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"Les Arpenteurs de Rêves: deuxième partie" de Martine S. Dobral

Les Arpenteurs de Rêves : Deuxième partie
Auteur : Martine S.Dobral
Éditions : Le Lys Bleu (21 Juillet 2026)
ISBN : 979-1044048806
252 pages

Quatrième de couverture

L'extraordinaire aventure de Sterenn continue. Aux côtés de Naram, son mystérieux sauveur, un immortel venu du fond des âges, elle poursuit son périlleux voyage à travers le monde en quête des artefacts sacrés indispensables à leur futur combat. Tandis que des pouvoirs insoupçonnés s'éveillent peu à peu en elle, Sterenn avance avec détermination, portée par de puissants alliés. Mais le temps presse. L'alignement des planètes approche, annonciateur du retour d'Erra, redoutable dieu mésopotamien de la violence et du chaos. Entre passé et présent entremêlés, révélations et choix décisifs, Sterenn affrontera son destin avec courage, guidée, sans le savoir, vers son propre futur.

Mon avis

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé Sterenn et Naram pour suivre la suite de leurs aventures. Ils doivent récupérer dans différents coins du monde des artefacts avant un combat contre des entités très rusées et hyper dangereuses, le jour de l’alignement des planètes.

Dans cet univers que l’autrice a conçu, on bascule facilement du passé au présent, du surnaturel au réel. Elle maîtrise parfaitement ce qu’elle a créé sans aucune fausse note, ce qui n’est pas évident. Elle a installé des personnages bien campés, elle a glissé des éléments réels dans une histoire qu’elle détourne, elle a inventé des modes de déplacements, de communication ; elle nous fait voyager et rêver !!

Je suis admirative du travail de documentation réalisé. D’une part car cela m’a donné envie d’aller plus loin sur certaines informations, d’autre part parce qu’elles sont très bien intégrées au récit sans qu’on ait le sentiment d’être en cours magistral, et enfin parce que cela étoffe le récit et lui apporte une autre dimension au-delà du fait de nous divertir.

L’écriture est vive, immersive, très visuelle. Je voyais les images évoquées défiler dans mon esprit et j’imaginais un film, je pense que ce serait plaisant à regarder ! Il n’y a jamais de temps mort. Tout est bien dosé entre suspense, amour, actions, ressentis, mises en place de méthodes et techniques pour arriver à contrer ceux qui risquent d’empêcher les héros d’agir pour le bien de tous.

Martine S. Dobral a une imagination fertile, et elle a l’intelligence de concevoir des péripéties captivantes, juste un peu oniriques avec un monde où, bien entendu, des bons affrontent des méchants mais pas seulement. Elle instaure des liens, des retournements de situations, une atmosphère prenante.

Une question que je me posais était de savoir comment elle allait négocier la fin. Il fallait rester raccord avec le contexte élaboré, être en phase avec les tempos imposés et donner encore un peu de rêve, celui qui fait entrevoir un avenir plus doux, plus beau. Et elle a réussi !

Comme pour la première partie, le marque page glossaire et protagonistes est bien utile pour cette lecture envoûtante et plaisante !

NB : il pourrait y avoir une version abrégée avec des dessins pour les plus jeunes.

 

"Les Arpenteurs de Rêves" par Martine S. Dobral

 

Les Arpenteurs de Rêves : Première partie
Auteur : Martine S. Dobral
Éditions : Le Lys Bleu (17 Juillet 2026)
ISBN : 979-1044047243
244 pages

Quatrième de couverture

Si un parfait inconnu vous sauve la vie et vous annonce dans la foulée que la fin de votre monde est proche, comment réagissez-vous ? S'il ajoute très sérieusement que vous seule pourrez contrer les calamités qui arrivent, lui prêterez-vous une oreille curieuse pour en savoir davantage ou passerez-vous vite votre chemin ? Étonnant dilemme auquel Sterenn va se trouver confrontée. Tout avait pourtant bien commencé. Ses cours d'Histoire à Paris se terminaient et les grandes vacances se profilaient avec son retour programmé dans sa Bretagne natale. Mais quand rien ne se déroule comme prévu...

Mon avis

Ce roman commence en 4800 avant Jésus-Christ. On est immédiatement au cœur d’un conflit où des humains luttent contre des hybrides, des entités faites de plusieurs éléments (dont le vent). Les combats sont violents et on comprend que rien n’est terminé…

On bascule alors dans le présent, à notre époque, avec deux amies : Sterenn au beau prénom breton et Iris. La première est étudiante en histoire avec comme spécialités l’antiquité méditerranéenne et proche-orientale. Elle est fascinée par les civilisations archaïques, les langues et les religions. Iris est en fac de psychologie et philosophie. Elles sont en colocation et tout se passe bien sauf que Sterenn a un petit problème de santé. Elle souffre de narcolepsie, elle peut sombrer dans le sommeil n’importe où, n’importe quand malgré un traitement régulier. De plus, ses nuits ne sont pas reposantes. Elle fait des rêves difficiles, où elle se voit mourir dans une autre époque. Est-ce que ses études influencent son cerveau et la mettent « en condition » pour de tels songes totalement oniriques ? Elle a l’impression lorsqu’elle se réveille d’être allée dans un monde parallèle.

Un jour où les deux amies se promènent en bord de Seine, Sterenn a une vision, et elle est sauvée de la noyade par un inconnu. Celui-ci lui explique qu’il n’est pas là par hasard et qu’il a besoin d’elle car elle a été « choisie » pour ce qu’elle est (et qu’elle ignore totalement). À partir de là, le récit oscille entre passé et présent au gré des confidences des uns et des autres. C’est très bien fait, habilement construit avec des éléments réels (je pense notamment au Cairn de Gavrinis que j’ai visité) qui donnent du poids au texte.

Quelle que soit la période, il y a des rebondissements, du rythme et les pages s’enchaînent sans problème. Astucieusement, des marque-pages avec un glossaire et le nom des personnages (bien choisis) est glissé dans le livre et cela évite de toujours revenir au début ou à la fin pour avoir la réponse. C’est une excellente idée !  

L’autrice maîtrise parfaitement l’univers qu’elle a imaginé et c’est une force, elle sait où elle veut emmener le lecteur. Elle glisse du suspense, de l’amour, de l’Histoire (avec un grand H, elle a dû se documenter) et tout s’articule sans erreurs. L’écriture est fluide, les dialogues vifs. On suit les aventures des protagonistes avec intérêt. C’est très visuel et je pense que cela ferait un film qui plairait à ceux qui aiment le fantastique, sans trop d’extravagances.

Une lecture plaisante, vivement la suite !

"Les chemins écarquillés" d'Aurélien Blanchard

Les chemins écarquillés
Auteur : Aurélien Blanchard
Éditions : Christian Bourgois (5 Mars 2026)
ISBN : ‎ 978-2267059410
160 pages

Quatrième de couverture

Habitué des petits boulots, des basses besognes et des aller-retours en prison, Braque se voit confier une étrange mission. Il doit escorter, chez un éminent zoologue, une étrange créature. Chose laide et silencieuse aux grands yeux tristes, à mi-chemin entre le tamanoir et un adolescent humain mâle, la créature se déplace tantôt à quatre-pattes et tantôt debout, se refusant à toute classification taxonomique. Il lui donnera un nom : Victor. Braque aime le silence, et Victor le lui rend bien. Mais la créature gêne et dérange.

Mon avis

Attention ! Pépite littéraire !

Nous voici, quelque part dans un monde où la vie n’est plus la même, où les mégafeux font des dégâts, où les mots solidarité, respect, écoute, ont disparu, où internet s’est éteint, où rien ne sera plus pareil parce que les humains ont gâché ce que les générations précédentes leur avaient offert…

« Il n’y a pas eu de révolution, pas de catastrophe, juste un effondrement progressif où tout le monde s’est en quelque sorte replié sur soi-même, sans changer grand-chose en fait. »

Braque n’a pas vraiment réussi sa vie jusqu’à maintenant. Entre petits boulots minables et séjours en prison, il n’a rien vécu de bien agréable et il ne sait pas quelle direction prendre. Alors, quand on lui propose une étrange mission, il accepte en se disant qu’il verra bien après. Ce qu’il doit faire ? Escorter une « créature indéterminée » chez un docteur en zoologie. Il gagnera quelques billets et ça lui permettra de voir venir la suite.

Le voilà donc sur les routes avec cet être qui respire, ne parle pas, se déplace et qui a, disons-le carrément, rien d’humain… à part, peut-être, ses yeux. D’ailleurs, Braque a parfois le sentiment qu’un éclair de compréhension les traverse mais il se doute qu’il se trompe et ne pousse pas la réflexion au-delà.

