1 : Les élus de Wanouk" de Julie Michaud


Judith Winchester -Tome 1 : Les élus de Wanouk
Auteur : Julie Michaud
Éditions : Publishroom (14 Décembre 2017)
ISBN : 979-1023607116
436 pages

Quatrième de couverture

En quelques jours, la vie de Judith a basculé. Orpheline, on l'envoie vivre chez son oncle Tom, qui habite Wanouk, un petit bout de terre perdu au milieu de l'océan. Livrée à elle-même, la jeune fille tente de retrouver son équilibre, et se lie d'amitié avec Hugo, un adolescent de son âge, qui lui apprend que l'île abrite une vieille légende selon laquelle les fragments d'âme de trois frères, possédant les pouvoirs de l'air, du feu, et de l'eau, sont dissimulés dans les environs. D'abord sceptique, Judith est bien forcée d'accepter la vérité lorsqu'elle découvre le fragment de Chanax, l'âme du feu. Son destin est alors scellé. Partagée entre le bien et le mal, aidée des autres élus de la nature, l'adolescente va découvrir que la magie peut être aussi belle que terrifiante, et qu'elle devra se battre pour survivre.

L’avis de Franck

J’avoue : rien qu’en regardant la couverture je me suis dit : « encore un livre pour adolescents ».
Il est vrai que la belle jeune fille magnifiquement maquillée en haut de la couverture et le loup d’un blanc presque pur en bas peuvent induire cet avis.

Les premières pages ne démentent pas cette impression. Judith Winchester est une adolescente orpheline recueillie par un oncle sur une île paradisiaque. La jeune fille fait la connaissance d’autres jeunes gens, tous plus beaux les uns que les autres…

Passés les premiers chapitres, on se laisse vite emporter par l’intrigue teintée de fantastique. Le récit est à la première personne. Nous sommes dans la peau de Judith et on suit sa découverte de la légende, de ses pouvoirs, de ses peurs, de ses doutes, de ses amis, de ses ennemis. On finit même par comprendre la présence du loup blanc sur la couverture !

Le style d’écriture est très agréable, facile à lire. Les rebondissements, nombreux, sont logiques et permettent une bonne progression de l’intrigue tout en maintenant un bon rythme de lecture.

Au final, ce livre se lit facilement et, même s’il semble destiné à un public jeune, il peut très bien être lu quand on a fini son adolescence depuis longtemps.

Un reproche toutefois : pourquoi avoir ajouté des gros mots pour faire « jeune et branché » ? Ça  gâche quelque peu le plaisir de lecture.

Comme le roman se termine en point d’interrogation, je vais lire la suite (avec sur la couverture, un beau jeune homme et un tigre...).

"Le jour de ma mort" de Jacques Expert


Le jour de ma mort
Auteur : Jacques Expert
Éditions : Sonatine (25 Avril 2019)
ISBN : 978-2355847578
350 pages

Quatrième de couverture

Charlotte est une jolie jeune femme sans histoire. Elle a un travail qui lui plaît, un petit ami avec qui elle s'apprête à se marier, un chat. Elle se dit heureuse. Cependant, cette nuit d'un dimanche d'octobre, elle se réveille en sueur, tremblante de peur, à l'affut du moindre bruit. Elle est seule chez elle, il est minuit passé. On est le 28 octobre. Le jour de sa mort.

Mon avis

Jacques Expert a l’art et la manière pour embarquer le lecteur dans ses histoires, le coincer dans un suspense anxiogène et une terreur exponentielle, insinuant en lui doutes et incertitudes. Il est très habile et ses récits sont hautement addictifs même lorsqu’ils sont, de temps à autre, un peu caricaturaux. On lui pardonne car ses intrigues sont captivantes et on ne lâche pas le roman une fois qu’on l’a commencé.

Charlotte est blonde, belle, elle vit avec son chat. Amoureuse de Jérôme, elle voudrait bien s’installer définitivement avec lui mais il fait traîner les choses. Ses copines le trouvent merveilleux mais on découvrira à travers les pensées de la jeune femme qu’il n’est pas toujours agréable. Il peut se montrer cassant, vexant, maniaque à l’extrême.

Ce week-end-là, il est en déplacement et Charlotte est seule dans un immeuble quelque peu déserté par les habitants pour diverses raisons. Et voilà un cauchemar-souvenir qui la réveille. Il y a trois ans, en vacances avec ses copines au Maroc, un voyant lui a prédit une mort violente le 28 Octobre. C’est aujourd’hui, là, tout de suite, maintenant et l’angoisse apparaît pour ne plus cesser. On va suivre Charlotte, ses peurs, ses tentatives pour se raisonner en fille solide et sensée puis la paranoïa qui revient au galop. D’ailleurs, est-ce du délire ou est-elle, réellement, traquée ?

Parallèlement à cette journée difficile (c’est un euphémisme) pour Charlotte, nous découvrons des chapitres écrits à la première personne. C’est, semble-t-il, un assassin qui recherche des femmes blondes puis les tue. Il s’exprime à la première personne, prend le lecteur à témoin en faisant de lui son complice. Il explique ses raisons, son cheminement (c’est ce que j’ai trouvé un peu caricatural et un tantinet « déjà vu » par rapport à son enfance). Il se permet même de plaisanter et on ne peut rien faire, alors qu’on voudrait le dénoncer, le remettre à sa place. Le fait qu’il s’adresse à celui qui lit rajoute au malaise. C’est un peu comme si on acceptait ses exactions en ne disant rien. C’est très adroit de la part de l’auteur car on se retrouve coincé entre l’envie de lire et le dégoût que peut inspirer un tel individu. Et….bien entendu ….on continue de tourner les pages…..

Ce recueil nous rappelle combien un fait banal peut être sujet à tension lorsqu’on l’interprète mal parce qu’on est vulnérable. Une personne fatiguée, épuisée, qui se pose des questions, qui est anxieuse risque de voir tout en noir, effrayée par le moindre bruit ou le plus petit craquement. Son comportement sera alors tout à fait irrationnel et elle pourra faire n’importe quoi, sans réfléchir aux conséquences, incapable de penser de façon raisonnée. Cet état est particulièrement bien présenté par Jacques Expert. En quelques mots ciblés, il nous fait pénétrer au cœur de l’esprit des protagonistes et c’est sa grande force. Pas besoin de phrases alambiquées, de grandes descriptions. C’est court, percutant et on est au cœur de l’événement.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture, malgré le bémol que j’ai signalé. Il n’y a pas de temps mort, on veut sans cesse savoir comment la situation va évoluer. Bien sûr, Charlotte est agaçante, un peu naïve, j’aurais voulu la secouer, mais une immense inquiétude la submerge, qui plus est dans un immeuble presque vide, elle se sent abandonnée, elle n’arrive plus à se poser pour agir à bon escient….

Jacques Expert a un style vif, prenant, captivant et le temps passe vite lorsqu’on le lit !

"La pierre et le bocal: Les mots d'Owen" de Gilles Voirin


La pierre et le bocal : Les mots d’Owen
Auteur : Gilles Voirin
Éditions : Librinova (12 mai 2018)
ISBN : 979-1026223986
450 pages

Quatrième de couverture

Katmandou, Garden of Dreams, 1er août 2018, Owen reçoit un mail inattendu de Juliette, son amie des années Lycée, ses pensées s’évadent et voltigent. Elles remontent le temps comme un funambule avance sur son fil.

Mon avis

ab imo pectore …

Katmandou, août 2018. Recevoir des années après, un mail d’une amie de lycée a de quoi perturber. Owen va en profiter pour se plonger dans son passé. Avec une narration très particulière, l’auteur nous emmène sur le chemin des mots, des maux, de la vie, de celui qui est maintenant un homme…

Il y a cinq parties, elles-mêmes sous découpées. On retrouve le fil conducteur, à savoir le quotidien d’Owen qu’il narre à la première personne puis des souvenirs qui reviennent dans un ordre non linéaire.  Tout ceci est complété par des définitions de mots choisis dont chaque présentation commence par « un mot qui peut changer une vie ». C’est un peu « particulier » comme façon de faire, car le suivi est parfois presque trop haché, mais ça a son charme.

