"Masque de sang"' de Lauren Kelly (Blood Mask)


Masque de sang (Blood Mask)
Auteur : Lauren Kelly
Traduit de l'anglais par Valérie Malfoy
Éditions : Albin Michel (5 Janvier 2011)
ISBN : 978-2226218704
310 pages

Quatrième de couverture

Sous le pseudonyme de Lauren Kelly, la grande romancière Joyce Carol Oates, Prix Femina 2005 pour Les Chutes, poursuit en parallèle une carrière d’auteur de suspense. Vénéneux et diabolique, ce roman nous propulse sur la scène underground new-yorkaise, où Drew Hildebrand, riche et fantasque mécène, provoque le scandale autour d’une exposition de "bio-art" qui présente fœtus et masques de sang humain, dont un à sa propre effigie. Est-ce pour cela qu’elle disparaît de sa propriété au bord de l’Hudson ? Seul indice sur les lieux : un crucifix.

Mon avis

Ce livre s’ouvre sur un prologue de quelques pages qui plante le décor, nous serons dans un milieu d’artistes d’avant-garde …

Puis une première partie où nous allons faire connaissance avec Marta qui vient d’être trouvée, droguée, battue, la mémoire et le corps en lambeaux …
Les chapitres se suivent avec une écriture mêlant faits et pensées, décousues (du fait de la drogue) de Marta. Elle est en proie à des hallucinations, des cauchemars, ne sait plus où est la vérité et qui croire.
On apprend, que dès qu’elle l’a recueillie, Drewe a changé le prénom de sa nièce : Annemarie est devenue Marta. Comment « se construire » dans ses conditions ? Continue-t-on d’être soi ou devient-on une autre, façonnée par ceux qui nous appellent autrement ?
Marta ne fait-elle pas tout ce que souhaite sa tante pour être reconnue, aimée, jusqu’à s’oublier elle-même ?

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" Grâce à toi, Marta, j’espère redécouvrir la vie. Ce qu’est la vie, pas simplement ce qui arrive dans la vie. "

" …. anxieuse et impatiente de savoir si j’étais aimée, si je serais embrassée comme avant, dans ces bras assez forts pour, l’eût-elle voulu, faire craquer mes côtes.".

Quel difficile « héritage » pour la nièce de Drewe ! Quel lourd fardeau sa tante lui dépose sur les épaules !
Dans cette deuxième partie, l’analyse de la relation tante/nièce va être approfondie, nous aurons un regard sur le passé, la construction de « cette vie à deux », et pas toujours à deux …
Marta cherche à se faire aimer, Marta se pose des questions, Marta se sent coupable, se remet
en cause …

Les chapitres qui s’enchaînent, remettent en place petit à petit, lentement, au gré de la mémoire blessée de Marta, les événements qui se sont déroulés dans le passé et qui expliqueront en partie le présent, que l’on a découvert au début du roman.
L’étude psychologique des personnages et des relations qu’ils entretiennent est bien faite. C’est parfois angoissant, prenant, car le rythme des pensées de Marta est douloureux, torturé, entrecoupé par les questions qu’elle se pose sans cesse : est-ce vraiment « ma mémoire » ou un rêve ?

Les réflexions sur l’art et ses limites sont intéressantes. Qu’est-ce que l’art ? Jusqu’à quel point peut-on investir « de soi » dans l’art ? Cette « étude » n’a pas été sans me faire penser à Orlan, cette femme artiste pratiquant « L’art charnel ». C’est dérangeant, c’est gênant.
A-t-on besoin de la drogue, des excès pour stimuler ses sens et réussir ses œuvres d’art ?
Jusqu’où peut-on aller dans l’utilisation du corps ou d’une partie du corps au nom de l’art ? Où commence-t-il, où s’arrête-t-il ? Quelle est sa place ? Comment réagir face aux provocations violentes des artistes, qui nous touchent, nous remuent? N’agissent-ils pas ainsi dans le but de choquer, de faire parler d’eux ?

La troisième et dernière partie, beaucoup plus courte, nous donnera la clef de toute l’histoire et ce n’est pas sans frissonner que nous découvrirons ce qu’il en est …

Ce roman policier n’est pas un roman ordinaire, l’écriture de qualité s’adapte aux situations évoquées et la construction du récit est bien pensée.
Le sujet traité n'est pas courant et la façon de l'aborder change des récits habituels.
Les personnages se repèrent facilement, ils ne sont pas nombreux et leur caractère bien déterminé, pas de confusion possible !
C'est une lecture prenante, qui sera peut-être angoissante pour certains. Je laisse à chacun le choix de se lancer, ou pas, dans cette découverte.

"Best Love Rosie" de Nuala O'Faolain (Best Love Rosie)


Best Love Rosie (Best Love Rosie)
Auteur : Nuala O’Faolain
Traduit de l’anglais (irlandais) par : Judith Roze
Éditions : Sabine Wespieser (25 Août 2008)
ISBN : 978-2-84805-067-6
530 pages

Quatrième de couverture

Rosie, 55 ans, travaille depuis sa sortie de l'école à l'étranger, dans différentes organisations comme rédactrice de rapport en tout genre. Un jour, Reeny, la voisine de sa tante, l'appelle car cette dernière, dépressive et alcoolique, fait des siennes. Rosie rentre donc en Irlande, à Killbride, pour s'occuper de sa tante.


Mon avis

Beaucoup de sujets sont abordés dans ce livre à travers les destins croisés de Rosie et de sa tante Min qui l’a élevée. Après de nombreux voyages, Rosie revient en Irlande s’occuper de Min mais la cohabitation n’est pas facile. Rosie décide d’écrire un livre de « pensées » (cela nous permet de suivre les réflexions de l’auteur sur tout un tas de choses différentes) ; (« Ce moment du voyage de la vie où les questions de la jeunesse ne se posent plus vraiment, mais où les certitudes de la vieillesse sont encore à venir »)(sic). Elle fait un aller retour à New York et c’est là que Min (restée en Irlande) décide de partir aux Etats-Unis pour y vivre tout ce qu’elle n’a pas pu découvrir jusqu’à présent. Rosie rentre en Irlande et Min reste en Amérique. Les rôles s’inverseront et Rosie inquiétera de sa tante.
Rosie, pendant ce temps, pose ses valises dans une vieille maison de famille irlandaise et renoue avec un passé qu’elle explore petit à petit.

La relation tante nièce est bien évoquée, cette intimité parfois rugueuse par pudeur, ces mots qu’on ne dit pas (je t’aime) mais qui se vivent. Certains domaines sont évoqués avec délicatesse ou humour : religion, amitié, adultère à travers des personnages attachants.
La traduction est excellente avec un vocabulaire soigné.

C’est un livre agréable à lire où l’on suit tour à tour les différents personnages, leurs tourments, leurs réussites, leurs échecs…tout ce qui est la vie…

"L'Arche d'alliance" de Sarah Frydman


L'Arche d'Alliance
Auteur : Sarah Frydman
Éditions : Albin Michel (Juin 2010)
ISBN : 978 - 2-226-20832-3
472 pages

Quatrième de couverture

Depuis la nuit des temps, nombre d'aventuriers, de savants, de religieux sont partis en quête de la mythique Arche d'Alliance, le trésor perdu du Temple de Salomon. Toujours en vain.
Quand Paul de Brissac, un archéologue français, annonce qu'il l'a peut-être localisée, une implacable machine de mort se met en marche. Intégristes religieux de tous bords, tueurs à gages néo-nazis, MOSSAD se déchaînent. Car la valeur inestimable de l'Arche pourrait permettre la construction d'un canal entre Mer Morte et Mer Rouge et apporter la paix au Proche Orient...

Mon avis

L’Arche d’Alliance est un roman savamment dosé comme je les aime.

Un peu d’Histoire (mélange d’événements et de personnages réels (l'abbé Saunière était-il riche ou pas?) et imaginaires dans un contexte « contemporain » qui nous pousse régulièrement à nous poser des questions « et ça c’est vrai ou pas ? », et on sort dictionnaire, encyclopédie ou moteur de recherches…), un peu d’exotisme, un peu d’humour (Sabrina, le soir du réveillon est un vrai régal, très visuel), un peu d’amour, un peu d’espionnage, un peu d’enquête, un peu de suspense, un peu de poésie (ah, les vers d’Aragon page 156…)… Des bons, des méchants, des traîtres, des naïfs, des amoureux …..Tous les ingrédients réunis pour happer le lecteur…et poursuivre avec les héros la quête du fameux trésor….