Un étrange lien va se tisser entre eux. Braque n’arrive pas à comprendre pourquoi il s’attache à Victor (c’est ainsi qu’il le nomme). Sans dialogue possible, quel intérêt ? Mais les faits sont là, inexplicables. Comment envisager le futur ? Il se doit de le déposer au lieu du rendez-vous, c’est son job.

On ne peut pas tout maîtriser et tout ne se déroule pas comme c’était prévu. Braque se retrouve dans des situations délicates à gérer. Il doit réfléchir, prendre du recul, décider vite parfois. Il fait des choix, bons, mauvais ? Chacun pensera ce qu’il veut. Moi j’ai ma petite idée.

Le récit, avec quelques pointes d’humour, est d’une grande profondeur. Il parle de la vie, de l’amour, de l’amitié, de ce que construisent ou détruisent les hommes, quelques fois par égoïsme ou par pur besoin de pouvoir. L’atmosphère est particulièrement bien décrite, en fonction des situations, on sent la peur, l’affection, le soulagement ou autres ….

Portée par une écriture magnifique, avec un vocabulaire recherché, de qualité, ce roman m’a conquise, charmée. Le choix des mots est exquis, précis. Moi qui aime la poésie, les phrases bien rédigées, je me suis régalée (j’ai même sorti mon dictionnaire !). Pour autant, l’auteur ne sombre pas dans le grandiloquent, il a su parfaitement doser son propos. Il n’en rajoute pas, il montre les atermoiements, les différentes options qui se présentent, les réflexions que ça engendre… Et ses descriptions sont superbes.

« Le silence non pas comme une toile blanche, mais cadre texturé, canevas ou matière brute qui porte déjà en elle-même ses formes possibles. »

Le texte d’Aurélien Blanchard est « enveloppant » (je ne sais pas si j’ai pris le meilleur terme pour exprimer mon ressenti), il dégage une certaine forme de douceur malgré des événements graves de temps à autre. Pour un premier titre, c’est vraiment très réussi. Original, porteur de sens et plaisant à lire !

 

"Brûle-bleu" de Léna Pontgelard

 

Brûle-bleu
Auteur : Léna Pontgelard
Éditions : Christian Bourgois (5 Février 2026)
ISBN :  978-2267054897
450 pages

Quatrième de couverture

Silas vit et travaille à l'Auberge de l'Écu depuis toujours. Lui et ses semblables aident Roland, l'aubergiste, à tenir le lieu pour que les voyageurs qui passent par l'Écu y dépensent lestement leurs bourses. Chaque jour, invariablement, Silas plie les draps, passe le balai, se rend au lavoir, plume les volailles, broie les épices, et recommence. Il existe pour cela, uniquement, car c'est ainsi qu'il a été créé. Mais un matin, Silas s'interroge. Sur son corps bleu. Sur son statut de créature. Sur l'origine des choses et leurs conséquences. Il n'en tire aucune conclusion, seulement d'autres questions, encore, qui pleuvent comme les amandes sur les plats des jours de fête. À force de questions, Silas est pris de vertiges ; il ne suit plus tout à fait le déroulement normal de ses journées, arraché à sa stricte routine par un trop plein de bruits, d'odeurs, de couleurs, de sensations.

Mon avis

Léna Pontgelard est née en 1992 mais elle a vécu de nombreuses expériences. Actuellement, elle est éditrice mais son insatiable curiosité la pousse à exploiter des tas de domaines. Brûle-bleu est son deuxième roman.

Oscillant entre plusieurs styles, le récit se situe principalement à Bourg-en Bresse et aux alentours, dans une période médiévale, au quinzième siècle, avec des humains mais pas que… ce qui donne une légère note fantastique, tout en restant ancré dans un contexte historique bien développé.

D’ailleurs, le narrateur est Silas, une « créature » qui a été conçu dans un but précis. Comme ses semblables, il aide Roland, le patron de l’Auberge de l’Ecu. Tous les jours, sans réfléchir, sans se poser de questions, il accomplit avec application et sérieux, les mêmes tâches : plier les draps, balayer, se rendre au lavoir etc. Il est candide, ne sait pas tout de la vie et ne cherche même pas plus loin, ça lui convient. Il est « programmé » et n’a connu que ça.

« Questionner ne fait pas partie du déroulement normal de ma journée. »

Roland arrive à sortir de belles phrases, lui, non. Mais un jour, une première interrogation arrive, un petit quelque chose envahit son ventre, ses tripes, son esprit. Commence-t-il à avoir des sentiments, à ressentir des émotions ? Que va-t-il faire de ça ? Il ne doit pas s’affoler.

« La panique, c’est quand tu réfléchis trop et que tu n’arrives plus à rien faire. »

S’il apprend des choses nouvelles, elles ne se gravent pas en lui. Il n’est qu’une créature… Pourtant de plus en plus, ça « bouge » à l’intérieur de lui…

C’est avec une langue imagée et poétique que l’auteur nous emmène dans son univers onirique. Les métaphores sont nombreuses et représentatives. Le vocabulaire et le langage moyenâgeux nous imprègnent du contexte. Les descriptions précises apportent un décor d’époque. C’est très bien fait.

J’ai aimé la place de la musique, évoquée avec beaucoup de lyrisme.

« Je ne sais pas si c’est le pur savoir ou la liesse transformée en notes, partagée dans tous les cœurs du soir, mais je sens qu’être musicien m’épaissit. La musique m’a trouvé comme de l’argile, mais elle a travaillé, travaillé mon âme, et elle m’a formé. »

Silas évolue, découvre. Il se rend compte qu’il existe et il réalise que les autres aussi. Il commence à faire des interactions, son cœur bat et pas seulement pour vivre !

Pour apprécier cette histoire, il faut se laisser porter par l’imaginaire de Léna Potgerland, accepter l’idée de mêler des personnages historiques à un monde teinté de fantastique. Silas fait un voyage initiatique. Ce qui est étonnant, c’est que tout s’articule à merveille, ce qui démontre que l’auteur sait très bien où elle veut emmener le lecteur. Au début, pourtant, je me suis demandée où elle m’entraînait ….

Et bien dans un milieu original, bien défini, où les protagonistes font des choix parfois difficiles pour assumer ou pas ce qu’ils sont. Le texte est plein de clins d’œil, de thèmes forts pour qui s’offrira le temps d’une lecture, une part de rêves avec des étoiles dans les yeux ….


"Viral" de Kathy Reichs (Virals)

 

Viral (Virals)
Auteur : Kathy Reichs
Traduit de par Marie-France Girod
Éditions Oh ! Editions (18 Novembre 2010)
ISBN : 978-2361070106
410 pages

Quatrième de couverture

A 14 ans, Victoria Brennan, nièce de la célèbre anthropologue judiciaire Temperance Brennan, vit avec son scientifique de père sur une île isolée au large de Charleston, sur la côte de Caroline du Sud. Quand elle n'est pas à Charleston pour suivre les cours du collège huppé qu'elle déteste, Victoria, dite Tory, est livrée à elle-même et à ses passions : la science, la mer, sa bande de trois copains, et surtout... les chiens-loups. Car près du centre de recherches où travaille son père, une petite meute de chiens-loups vit en liberté depuis toujours. Tory est la seule à pouvoir les approcher. Elle est donc la seule à se rendre compte que le plus jeune de la meute, Cooper, a disparu. C'est en le cherchant qu'elle trouve une plaque d'identification militaire datant de la guerre du Vietnam, près d'un tas d'os. Tory n'est pas la nièce de Temperance Brennan pour rien : elle sait que ces restes sont humains. Et pourtant, à son retour avec la police, il n'y a plus rien... Un thriller haletant qui enthousiasmera tous les fans de BONES. À lire de 13 à 99 ans et au-delà...

Mon avis

«À lire de 13 à 99 ans et au-delà … » est il écrit en quatrième de couverture.
À lire un jour de pluie, pendant les vacances …
A lire pour se détendre sans chercher plus loin qu’un bon moment …

Le prologue et l’épilogue entourent quatre parties rythmées par les recherches d’un groupe d’adolescents entêtés et dynamiques …

Du mystère, un peu de surnaturel, des bons, des méchants, un méchant pas si méchant qu’il en a l’air, de l’amitié, des dialogues trépidants, des actions qui s’enchaînent, parfois des ficelles un peu grosses mais globalement un livre agréable.

Une lecture à la portée de tous, pas d’étude psychologique approfondie des personnages, pas de détails très poussés sur l’intrigue elle-même mais inutile de bouder son plaisir, on avance vite dans cette lecture et on a envie de comprendre le « pourquoi du comment »….

Je ne connais pas « Bones » la série télévisée évoquée mais je reconnais que ce roman, très visuel dans l’action et très « parlant » pourrait être facilement adapté pour le petit écran.