Owen, le bébé sans prénom (quelle belle histoire que celle qui l’a amené à porter ce patronyme), s’est cherché toute sa vie. « Exister pour se savoir vivant », comprendre, vivre en harmonie, faire les bons choix, profiter de chaque rencontre pour avancer au mieux. A travers le parcours de ce personnage hors normes, on sent que l’auteur s’exprime avec ses tripes, son cœur, qu’il va chercher au plus profond ce qu’il veut transmettre. Et que ce soit le bonheur des mots, le malheur des maux, rien n’est jamais simple. Il faut accepter les bouleversements, les questions, les doutes, les certitudes qui tout à coup s’ébranlent pour devenir fragiles, avancer, repartir, tomber et se relever, prendre suffisamment de recul pour agir en conscience.

L’écriture de l’auteur est réfléchie, pensée, chaque terme est judicieusement « élu » pour donner le meilleur de lui-même, être mis en exergue et transmettre un message.

C’est un roman indéfinissable qui à l’aide une mise en abyme nous fait pénétrer au plus profond de l’âme humaine, là où il faut aller pour devenir soi.



"L'enfant de Garland Road" de Pierre Simenon


L’enfant de Garland Road
Auteur : Pierre Simenon
Éditions : Plon (4 Avril 2019)
ISBN : 978-2259263542
335 pages

Quatrième de couverture

Kevin O'Hagan a 63 ans. Écrivain raté et veuf torturé par les affres toxiques d'un mariage déchu, il vit retiré du monde, sans espoir ni recours, dans les collines boisées du Vermont. Alors qu'il tente sans succès d'en finir avec l'existence, il devient malgré lui le tuteur de David, son neveu de dix ans, qui vient de perdre ses parents dans des circonstances aussi brutales que mystérieuses.

Mon avis

Bouleversant et magnifique

Dans la famille Simenon, je demande le fils et … j’en redemande !
Je ne suis pas particulièrement fan de Georges, mais je crois que je vais le devenir pour Pierre…
J’ai beaucoup apprécié ce roman qui a su allier avec intelligence réflexions intimistes, analyse psychologique et enquête policière.

Kevin O’Hagan n’a pas particulièrement réussi sa vie. Marié à Nicole, une femme d’affaires efficace, ils ont eu ensemble Nora. Cette dernière est étudiante et ne vit plus avec son père qui est veuf, son épouse étant décédée brutalement, lui laissant une rente pour subvenir à ses besoins et ceux de leur fille, encore bien jeune à l’époque de la mort de sa Maman. C’est donc Madame qui faisait bouillir la marmite en femme indépendante qui n’a jamais voulu de son mari comme associé. Kevin, lui, a essayé d’écrire, il a proposé des manuscrits qui ont été refusés et il est ce qu’on appelle un écrivain raté. A plus de soixante ans, rien ne le retient à la vie et il pense qu’une bonne décision serait d’agir au lieu de se laisser porter. Un suicide et on n’en parle plus. Mais voilà qu’un appel téléphonique va tout remettre en question.

Son beau-frère et sa belle sœur viennent d’être assassinés et ils laissent derrière eux David, leur fils d’une dizaine d’années. Les grands parents, trop âgés pour le prendre en charge, demandent à Kevin de l’accueillir et de l’accompagner dans sa vie. Pas vraiment motivé, il se laisse fléchir et prend sous son aile le jeune garçon. Une relation va se construire entre eux, magnifique de sollicitude réciproque, de respect, d’écoute.

Ce roman est divisé en onze parties dans lesquelles on retrouve des chapitres courts, percutants. La présentation est le plus souvent la même : un chapitre qui évoque le passé et ce que vivait Kevin avec sa femme puis nous revoilà dans le présent avec, éventuellement, quelques retours en arrière. On s’aperçoit vite que ce couple n’avait pas grand-chose en commun et que Nicole était détachée, limite méprisante avec celui qui partageait sa vie. Est-ce cela qui l’a empêché de s’épanouir, de se sentir en phase dans son quotidien ? En partie mais le mal-être était plus profond, l’échange, la complicité, ciment d’une union n’étaient plus là.

Les parents de David ayant été tués sauvagement sans que rien ne soit volé, Kevin s’interroge et se demande si l’enfant n’est pas en danger. Aidé de Fran, une ex-shérif avec qui il est très ami, il va mener l’enquête. Leurs recherches vont les emmener bien loin et aideront Kevin à mieux cerner ce qu’il veut faire de sa vie.

Ce livre est remarquable car les fils rouges sont multiples et aucun ne prend le pas sur les autres.  Il y a les investigations « policières ». Puis le cheminement de Kevin, « Incapable de trouver la sérénité parmi les vivants, il avait recherché la paix des morts. En vain. La vie s’était révélée aussi tenace qu’impitoyable. » Cette longue route vers l’acceptation de l’idée que sa moitié était en partie une inconnue, qu’il l’aimait à sa manière sans toutefois la comprendre et qu’il fallait laisser le passé à sa place pour « se retrouver ». Et enfin, ce petit bout d’homme qui a besoin de tendresse, de protection, qui est spontané, vivant, réclamant (en douceur) de l’attention, une présence humaine nécessaire pour grandir en harmonie. J’ai trouvé que tous les aspects étaient abordés avec doigté, finesse, précision.

J’ai été conquise par le style et l’écriture. Les deux dégagent de la délicatesse, de la pudeur, de la mélancolie. Le phrasé est subtil et délicat, l’atmosphère ouatée. Il y a une forme de sobriété dans le propos et parallèlement une grande profondeur dans l’analyse. Je n’avais pas envie de finir ce recueil et j’ai quitté les différents personnages à regret.  





"Une enquête à la Belle Epoque -Tome 2: Le portrait brisé" d'Alice Quinn


Une enquête à la Belle Epoque -Tome 2: Le portrait brisé
Auteur : Alice Quinn
Éditions : City Edition (3 avril 2019)
ISBN : 978-2824614465
336 pages

Quatrième de couverture

Cannes, janvier 1888. La ville est secouée par un scandale financier qui entraîne la faillite de nombreux notables. C'est dans ce contexte troublé qu'un banquier est retrouvé assassiné. Aux yeux de la police, la coupable idéale est Anna. Emprisonnée, Anna ne peut compter que sur Miss Fletcher et sur Lola pour l'innocenter. Avec l'aide de Maupassant, l'homme de lettres, elles vont jouer les détectives.

Mon avis

Ce deuxième tome reprend le lieu (Cannes) et les personnages déjà évoqués dans « La lettre froissée » publié il y a un peu plus d’un an mais il peut se lire indépendamment. Une fois encore, Alice Quinn a fait de sérieuses et complètes recherches pour donner de la crédibilité et un fond historique réaliste à son récit qu’elle mène de main de maître.

Cette intrigue se situe quelques années après la première. Les personnages ont évolué, Anna surtout a grandi et est devenue une belle jeune fille. Miss Gabriella Fletcher et Lola sont toujours ensemble et font de leur mieux pour subvenir à leurs besoins et veiller sur leur protégée, Anna. L’atmosphère est celle de la Belle Epoque avec ses courtisanes, ses pauvres, ses mensonges, ses non-dits, ses erreurs, ses folies, ses maladies (et les médecins, parfois un peu fous, qui vont avec) … Lady Sarah, l’ancienne amante de Miss Fletcher réapparaît dans sa vie et demande à Anna un immense service. Mais quand on dit oui à ce genre de choses, on ne maîtrise jamais tout. Et voilà comment Gabriella et Lola se font embarquer dans une histoire où il va falloir défendre Anna, accusée de meurtre, sans y laisser des plumes … Elles peuvent compter sur quelques alliés, dont Maupassant qui est toujours là, un peu faible, la maladie progressant mais toujours prêt à aider.

Pendant cette période, beaucoup de riches ont eu des problèmes d’argent et les banquiers, véreux pour certains, ont bien profité de cet état de faits. La ville (et son ambiance) est décrite avec des mots ciblés, on croit voir les fiacres, les filles de petite vertu, les cabinets secrets, on sent les parfums, les odeurs, tant la plume de l’auteur sait trouver le ton juste, rendant visible et vivant tout ce qu’elle présente.

Le début du roman installe les événements, les protagonistes, les rapports qu’ils entretiennent puis très vite les choses s’accélèrent et c’est sans temps mort que le lecteur engloutit les pages. Le vocabulaire est en adéquation avec l’intervalle de temps choisi, les dialogues donnent du rythme et tout se tient, l’écriture est fluide. J’ai eu peur d’une enquête un peu « facile » mais il n’en est rien. C’est habilement construit. De plus, quelques questions restées en suspens dans le premier opus ont une réponse ce qui a comblé la curieuse que je suis.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture que je verrai bien en téléfilm tant les personnages sont pittoresques, ayant du « mordant » et une présence palpable.

