"Charge bestiale" de Jean-François Régnier

 

Charge bestiale
Auteur : Jean-François Régnier
Éditions : Librinova (16 Mai 2022)
ISBN :9791040507611
226 pages

Quatrième de couverture

Weston Forrester tué, Duncan Smith à l'abri de tout soupçon, tout aurait dû bien se terminer. Mais le retour de Gavin Scott à Boston fait l'effet d'une bombe et relance une affaire trop vite enterrée.

Mon avis

Charge Bestiale met un terme à une aventure de trois romans dont les deux premiers sont « Ma Bête » et « Une bête à tuer » du même auteur.

Un homme, Forrester, fait accomplir de basses besognes, dont des meurtres, à d’autres qu’il kidnappe. Mais l’un d’eux lui a échappé. La traque est-elle terminée pour autant ?

Dans ce dernier livre, on retrouve Gavin, le fils de celui qui s’est enfui. Il a vécu, dans les précédents récits, de drôles de choses et il est actuellement à l’hôpital, en train de se refaire une santé. Les policiers ont besoin de l’interroger, de comprendre ce qu’il tait mais il choisit d’oublier, de ne pas se souvenir, à cause du traumatisme. Combien de temps pourra-t-il donner le change ? Et à quoi bon puisqu’il n’est coupable de rien ?

Les chapitres passent d’un personnage à l’autre, avec beaucoup de facilité car ils ne sont pas très nombreux. L’écriture est accrocheuse, le rythme soutenu. Les faits s’enchaînent et on se demande bien où on va aller et, si, enfin, la justice va triompher.

Lorsque j’ai découvert que Jean-François Régnier avait sorti une troisième histoire mettant en scène les mêmes protagonistes, je me suis interrogée. N’allais-je pas ressentir une forme de redondance, de lassitude ? C’est toujours le risque avec les « suites », il faut arriver à se renouveler sans tomber dans la surenchère, ou dans le mimétisme des écrits d’avant.

Force est de reconnaître qu’il conclut sa trilogie de belle manière, sans trop en faire dans le gore, et en mettant en scène une Coppelia, un brin espiègle, qui m’a bien plu. Une fin qui ne m’a pas laissée indifférente, notamment pour un petit second rôle qui ne sera pas abandonné. Comme quoi, il faut toujours croire en des lendemains meilleurs !


"Elle et lui" de George Sand

 

Elle et lui
Auteur : George Sand
Éditions : Gallimard (9 Février 2009)
ISBN : 9782070348336
384 pages

Quatrième de couverture

"Elle" est Thérèse Jacques, "lui" est Laurent de Fauvel. Ils sont artistes, s'aiment et partent pour l'Italie... "Elle", c'est bien sûr George Sand, "lui", Alfred de Musset. Vingt-cinq ans après l'aventure de Venise, George Sand revient sur la liaison la plus célèbre et la plus passionnée de la littérature française. Elle est une héroïne innocente et pure, dévouée jusqu'à la sainteté. Lui est un homme de génie diaboliquement fascinant, perdu par le vice. Entre eux, la quête d'un amour absolu.

Mon avis

George Sand se cache derrière Thérèse pour parler de sa liaison avec Alfred de Musset, qui est Laurent.  Elle a écrit ce texte deux ans après la mort de ce dernier, et vingt-cinq après leur histoire d’amour.

Dans ce récit, ils sont peintres et rêvent tous les deux d’un amour infini, unique, magique. Elle est appliquée, calme, plaisante. Il est en phase, pas longtemps… Torturé, angoissé, c’est un homme qui se cherche, instable, inquiétant pour celle qui a besoin de sérénité.

Ils s’aiment …mal, se déchirent, se retrouvent jusqu’à la prochaine fois…  Ils s’usent et se détruisent… Enfin, comme on n’a que l’approche féminine, on ne voit qu’un aspect de leurs relations. S’il avait pu répondre, qu’aurait-il dit ? (D’ailleurs son frère a écrit un livre pour contrebalancer « Elle et lui »….)

Quel avenir peut avoir un amour comme celui-ci (de nos jours, on parlerait de relation toxique), quelles décisions prendre pour continuer à avancer au risque d’être seul-e ?

Le style et l’écriture ne sont pas trop désuets, bien que certaines tournures de phrases et expressions soient d’époque et que tout soit écrit dans un français de qualité. C’est plus pour les dialogues que l’on peut ressenti un petit décalage dans la façon de parler.

Écrit en 1867, ce recueil ne m’a pas paru « vieux » et dépassé. Il m’a obligé à aller au-delà de mes lectures habituelles et je ne le regrette pas.



"L'anomalie" de Hervé Le Tellier

 

L’anomalie
Auteur : Hervé Le Tellier
Éditions : Gallimard (20 Août 2020)
ISBN : ‎ 978-2072895098
340 pages

Quatrième de couverture

"Il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l'intelligence, et même le génie, c'est l'incompréhension. « En juin 2021, un événement insensé bouleverse les vies de centaines d'hommes et de femmes, tous passagers d'un vol Paris-New York. Parmi eux : Blake, père de famille respectable et néanmoins tueur à gages ; Slimboy, pop star nigériane, las de vivre dans le mensonge ; Joanna, redoutable avocate rattrapée par ses failles ; ou encore Victor Miesel, écrivain confidentiel soudain devenu culte. Tous croyaient avoir une vie secrète. Nul n'imaginait à quel point c'était vrai.

Mon avis

Roman aux multiples entrées, L’anomalie est un livre que j’ai dévoré.