L’écriture est simple, familière, à l’image des jeunes héros que nous côtoyons, facile à aborder. Les différents personnages sont bien définis, la trame « se suit" bien, tout est donc réuni pour qu’en compagnie de ce roman, on ne voit pas le temps passer


"Trilogie de l'éveil -Tome 1 : Wake" de Robert J. Sawyer (Wake)

 

Trilogie de l'éveil -Tome 1 : Wake (Wake)
Auteur : Robert J. Sawyer
Traduit de l’anglais (Canada) par Patrick Dusoulier
Éditions : Gallmeister (5 Février 2025)
ISBN : 978-2404080475
466 pages

Quatrième de couverture

La jeune Caitlin Decter est un petit génie des mathématiques. Aveugle de naissance, elle bénéficie d’un programme révolutionnaire qui doit lui permettre de découvrir ce monde et voir enfin le visage de sa mère. Lorsqu’on lui greffe un implant oculaire et que la lumière se fait enfin, ce sont les paysages du web qui explosent dans sa conscience, en une débauche de formes et de couleurs. Avide de découverte, elle se met à explorer cet univers étrange.

Mon avis

Wake est le premier livre de la trilogie de l’éveil, parue en 2009 sous le nom WWW.

Le récit se déroule en 2012. Caitlin Decter, 15 ans, est aveugle de naissance. Son père est un scientifique, un peu fermé sur lui-même qui communique sans chaleur avec sa fille. Sa mère s’est beaucoup occupée d’elle et a mis sa carrière entre parenthèses. Ils viennent de déménager à Waterloo, en Ontario. Caitlin suit ses études dans un lycée ordinaire avec quelques aménagements. Elle est très douée en maths.

Un jour,elle reçoit un mail du Docteur Masayuki Kuroda, un japonais. Il pense avoir une solution afin qu’elle puisse voir, avec un appareil qu’il a conçu, un eyePod. Il lui propose une rencontre et un essai. La vie de l’adolescente risque d’être bouleversée, elle n’a jamais vu, elle n’a pas les « codes » des couleurs, saura-t-elle associer une forme touchée dans l’espace à sa représentation sur une feuille de papier ? Et lire ? Les lettres, les phrases ne sont rien pour elle.

En parallèle, une épidémie se déclare en Chine et le gouvernement ne sait comment la stopper à part en prenant des mesures radicales. À savoir en éliminant tous les risques et en se coupant du monde. Plus de téléphone, plus d’internet… Un militant pour la liberté d’expression essaie de contourner le blocus. On suit également une chercheuse avec des bonobos à qui elle apprend la langue des signes.

Trois entrées pour une même histoire, les liens se feront sans doute dans les tomes suivants. Pour celui-ci, cela ne m’a pas semblé évident Mais ça ne m’a pas gênée.

Tout est captivant, surtout Caitlin, qui avec beaucoup d’intelligence, exploite tout ce qu’elle a sous la main. Quand elle découvre ce qu’elle peut faire, elle décide d’aller plus loin….et nous emmène avec elle dans un nouveau univers …

Tout commence comme un roman assez classique avec une famille, et deux autres « entrées ». Et puis ça devient extra ordinaire (en deux mots). On sort de la logique tout en restant dans le presque réalisable (encore plus lorsqu’on voit ce qui peut exister de nos jours). J’ai été fascinée par l’évolution du texte et des personnages. Petit à petit, notre conscience s’éveille à d’autres possibles.

On touche à de nombreux domaines, dont bien sûr, l’intelligence artificielle et ses dérives. Si parfois, les notions informatiques sont dépassées ou un peu rasantes à lire, elles complètent bien le propos. Je pense que la suite va nous entraîner plus loin…

C’était un excellent moment de lecture car l’écriture est prenante (merci au traducteur) et le style vif. Il y a des rebondissements et Caitlin est attachante. Je lirai volontiers la suite !


"Arcangelis City Saison 1 : Là où naissent les rêves" de A.J. Blakemont

 

Arcangelis City Saison 1
Là où naissent les rêves
Auteur : A.J. Blakemont
Éditions : CreateSpace Independent Publishing Platform (28 février 2014)
ISBN : 978-1495983832
252 pages

Quatrième de couverture

Pour Lys, la lumière du soleil est un danger mortel. Elle a une rare condition génétique qui rend sa peau très photosensible. Solitaire et farouche, elle habite une métropole futuriste, Arcangelis City, et mène une double vie. Le jour, elle est étudiante en littérature ; le soir, elle est artiste dans l'univers virtuel du jeu Alter Ego. Dans cet univers, elle rencontre un Oneiroï, être mythologique capable de manipuler les rêves. Qui se dissimule derrière ce sombre et mystérieux avatar ?

Mon avis

Un livre surprenant capable de captiver les jeunes et les moins jeunes.

Pourquoi ? Le style est fluide sans être basique et trop lisse, l’auteur a trouvé le juste équilibre entre abordable et de bonne qualité.

L’installation des deux mondes, la place des rêves permettent aux protagonistes de montrer plusieurs aspects de leur personnalité, de lâcher prise lorsqu’ils sont avec leur avatar, qui leur sert alors de « couverture ». Un peu comme nous lorsque nous choisissons de nous exprimer avec un pseudo. C’est assez fouillé tout en restant accessible à tous. Pas de confusion possible entre les personnages, les lieux et les événements. Les individus rencontrés sont bien ciblés, même si chacun a une part d’ombre. On sent que l'on ne sait pas tout sur eux, cela interroge le lecteur et laisse entrevoir de prochaines découvertes.

L’intrigue se tient, au début on peut se dire que ça va ressembler à ceci ou cela mais très vite, on s'aperçoit que c'est unique. L’écriture de l’auteur distille une ambiance qui se sent entre les lignes, c’est palpable, on « voit » les images et on visualise très bien les scènes sans que le style tombe dans la description lourde qui lasse.

La fin, qui n’est pas une conclusion, laisse présager d’autres saisons tout aussi intéressantes.

NB : Pour ceux qui seraient inquiets de découvrir un nouveau monde, il y a un lexique dans les dernières pages donc pas de soucis !


"28 E jour avant" d'Alain Breckler

 

28e jour avant
Auteur : Alain Breckler
Éditions : MVO (6 Mai 2025)
ISBN : 978-2386950094
290 pages

Quatrième de couverture

Alors qu'une épidémie nouvelle de SARS Cov se manifeste en 2032, les porteurs-sains sont confinés dans les sous-sols de la zone 51, afin d’y rechercher les secrets de leur résistance. Après une fuite et un road-trip, du désert du Nevada à Las Vegas, Lana sera finalement capturée et subira le même sort, à moins que Jim, un jeune astrophysicien, n’imagine un plan insensé mais porteur d’espoir.

Mon avis

2032. Il est de retour ! Et tout le monde a peur.

Mais de quoi on parle ? D’un virus mortel qui menace l’humanité. Alors il faut trouver des solutions. Tester sans arrêt tout le monde, séparer, isoler. C’est comme ça que certains sont détectés « porteurs-sains ». Ils ne sont pas malades, pensent que tout va bien mais ils peuvent contaminer les autres et c’est encore pire puisque personne ne le voit venir !

Il est donc nécessaire de trouver des idées. Les personnes ainsi repérées seront regroupées et des expériences seront menées sur elles afin de comprendre leur résistance au virus. C’est comme ça que la zone 51 est créée. Les conditions de vie sont difficiles, pas de sorties, pas d’interactions avec l’extérieur ni avec les familles, une nourriture insipide, peu voire pas d’intimité… Et ça jusqu’à quand ? Peut-on traiter des hommes et des femmes ainsi, en leur enlevant leur liberté et en les utilisant comme cobayes ?

Lana n’accepte pas cette situation, elle veut décamper mais peut-elle y arriver ? Elle s’est liée avec deux autres personnes qu’elle veut entraîner dans sa fuite. Tout est terriblement sécurisé, comment espérer une « ouverture » ? Elle est volontaire, elle veut y arriver. On comprend sa révolte, ce qu’on lui impose est tout simplement invivable ! Je me suis attachée à elle. Elle est courageuse, se bat, ne renonce jamais.

On va suivre le long combat de Lana et, en parallèle, on découvre Jim, un jeune astrophysicien qui cherche ce qui peut être envisagé pour l’avenir des habitants de la zone 51. Ont-ils seulement la possibilité d’un futur ?

J’ai commencé ce roman et je ne l’ai plus lâché ! Prenant, bien rédigé, avec son lot de rebondissements, ce récit est intéressant pour son raisonnement. L’écriture est vive, les descriptions sont ciblées, c’est très visuel et ça ferait un bon téléfilm.

