"Tu mens? Tu meurs !" de James Patterson & Candice Fox (Liar Liar)

 

Tu mens ? Tu meurs ! (Liar Liar)
Auteurs : James Patterson & Candice Fox
Traduit de l’américain par Sebastian Danchin
Éditions : L’Archipel (19 Août 2021)
ISBN : 978-2809842227
338 pages

Quatrième de couverture

Une inspectrice de police en cavale ? Harriet Blue n'a eu d'autre choix depuis qu'elle a appris la mort en prison de son frère Sam, accusé à tort d'avoir tué trois étudiantes. Son idée fixe : retrouver Regan Banks, le véritable meurtrier des jeunes femmes. Et elle ne laissera à personne le soin de l'abattre... Mais Banks se révèle introuvable. Un soir, pourtant, le téléphone d'Harriet – dont nul ne connaît le numéro – sonne. À l'autre bout du fil, l'assassin en personne, qui la nargue.

Mon avis

Tome trois des aventures de Harriet Blue, ce livre peut être lu de façon indépendante. La preuve, je n’ai pas lu les deux premiers et j’ignorais leur existence…

Harriet Blue est une jeune femme atypique, inspectrice de police. Après une enfance difficile, elle a trouvé sa voie dans ce métier. Elle a soif de justice et c’est ce qui l’anime au quotidien mais…oui il y a un mais…. Lorsque les choses ne vont pas assez vite, elle a tendance à agir toute seule, à prendre des décisions sans consulter ses chefs et à vouloir régler les problèmes directement.

Son frère Sam vient de mourir. Il a été accusé à tort d’avoir tué trois jeunes femmes. Elle sait qu’il n’en est rien et elle veut le venger. Elle a appris que Regan Banks était le véritable assassin. Il est introuvable et les recherches n’aboutissent pas. Harriet n’a qu’une solution : prendre les choses en main en faisant cavalier seul, hors des limites de son boulot pour être totalement libre et indépendante. Elle disparaît donc, volontairement, des radars officiels, prend un nouveau téléphone, vole des voitures, vit comme une fugitive, et en se cachant, en louvoyant, essaie de coincer Banks.

Le lecteur va donc assister à ce jeu du chat et de la souris. C’est très visuel et on pourrait aisément en faire une série, un téléfilm. Il y a de l’action, du suspense, des rebondissements. James Patterson, aidé ( ?) par Candice Fox a un style très efficace (merci à son fidèle traducteur qui trouve les mots, le tempo, pour que le récit soit captivant et addictif). On ne s’ennuie pas une seconde. Bien sûr, quelques « ficelles » sont prévisibles, comme souvent dans ce style de recueil. Mais j’ai malgré tout été surprise, notamment par le lien que Banks veut créer avec Harriet et la manière qu’il utilise pour le faire, voulant la détruire, l’envoûter également, sans doute parce qu’il a le besoin de la dominer et de la faire « sienne » dans ses pensées et peut-être plus. C’est plutôt bien vu pour l’aspect psychologique.

Il y a une centaine de chapitres, assez courts, ce qui maintient un rythme endiablé, avec des cliffhangers réguliers pour qu’on n’ait qu’une envie : lire la suite (même la fin du livre laissera cette impression). Alors forcément, on devient vite « accro » et on dévore les pages.

Harriet traque un homme mais elle est elle-même rapidement traquée. Pourquoi ? Parce qu’elle est hors la loi. Un de ses nouveaux supérieurs entend bien l’arrêter, l’emprisonner pour faute professionnelle. Quelques-uns la soutiennent mais est-ce suffisant ? Ce n’est jamais simple de se cacher, de fuir, d’être en marge. On prend le risque d’être trahi, d’avoir affaire à des menteurs, des manipulateurs, d’autres peuvent faire courir des rumeurs sur vous et vous ne pouvez pas vous défendre sans vous mettre à nu, vous dévoiler.

J’ai beaucoup aimé cette histoire sans temps mort, menée tambour battant. Harriet avec ses forces et ses fragilités, est attachante. Elle est quand même assez torturée, elle se pose beaucoup de questions. Je n’ai qu’un souhait pour elle : qu’elle trouve la paix.


"De la supériorité du passant dans les affaires de l’amour" de Jean-Marie Palach

 

De la supériorité du passant dans les affaires de l’amour
Auteur : Jean-Marie Palach
Éditions du Volcan (17 Août 2021)
ISBN : 979-1097339388
253 pages

Quatrième de couverture

Pauline commence une activité d'agent littéraire indépendante, à Paris. Un quinquagénaire timide et gauche prend contact avec elle. Il vient de publier son premier roman. Pauline accepte de le lire et elle décide de le défendre avec enthousiasme, mais sans résultat. Un jour, alors qu'elle marche rue Saint-Jacques, un jeune homme la sauve au moment où une voiture manque de la renverser. Elle tombe sous son charme, le harcèle de questions mais il disparaît sans laisser de trace.

Mon avis

Depuis une dizaine d’années, je lis régulièrement les nouveaux recueils de Jean-Marie Palach. Son dernier roman m’intriguait. J’ai tout de suite été charmée par la couverture et le titre mais ça ne fait pas tout, il fallait donc se lancer dans la lecture….

Et j’ai été conquise. L’auteur a exploré un nouveau style, son écriture s’affirme de plus en plus et son récit offre de belles pistes de réflexion ou de discussion.

Il nous présente Pauline. Après quelques déceptions personnelles et professionnelles, elle se prend en main et décide de s’installer comme agent littéraire. Les écrivains lui confient « leur bébé », à elle de faire la promotion. Cela peut sembler simple mais pas du tout. Si celui qui a écrit est connu, c’est déjà plus facile quelle que soit la qualité du texte. Certains d’ailleurs ne prennent plus le temps d’écrire, se servant de leur nom et demandant à un « nègre » de rédiger à leur place….

 Un homme démarche Pauline. Coincé, mal dans sa peau, il n’a pas d’envergure et elle accepte la mission en pensant que si son écrit lui ressemble, ce sera une catastrophe. Par acquis de conscience, elle lit le bouquin qu’il lui a confié. Et là, c’est le choc. Tout y est : contexte, contenu, écriture, etc. Tout est magnifique ! La qualité de l’ouvrage est telle qu’elle imagine sans peine combien il va être aisé de le faire aimer …. Que nenni !

Pauline va déployer de l’énergie pour essayer de faire connaître cet opus. En parallèle, elle pense à un jeune homme avec qui elle a discuté lorsqu’il l’a aidée. Elle a parlé avec lui …. et elle n’a pas récupéré ses coordonnées … Il occupe son esprit et peut-être déjà son cœur …..

Jean-Marie Palach a un regard acéré sur notre société et sur le monde de la littérature. Il en expose les petits travers, égratigne ceux qui se croient arrivés et profitent des autres (toute ressemblance etc serait-elle fortuite ? Je ne crois pas, j’ai pensé à quelques personnes…) Les références sont nombreuses, les allusions également, notamment pour les livres et la musique. Son humour pince sans rire est bien dosé et l’ensemble de son récit est un régal. Il aborde ses personnages avec une certaine forme de tendresse, de délicatesse.

Il n’y a pas d’enquête, pas pléthore d’actions, pas d’individus au caractère très marqué, et pourtant vous accrochez immédiatement dès que vous lisez. Comme si le phrasé, les émotions ressenties et l’atmosphère vous aimantaient. On découvre l’envers du décor du monde du livre et c’est intéressant. Pauline est attachante, l’écrivain aussi malgré sa maladresse. Je crois qu’un des atouts est d’avoir mis en lumière des gens ordinaires qui sont devenus des personnes qu’on n’oubliera pas….

 


"La métamorphose du moineau – Livre 1 : Le petit prince mal né" de Krystine Saint Thomas

 

La métamorphose du moineau – Livre 1 : Le petit prince mal né
Auteur : Krystine Saint Thomas
Éditions : Encre Rouge (20 Janvier 2021)
ISBN : 9782377896417
236 pages

Quatrième de couverture

Peut-on vraiment échapper à ce que l’on est ? C’est en essayant de répondre à cette question que Shenkaro, jeune guerrier Elénide, devra faire face à la haine, la colère et la vengeance, alors qu’il essaie désespérément de découvrir le secret de sa naissance. Après avoir commis le sacrilège de s’amputer de ses ailes, symbole de tout ce que sa mère a rejeté, comment l’oiseau tombé du lit mènera-t-il sa   recherche ?

L’avis de Franck

Avant de commencer ce livre, je me suis aperçu qu’il y avait un glossaire et que celui-ci tenait plusieurs pages. J’ai un peu grimacé pensant que j’allais faire des allers-retours incessants pour comprendre l’histoire et ses personnages. Mais pas du tout ! Je ne suis allé dans le glossaire que deux fois et encore cela n’était pas forcément nécessaire. Ma lecture a été agréable.

L’écriture est plaisante, fluide, et l’histoire est suffisamment linéaire pour que la compréhension soit aisée. Les chapitres sont axés sur des personnages de l’aventure ou sur des évènements importants pour la continuité du récit. La magie est présente sans être prépondérante.

L’histoire se déroule dans le royaume de Guérencé et raconte en partie la succession de ses rois à la tête du pays.

J’ai eu du mal à entrer dans le roman au début car le temps fictif avance vite pour arriver au moment où apparaît le « méchant » de l’histoire. Finalement, le temps ralentit et on arrive assez rapidement à l’intrigue principale du roman. À savoir comment Galun (le méchant) en arrive à vouloir le pouvoir et comment la prophétie va se réaliser.

J’ai bien aimé la construction et l’évolution des personnages.

On arrive à se prendre de compassion pour ceux qui souffrent et à détester le personnage de Galun qui devient de plus en plus vil et fourbe au fur et à mesure des pages.