Ajouter à cela une écriture alerte, incisive, un vocabulaire de qualité (vous savez, vous ce qu’est le « verjus parisien »?), des chapitres courts et bien construits qui nous entraînent d’un lieu à l’autre, d’un personnage à l’autre, et vous pourrez vous laisser emporter par ce roman sans vous rendre compte du nombre de pages avalées…
Une citation? "Chaque être est en lui-même un monde distinct" page 82

Au début de chaque chapitre, en italiques, le lieu (Paris, Tel-Aviv, New-York, Bâle, Toulouse…), la date (entre Décembre 1999 et Juin 2009 …..)
Ils sont écrits de deux manières :
-soit par le narrateur, à la troisième personne du singulier
-soit par Sabrina, la jeune assistante embauchée par Paul de Brissac
C’est une bonne idée car cela maintient un rythme de lecture agréable, on accompagne Sabrina dans ses questionnements… lorsque c’est elle qui « parle » et le reste du temps …. on « suit » les événements et on peut avoir nos propres interrogations ….
Les phrases sont courtes, bien ponctuées, il y a beaucoup de dialogues et aucune longueur ou lourdeur.

Je me suis posée la question du choix de l’illustration de couverture. J’aime beaucoup la police de caractères du nom et du titre ainsi que la couleur et la façon dont le titre « mord » un peu sur le nom. Le mélange de brillant et de mat donne du relief et les bandes dans les tons de brun sur le fond noir attirent l’œil (que représentent-elles, j’hésite…) Et puis, ce petit dessin gris argenté juste sous le titre…dessin photo auquel j’aimerais mettre un nom…

La trame du livre n’est pas sans rappeler ceux de Katherine Neville, Ian Pears, Umberto Eco ou Dan Brown, qui eux aussi, ont écrits des thrillers que l’on appelle maintenant « historico-ésotérique » mais parfois beaucoup plus compliqués dans les références historiques et le déroulement.

C’est un très bon roman que j’ai beaucoup apprécié, alors pourquoi pas « un coup de cœur » ? Sans doute, parce qu’il ne m’a pas surprise (puisque dans le même style, j’avais déjà lus ceux que j’ai nommés plus haut) et aussi parce qu’habituée de ce genre de livres (quête historique dans un présent semé d’embuches), j’ai « vu venir » certaines situations.

Mais je me dois de souligner que j’ai passé un agréable moment de lecture et que je félicite Sarah Frydman pour son érudition, pour m’avoir intéressée et donné envie de découvrir ses autres livres…

"Le projet Bleiberg" de David S. Khara

Le projet Bleiberg
Auteur: David S. Khara
Editions: Critic (Octobre 2010)
ISBN:978-2264054647
280 pages

Quatrième de couverture

1942. Pologne. Camp de Stutthof. Le chef suprême de la SS rencontre secrètement le scientifique en charge du plus important projet du 3e Reich.De nos jours. États-Unis. Jay Novacek, jeune trader new-yorkais, dépressif et alcoolique, reçoit la visite de deux émissaires de l’armée. Son père, haut gradé de l’US Air Force, vient d’être assassiné. Aussitôt, la C.I.A. dépêche une pétillante recrue pour protéger le fils du défunt.

Mon avis


Un zeste de Robin Cook pour les expérimentations scientifiques ….
Un zeste de John Grisham pour le rapport à la bourse, à l’argent, aux grandes firmes économiques ….
Un zeste de Clive Cussler pour les militaires, les femmes (une gentille (avec un peu d’amour), une méchante, et quelques seconds rôles …) ainsi qu’un humour de bon aloi tournant parfois en dérision les situations les plus tendues …. sans oublier le rapport passé/présent ….

Tous ces grands noms du roman policier n’ont qu’à bien se tenir, un bon auteur est né !

David S. Khara a réussi un savoureux mélange de tous ces genres pour nous entraîner dans un récit étourdissant, bien construit, aux nombreux rebondissements et à l’écriture de qualité.

Jay Novaceck, jeune trader new yorkais, mène une vie qui lui plaît malgré une enfance douloureuse qu’il a du mal à oublier. Un événement fâcheux va le faire basculer dans le clan « des dépressifs alcooliques » … il survit tant bien que mal jusqu’au jour où , deux militaires sonnent à sa porte pour lui annoncer que son père est mort … Il le détestait et sa première pensée sera « bon débarras » … Sa mère le suivra de peu mais avant de mourir, elle aura eu le temps de lui remettre quelque chose …
Sa vie va se trouver bouleversée du jour au lendemain sans qu’il ait le temps de se poser.
Tous ses repères volent en éclats, ses certitudes sont ébranlées.
De ce fait, il va partir à la découverte de son père, mais pas seulement …. une terrible menace pèse sur l’humanité et il l’apprend en faisant ses recherches. Qui était vraiment ce père qui l’a abandonné, pourquoi l’a-t-il laissé ? Que cachait-il?
Confronté à des dangers qu’il n’avait même pas envisagés, Jay ira à la rencontre de son géniteur, mais encore de lui-même, des autres, élargissant sa vision et cessant de se regarder le nombril ….

Le rythme est haletant, passionnant, car on passe des impressions de Jay, qui donne ses ressentis, analyses des faits, pose ses interrogations (emploi du pronom « je ») à une narration classique (à la troisième personne) alternant les faits présents à des incursions dans le passé. Le passé revisité de façon subtile avec des personnages historiques ayant existé et d’autres totalement fictifs, dans un amalgame très bien dosé et assez vraisemblable (sauf le « fait » en lui-même mais cela ne nuit pas à l’intrigue). De plus, pour éclairer le lecteur, sans tomber dans des longueurs inutiles, certaines explications sont apportées par le biais des notes du père de Jay (on reprend alors la narration à la première personne, plus légère et nous mettant tout de suite dans l’ambiance.)
C’est donc une construction originale et superbement bien dosée qui donne en partie sa «force » à ce policier, d’autant plus que les différents genres d’écriture peuvent se côtoyer dans un même chapitre, évitant tout phénomène de lassitude.

Les différents protagonistes, quant à eux, sont humains, avec des forces, des faiblesses, des parts d’ombre et des blessures
L’auteur aurait pu forcer « le trait » en essayant d’approfondir la personnalité de chacun des individus mais il a su leur donner un vrai caractère sans alourdir son récit qui rebondit ainsi de pages en pages.

De plus, ça et là, il distille quelques réflexions un peu plus profondes, nous montrant qu’il sait réfléchir

« Le suicide n’est pas une preuve de courage, mais d’abandon. Des erreurs, des fautes, nous en commettons tous. La force d’un homme ne se mesure pas au nombre de coups qu’il peut donner. »

autant que manier l’humour.

«Je mate sa chemise gonflée par sa petite poitrine ferme.
Au diable les fantasmes : soit je lui mets un pain, soit je saute de l’avion pour ne plus voir sa gueule. »

Les esprits chagrins (et il y en aura certainement) diront que tout cela est un peu trop caricaturé, presque « américain ». Il n’empêche qu’on ne voit pas le temps passer en lisant cet opus que je recommande fortement pour les amateurs du genre.

NB: Monsieur Khara, je vous donne ma date d'anniversaire pour votre prochain roman? Skritt, tu es d'accord? Chacun son tour?

"Insoumis" de Patrick S. Vast


Insoumis
Auteur : Patrick S. Vast
Éditions : Aconitum (Avril 2016)
ISBN : 9791096017010
200 pages

Quatrième de couverture

Jean Boitel et Noëlle Damour auraient pu former le petit couple parfait des Trente Glorieuses. Mais la guerre d'Algérie bat son plein, et Jean est accusé du meurtre d'un jeune appelé du contingent. Réfugié à Paris, il y apprendra sa condamnation à mort par contumace.

Mon avis

Jusqu’au bout de la vie….

Ils s’aimaient d’amour tendre, les tourtereaux, Jean et Noëlle, comme ces jeunes couples des années soixante à qui la vie souriait. La guerre d’Algérie arrive, les recrues se font parmi les jeunes français et lui, le bel amoureux doit partir se battre là-bas. A quoi bon « épouser »un combat qui n’est pas le sien, qui lui semble flou ? Pourquoi quitter son pays alors que tout va très vite être fini (c’est ce qu’on lui dit) ? Et puis il y aura forcément une amnistie permettant aux insoumis de sortir de leur cachette et de reprendre le cours de leur vie quand tout sera rentré dans l’ordre …. Jean n’a pas choisi cette situation, faire son service militaire, d’accord, puisque c’est obligatoire mais aller au front pour une cause qui n’est pas la sienne et risquer de ne jamais revenir, non ! Alors il décide d’être insoumis et de se terrer en entendant l’accalmie…. Noëlle a peur mais elle le comprend….

Le temps passe, les événements s’enchaînent, pas vraiment comme les jeunes gens les avaient envisagés. S’il est besoin, ce roman nous rappelle qu’on ne maîtrise jamais tout, ni le cours de son destin, ni les actions collatérales qui en changent la direction…. Jean sera confronté à des situations qui lui échappent, obligé d’agir vite, parfois sans réellement réfléchir….