Au-delà de l’histoire très accrocheuse, l’auteur pousse au maximum l’idée de faire quelque chose pour éviter que les porteurs sains soient dangereux pour les autres. Ce qui est terrible, c’est qu’ils ne peuvent plus choisir, seulement subir… On a tous intérêt à être vigilant car on ne sait jamais…brrrr….

J’ai vraiment beaucoup aimé ce livre. Je me suis imprégnée du contexte, j’avais des frissons, je me révoltais, les émotions se succédaient lorsque j’espérais un mieux.

Une lecture immersive très réussie !

"La Guilde des Merlins - Tome 1: Le Magicien" de Cendrine Nougué

 

La Guilde des Merlins - Tome 1: Le Magicien
Auteur : Cendrine Nougué
Éditions : Aconitum (25 Août 2016)
ISBN : 979-1096017058
185 pages

Quatrième de couverture

Arthur Sullivan, collégien vivant à Nantes, partage sa vie entre sa passion pour la magie et ses amis. Jusqu'au jour où sa mère est hospitalisée à Londres, le laissant aux mains de sa grand-mère anglaise, richissime éditrice qu'il n'avait jamais vue. Arthur découvre alors un univers où se manifestent des créatures étranges, et où les contes pour enfants semblent avoir ... une extraordinaire importance.

Mon avis

Quel adulte n’a pas gardé une part d’enfance en lui ? Aucun, j’espère, sinon, ce serait trop triste. Je reste persuadée que, pour être heureux, il faut maintenir sa capacité à s’émerveiller, à ouvrir son esprit au rêve.

C’est ce que nous offre, de fort belle manière, Cendrine Nougué dans le premier tome de sa série « La Guilde des Merlins ». Arthur vit à Nantes et sa maman vient de partir à Londres. Malheureusement, elle va être hospitalisée là-bas et le jeune garçon est dans l’obligation de la rejoindre. Pas facile, pour un adolescent, de laisser ses copains (surtout ses deux amis préférés…), son collège (même si ses camarades de classe ne sont pas toujours tendres avec lui) et ses habitudes…Mais il n’a pas le choix…

Arrivé de l’autre côté de la Manche, il va aller de surprise en surprise, découvrant auprès de sa grand-mère, un univers qu’il ne soupçonnait pas. Des situations surprenantes se succèdent, et loin de toute rationalité, Arthur ne sait plus que penser, ni comment réagir …. Au fil des pages, on part avec lui dans un monde extraordinaire, on bascule du présent au passé, aux passés devrais-je écrire car ce n’est pas un événement qui est évoqué mais bien plusieurs se déroulant à différentes périodes…. Avec doigté, l’auteur nous fait voyager dans l’histoire et revisiter des légendes comme celle de Merlin etc….

Le style est vif, léger mais pas mièvre, agréable, on sent l’enthousiasme et la vivacité de celle qui a pris la plume (ou le clavier). Elle a dû avoir beaucoup de plaisir à écrire et ça se sent. Du coup, elle le transmet et nous la lisons avec bonheur…. Son écriture est fluide, le récit bien construit.

Je mettrai une mention très bien à la première de couverture : elle est magnifique et bien pensée !

"La ronde de nuit" de Bora Chung (한밤의 시간표)

 

La ronde de nuit (한밤의 시간표)
Auteur : Bora Chung
Traduit du coréen par Kyungran Choi et Pierre Bisiou
Éditions : Rivages (5 Mars 2025)
ISBN : 978-2743666248
176 pages

Quatrième de couverture

Une gardienne de nuit raconte ses rondes dans les couloirs d’un étrange institut de recherche où sont conservés des objets paranormaux. Chaque laboratoire recèle un mystère.

Mon avis

C’est avec ce recueil de nouvelles que je fais connaissance de Bora Chung. Elle est coréenne, née en 1976, elle écrit et traduit. Elle enseigne la littérature et les études de textes de science-fiction. Elle est également très active sur le plan social. « La ronde de nuit » est son second titre traduit en langue française.

Ce sont des mini récits fantastiques, avec juste une pointe de paranormal. J’ai été conquise parce que ça garde un aspect réel, il y a seulement quelques petits phénomènes bizarres qui montrent que ça ne tourne pas « de façon normale ».

Tout est lié à un institut de recherches avec des laboratoires fermés à clé. Sur place, l’Ancienne (avec une majuscule) est là. C’est une femme âgée aveugle qui « voit » tout et sent les événements. Quelques fois, elle raconte, ou bien le ou la protagoniste principal-e du petit texte prend la parole en disant « je ».

C’est seulement la nuit que le lecteur « visite » avec ceux qui surveillent les lieux. Ils font des tours à heure régulière, ne croisent jamais personne. Ils ont des consignes très strictes : ne pas ouvrir les portes, garder leur téléphone éteint et s’ils pensent voir un fait sortant de l’ordinaire, l’ignorer et continuer leur chemin etc… Mais avouez que c’est bien tentant d’essayer de savoir, de glisser son œil dans un trou de serrure, de coller son oreille contre une cloison ou de tenir tête à celui que vous rencontrez alors que vous êtes censés être seuls, surtout lorsqu’on vous a répété que c’était interdit.

Sauf qu’à la moindre incartade tout part de travers et plus rien n’est « maîtrisable ». Il se passe des choses bizarres et si certains essaient d’analyser ou de comprendre, ils perdent encore plus pied, jusqu’à se demander s’ils n’ont pas des hallucinations.

Ceux dont on raconte l’histoire ont eu de temps à autre une attitude qui n’était pas « la bonne », en désobéissant, ou en n’étant pas en « phase » avec ce qu’on attendait d’eux. Comme s’il était nécessaire de rester dans un « moule », de ne pas dévier (on ne se risque pas, par exemple, à ressentir des sentiments pour une personne du même sexe). Alors est-ce que les objets « connectés » et cachés dans les labos se vengent ? Est-ce que les esprits décident de punir les « fautifs » ?

De nombreux thèmes sont abordés par l’intermédiaire de ces textes. La culpabilité, la vengeance, la différence, l’isolement lorsqu’on n’est pas dans la « norme ». Se pose alors la question de savoir ce qu’est la « règle » s’il n’y a plus de place à l’imprévu, à la fantaisie, à l’imagination, à l’ouverture d’esprit, à la curiosité…

L’écriture (merci pour la traduction) est détachée, observatrice, décrivant sans empathie… Du moins en apparence, parce qu’une certaine forme de tendresse se dessine envers les personnages. On sent que l’auteur n’est pas indifférente à leur devenir et elle entretient le mystère à merveille.

Cette lecture m’a transportée et enchantée. J’ai aimé ce fragile équilibre entre fantastique et réalité, on passe de l’un à l’autre en se laissant emporté par les mots, les phrases qui font peur ou sourire ou rêver…. C’est délicat, inspiré et très agréable à lire.

"Les sous-traitants" de Stéphane Lanos

 

Les sous-traitants
Auteur : Stéphane Lanos
Éditions : de la Lanterne (13 Mars 2025)
ISBN : 978-2487978034
480 pages

Quatrième de couverture

Quinze ans après l’accident de la centrale nucléaire de Cruas, la Nouvelle République est au pouvoir. Elle a mis fin à la politique de Préférence nationale et applique son programme de Fin de l’État social. Lyon, juillet 2037. Une tuerie de masse éclate en plein centre-ville. Alexandre, journaliste arrogant et mis au placard de la rédaction de DNews, est envoyé à Lyon pour couvrir l’événement avec sa cameraman Alicia. Le suspect, fou furieux, est traqué par la police, mais également par des mercenaires qui agissent pour le compte de la mystérieuse société Arès. Il est finalement découvert, tué par arme à feu. Alors que les autorités veulent faire croire à un suicide, Alexandre comprend qu’il a été assassiné…

Mon avis

Cette dystopie peut être lue indépendamment du « 100 ème singe », titre précédent évoquant une France qui perd pied politiquement. L’écriture nerveuse de l’auteur nous plonge en 2037. Les gens aisés vivent entre eux, dans des résidences ultra protégées. Les autres sont relégués dans des coins où ils ne doivent pas faire de vagues et où les conditions de vie sont bien différentes. Les progrès scientifiques sont importants, trop sans doute, et offerts à ceux qui peuvent les monnayer.

« Madame » n’est plus au pouvoir et la Nouvelle République est en place. Les gouvernants ont l’intention de mettre fin à l’état social en se faisant aider de grands groupes industriels. Mais n’y a-t-il pas des hommes qui manipulent dans l’ombre ? Entre la « vitrine » exposée, le discours tenu et ce qui se trame derrière, le gouffre est immense …

Le but de la plupart des individus est de performer individuellement, gavés de médicaments pour tenir le coup (angoisses, douleurs, manque de sommeil…), connectés en permanence (lentilles, prothèses, exosquelette…). Certains ne s’embarrassent plus d’une famille, d’une vie de couple, les deux seraient synonymes de perte de temps. C’est dire combien leur quotidien est creux mais sont-ils encore capables de raisonner par eux-mêmes ?