Même si je n’ai pas dévoré le roman rapidement, il n’en est pas moins intéressant, distrayant et bien construit. On devine comment peut évoluer l’histoire dans le deuxième tome sans pour autant être très affirmatif quant au destin des protagonistes. Le mystère demeure et l’envie d’en savoir plus pour la suite également ……


"Les étoiles les plus filantes" d'Estelle-Sarah Bulle

 

Les étoiles les plus filantes
Auteur : Estelle-Sarah Bulle
Éditions : Liana Levi (26 Août 2021)
ISBN : 979-1034904358
432 pages

Quatrième de couverture

En juin 1958, une équipe de tournage française débarque à Rio de Janeiro. Dans les quartiers pauvres se répand la nouvelle d'un drôle de casting : on recherche de jeunes comédiens amateurs noirs. À sa réécriture du mythe d'Orphée et Eurydice, Aurèle Marquant a l'intention de donner pour cadre une favela vibrante de tragédie et de joie. Le réalisateur a reconnu son Eurydice en Gipsy Dusk, danseuse américaine métisse rencontrée à Paris. Breno, footballeur brésilien au chômage, sera Orphée ; Eva, comédienne martiniquaise, et Norma, Carioca pauvre mais ambitieuse, seront les deux autres visages féminins.

Mon avis

Manhã De Carnaval….

Lorsque j’ai refermé ce livre, je me suis précipitée sur mon ordinateur pour louer et visionner le film « Orfeu Negro » (Palme d’Or à Cannes en 1959). C’est maintenant, imprégnée de la musique et des images, qui ont magnifiquement complété ma lecture que je viens parler de ce roman. Estelle-Sarah Bulle a une tendresse particulière pour « Orfeu Negro » et elle s’est librement inspirée de son histoire pour écrire son récit.

Nous sommes en 1958, au Brésil, une équipe française a décidé de mettre en images la pièce de théâtre de Vinícius de Moraes. Il revisitait le mythe grec d’Orphée et Eurydice dans une favela contemporaine de Rio de Janeiro pendant le carnaval brésilien, faisant ainsi intervenir les gens costumés, les chansons, la couleur, la fête. Aurèle Marquant, le réalisateur, a une actrice fétiche, Gipsy Dusk, qu’il a amenée avec lui. Pour les autres, ce seront des gens du coin, à peau noire, issus de milieux simples, voire défavorisés. Quand il les choisit, il faut que le courant passe, que ça fasse tilt.

C’est tout l’envers du décor que nous fait découvrir l’auteur. Le travail de recherches pour élire les bons acteurs, les maquilleurs, ceux qui s’occupent du décor, des tenues et le nerf de la guerre : la recherche d’argent, de sponsors dirait-on maintenant. Mêlant habilement des personnages fictifs et réels, elle nous entraîne dans un tourbillon. Le contraste est saisissant entre la pauvreté des favelas et les soirées festives en ville où vont les participants du film. Deux mondes, d’autant plus saisissants pour ceux qui ne vont les côtoyer qu’un temps, que ce soit dans un sens ou dans l’autre …. Parce que les acteurs venus de la population locale vont-ils rester des stars ou retourner dans l’ombre ?

Les protagonistes sont vraiment intéressants. Entre autres, Gipsy Dusk, une danseuse américaine métisse que le réalisateur a rencontré à Paris, elle sera Eurydice. Gipsy a fui l’Amérique.

« Un pays qu’elle-même avait fui, car, en y demeurant, elle serait devenue malade d’injustice. Elle se serait consumée dans la fournaise de la haine, aurait retourné contre elle-même la lame acérée du racisme triomphant et après quelques pas, se serait écroulée, écorchée vive. Son pays ne l’aimait pas mais elle en faisait indéniablement partie. »

Ce racisme omniprésent, même lorsque les journalistes mènent leur interview est révoltant mais Gipsy mesure la chance qu’elle a de tourner et peut-être de réussir à percer si le film a du succès…. Malgré tout, ce n’est pas simple pour elle de communiquer avec les autres actrices, leurs vies habituelles sont très différentes, elles ne viennent pas du même monde.

Une place importante est donnée à la musique, notamment à la création de nouveaux morceaux. Chaque fois qu’un titre est évoqué, je l’ai écouté pour encore mieux m’imprégner de l’atmosphère de ce recueil. On découvre comment les musiciens, les artistes communiquent, ce qui est important ou pas pour eux. L’univers du cinéma subit des influences, Estelle-Sarah Bulle nous le rappelle, il faut négocier et pas seulement pour avoir un budget. Il n’est pas aisé de faire accepter des artistes métis ou de couleur, ça dérange et que dire si la CIA ou les hommes politiques s’en mêlent, en sous-main, l’air de rien, en utilisant les sympathies des uns et des autres pour avoir des informations ?

J’ai trouvé qu’Estelle-Sarah Bulle savait trouver les mots justes pour évoquer toutes ces « différences », ces choses qui s’opposent et les émotions et réactions de chacun face aux faits. Les blasés du luxe, ceux qui sont émus de la moindre paillette, ceux qui ont peur, ceux qui souffrent…. Il y a également le contexte historique, un pays qui se cherche, une politique fragile, et la nécessité pour chacun de trouver sa juste place.

J’ai beaucoup apprécié cette histoire. J’ai eu le besoin de vérifier (notamment sur le jury de Cannes, sur les autres films) pour savoir la part qui était imagée.  L’écriture de l’auteur est un régal. Elle a écrit un texte complet, riche (on sent qu’elle a dû faire beaucoup de recherches), qui, au-delà de l’histoire du film, offre un regard acéré sur les hommes et les femmes qui se côtoient dans cet opus.

 


"L'affaire Pavel Stein" de Gérald Tenenbaum

 

L’affaire Pavel Stein
Auteur : Gérald Tenenbaum
Éditions : Cohen & Cohen (26 Août 2021)
ISBN : 978-2367490861
154 pages

Quatrième de couverture

Au tournant du millénaire, Paula Goldman, une journaliste Web, est amenée à rencontrer Pavel Stein, un cinéaste singulier, connu pour ses œuvres autour de la mémoire, du manque et de l'absence. Une relation inattendue s'installe. Lorsque Stein lui envoie un billet d'avion pour le Tibet, où il est parti se ressourcer dans un monastère, la vie de Paula bascule.

Mon avis

Une forme d’urgence dans la lenteur

Gérald Tenenbaum aime les mots. Par son écriture, il les oblige, ou plutôt il leur offre la possibilité de donner le meilleur d’eux-mêmes. Il les tisse, les tresse, pour en faire des phrases subtiles, délicates, poétiques dans un texte qui pourrait sembler éthéré. Mais il prend tout son sens lorsqu’on le laisse monter en nous, nous effleurer, nous combler de son phrasé profond et secret. Parce qu’il s’agit de cela, chapitre après chapitre, l’auteur nous conte une histoire, nous murmure des confidences. Il le fait par la voix d’une femme Paula. Dans le cadre de son travail de journaliste, elle rencontre Pavel Stein, un cinéaste surprenant. Un lien ténu mais solide les relie. Ils se comprennent à fleur de peau, à fleur de mots….. L’absence et les silences « habités » les rapprochent car chacun ayant une personnalité, disons originale, ne peut se contenter de l’ordinaire…..

Quand un homme écrit en tant que personnage féminin, on cherche souvent les failles, les petites erreurs, mais pour ce roman, cela ne m’est pas venu à l’esprit. Paula était présence dans les pages. Ses réflexions, ses émotions, son analyse des événements étaient fines, « féminines »…. L’auteur s’effaçait derrière elle.

Ce récit nous parle de rencontres, de transmission, de la place de nos croyances, de ce qu’elles nous apportent, de ce qu’on y recherche. Sont évoqués aussi les luttes de pouvoir, les choix des hommes et des femmes, leurs décisions qui peuvent modifier le cours d’une vie.

J’aime beaucoup lire les textes de Gérald Tenenbaum. J’apprécie la place qu’il donne aux chiffres, aux nombres, existences singulières, en filigrane de ce qu’il présente. Face à la prose, ils expriment une forme de rationalisation dans un contexte où les lettres créant les mots, dominent, s’échappant pour suivre leur vie, leur destinée…. Pour certaines personnes, les mathématiques renvoient une image très "matérielle", alors qu'elles peuvent inviter, comme dans ce recueil, au voyage vers l'autre, mais également en soi.

Cette lecture est une parenthèse enchantée où chaque mot se savoure, dans un rythme qui peut paraître calme mais où tout se vit intensément.


"Le carnaval des ombres" de R. J. Ellory (Carnival of Shadows)

 

Le carnaval des ombres (Carnival of Shadows)
Auteur : R. J Ellory
Traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau
Éditions : Sonatine (3 Juin 2021)
ISBN : 978-2355843747
610 pages

Quatrième de couverture

1958. Un cirque ambulant, avec son lot de freaks, d'attractions et de bizarreries, vient de planter son chapiteau dans la petite ville de Seneca Falls, au Kansas. Sous les regards émerveillés des enfants et des adultes, la troupe déploie un spectacle fait d'enchantements et d'illusions. Mais l'atmosphère magique est troublée par une découverte macabre : sous le carrousel gît le corps d'un inconnu, présentant d'étranges tatouages. Dépêché sur les lieux, l'agent spécial Michael Travis se heurte à une énigme qui tient en échec ses talents d'enquêteur.

Mon avis

1958, dans une petite ville du Kansas, un cirque est installé. Pas d’animaux et de tours « classiques », non, c’est plutôt un ensemble de personnages atypiques. Très grands, très maigres, trop de doigts, lisant dans les pensées, etc. Tous semblent posséder un petit quelque chose en plus, qui les différencie du commun des mortels. Pouvoir surnaturel, observation fine de chaque spectateur ou tricherie ? Quelle importance ? L’essentiel n’est-il pas d’être emporté, bluffé par le spectacle proposé ? D’ailleurs certains habitants de la bourgade en redemandent. The Show Must Go On ? (Le spectacle doit continuer), et bien non. Un cadavre vient d’être découvert sous le carrousel et une enquête est diligentée.

Pour celle-ci, on promeut l’agent spécial Michael Travis. Il devra chercher seul, interroger les gens du cirque, mener ses investigations discrètement et ne rendre compte qu’à un de ses supérieurs. Agir en solitaire ne le dérange pas, il est plutôt introverti, secret et il se mêle peu aux autres.

Travis va devoir trouver et expliquer ce qui s’est passé. Le lecteur le suit dans ses entretiens, ses observations, ses déductions. Mais tout cela lui renvoie beaucoup de souvenirs plus ou moins nets, des rêves qu’il ne sait pas toujours interpréter. Tout son passé remonte à la surface. Son parcours depuis son enfance jusqu’à maintenant est mis à nu. Ne nous leurrons pas, ce n’est pas l’enquête le principal attrait de ce roman, c’est bien la personnalité de Travis, son histoire personnelle qui rend ce récit intéressant et très original. Mais en « revisitant » sa vie, Travis prend le risque d’être secoué, bouleversé.