Sur fond de guerre d’Algérie, de trahison, de complots, Patrick S. Vast nous expose des personnages attachants pour la plupart. Ave une pudeur toute masculine, à mots choisis, il évoque les sentiments des uns pour les autres, les rapports de force et le poids de l’argent…. Le portrait de Noëlle, toute en force et douceur, est une réussite. C’est une « belle » personne. Comme d’autres femmes que Jean trouvera sur sa route et qui l’aideront, simplement parce qu’elles croient en lui…

J’ai beaucoup aimé la construction du roman, on découvre l’année 2001, puis on passe aux situations des années soixante avec parfois un aller retour en 2001. Les premières pages vous questionnent et donnent le souhait d’en savoir plus très rapidement. L’écriture est précise, directe, avec toutefois une bonne part pour les émotions de chacun. Le fond de l’intrigue, avec une trame historique donne de la consistance à l’ensemble. On retrouve ce qui s’est passé, la musique de l’époque avec un clin d’œil aux bons vieux tubes que nos parents écoutaient, les faits principaux également, comme Mai 68. L’auteur doit aimer la musique car les titres sont toujours sélectionnés avec goût et vous donnent des envies de bande son pour accompagner la lecture. On balaie une quarantaine d’années avec l’atmosphère de cette période. C’est très bien exprimé et on s’y croirait. On pourrait penser que moins de deux cents pages pour parler de tout ce temps c’est un peu juste. Et bien non, pas du tout. Le rythme est bien réfléchi, l’essentiel de l’actualité nécessaire à l’évolution de la situation des protagonistes agencé avec doigté.

C’est donc un ensemble harmonieux, agréable et loin d’être vide de sens que nous propose la toute nouvelle maison d’édition Aconitum. L’air de rien cet opus n’est pas du tout une bluette. Des sujets graves sont abordés et s’ils ne sont pas approfondis, c’est par choix de l’auteur (enfin c’est ce que je pense) pour ne pas alourdir le propos et laisser un texte abordable par tous. Après, ce sera à chacun de répondre s’il le souhaite, aux différentes interrogations qui ne manqueront pas de germer. A commencer par la principale : qu’aurais-je fait à leur place ?

"Le sang du Christ" de Frédéric Mars


Le sang du Christ
Auteur : Frédéric Mars
Éditions : Michel Lafon (29 Avril 2010)
ISBN : 978-2290030608
478 pages

Quatrième de couverture

An 30 de notre ère, 6 jours avant la Pâque juive. Dans une ferme située à proximité de Jérusalem, un homme est sacrifié selon le rituel de l’agneau pascal. Ce mort, c’est Jean de Gamala, héritier légitime du trône de David, usurpé par Hérode avec l’appui de Rome. Soupçonné du crime, son frère Jacques le scribe tente de démasquer par lui-même le meurtrier. Aidé de sa nièce Sara, il piste l’assassin qui ensanglante la Judée, alors qu’un autre aspirant au titre de roi des Juifs provoque les autorités juives et romaines : un certain Jésus de Nazareth.

Mon avis

« Tout est nombre » …
Sept parties, quatre vingt douze chapitres et un prologue rythment ce roman, car il s’agit bien d’un roman comme annoncé en quatrième de couverture.

« Tout est nombre » est une phrase qui revient plusieurs fois dans le livre.
Les sept parties m’interrogent … Frédéric Mars a-t-il choisi ce nombre volontairement, pour sa symbolique (et après il a fait en sorte d’avoir 7 parties ?). En effet, Jésus serait tombé sur le chemin de croix sept fois … il aurait subi sept blessures. Il y a sept sacrements dans l’Eglise Catholique, le nombre sept caractérise Marie …
Peut-être est-ce un hasard, peut-être est-ce voulu ?

« Le sang du Christ » … Ce sang dont on dit qu’il « a été versé pour vous sauver » …
Sang présent dès le prologue, sang que l’on retrouve à la fin, sang qui apparaît tout au long du livre.

Sara, la jeune nièce de Jacques, qui l’accompagne dans son enquête, devient femme et a ses premières menstrues. On la suit dans la découverte de son corps, de ce bouleversement de femme, de ses premiers émois. On grandit avec elle.
Son personnage est attachant. Elle apprend à se positionner, son esprit vif et alerte progresse en connaissance. Elle a une avidité de comprendre qui m’a plu.

Jacques … Que dire de Jacques … Jacques … je le voudrais comme ami … Il aime les mathématiques, comme moi. Il veut comprendre, il réfléchit, parfois à haute voix, en associant ceux qui sont à côté. Il n’étale pas ses connaissances, il partage … Jacques, le scientiste, m’a fait découvrir le « dialogue maïeutique ».
« Ce n’était pas la moindre vertu de la maïeutique, il l’avait déjà constaté à maintes reprises ; celui qui interrogeait découvrait au moins autant de choses en lui, sur lui, que celui qu’il criblait de questions. L’accouchement était double, réciproque. »
Jacques qui écoute de la musique et dit : « Ne sous-estime jamais le pouvoir de la musique sur les hommes. » et qui explique qu’Anaxilaos a dit : « la musique est la forme la plus sophistiquée des mathématiques, et par nature, l’âme humaine est sensible à sa construction. » (Le lien entre les mathématiques et la musique est l'un des thèmes de la philosophie … note de Cassiopée…).
J’ai aimé le cheminement des réflexions de Jacques, je le suivais, parfois il allait plus vite que moi, parfois, j’avais envie de lui dire « non pas là, il faut aller ailleurs ! »

Ce livre est bien écrit, il ne faut pas chercher à comparer avec les Evangiles ou autres références. Frédéric Mars a librement adapté ses recherches et sa documentation. C’est un beau travail en ce sens où on est très vite emporté par l’histoire et où le rythme s’accélère vers la fin, ce qui est parfait.

L’illustration de couverture est très bien. L’écriture alerte et vive. Les lieux sont indiqués si nécessaire en début de chapitres. Comme je commence toujours par lire la fin, j’avais vu l’annexe et j’ai pu l’utiliser si nécessaire.

C’est avec grand plaisir que je relirai un livre de cet auteur, en espérant y retrouver la même qualité.


"Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une" de Raphaëlle Giordano


Auteur : Raphaëlle Giordano
Éditions : Eyrolles (17 Septembre 2015)
ISBN : 978-2212561166
220 pages

Quatrième de couverture

- Vous souffrez probablement d'une forme de routinite aiguë. - Une quoi ? - Une routinite aiguë. C'est une affection de l'âme qui touche de plus en plus de gens dans le monde, surtout en Occident. Les symptômes sont presque toujours les mêmes : baisse de motivation, morosité chronique, perte de repères et de sens, difficulté à être heureux malgré une opulence de biens matériels, désenchantement, lassitude... - Mais... Comment vous savez tout ça ? - Je suis routinologue. - Routino-quoi ? Camille, trente-huit ans et quart, a tout, semble-t-il, pour être heureuse. Alors pourquoi a-t-elle l'impression que le bonheur lui a glissé entre les doigts ? Tout ce qu'elle veut, c'est retrouver le chemin de la joie et de l'épanouissement. Quand Claude, routinologue, lui propose un accompagnement original pour l'y aider, elle n'hésite pas longtemps : elle fonce.

Mon avis

Ce roman est l’occasion pour l’auteur de présenter des situations conflictuelles, mal vécues ou difficiles et de proposer par l’intermédiaire d’un des protagonistes, des solutions pour mieux vivre son quotidien lorsqu’on est au bord de l’implosion ou tout simplement, pas vraiment en phase avec ce qu’on vit.

Je comprends le succès de ce livre et je pense qu’il peut aider des personnes à se rappeler qu’il vaut mieux voir la « moitié du verre qui est plein » que celle qui est vide.

Je l’ai lu à petites doses, ce qui m’a évité une lassitude qui n’aurait pas tardé à pointer le bout de son nez si je l’avais lu d’un coup.

D’un naturel optimiste et heureux (merci à mes chers parents qui m’ont élevée dans la positive attitude ;-) , je n’ai pas fait de découvertes transcendantes mais je vois très bien à quelles copines je vais l’offrir…. en espérant que cela les aidera à avancer dans la vie….

"Aquarium" de David Vann (Aquarium)


Aquarium
Auteur : David Vann
Traduit de l’anglais (Etats-Unis)  par Laura Derajinski
Éditions : Gallmeister  (octobre 2016)
ISBN : 978-2-35178-117-3
280 pages

Quatrième de couverture
Caitlin, douze ans, habite avec sa mère dans un modeste appartement d’une banlieue de Seattle. Afin d’échapper à la solitude et à la grisaille de sa vie quotidienne, chaque jour, après l’école, elle court à l’aquarium pour se plonger dans les profondeurs du monde marin qui la fascine. Là, elle rencontre un vieil homme qui semble partager sa passion pour les poissons et devient peu à peu son confident.

Mon avis

Plongez !