Il y a d’abord, une belle galerie de personnages, aux caractères bien définis (certains diront caricaturaux) qui vont réagir de façon différente face à une même situation.
Ensuite, l’écriture, avec un auteur président de l’Oulipo, est variée, inventive. Les genres littéraires s’adaptent aux protagonistes ou peut-être est-ce l’inverse…  Hervé Le Tellier joue avec les mots, se joue des mots, en extrayant leur substantifique moelle.
Et puis, il y a l’intrigue qui, en elle-même, est une réussite à mon sens. Un petit goût de science-fiction comme je l’aime, c’est-à-dire qui reste dans des éléments que nous pouvons comprendre.
Et le petit plus, la mise en abyme avec un livre dans le livre.

Au-delà de tous ces atouts, j’ai particulièrement apprécié le fait que ce récit nous renvoie, en miroir, des questions très intéressantes et pour lesquelles on n’a pas forcément de réponse, que ferait-on si ? Si on pouvait recommencer une partie de sa vie, faire d’autres choix… Penserait-on la même chose ou pas ? Qu’est-ce qu’on garderait, laisserait ?

C’est difficile de parler de ce recueil sans trop en dire. Il faut juste se laisser porter par l’histoire, le style, les phrasés pour que le charme de l’originalité du fond et de la forme fasse effet.


"Le cas Victor Sommer" de Vincent Delareux

 

Le cas Victor Sommer
Auteur : Vincent Delareux
Éditions : L’Archipel (25 Mai 2022)
ISBN : 978-2809844177
210 pages

Quatrième de couverture

À 33 ans, Victor Sommer mène une vie monotone qui lui pèse. Secrètement, il aspire à devenir quelqu'un. Une ambition entravée par sa mère, infirme autoritaire et possessive qui l'empêche de prendre son envol. Le jour où celle-ci disparaît de façon mystérieuse, Victor est confronté à un monde qu'il n'a jamais appris à connaître...

Mon avis

Victor est un grand garçon, il a trente trois ans et pourtant, ce n’est pas vraiment un homme. C’est encore le fifils à sa maman. Il ne travaille pas, il vit avec elle et passe ses journées à l’aider, lui obéir, à être soumis… Elle lui donne un peu d’argent qu’il gère et dont il se contente et sur les conseils de sa mère, il va chez le psy. Son père ? Il a vu, il y a longtemps une photo jaunie mais tout ça reste flou. Il ne sait rien faire seul. Elle, cynique, le domine et l’écrase, utilise le chantage affectif pour le garder sous sa coupe. Il est incapable de prendre une initiative mais en a-t-il seulement envie ?

Est-ce que c’est une vie ? C’est celle de Victor et il se pose peu de questions. Quand on n’a pas connu un fonctionnement différent, on est content de ce qu’on a puisqu’on ne peut pas imaginer autre chose. C’est son cas. Victor se raconte dans ce roman, écrit à la première personne. Parfois il semble réaliser que sa mère abuse, qu’elle n’a pas la bonne attitude avec lui, qu’elle l’aime mal, mais ça ne dure pas vraiment. L’équilibre se maintient vaille que vaille.

Est-ce grâce au psy ? Les rencontres avec le Docteur Adam, apporte un autre éclairage sur Victor. Il entretient une relation particulière avec son psy, ne sachant pas se situer, se comporter. Victor vit un peu à l’ancienne et sa façon de s’exprimer, d’entrer en lien avec les autres s’en ressent. L’auteur a parfaitement su se glisser dans la peau de ce vieux garçon, coaché par sa maman, pas indépendant, et plutôt « paumé ».

Les mois pourraient s’écouler comme ça, sans révolte de la part de Victor, sans heurt avec « Maman » pour rester le fils idéal, obéissant et gentil avec elle qui a tant besoin de lui mais…. Voilà qu’elle disparaît et que Victor fait une rencontre qui le déstabilise. Comment va-t-il réagir, retrouver la sérénité dont il a besoin ? Ne risque-t-il pas de rester bloqué par sa peur de l’inconnu ? Va-t-il perdre pied ou faire face ? Je me demandais bien comment il allait évoluer et s’il allait garder ou pas une certaine cohérence…

C’est avec une écriture et un style très adaptés au personnage de Victor que l’auteur nous embarque dans son récit. Les phrases courtes résonnent pour planter une atmosphère angoissante parfois teintée d’humour lorsque le narrateur aborde certains sujets (le sexe, les fruits de mer etc.) Le phrasé est un régal, un tantinet décalé (comme le « héros ») mais il vaut le détour. Il fait la part belle à tout ce qui est inconscient. Il y a un je ne sais quoi qui fait penser à Kafka par ce côté inracontable d’un récit court, concis qui se suffit largement à lui-même bien qu’il y ait peu de protagonistes. C’est presque un huis clos. Mais comparer Vincent Delareux à d’autres serait restrictif. Il est lui. Et il a parfaitement réussi un roman original, sans temps mort, captivant par son côté sombre et décalé, sans être gore.


"Trois femmes puissantes" de Marie Ndiaye

 

Trois femmes puissantes
Auteur : Marie Ndiaye
Éditions : Gallimard (20 Août 2009)
ISBN : 9782070786541
320 pages

Quatrième de couverture

Trois récits, trois femmes qui disent non. Elles s'appellent Norah, Fanta et Khady Demba. Chacune se bat pour préserver sa dignité contre les humiliations que la vie lui inflige avec une obstination méthodique et incompréhensible.

L'art de Marie Ndiaye apparaît ici dans toute sa singularité et son mystère. La force de son écriture tient à son apparente douceur, aux lentes circonvolutions qui entraînent le lecteur sous le glacis d'une prose impeccable et raffinée, dans les méandres d'une conscience livrée à la pure violence des sentiments."