« Vous savez qu’il y a un lien entre accepter la douleur et voir la vérité. »
« Un homme naissait-il avec une identité propre, ou bien était-il le produit de son environnement ? »

Il a peur. Son père était un violent, a-t-il hérité de ses gênes ? Sa relation aux autres est-elle faussée ?  Il a l’impression que ceux qui le regardent le connaissent mieux qu’il ne se connaît lui-même… Il a besoin de savoir, de comprendre. Sa vie difficile a limité ce qu’il s’autorise à ressentir. Il ne se lâche jamais, maîtrise ses émotions et ne montre rien. Il a besoin de solitude pour se sentir bien, en paix et en même temps, c’est dans ces moments-là que les vieux démons se rappellent à lui et c’est douloureux.

Parallèlement à tout ça, il y a ce monde du cirque où certains participants semblent en savoir beaucoup (trop ?) sur lui et sur ses collègues et chefs. Des secrets, des non-dits, en lien avec un passé d’organisation criminelle, voire de mafia ? Travis ne sait plus où donner de la tête surtout quand les indices récoltés sont maigres ou les informations bloquées volontairement dans des archives. Il lui faudra mettre en œuvre énormément d’énergie, de doigté pour cerner tout ce qu’on lui tait et dont il a besoin pour élucider le mystère de cet homme mort.

Je suis une habituée de l’auteur. Il sait se renouveler avec chaque nouveau livre. Son écriture (merci à son fidèle traducteur) monte en puissance au fil du temps, le contenu est de plus en plus complexe, liant plusieurs aspects. Il sait rendre les situations très visuelles, camper une atmosphère qui vous prend à la gorge, présenter des protagonistes qui sortent de l’ordinaire et raconter une histoire captivante.  Si on peut reprocher une fin un peu tirée par les cheveux, il n’en reste pas moins que ce recueil est un excellent cru.


"May Fly" de Gérard Coquet

 

May Fly
Auteur : Gérard Coquet
Éditions : Jigal (20 Mai 2021)
ISBN : 978-2377221325
260 pages

Quatrième de couverture

Salvatore Bonato est un homme prudent et matois qui a toujours géré sa vie en bon père de famille. Mais est-il possible d’en être un quand on est le comptable du terrorisme et que l’on vient d’en détourner les fonds ? Devant le monstre qu’il a réveillé, il choisit de se placer sous la protection de la police, accepte de livrer ses secrets, mais pose une condition : que Ciara McMurphy recueille sa confession.

Mon avis

L’Irlande est une terre tout en contraste. Le soleil vient très vite après la pluie. On y aime autant qu’on déteste, fort, sans concession. On ne sait pas forcément à quoi s’attendre car c’est une île vivante, vibrante, imprévisible, tumultueuse, sauvage … Ce roman lui ressemble, et c’est pour ça qu’on l’aime.

C’est sur l’île de Inishbofin, proche du Connemara que nous entraîne Gérard Coquet. Pas pour écouter des balades, boire une Guinness, ou taquiner la truite. On est en Novembre, les jours sont courts, le brouillard est bien présent. Chacun mène sa petite vie. Et puis un coup de tonnerre, comme un éclair en plein orage et alors tout change. Salvatore Bonato, un truand, qui s’occupe des finances du terrorisme, a peur. Il a détourné des fonds et sa couverture de père de famille ne va pas résister longtemps. Il ne peut pas, seul, lutter contre ce qu’il a soulevé. Après réflexion, il décide de demander protection à la police. En échange, il livrera quelques confidences. Par contre, il met une condition : être interrogée par Ciara McMurphy sur l’île de Inishbofin. Le lieu ne va plus être aussi calme…

Ciara a démissionné. Elle prépare une mouche May Fly pour aller pêcher lorsqu’on la dérange pour lui expliquer la situation. Elle n’a aucune envie de reprendre du service. On ne lui laisse pas le choix et elle va se retrouver face à Salvatore. Il lâche les informations par bribes, joue au chat et à la souris avec elle. Il semble savoir des choses sur sa vie personnelle mais il fait durer et ne dit rien. Ciara est une fougueuse, impatiente, elle s’énerve mais elle est bien obligée de s’adapter si elle veut des réponses.

 « Le passé et l’avenir. Fallait-il connaître le premier pour mieux vivre le second ? »

Il faut remonter loin pour comprendre ce qu’il se passe « ici et maintenant ». Le lecteur découvre pas à pas, les trahisons, les mensonges, les non-dits, les liens. Blanchiment d’argent, financements pas nets, Salvatore Bonato a peur. Il a beau s’être réfugié auprès des autorités, il se sait poursuivi et pas par n’importe qui. De plus, il n’ignore pas que la protection policière va avoir des limites. Il faut sans arrêt qu’il lâche un peu de lest mais pas trop pour ménager tout le monde. Celui qui gêne peut disparaitre très vite dans le brouillard, un champ de tourbe, ou l’eau glacée d’une rivière.

C’est violent, noir, profondément ancré dans tout ce qui attise les rivalités des gangs : guerre de territoires, violence qui va crescendo, jalousie, chantage….. Porté par l’écriture puissante et ferme de l’auteur, le récit est complet. Le ton grave est parfois plus apaisé par une petite scène, une allusion plus douce qui permet de souffler.

Malgré la noirceur, j’ai beaucoup aimé ce roman. L’auteur nous présente des personnages variés, dont certains ont le verbe haut, les scènes sont très visuelles, et surtout Ciara et l’Irlande ont un charisme indéniable, sans doute parce que Gérard Coquet sait les mettre en valeur.


"La stratégie du choc, la montée d'un capitalisme du désastre" de Naomi Klein (The Shock Doctrine: The Rise of Disaster Capitalism)

 

La stratégie du choc, la montée d'un capitalisme du désastre (The Shock Doctrine: The Rise of Disaster Capitalism)
Auteur : Naomi Klein
Traduit de l’anglais (Canada)par Lori Saint Martin et Paul Gagné
Éditions : Actes Sud (réédition en Septembre 2010, première en 2008)
ISBN : 978-2-330-02660-8
880 pages

Quatrième de couverture

Naomi Klein dénonce la tentative de prise de contrôle de la planète par un ultra-libéralisme mettant à contribution crises et désastres pour substituer la seule loi du marché aux valeurs politiques et culturelles des civilisations. Une histoire secrète du libre-échange remarquablement conduite et documentée.

Mon avis

Un livre choc, coup de poing, qui ne peut pas laisser indifférent.

Une lecture parfois ardue, peu détendante car elle vous renvoie en pleine face, des faits ayant existé, analysés, décortiqués et tout cela fait peur.
L’écriture est claire, les arguments se tiennent et les explications s’enchainent. Certains diront que Naomi Klein interprète et qu’elle se trompe. On ne peut ignorer que de temps à autre, dans cet essai, on voudrait entendre ceux qu’elle accuse mais on ne peut pas non plus ignorer que ce qu’elle évoque est vrai.

La préface est explicite et donne des détails sur la démarche de l’écrivain.
Le premier chapitre, très abordable par son écriture, parle des tortures que Donald Even Cameron avait mis en place pour des lavages de cerveau et ainsi récupérer des personnes dont l’esprit était comme « une page blanche ». Naomi a rencontré et écouté des survivants…. Son propos est dur, terrifiant …

Dans les autres chapitres, l’auteur nous parle de différents pays, différents gouvernements et met en avant les points communs qu’elle a choisis de faire remonter dans son essai.
A savoir qu’un peuple affaibli, que ce soit par des catastrophes naturelles ou des faits divers, est beaucoup plus malléable et accepte des choses qu’il n’aurait pas voulu auparavant. Il n’a plus la force de lutter. D’où l’idée que les gouvernements manipulent les politiques pour que leurs choix aient une répercussion sur le « petit » peuple qui finira par ne plus rien dire.

Ce que j’explique est bien entendu, un raccourci, et il sera bon de lire cet essai pour en comprendre toute la portée. Les références et les documents cités sont nombreux. On sent que Naomi Klein ne s’est pas embarquée dans ce livre sans base solide.

C’est un livre qui permet de prendre conscience, même si de temps à autre, on y enfonce des portes déjà ouvertes sans que ce soit la principale dominante.
Il faut le lire pour rester l’esprit aux aguets, garder son libre-arbitre et se méfier des beaux parleurs en politique.

 


"La guerre des fleurs" de Jane Thynne (A War of Flowers)

 

La guerre des fleurs (A War of Flowers)
Auteur : Jane Thynne
Traduit de l’anglais par Sophie Bastide-Foltz
Éditions : Jean-Claude Lattès (22 Février 2017)
ISBN : 9782709659499
480 pages

Quatrième de couverture

Août 1938. Alors que plane la menace de la guerre, l’actrice anglaise Clara Vine est en tournage à Paris, ville plus jamais sous tension. Installée dans la capitale allemande, Clara vit dans l’angoisse depuis qu’elle est dans le collimateur de Joseph Goebbels, de plus en plus soupçonneux à son égard. Il risque de bientôt découvrir qu’elle s’est mêlée à la société berlinoise dans le seul but de fournir des informations à ses contacts de l’ambassade de Grande-Bretagne…

Mon avis

Il est difficile de ranger ce roman dans une catégorie particulière tant on y retrouve différents aspects : petite romance, approche historique et également un côté policier. J’ai été totalement séduite car cela offre une excellente variété dans la lecture. De plus les événements évoqués qui font partie de l’Histoire (avec un grand H) sont bien intégrés dans le récit. Bien sûr, les vrais historiens reprocheront le mélange fiction et réalité car si on retrouve de réelles situations vécues, des personnages connus, il y a d’autres faits et d’autres personnes totalement imaginaires. Mais tout ceci est habilement « mis en scène » et se lit avec facilité. Mêler le vrai et le faux peut offrir l’opportunité ou l’envie de se pencher sur ce qui s’est réellement passé. Cela a été mon cas, notamment pour connaître ce qu’a été « La guerre des fleurs » qui a donné son titre à cet opus.