Cette fois-ci, chez David Vann, pas de grands espaces, juste une ville où sont installées une mère et sa fille. Des horaires très durs pour la maman, des levers tôt pour la petite qui le soir après la classe, va admirer les poissons. Elle se raconte des histoires, les observe, s’engloutit dans leur silence (pour mieux supporter le reste ?).

Une première partie où se décline le quotidien de ses deux femmes. La mère et son petit ami Steve, la fille et sa meilleur amie, Shalini. Tout pourrait rester ainsi … Un jour, une rencontre va désorganiser ce (fragile) équilibre et tout volera en éclats violemment, terriblement, douloureusement…. Comme un volcan qui aurait couvé longtemps avant de se mettre en éruption…

C’est un huis clos entre trois personnages féminins et deux masculins, les autres protagonistes sont à peine esquissés. Comme dans beaucoup de ses romans, l’auteur explore les non-dits familiaux, les relations tumultueuses et houleuses. La rage et la colère qui habitent ceux à qui ils donnent la parole puisent-elles leurs mots dans ce qu’il a vécu, ressenti ? Est-ce qu’à chacun de ses récits, il livre un peu de lui, comme un gigantesque puzzle ? « La rage, c’était ce qui l’avait maintenue à flots si longtemps. »

Ça et là, quelques poissons nous sont dévoilés sous forme d’un dessin, apportant une pause (d’ailleurs ne dit-on pas que mettre un bocal près d’un malade l’apaise ?) dans un roman qui monte en puissance au fil des pages. « Ils représentaient les possibles, une sorte de promesse. »
Ecrit dans un style plus direct, ce récit est moins « lourd » que les écrits habituels de l'auteur, l’atmosphère moins pesante puisque les dialogues sont plus  « vivants». De ce fait, il n’est pas aussi noir ou bouleversant que d’autres titres. Toutefois, cela reste un bon roman qui se lit en apnée tellement il est prenant.


"La chimiste" de Stephenie Meyer (The Chemist)


La Chimiste (The Chemist)
Auteur : Stephenie Meyer
Traduit De l’anglais (Etats-Unis) par Dominique Defert et Carole Delporte
Éditions : Jean-Claude Lattès (Novembre 2016)
ISBN : 978-2709659307
560 pages

Quatrième de couverture

Elle était l'un des secrets les mieux gardés - et des plus obscurs d'une agence américaine qui ne portait même pas de nom. Son expertise était exceptionnelle et unique. Et puis, du jour au lendemain, il faut l'éliminer au plus vite... Après quelques années de clandestinité, son ancien responsable lui propose d'effacer la cible dessinée sur son dos. Dernière mission... ou dernière trahison ?

Mon avis

"La Chimiste" est le dernier livre de Stephenie Meyer. Pour ceux qui ne la connaissent pas, c'est elle qui a écrit la saga Twilight qui a été un grand succès tant au niveau littéraire qu'au box office. Ses vampires sont devenus des familiers pour de nombreux lecteurs. Elle est restée dans le domaine du fantastique avec "Les âmes vagabondes" en 2009. Cette fois-ci, c'est pour écrire un thriller qu'elle a décidé de reprendre sa plume. Elle le fait avec brio, prouvant, si besoin est, qu'elle peut se frotter à différents genres et se renouveler.

Son personnage principal, Juliana, est une femme qui a travaillé pour les services secrets et qui était une des meilleurs dans son domaine, à savoir: faire parler les plus réfractaires. Elle a mis au point des méthodes de torture très judicieuses, très pointues et surtout très efficaces.... Elle est en fuite car certains veulent sa mort et elle est doit passer son temps à changer de lieu, imaginer le pire pour anticiper ce que peuvent mettre en place ses ennemis pour arriver à leurs fins, à savoir la faire disparaître. Elle est obligée en permanence de « compartimenter » sa vie et d’éviter au maximum les contacts humains de ce fait, elle est « handicapée » des sentiments, ne s’autorisant aucune liberté afin d’être toujours au maximum de ses possibilités.

Finalement, alors qu'elle pense que ses adversaires sont en train de l'oublier, elle reçoit un mail dans lequel un dernier "travail" lui est proposé. En gros "un ultime deal et on te lâche les baskets". Peut-elle leur faire confiance? Ou s'agit-il encore une fois d'une manipulation de grande envergure, un contrat "truqué" qui l’entraînera vers la mort? Si ce courriel lui est parvenu, c'est sans doute que ceux qui la recherchent savent, globalement, ce qu'elle devient mais s'il s'agit d'un jeu de dupes, elle va se jeter dans la gueule du loup. Alors que faire ? Vient le temps du choix, répondre ou ne pas répondre? Répondre en mettant des conditions? Continuer à fuir encore et encore? Tenter le coup et peut-être, trouver, enfin, la paix? Pourrait-elle renouer avec une existence presqu’ordinaire ?

Tout au long de cet ouvrage, on va suivre les choix de La Chimiste, ses prises de risque, ses états d'âme, ses combats. On va découvrir sa face cachée. En effet, elle nous est présentée comme une personne maîtresse d'elle-même, et qui ne laisse pas de place au lâcher prise. Elle n'en demeure pas moi humaine et comme tout être humain, elle a des failles, des faiblesses. Elle va être confrontée à des choix douloureux, à des luttes intérieures car elle souhaite, avant tout (elle a été formée pour ça), garder la maîtrise des événements et de ses émotions.

C'est un roman qui se dévore, qui a du rythme et qui fait la part belle au thriller, mais aussi aux sentiments humains. J'ai aimé suivre l'évolution des différents personnages, la candeur de certains, le cheminement d'autres vers l'humanité, comme si tout n'était pas si désespérément noir, mauvais, comme si le destin offrait une seconde chance à ceux qui ont erré longuement sur les routes de la violence..........

L'écriture de l'auteur est fluide (bravo à la traductrice), vive, elle retranscrit très bien l'atmosphère, les situations et ce que chacun ressent, pense. C’est très visuel et une adaptation pour le grand écran sera probablement une réussite pour peu que les acteurs soient bien choisis. Il n'y a pas de temps mort car l'intérêt est toujours présent. Sans doute, parce qu'en dehors du contexte de l'histoire, les individus présentés sont pour la plupart, attachants.

Je félicite l’auteur qui a su prendre des risques en se lançant dans un style inhabituel pour elle. Elle s’en est sortie admirablement bien et je suis ravie d’avoir lu ce récit qui est un coup de cœur.



"Un dernier verre en Atlantide" de Jérôme Leroy


Un dernier verre en Atlantide
 Auteur : Jérôme Leroy
 Editions : La Table Ronde (11 Février 2010)
ISBN : 9782710331353
128 pages

Quatrième de couverture : il n’y en a pas


Mon avis

D’abord quelques mots sur l’auteur : c’est un écrivain français né en 1964. Il a été professeur de français avant de se consacrer à la littérature : romans, nouvelles, poèmes. Son thème de prédilection est le monde futur qui se détruit à cause de la société de consommation mal gérée.

Un livre de poésies ne s’ouvre pas, pour moi, comme un roman. Un roman, je lis la fin, le début, je « butine » pour avoir la trame et après je lis tranquille.
Un recueil de poèmes entraîne une approche différente.
D’abord, le feuilleter pour le plaisir des yeux, regarder comment se présentent les textes (longs, courts, longueur des phrases, allure générale…)
Ensuite, jeter un œil par ci, par là, aux titres et voir si l’un d’eux accroche (c’est la que celui intitulé « Anaphore » m’a attirée… (La phrase « je veux écrire » suivie de quelques compléments et répétée à l’envi …Pour finir sur: Je. Veux. Ecrire.)
Après, lire quatre ou cinq poèmes qui se « détachent »…
Enfin, lire le recueil et laisser les mots, les émotions « monter en nous ».

Pour que la poésie soit « poésie », il faut qu’elle me «parle au cœur », que je me sente émue, concernée, voire bouleversée…
Les poèmes de Jérôme Leroy sont parfois des textes, il leur a donné la forme de poème en allant à la ligne pour chaque phrase et en ne mettant pas de ponctuation. Cela donne du rythme mais pas vraiment « un rythme poétique » (pas de pieds, pas de rimes…).
Certains poèmes tiennent quatre lignes, d’autres plusieurs pages….
Il y a d’autres poèmes, plus construits de façon « habituelle » avec des phrases courtes, rythmées et peu de verbes, cela ressemble plus à la poésie « classique »

Dans cet opuscule, beaucoup de poèmes font référence à l’Atlantide et indirectement à ce qui a été, pourrait encore être si… Parfois, les mots sont pessimistes, vibrants de révolte contenue ou non, cherchant à choquer…Des références à un passé dont on peut se demander s’il est autobiographique ou non (par exemple une rencontre avec Catherine Spaak en 63, alors qu’il est né en 1964, donc impossible…), un passé avec des excès (alcool….), des rencontres, des passions …Passé qui conditionne le présent ? Le futur ?