Alice Quinn confirme avec ce livre qu’elle peut alterner les genres, de la comédie dites légères avec les textes parlant de Rosie Maldonne au roman policier dans un contexte historique (cette série d’enquêtes) en passant par le très noir avec Fanny N.

"Laisse tomber" de Nick Gardel


Laisse tomber
Auteur : Nick Gardel
Éditions : du Caïman (26 Mars 2019)
ISBN : 978-2919066735
215 pages

Quatrième de couverture

Antoine Spisser est obèse. Ça ne le définit pas, mais ça le décrit assez bien. Surtout quand il se retrouve en équilibre sur la rambarde d'un balcon à 15 mètres du sol. Mais ce qui l'a amené dans cette situation est une autre histoire. Et ce ne sont pas les copropriétaires de son petit immeuble qui vous diront le contraire. Enfin... Ceux qui sont encore en vie...

Mon avis

Décapant du rez de chaussée au dernier étage !

Comme on le voit sur la couverture, Antoine Spisser est en équilibre à quinze mètres du sol sur la rambarde d’un balcon. Sautera ? Sautera pas ? Avant de se lancer ou pas dans le vide, nous allons découvrir comment il en est arrivé là….

Cinquante cinq ans, une hygiène de vie mauvaise et peu d ‘activités font qu’il est obèse, il ne travaille pas et vit (mal) sur l’héritage de ses parents qu’il gère de façon désordonnée.  Il habite au rez de chaussée dans une petite bâtisse où vu sa présence quotidienne, il est facile de le prendre pour le concierge, le gardien d’immeuble, celui à qui on demande des services, ou de faire régner la paix entre les habitants lorsqu’il y a des incivilités.

Mais tout cela, il s’en fiche, complètement, et ce qu’il veut c’est boire sa chicorée (berk) tranquille et regarder des films (il a d’ailleurs une excellente culture cinématographique) à son rythme. Sauf que… Il le dit lui-même : « Je suis devenu un jeune vieillard au milieu de plus vieux encore. » Alors forcément, c’est à lui que les habitants s’adressent pour un peu d’aide, qu’il ne veut pas toujours apporter … Conflits de voisinage ? Pas que… Les retraités des lieux ont peu d’occupations, donc surveiller à travers un œilleton, tendre l’oreille, tout est l’occasion de spéculer, supposer, se la raconter, ou échanger avec le colocataire … Langues de vipère, espionnage, médisance, tous ces « vieux » ne savent pas que faire de leurs journées, alors autant être méchants surtout que la vie ne fait pas de cadeau lorsqu’on avance en âge et que le physique ne suit plus ….

C’est avec une langue pleine de verve, de fantaisie ironique, que Nick Gardel nous emmène visiter les lieux, dans un huis-clos réjouissant. Les uns et les autres sont acariâtres, plein de ressentiment, peu agréables. En bricolant dans un des appartements, chez une dame qu’il ne peut pas supporter, Antoine se retrouve confronté à une situation inédite : l’accident bête qu’il sera difficile d’expliquer. Que faire ? Se taire ? Mais si le monsieur d’en face était l’œil collé au judas et qu’il extrapolait le peu qu’il a vu ? Quelles seraient les conséquences ? Une enquête va être mise en place, un policier devra démêler les fils de cette histoire. La femme de ménage dont les horaires comportent des trous paraît la coupable idéale. A quoi bon chercher plus loin ? C’est sans compter sur toutes les langues qui se délient, crachent leur hargne, leur acidité.

Jubilatoire, ce roman nous offre des portraits au vitriol, des dialogues et des réflexions cyniques, bien ciblés, qui feront peut-être grincer des dents mais qui donnent le sourire. Les mots sont ciblés, choisis, portant bien haut un humour noir, effronté. L’auteur joue avec eux, se régale et nous enchantent. Evidemment si on prend tout ça au premier degré, on va se dire que Nick Gardel exagère, qu’il pousse un peu loin… Mais il faut se laisser porter par son style vif, acéré, pour en profiter pleinement.

Le sous-titre «Petit manuel de survie en milieu grabataire » est à lui seul un bon indicateur de ce qui nous attend, alors … lisez et riez !


"Réalités" de Loïc Grosman


Réalités
Auteur :  Loïc GROSMAN
Éditions : Publishroom (31 Janvier 2019)
ISBN : 979-1023610352
300 pages

Quatrième de couverture

Les Limiers Aeria et Bron effectuent en Réalité Un une mission pour la société idéale de la Réalité Zéro. Leur but ? Traquer ceux qui pourraient perturber leur époque en développant leur faculté de déplacement à travers les mondes.Mais bien vite, le couple repère des anomalies dans les câbles quantiques. Selon l’Analyste Welmot, il s’agirait d’un fait rarissime qui ne se serait pas produit depuis la mise en place de la Fibre Unique, qui permet de changer de Réalité.Pendant ce temps, Abigail, jeune serveuse dans un bar belge...

L'avis de Franck

Enfin un vrai thème de science-fiction !

Pour moi, un bon livre de SF prend une théorie actuelle et la pousse dans ses limites hypothétiques pour définir un monde nouveau théorique. Ce qu’ont fait très bien à leur époque Jules VERNE ou Isaac ASIMOV.

Ici, on reprend la théorie de physique quantique dite du chat de Schrödinger pour inventer des réalités parallèles à notre monde actuel. Chaque individu possède le talent de glisser d’une réalité à l’autre, le problème étant que ce talent doit être réveillé. L’autre souci est que le passé d’une réalité peut influencer le présent d’une autre et vice-versa. Il faut donc veiller à ce que rien ne vienne influencer la réalité 1 à partir des autres réalités.

Ce thème peut paraître compliqué mais il est très bien développé dans le roman. On suit plusieurs personnages qui vivent dans la réalité un et qui surveillent les autres réalités parallèles.
En même temps, on suit Abigail, serveuse dans un pub de Bruxelles qui a été emmenée par Kylee, un surveillant, pour lui faire découvrir son talent endormi de surfer entre les réalités.

On découvre donc la théorie de ces mondes à travers les yeux de la serveuse et on se pose les mêmes questions théoriques en obtenant des réponses du personnage de Kylee.

J’avoue avoir adoré ce livre (qui n’est que le premier tome d’une future trilogie). L’auteur a bien pensé et développé le monde de son roman et les explications de physique quantique se tiennent. Du coup, on se prend d’affection pour les divers personnages et pour ses diverses réalités. Le final donne envie de lire la suite que j’attends avec impatience !


"Toutes les couleurs de la nuit" de Karine Lambert


Toutes les couleurs de la nuit
Auteur : Karine Lambert
Éditions : Calmann-Lévy (17 Avril 2019)
ISBN : 978-2702165430
396 pages

Quatrième de couverture

Le diagnostic est irrévocable. D’ici trois semaines, Vincent aura perdu la vue. Confronté à son destin, ce prof de tennis de trente-cinq ans qui avait tout pour être heureux expérimente le déni, la colère et le désespoir. Comment se préparer à vivre dans l’obscurité ? Sur qui compter ? Il tente de gagner le match de sa nouvelle vie.

Mon avis

« Se mentir pour survivre ? » *

En refermant ce très beau roman, un poème de Paul Eluard (mon poète préféré) a surgi dans mon esprit et je ne peux pas résister à le partager.
La nuit n'est jamais complète.

Il y a toujours puisque je le dis,
Puisque je l’affirme,
Au bout du chagrin,
une fenêtre ouverte,
une fenêtre éclairée.
Il y a toujours un rêve qui veille,
désir à combler,
faim à satisfaire,
un cœur généreux,
une main tendue,
une main ouverte,
des yeux attentifs,
une vie : la vie à se partager.