On découvre Clara Vine, une jeune femme actrice, moitié anglaise, moitié allemande et qui est également agent secret à ses heures. Sa couverture médiatique lui permettant de se déplacer facilement, elle donne ainsi le change et peut tendre l’oreille et ouvrir les yeux sans trop déclencher de soupçons. Jusqu’au jour où elle réalise que Joseph Goebbels, un homme dangereux antisémite et antichrétien radical (ministre du Reich à l’Éducation du peuple et à la Propagande) la fait surveiller…à moins que ce soit quelqu’un d’autre …. Dans ce climat délétère, elle est approchée pour une mission un peu particulière, découvrir les secrets de Adolf Hitler en devenant amie avec sa maîtresse Eva Braun, qui l’admire en tant qu’actrice et qui aimerait la rencontrer…. Pas si aisé qu’on pourrait le penser car Eva elle-même est très « encadrée » et n’a que très peu de marge de manœuvre…. Malgré tout, Clara va accepter cette mission, sentant qu’elle n’a pas vraiment le choix.

Nous suivrons son cheminement pour cette recherche, mais le récit n’en restera pas là. Son filleul a besoin d’elle pour quelque chose qui le tracasse et il va soulever un lièvre….. L’ambiance est parfois oppressante, tant est bien décrite cette chape de plomb que faisait régner le régime nazi. Trahisons, suspicions, qui croire et à qui faire confiance ? Chaque parole, chaque geste, chaque rencontre, chaque regard, chaque sourire peut être interprétés et pas forcément à votre avantage….C’est dans cette atmosphère que nous voyons évoluer les différents protagonistes.

Les caractéristiques des différents individus que l’on va croiser dans les chapitres sont bien définies. Chacun a une personnalité qui lui est propre, et pour ceux qui ont existé, plutôt proches de ce qu’ils étaient réellement. Eva Braun m’a semblé bien dépendante du Führer, presque obligée de modifier ses envies pour convenir à « monsieur ». Clara, au caractère bien déterminé, m’a beaucoup intéressée. J’ai apprécié les descriptions nous présentant ce qu’elle met en place pour vérifier si elle est suivie ou explorer son environnement. C’est très formateur ;-)

C’est un roman qui se lit facilement et qui est assez complet. J’aurais souhaité que quelques situations ou points de vue soient plus développés mais globalement je suis très satisfaite de cette lecture et je lirai avec plaisir d’autres titres du même auteur. Une mention particulière à la traductrice pour son excellent travail.


"Ouragan" de Laurent Gaudé

 

Ouragan
Auteur : Laurent Gaudé
Éditions : Actes Sud (15 Août 2010)
ISBN : 978-2742792979
200 pages

Quatrième de couverture

Au coeur de la tempête qui dévaste la Nouvelle-Orléans, dans un saisissant décor d'apocalypse, quelques personnages affrontent la fureur des éléments, mais aussi leur propre nuit intérieure. Un saisissant choral romanesque qui résonne comme le cri de la ville abandonnée à son sort, la plainte des sacrifiés, le chant des rescapés.

Mon avis

"….je sais que la nature va parler. Je vais être minuscule, mais j’ai hâte, car il y a de la noblesse à éprouver son insignifiance, de la noblesse à savoir qu’un coup de vent peut balayer nos vies et ne rien laisser derrière nous, pas même le vague souvenir d’une petite existence. »

En lisant ce livre, j’ai repensé à cette phrase « Qui que tu sois, voici ton maître : Il l'est, le fut, ou le doit être. » (Voltaire). Ici, la nature, par l’intermédiaire de l’ouragan, est omniprésente et décide. Elle est « maîtresse », ne se laisse pas dompter …

La météo dicte sa loi, et les hommes doivent s’adapter, essayer de vivre, accepter la situation…

Seule Josephine Linc veut prendre les rênes de sa vie et agir comme bon lui semble pour rester libre.

« Je suis heureuse. J’ai décidé de ma vie. »

Les autres semblent plus subir ou mettre à profit les éléments déchaînés pour faire ce qu’ils souhaitent.

L’écriture de Laurent Gaudé est adaptée au style de chacun des personnages, le vocabulaire aussi. Nous passons de l’un à l’autre dans chaque partie, mais tout est bien délimité. On ne peut pas confondre. Certaines phrases sont très longues, d’autres plus courtes ou hachées, comme ce vent qui peut être rafale rapide ou longue agonie….

Ce livre m’a semblé « musical », je ne sais pas exprimer pourquoi je pense ainsi. Sans doute parce que les descriptions des éléments qui se déchaînent ont été pour moi, comme autant de notes de musique me frappant, m’enveloppant, m’englobant …

Pour conclure, je dirai que j’ai apprécié cette lecture pour la découverte de l'auteur, le style, que j’ai beaucoup aimé la façon d’être de Josephine, mais que je ne suis pas ressortie enthousiasmée.... malgré tout aucun regret, je suis contente de l’avoir lu.


"Trigone -Tome 3 : La dernière guerre 2008-2011" de Guillaume Lebeau

 

Hexagone – Tome 3
Trilogie : la dernière guerre 2008-2011
Auteur : Guillaume Lebeau
Éditions : Phébus (14 Janvier 2010)
ISBN‏ : ‎ 978-2752903693
352 pages

Quatrième de couverture :

Gaza, 2010. Un enfant court pour échapper à ses poursuivants. Quel message doit-il délivrer à celui que tous les combattants de l'ombre surnomment Tarek, et qui serait dépositaire d'un secret capital ? Stockholm. Alors qu'il commençait à lâcher prise, et à admettre la mort de sa femme, un agent remet à Jean d'Estavil une disquette, censée le guider dans sa quête intime. Mais l'agent est abattu sur-le-champ, et Jean doit disparaître. Singapour. Une disquette identique échoue dans les mains de Suricate, le hacker dont l'aide a déjà été précieuse au colonel d'Estavil. Leurs destins semblent à nouveau liés... Que peuvent bien aujourd'hui révéler d'ancestrales disquettes, qu'aucun lecteur ne peut plus lire ? Qui manipule Jean ? Dans quel but ? De Paris à Damas, les esprits s'échauffent et la terre s'embrase. Meurtres sacrificiels, menaces éco-terroristes, Jean d'Estavil n'a d'autre choix que de s'allier à ses ennemis d'hier. L'issue de sa dernière guerre en dépend.

Mon avis :

« L’esprit inquiet se dirige vers les abîmes. Sa mélancolie ne le quitte jamais, et le passé étend ses plaies…

Au fond de vous, vous avez gardé l’espoir. Et finalement, c’est ce sentiment qui peut nous sauver. Sans espoir, le bras le mieux armé ne peut rien. »

En commençant ce troisième et dernier tome dans la foulée des deux premiers, une pensée m’a effleurée : le rythme allait-il s’essouffler, et surtout, moi lectrice, est-ce que je n’allais pas être lassée ?

Et bien non, cette trilogie se termine de manière magistrale et restera pour moi un formidable coup de cœur.

Après une terrible dépression et le souhait de renoncer à tout, même à la vie, Jean d’Escatil repart en quête de vérité …

Nous allons le suivre d’un coin à l’autre du monde, de déception en espoir, de rencontres en rencontres …

Ce dernier tome est plus « mathématique », plus « technique » que les deux autres, plus « masculin » laissant moins de place aux sentiments, à l'analyse des états d'âme. Il y a moins de personnages secondaires et tout tourne autour de quelques protagonistes dont on pourrait se demander comment ils ont pu être réunis. Les données informatiques, satellites, les médias ont une place importante et donnent à ce livre un côté scientifique qui amène à se poser des questions ... Nous ne sommes pas si loin de certaines situations envisagées par l'auteur...

L’histoire monte d’un cran en violence et semble plus sombre. Le terrorisme est omniprésent. On passe d’un côté à l’autre de la barrière, retrouvant parfois les terroristes assaillis de questions intérieures, se demandant s’ils ont fait le bon choix mais …. n’ayant plus le choix …. « Il voulait résister. Il voulait désobéir. Mais qu’auraient signifié ces années d’entraînement, de conditionnement passif ? » On irait jusqu’à les plaindre (attention, je caricature !!!), ne sont-ils pas eux-mêmes victimes ? Victimes de leur propre peur de ne pas être celui qui agit pour sauver le monde ?

Les scènes d’action, dont certaines très grand spectacle sont légion et donnent un côté très visuel au récit qui serait adapté sans peine au cinéma, d’autant plus que, comme dans les tomes précédents, la bande son, playlist, est à disposition et accompagne magnifiquement le récit.

Cinq parties encadrées par un générique et un générique de fin ponctuent cet opus qui ne laisse rien au hasard, le côté mathématique et technique, beaucoup plus présent que dans les deux précédents, permettant de renouveler le genre.

C’est donc avec brio que Guillaume Lebeau conclut cette trilogie, bravo !


"Hexagone -Tome 2 : La dernière guerre 2008-2011" de Guillaume Lebeau

 

Hexagone – Tome 2
Trilogie : la dernière guerre 2008-2011
Auteur : Guillaume Lebeau
Éditions : Phébus (22 Mai 2008)
ISBN‏ : ‎ 978-2752903297
416 pages

Quatrième de couverture :

2 janvier 2009. Paris s'embrase, victime d'une série d'attentats kamikazes. Le Président et son gouvernement tentent de faire face. 4 janvier 2009. La tension en Iran monte d'un cran. Les États-Unis bombardent le complexe de Natanz. Mais au cœur de ce séisme politique mondial, une autre guerre plus intime, se joue. Le colonel Jean d'Estavil enquête toujours sur la mort mystérieuse de sa femme et de son fils, lorsque le WOPR, un réseau anarchiste de renseignement virtuel, le contacte : les clés de sa recherche vont faire la lumière sur les terrifiantes menaces lancées contre le territoire français. Corruption, manipulation et folie meurtrière... Il devra se faire agent double pour mener de front ses deux missions. Expliquer d'énigmatiques Secrets Défense pour mieux mettre à mal une organisation encore plus puissante qu'Al-Quaida. Il en va de la paix de son âme, comme de celle du monde.

Mon avis :

« Bien ou mal, le terrorisme existera toujours ….. Le comprendre est la seule solution pour le combattre efficacement. Les orties repoussent si vous laissez une seule racine en terre, alors il faut fouiller. »

Écrire un deuxième tome est toujours risqué car, l’effet de surprise n’étant plus là, il faut trouver d’autres moyens pour maintenir le lecteur sous le charme. Guillaume Lebeau a réussi à me séduire une deuxième fois.

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé Jean d’Escatil et que je l’ai suivi dans son combat contre le terrorisme et sa quête de la vérité.