Maintenant, il faut conclure…Ai-je aimé ou pas ce que j’ai lu ?
Les éléments de réponse sont les suivants : ai-je envie de relire certains poèmes ? OUI
Ces textes m’ont ‘ils parlé au cœur ? OUI
Ai-je le souhait de découvrir d’autres titres de cet auteur ? OUI
Globalement, mon impression est bonne, je suis très heureuse d’avoir pu découvrir Jérôme Leroy qui, par certains aspects de son écriture, ressemble à Verlaine, le torturé, écartelé entre ses envies profondes et ce que lui dicte « la bonne conduite ».
La poésie n’est pas un exercice facile, on écrit pour soi mais aussi pour être lu…


PS : Je rappelle que l’Atlantide est peut être une île qui aurait été engloutie dans la Pré Antiquité et que Platon aurait mentionnée dans ses écrits… mais personne ne sait vraiment s’il s’agit d’un mythe ou d’une réalité… Certains pensent que c’est une allégorie écrite par Platon pour donner une leçon de civisme et de bonne conduite à ses concitoyens…
Jérôme Leroy a-t-il choisi d’y boire un dernier verre parce qu’il pense que « tout fout le camp » ?

"La blanche Caraïbe" de Maurice Attia


La blanche Caraïbe
Auteur : Maurice Attia
Éditions : Jigal (Mai 2017)
Collection : Polar
ISBN : 978-2-37722-004-5
272 pages

Quatrième de couverture

En 76, Paco a renoncé à sa carrière de flic, il est devenu chroniqueur judiciaire et critique cinéma au journal Le Provençal. Irène, elle, poursuit avec succès son activité de modiste. C'est un coup de fil de son ex-coéquipier qui va bousculer cette vie tranquille. Un véritable appel au secours que Paco ne peut ignorer. En effet, huit ans auparavant, après leur avoir sauvé la vie, Khoupi avait dû fuir précipitamment aux Antilles avec sa compagne Eva…

Mon avis

Le récit se déroule en 1976, principalement, aux Antilles, en Guadeloupe.  Tigran, dit Khoupi ,réfugié là-bas avec sa compagne, vient d’appeler son camarade Paco au secours. Ce dernier, resté en France,  a une « dette » envers lui donc il laisse femme et enfant, et il s’envole pour aider son pote.  Une fois sur place, il a des difficultés à reconnaître son ex-coéquipier. Rongé par l’alcool, celui-ci ne semble pas du tout en forme…   en effet, Il a de gros ennuis, un homme a été assassiné et il pourrait être accusé (à tort) du meurtre de ce dernier. Il a besoin d’aide et Paco est là pour ça. Ecrit de cette façon, cela paraît très simple mais il n’en est rien ! L’intrigue va être soutenue, complexe, abordant différents thèmes.

L’ écriture est singulière. Plusieurs protagonistes emploient le « je » et il faut savoir qui parle. Par contre, donner la parole à diverses personnes de cette façon permet de multiplier les points de vue sur un même fait.  Les approches ne sont pas les mêmes et les sentiments face à ce qui se déroule, totalement distincts.  C’est assez surprenant parfois et réellement intéressant pour mieux cerner la personnalité de chacun.

 L’auteur nous entraîne dans une histoire sombre, dure, sur une île bouleversée, loin de la France.  Il s’attache, entre autres, à nous montrer les différences entre ces deux lieux de vie : la police, les médecins légistes, les habitants ne réagissent pas de la même façon en métropole et sur place. On se rend compte que l’approche d’un même événement n’est pas la même sur le continent qu’aux Antilles….et cela déstabilise Paco de temps à autre. Le contexte politique de l’époque est bien présent et apporte une toile de fond intéressante.  On sent également le poids du passé avec les ethnies qui se côtoient plus ou moins facilement.

Maurice Attia nous offre un véritable puzzle, multipliant les entrées et les fausses pistes, introduisant de nouveaux individus qui remettent en cause nos convictions. Mensonges, trahisons, blanchiment d’argent, tout y passe. C’est savamment orchestré et il ne faut pas perdre le fil. Parfois, une note d’humour, notamment avec Haroun Tazieff en bel homme un peu hâbleur….

Cette histoire m’a beaucoup intéressée. Elle démontre une fois encore, la fragilité de chacun, les difficultés des relations humaines en famille, entre amis, ou encore au travail. Les deux camarades ne sont pas des supermen, ils sont parfois maladroits, sur la tangente, ne sachant plus où mettre leurs priorités , agissant trop vite, à l’instinct et se retrouvant dans des situations difficiles à maîtriser.
J’ai trouvé le ton sobre et juste, pas de fioritures, les faits, le ressenti de certains  et on avance.

Globalement, c’est assez triste. Lorsqu’on pense aux îles, souvent, on imagine les plages, le soleil, le repos, le farniente, l’ aspect paradisiaque… Dans ce roman, l’auteur présente  l’envers du décor : la pauvreté, les tensions parmi la population, les magouilles locales ou extérieures, la lutte des classes, les trafics de drogue, les tricheries pour l’immobilier et la vie là-bas en 1976 … Ce n’est pas attirant, c’est même un tantinet désespérant…..et on se demande ce qu’il est en maintenant….


"Gymnopédie pour une disparue" de Ahmed Tiab


Gymnopédie pour une disparue
Auteur : Ahmed Tiab
Éditions : de l’Aube (5 Janvier 2017)
ISBN : 978-2-8159-2030-8
280 pages

Quatrième de couverture

Boris Sieger est un employé de mairie attaché à sa vie ordinaire. Parfois, il passe la nuit avec le fils de sa vieille concierge. C’est à peu près tout ce qui constitue sa vie sociale jusqu’au jour où il croise Oussama, dit Oussa – c’est plus facile à porter –, un atypique jeune de banlieue parisienne. Boris se découvre grâce à lui un possible frère… parti faire le djihad. Son existence suscite en Boris de nombreuses questions, à commencer par la plus douloureuse : où est-elle passée, cette mère qui l’a abandonné quand il n’était qu’un enfant ? Où est-elle, cette disparue de Honfleur, la ville d’Erik Satie, dont les Gymnopédies semblent rythmer toute cette intrigue ?

Mon avis

La mère de Boris l’a confié lorsqu’il avait huit ans à une amie, Rose, militante féministe. Elle n’est jamais revenue et Boris a grandi sans elle. A peine adulte, il se retrouve totalement seul, et héritier de l’appartement de Rose. Il n’a jamais changé la décoration, reçoit de temps à autre un homme ou une femme…. Il travaille dans une petite mairie et ne semble guère ambitieux mais pour autant ne donne pas l’impression d’être malheureux….

Un soir, un jeune homme, Oussama, sonne à sa porte. Il lui montre une photo qu’il a reçu d’un copain, parti en Syrie comme djihadiste. Lui, il pratique mais ne s’est pas converti au djihad. Il garde malgré tout des contacts avec ses potes et c’est comme ça que sur un des mms, il y a …. le sosie de Boris !!! Ce dernier est troublé, et pas qu’un peu et il ne sait pas comment réagir…. Ni que dire ni que faire…. Réflexion faite, le lien avec « l’homme sur la photo » pourrait bien être sa mère… Il a du temps, il n’a pas de gros projets alors pourquoi pas une enquête ? C’est peut-être l’occasion de mettre un peu de piment dans sa vie. Le voilà parti sur les traces de sa génitrice….Tout cela va l’entraîner bien plus loin qu’il le pensait et le passé va se dévoiler petit à petit à lui. Il fera des rencontres surprenantes et partira pour un long voyage… Est-ce qu’au bout, il se connaîtra mieux ? Est-ce qu’il comprendra les choix de sa mère ? Est-ce qu’il saura qui est cet homme qui lui ressemble tant ?

En parallèle, on suit Kémal , chef de police à Oran (c’est un personnage récurrent de l’auteur). On le retrouve avec sa mère qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui écoute de la musique (c’est tout un poème !), son amoureuse (va-t-il se décider à franchir le pas et l’épouser ?) et ses collègues. Il essaie d’élucider plusieurs meurtres dont la mise en scène est assez bizarre et qui lui paraissent reliés par un fil conducteur qu’il s’efforce de cerner. Il a l’appui d’un médecin légiste astucieux et à l’esprit affuté qui l’aide au quotidien.