Mon avis

Je ne serais pas allée spontanément vers ce livre si une amie ne me l’avait pas prêté pour que nous puissions comparer nos avis. La lecture n’a été ni ardue, ni « détendante ». Je n’ai pas pris beaucoup de plaisir à lire cet ouvrage et il ne me laissera pas un souvenir impérissable.

Je reconnais la qualité d’écriture, la description fine des sentiments, l’analyse profonde des situations mais cela ne m’a pas emballée outre mesure.

Trois chapitres représentant chacun une nouvelle terminée par quelques lignes appelées

« contrepoint ». Pourquoi contrepoint ? Le contrepoint étant une superposition, Marie Ndiaye veut-elle nous faire oublier ce qui a été lu précédemment pour que nous gardions en mémoire uniquement la conclusion, comme si, posée sur la narration principale, elle venait à l’effacer ?

Ces histoires de femmes humiliées, mal aimées mais qui luttent ne m’ont pas beaucoup émue et je suis déçue. En lisant la quatrième de couverture, je m’attendais à être touchée dans mon cœur de femme, il n’en a rien été. Peut-être n’étais-je pas prête à lire ce livre à ce moment là ? Je suis restée en dehors, spectatrice…

Je ne regrette pas ma lecture, cela m’aura permis de me faire une opinion mais ce sera tout.



"Duchess" de Chris Whitaker (We Begin at the End)

 

Duchess (We Begin at the End)
Auteur : Chris Whitaker
Traduit de l’anglais pas Julie Sibony
Éditions : Sonatine (5 Mai 2022)
ISBN : ‎ 978-2355848315
530 pages

Quatrième de couverture

Duchess a 13 ans, pas de père, et une mère à la dérive. Dans les rues de Cape Haven, petite ville côtière de Californie, elle ne souffre ni pitié ni compromis. Face à un monde d'adultes défaillants, elle relève la tête et fait front, tout en veillant sur son petit frère, Robin. Mais Vincent King, le responsable du naufrage de sa mère, vient de sortir de prison. Et son retour à Cape Haven ravive les tumultes du passé. Quand cette menace se précise, Duchess n'a plus le choix : il va lui falloir engager la lutte pour sauver ce qui peut l'être, et protéger les siens.

Mon avis

Duchess, sur la couverture, on aperçoit peu de choses de toi. Un œil farouche, une mèche de cheveux, un visage qui se cache, comme pour mieux se préserver des assauts de la vie. Car elle ne t’a fait aucun cadeau. Ton enfance a été souillée, détruite, et tu as dû, très tôt, te montrer forte pour soutenir Robin, ton petit frère. Tu as été tout ce dont il avait besoin : amour, présence, protection.

Rien ne t’a été épargné, un père absent dont tu ne sais rien, une mère qui essaie, dit-elle, de « faire mieux », mais qui retombe régulièrement dans ses travers, sans doute parce que deux enfants à porter c’est trop lourd pour elle. Ce n’est pas une mauvaise femme ta Maman, mais elle ne sait pas faire, elle oublie, elle fréquente les mauvaises personnes, elle se laisse aller, elle se trompe… Alors, toi, tu essaie de pallier à ses manques. Nourrir ton frérot, penser à son anniversaire, éloigner les fauteurs de trouble sont tes objectifs. Tu t’oublies, Duchess, par amour pour lui. Il est plus que probable que tu souffres mais tu serres les dents, les poings, tu regardes au loin, tu ne t’appesantis pas et tu continues d’avancer.

D’ailleurs, tu le dis, tu le déclames comme un étendard « Je suis la hors-la-loi Duchess Day Radley ». Une rebelle insaisissable mais tellement attachante dans chacun de tes combats. Parce que s’il faut se battre, contourner les lois, enfreindre les règles, toi, tu n’hésites pas si tu penses que c’est mieux ainsi. On t’a volé ton enfance, tu protèges celle de Robin, on t’a dépouillé de tes rêves, tu lui en offres, on t’a enlevé ton innocence, tu préserves la sienne. Malgré ta maturité, tu restes une adolescente de treize ans, parfois tu voudrais te laisser apprivoiser, te poser, pleurer, te confier, te faire aider mais tu es fière, digne, noble. D’ailleurs, il s’appelle Thomas Noble celui qui contourne tes barrières. Tu le repousses mais il reste fidèle. Les amis, ça existe Duchess, regarde, écoute, Walk, Thomas, Dolly et quelques autres….. Crois en l’avenir Duchess, crois en l’homme, crois en toi.

Celui qui t’évoque s’appelle Chris. Il le fait avec délicatesse, amour. Julie Sibony lui a donné ses mots en français pour mon plus grand plaisir. Quand il parle de toi, son écriture vibre, palpite, comme le cœur qu’il t’a offert. Souvent, il explique les situations difficiles, douloureuses, voire dangereuses que toi ou d’autres rencontrez mais il n’en rajoute pas. On sent qu’il a de l’empathie, qu’il comprend les hommes et les femmes qu’il présente, parce qu’il les connaît bien, comme s’ils existaient vraiment. Il raconte la peur, les doutes, la maladie, l’injustice, la résilience, l’amour d’une sœur pour son frère.

Le chemin n’est jamais droit, Duchess, pour certains, il est très ardu, caillouteux, mais on y arrive toujours. Tu es forte et fragile, on ne peut que t’aimer même si tu refuses la main tendue. Tu ne m’as pas vue, pourtant tu as capturé mon cœur et je ne t’ai pas lâchée. Je ne t’oublierai pas.


"Y'en aura pas pour tout le monde" de François Ruiz

 

Y’en aura pas pour tout le monde
Auteur : François Ruiz
Éditions : 7 (20 Avril 2022)
ISBN : 9782361921866
228 pages

Quatrième de couverture

Un hold-up dans une bijouterie de Lyon assorti d'un kidnapping : lascars de cité, gangsters de banlieue, jeunes femmes et vieux flics vont se croiser dans une sorte de vaudeville policier où bluff, trahison, vengeance et coups tordus sont au rendez-vous sur fond de racisme et de misère sociale.