Dès le début, nous tombons dans une ambiance de terreur avec des attentats qui embrasent Paris et qui ne sont pas sans nous rappeler un passé pas si lointain et des menaces, elles, bien, réelles. On est alors tout de suite « dans l’histoire », concerné par cette actualité brûlante, très brûlante … Comment et au nom de quoi, des hommes peuvent-ils choisir de tuer au hasard, parfois même en offrant leur vie en sacrifice ? Comment un être humain peut-il se laisser influencer à ce point, n’ayant plus de sens commun ?

Le livre est construit de façon semblable : un générique et dix parties se déroulant du 2 au 6 Janvier 2009, le tout brillamment accompagné de la « bande originale du livre » avec des morceaux de musique et des chansons à écouter.

D’ailleurs, il serait intéressant de savoir si l’auteur a choisi les morceaux parce qu’ils « évoquaient » (sonorité, mélodie…) ce qu’il écrivait ou si ce sont des extraits pris au hasard mais qui accompagnaient son écriture au moment où, ou s’il s’agit d’une liste personnelle qu’il veut faire partager ou …

J’ai ma petite idée là-dessus car j’ai été frappée des choix qui me semblent en parfaite harmonie non seulement avec le personnage qui les écoute mais aussi avec l’instant précis où ils sont évoqués. Ces morceaux « collent » parfaitement au roman et apportent un plus indéniable. C'est une originalité qui doit être soulignée.

Comme dans le tome un, l’histoire est « imbibée » d’actualité, parlante, très parlante, nous retrouvons même Nicolas Sarkozy …

Cela donne le souhait de revisiter certains événements, d’analyser, de chercher à comprendre et découvrir ce qu’il y a « derrière » …

L’écriture est identique, le contenu un peu plus dans l’action, parfois violente, que dans la réflexion. On observe, malgré tout, l’évolution de Jean d’Escatil dans son « travail » de deuil, qui ne sera possible que lorsqu’il « saura ». On ne peut qu’être admiratif devant ce qui pourrait passer pour de l’obstination, et qui n’est, en fait, qu’une façon pour lui, d’honorer l’amour qu’il portait à son épouse.

Le côté « geek », avec Suricate, un hacker de génie, a forcément attiré la passionnée d’informatique que je suis. Détourner des informations, les transformer, les crypter, savoir tout des uns et des autres …. Nous n’en sommes pas si loin …

La force de Guillaume Lebeau est sans doute, pour moi, que son roman (donc par définition œuvre de fiction) me donne à réfléchir sur plusieurs sujets bien présents dans notre quotidien ….


"Pentagone - Tome 1 : la dernière guerre 2008-2011" de Guillaume Lebeau

 

Pentagone - Tome 1
Trilogie : la dernière guerre 2008-2011
Auteur : Guillaume Lebeau
Éditions : Phébus (24 Mai 2007)
ISBN‏ : ‎ 978-2752902436
305 pages

Quelques mots sur l’auteur : Fervent adepte de cinéma de genre et de littérature déviante, Guillaume Lebeau est né à Fontainebleau en 1971. Il travaille dans l'édition puis dans la presse musicale pop-rock. Prix Cognac 1999, avec le techno-thriller L'Algèbre du besoin, Masque de l'année 2000 avec L'Agonie des sphères, il se consacre aujourd'hui entièrement à l'écriture.

Quatrième de couverture

Juin 2007. Santiago du Chili. Le colonel Jean d'Estavil est à la tête de l'UTCENVIR, discrète unité de l'armée française dédiée à l'étude et à l'enseignement de l'impact des nouvelles technologies de guerre sur l'environnement. Alors qu'il dirige une formation consacrée à la destruction «propre» des plantes narcotiques, il apprend la mort brutale de son épouse, elle-même militaire, au cours de son accouchement. Mais l'accès au corps lui est interdit, pour raisons de sécurité nationale. Muré dans sa douleur, l'officier discipliné, que sa rigidité empêche de s'élever contre sa hiérarchie, se retranche dans son domaine du Sud de la France, refusant d'écouter qui que ce soit... Jusqu'au jour où une journaliste islandaise vient forcer sa retraite: elle enquête sur le syndrome de la guerre du Golfe, sur l'utilisation de l'uranium appauvri en Irak, et laisse entendre qu'elle possède des informations sur la mort de sa femme... Alors, Jean d'Estavil va se retrouver presque malgré lui emporté dans une course-poursuite mortelle.

Mon avis

« Mon » bibliothécaire m’avait prévenue : « Voila une trilogie qui vous plaira mais attendez les vacances pour la commencer, elle est très prenante… »

Il avait, bien entendu, raison…

Le premier tome de cette série de thrillers socio politiques m’a emballée.

Très bien construit, plein de rebondissements, intelligemment menés, le tout accompagné de façon subtile et géniale d’une « bande originale du livre », morceaux de musique nommés au cours de la lecture et dont on retrouve la tracklist en annexe.

On suit Jean d’Estavil, un militaire dans son parcours de soldat obéissant, discipliné, qui perd sa femme au cours de son accouchement. Secret défense … il ne reverra pas le corps …. Armée et douleur obligent, il ne posera que peu de questions … d’ailleurs à quoi bon ? Ne doit-il pas survivre seul ? En savoir plus lui ramènerait-il sa femme ? Non, alors inutile de chercher à mener une enquête …

Jusqu’au moment où une rencontre va redonner du sel à son existence … Il sait maintenant pourquoi il lutte, il veut connaître la vérité et pas seulement sur le décès de sa femme …

J’ai apprécié le personnage de Jean.

Jean d’Escatil, attachant dans sa douleur d’homme veuf, qui ne veut plus regarder d’autres femmes pour ne pas trahir sa défunte épouse … Jean, attachant, en tant qu’homme qui ne veut pas croire qu’il ait pu être trompé par ses supérieurs (l’armée n’est-elle pas une grande famille ?)

Jean, attachant, quand il comprend, quand la révolte le fait agir …

Jean …. un homme comme les autres ….

Irak, Chili, USA, Islande, France …. Les lieux s’enchaînent, les situations aussi, les personnages aux caractères déterminés, bien « trempés » pour la plupart se croisent, s’entrecroisent … Les références musicales nous accompagnent au cours de ces rencontres, choisies avec soin, douloureuses parfois, vives et bruyantes à d’autres moments, comme autant d’états d’âme que nous transmettraient les personnages, ajoutant une autre dimension à ce livre.

Les références sont nombreuses sur des sujets d’actualités qui nous ont touchés, qui pourraient nous toucher. Connaît-on tout ce que les dirigeants des pays mettent en place entre eux ? Certainement pas … Guillaume Lebeau sait rester dans le « possible », c’est pour cela que son ton est « juste » et que la lecture nous entraîne si vite …

Ces éléments liés à l’actualité peuvent semer le trouble, faire poser des questions, entraîner des interrogations … nous, pauvres membres du « vulgum pecus » sommes ainsi incités à regarder l’actualité sous un autre œil. Est-ce qu’on nous dit tout ? Et surtout ce que nous dit, ce qu’on nous suggère, est-ce toujours vrai ?

Dix parties entourées d’un prologue et d’un épilogue, représentant une dizaine de journées dont les dates sont annoncées en début de partie. Chacune étant introduite par quelques lignes d’une dépêche AFP, Fil News CNN ou autre « papier » officiel. Chaque partie étant ensuite subdivisée en quelques chapitres de plusieurs pages.

L’écriture est alerte, rythmée, vive, incisive, précise, les dialogues bien introduits. C’est très visuel et je pense que l’on pourrait adapter ce roman au cinéma (Je compte sur Guillaume Canet qui a bien réussi avec « Ne le dis à personne. »)....

Un premier tome à découvrir et qui donne envie de poursuivre l’aventure avec Jean d’Escatil ….

 


"Nostalgie quand tu nous tues" de Rodolphe Fontaine

 

Nostalgie quand tu nous tiens
Auteur: Rodolphe Fontaine
Éditions: Les deux encres (1 er Mai 2012)
ISBN : 978 2 35168 452 8
230 pages

Quatrième de couverture

Lorsqu’un corps sans vie est retrouvé à Rouen, au pied du pont Flaubert, le commandant de police Marius Korda est persuadé d’une chose : il a déjà croisé la victime lorsqu’il était en compagnie de son meilleur ami, Hippolyte Delyon. Alors que l’enquête n’en est qu’à ses balbutiements, un nouveau meurtre est commis et les deux amis se rendent compte que le passé des victimes est lié au leur.

Peu à l’aise dans cette affaire, Marius n’hésite pas à mandater Hippolyte pour mener des investigations non officielles. Mais le résultat de ces dernières pose un véritable problème : celui par qui les crimes sont perpétrés semble être la première victime de cette série de meurtres…

Mon avis

Une couverture sobre, un titre écrit à la verticale, une petite photo en noir et blanc et un livre qui tient bien en mains pour deux cent vingt-sept pages qui s’enchainent rapidement…

On a tous, dans nos tiroirs, quelques photos de classe, un peu cornées ou dont les couleurs sont ternies. Parfois, on les regarde, se demandant qui est le boutonneux du premier rang, le grand qui se cache derrière les autres ou celle qui porte des lunettes avec un air de première de la classe. Et puis, il y a les autres, ceux dont on se souvient très facilement. Ceux-là n’étaient pas « transparents ». Une caractéristique les faisait se détacher du groupe classe. Soit parce qu’ils avaient une passion, un désir profond, soit parce que leur physique était « marquant », soit parce qu’ils étaient régulièrement pris à partie par l’un ou l’autre des élèves pour une raison le plus souvent assez floue.

Marius Korda, commandant de police, reçoit un dossier sur un homme mort qui a été retrouvé près d’un pont. Il est persuadé de l’avoir vu récemment lorsqu’il était avec son meilleur ami, Hippolyte, (ils étaient au lycée ensemble).

De fil en aiguille ou plutôt de coups de fil en coups de fil, les deux hommes vont se retrouver face à une situation totalement complexe.

Le mort semble vivant, d’autres personnes de leur lycée ou plus précisément de leur classe semblent visées. Et s’ils étaient les prochains sur la liste ?

Émaillés régulièrement de maximes et de références musicales glissées d’une façon subtile dans le texte, ce roman mérite le détour.