Il y a quatre parties bien distinctes et seule la dernière nous permettra d’assembler les morceaux de ce gigantesque puzzle. C’est avec habileté, intelligence et surtout beaucoup de cœur qu’Ahmed Tiab aborde différents sujets. Que ce soit la quête éperdue de Boris en recherche de son histoire personnelle, ou la mutation politique de la société algérienne ainsi que le mal-être des jeunes qui s’engagent pour le djihad ; tout est traité avec doigté. Ça et là, l’auteur glisse une pointe d’humour. Son écriture est fluide, son style intéressant car au delà des faits évoqués, des tâtonnements des uns et des autres, il parle de sujets graves . Et il le fait avec clairvoyance et lucidité en les intégrant parfaitement à son intrigue

"Les jumelles de Highgate" d'Audrey Niffenegger (Her fearful symmetry)


Les jumelles de Highgate (Her fearful symmetry.)
Traduction de l’anglais par Marie-France Girod
Auteur : Audrey Niffenegger
Éditions : Oh éditions (5 Novembre 2009)
ISBN : 978-2915056921
412 pages

Quatrième de couverture

Julia et sa jumelle Valentina, de vingt ans, héritent d'une tante, dont elles ignoraient jusqu'alors l'existence, une demeure victorienne située à Londres près d'un vieux cimetière...Contre l'avis de leurs parents, les deux sœurs décident de s'y installer. Elles s'aperçoivent vite de l'existence de fantômes, non seulement au cimetière, mais aussi dans leur propre maison. Et tombent amoureuses... Julia s'éprend de leur voisin, un génie atteint de TOC le contraignant à ne jamais quitter sa maison. Valentina, elle, succombe au charme mystérieux de Robert, le guide du cimetière, mais aussi l'ancien compagnon de leur tante.

Mon avis

Il m’a fallu la moitié du livre pour vraiment avoir envie de découvrir la suite. A partir de ce moment, j’ai lu les deux cents dernières pages d’une traite. A ce moment, le livre m’a paru plus « vivant ».
Au-delà de l’histoire (qui pourrait faire penser à « du Marc Lévy »), l’étude des relations entre les jumelles ainsi que celle de Martin qui souffre de TOC est intéressante bien qu’incomplète et peut être superficielle pour qui se sera intéressé à ces sujets. Les réflexions de la tante Elspeth qui observe de l’au-delà et analyse les réactions de ceux qui sont encore vivants apportent aussi un autre éclairage sur les relations entre les personnages et même sur la vie et la mort même si cela ne va pas très loin. 

J’ai bien aimé le repas à distance, uniquement relié par le téléphone entre deux personnages….J’ai lu « Le temps n’est rien » du même auteur. L’idée était originale mais j’avais été déçue par la qualité de l’écriture et le fait de diluer la situation de base à « toutes les sauces ». Les jumelles de Highgate sont, à mon sens, d’une meilleure qualité sans être toutefois un roman « à ne pas manquer ». On passe un bon moment (donc ne « boudons » pas notre plaisir) mais certains événements sont prévisibles (c’est dommage)…. Je ne voudrais pas qu’Audrey Niffenegger tombe dans la facilité d’une même « veine » pour ses prochains livres…Et pour conclure, bien entendu, une citation tirée du livre :

« L’homme ! Ses jours sont comme l’herbe. Il fleurit comme la fleur des champs. Lorsqu’un vent passe sur elle, elle n’est plus. Et le lieu qu’elle occupait ne la reconnaît plus »

"La promesse" de Cédric Cham


La Promesse
Auteur : Cédric Cham
Éditions : Fleur Sauvage (19 Février 2016)
ISBN : 979-1094428153
272 pages

Quatrième de couverture

Après avoir assisté à l'assassinat de sa femme, un flic brisé retourne son arme contre lui. Sorti du coma, il ré-apprend à vivre pour respecter sa promesse : faire payer les assassins. Mais que peut un homme, seul, face à une entité du mal ? Dans un univers proche des polars coréens, entre violence, psychodrame et noirceur, « La promesse » est un thriller habile, surprenant... somptueux.

Mon avis

Je te promets…

Accompagné d’une « bande originale » dont les titres sont cités en fin de lecture, l’univers noir, désespéré, et fantomatique de Samuel s’impose très vite à nous… En quelques mots, il a envahi notre quotidien, cet homme désemparé, fou de douleur et révolté par l’assassinat de sa femme. Il souhaitait fuir et la retrouver dans la mort mais cette dernière n’a pas voulu de lui alors il (se) promet de retrouver les meurtriers et de faire justice….

Samuel n’est pas ressorti indemne de son suicide raté. Il a des troubles physiques et cognitifs mais c’est surtout le mental qui est atteint. Malgré tout, il décide de comprendre pour quelles raisons son épouse est décédée et surtout il veut la venger. On le sait tous, on l’a appris à l’école : on ne fait pas justice soit même, on laisse ça à Zorro sur le petit écran…Oui, mais…. Personne ne peut savoir quelle serait sa réaction face au meurtre de l’être aimé…. Personne…. C’est donc dans une longue et douloureuse quête que se lance l’époux meurtri. Il est affaibli mais jamais il ne renonce. On se demande où il puise sa force. Sans doute, dans son désespoir qui lui apporte l’énergie nécessaire pour avancer. Il est très humain et on voudrait qu’il s’en sorte le moins mal possible. Au gré de ses recherches, de ses rencontres, nous l’accompagnons sur cette route difficile, ardue mais….choisie, indispensable à sa vie, sa survie…. Il a une volonté sans faille et ne s’arrête jamais, fidèle à sa promesse….


Le style est direct, un peu comme autant d’uppercuts que nous envoie l’auteur. Pas de fioritures, de remplissage ou de verbiage inutiles, des faits, des hommes et des femmes qui vivent sous nos yeux. Tel un film, tout se déroule en temps réel et on a l’impression que les images se forment et s’impriment sur notre rétine. C’est une « écriture très « visuelle ». Pour autant, les impressions et les émotions ne sont pas passées sous silence, elles sont souvent suggérées, effleurées, et finalement, présentées ainsi, elles montrent tout aussi bien la douleur de chacun (car notre homme n’a pas le monopole de la souffrance) que s’il y avait de longues descriptions des états d’âme des protagonistes. Avec sobriété, l’écriture de Cédric Cham entraîne le lecteur sur des chemins de traverse, pas toujours dans des endroits où il fait bon vivre. C’est terriblement réaliste, très « vécu » et quelque part, ça fait peur car la frontière paraît mince entre la lecture et le quotidien, entre le bien et le mal….

C’est un roman abouti et un auteur à suivre que nous offrent les éditions Fleur Sauvage. J’ai beaucoup apprécié le phrasé incisif. Et puis, les rencontres de Samuel nous permettent de découvrir un individu aux multiples facettes, capable du meilleur comme du pire, un être humain tout simplement….

"Les hautes lumières" de Xavier de Moulins


Les hautes lumières
Auteur : Xavier de Moulins
Éditions : Jean-Claude Lattès (4 Octobre 2017)
ISBN : 9782709660594
356 pages


Quatrième de couverture

C’est une histoire d’amour entre ombre et lumières, celle qui unit Nina, la coiffeuse de Bondy, à son mari Tahar, le chauffeur de taxi marocain.
C’est l’histoire d’un combat : Nina ne parvient pas à tomber enceinte, mais est prête à tout pour devenir mère.

Mon avis

Un enfant, à quel prix ?

Le ventre de Nina reste sec, vide, pas d’embryon, pas d’enfant…. Elle est française, mariée à Tahar, un marocain. Dans sa famille à lui, il est important, primordial, vital que la femme enfante… Alors, ils se battent, depuis des années, pour lutter contre ce problème d’infertilité. Elle ne peut pas accepter cette fatalité, elle doit avoir un bébé, un petit d’homme à aimer…. Elle a tout accepté, les analyses, les traitements douloureux, les fivettes …. Son corps souffre, transformé par la prise d’hormones, elle a grossi, elle ne s’aime plus mais elle s’obstine, encore et encore….. Ne rien laisser au hasard, essayer jusqu’au bout …. Et attendre le coup de fil de la clinique qui dira s’il y a lieu d’espérer ou pas….

Ce long cheminement est écrit avec infiniment de pudeur par Xavier de Moulins. A points comptés, il décrit la douleur, les doutes, les questions, l’espérance, l’attente, la désillusion ….

Et puis le verdict, terrible, comme un coup de semonce, annoncé et énoncé sans fioriture… « Madame, il vous reste l’adoption… » Face à cette nouvelle bataille, les deux membres du couple vont réagir différemment…. Nina poursuit son but : elle veut être mère, à n’importe quel prix….Elle s’en fait une obligation, ne pas décevoir son époux, sa belle-famille, être maman enfin…. Tahar, lui, étouffe, c’est lourd tout cela à vivre…. Il cauchemarde, il a peur pour sa femme….

On sent clairement que ce désir d’enfant « mine » le couple mais pas de la même façon. Chacun a une approche différente, une sensibilité qui n’est pas la même face aux événements… Nina ne travaille plus, tant elle consacre de temps à ce qui est devenu son seul objectif. Lui, il continue de conduire son taxi, de rencontrer des gens…. Ne risquent-ils pas de s’éloigner l’un de l’autre ? Nina ne va-t-telle pas trop loin, se « coupant » presque de son mari et rendant ainsi le dialogue difficile ?