Mon avis

C’est avec une écriture au franc parler, bien ancrée dans la réalité des banlieues que François Ruiz nous présente une comédie policière où tous les coups sont permis. On sent dès le départ que certains vont se faire coincer et qu’ils auront un retour de bâton. C’est amusant d’être dans l’attente des faits qui vont, peut-être, renverser la situation, surtout que la plupart ( à part le lecteur qui jubile dans l’ombre) ne voit rien venir.

Dès les premières pages, on rentre dans le vif du sujet. Pas de temps mort, de nombreux dialogues et de l’action. Les malfrats se font doubler par des personnes amateurs … Se feront-elles prendre ? La morale va-t-elle triompher ou non ? Et qu’en est-il de ces vieux policiers, proches de la retraite, qui se retrouvent à mener l’enquête ? En les observant, j’ai pensé à la phrase « on n'apprend pas à un vieux singe à faire la grimace » (n’est-ce pas Marcel ?). Les protagonistes sont truculents, un peu « électrons libres », parfois naïfs, maladroits ou incontrôlables. Cela rend certains très attachants même s’ils flirtent avec les interdits.

Le style est vif, rapide, ça bouge en permanence. L’auteur ne s’appesantit pas sur de longues descriptions, on reste dans le mouvement et on croit voir un film se dérouler sous nos yeux.

Ce roman a été une vraie « récréation » me permettant de passer un pur moment de plaisir et de fantaisie.

En fin d’ouvrage deux règles de belote et tarot avec des variantes à tester, pas mal du tout !


"Bestial" d'Anouk Shutterberg

 

Bestial
Auteur : Anouk Shutterberg
Éditions : Plon (12 Mai 2022)
ISBN : 978-2259307536
434 pages

Quatrième de couverture

La première c'était Fanny en 2007, puis ce fut le tour de Pénélope, Jessica, Ambre et Agnès. Treize ans plus tard, la même chose arriva à Elena, Candice, Inès, Sophia et maintenant Mathilde. Même profil : jolies et toutes âgées de 12 ans. Toutes volatilisées du jour au lendemain dans le même quartier parisien. Les " Disparues du 9e ", une affaire qui piétine depuis des années. Ils ont dû manquer quelque chose, le commissaire Jourdain en est certain, mais quoi ?

Mon avis

2007 des adolescentes sans histoire disparaissent. Jolies, douze ans, sages, pas de mauvaise fréquentation, elles sont introuvables. Rien, pas un indice. Les parents désespérés pensent au pire. Les policiers sont dans le flou, totalement impuissants. L’enquête est au point mort et elle y reste. Le genre d’affaire qui laisse une pointe d’amertume à tout le monde.

2020, une famille se promène dans Paris. Tout à coup, Mathilde manque à l’appel. C’est une jeune fille de douze ans, mignonne et obéissante…. Son père et sa mère se rendent au commissariat. Elle n’a pas pu fuguer, ce n’est pas son genre. Le commissaire écoute, s’interroge et finit par faire le lien avec d’autres collégiennes dont on est sans nouvelles. Cette histoire ne sent pas bon et n’est pas sans rappeler les difficultés rencontrées treize ans auparavant.

Il faut une équipe de choc pour espérer comprendre cette affaire et sauver celles qui peuvent l’être. Aidés de Lucie, qui est de retour, malgré son côté « électron libre » et guidé par quelques textos mystérieux, les hommes et les femmes de la PJ prennent les choses en main. Leurs investigations vont les amener à côtoyer l’horreur, à aller dans des lieux où le mot humanité n’existe plus….

Le lecteur reste scotché aux pages, l’atmosphère est anxiogène, on souffre, on espère, on s’accroche, on serre les poings, on a le souffle court…. L’angoisse nous prend aux tripes. L’auteur joue avec nos nerfs d’une façon magistrale.

L’écriture est totalement en phase avec les scènes décrites.  Des phrases minimales et des chapitres courts lorsqu’on est dans l’action et que l’on passe d’un lieu à l’autre ou du passé au présent. Le lecteur est dans le mouvement, récupérant toutes les informations possibles, visualisant chaque fait, parfois la peur au ventre en imaginant ce qui s’est déroulé. Et puis, de temps en temps, c’est plus calme, plus descriptif pour qu’on s’imprègne de ce que l’auteur évoque.

Il y a également une playlist inspirée très agréable à écouter et très significative pour certains titres.

Anouk Shutterberg aborde des thèmes d’actualité, notamment sur les dérives que permettent le Dark Web mais pas seulement. Ces sujets ont déjà été traités dans d’autres romans bien sûr. Mais astucieusement, elle unit plusieurs problématiques et elle le fait avec brio. Les protagonistes (dont certains sont présents dans son premier livre « Jeux de peaux » mais ce n’est pas gênant) sont réellement approfondis tant au niveau du caractère que du cheminement personnel (je pense notamment à Louka et Lina, devenus ce qu’ils sont parce que leur enfance a été détruite). On peut (presque, j’ai écrit presque) comprendre les pulsions dévastatrices de quelques-uns. De plus, la construction, non linéaire, permet de comprendre l’évolution des individus et c’est intéressant de constater à quel point l’enfance, le vécu peuvent transformer un être humain en monstre. Cela n’explique pas tout mais que serait-on devenus si on avait vécu des situations identiques ?

Anouk Shutterberg nous donne à voir le côté sombre des hommes, leur perversité, la noirceur de leur âme, leur bestialité. Elle ne nous épargne rien.