Les deux amis ont des personnalités intéressantes. Hippolyte a l’impression de ne plus exister lorsqu’il est avec Marius près de femmes, en effet, dans ces cas-là, elles ne regardent que son ami.

Malgré tout, pas de jalousie entre les deux hommes.

Ils ne sont pas toujours d’accord, leur fonctionnement dans la vie quotidienne n’est pas tout à fait le même et chacun des deux porte une blessure secrète (surtout Marius d’ailleurs et ce qui le fait souffrir est amené avec une délicatesse emplie de pudeur et laisse imaginer qu’on pourra le retrouver dans un autre opus) mais ils se respectent et sont inquiets l’un de l’autre.

Les voilà tous deux embarqués dans leurs souvenirs…. Les sites sont légion pour retrouver les copains d’autrefois et avec internet les liens se (re)créent très vite, cliquer sur ******et vous accepterez ******. comme ami. (Je l’ai bien connu au lycée, qu’est ce que je risque ?)

Ils vont donc reprendre contact avec leurs amis des années lycée et s’apercevoir très vite que les morts se succèdent dans leur petit groupe. Hasard ou volonté de tuer ?

Qui, comment et pourquoi ?

L’écriture de Rodolphe Fontaine est fluide, agréable à lire. Les chapitres se suivent sans aucun problème. La relation entre les deux amis, avec des « codes » bien masculins apportent un plus à l’intrigue. On peut reprocher sur la fin, deux ou trois événements qui sont peut-être un peu exagérés mais ils n’entachent en rien le déroulement global d’une aventure bien campée.

Il présente certains passages de ses chapitres d’une façon originale.
Comme ça.
Avec des retours à la ligne.
Pas toujours des verbes, parfois peu de mots.

Et je trouve ça très bien.
Pourquoi ?
Parce que ça donne une vie différente aux mots, un rythme qui n’est plus le même lors de la lecture.

Rodolphe Fontaine a de beaux jours devant lui car son écriture si elle n’en est qu’à ses balbutiements, laisse présager de belles pages….


"Moi, Malala , Je lutte pour l'éducation et je résiste aux talibans" de Malala Yousafzai (I am Malala : the story of the girl who stood up for education and was shot by the Taliban)

 

Moi, Malala , Je lutte pour l'éducation et je résiste aux talibans (I am Malala : the story of the girl who stood up for education and was shot by the Taliban)
Auteur : Malala Yousafzai avec la contribution de Christina Lamb
Traduit de l’anglais par Pascal Loubet
Éditions :Calmann-Lévy (9 Octobre 2013)
ISBN : 978-2702154403
390 pages

Quatrième de couverture

Lorsque les talibans ont pris le contrôle de la vallée du Swat, au Pakistan, une toute jeune fille a élevé la voix. Refusant l’ignorance à laquelle la condamnait le fanatisme, Malala Yousafzai résolut de se battre pour continuer d’aller à l’école. Son courage faillit lui coûter la vie.

Mon avis

"Un enfant, un professeur, un livre et un stylo peuvent changer le monde"

Je me souviens très bien, la première fois que j'ai parlé de Malala, Une de mes élèves répétait à l'envi « Pas le goût maîtresse....  ». Je lui avais alors suggéré d'aller à l'ordinateur de la classe, de taper « Malala » dans un moteur de recherches, de revenir me voir ensuite.... C'était en 2011, on commençait à parler d'elle ailleurs que dans son pays. Maintenant la plupart des gens la connaissent... Et elle s'est vue décerner en Octobre 2014, le prix Nobel de la paix à tout juste 16 ans...

Ce livre est construit en cinq parties, dont le nombre de pages est inégale,

On découvre d'abord l'histoire de son père et l'attitude de ce dernier à la naissance de Malala, le profond désir de lui offrir la même éducation qu'à un garçon. Et puis, on « rencontre » la jeune fille, celle qui a soif de savoirs, mais également de justice, celle qui commence par un blog relayé par la BBC, sous le pseudonyme de Gul Makai et qui combat pour l'éducation des jeunes filles dans un pays où les talibans ne veulent pas de ça. Elle a grandi dans l'école que dirigeait son père et n'a eu de cesse d'apprendre toujours et encore et surtout le souhait que les autres filles se voient offrir la même chose qu'elle. Elle a toujours beaucoup lu, avide de tout ce qui peut l'aider à avancer dans le monde.

Sa relation avec son père est très forte, il la porte dans toutes ses luttes.

- Tu as peur, à présent ? Demandai-je à mon père.

- La nuit, la peur est forte, disait-il. Mais le matin, en plein jour, nous retrouvons le courage.

[...]

Si l'on souhaite résoudre un conflit ou une querelle, il faut en premier lieu parler le langage de la vérité.

Bien entendu, elle a peur parfois.

« Adieu musique ! Il vaut mieux taire même tes airs les plus doux. Les talibans à l'orée du village ont figé toutes tes lèvres. »

Après la tentative d'assassinat dont elle a été victime, il lui a fallu de longs mois pour retrouver la santé, des opérations délicates, dont une reconstruction du crâne. Elle était inquiète, loi des siens, coupée de ses racines, et au départ sans contact avec eux.

Elle vit maintenant, avec sa famille, à Birmingham, mais on sent bien que ce n'est pas facile pour elle d'être loin de ses racines.

Mais elle continue d'agir, elle témoigne, elle parle, elle écrit, elle lutte. C'est un tout petit bout de femme qui a du caractère, qui ne pense pas qu'à elle mais aussi aux autres. C'est un tout petit bout de femme qui a tout d'une grande dame....


"La maison d'à côté" de Lisa Gardner (The Neighbor)

 

La maison d’à côté (The Neighbor)
Auteur : Lisa Gardner
Traduit de l’anglais par Cécile Deniard
Éditions : Albin Michel (1 er Septembre 2010)
ISBN : 9782226215109
432 pages

Quatrième de couverture

Un fait divers dans une banlieue résidentielle de Boston passionne les médias. Sandra Jones, jeune maîtresse d'école et mère modèle, a disparu. Seul témoin : sa petite fille de quatre ans. Suspect n°1: son mari Jason. Dès que l'inspectrice D. D. Warren pénètre chez les Jones, elle sent que quelque chose cloche : les réticences de Jason à répondre à ses questions, son peu d'empressement à savoir ce qui a bien pu arriver à son épouse "chérie"... Tente-t-il de brouiller les pistes ou cherche-t-il à protéger sa fille, à se cacher ? Mais de qui ?

Mon avis

Un roman de qualité, bien ficelé, sans temps mort, un coup de cœur !

« Qu’est-ce que je suis contente de ne même pas avoir de plante verte. » dit D.D. en parlant des enfants.

« Je suis convaincue que ce sont ces moments qui, au bout du compte, nous construisent ou nous brisent. » (Pensée de Sandra)

Voilà le ton est donné…

Nous aurons des passages un peu humoristiques, parfois un peu « cru » mais sans jamais tomber dans la vulgarité, et d’autres, plus profonds avec de temps à autre, une réelle réflexion sur les relations familiales, de couples, et la façon dont elles nous « conditionnent ».

Un roman policier avec en filigrane, la famille … celle qu’on a eu, celle qu’on n’a pas, celle qu’on veut construire, celle dont on rêve, celle que l’on fuit, celle que l’on cache, celle à laquelle on croit, celle qui nous construit, nous détruit, nous fait grandir …. etc …

D’ailleurs, ne dit-on pas, qu’on choisit ses amis et pas sa famille ?

Les personnages principaux ou secondaires ont tous une « part d’ombre », un côté secret plus ou moins important, qui leur « bouffe » la vie à petite ou haute dose.

Mais tous, ou presque, gardent à l’extérieur, une apparence lisse, « bien propre sur eux », « bien comme il faut » … essayant de donner le change, en s’abrutissant dans le boulot, les activités … Même, D.D., notre cheftaine policière a un côté pas très net, des envies inavouables, qui la gênent elle-même.

La construction du livre à trois « voix » est très bien faite. Les passages en italiques, la voix intérieure de Sandra, nous distillent au compte-gouttes quelques informations importantes.

C’est une des forces de ce livre, donner petit à petit, les éléments qui permettent de retrouver l’historique de tout ça …. Historique ? Vous avez dit « historique ? » …. Comme l’historique de l’ordinateur qui, même effacé, même « vidé », finit toujours par témoigner de certaines choses. .. Que ce soit le passé de nos héros ou « le passé » de l’ordinateur, tout et je dis bien tout, finit par se savoir ….

Lisa Gardner nous ballotte d’informations en informations au gré des recherches de chacun, nous entraînant sur une voie, puis une autre jusqu’à la conclusion finale …

Ce roman ressemble à la mémoire de l’ordinateur, il nous livre des indices, en efface d’autres, en cache certains ….. mais je l’ai déjà écrit …. Tout …. Tout …… finit par se savoir !!!!!!


"Gadjo Farel" d'André Blanc

 

Gadjo Farel
Auteur : André Blanc
Éditions : Jigal (20 février 2021)
ISBN : 978-2377221257
315 pages

Quatrième de couverture

L’assassinat d’un ancien patti issu de la communauté yéniche devenu un industriel en vue va entraîner le commandant Farel de la BRB dans un maelström international où des personnages inattendus vont faire surgir les aspects les plus sombres de la nature humaine : officier militaire, manouche, chaman, ministre en exercice, avocat international, mafieux de l’Est…

Mon avis

Dans l’équipe du Commandant Guillaume Farel, ils sont six. Chacun son rôle, chacun ses compétences. Bien sûr, Farel c’est le chef mais il demande l’avis de ses hommes, il les écoute. Il les pousse à donner le meilleur d’eux-mêmes et ensemble, ils luttent, contre les hommes corrompus, contre la violence gratuite, contre le mensonge. Souvent les méthodes utilisées sont un peu limites mais rien ne les arrête. Ils ne lâchent jamais même si on leur conseille de prendre du recul, de faire une pause. Parce qu’il est comme ça, Guillaume, et ses hommes aussi. Il est intègre, assoiffé de justice, volontaire, minutieux. Il analyse, observe, ne se laisse pas influencer quitte à se mettre en danger.