L’auteur avec une écriture lumineuse, ciselée comme un bijou, a trouvé les mots pour exprimer avec délicatesse la route semée d’embuches que Nina emprunte. Il a donné à ses personnages une vie, les rendant humains, fragiles et forts à la fois ….Il a su éviter le pathos, misant avec doigté sur les émotions à fleur de peau de chacun des protagonistes…. Ils ont parfois du mal à partager, à trouver les mots ces hommes et ces femmes qu’ils évoquent …alors un geste suffit, que ce soit une main posée sur la nuque ou une brève étreinte…..

Ce roman douloureux montre quelles cassures et quels liens peuvent apparaître dans une famille lorsque la vie ne se présente pas telle qu’on l’avait imaginée …. Nina traîne son passé ; Tahar, son présent et ils leur arrivent de ne plus se comprendre …. chacun restant dans son monde…. Est-ce que l’arrivée de l’enfant tant désiré va les rapprocher à nouveau ou sera-t-il une fêlure supplémentaire ?

Ce livre est magnifique, non seulement parce que l’auteur traite d’un sujet difficile sous un angle nouveau (et qu’il le fait avec l’intelligence du cœur) mais également parce que le style de Xavier de Moulins est poétique. Avec des phrases courtes, quelquefois un ou deux mots, il fait battre notre cœur au rythme de celui de Nina, avec des hauts et des bas mais gardant comme elle, l’espérance chevillée au corps……

"Béthune, 2 minutes d'arrêt" de Patrick S; Vast


Béthune, 2 minutes d'arrêt
Auteur : Patrick-S Vast
Éditions : Ravet-Anceau (Mars 2011)
ISBN : 978-2359731583


134 pages

Quatrième de couverture

Un soir, en rentrant chez elle, Charline Wartel oublie son sac à main dans le train. Ses papiers, ses clés, son téléphone... tombent entre les mains d'un individu peu scrupuleux qui va s'en servir pour s'immiscer dans sa vie. L'homme la suit, l'espionne, puis passe aux actes. Pour Charline et ses proches, le quotidien va basculer dans l'horreur. Jusqu'où ce déséquilibré a-t-il l'intention d'aller ? Le jeu pervers dont il tire les ficelles va connaître une issue fatale.

Mon avis

Deux minutes d’arrêt en gare de Béthune, n’ont pas suffi à Charline pour récupérer le sac à main qu’elle avait oublié dans le train …
Deux minutes d’arrêt ont suffi pour que le destin de plusieurs personnes bascule inexorablement …

Qui, ne s’est pas écrié un jour ou l’autre « Mince, mon sac (mes clefs, mon portable …) ? »
Nous avons tous, à un moment ou un autre, été confrontés à une telle inattention, à un oubli de ce type …. Espérons que, la plupart du temps, tout se soit terminé sans encombre, en retrouvant les objets perdus ...

Ce ne sera pas le cas de Charline. Malgré sa demande rapide auprès du contrôleur du train, le sac ne sera pas retrouvé, récupéré par un individu, qui traversant une mauvaise passe sentimentale et professionnelle, va « s’amuser ». Une fois qu’il aura commencé, la spirale l’entraînera et il ne pourra plus s’arrêter.

"Le jeu reprenait de plus belle, et c’était toujours lui qui en établissait les règles."

Un engrenage infernal, bien pensé par l’auteur, va se mettre en place. Une fois encore, un individu « lambda » va, seul, se prendre au jeu de la violence et du taux d’adrénaline qui monte, gravissant les échelons vers un non-retour, brouillant les pistes, lançant les uns et les autres dans de fausses directions, tirant les ficelles, distillant des informations « transformées » pour pousser les autres à penser « autrement ». Et nous, pauvres lecteurs, assistons, impuissant, à toutes ces manipulations, sans pouvoir rien faire, pestant contre les événements qui se déchaînent, espérant que l’un des protagonistes, va comprendre et agir avant qu’il ne soit trop tard.

C’est de la vie de tous les jours qu’il s’agit dans ce livre. Il y a simplement des rencontres qui se font, des gens qui se croisent, comme « dans la vraie vie » » et dont découlent des situations qui échappent aux différents personnages rencontrés.
La stabilité d’une vie ne tient qu’à un fil, moins de dialogue, une mini-cachotterie, un oubli, et tout devient différent. Les événements s’enchaînent et ne nous emmènent pas forcément là où on pensait aller …..
Après ? Après, il est trop tard ….. On n’a rien dit, on s’est tu, on est parti, on a triché, on a dénoncé, on a tué …. Et plus rien, plus rien ne sera jamais comme avant ….

Régis Massin a été, pour moi, le personnage le plus attachant. Les non-dits le brisent, le hantent, il ne sait plus comment agir avec sa femme, les enquêteurs, il est très humain.
Patrick-S. Vast aurait pu mettre à profit ce personnage pour le développer un peu plus ainsi que quelques autres sur le plan psychologique. Mais cela n’est pas une obligation et aurait peut-être alourdi la lecture.

Le langage employé par Patrick-S. Vast est adapté au ton du roman, familier parfois, courant à d’autres moments. Les dialogues sont bien amenés entre les différents personnages.
Les chapitres sont courts et rythmés.
Les 134 pages filent entre nos mains à la vitesse d’un TGV. Un seul bémol : la fin est peut-être un peu « escamotée », deux ou trois chapitres de plus auraient pu étoffer ce roman sans nuire à l’intrigue.

Une lecture offrant quelques heures de pure détente.

"Vous plaisantez Monsieur Tanner?" de Jean-Paul Dubois


Vous plaisantez monsieur Tanner
Auteur : Jean-Paul Dubois
Éditions de l'Olivier (5 Janvier 2006)
ISBN : 978-2879294681
200 pages

Quatrième de couverture

" Eh bien moi, vous me verrez tous les jours de la semaine. - Vous plaisantez, monsieur Tanner. En tout cas, il faut qu'on se mette d'accord : qui est-ce qui va commander ? " Paul Tanner, documentariste animalier, menait une existence paisible avant d'hériter de la maison familiale. Décidé à la restaurer de fond en comble, il entreprend des travaux. Tandis qu'il s'échine sur les sols, les corps de métier défilent. Maçons déments, couvreurs délinquants, électriciens fous... tous semblent s'être donné le mot pour lui rendre la vie impossible.

Mon avis

« On ne possède jamais une maison. On l’occupe. Au mieux, on l’habite. En de très rares occasions, on parvient à se faire adopter par elle. Cela demande beaucoup de temps, d'attention et de patience. Une forme d'amour muet."

"Il faut bien comprendre ce qu'est véritablement un chantier lorsqu'on l'assume seul. Du point de vue du travail et de la tension, cela correspond à peu près à la gestion simultanée d'un contrôle fiscal, de deux familles recomposées, de trois entreprises en redressement judiciaire et de quatre maîtresses slaves et thyroïdiennes."

Un petit livre comme je les aime, dévoré en quelques heures le sourire aux lèvres.

On suit les déboires de Monsieur Tanner aux prises avec différents corps de métiers lors de la rénovation d’une maison dont il vient d’hériter.

Les chapitres courts (une à quatre pages) se succèdent et nous entraînent sur le chantier. Ils ne se sont pas numérotés et portent des titres ; « le chèque », « le répit » », « le sang ».....

C’est truculent et plein d’humour. Comme le nombre de pages n’est pas élevé, on n’a pas le temps de se lasser.
Le vocabulaire est choisi et adapté aux situations pour les rendre plus amusantes encore. Les dialogues entre monsieur Tanner et les artisans sont un régal.

Qui n’a pas eu à faire, un jour, à un artisan qui dit « oui » et ne vient jamais ? Qui n’a pas eu un autre artisan, catastrophé devant le travail d’un concurrent, vous disant « tout est à refaire » et se présentant comme Zorro venu vous sauver ? Qui n’a pas entendu un ami, un collègue racontant le devis qui a changé car finalement la main d’œuvre, les matériaux prévus étaient plus chers que prévu ?

C’est une galerie de portraits, une succession de situations. Pauvre monsieur Tanner! Rien ne lui sera épargné: orage, vol, dégradation .... On a de temps en temps envie de le secouer mais on comprend aussi qu'il soit épuisé .... C’est un peu caricatural, un peu exagéré parfois mais jamais lourd.

C’est là où Jean-Paul Dubois réussit un bon livre, il nous fait rire, ne nous ennuie pas et on passe un bon moment en compagnie de son héros.

Un téléfilm avec Jean-Paul Rouve a été librement inspiré de ce roman, une pièce de théâtre aussi.

Euh ... Oserais-je écrire « artisans susceptibles s’abstenir ?"

