"Le cas Victor Sommer" de Vincent Delareux

 

Le cas Victor Sommer
Auteur : Vincent Delareux
Éditions : L’Archipel (25 Mai 2022)
ISBN : 978-2809844177
210 pages

Quatrième de couverture

À 33 ans, Victor Sommer mène une vie monotone qui lui pèse. Secrètement, il aspire à devenir quelqu'un. Une ambition entravée par sa mère, infirme autoritaire et possessive qui l'empêche de prendre son envol. Le jour où celle-ci disparaît de façon mystérieuse, Victor est confronté à un monde qu'il n'a jamais appris à connaître...

Mon avis

Victor est un grand garçon, il a trente trois ans et pourtant, ce n’est pas vraiment un homme. C’est encore le fifils à sa maman. Il ne travaille pas, il vit avec elle et passe ses journées à l’aider, lui obéir, à être soumis… Elle lui donne un peu d’argent qu’il gère et dont il se contente et sur les conseils de sa mère, il va chez le psy. Son père ? Il a vu, il y a longtemps une photo jaunie mais tout ça reste flou. Il ne sait rien faire seul. Elle, cynique, le domine et l’écrase, utilise le chantage affectif pour le garder sous sa coupe. Il est incapable de prendre une initiative mais en a-t-il seulement envie ?

Est-ce que c’est une vie ? C’est celle de Victor et il se pose peu de questions. Quand on n’a pas connu un fonctionnement différent, on est content de ce qu’on a puisqu’on ne peut pas imaginer autre chose. C’est son cas. Victor se raconte dans ce roman, écrit à la première personne. Parfois il semble réaliser que sa mère abuse, qu’elle n’a pas la bonne attitude avec lui, qu’elle l’aime mal, mais ça ne dure pas vraiment. L’équilibre se maintient vaille que vaille.

Est-ce grâce au psy ? Les rencontres avec le Docteur Adam, apporte un autre éclairage sur Victor. Il entretient une relation particulière avec son psy, ne sachant pas se situer, se comporter. Victor vit un peu à l’ancienne et sa façon de s’exprimer, d’entrer en lien avec les autres s’en ressent. L’auteur a parfaitement su se glisser dans la peau de ce vieux garçon, coaché par sa maman, pas indépendant, et plutôt « paumé ».

Les mois pourraient s’écouler comme ça, sans révolte de la part de Victor, sans heurt avec « Maman » pour rester le fils idéal, obéissant et gentil avec elle qui a tant besoin de lui mais…. Voilà qu’elle disparaît et que Victor fait une rencontre qui le déstabilise. Comment va-t-il réagir, retrouver la sérénité dont il a besoin ? Ne risque-t-il pas de rester bloqué par sa peur de l’inconnu ? Va-t-il perdre pied ou faire face ? Je me demandais bien comment il allait évoluer et s’il allait garder ou pas une certaine cohérence…

C’est avec une écriture et un style très adaptés au personnage de Victor que l’auteur nous embarque dans son récit. Les phrases courtes résonnent pour planter une atmosphère angoissante parfois teintée d’humour lorsque le narrateur aborde certains sujets (le sexe, les fruits de mer etc.) Le phrasé est un régal, un tantinet décalé (comme le « héros ») mais il vaut le détour. Il fait la part belle à tout ce qui est inconscient. Il y a un je ne sais quoi qui fait penser à Kafka par ce côté inracontable d’un récit court, concis qui se suffit largement à lui-même bien qu’il y ait peu de protagonistes. C’est presque un huis clos. Mais comparer Vincent Delareux à d’autres serait restrictif. Il est lui. Et il a parfaitement réussi un roman original, sans temps mort, captivant par son côté sombre et décalé, sans être gore.


"Trois femmes puissantes" de Marie Ndiaye

 

Trois femmes puissantes
Auteur : Marie Ndiaye
Éditions : Gallimard (20 Août 2009)
ISBN : 9782070786541
320 pages

Quatrième de couverture

Trois récits, trois femmes qui disent non. Elles s'appellent Norah, Fanta et Khady Demba. Chacune se bat pour préserver sa dignité contre les humiliations que la vie lui inflige avec une obstination méthodique et incompréhensible.

L'art de Marie Ndiaye apparaît ici dans toute sa singularité et son mystère. La force de son écriture tient à son apparente douceur, aux lentes circonvolutions qui entraînent le lecteur sous le glacis d'une prose impeccable et raffinée, dans les méandres d'une conscience livrée à la pure violence des sentiments."