Un ancien yéniche (groupe ethnique semi-nomade d'Europe), Joseph Kaiser, a parfaitement réussi dans la vie. Il est devenu un grand industriel et ce jour-là, on lui remet la Légion d’Honneur. Le summum pour un ancien patti (un chiffonnier)! Gonflé d’orgueil, fier, il attend cette distinction devant plusieurs personnes. Le voilà qui s’effondre, crise cardiaque…. Il s’avère que la mort n’est pas naturelle et Farel est chargé de l’enquête avec ses coéquipiers. Sa compagne, Maud, très douée, lui donne un coup de main et il a le soutien d’une femme juge qui refuse tout compromis avec les grands de ce monde. Les investigations vont être délicates. Beaucoup de personnes (même très bien placées) jouent double-jeu, ne disent pas la vérité ou qu’une infime partie. Farel et ses collègues grattent sous la couche de vernis des bien-pensants hypocrites, poussant ceux qui côtoyaient Kaiser dans leurs retranchements. Mais en face des policiers, il y a des hommes puissants, des ramifications qui vont plus loin que la surface des évènements, des industriels vérolés qui abusent des amitiés politiques pour signer des contrats, des mafieux prêts à tout, des traites….

André Blanc place ses intrigues dans la vraie vie et on en prend plein les yeux tellement c’est réaliste. Une fois encore, il égratigne les hommes de pouvoir. Il n’hésite pas à écrire : « Un homme politique honnête est un homme politique qui ne s'est pas encore fait prendre ». Je suis totalement séduite par le ton juste qu’il emploie pour parler des arcanes du pouvoir, de la politique. Parfois, je mélangerai presque Guillaume Farel et André Blanc. Ce dernier a été, à la fin des années 80, adjoint au contrôle budgétaire et au contrôle de gestion au maire de Lyon, qu’est-ce qu’il a observé ? Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il puise dans ce qu’il connaît, dans ce qu’on nous tait, surtout dans ce qu’on nous tait, nous cache …. Il démontre combien certains hauts placés pensent à leurs intérêts en faisant croire le contraire, glissant de temps en temps des allusions, profitant des points faibles, des secrets de chacun, instillant le soupçon, manipulant pour avoir les autres sous leur coupe….. Alors, forcément, l’intégrité, l’éthique de Farel dérangent…. Il veut la vérité, pas de compromis, pas de demi-mesure. Il a raison. Mais quand les ennemis sont des « bulldozers », prêts à tout pour casser, détruire, laminer, écraser Farel et ses adjoints, quel peut être le prix à payer ?

Avec ses récits ancrés dans la réalité, André Blanc ose, il ne baisse pas les yeux, il nous regarde et nous balance ses phrases choc, ses dialogues plus vrais que nature. Ça tape, ça cogne, comme un punching-ball, pif, paf, on reprend à peine notre souffle car la cadence est rapide. L’écriture est accrocheuse, il arrive qu’un des personnages s’exprime en disant « je » mais on le sait tout de suite. En italiques, quelques pensées intimes des protagonistes et c’est particulièrement intéressant.

Un livre réussi, abouti avec une intrigue qui se tient, des pièces de puzzle qui s’emboîtent jusqu’au dénouement final.


"Kintsugi" de collectif d'auteurs

 

Kintsugi
Auteurs : collectif d’auteurs (Dora-Suarez)
Éditions : Du Caïman (20 Mai 2021)
ISBN : 978-2919066902
190 pages

Quatrième de couverture

Pour ce huitième opus de la collection Nouvelles Dora-Suarez, huit auteurs de polar, des plus aguerris aux plus prometteurs, se sont vu confier la tâche de rédiger des textes gravitant autour du thème « des origines ».

Mon avis

Écrire une nouvelle sur un thème imposé est un sacré défi. Il faut faire court, être intéressant, voire carrément captivant et si possible original pour que le lecteur se souvienne du texte. En ouvrant ce recueil, je ne m’attendais pas à une telle diversité. Huit mini-récits. Aux commandes, cinq femmes, trois hommes (manqueraient-ils d’imagination pour ne pas avoir été plus sollicités ? -je plaisante bien entendu-). Certains auteurs sont des noms familiers pour moi, d’autres des inconnus.

C’est le mot « origine » au sens large qui sert de fil conducteur à chaque texte. Famille, profession, amis, traditions d’un pays, us et coutumes, peu importe ce qui sert de base de départ. L’essentiel est le lien avec le mot choisi.

Certains récits font trembler (je pense à « Double nationalité » de James Holin sur les services secrets et les conditions de travail des agents), d’autres sont très émouvants (« Kintsugi » (qui évoque une famille) de Valérie Allam qui a donné son nom au titre du recueil), d’autres machiavéliques (« Les conséquences des origines » de Sophia Mavroudis) etc…

J’ai trouvé intéressant, pour les écrivains que je connais, qu’ils soient sortis de ce qu’on appelle « leur zone de confort », en produisant une histoire qui ne ressemble pas à ce qu’ils font d’habitude. Comme les rédacteurs sont variés, les productions le sont également ainsi que l’écriture, le style, le rythme, le phrasé. Si on accroche moins sur un texte, on peut toujours se rattraper sur le suivant. Et puis c’est dépaysant, les lieux, les protagonistes changent régulièrement, pas le temps de se lasser !

J’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir ces nouvelles. Aucune ne m’a laissée indifférente. Les chutes étaient rarement prévisibles et l’effet de surprise était bien là. Donc, l’exercice a été réussi pour les huit rédacteurs ! Bravo !

Et par-dessus tout, je pense que le titre Kintsugi est particulièrement bien choisi pour un opus rassemblant des nouvelles sur les origines. Pourquoi ?  Parce que le Kintsugi est l'art de la résilience. C’est l’action de réparer des objets en collant les cassures avec un filet d’or, pour les « montrer » au lieu d’essayer de les cacher. En soulignant d'or les « cicatrices », l'art du Kintsugi rend les objets cassés paradoxalement plus beaux. Il leur permet d’assumer leur passé, leurs blessures, tout ce qui évoque leur origine, tout ce qui retrace leur cheminement. De la même façon que les hommes et les femmes dans la vraie vie grandissent mieux en acceptant ce qui les a blessés, construits, faisant une force de leurs fêlures consolidées sur lesquelles ils peuvent s’appuyer pour avancer….


"Tout peut s'oublier" d'Olivier Adam

 

Tout peut s’oublier
Auteur : Olivier Adam
Éditions : Flammarion ( 6 Janvier 2021)
ISBN : 978-2080233868
280 pages

Quatrième de couverture

Un appartement vide : c'est ce que trouve Nathan quand il vient chercher son petit garçon chez son ex-femme. Très vite, il doit se rendre à l'évidence : Jun est rentrée au Japon, son pays natal, avec Léo. À l'incompréhension succède la panique : comment les y retrouver, quand tant d'autres là-bas courent en vain après leurs disparus ? Et que faire de ces avertissements que lui adresse son entourage : même s'il retrouve leur trace, rien ne sera réglé pour autant.

Mon avis

« Passez notre amour à la machine
Faites le bouillir
Pour voir si les couleurs d'origine
Peuvent revenir
Est-ce qu'on peut ravoir à l'eau de Javel
Des sentiments »

En lisant ce roman (où les références de films et de chansons sont assez nombreuses), j’ai fredonné cette chanson d’Alain Souchon. En effet, Nathan a divorcé de sa première femme et se retrouvant seul, il est parti au Japon, un pays qu’ils aimaient beaucoup visiter ensemble. Là-bas, il a connu Jun. L’amour les a rattrapés et elle est venue le rejoindre en France. Mariage, un enfant, puis un divorce. Un fils Léo, qui partage son temps entre ses deux parents. Elle, céramiste, lui exploitant d’un cinéma. Elle lui reproche une certaine passivité, un manque d’initiative. Il n’y a plus l’étincelle. Les sentiments se sont enfuis, éteints, carapatés….

Et puis, un jour, le vide. Jun et Léo ont disparu, appartement vide et pas de réponse aux appels téléphoniques. L’enquête est vite menée, ils sont partis au Japon. Nathan est désespéré. La législation japonaise en matière d’affaire familiale et de garde d’enfants n’est pas la même qu’en France. Là-bas, le parent étranger n’a aucun droit. Nathan va lutter face à des personnes qui ne comprennent pas car pour elles, il n’y a pas de problème. En parallèle de la quête de Nathan, celle de sa voisine dont le fils rejette parents et société pour s’engager dans toutes sortes de manifestations. Il y a aussi deux frères qui recherchent leur sœur disparue au Japon. Chacun d’eux porte ses investigations, plus ou moins aidés par ceux qui les entourent (pour Nathan, rien n’est simple avec ses parents et son frère).

Olivier Adam explore les relations familiales, le poids des traditions, les lois étrangères qui bloquent les discussions, les liens amoureux qui se compliquent quand le dialogue s’étiole.

Le fil conducteur de ce récit reste le parcours de Nathan mais il part parfois dans d’autres directions, qui sont seulement survolées. Cela peut donner un aspect décousu. Il n’en reste pas moins que l’écriture de l’auteur est toujours aussi belle, fine, aussi délicate et précise, notamment lorsqu’il exprime les émotions de ces personnages. J’ai toujours du plaisir à le lire même si ce livre m’a laissé une impression mitigée.


"Le crépuscule du mercenaire" d'André Fortin

 

Le crépuscule du mercenaire
Auteur : André Fortin
Éditions : Jigal (15 Septembre 2014)
ISBN : 979-10-92016-25-3
250 pages

Quatrième de couverture

Ange Simeoni est un voyou qui bien que retiré des affaires est au courant de bien des choses… À sa demande, Stanley, petit voleur à la tire, vient de dérober la mallette d’un agent très spécial tout droit sorti du ministère… Vingt ans plus tôt, Marc Kervadec est conseiller des princes africains. C’est un barbouze qui, du Mali au Burkina Faso en passant par le Togo, veille au grain, chaperonne les présidents et protège les intérêts de la France. Il y a tellement de richesses ici… Au même moment, à Aix-en-Provence, Margot, jeune et belle femme éthérée, brûle sa vie par les deux bouts entre les visites impromptues de Marc… Ailleurs, le colonel, vieux briscard de la DGSE, distribue les rôles à son armée de l’ombre. Les valises d’argent liquide circulent et s’envolent même de temps à autre pour des destinations inconnues… Et parfois la machine se grippe, les planètes se rencontrent, l’amour s’en mêle, les dossiers disparaissent, les juges enquêtent, les présidents africains décèdent brutalement… Il suffit de si peu de chose…

Mon avis

Voici un roman à plusieurs entrées et avec de nombreux protagonistes qu’André Fortin prend le temps d’installer. Cela peut sembler long au départ mais il faut que chaque personnage se mette en place, dans son contexte et son époque. Ensuite, sur la seconde moitié du livre quand les concomitances entre les événements se feront jour, tout pourra aller plus vite.