Alexandre, issu d’une riche famille, dragueur, beau gosse parfois superficiel, n’a plus de missions au sein de la rédaction de DNews. Il a trop « joué », courtisant toutes les femmes à sa portée sans réfléchir et ça s’est retourné contre lui. Alors qu’il vient pour tenter sa chance une dernière fois auprès de son patron, un concours de circonstances favorable lui permet de partir à Lyon avec Alicia comme « camerawoman ». Là-bas, un homme a tué plusieurs personnes sans qu’on en comprenne les raisons, d’autant plus qu’il n’a rien revendiqué. Il sent que la situation n’est pas claire et il décide de creuser l’affaire.

Alexandre est un petit « péteux », mais au fil du temps, il va en rabattre et devenir un peu plus « buvable ». Sans doute parce qu’il ne va pas fréquenter n’importe qui. Le caractère de sa coéquipière est à l’opposé du sien mais elle finit par l’obliger à se poser les bonnes questions. Alors, il s’investit, réfléchit, et progresse, il devient même attachant. Des tas de pensées font leur chemin dans son esprit et comme son père n’est pas très net, il n’hésite pas à s’opposer à lui, le poussant dans ses retranchements. On sent qu’Alexandre découvre ce qu’il ignorait ou avait choisi d’ignorer.

L’intrigue est menée sur un rythme soutenu, on suit différents personnages (le nom, la date et le lieu sont indiqués, on ne se perd jamais). Le style est percutant, volontaire. Stéphane Lanos, dans sa fiction, pointe du doigt tout ce qui pourrait dériver si les sociétés privées prenaient trop de pouvoir, si certaines substances n’étaient pas utilisées à bon escient. C’est édifiant. Il tient des propos forts et son récit peut entraîner de nombreuses discussions, débtas et réflexions. Il décrit un contexte politique qui, sous prétexte d’être rassurant, étouffe les initiatives, dirige les personnalités, pilote tout sans avoir l’air en manœuvrant et en tirant les ficelles. La tension monte au fil des pages, il nous tient en haleine. Son texte est habilement construit malgré de nombreuses ramifications.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture. Elle secoue, nous rappelle qu’il faut être vigilant face aux inégalités, à la violence, aux progrès scientifiques détournés …. L’évolution des protagonistes est intéressante, certains restent butés dans leurs convictions, d’autres ouvrent les yeux et quelques-uns sont prêts à tout pour remettre l’honnêteté au centre des débats.

C’est un roman particulièrement réussi !

"Royaume en péril" de Thomas D. Lee (Perilous Time)

 

Royaume en péril (Perilous Times)
Auteur : Thomas D. Lee
Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Thibaud Eliroff
Éditions : Bourgois (6 Mars 2025)
ISBN : 978-2267054644
686 pages

Quatrième de couverture

Keu, frère adoptif du Roi Arthur, et ses compagnons d’armes – tous chevaliers de la Table Ronde – reviennent à la vie à chaque fois que le Royaume d’Angleterre est en péril. Cette fois-ci, à son réveil, c’est une Angleterre en prise avec les effets du réchauffement climatique et en proie à des troubles politiques que découvre Keu. La police et l’armée ont été privatisées, la montée des eaux a redessiné les côtes et une bonne partie du pays a été vendu à des puissances étrangères. On parle même d’un dragon…

Mon avis

Jubilatoire !

Merlin les a rendus invincibles mais lorsque le Royaume d’Angleterre n’a pas besoin d’eux, ils dorment sous leur tertre. Par contre, chaque fois qu’il y a péril, ils reviennent à la vie pour sauver le pays. C’est comme ça qu’ils ont vécu plusieurs guerres plus ou moins dangereuses. Ils ne sont pas forcément tous au même endroit et dans un premier temps, chacun doit se débrouiller dans cet univers à la fois connu (ce sont les mêmes lieux) et inconnu (ils ne savent pas à quelle époque ils sont, ce qui va mal et ce qu’ils doivent faire pour aider.)

C’est Keu, le frère adoptif du Roi Arthur que nous découvrons en premier. Il serait bien resté encore au calme, profondément enfoui. Il rencontre Mariam. Avec ses amies, cette jeune féministe agit dans l’ombre. Elles forment un petit groupe très intéressant, écolos jusqu’au bout des ongles.

-Pourquoi revenir et sauver des gens ? Qu’est-ce que vous y gagnez ?
-En toute honnêteté, je veux juste retourner me coucher. Plus tôt j’en finis avec le bordel en cours, plus vite je retourne sous mon tertre.

C’est dire la motivation du guerrier …

Pourtant, il a « bon fond » comme on dit et rapidement, il se met en devoir de secourir ceux qui souffrent. C’est parfois maladroit (il tue une biche pour nourrir les filles alors qu’elles sont végétariennes), un peu impulsif mais il essaie. Il ne comprend pas tout à ce « nouveau » monde. Des noms de localités ou autres ont évolué. L’environnement, le matériel, beaucoup de choses sont différentes… Et surtout le réchauffement climatique est là, le relief a changé, la montée des eaux est dangereuse. En plus de nombreux troubles politiques agitent la société où chacun renvoie la faute sur le voisin, lui posant ainsi une part de culpabilité sur les épaules.  On observe des gens sans logement, d’autres sans abri, des gangs font régner la terreur. Tout le pays est mal en point.

De son côté, Lancelot n’a pas la même approche des événements. Lui, est en contact avec Marlowe.

Est-ce que des chevaliers venus du passé peuvent améliorer la situation alors qu’ils ne savent rien de ce qui se trame, se joue ? Est-ce que leurs pouvoirs magiques peuvent être utiles ? Keu pense que parfois croire en soi permet d’accomplir de grandes choses aussi bien qu’avec la magie. Je suis entièrement d’accord !

Il y a des retours dans le passé au gré des souvenirs des personnages, on apprend ce qu’ils ont vécu avant d’être « ici et maintenant » (une moitié de l’Angleterre sous l’eau, l’autre qui meurt de faim).

Cette version moderne, limite fantastique, de la légende du Roi Arthur est tout à fait jubilatoire. Malgré les nombreux thèmes, graves, abordés, j’ai beaucoup ri tant « devant » certaines scènes qu’en lisant les dialogues. L’écriture (merci au traducteur) est fluide, sans cesse en mouvement, pleine de vie, d’actions, on ne s’ennuie pas une seconde malgré le nombre de pages important.

Il peut être amusant de chercher dans ce récit les vraies références et celles qui sont transformées ou inventées mais je ne connais pas assez bien la légende pour me lancer.

L’auteur l’explique dans ses remerciements, il a jeté de nombreux brouillons de cette histoire qu’il a commencé en 2016. Et puis il a fait une rencontre et il a été encouragé pour suivre un master d’écriture. Il aurait été vraiment dommage qu’il renonce ! C’est une lecture divertissante, enrichissante et qui porte à la réflexion sur l’avenir de la planète. Une belle réussite !


"Supprimer leur dernière année, tout simplement ! (Volume 1)" de Jacques Henry Pointeau

 

Supprimer leur dernière année, tout simplement ! (Volume 1)
Auteur : Jacques Henry Pointeau
Éditions : La clé du chemin (1er octobre 2024)
ISBN :978295681232
410 pages

Quatrième de couverture

Ne plus payer pour la santé des anciens inutiles à la société, des accidentés devenus invalides, des maladies incurables aux traitement inefficaces et coûteux : c'est la solution que Roberto Pangolino, aventurier de haut-vol, a glissé à l'oreille d'Anton Krokous et d'Anita Ratinski-Lopez, fraichement élus Président et Chancelière de leur pays. Mesures radicales ! De quoi évidemment se révolter ! Mais confronté aux exigences de la situation économique, le président va peu à peu se laisser convaincre. D'autant plus que certains ont bien identifié l'intérêt que de telles mesures leur apporteraient.

Mon avis

Anton Krokous a été avocat. Une profession qu’il a assuré avec talent, le verbe facile et assuré, l’élégance naturelle, la santé de fer des hommes de la montagne. Il est tombé dans la politique un peu par hasard mais il y a pris goût. Persuadé que c’est un moyen d’avoir du pouvoir, il a gravi les échelons et le voilà Président ! Sa Chancelière, Anita Ratinski-Lopez, est une personne de confiance, avec qui il s’entend bien. Un excellent binôme qui se complète ! Ils n’étaient pas forcément favoris mais pourtant, ils sont en place tous les deux !