Paul Éluard

Vincent est professeur de tennis, amoureux d’Emilie, apprécié de ses collègues et des ses élèves. Il va bientôt s’installer avec sa dulcinée et ils projettent ensemble d’avoir des enfants. Tout pour être heureux ? Oui, bien sûr. Jusqu’à cette visite chez l’ophtalmologiste et ces quelques mots : vous souffrez d’une neuropathie optique de Leber. Précédés et suivis d’explications avec des mots scientifiques que Vincent n’entend pas. Le verdict est tombé : dans trois à cinq semaines, il ne verra plus. Ah si, il distinguera dans un flou total, le jour et la nuit, plus facile pour garder le bon rythme biologique…. Il est KO debout, sonné, ce n’est pas possible, il ne peut renoncer à son métier, à voir les couleurs du ciel, de la mer, à être indépendant dans son quotidien. Ce doit être une erreur de diagnostic, le médecin s’est trompé, oui, c’est ça, une erreur, une vaste blague….

Finalement, il faut se résigner et accepter le verdict. Après le déni, la colère, comme dans un deuil, Vincent doit entrer dans la phase d’acceptation. La plus difficile car elle est faite de renoncements, de profonds changements. On pourrait penser que seul l’aspect matériel de sa vie va être modifié mais c’est également toutes ses relations aux autres qui vont être remodelées. Son amoureuse, ses parents, ses amis, ses collègues n’ont plus la même place dans sa vie. Chacun réagit avec son vécu, ses émotions, ses possibilités, il y a ceux qui osent parler du handicap, des difficultés, ceux qui ne savent pas comment agir et qui préfèrent fuir, ceux qui se taisent et font comme si, ceux qui maternent trop et deviennent envahissants, ceux qui ont peur, les optimistes, les pessimistes… Et toutes ces questions ou remarques des uns ou des autres qui surgissent comme ça, d’un coup « Avoir vu ou être aveugle de naissance », qu’est-ce qui est le mieux ? « Tout le monde ne renonce donc pas à la vie quand elle ne ressemble plus à rien ? » « Tu as peur dans le noir ? » « T’irais pas demander un avis aux Etats-Unis ? »

Le cheminement de Vincent vers son nouveau moi est admirablement bien décrit par Karine Lambert. On sent qu’elle s’est documentée et qu’elle a rencontré des gens concernés par la cécité.
La construction est linéaire mais le jeune homme va puiser de la force dans le passé en choisissant d’aller habiter la maison de son grand-père à la campagne. Il érige un mur entre les lui et les autres, car il ne veut ni pitié ni aide, puis peu à peu, il réfléchit. Contourner le mur, grimper et avancer, reculer… ? Que faire ? Entrecoupant les chapitres qui nous présentent l’évolution du professeur, quelques pages écrites en italiques, de plus en plus gros : « son cahier », « ses mots »…. Je les ai trouvés ciblés, choisis, en phase avec le vécu évoqué jour après jour.

J’ai dévoré ce recueil, j’ai été comblée par la plume délicate et tendre de l’auteur. Elle n’en fait pas trop, ne s’appesantit pas mais évoque avec doigté le bouleversement, le tsunami qui vient de débarquer dans la vie de Vincent. Il n’y a pas d’excès de pathos ou de légèreté, c’est dosé avec justesse, avec pudeur aussi. L’incapacité est là, de plus en plus présente et les difficultés qu’elle entraîne ne sont pas niées. Karine Lambert ne sombre pas dans un optimisme béat mais elle nous rappelle qu’on peut avancer, combattre et que :  La nuit n’est jamais complète.

*page 39

NB : Madame Lambert, je vais enregistrer votre récit pour mon amie aveugle.

"Sans mon ombre" d'Edmonde Permingeat


Sans mon ombre
Auteur : Edmonde Permingeat
Éditions : L’Archipel (17 Avril 2019)
ISBN : 9782809826197
440 pages

Quatrième de couverture
Dans un accès de violence, Alice tue sa sœur, Célia. Alors que tout les opposait, Alice décide de prendre la place de la morte. Saura-t-elle donner le change et que découvrira-t-elle de l’autre côté du miroir?


Mon avis

« Sans mon ombre », c’est l’histoire de deux jumelles, Alice et Célia. Physiquement, ce sont deux gouttes d’eau, bien malin qui pourrait déterminer qui est qui. Côté caractère, c’est autre chose, l’une, Célia est mariée, mère de deux filles. Non diplômée, elle consacre énormément de temps à sa famille et à de nombreuses « bonnes œuvres » dans la paroisse ou ailleurs. Elle vit dans un certain luxe, entouré d’amis issus « de la haute ». L’autre, Alice, est professeur de philosophie, elle brûle la vie par les deux bouts et multiplie les amants. Leur mère (qui à mon avis, a fait une première erreur en prenant deux prénoms « anagrammes ») les a comparées lorsqu’elles étaient petites (prends donc exemple sur ta sœur) et a ainsi, incidemment, mis en place un climat délétère qui n’a fait que s’amplifier. Malgré sa réussite en tant qu’enseignante, Alice envie sa jumelle, le train de vie qu’elle mène et le fait qu’elle ait du temps pour elle. Cette jalousie la ronge, l’empoisonne, la détruit. Aussi, lorsqu’une dispute tourne mal et que sa sœur décède sous ses yeux, suite à une mauvaise chute sans témoin, elle saisit l’occasion de prendre sa place. Elle qui a son franc parler mais qui ne supporte pas les fautes de français, un style vestimentaire assez mode, qui aime choisir ses activités, qui ne sait pas cuisiner, va-t-elle réussir à se « couler » dans son nouveau « rôle », celui d’une maman dévouée, qui va à des réunions Tupperware, tient des stands à la kermesse, après avoir préparé des gâteaux ? Chasser le naturel….

Alice va vite découvrir que la vie de Célia n’était pas aussi lisse qu’elle le croyait. Des tas de choses à prévoir, organiser, des amis qui n’en sont pas, des manigances, des chantages, des trahisons, des adultères, ce monde de snobs est un peu caricaturé car on y retrouve tous les cas de figures. Et on assiste aux erreurs d’Alice qui parfois se raccroche aux branches, qui d’autres fois, assume comme si Célia se décidait à être rebelle. Rien ne sera simple, ni facile, elle doit ruser, composer, et se demande si elle a fait le bon choix. Cet échange va lui permettre de faire le point sur sa vie, mais également de découvrir sa frangine par l’intermédiaire d’un journal intime qu’elle récupère. Le lecteur ne connaît pas Célia mais au fil des pages, sa personnalité se dessine, par l’intermédiaire des gens qui parlent d’elle ou qui dialoguent avec Alice en la prenant pour elle.

Ce roman est intéressant pour l’analyse de la relation de la gémellité, des relation amicales ou familiales (que de faux semblants) mais également pour le cheminement d’Alice qui va évoluer, chercher la rédemption après avoir détesté « son alter ego ».

L’écriture d’Edmonde Permingeat est très plaisante, fluide. Elle est régulièrement rythmée par les pensées d’Alice, écrites en italiques, qui sont teintées de cynisme de bon aloi et parfois assez amusantes. Cela « désacralise » le côté sérieux du récit et apporte une bouffée de fantaisie. Le contenu monte en puissance au fil des chapitres. Si l’échange peut faire sourire au début avec les gaffes de l’usurpatrice, on sent rapidement que l’ambiance va aller en se détériorant, que la pression va monter et que l’aspect psychologique va prendre de plus en plus de place.  La présentation de l’évolution d’Alice est une réussite et permet de pardonner l’aspect un peu «caricatural » de certains personnages (comme la belle-mère qui est horrible).

J’ai beaucoup apprécié cette lecture et le style vif de l’auteur. C’est une belle découverte !





"La punition qu'elle mérite" d'Elizabeth George (The Punishment She Deserves)


La punition qu’elle mérite (The Punishment She Deserves)
Auteur : Elizabeth Gorge
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle Chapman
Éditions : Presses de la Cité (7 Mars 2019)
ISBN : 978-2258117761
672 pages

Quatrième de couverture

Ludlow, bucolique bourgade du Shropshire, tombe dans l'effroi lorsque le très apprécié diacre. Ian Druitt est accusé de pédophilie. Placé en garde à vue, le suspect est retrouvé mort, pendu. La commissaire Isabelle Ardery, qui a été dépêchée sur les lieux depuis Londres et qui se débat avec ses problèmes d'alcool, a bien envie de classer l'affaire en suicide. Mais c'est sans compter la sagacité du sergent Barbara Havers. Coachée à distance par l'inspecteur Thomas Lynley, la Londonienne gaffeuse et accro à la nicotine flaire le pot aux roses : et s'il ne s'agissait pas d'un suicide ?