Malgré tout, n’allez pas imaginer que l’on s’ennuie dans la première partie, pas du tout, il faut le temps de faire connaissance avec chacun, de le laisser se livrer petit à petit pour mieux le connaître. Il faut dire que les héros de notre auteur sont rarement lisses et aseptisés. Ils sont le plus souvent tourmentés, cachant soigneusement leur fragilité et leurs failles bien présentes même lorsqu’il s’agit de gros durs. On oscille entre l’époque de 1987 et la nôtre. On découvre le trafic de blanchiment d’argent, les voyous à la petite semaine, la politique de la France face à l’Afrique qu’elle croit dominer, posséder et aussi, les relations entre les policiers et les magistrats, les « indics », et la face cachée de certains contacts français avec l’Afrique.

En 1987, Marc Kervadec (employé par les services secrets), de repos en France entre deux séjours africains, rencontre Margot, une jeune femme qui semble « libérée » et qu’il retrouve de façon régulière pour leur plaisir réciproque. Tout ne sera pas lisse et elle rencontrera de gros problèmes. Il fera de son mieux pour l’aider, la guérir de ses errances mais rien ne sera simple. J’ai beaucoup apprécié cet homme. Sous des dehors froids, c’est un grand cœur et il sait dire oui à la vie quoi qu’il lui en coûte.

Quelques vingt-cinq ans plus tard, on se trouve avec un jeune malfrat attachant, qu’on voudrait prendre par la main. Malheureusement ce n’est pas celle du lecteur qu’il rencontrera mais celle d’Ange Simeoni, un malfaiteur presque retraité qui va lui confier une seule et unique affaire. Il aurait mieux fait d’écouter Madame Travers, sa psychologue qu’il aime bien, notre petit jeune, plutôt qu’Ange mais ce dernier à su le séduire et lui parler. Ajouter à cela un juge et un policier qui sont amis mais veulent chacun protéger leurs arrières et vous aurez, en gros, la galerie de personnages de cet opus.

Ces deux époques de l’intrigue alternent, évitant la lassitude d’une histoire linéaire. Les retours en arrière expliquant, petit à petit, le présent qui se dévoile sous nos yeux.

Le ton est sec, sobre, les situations décrites avec peu de mots, comme par un taiseux mais chaque phrase semble lourde de sens. Les dialogues sont peu nombreux mais significatifs. Ils apportent un éclairage sur les relations humaines. Le narrateur, qui est le juge d’instruction, intervient dans certains chapitres en disant « je », les autres sont écrits à la troisième personne du singulier.

L’auteur, ancien juge d’instruction, juge pour enfant, vice-président de tribunal…. a le ton juste. En effet, il connaît les différents rouages de ce qu’il décrit et ne s’embarrasse pas de fioritures. Rien ne semble lui faire peur, il écrit comme sont les événements, bruts de décoffrage. C’est sans doute ce ton sincère qui donne une réelle valeur à ce roman.


"Le P'tit Débarras au fond du couloir" d'Isabelle Beaujean

 

Le P'tit Débarras au fond du couloir
Auteur : Isabelle Beaujean
Éditions : Books On Demand (21 Mai 2020)
ISBN : 978-2322223800
168 pages

Quatrième de couverture

Isabelle Beaujean vous propose d'explorer un "Petit Débarras" ! Un endroit où se cache sans doute notre véritable identité, celle de notre être, celle de ses doutes, de ses rêves, de ses espoirs comme de ses peurs. Cet endroit, nous avons eu le temps d'y penser, d'y réfléchir, de nous y ressourcer mais... et après ? Ce roman oscille entre le polar et le récit, la nouvelle et le fait divers.

Mon avis

Ce roman est scindé en deux parties : une même situation vue de l’extérieur puis de l’intérieur, comme en effet miroir.

Le lieutenant Filippo mène des investigations sur des faits de violence entre un homme et une femme. Il est allé dans l’appartement, avec un collègue, pour arrêter l’homme incriminé. Il a découvert un lieu surprenant et a récupéré un carnet. Des réminiscences de son passé remontent, parfois comme une houle, à d’autres moments plus légèrement. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il ne sait pas vraiment comment gérer ce qui lui arrive et s’il faut y accorder une signification particulière.

Dans la seconde partie, le lecteur découvrira l’histoire de ce carnet, très lié à l’alphabet et surtout au dictionnaire. Le poids des mots qui s’égrènent, se dispersent, s’envolent, reviennent.

Le tout agrémenté çà et là d’illustrations en couleurs ou en noir et blancs, semées comme des petits cailloux (voir la couverture), créant un fil ROUGE qui entraîne le lecteur d’univers en univers….

Car elle est bien là, la force de l’auteur, nous emmener au-delà des apparences, derrière le miroir sans tain pour entendre, observer, ressentir l’indicible….

En rentrant dans ce « P'tit Débarras », on pénètre dans l’intimité des personnages, on est à la limite de ce qu’on peut connaître et de ce qui doit rester leur jardin secret. On avance à leur suite, sur la pointe des pieds, se laissant porter par le phrasé poétique d’Isabelle Beaujean. Les ressentis sont écrits à fleur de mots, poussés par l’urgence et le besoin d’être exprimés.

C’est un texte qui parle de silence, d’amitié, de résilience, de souvenirs avec en filigrane une certaine approche de l’art et des éléments….


"Le chat Ponsard" d'André Fortin

 

Le chat Ponsard
Auteur: André Fortin
Éditions Jigal (12 Septembre 2013)
ISBN : 979-1092016086
250 pages 

Quatrième de couverture

Ali et Léonard, deux jeunes à la dérive sont devenus hommes de main… Violences, intimidations, mitraillages et assassinats sont désormais leurs sombres quotidiens. Mais allez savoir pourquoi, Ali commence à douter, à se poser des questions… Il n’a plus envie du rôle macabre qu’on lui fait jouer… Et incidemment c’est un chat, le chat Ponsard qui, en réveillant sa conscience, va bouleverser tous les plans mis en place par deux notables corrompus en mal de pouvoir et de notoriété

Mon avis

Je suis un peu naïve, j’avoue…Quand je lis des histoires de fausses factures dans les journaux, je pense toujours que les tricheurs seront pris un jour et qu’ils rembourseront. Et bien, ce n’est pas du tout comme ça ! ? Ni dans la vraie vie, ni dans les livres… Je n’avais jamais réalisé d’ailleurs comment étaient établies ces fausses factures (heureusement, Ali, un des personnages du roman, n’est pas plus dégourdi que moi sur ce sujet et page 161, quelqu’un lui explique avec des mots simples ; et j‘en ai bien profité (merci !))

C’est donc toute une histoire de « jeux de dominos » et de sociétés écrans que j’ai découverte. Il fallait y penser. « A partir de dorénavant » je vais regarder mon comptable d’un autre œil, des fois que…dans mon dos…

C’est donc dans une ville et une entreprise à taille humaine que les « magouilleurs » se sont installés. Tout aurait pu passer inaperçu sans une erreur minime qui sera remarquée par un employé scrupuleux, lequel va voir le grand chef pour lui faire part de ses questions. Il aurait peut-être dû se taire… Comment se débarrasser de ce brave gars, tout dévoué « à la maison », lui qui a vu le nouveau patron grandir sous ses yeux ?

A l’image du chat Ponsard, qui illustre la couverture, comme s’il allait jouer un rôle important, les événements avancent pas à pas à pattes de velours, le coussinet étouffant de temps à autre le scandale qui pourrait jaillir. Le matou va d’ailleurs être le catalyseur, l’élément déclencheur qui entrainera un de nos protagonistes sur une nouvelle voie.

Pas de rebondissements incessants « à l’américaine », pas de sang à outrance, de courses poursuites épuisantes et d’angoisse terrible. L’auteur instille un climat, décortique les faits pour que nous soyons au courant de tout, à la manière d’un observateur extérieur qui examine, analyse, prend des notes, les transmet en rédigeant. Est-ce le félin, silencieux, aux yeux verts et au regard aigu qui nous expose par le menu tout ce qui fait le quotidien de ceux qu’on croise dans le livre ? Toujours est-il que l’écriture est posée, fluide, complète et qu’il faut bien tout ce qu’on lit pour comprendre les tenants et les aboutissants. Pour autant, ce n’est pas « lourd » à lire, ni compliqué, encore moins fastidieux. Au contraire, on se délecte de ces détails qui arrivent à un rythme soutenu mais sans inutilités. J’ai bien apprécié cette façon de procéder qui change des livres où il y a une action à chaque page. (Pour autant, je n’en lirai pas dix de ce style à la suite). Cela instaure un climat d’échanges avec le lecteur, car les éléments arrivent les uns après les autres apportant un éclairage différent sur les personnes qui habitent les pages.

Les acteurs, tous très réalistes dans leur vie de papier, sont attachants, ils ont une belle part d’humanité pour la plupart. J’ai beaucoup apprécié Mademoiselle Louise, on n’a pas du tout envie de se moquer, de la tourner en dérision, au contraire. Il émane d’elle un délicieux parfum un peu suranné mais elle est tellement « vrai » dans sa façon d’être, ses pensées …. on aimerait que le meilleur lui arrive. Ali aussi, m’a beaucoup intéressé. Balloté de droite à gauche, il ne sait pas trop où est sa vie. Il admire Léonard et lui obéit plus car il se sent « son obligé », pas parce qu’il pense qu’il a raison. L’évolution de sa personnalité n’est pas négligeable. Certains jugent qu’il y a toujours, même enfoui très profond (et ce doit vraiment être très enseveli pour certains ;-), une part de bonté en l’homme, si minime soit elle. La spirale infernale et négative dans laquelle s’est enfermée Ali, s’inverse petit à petit, peut-être par la grâce d’un chat. Une rencontre improbable qui lui permet d’aimer…. Je ne dis pas qu’aimer est le remède à tous les maux mais un peu de tendresse ne fait pas de mal.

Cette lecture m’a agréablement surprise, l’auteur a l’air de bien connaître les situations qu’ils évoquent : enfants en foyer, fausses factures, justice…Et cela donne un ton juste à son écrit.