Pendant leur campagne électorale, ils ont promis un contrôle des dépenses pour la santé et la vieillesse. Les votants les ont sans doute choisis pour ça. Maintenant, il faut qu’ils tiennent leurs promesses. Et pour les tenir, il est nécessaire que les citoyens les comprennent. Ce n’est pas compliqué : une bonne forme physique vous donne accès aux meilleurs emplois. Pas d’arrêt maladie, des patrons contents qui font tout pour vous garder et pour cela, un salaire plus important ! Une alimentation saine, du sport, pas de tabac, moins de soucis. Si tout le monde s’y met, les hôpitaux seront moins engorgés, non ? Et l’argent ainsi économisé sera investi ailleurs.

Utopie ? C’est d’ailleurs le nom de la première partie de ce roman d’anticipation (heureusement ; -)
L’Utopie flamboyante, celle qui illumine tout lorsqu’on pense que tout est possible. C’est la nièce d’Anita qui raconte et présente les différents événements, les choix du gouvernement, certaines discussions avant d’aboutir à la décision principale : le calcul de RVS (ratio de vie saine) pour chacun dans le but de donner plus d’avantages à ceux qui coûtent le moins. C’est un outil individualisé de suivi au niveau de la santé. Comme dit un des protagonistes, à quoi bon soigner quelqu’un qui souffre d’un cancer du poumon parce qu’il a trop fumé alors qu’on lui a toujours répété que c’était mauvais ? Et ce n’est qu’un exemple…. Si l’argent destiné aux médicaments de cas comme lui était utilisé pour installer plus de pistes cyclables pour maintenir tout le monde en forme, ce ne serait pas préférable ?

Ce genre de système est-il fiable ? Peut-il tenir sur la longueur ?

Jacques Henry Pointeau va dans les extrêmes bien sûr, et porte sa réflexion dans tous les excès mais quand on voit ce qu’il se passe dans certains pays du monde, on peut légitimement se dire qu’il faut rester vigilants.

Son récit est une réflexion sur la vie, sur tous les problèmes liés à l’âge lorsqu’on avance dans les années, sur la mort, sur la prise en charge des soins, sur les gouvernants, sur la naïveté de certains, sur le poids des beaux discours etc…

Car, un certain Monsieur Pangolino influence ceux qu’il rencontre. Il sait à la perfection adapter son discours à celui ou celle qu’il a en face de lui, il observe, manipule et agit pour que l’interlocuteur se sente unique, compris, il cible ses répliques en fonction de qui l’écoute ….

Dans la deuxième partie (il y en a deux autres dans le volume 2), l’Utopie est ébranlée. L’auteur montre les fissures, les failles, les doutes … lorsque tous ne sont pas d’accord, lorsqu’un « Pangolino » prend trop de place en étouffant quelques-uns ou en donnant trop d’importance à d’autres….

L’écriture est vive, de nombreux dialogues donnent du rythme, l’étude des personnages est intéressante. On a envie de voir comment les situations vont évoluer, qui va reprendre le dessus et pourquoi.

Si, au départ, je me suis posée la question de savoir où allait m’entraîner cette histoire, j’ai très vite accroché et passé un bon moment de lecture !

"Le dernier jour de la vie antérieure" d'Andrés Barba (El último día de la vida anterior)

 

Le dernier jour de la vie antérieure (El último día de la vida anterior)
Auteur : Andrés Barba
Traduit de l’espagnol par François Gaudry
Éditions : Christian Bourgois (3 Octobre 2024)
ISBN : 978-2267047653
160 pages

Quatrième de couverture

Dans une maison vide promise à la vente, une agente immobilière découvre un enfant assis sur une chaise. Il la regarde sans ciller, dans un accoutrement désuet qui ajoute à son étrangeté. Leur rencontre bouleverse le quotidien de cette employée sans histoire : elle retourne jour après jour sur les lieux, à l’insu de ses proches, obnubilée par cet être et ce foyer désert qui partagent un lien invisible.

Mon avis

On ne sait pas grand-chose d’elle, à part qu’elle est agente immobilière, qu’elle vit avec un homme ou plutôt qu’elle partage un peu de son temps avec un compagnon, et que son patron a un chien vieillissant. On découvre que c’est une femme calme, posée, qui doit vendre des logements. Plutôt douée pour percevoir les demeures, les juger, connaître leur potentiel, leur valeur, presque comme s’il s’agissait de personnes humaines (avec qui elle est plus maladroite, moins à l’aise). Elle ressent la vie de ceux qui y ont élu domicile. Un bout de plancher non décoloré sous une fenêtre et elle cerne que l’habitant n’était pas heureux.  Pourquoi ? Il n’ouvrait pas le rideau et le soleil ne pénétrait pas à l’intérieur… Les maisons et elle, c’est toute une histoire.

« Elle comprend que cette maison est accueillante quand on la parcourt, pas quand on s’arrête. »

Alors, ce jour-là quand elle voit un enfant dans la cuisine d’une villa qu’elle fait visiter, elle n’est pas déstabilisée, pas tout de suite. Elle lui explique qu’il ne peut pas rester ici. Elle l’observe, il ne cille pas et ne semble pas décidé à partir. Il finit par s’en aller mais elle ne se sent pas libérée. Est-ce à dire que ce gamin, un intrus quand même, va bouleverser son quotidien, son fonctionnement ? Elle voudrait continuer son traintrain, l’oublier. Mais ce n’est possible. Bien sûr, elle ne se l’explique pas, son comportement n’est pas rationnel. Et puis, c’était sans doute une vision, une espèce de rêve, il ne sera plus là quand elle reviendra. Pourtant elle s’interroge et retourne sur les lieux, seule, cherchant à saisir l’inexplicable. Il est là mais elle aussi. Faille temporelle, dérèglement de son esprit, illusion ?

C’est à l’insu de tous que jour après jour, elle élimine les futurs visiteurs pour rencontrer cet enfant et être seule avec lui. Hors du temps, hors de toute logique, hors de toute normalité….

Un lien étrange, particulier, fort, se tisse entre eux. Elle s’aperçoit que cette relation unique modifie la perception qu’elle a de sa vie. Peut-être qu’elle ne devient pas une autre, mais tout simplement elle-même ?

« Un enfant l’a sortie de la vie. Un enfant l’a rendue à elle-même. »

Ce roman nous interroge sur ce qu’il reste de nos souvenirs, de nos vies lorsqu’un événement terrible semble arrêter le cours des choses. La solitude est-elle une prison, une compagne ? Peut-on aider les autres et s’aider soi-même ?

Un style évanescent, une écriture poétique tissant les mots pour présenter une scène, un décor, une conversation, une image, une atmosphère éthérée entre fantastique et réalité, tout cela est troublant et fascinant. On reste dans des faits factuels, sans détails superflus, décrits de façon quasi chirurgicale et pourtant c’est magique et magnifique. On sait que ce que ce n’est pas la réalité que cette femme perçoit. Mais c’est la sienne à ce moment-là, celle dont elle a besoin.

C’est tellement beau et délicat. Peu importe que ce soit possible ou pas. L’essentiel, c’est le plaisir de pénétrer sur la pointe des pieds dans cet univers, où le temps est suspendu, pratiquement figé entre passé et présent. Il suffit d’observer, d’écouter le peu de paroles échangées, d’entendre la musique de la vie qui se tricote, se détricote avant de reprendre son cours ….

"Contre l'espèce" d'Estelle Tharreau

 

Contre l’espèce
Auteur : Estelle Tharreau
Éditions : Taurnada (6 Juin 2024)
ISBN : B0CW1F7HXW (en numérique uniquement)
483 pages

Quatrième de couverture

Le miracle écologique a eu lieu. Partout sur la planète, des recycleurs démontent l'ancien monde et la nature reprend ses droits. Seuls subsistent les hypercentres où chaque acte de la vie est piloté par huit plateformes numériques. Mais que se passe-t-il lorsqu'il ne reste plus rien à démonter et que les dirigeants de ces plateformes fomentent des projets génocidaires ? Quel destin attend John, le recycleur désabusé, Futhi, la jeune aveugle presciente, Olsen, le policier subversif, Ousmane, l'homme qui en sait trop, et Rosa, la ravisseuse du petit Willy ?