Mon avis

Retrouver les personnages récurrents d’Elizabeth George est toujours un plaisir et malgré quelques longueurs dans ses derniers romans, j’étais impatiente de découvrir celui-ci.

Le sergent Barbara Harvers s’est laissée entraîner à faire des claquettes, elle a minci mais elle n’a rien perdu de son caractère de « cochon » et de ses talents d’investigatrice. La voilà associée à Isabelle Ardery pour aller enquêter sur le suicide d’un diacre, accusé de pédophilie. Le père de ce dernier veut creuser l’affaire. Son fils, homme de Dieu, n’a pas pu commettre un tel acte ! C’est un duo d’enquêtrices assez particulier qui se rend, à Ludlow, dans une petite ville du Shropshire. Isabelle ne supporte pas Barbara et ses initiatives. Elle veut se débarrasser d’elle et cherche en permanence à la coincer pour pouvoir l’évincer pour faute. Barbara, coachée par l’inspecteur Lynley, un aristocrate, qui l’apprécie, sait qu’elle doit rester dans les clous. Voilà donc, les deux femmes parties pour quelques jours. Isabelle, empêtrée dans ses problèmes personnels (divorce, addiction à l’alcool) n’a qu’une hâte : en finir au plus vite. Barbara, elle, sent, dès leur arrivée qu’il va falloir pousser certaines personnes dans leurs retranchements. Pas du tout en phase, la première multiplie les humiliations et les remarques (chambre vétuste, surveillance permanente etc….), la seconde ruse pour retourner sur le terrain, observer le moindre détail qui pourrait permettre d’avancer. Toute la première partie du roman est consacrée à ce binôme improbable et si certains lecteurs y trouveront des longueurs, cela n’a pas été mon cas. J’ai apprécié le fait que l’auteur aille en profondeur dans les rapports entre les deux femmes, approfondissant leur personnalité complexe et nous montrant, par bribes, comment Barbara va arriver à relancer l’affaire. Sa pugnacité est un régal.

La seconde partie permettra de retrouver Thomas Linley avec Barbara sur la même problématique. On va les voir, tous les deux, à l’œuvre, et ce n’est plus du tout la même méthode pour aborder les événements. Il y a un vrai échange, des discussions, des interrogatoires serrés où chacun joue son rôle pour obtenir des résultats. Les individus, qui sont mêlés de près ou de loin à cette histoire de pédophilie, sont très différents. Il y a l’ilotier qui a arrêté, sur ordre, le diacre, il est presque trop poli pour être honnête et il semble cacher quelque chose sous de faux airs naïfs. Sa chef le « materne » un peu trop et le fils de cette dernière travaillait avec le prêtre… et ce fameux fiston n’a pas l’air de mener une vie bien clean….

Il est beaucoup question de famille et d’addictions dans ce recueil. Les liens entre parents et enfants, ce qu’on souhaite pour sa progéniture et ce qui se passe finalement, les difficultés de dialogue dans les couples, la drogue, l’alcool, le sexe sans limite et les conséquences néfaste de ces dépendances. Au-delà de l’enquête, il y a toute cette analyse, finement poussée sans être lourde sur ces multiples thèmes. Elizabeth George aborde également le sujet des coupes budgétaires, du nombre de policiers pour gérer la sécurité, de la place de chaque homme lorsqu’il n’est pas né sur place et qu’il n’est pas forcément le bienvenu là où il vit.

C’est avec bonheur que j’ai replongé au cœur de cet univers so british, dans une atmosphère parfaitement décrite, palpable, presque « télévisuelle » (je verrai bien une adaptation en téléfilm). L’écriture me plaît, elle est sans cesse teintée d’une pointe d’humour (la traduction ne gâche rien). Le côté « rébellion » de Barbara est un régal et son amitié avec Thomas Lynley est empreinte de compréhension de part et d’autre. Malgré le nombre de pages important, je n’ai pas vu le temps passer !



"Les assassins" de R. J. Ellory (The anniversary man)


Les assassins (The anniversary man)
Auteur : R.J. Ellory
Traduit de l’anglais par Clément Baude
Éditions : Sonatine (19 Août 2015)
ISBN : 978-2355842894
528 pages

Quatrième de couverture

Le serial killer le plus dangereux de tous les temps est parmi vous mais seule une personne le sait... Sur dix-huit mille assassinats par an aux États-Unis, seulement deux cents sont le fait de tueurs en série. Aussi les forces de police ne privilégient-elles que rarement la piste du serial killer. Lorsque quatre homicides sont commis en quinze jours à New York, selon des modes opératoires complètement différents, personne ne songe à faire un lien entre eux. Personne, sauf John Costello.

Mon avis

« Côté obscur »

Une fois encore, R.J Ellory va aux tréfonds des âmes, dans la partie la plus sombre des individus pour son roman. On pourrait se poser la question de ce qui anime ainsi un auteur pour mettre à jour toute cette noirceur … mais tant qu’il y a des lecteurs conquis pourquoi s’interroger ?

L’écriture de cet homme est fascinante, addictive, il sait créer une atmosphère lourde de sens, de sous-entendus, de non-dits, de réflexions intimistes.  Ses personnages ont une part d’ombre importante qui désarçonne le lecteur car aucun d’eux ne semble « lisse ».

Parmi tous ceux qu’on croise dans cet ouvrage, John Costello est intéressant, il est suffisamment ambigu pour titiller notre curiosité et nous inciter à émettre des hypothèses et ses raisonnements sont un véritable plus tant pour nous que pour Ray Irving.
« Il n’a pas peur de la nuit, car il porte en lui toute la nuit dont il a besoin. »
Le flic solitaire, embourbé dans ses recherches, est peut-être un peu « cliché » ; quant à  la journaliste, femme forte et fragile à la fois, elle est sans doute celle qui « habite »le plus dans le monde « réel ».

J’ai regretté qu’on ne comprenne pas plus les motivations du tueur. Tout au long des chapitres, des suppositions sont émises, en rapport avec la personnalité trouble, avec le comportement retors et pervers  de chaque meurtrier évoqué, en lien avec celui qui reproduit les forfaits mais il m’a manqué un « je ne sais quoi ». Sans doute, en rationnelle que je suis, avais-je besoin de causes logiques expliquant le pourquoi du comment.
Mais ce n’était sans doute pas l’objectif de l’auteur. En reprenant des faits réels, sur lesquels il s’est parfaitement documenté et qu’il a intégrés de façon magistrale au contenu, il voulait sans doute « appuyer » sur les victimes, celles qu’on oublie trop vite, préoccupé par le criminel parce que c’est lui qui nous renvoie en pleine figure les interrogations les plus gênantes. L’homme, interpellé par la violence qu’il ne conçoit pas, veut saisir les raisons qui peuvent pousser un être humain à agir ainsi. Y-a-t-il des prédispositions provoquant de telles attitudes ? Ellory décortique les situations, passe de l’un à l’autre, faisant monter l’angoisse, installant une boule au ventre qui ne nous quitte pas, analysant les desseins obscurs de ceux qui agissent.

L’intrigue se passe à New-York, la police est sur les dents, sur les nerfs. Nous sommes en période d’élections et il  faut ménager les susceptibilités, tout le monde marche sur des œufs même la presse malgré sa « liberté d’expression ». On observe les dérapages, les prises de risques « calculés », pour lesquels les instigateurs perdent la main, et qui provoquent des dégâts dits « collatéraux ». On sent que le « traqué» manipule tout le monde et qu’il entraîne les uns et les autres là où il veut aller….
Mais comme les personnages, on est démuni, ne sachant comment agir pour le bloquer, l’arrêter….Et là, va résider une grande partie de la force de cet ouvrage, nous emmener à la suite de tous ceux qu’on côtoie dans  les pages, sur des chemins de traverse, jamais unis, douloureux, noirs, de ce noir qui vous colle encore à la peau une fois la dernière page refermée…..

"La route de Savannah Winds" de Tamara McKinley


La route de Savannah Winds
Auteur : Tamara McKinley
Traduit de l’anglais par Danièle Momont
Éditions : L’Archipel (10 Avril 2019)
ISBN : 9782809826159
400 pages

Quatrième de couverture

Début des années 2000. À Brisbane, Fleur apprend qu’elle hérite d’Annie Somerville, une tante qu’elle n’a jamais rencontrée. Milieu des années 1930. Annie et son époux ont quitté Melbourne pour devenir éleveurs à Savannah Winds, un ranch au nord-est de L’Australie, dans une contrée rude. À la lecture du journal d’Annie, le doute et l’angoisse assaillent Fleur. A-t-elle bien fait d’entreprendre ce voyage à travers le temps et l’espace ?