On peut se demander pourquoi on apprécie des récits où la violence des uns croise la détresse des autres. Sans doute parce qu’on sait que ça reste un roman, donc de la fiction enfin je croise les doigts pour que ça le reste……


"Il faut beaucoup aimer les gens" de Solène Bagowski

 

Il faut beaucoup aimer les gens
Auteur : Solène Bakowski
Éditions : Plon (5 Mai 2022)
ISBN : 9782259311762
370 pages

Quatrième de couverture

Après un séjour en prison, Eddy Alune, 31 ans, est devenu veilleur de nuit, un métier qui lui permet d'échapper aux gens et aux ennuis. Il vient de perdre son père. En vidant l'appartement de son enfance, il retrouve des effets personnels qu'il a volés, vingt ans plus tôt, à proximité d'une SDF morte dans la rue. Poussé par la culpabilité, il décide de rendre à cette femme l'histoire qui lui a été confisquée.

Mon avis

Eddy Alune n’a pas eu une enfance facile, harcelé à l’école, une famille boitillante, il a fini par faire de la prison. Non pas parce qu’il est foncièrement mauvais mais certainement parce qu’il ne sait pas bien s’y prendre avec les gens et qu’à force d’encaisser, un jour, tout ce qu’il avait retenu est sorti.

Aujourd’hui, il est rangé des voitures comme on dit. Il est veilleur de nuit dans un grand parking. Peu de contacts avec ses semblables, il est seul dans son « aquarium », ça lui convient tout à fait. Pendant ses longues nuits de surveillance solitaire, il écoute la radio, une émission animée par une jeune femme qui se fait appeler « Luciole » et qui écoute le cœur des gens. Oui, le cœur car c’est lui qui dicte les paroles de désespoir, de souffrance … Alors l’animatrice panse, colmate, glisse quelques conseils, elle tient compagnie jusqu’au bout de la nuit… (J’ai pensé à Max Meynier et « Les routiers sont sympas »).

Eddy mène une vie isolée, ne cherchant pas à entretenir des relations avec qui que ce soit. Il ne veut pas être dérangé et peut-être qu’il se méfie de son impétuosité. Lorsque son père décède, il n’a plus personne dans sa vie, hormis Jojo, un pigeon qu’il nourrit. En vidant l’appartement où il a grandi, il retrouve des choses qu’il avait dérobées vingt ans auparavant à une dame, sans domicile fixe, morte dans la rue. C’est lui qui avait appelé la police. Les souvenirs remontent. C’était la première fois qu’il rencontrait la mort et en volant, il s’était dit qu’il ne faisait rien de mal, la SDF n’en avait plus besoin…. Mais maintenant, deux décennies plus tard, il réalise qu’elle s’est retrouvée dans le carré des indigents car personne ne savait rien d’elle et que peut-être, ce qu’il a en sa possession, permettra de l’identifier.

Alors, Eddy le taciturne, tenaillé par la culpabilité, se lance dans des recherches pour essayer de mieux connaître cette inconnue, de lui redonner un semblant d’humanité. Sa quête va l’amener à rencontrer de nombreuses personnes. Au début, il est maladroit, un peu brut de décoffrage. Il n’arrive ni à apprivoiser ni à se laisser apprivoiser, puis avec le temps il s’ouvre…

C’est une galerie de portraits fine et délicate que nous offre Solène Bakowski dans ce nouveau roman. A petites touches, elle peint les caractères, le physique, la situation de ceux qui appellent Luciole ou qui croisent Eddy. Son écriture est pleine de sensibilité, d’élégance pour évoquer les destinées de chacun. Elle raconte les hommes et les femmes cabossés par la vie, qui essaient d’avancer, de rebondir, de continuer la route malgré les difficultés. Elle parle des hasards, des rendez-vous ratés ou pas qui bouleversent des vies.

« À quoi tient la vie ? À nos liens invisibles ; à nous, inconnus, qui, sans le savoir, sommes raccordés. À nos existences qui se percutent en silence. »

En fil conducteur, sous nos yeux, se construit la personnalité d’une femme, Rosa, elle est ce qui rattache les différents personnages. Elle est la vie, le pardon, la résilience…. Avec des retours en arrière, on apprend à la connaître, à la comprendre….à l’aimer également.

À l’aimer ? Me direz-vous ? À les aimer, devrais-je écrire…. Il faut bien l’avouer, l’auteur rend ceux qu’elle évoque tellement vivants, tellement humains, que forcément ils deviennent des familiers et on n’a pas envie de les quitter.

Un récit sobre, en retenue, profond et aérien, sans lourdeur pour parler de la vie avec doigté et intelligence.  

NB: bravo pour la couverture.

"Le pays des phrases courtes" de Stine Pilgaard (Meter i sekunder)

 

Le pays des phrases courtes (Meter i sekunder)
Auteur : Stine Pilgaard
Traduit du danois par Catherine Renaud
Éditions : Le bruit du monde (5 Mai 2022)
ISBN : 978-2-493206-11-4
290 pages

Quatrième de couverture

Le Jutland, à l’ouest du Danemark. Des dunes, des éoliennes et la petite ville de Velling où la narratrice de ce roman doit suivre son compagnon, enseignant dans une école alternative. Alors que ne lui incombent que les rôles ingrats de « pièce rapportée » et de mère au foyer, elle se donne une mission, passer son permis de conduire. Plus intéressée par la conversation que par le volant, elle essuie cependant les échecs à répétition.

Mon avis

C’est pour des livres comme celui-ci que j’aime la découverte de nouvelles maisons d’édition, de nouveaux auteurs.

