"Brûle-bleu" de Léna Pontgelard

 

Brûle-bleu
Auteur : Léna Pontgelard
Éditions : Christian Bourgois (5 Février 2026)
ISBN :  978-2267054897
450 pages

Quatrième de couverture

Silas vit et travaille à l'Auberge de l'Écu depuis toujours. Lui et ses semblables aident Roland, l'aubergiste, à tenir le lieu pour que les voyageurs qui passent par l'Écu y dépensent lestement leurs bourses. Chaque jour, invariablement, Silas plie les draps, passe le balai, se rend au lavoir, plume les volailles, broie les épices, et recommence. Il existe pour cela, uniquement, car c'est ainsi qu'il a été créé. Mais un matin, Silas s'interroge. Sur son corps bleu. Sur son statut de créature. Sur l'origine des choses et leurs conséquences. Il n'en tire aucune conclusion, seulement d'autres questions, encore, qui pleuvent comme les amandes sur les plats des jours de fête. À force de questions, Silas est pris de vertiges ; il ne suit plus tout à fait le déroulement normal de ses journées, arraché à sa stricte routine par un trop plein de bruits, d'odeurs, de couleurs, de sensations.

Mon avis

Léna Pontgelard est née en 1992 mais elle a vécu de nombreuses expériences. Actuellement, elle est éditrice mais son insatiable curiosité la pousse à exploiter des tas de domaines. Brûle-bleu est son deuxième roman.

Oscillant entre plusieurs styles, le récit se situe principalement à Bourg-en Bresse et aux alentours, dans une période médiévale, au quinzième siècle, avec des humains mais pas que… ce qui donne une légère note fantastique, tout en restant ancré dans un contexte historique bien développé.

D’ailleurs, le narrateur est Silas, une « créature » qui a été conçu dans un but précis. Comme ses semblables, il aide Roland, le patron de l’Auberge de l’Ecu. Tous les jours, sans réfléchir, sans se poser de questions, il accomplit avec application et sérieux, les mêmes tâches : plier les draps, balayer, se rendre au lavoir etc. Il est candide, ne sait pas tout de la vie et ne cherche même pas plus loin, ça lui convient. Il est « programmé » et n’a connu que ça.

« Questionner ne fait pas partie du déroulement normal de ma journée. »

Roland arrive à sortir de belles phrases, lui, non. Mais un jour, une première interrogation arrive, un petit quelque chose envahit son ventre, ses tripes, son esprit. Commence-t-il à avoir des sentiments, à ressentir des émotions ? Que va-t-il faire de ça ? Il ne doit pas s’affoler.

« La panique, c’est quand tu réfléchis trop et que tu n’arrives plus à rien faire. »

S’il apprend des choses nouvelles, elles ne se gravent pas en lui. Il n’est qu’une créature… Pourtant de plus en plus, ça « bouge » à l’intérieur de lui…

C’est avec une langue imagée et poétique que l’auteur nous emmène dans son univers onirique. Les métaphores sont nombreuses et représentatives. Le vocabulaire et le langage moyenâgeux nous imprègnent du contexte. Les descriptions précises apportent un décor d’époque. C’est très bien fait.

J’ai aimé la place de la musique, évoquée avec beaucoup de lyrisme.

« Je ne sais pas si c’est le pur savoir ou la liesse transformée en notes, partagée dans tous les cœurs du soir, mais je sens qu’être musicien m’épaissit. La musique m’a trouvé comme de l’argile, mais elle a travaillé, travaillé mon âme, et elle m’a formé. »

Silas évolue, découvre. Il se rend compte qu’il existe et il réalise que les autres aussi. Il commence à faire des interactions, son cœur bat et pas seulement pour vivre !

Pour apprécier cette histoire, il faut se laisser porter par l’imaginaire de Léna Potgerland, accepter l’idée de mêler des personnages historiques à un monde teinté de fantastique. Silas fait un voyage initiatique. Ce qui est étonnant, c’est que tout s’articule à merveille, ce qui démontre que l’auteur sait très bien où elle veut emmener le lecteur. Au début, pourtant, je me suis demandée où elle m’entraînait ….

Et bien dans un milieu original, bien défini, où les protagonistes font des choix parfois difficiles pour assumer ou pas ce qu’ils sont. Le texte est plein de clins d’œil, de thèmes forts pour qui s’offrira le temps d’une lecture, une part de rêves avec des étoiles dans les yeux ….


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