Mon avis

Ce roman nous présente Fleur, une jeune femme architecte d’une trentaine d’années. En couple avec un chirurgien reconnu, elle rêve d’avoir des enfants avec lui et de construire une relation durable et solide.  Il l’aime mais il est réticent à l’idée d’une progéniture… Elle ne comprend pas et leurs discussions sont stériles. Ils sont dans une impasse, chacun bloqué dans ses idées. Mais voilà que deux nouvelles lui tombent dessus en même temps : et comme par hasard, une bonne et une mauvaise… Elle reçoit un héritage conséquent d’une mystérieuse tante et elle perd son boulot car son patron n’était pas aussi net qu’il le semblait… C’est l’occasion pour Fleur de faire une pause, loin de son compagnon, sur les terres dont elle a hérité.  La possibilité de souffler, de faire le point, de réfléchir au sens de sa vie, aux choix qu’elle fait. Une parenthèse, autant pour elle que pour son compagnon. Elle va donc se rendre dans un coin d’Australie qu’elle ne connaît pas, un havre de paix en bord de mer et un ranch coupé de tout à l’intérieur des terres. Là-bas, elle découvrira les journaux intimes de sa tante Annie et le chemin qu’elle va suivre, en les lisant, vers le passé aura de forts et surprenants retentissements dans sa vie.

Il y a donc, d’une part, en fil rouge, le quotidien de Fleur dans le présent, et d’autre part les écrits de la diariste qui nous ramènent des années en arrière. C’est très bien écrit (merci à la traductrice), fluide et captivant. On a envie, sans cesse, de connaître la suite, de savoir comment vont s’en sortir les différents personnages quelle que soit l’époque. Parce qu’il faut bien le dire, au-delà de Fleur, Annie, et leurs conjoints respectifs, il y a toute une famille à appréhender pour le lecteur. Les demi-sœurs, le père, les amis etc.. Les relations ne sont pas particulièrement simples et pas toujours respectueuses. Les non-dits, les mensonges, les malversations, sont légion. Fleur essaie de faire face, le mieux possible mais ce n’est pas facile pour elle. Elle sert de « tampon », de médiatrice, entre les uns et les autres et il faut aussi qu’elle prenne du temps pour elle, car elle risque de s’oublier à force de penser aux autres.

Porté par une écriture envoûtante, ce récit ne se lit pas, il se dévore ;- ) mais il est également nécessaire de le savourer.  L’auteur rend « visible » chaque lieu qu’elle évoque. On entend les sauterelles qui s’écrasent sur le pare-brise, on sent la fraîcheur de l’eau entre les orteils, on tend l’oreille lorsqu’arrive la tempête, on supporte la chaleur…  Les protagonistes sont décrits avec suffisamment de finesse et de précision pour qu’ils soient rapidement des familiers. Certains nous exaspèrent, d’autres nous font de la peine, et peu nous indiffèrent. L’atmosphère magique des grands espaces australiens, au nom de rêve (comme le titre de ce recueil) nous ensorcellent et Fleur est si attachante que l’on n’a aucunement l’envie de la laisser.

 Par l’intermédiaire de ce livre, de nombreux sujets sont abordés : les grossesses désirées ou non, le dialogue dans les couples et les familles, le respect des choix de vie de chacun, l’écoute, la tolérance, entre les ethnies aborigènes, les conditions de vie autrefois et de nos jours en Australie…

J’ai beaucoup apprécié cette lecture que j’ai trouvée très aboutie et accessible. Les différentes parties se complètent et s’équilibrent. L’ensemble est agréable à lire et permet de passer un excellent moment.

"1793" de Niklas Natt och Dag (1793)


1793 (1793)
Auteur : Niklas Natt och Dag
Traduit du suédois par Rémi Cassaigne
Éditions : Sonatine (4 Avril 2019)
ISBN : 978-2355846960
450 pages

Quatrième de couverture

1793. Le vent de la Révolution française souffle sur les monarchies du nord. Un an après la mort du roi Gustav III de Suède, la tension est palpable. C'est dans cette atmosphère irrespirable que Jean Michael Cardell, un vétéran de la guerre russo-suédoise, découvre dans un lac de Stockholm le corps mutilé d'un inconnu. L'enquête est confiée à  Cecil Winge. Celui-ci va bientôt devoir affronter le mal et la corruption qui règnent à tous les échelons de la société suédoise, pour mettre à jour une sombre et terrible réalité.

Mon avis

« 1793 » est un livre brut, violent, empli de souffrance mais d’une profondeur sans pareille. Il a « du souffle », et on y trouve une atmosphère d’époque épique retraçant des faits sombres, cruels.

Nous sommes à Stockholm, en Suède, en 1793. Il y a un an que la noblesse a mis au point un complot. En effet, le 16 mars 1792, au cours du bal masqué de l'opéra royal de Stockholm, le roi a été assassiné d'un coup de pistolet. Son fils Gustave IV Adolphe (âgé de treize ans) lui a succédé mais comme il est immature, la lutte pour le pouvoir est en place. La police, les hommes politiques, les riches seigneurs, tous veulent commander et tous s’arrogent le droit de faire ce qu’ils veulent en toute impunité. De là à ce que les « puissants » se permettent de torturer, tuer sans se poser de questions, en se sentant intouchables, puis appliquer la loi comme ils l’entendent, il n’y a qu’un pas.

D’ailleurs, ce soir-là, dans une ville remarquablement campée par l’auteur, un cadavre atrocement mutilé est découvert dans l’eau d’un lac. En toute discrétion, deux hommes que tout semble opposer vont récupérer l’enquête. Cecil Winge, un homme de loi, malade, fatigué mais perspicace, est le premier. Michael Cardell, un ancien soldat, manchot, est le second. L’un est dans la réflexion, la recherche, le raisonnement, l’autre est dans l’action, le coup de poing, un brin imprévisible, parfois à la limite de la folie. Ce duo improbable se complète, s’épaule en quelque sorte. Chacun a vécu un traumatisme, chacun porte en lui une douleur secrète.
 Les voilà tous les deux dans les rues, quelques fois mal famées, avec des rencontres qui s’avèrent compliquées mais ils ne lâchent rien, pugnaces, entêtés, comme si cette enquête était l’affaire de leur vie, à résoudre absolument. Certaines scènes sont difficiles, presque insoutenables et resteront gravées longtemps dans la mémoire du lecteur. Mais c’est aussi ce qui fait la force de cet opus. Il a du répondant !  On sent bien que les deux limiers dérangent, que leurs questions ne sont pas forcément les bienvenues mais ils restent droits dans leurs bottes, coriaces.

Le style de l’auteur est magistral, son écriture puissante et de qualité. Quant à la traduction, je la pense excellente car rien ne m’a choquée tant dans le phrasé que le choix du vocabulaire.

Niklas Natt och Dag a réussi un tour de force avec ce recueil. Il a dû beaucoup se documenter pour donner une forte crédibilité à son récit. Dans les premières pages, il y a une carte magnifique pour situer les lieux, puis le contexte historique : lieux, situations, vêtements, conditions de vie (notamment pour les plus pauvres : brrrr), tout est parfaitement décrit, représenté. Mêlant habilement des événements fictifs dans un contexte ayant existé, il nous fait voyager dans le temps et l’espace avec intelligence.

Le recueil est constitué de quatre parties (dont certaines sont des retours dans le passé) qui se « répondent » et s’imbriquent à la manière d’un puzzle même si la dernière représente en quelque sorte « la clé de voute », écho de la première, expliquant tout ce qui a été tu ou qui nous a échappé dans les pages précédentes.

« 1793 » est une lecture dure, exigeante, qui secoue, mais tellement marquante que je ne la regrette en rien.

NB : La postface de l’auteur apporte un plus indéniable.

"Oeuvres complètes tomes 1 et 2" de Paul Eluard


Oeuvres complètes tomes 1 et 2
Auteur : Paul Eluard
Éditions : Gallimard (12 juin 1968)
Collection : Bibliothèque de la Pléiade
Tome 1 (1913-1945)
Relié: 1663 pages
Tome 2 (1945-1962)
Relié: 1517 pages

Dans chacun des tomes, on trouve des poèmes, des textes, des dessins, des prières d'insérer, des dédicaces ....