« Le pays des phrases courtes » est un roman inclassable, à l’humour et la dérision décalés, à la profondeur non affichée mais bien présente, au dépaysement garanti. Je suis totalement sous le charme du contenu, de la forme, du phrasé.

C’est dans la petite ville de Velling (même pas trois cents habitants) qu’un jeune couple et leur fils s’installent. Il sera enseignant dans une école alternative, elle sera mère au foyer. Elle a le souhait de passer son permis de conduire, histoire d’avoir un but. Au bout de quelque temps, une rubrique « courrier des lecteurs » lui est confiée. Cela lui donne un rôle plus important dans cette bourgade où elle a du mal à trouver sa place.

C’est elle qui se raconte, les dialogues sont rapportés dans un style indirect imprimant un rythme qui semble assez lent. On sent que cette femme est un tantinet désemparée, pas forcément à l’aise (et son époux non plus) dans son rôle de Maman qu’elle doit « apprendre ». Elle décrit son quotidien sans filtre, avec une forme de naïveté. Elle n’a pas « les codes » de ce coin du Danemark et ses rapports aux autres peuvent être mal interprétés. Elle a un sens de l’observation fin et acéré. Quand elle décrit l’attitude des gens qui parlent à son fils (un bébé) dans les rayons du supermarché, c’est jubilatoire ! Elle se sent parfois rejetée par les collègues ou les élèves de son compagnon et elle est étonné des réponses de la directrice qui lui explique que tout cela est bien normal.

« C’est une phase que toutes les pièces rapportées doivent traverser, dit-elle en me tendant un biscuit un peu moisi. Pourquoi ? je demande. Pour apprendre à vivre avec, dit la directrice. »

Elle se pose beaucoup (trop ?) de questions, s’intègre parfois avec maladresse. Il est nécessaire qu’elle apprenne à parler aux habitants du Jutland « Le pays des phrases courtes ». Elle va rencontrer quelqu’un qui lui donne des conseils, qui lui explique comment agir, comment moduler son flux verbal. Est-elle obligée de se couler dans un moule pour être acceptée et comprise ? Où est sa marge de liberté ? Peut-elle être elle-même sans être jugée ? C’est tout cela qu’interroge, avec brio et esprit, Stine Pilgaard.

Ce récit de vie quotidienne est entrecoupé de lettres auxquelles répond la jeune femme en signant « La Boîte aux lettres ». Pour conseiller et aiguiller ceux (aux pseudonymes très amusants) qui la sollicitent, elle fait souvent appel à ses souvenirs, à son expérience. Elle les rattache avec malice aux demandes, c’est très amusant de voir « les ponts » qu’elle met en place. Il y a également quelques chansons et les leçons de conduite qui sont cocasses.

L’écriture de l’auteur est pétillante, vive, c’est un régal. La traductrice a dû avoir beaucoup de plaisir à découvrir ce texte pour le transmettre. Sous des dehors humoristiques, il y a une réelle réflexion sur le « dérangement » que peut provoquer l’arrivée d’une variable dans un microcosme bien réglé et quelles seront alors les réactions de l’arrivant et des hôtes.

Je suis enchantée de cette découverte littéraire !


"Des torrents de sang et d'argent" de Philippe Cuisset

 

Des torrents de sang et d’argent
Auteur : Philippe Cuisset
Éditions : Kyklos (31 janvier 2022)
ISBN : 978-2918406471
182 pages

Quatrième de couverture

Entre 1904 et 1908, dépossédés de leurs terres, les peuples herero et nama se révoltent contre la colonisation allemande. Le général von Trotha mate l’insurrection et signe le premier ordre écrit d’extermination totale. Les deux peuples sont décimés.

Mon avis

Comprendre, s’adapter, survivre….

Il y a d’abord le début du titre « Des torrents de sang… » puis la photo en page deux. On sent tout de suite qu’on rentre dans un contexte âpre, difficile, et que tout cela sera à la limite du soutenable.

Et puis on rencontre Esther, lumineuse, engagée, noble. Une femme qui, jusqu’à la dernière décision qu’elle partage avec nous, nous montre combien elle se tient droite, sans baisser les yeux, face à ce qu’elle a vu, vécu, subi. En suivant son parcours, on puise dans sa force pour continuer la lecture, comme elle a continué de lutter, parce qu’on lui le doit bien.

Philippe Cuisset a du talent pour nous ouvrir les yeux, nous secouer, nous émouvoir, nous mettre en colère sur ce qui a été et que, complaisamment, certains gouvernants ont « oublié ». Comme le rappelle Aimé Césaire, cité en fin d’ouvrage, faut-il que l’homme blanc soit touché pour que la société bien-pensante agisse ? Pourquoi ce mépris envers les souffrances africaines ?

Dans ce récit, parfaitement documenté, l’auteur nous présente un génocide (le premier du vingtième siècle), reconnu bien tardivement puisque le gouvernement allemand a consenti l’implication de son pays, en 2004, cent ans après les faits.

C’est en 1884, que l’Allemagne s’installe en Namibie, considérée alors comme une colonie mais l’appât du gain, la soif de richesse des dirigeants allemands entraînent des vols de territoires, des confiscations de bien. Des peuples namibiens se rebellent mais une énorme armée de dix mille hommes, avec le général Lothar von Trotha à sa tête, est envoyée sur place, pour réprimer les combattants. Avec le texte de Philippe Cuisset, nous découvrons avec horreur ce qu’il s’est passé.

Eugen Fisher et l’hygiène raciale avec des expérimentations violentes et cruelles. Les hommes et les femmes qui luttent pour rester en vie face à une haine calculée, volontaire, tenace, obligés de s’économiser pour garder un brin d’espoir, de rester mutique face à la douleur, de contenir leur rage….