"Le retour" de Robert Goddard (Beyond Recall)


Le Retour (Beyond Recall)
Auteur : Robert Goddard
Traduit de l'anglais par Élodie Leplat
Éditions : Sonatine (28 Août 2014)
Première édition en 1997 en langue originale.
ISBN : 978-2-35584-280
 430 pages

Quatrième de couverture

Il ne faudrait jamais se retourner sur son passé...
Cornouailles, 1981. Chris Napier revient pour la première fois depuis des années à Tredower House, le domaine familial, acquis entre les deux guerres par son grand-oncle Joshua, pour assister au mariage de sa nièce. Au beau milieu de la cérémonie, Nick Lanyon, l'ami d'enfance de Chris, fait irruption et annonce, à la surprise de tous, que son père, Michael Lanyon, exécuté pour avoir commandité le meurtre de Joshua en 1947, était innocent.Mais il y a des secrets qu'il est parfois bon de laisser en sommeil et Chris est loin de se douter des dangers qu'il encourt en exposant ainsi la légende familiale à la lumière de la vérité.

Mon avis

Manipulation….

Les thèmes chers à Robert Goddard sont, une fois encore, abordés dans ce roman. Et il le fait d’une façon magistrale. Conspiration familiale, non-dits, corruption, trahison, manipulation
Quelques pages sur aujourd’hui, puis nous voici en 1981 « hier »….
Le personnage central est Chris Napier, revenu sur les lieux de son enfance et de sa jeunesse pour assister au mariage de sa nièce. Là, un événement imprévu et bouleversant va l’inciter à repartir sur les traces du passé. De secrets de familles enfouis, en confidences (vraies ou fausses), en passant par des recherches dans de vieux documents et des rencontres avec des témoins de l’époque, nous voici entraînés à sa suite dans une longue quête de la vérité qui l’obligera à remonter l’histoire familiale jusqu’à ses grands-parents.

L’écriture est dense, fouillée, complexe (la traduction n’a pas dû être aisée et je n’ai pas toujours été à l’aise avec les tournures de phrases). L’auteur passe d’une époque à une autre dans un même chapitre, dans le paragraphe suivant, sans mettre une indication de lieu ou de date en sous-titre. Bien sûr ce qu’on lit, nous permet de situer les faits rapidement mais c’est parfois déconcertant et troublant. D’autant plus que rien n’est vraiment simple. En effet, chaque fois que l’on pense que la situation est enfin claire, une nouvelle ramification ou un rebondissement inédit se mettent en place et nous emmènent sur d’autres voies.
« Mais l’impasse est parfois trompeuse. Un virage dérobé se révèle juste avant que vous n’heurtiez le mur. Ce que j’avais oublié était ce que je venais de commencer à comprendre. Il ne s’agissait que du passé. »

Le héros est manipulé par des individus dans l’ombre, balloté au gré de ses découvertes qui l’emportent toujours plus loin, vers d’autres possibles, d’autres risques. Lui, qui pourrait sembler un peu nonchalant en début d’ouvrage, prend de la consistance sous nos yeux et gagne une certaine forme de maturité sans que ce soit dans l’excès. Il reste très crédible. Les autres protagonistes sont également très réalistes, la plupart avec une part d’ambivalence que nous discernons petit à petit au fil des pages.
Car comme Chris Napier, le lecteur se fait « avoir », habilement manœuvré par les indices et les révélations au compte-gouttes qui sont glissés au fil des pages.
Une fois de plus, l’importance du passé se révèle cruciale dans un roman. Est-ce que tout finit par se savoir ? Pas forcément, mais à trop cacher, à trop tricher, à trop transformer la vérité, les déséquilibres se creusent et les répercussions sont terribles sur les familles (surtout sur les générations suivantes), les amis, les voisins ….

L’ambiance est celle des petites contrées de Cornouailles, une atmosphère feutrée, les bords de mer avec le vent, les embruns, une végétation sauvage et le ciel voilé comme seul horizon…. Les gens s’observent, se jalousent, se surveillent, s’apprécient, se détestent, se jugent…parlent ou se taisent ou sont entre les deux…. Les policiers et les juges ne sont pas en premier plan. On aura malgré tout l’occasion de voir qu’il est parfois plus facile de résoudre les enquêtes sans trop fouiller, en se basant sur de vagues convictions, qui permettent de se débarrasser de tous approfondissements alambiqués demandant beaucoup plus d’énergie….

Ce roman est pour moi une vraie réussite, Robert Goddard a réussi à me surprendre et à me tenir en haleine, je me demandais sans cesse dans quelle direction il allait me guider, ce que j’allais entrevoir,  comment j’allais l’interpréter et ce que seraient mes conclusions et celles de Chris Napier….

Ce livre date de 1997 (en langue originale) et on peut se demander pourquoi il n’a été traduit qu’en 2014….
A consommer sans modération, cet hiver avec une théière bien remplie à portée de mains….

"La disparue de Noël" de Rachel Abbott (Stranger Child)


La disparue de Noël (Stranger Child)
Auteur : Rachel Abbott
Traduit par Muriel Levet
Éditions : Belfond (2 Novembre 2017)
ISBN : 9782714475275
460 pages

Quatrième de couverture

Une route de campagne verglacée. Une voiture qui perd le contrôle : la conductrice est tuée sur le coup ; Natasha, sa fille de six ans assise à l’arrière, se volatilise sans explication. Quelques années plus tard, David fait de son mieux pour se reconstruire après le drame qui a emporté sa femme et sa fille. Il forme désormais un couple heureux avec la douce Emma et le petit Ollie, adorable bambin de dix-huit mois qui comble leur foyer. Mais un jour, une inconnue débarque dans leur cuisine. Natasha.

Mon avis

Lu sur une journée (de vacances, heureusement), ce roman m’a captivée du début à la fin. Au départ, j’ai cru me retrouver face à une énième histoire d’enlèvement d’enfant qui réapparaît au bout de quelques années. Mais le contexte est beaucoup plus travaillé et touche plusieurs domaines. Il y a d’un côté cette fille de douze ans qui revient dans son foyer (qui n’est plus le même puisque sa mère est morte et que son père a refait sa vie et qu’il y a un demi-frère) et en parallèle, un policier, Tom, qui essaie de découvrir ce que son frère, décédé, a bien pu lui cacher. Où était Natasha pendant les six années où elle a disparu ? Comment se fait-il qu’elle réapparaisse, comme ça, d’un coup, sans sembler réellement heureuse de la situation ? Pourquoi est-elle agressive et secrète? Pourquoi refuse-t-elle de communiquer ? Joue-t-elle un rôle et quel est le sens caché de tout cela ? Quant à Tom, pourquoi des cambrioleurs semblent s’intéresser à des documents qu’il a récupérés après la mort de son frangin ?

David, son père et Emma, la nouvelle épouse de ce dernier, sont totalement démunis devant cette pré adolescente aux réactions surprenantes, qui semble avoir été tant brisée, que plus rien ne la touche … Qu’a-t-elle enduré ou vu pendant qu’elle était séquestrée ? Et pour quelle raison vient-elle d’être libérée ?

Tom, un policier, accompagnée de sa collaboratrice Becky, se retrouve au cœur de l’enquête concernant Natasha. Ce qui aurait pu être assez vite réglé va s’avérer très compliqué et les ramifications seront très nombreuses. D’autant plus que les enquêteurs sont confrontés à quelques situations délicates, voire bizarres, qui leur posent vraiment question….. Ils marchent sur des œufs et doivent prendre moult précautions pour ne pas braquer Natasha au risque qu’elle se ferme complètement. Que sait-elle sur les événements passés et à venir ? Est-elle manipulée ou manipulatrice ? Les traits de caractère de cette dernière sont abordés avec doigté, l’auteur n’oubliant jamais de rappeler la captivité de « Tasha » pour expliquer sa façon d’être.

Ce roman très bien écrit (merci à la traductrice qui a maintenu, en trouvant un vocabulaire adapté, un suspense terrible) est construit sur un rythme rapide. L’auteur aborde plusieurs sujets : le poids de la culpabilité, la violence faite aux enfants, le « conditionnement » des personnes qui fausse leur jugement, les magouilles financières, la sécurité informatique et les hackers , les non-dits dans le couple et bien d’autres encore….. Certains reprocheront peut-être que tout cela ne soit qu’effleuré mais il aurait été difficile de faire autrement, à moins d’écrire un pavé, qui aurait alors perdu en cadence ! Ce qui est suggéré sur chaque thème est bien suffisant pour maintenir le lecteur le nez sur les pages, aspirant à lire encore plus vite pour avoir les tenants et les aboutissants.

Ce que j’ai sans doute le plus apprécié (même si j’avais lu la fin avant le début selon mon habitude), c’est que Rachel Abbott a vraiment travaillé son intrigue et qu’il ya plusieurs pistes avant que tout cela ne se recentre. Les liens entre les protagonistes ont été soigneusement mis en place et on avance au fil des pages dans la connaissance de chacun, découvrant des facettes de leur personnalité que l’on n’ avait pas envisagées.

En résumé, un excellent moment de lecture pour moi !