Présentation de l’auteur

Paul Éluard, de son vrai nom Eugène Émile Paul Grindel (14 décembre 1895 à Saint-Denis - 18 novembre 1952 à Charenton-le-Pont ), est un poète français. C'est à l’âge de vingt et un an qu'il choisit le nom de Paul Éluard, hérité de sa grand-mère, Félicie. Il adhère au dadaïsme et est l'un des piliers du surréalisme en ouvrant la voie à une action artistique engagée. Il est connu également sous les noms de plume de Didier Desroches et de Brun.

Mon avis

« Il n’y a jamais eu de réellement déçus dans l’univers que les pauvres et les enfants. N’oubliez jamais que ce monde hideux ne se soutient encore que par la douce complicité, toujours combattue, toujours renaissante, des poètes et des enfants … ne devenez jamais une grande personne» . Bernanos

J'ai eu envie de rendre hommage à ce poète qui pour moi sera toujours celui qui m’a fait découvrir que les mots pouvaient chanter, vibrer, éveiller des tas de sentiments, d’émotions en moi …
Le pouvoir des mots dans un poème, c’est comme un tableau, une œuvre d’art, un beau paysage, un texte qui ne serait écrit que pour vous car, même s’il nous parle au cœur, ce poème, chacun l’appréhende avec ses sens, son vécu …

Paul Eluard, c’est avant tout une rencontre. Celle de la petite fille que j’ai été, qui en CM2 a reçu ses livres de classe, dont un livre de lecture.
Ce livre, comme tous les livres que je lis, je l’ai commencé par la fin …
Sur les deux dernières pages s’étalait une partie du poème Liberté de Paul Eluard. En voici quelques strophes.

Liberté

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

"Liberté".

Ce poème a été imprimé à des milliers d’exemplaires et lancé par avion au dessus de la France
occupée …

Paul Eluard était rentré dans ma vie … A partir de ce moment-là, j’ai voulu lire d’autres poèmes de lui, des livres (L’enfant qui ne voulait pas grandir, Grain d’Aile…), j’ai voulu tout connaître, tout savoir sur lui, tout lire …
Je n’ai pas encore tout lu … La poésie ne se dévore pas, la poésie se savoure, se découvre, se murmure, se déclame, s’impose à vous parfois, se crie, se chante …

Paul Eluard c’est aussi une phrase « La terre est bleue comme une orange » que je collectionne en cartes postales, comme celle de Déborah Chock.

 










D’ailleurs, souvenez-vous des aventures de Tintin, « Tintin et les oranges …. »
Paul Eluard c'est le mouvement dada, le surréalisme qui fait dire à certains que ce qu'il écrit ne veut rien dire...

J’ai commencé à acheter des livres de poche avec des poèmes d’Eluard (Poésie ininterrompue, Le livre ouvert, La vie immédiate, Derniers poèmes d’amour etc……) avant de m’offrir, avec mon premier salaire, comme un symbole, ses œuvres complètes, dans la collection « La Pléiade ».

Après la découverte de « Liberté », je n’ai plus appréhendé la poésie de la même façon. J’étais capable de comprendre, d’entendre, de sentir les mots monter en moi …

Eluard c’est aussi:

C'est la douce loi des hommes
Du raisin ils font du vin
Du charbon ils font du feu
Des baisers ils font des hommes

C'est la dure loi des hommes
Se garder intact malgré
Les guerres et la misère
Malgré les dangers de mort

C'est la chaude loi des hommes
De changer l'eau en lumière
Le rêve en réalité
Et les ennemis en frères

Une loi vieille et nouvelle
Qui va se perfectionnant
Du fond du coeur de l'enfant
Jusqu'à la raison suprême

Et encore « L’amoureuse » : Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens ...

Eluard ce sont des livres pour enfants magnifiquement illustrés "Grain d’Aile", "L’enfant qui ne voulait pas grandir." Mais aussi un recueil « Corps mémorables » accompagnés des photographies de Lucien Clerque.

Eluard, c’est tout ça : l’enthousiasme, la discrétion, les passions, les silences, les souffrances, les rencontres …. La vie ….

Et si vous dites à l’être aimé « Tu sais, il ne faut pas de tout pour faire un monde » et qu’il vous répond : « Je sais, il faut du bonheur et rien d’autre. » Vous saurez alors que lui aussi a rencontré Paul Eluard ….

"Lignées" de Sophie Zimmermann


Lignées
Auteur : Sophie Zimmermann
Éditions : Publishroom (1 er Février 2019)
ISBN : 979-1023610697
338 pages

Quatrième de couverture

Dans un futur plus ou moins proche, les êtres humains vivent sans émotions et sans contacts. Mais l'illusion s'estompe peu à peu... Ava vit dans un monde bâti grâce à la fusion cellulaire définissant des Lignées d'individus aux caractéristiques particulières. Dans cette société où les émotions sont atténuées et les contacts corporels inexistants, un équilibre semble régner entre les êtres humains. Un idéal auquel croit la professeure, jusqu'au jour où un groupe armé fait irruption dans sa classe et la kidnappe. 
          
L’avis de Franck

Le thème me plaisait : dans notre société où la médecine a fait d’énormes progrès que se passerait-il si on pouvait sélectionner les humains selon leur génotype et ainsi les ranger dans des classes sociales spécifiques au service de la communauté ? Vaste sujet...

Ce roman approche cette société du futur avec un idéal utopique : chacun naît dans une éprouvette, suit une éducation type, a son travail, sa tâche, sa fonction et par conséquence, les contacts physiques entre humains sont abolis. On naît, vit, « se marie » et meurt dans sa classe. Pourquoi pas.

Cette société utopique a été créé par l’auteure mais j’aurai plusieurs reproches à faire quant au début du roman :
- Le monde n’est pas assez décrit à mon goût. On est en 2165, il y a des améliorations de la vie quotidienne, surtout médicales, mais cela manque de profondeur. Je suis resté sur ma faim (d’un point de vue scientifique). L’action se passe à Paris et dans les Vosges mais qu’en est-il des transformations du siècle prochain ?
- Le personnage principal prend très vite fait et cause pour ses ravisseurs. Pourtant elle a été enlevée, séquestrée et même torturée ! Elle n’hésite à peine avant de changer radicalement d’avis, de renier la société, d’ouvrir sa maison et de laisser un accès total de son refuge à ses nouveaux amis. J’aurai aimé plus de réflexion et de remise en question de la part de ce personnage principal avant qu’elle ne franchisse le pas.
- Une dernière remarque un peu mesquine : si on ne lit pas le résumé sur la quatrième de couverture, on n’apprend qu’à partir de la page 9 que le personnage principal est une fille et que beaucoup plus tard qu’elle est rousse...

J’ai eu du mal à m’accrocher au début mais je m’étais promis d’aller au bout et j’ai bien fait !
Le rythme est soutenu, l’histoire se tient et le final (même si je m’y attendais un peu) est très bien.
Le style d’écriture est fluide et très agréable. Les rebondissements nombreux et réalistes, ce qui ne gâche pas le plaisir.

On s’attache au personnage d’Ava qui fait quand même de sacrés surprises et découvertes sur son enfance, sur cette société utopique et sur les vrais méchants de l’histoire. Et surtout, les derniers chapitres nous expliquent l’enfance cachée d’Ava.

En conclusion : je vais relire ce livre car connaissant la fin, j’aurai une autre approche de l’histoire et donc un autre point de vue ! 

À suivre ?

"Unité 8200" de Dov Alfon (A long night in Paris)


Unité 8200 (A long night in Paris)
Auteur : Dov Alfon
Traduit de l’anglais par Françoise Bouillot
Éditions : Liana Levi (11 Avril 2019)
ISBN : 979-1034901425
392 pages

Quatrième de couverture

À son arrivée à Roissy, un jeune responsable marketing israélien est enlevé. Présent, le colonel Zeev Abadi, officier de l’unité 8200 des services de renseignement israéliens, propose aussitôt son aide à la police française. Dès lors, l’enquête va se dérouler sur deux plans : à Tel Aviv, où la jeune lieutenante Oriana Talmor tente d’aider son supérieur, et à Paris, où Abadi et le commissaire Léger de la PJ vont enquêter conjointement.