Avec une écriture précise, montrant les événements, mais également les ressentis, l’auteur, dans un style épuré nous touche de plein fouet et nous laisse le cœur en vrac.


"La cité hantée (Pendergast - Tome 20)" de Douglas Preston & Lincoln Child (Bloodless)

 

La cité hantée (Bloodless) (Pendergast : 20)
Auteurs : Douglas Preston & Lincoln Child
Traduit de l’américain par Sebastian Danchin
Éditions : L’Archipel (5 Mai 2022)
ISBN : 9782809843934
448 pages

Quatrième de couverture

L’inspecteur Pendergast, du FBI, est appelé en Georgie, où des corps sont découverts vidés de leur sang. En proie à la panique, les habitants craignent le retour d’une créature qu’on croyait n’appartenir qu’à la légende : le Vampire de Savannah.

Mon avis

La nouvelle enquête de l’inspecteur Pendergast contient une pointe de science-fiction / surnaturel plus prononcée que dans les ouvrages précédents. Cela va peut-être désarçonner certains lecteurs mais en ce qui me concerne, j’ai plutôt apprécié cet aspect qui change l’atmosphère de cette série.

Alors qu’ils viennent de terminer une mission, Pendergast, son adjoint l’agent Coldmoon et sa pupille Constance n’aspirent qu’à une chose : rentrer chez eux et se poser. Mais voilà que leur hiérarchie en a décidé autrement. Direction la Georgie où la ville de Savannah fait face à des faits troublants et effrayants. En effet des personnes sont retrouvées mortes, vidées de leur sang… Brrr…un vampire ?

Pendant que le FBI cherche, une équipe cinématographique tourne un documentaire sur cette ville hantée, effets grand spectacle garantis avec en prime beaucoup d’esbrouffe ! La police sur place enquête également de son côté. Pendergast et compagnie s’installent dans un vieil hôtel car un des macchabées est lié à ce lieu. La propriétaire, une vieille originale semble cacher beaucoup de choses. Il faudra toute la sagacité de Constance pour obtenir des informations en interrogeant cette femme d’une façon détournée. Cela fait pas mal de monde qui tourne autour de ces morts mystérieuses mais personne n’a la même approche. Ceux du FBI, surtout Pendergast et Constance, sont fins observateurs, capables de déductions intelligentes. La police du coin est plus dans l’action, se disant qu’elle va tout réussir sans aide, soutenue dans cette vision des événements par le prétentieux sénateur du coin. Quant aux cinéastes, ce sont des gens qui manipulent les images à merveille pour leur faire dire ce qu’ils souhaitent.

J’ai bien aimé cette nouvelle aventure. Peu importe qu’elle soit vraisemblable ou pas pour ce qui est du détournement d’avion et de ses conséquences. Il y a un petit côté « ironique » dans ces faits-là qui m’a bien plu (je ne dis rien de plus pour ne pas dévoiler quoi que ce soit).

L’intrigue qui fait référence à des situations du passé est bien construite. Je n’ai pas du tout fait le rapprochement avec ce qui est présenté au début et je me demandais quand le lien allait apparaître. C’est une bonne chose car cela m’a maintenu dans l’histoire, je voulais savoir et surtout comprendre. Le suspense est garanti, les rebondissements aussi et on voit bien que la fin va entraîner une suite probablement surprenante. Il me semble avoir lu que ce recueil est le premier d’une trilogie, ce qui n’est pas pour me déplaire.

L’écriture reste fluide accrocheuse, merci au fidèle traducteur, Sebastian Danchin. Tout s’enchaîne sans temps mort et c’est bien plaisant à lire. Les personnages récurrents sont assez fidèles à ce qu’on sait d’eux. Les rapports que la responsable de l’hôtel entretient avec son personnel ou les gens de passage etc sont bien analysés, on sent que rien n’est anodin dans son attitude. Malgré son âge avancé, elle a un excellent sens de l’observation, et ce qu’elle dit à Constance le prouve. Entre elles deux s’installe une espèce de joute verbale, de jeu de chat et souris qui nous rappelle que les femmes ne se laissent pas faire et qu’elles ont du caractère !

Finalement, je pense que ce nouveau recueil donne une belle place aux femmes et c’est parfait !


"Red Power" de Thomas King (The Red Power Murders)

 

Red Power (The Red Power Murders)
Auteur : Thomas King
Traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné
Éditions : Liana Levi (5 Mai 2022)
ISBN : 9791034905942
340 pages

Quatrième de couverture

«C’est fou comme le passé sait vous rattraper», pense Thumps DreadfulWater quand ce vieux Noah Ridge débarque à Chinook pour présenter son autobiographie. Puis très vite, l’ancien policier s’interroge: pourquoi diable le leader charismatique du Red Power Movement, qui a toujours soigné son image, choisit-il cette minuscule réserve pour évoquer ses combats d’autrefois? S’il s’écoutait, il roulerait vers le sud et ne rentrerait que quand Noah Ridge et l’hiver auraient quitté la ville. Mais sa curiosité est la plus forte, d’autant qu’un agent du FBI choisit ce moment pour venir faire du tourisme dans les parages et que les cadavres, du passé comme du présent, s’amoncellent.

Mon avis

C’est dans la ville fictive de Chinook que se déroule ce récit mettant à nouveau en scène Thumps DreadfulWater, un ancien policier devenu photographe. C’est un homme indépendant, Cherokee, qui vit avec une chatte au caractère particulier. Ils s’accommodent l’un de l’autre et c’est avec beaucoup d’humour que l’auteur décrit leur relation. Thumps aime vivre à son rythme, ne supporte pas trop les ordres et agit souvent en électron libre.