Mon avis

Dans cette dystopie, le papier a disparu, les êtres humains sont triés, catalogués dès le départ, « pucés » et tout passe par ce système : les commandes de repas, les choix etc. Le but ? Une humanité parfaite. Les plateformes numériques, aux noms très évocateurs, gèrent tout. L’éducation scolaire, les transports, le commerce etc. Et bien sûr il y a des « hypercentres » sécurisés. Vous imaginez le jour où il y a une panne ou un sabotage ? Les portes ne s’ouvrent plus, le ventre reste vide, et personne ne sait dialoguer vu que tout le monde passait son temps sur le téléphone…

Les autres ? Ils tentent de survivre, comme ils peuvent, en se demandant sans cesse à qui faire confiance, qui croire, qu’attendre de demain….  Il y a des employés, « des robots domestiques » qui agissent sans avoir droit à la parole, en étant « transparents » et efficaces. Et là, on se dit que parfois, on ne regarde pas dans les yeux celui qui nous tend un ticket au cinéma ou ailleurs et qu’on oublie de lui dire bonjour ou merci …

Le lecteur suit les différents et assez nombreux personnages. Il découvre des comptes-rendus, les interventions d’une radio clandestine, le quotidien des uns et des autres. On passe par de nombreuses émotions, on a peur, la colère nous habite, on lève les yeux au ciel en se disant que l’auteur exagère et pourtant… Il n’est pas si loin le premier ordinateur et tout va tellement vite… Où l’homme s’arrêtera-t-il ? Alors on s’accroche dès qu’on sent une lueur d’espoir aussi minime soit elle.

Avec de nombreuses références, une écriture acérée et pointilleuse, Estelle Tharreau nous entraîne dans un monde apocalyptique où les hommes ont oublié « que nos différences sont nos richesses » et qu’on est plus forts quand on s’écoute, lorsqu’on partage et se respecte.

C’est un texte noir, sombre, qui fait frissonner, qui fait peur. Même si les hypothèses sont poussées au maximum et que c’est caricatural, on n’est pas sans ignorer que si on baisse la vigilance, on finira par tomber dans un univers comme celui qui est présenté. Et on s’interroge sur notre rôle au milieu de tout ça, sur la place qu’on donne au numérique dans nos vies et les dérives qui en découlent.

Le récit est complexe et complet. Je pense que plus « ramassé » il aurait touché plus de lecteurs. L’auteur a probablement réfléchi, fait des investigations et voulant nous mettre en garde, elle n’a rien laissé au hasard afin de nous transmettre tout ce à quoi elle a pensé. Mais parfois trop d’informations risque de noyer l’essentiel. J’ai parfois eu parfois besoin de faire une pause dans ma lecture, comme si tout cela allait me plomber le moral. Il me fallait respirer…

C’est difficile de dire si on a aimé ou pas une telle histoire. Elle nous montre un côté tellement noir de l’homme … on voudrait que ce ne soit pas possible…la lueur d’espoir est infime mais elle a le mérite d’exister n’est-ce pas ?

NB : Of course, ce titre est uniquement disponible en numérique.


"Ibomiran" de Bernard Vitiello, Patrick Coulomb, Jacques Barbéri

 

Ibomiran
Auteurs : Bernard Vitiello, Patrick Coulomb, Jacques Barbéri
Éditions : The Melmac Cat (22 février 2024)
ISBN : 978-2492759130
220 pages

Quatrième de couverture

Je m’appelle Ibomiran. Ibomaran est mon nom. Je suis la déesse de l’Ailleurs. Celle qui règne sur les territoires que vous ne pouvez pas atteindre. Et qui pourtant vous hantent. Je suis Celle qui vous fait voyager dans les temps et dans les espaces.

Mon avis

Une vingtaine de textes pour trois auteurs avec une dominante de ceux de Patrick Coulomb. On est dans le fantastique et la science-fiction, tout en restant avec des être humains et des univers comme le nôtre. Pas de planète bizarre ou d’individus à deux têtes, verts ou d’une autre couleur. Ce qui fait que l’on visualise parfaitement les scènes, même celles qui ne pourraient pas vraiment exister….j’ai envie d’ajouter…pour l’instant …

En lisant ces nouvelles, on s’aperçoit que le fou n’est pas toujours celui qu’on a désigné comme tel et que, même bien prise en mains, une situation peut vite devenir incontrôlable.

Avez-vous déjà imaginé que des personnages imaginaires, voire des figurines, prennent vie sous vos yeux, entrant en interaction avec vous ?  Quelles seraient vos réactions ? Peur, dégoût, empathie, déni, compréhension, admiration ? J’ai bien aimé observer les deux jeunes coincés au musée et leur approche des événements.

Ces textes sont aussi l’occasion de donner pour les auteurs, à travers leurs écrits, leur vision de l’avenir du monde, qu’elle soit réaliste ou pas. Leur imaginaire travaille à plein régime, ils nous entraînent dans leur univers et ce n’est pas difficile d’y rentrer. C’est ce que j’ai apprécié, on reste dans un contexte qui nous « parle », avec juste une pointe de fantaisie, d’irrationnel, de folie et quelques fois un peu d’humour.

En lisant ces histoires, j’ai été déconnectée, dépaysée. J’ai voyagé dans le temps, l’espace, découvrant des mondes insoupçonnés, rêvant à d’autres possibles, me laissant emporter par la créativité débordante des rédacteurs.

L’écriture de chacun est fluide et addictive, le style bien vivant et prenant. Cela se lit sans prise de tête, pas besoin de plans, de listes de ceux qui interviennent pour se repérer.

J’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir ce recueil. Les trois auteurs ont de l’idée, du talent et savent doser « leurs effets » sans trop en faire pour ne pas lasser et maintenir notre intérêt. Un bel équilibre !

"L'éveil du Philalèthe" de Jérémie Morançon

 

L'éveil du Philalèthe
Auteur : Jérémie Morançon
Éditions : The Melmat Cat (23 Février 2023)
ISBN : 978-2492759062
862 pages

Quatrième de couverture

Le "philalèthe" est celui qui cherche la vérité.
Sur une terre lointaine où des humains sont arrivés, ayant réussi à fuir leur planète surpeuplée et polluée à bord de vaisseaux qui ont traversé la galaxie, les survivants ont créé des sociétés que tout oppose. Sous l'Abri, c'est une société dictatoriale qui s'est imposée, dirigée par un mystérieux "Comte" et son gouvernement. Dès le premier jour, des dissidents ont quitté l'abri et ont fondé Horizon, où la liberté est le maître mot. Entre les deux, ceux de la Territorialité Autonome cherchent une voie médiane. Quand une mission part d'Horizon pour aller voir de plus près ce qui se passe sous l'Abri, elle va devoir affronter l'âpreté de la nature, mais aussi un grand dilemme philosophique...

Mon avis

in hoc signo vinces *

Ce livre peut être catégorisé dans le genre de science-fiction « Planet opera » parce qu’il raconte des aventures se déroulant sur une planète étrangère où le mode de vie est déroutant, soumis à des règles parfois surprenantes. Ce sont des hommes et des femmes qui la peuplent et leurs relations permettent d’aborder différents aspects : sociologique, économique, philosophique etc.

L’auteur s’est lancé dans une fabuleuse aventure avec ce récit. Il a été exigeant avec lui-même pour que son histoire se tienne, pour maintenir notre intérêt, pour apporter une réelle réflexion sur la société en général, pour ne pas lasser, pour renouveler le genre et offrir ainsi une lecture qui sort des sentiers battus.

La forme m’a conquise : Actes 1, 2 et 3 / Entre actes / Actes 5, 6/ Finale. Mais bon, ça on pourrait penser que c’était facile. Après il y a l’écriture et les procédés de présentation, tout à fait bluffants. Polices de caractères et phrasés différents pour chaque intervenant qui s’exprime soit par le biais d’un journal intime (mais écrire n’est pas anodin, il y a des « règles »), de comptes-rendus obligatoires (en lien avec la fonction du personnage), de rapports périodiques, de tests opérationnels, de procès-verbaux de réunions, d’archives, d’annales, de communications écrites, de mémoires etc…. Impressionnant ! On sait le plus souvent qui s’exprime, sa place « dedans ou dehors ». Chacun peut avoir raison et le lecteur est balloté entre divers courants de pensées.  C’est judicieux.

Ils ont fui un lieu surpeuplé, pollué, et se sont installés. Pour maintenir l’ordre, on va dire les choses comme ça, une stricte uniformisation est de mise. Cérémonie quotidienne, labeurs définis et précis, horaires bloqués, trajets définis à l’avance, autorisation ou pas de reproduction. Tout est lisse, planifié, rythmé et décidé pour chacun. L’épanouissement personnel ?
Pour certains, il est là, dans ce quotidien régulier, sans risque, avec les encouragements qu’on leur prodigue. Ils sont persuadés qu’ils ne seraient pas capables d’agir seuls, heureusement on choisit pour eux, ils servent la collectivité (avec la sensation grisante de participer au fonctionnement d’un grand tout) et c’est leur unique but…
Pour d’autres, il est inexistant… alors ? Se révolter, entrer en dissidence ? Accomplir quelque chose de choisi, qu’on ne leur a pas demandé pour être « décisionnaire » ? Mais est-ce possible ? À quel prix ? Est-ce que d’autres ont essayé avant eux ?