Mon avis

Dov Alfon a grandi entre la France et Israël. C’est un ancien officier des services de renseignements israéliens, il sait donc de quoi il parle en écrivant « Unité 8200 ». D’ailleurs, cette unité existe-t-elle ? Oui, elle a été créée en 1952, installée dans le désert, elle a pour but la collecte de renseignements d'origine électromagnétique et le décryptage de codes au profit de l'Armée de défense d'Israël. Il n’est donc pas difficile de penser que ce roman a des accents de vérité….. L’auteur a-t-il mêlé le vrai et le faux ? Peu importe, quoique…. Son roman est excellent et c’est là l’essentiel.

Yaniv Meidan, un citoyen israélien arrive à Roissy. Joyeux drille, il suit une belle blonde en uniforme rouge sous les yeux des autres passagers dont certains sont ses collègues (un peu jaloux ?). Et puis l’impensable se produit : il disparaît in situ et ne sort jamais de l’aéroport. Le commissaire Léger est envoyé sur place et il sent bien que ce ne sera pas simple : les relations avec Israël ne le sont jamais. D’autant plus que, comme par hasard, voilà que se pointe le colonel israélien Zeev Abadi, soi-disant de passage à Paris….Comme Léger ne croit nullement à une présence fortuite, il se dit qu’il va avoir du boulot : retrouver le jeune homme et surveiller le colonel….

Parallèlement, là-bas, à Tel-Aviv, des dépêches et des télex tombent, « il se pourrait que l’un des nôtres ait été enlevé à Charles de Gaulle ». Disparition volontaire, terrorisme, enlèvement ? Rien n’est exclu et toutes les pistes sont envisageables. Sur place, sont regroupés plusieurs services avec quelques hommes et peu de femmes, mais celle qui nous intéresse s’appelle Oriana Talmor. Elle est lieutenant et remplaçante du chef de la section spéciale. Nouvellement arrivée, elle doit prendre ses marques, comprendre le fonctionnement du lieu et travailler rapidement en lien avec Abadi, tout en conservant, en partie, leurs conversations et leurs recherches secrètes. La question principale que tous se posent, tant en France qu’en Israël est de savoir si l’homme disparu est bien celui qui était visé….car rien ne semble indiquer qu’il avait une vie cachée.

Une course poursuite, un jeu de chat et de souris va s’engager entre les différents services de renseignements, la police et les malfrats. Certains semblent avoir deux visages… En outre, des chinois, des russes sont eux aussi concernés par cette affaire….Cela fait beaucoup de pays et les ramifications vont aller chercher loin, les enquêteurs doivent être plus que vigilants !

Voici une intrigue menée de main de maître, sans temps mort, très visuelle, et assortie de dialogues très vifs. L’écriture est fluide (merci à la traductrice) et on suit sans peine les différents événements, les rebondissements, le rôle et la place de chacun des protagonistes. Les personnages sont intéressants, notamment Oriana Talmor et Zeev Abadi et le lien qu’il tisse au fil des pages, essayant de s’épauler pour avancer. Oriana est une jeune femme pétillante, intelligente, rusée et c’est un vrai plaisir de suivre ses raisonnements. Le commissaire Léger, en bon français, est un peu bougon, râleur, méfiant mais il fait de son mieux.

On sent que Dov Alfon connaît bien ce qu’il présente. Les hommes politiques sont un peu « égratignés » l’air de rien. Même si tout cela reste de la fiction, on se rend compte qu’il connaît à la perfection les contrées et les citoyens évoqués, leurs défauts, leurs failles, leur mode de fonctionnement et de communication. L’atmosphère est parfaitement retranscrite, suffisamment détaillée pour qu’on s’imagine sur les lieux et qu’on ait une bonne perception des différents faits et gestes de chaque individu.

Ce livre se lit d’une traite tant le contexte est captivant, le rythme rapide (avec les allers retours entre les deux principaux endroits) évitant toute lassitude.




"Frère d'âme" de David Diop


Frère d’âme
Auteur : David Diop
Éditions : Seuil (16 Août 2018)
ISBN : 9782021398243
180 pages

Quatrième de couverture

Un matin de la Grande Guerre, le capitaine Armand siffle l’attaque contre l’ennemi allemand. Les soldats s’élancent. Dans leurs rangs, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, deux tirailleurs sénégalais parmi tous ceux qui se battent alors sous le drapeau français. Quelques mètres après avoir jailli de la tranchée, Mademba tombe, blessé à mort, sous les yeux d’Alfa, son ami d’enfance, son plus que frère. Alfa se retrouve seul dans la folie du grand massacre, sa raison s’enfuit. Lui, le paysan d’Afrique, va distribuer la mort sur cette terre sans nom.

Mon avis

Par la vérité de Dieu

Prix Goncourt lycéens 2018, « Frère d’âme » est un livre qui raconte comment la folie peut s’emparer des hommes. Alfa Ndiaye et Mademba Diop étaient amis, des presque frères, du style « à la vie, à la mort », unis face à tout le reste du monde. Tirailleurs sénégalais, ils combattaient côte à côte quand l’impensable s’est produit. Mademba est mort dans les bras d’Alaf après l’avoir supplié de l’achever.
A ce moment-là, Alfa change, il devient autre.
« Ce n'est qu'à ta mort, au crépuscule, que j'ai su, j'ai compris que je n'écouterai plus la voie du devoir, la voix qui ordonne, la voix qui impose la voie. »
Il décide de ne plus se battre pour la France mais pour son ami, prenant la vie des ennemis en signe de vengeance.

On prend en pleine face, des phrases répétitives, comme une longue litanie, comme cette folie qui s’est emparé de l’esprit d’Alfa. Il tue, il se bat pour se pardonner, pour se perdre car il est seul, et il lui manque l’essentiel : une raison de vivre.

L’auteur montre par un style saccadé, puissant, violent, parfois décousu volontairement, combien Alfa est troublé, et que rien ne peut l’apaiser même pas les souvenirs d’enfance qui reviennent au fil du temps….

Un roman coup de poing, à découvrir.

"Manifesto" de Léonor De Recondo


Manifesto
Auteur : Léonor De Recondo
Éditions : Sabine Wespieser (10 Janvier 2019)
ISBN : 978-2848053141
190 pages

Quatrième de couverture

"Pour mourir libre, il faut vivre libre." La vie et la mort s'entrelacent au coeur de ce "Manifesto" pour un père bientôt disparu. Proche de son dernier souffle, le corps de Félix repose sur son lit d'hôpital. A son chevet, sa fille Léonor se souvient de leur pas de deux artistique - les traits dessinés par Félix, peintre et sculpteur, venaient épouser les notes de la jeune apprentie violoniste, au milieu de l'atelier. L'art, la beauté et la quête de lumière pour conjurer les fantômes d'une enfance tôt interrompue.

Mon avis

On agrandit l’âme de ceux qui nous aiment

Ce court recueil est un récit poignant, rempli de l’amour de Léonor pour son père, Félix. Elle le sait condamné, une sale infection a pris le dessus sur son corps, et elle l’accompagne dans ses derniers instants sur terre. Le récit alterne entre le quotidien dans la chambre d’hôpital et des souvenirs. Léonor imagine les dialogues entre Félix, hors du temps, et Ernest Hemingway avec qui il était ami. Elle retrace aussi l’histoire de sa famille, par flashs, les faits les plus marquants où elle a partagé avec son père, parfois dans la douleur, mais toujours avec un amour et une affection sans bornes.

Son écriture est douce, tendre, lumineuse, sublime. En peu de mots, elle tresse ces trois aspects pour aller au bout du chemin, sur l’autre rive où son père se reposera. Elle dit le quotidien, cette attente lorsqu’on connaît le verdict mais pas la date et l’heure. La peur de ne pas être là, la fatigue, l’angoisse, les relations avec les soignants. Il n’y a pas de pathos, mais beaucoup de respect et de compréhension. Ce n’est pas triste car entre les passages dans le milieu médical, on découvre un homme qui avait une aura, qui jouissait de la vie comme il le pouvait malgré les moments difficiles et les atrocités vécues (la guerre les avait chassés de leur pays).

C’est touchant, délicat, et on retrouve tout le talent de Léonor De Recondo pour donner à son texte une musicalité qui parle au cœur.