C’est l’hiver, il fait froid, Dreadful n’est pas tellement équipé pour la saison et il filerait volontiers vers des cieux plus cléments. Mais sa voiture est capricieuse et surtout on lui confie en une journée, deux missions qui peuvent ne faire qu’une. Noah Ridge, le leader du Red Power Movement dont le but est d’attirer l’attention sur les indiens et leurs conditions de vie afin de les protéger face au colonialisme et au mépris de certains gouvernants, est présent dans la cité pour promouvoir son autobiographie. Thumps devra le photographier et le protéger…. Finalement, on n’aura pas besoin de lui de la même façon que ce qui était prévu. En effet, un homme mort est retrouvé dans une chambre d’hôtel. Le shérif, bien qu’il ait un adjoint, demande de l’aide à DreadfulWater. Ce dernier n’est pas forcément motivé pour intervenir d’autant plus que le collègue du shérif est particulièrement désagréable. De plus, il croise l’assistante de Ridge qui est une ancienne connaissance à lui …. Des faits perturbants se succèdent, certains liés au passé et une atmosphère faite de mystères et de non-dits s’installe. D’autres personnes sont retrouvées mortes et cela n’arrange pas les affaires de Thumps qui semble être lien avec tout le monde puisque tous ces macchabées ne lui sont pas inconnus.

Extrêmement travaillée cette histoire implique de nombreux personnages, qui interviennent petit à petit et qu’on peut aisément repérer. Tous ont un rôle dans l’intrigue, et il faut essayer de cerner leurs caractères très variés pour comprendre comment ils vont réagir. Entre l’instinct protecteur de certains, la colère rentrée ou la finesse d’esprit des autres, les personnalités diverses sont très intéressantes, notamment quand on suit l’évolution de celle de Ridge. Un homme charismatique passionné qui a fini par être égocentrique….quel gâchis….

C’est le deuxième livre de Thomas King que je lis et j’apprécie vraiment que le scénario soit réfléchi, construit sur différents aspects, et en lien avec des thèmes importants tels la place des indiens, les pots de vin des gouvernants, les luttes pour de bonnes causes…. Pour autant, ce n’est pas un texte rébarbatif car l’écriture (merci aux traducteurs) de l’auteur est pleine de pointes d’humour ou de dérision.

« Le meilleur moyen de combattre l’hiver, comprit Thumps en sortant du bureau du shérif, consiste à être en permanence en colère. En ce moment, il était si furieux qu’il aurait fait fondre la calotte polaire. »

Le style est fluide malgré les nombreuses entrées et tous les faits, l’auteur construit son texte avec beaucoup de doigté et d’intelligence. J’aimerais savoir comment il s’y prend pour imbriquer tous les éléments et rédiger un roman qui ne « boîte » pas, où on ne se perd pas et qui maintient le suspense. C’est très plaisant à lire, on a le sentiment de voir se dérouler les scènes sous nos yeux. Je pense d’ailleurs qu’on pourrait faire une sympathique adaptation cinématographique.

Encore une belle découverte littéraire !


"Maurice Gimbel voulait revoir la mer" de Pierre Guini

 

Maurice Gimbel voulait revoir la mer
Auteur : Pierre Guini
Éditions : P.G. Éditions (26 Avril 2022)
ISBN :9782958189600
220 pages

Quatrième de couverture

Maurice Gimbel n est persuadé, son séjour à l'Ehpad des Capucines ne sera qu'une parenthèse dans son existence. Il en a vu d'autres, et à 96 ans, notre homme n'a qu'un seul objectif en tête : s'échapper de cet hôtel 4 étoiles. Dans son esprit l'affaire est simple. Dans la réalité c'est autrement plus compliqué, surtout quand on se déplace en fauteuil roulant.

Mon avis

Maurice Gimbel est accueilli en EHPAD, son fils, Piel, vient le voir, parfois…. Les visites ne sont pas forcément faciles, l’ancien oublie, se perd, se met en colère, fait semblant de dormir, c’est selon… Mais une chose est sûre : il n’a pas envie de rester aux Capucines qu’il prend pour un hôtel où il peut houspiller le personnel.

Lorsque Piel évoque son père, il dit « Maurice Gimbel », jamais il n’utilise le mot Papa, comme s’il voulait rester à distance de leur relation, prendre du recul, ne pas laisser les émotions l’envahir. Peut-être parce que son père a toujours été un homme mystérieux, qui s’absentait souvent, qui ne disait pas vraiment ce qu’il faisait.

Dans ce roman, on découvre comment Piel appréhende et perçoit le décès de son paternel. Et de temps en temps, c’est la vie de ce dernier qui est évoquée, un quotidien avec une part de non-dits, des secrets, un besoin de sortir des sentiers battus… Piel a grandi avec ce père quelques fois absent, à qui il a inventé des occupations. Est-ce que le décès de son géniteur lui permettra de comprendre ce qu’il faisait, d’approcher la vérité sur ce qu’il faisait ou est-ce que jusqu’au bout, son père va « jouer » et être facétieux ?

C’est avec une pointe d’humour, et beaucoup de tendresse cachée sous des dehors un tantinet ironiques que le lien entre ces deux hommes est présenté. On voit le monde de l’intérieur des Ephad, on se dit que oui, c’est parfois comme ça mais qu’on préfère ne pas y penser. Maurice Gimbel a du caractère, et son comportement m’a fait sourire. Finalement, je crois qu’il ne se prend jamais au sérieux et c’est très bien ainsi !

L’auteur a su rédiger un récit à la fois léger et profond car les thèmes qu’il aborde : les rapports filiaux, la vieillesse, la mort, ne sont pas simples. Il le fait avec délicatesse, rajoutant un peu de dérision pour éviter de tomber dans un pathos lourd et inutile, rendant ainsi la lecture très plaisante.