Le lecteur découvre, petit à petit, ces univers à la fois distincts et liés. Il s’imprègne du monde de chacun, se questionne, émet des hypothèses… Des Cycles régentent tout, des êtres sont « éveillés », sont-ils création ou évolution ?

Des références musicales, philosophiques, et autres sont présentes. Ce recueil est une œuvre complète, complexe, intéressante, captivante. Et en toile de fond, cette question lancinante, existentielle, « C’est quoi la liberté ? »

« De même que notre corps a besoin de la proprioception pour se situer dans l’espace qui l’entoure, l’esprit lui aussi a besoin de situer ses limites pour s’équilibrer et disposer pleinement de ses capacités. »

*(par ce signe tu vaincras)

"Inversion" de Ludovic Deblois

 

Inversion
Auteur : Ludovic Deblois
Éditions : des Offray (5 Décembre 2022)
ISBN : 9782490638123
372 pages

Quatrième de couverture

À l’approche de l’été 2041, dans les rues de Shenzhen, deux chercheurs chinois s’enfuient d’un laboratoire sécurisé. À Bruxelles, un fonctionnaire européen investigue sur les algorithmes du réseau social Thot, soupçonné de manipuler les citoyens à leur insu. En Sicile, une journaliste française enquête sur le devenir de migrants disparus. À Amsterdam, un entrepreneur néerlandais déploie une intelligence artificielle pour libérer les Européens du joug de leur administration. Leur combat commun : défendre leur vision de la liberté. Face à eux, l’Agence européenne de sécurité et du renseignement intérieur mobilise ses forces pour les stopper.

Mon avis

Des trajectoires qui se croisent, des personnages qui doutent ou qui sont trop sûrs d’eux, une intrigue multiple mais où tout est relié à ce qui fait l’essence même de chaque humain : les choix de vie. Sont-ils influencés, est-on manipulé consciemment ou pas, jusqu’où va notre libre arbitre et a-t-on toujours la possibilité de choisir ce que l’on souhaite réellement ? N’est-on pas obligé de tenir compte de notre environnement, des personnes qui nous entourent, du contexte ? Et si on n’a rien connu d’autre, a-t-on le pouvoir de changer le cours du destin qu’on nous « impose » ?

Dans ce roman, une application a été mise en place et elle régente tout. Nous sommes en 2041, et le numérique a envahi les vies. Cela fait partie du quotidien et la plupart des gens ne se posent pas de questions et se laissent porter…sans décider, simplement parce qu’ « on » sait ce qui est le mieux pour eux.

Il y a, ça et là, quelques rebelles, des personnes qui essaient d’inverser la tendance, de ne plus être fichés, de pouvoir voyager sans être tracés. Le programme Inversion est en place pour défendre la liberté, les libertés. Mais que pourront quelques personnes face à des bulldozers ?

Espionnage, rébellion, faux amis, rien n’est aisé entre les protagonistes et chacun (des gentils) doit se montrer prudent pour s’en sortir mais à qui faire confiance ?

Avec une écriture déterminée et un style vif, Loïc Deblois nous entraîne dans une vision futuriste de notre société. On pourrait bien se retrouver avec ce qu’il décrit si on oublie d’être vigilant face aux dérives du numérique. Le propos est réfléchi et bien présenté.

J’ai regretté qu’il n’y ait pas dans les premières pages, une feuille de présentation des personnages, au début, j’ai eu peur de me perdre.


"À l'aube des origines : La légende d'Argassi V : Deuxième partie" de Martine S. Dobral

 

À l'aube des origines : La légende d'Argassi V : Deuxième partie
Auteur : Martine S. Dobral
Éditions : Le Lys Bleu (14 Juillet 2022)
ISBN : 9791037766380
308 pages

Quatrième de couverture

Laura poursuit son irrésistible avancée en Ardaltanïnn, terre mythique des dragons. Désignée comme 'Ursila, l'Envoyée, "Celle aux doigts d'or" de la prophétie, qui chassera "Celui venu d'ailleurs" et sauvera du chaos un monde menacé d'extinction, elle mène avec courage et détermination son incroyable quête. Forte de pouvoirs hors normes, des choix manichéens s'imposeront à elle.

Mon avis

Et voilà je viens d’achever, à regret, la partie 2 de « À l’aube des origines ». Je suis, une nouvelle fois, impressionnée par la façon dont l’auteur relie les histoires, les personnages, les époques. Les parallèles qu’elle établit sont d’une justesse étonnante et soigneusement réfléchis sans aucun doute et pourtant… Tout est tellement fluide que cela paraît évident et facile.

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé Laura dans le monde où elle est considérée comme « l’envoyée ». Dotée de pouvoirs extraordinaires, elle est là pour aider le peuple qu’elle a rencontré. Là-bas, la situation n’est pas simple, certains ont la possibilité de s’emparer de votre esprit, de manipuler votre mental. Les décors et les scènes qui s’y déroulent sont décrits avec soin, c’est très visuel. Les combats sont nombreux, les conditions de vie quelques fois très difficiles. De plus, la jeune femme est en proie à des doutes, face à des personnalités ambivalentes. Mais elle est animée d’une volonté farouche de mener à bien sa mission. Alors, elle fait de son mieux. Les « passages » dans l’autre monde l’aident à grandir, à s’affirmer et cela rejaillit dans son présent.

Il lui arrive de ne pas comprendre, le côté rationnel reprend le dessus et elle souhaiterait tout maîtriser. Et puis, elle réalise que ce n’est pas possible et elle se laisse porter par son instinct écoutant les messages, les conseils, les suggestions qui viennent jusqu’à elle.

Le monde que Martine S. Dobral a créé est fascinant, on s’y déplace avec bonheur, ouvrant les yeux sur d’autres univers. L’écriture est accrocheuse, sans fausse note, le rythme soutenu car quelle que soit l’époque, il se passe toujours quelque chose. J’ai apprécié que le cœur de Laura soit en émoi, les liens entre ses amoureux à deux « moments » de sa vie sont très intéressants. Quant à la fin, chapeau, la boucle est bouclée et avec brio.


"À l'aube des origines : La légende d'Argassi V : Première partie" de Martine S. Dobral

 

À l'aube des origines : La légende d'Argassi V Première partie
Auteur : Martine S. Dobral
Éditions : Le Lys Bleu (14 Juillet 2022)
ISBN : 979-1037765901
308 pages

Quatrième de couverture

Il était une fois un monde peuplé de dragons, il était une fois un être venu d'ailleurs, il était une fois une prophétie... Bienvenue à l'aube des origines, bienvenue au croisement des mondes, bienvenue dans la Légende...

Mon avis

Début ? Fin ? Explications ou conclusions ? Peu importe. La légende d’Argassi reste une porte ouverte sur l’évasion vers d’autres cieux. Et l’essentiel est que Martine S. Dobral continue de nous enchanter, nous faire rêver, nous transporter. Dans cette première partie, on retrouve Laura, une jeune femme, musicienne de talent, concertiste. Nous sommes dans le monde contemporain. Et puis, soudain, tout bascule. Elle se retrouve dans un univers parallèle où elle découvre des personnages inconnus et des créatures originales. Son esprit et son corps doivent s’adapter car elle ne sait pas à quel moment elle pourra revenir dans son quotidien. Il y a quelques liens (très bien pensés) entre ce qu’elle a déjà vécu « sur terre » et ce qui s’offre à ses yeux.

Dans le lieu où elle arrive, Laura comprend rapidement qu’elle n’est pas là par hasard, qu’elle a une mission précise à accomplir et que tous les habitants qu’elle rencontre comptent sur elle. Mais sera-t-elle à la hauteur de leurs attentes ? Elle ne connaît rien de leurs conflits avec d’autres peuples, de leurs méthodes pour se défendre, des animaux qu’elle croise, de ce qu’ils mangent et de comment ils vivent. Malgré tout ce qu’elle ignore, elle se sent accueillie, comprise par certains et elle est prête à lutter avec eux.

Sur un rythme vif, avec une écriture faisant la part belle aux scènes d’action, l’auteur déroule son histoire. Le lecteur pénètre dans des lieux si bien décrits qu’ils croient en voir l’image sous ses yeux captivés. Les descriptions sont tellement précises et détaillées qu’on se demande comment fait l’auteur pour ne pas se perdre. A-t-elle une maquette, des dessins, des images sous les yeux ? Tout cela ferait un beau film !

Il y a, en fin d’ouvrage, un glossaire pour le vocabulaire qui est nouveau et adapté aux endroits présentés.

C’est un livre où on ne s’ennuie pas ! Il y a des rebondissements, on voit évoluer les liens entre les protagonistes et on se demande bien comment tout cela va finir (moi, j’ai ma petite idée).

Une lecture plaisante mais il me faut maintenant lire la partie deux pour tout savoir !