Mon avis

Je ne serais pas allée spontanément vers ce livre si une amie ne me l’avait pas prêté pour que nous puissions comparer nos avis. La lecture n’a été ni ardue, ni « détendante ». Je n’ai pas pris beaucoup de plaisir à lire cet ouvrage et il ne me laissera pas un souvenir impérissable.

Je reconnais la qualité d’écriture, la description fine des sentiments, l’analyse profonde des situations mais cela ne m’a pas emballée outre mesure.

Trois chapitres représentant chacun une nouvelle terminée par quelques lignes appelées

« contrepoint ». Pourquoi contrepoint ? Le contrepoint étant une superposition, Marie Ndiaye veut-elle nous faire oublier ce qui a été lu précédemment pour que nous gardions en mémoire uniquement la conclusion, comme si, posée sur la narration principale, elle venait à l’effacer ?

Ces histoires de femmes humiliées, mal aimées mais qui luttent ne m’ont pas beaucoup émue et je suis déçue. En lisant la quatrième de couverture, je m’attendais à être touchée dans mon cœur de femme, il n’en a rien été. Peut-être n’étais-je pas prête à lire ce livre à ce moment là ? Je suis restée en dehors, spectatrice…

Je ne regrette pas ma lecture, cela m’aura permis de me faire une opinion mais ce sera tout.



"Duchess" de Chris Whitaker (We Begin at the End)

 

Duchess (We Begin at the End)
Auteur : Chris Whitaker
Traduit de l’anglais pas Julie Sibony
Éditions : Sonatine (5 Mai 2022)
ISBN : ‎ 978-2355848315
530 pages

Quatrième de couverture

Duchess a 13 ans, pas de père, et une mère à la dérive. Dans les rues de Cape Haven, petite ville côtière de Californie, elle ne souffre ni pitié ni compromis. Face à un monde d'adultes défaillants, elle relève la tête et fait front, tout en veillant sur son petit frère, Robin. Mais Vincent King, le responsable du naufrage de sa mère, vient de sortir de prison. Et son retour à Cape Haven ravive les tumultes du passé. Quand cette menace se précise, Duchess n'a plus le choix : il va lui falloir engager la lutte pour sauver ce qui peut l'être, et protéger les siens.

Mon avis

Duchess, sur la couverture, on aperçoit peu de choses de toi. Un œil farouche, une mèche de cheveux, un visage qui se cache, comme pour mieux se préserver des assauts de la vie. Car elle ne t’a fait aucun cadeau. Ton enfance a été souillée, détruite, et tu as dû, très tôt, te montrer forte pour soutenir Robin, ton petit frère. Tu as été tout ce dont il avait besoin : amour, présence, protection.

Rien ne t’a été épargné, un père absent dont tu ne sais rien, une mère qui essaie, dit-elle, de « faire mieux », mais qui retombe régulièrement dans ses travers, sans doute parce que deux enfants à porter c’est trop lourd pour elle. Ce n’est pas une mauvaise femme ta Maman, mais elle ne sait pas faire, elle oublie, elle fréquente les mauvaises personnes, elle se laisse aller, elle se trompe… Alors, toi, tu essaie de pallier à ses manques. Nourrir ton frérot, penser à son anniversaire, éloigner les fauteurs de trouble sont tes objectifs. Tu t’oublies, Duchess, par amour pour lui. Il est plus que probable que tu souffres mais tu serres les dents, les poings, tu regardes au loin, tu ne t’appesantis pas et tu continues d’avancer.

D’ailleurs, tu le dis, tu le déclames comme un étendard « Je suis la hors-la-loi Duchess Day Radley ». Une rebelle insaisissable mais tellement attachante dans chacun de tes combats. Parce que s’il faut se battre, contourner les lois, enfreindre les règles, toi, tu n’hésites pas si tu penses que c’est mieux ainsi. On t’a volé ton enfance, tu protèges celle de Robin, on t’a dépouillé de tes rêves, tu lui en offres, on t’a enlevé ton innocence, tu préserves la sienne. Malgré ta maturité, tu restes une adolescente de treize ans, parfois tu voudrais te laisser apprivoiser, te poser, pleurer, te confier, te faire aider mais tu es fière, digne, noble. D’ailleurs, il s’appelle Thomas Noble celui qui contourne tes barrières. Tu le repousses mais il reste fidèle. Les amis, ça existe Duchess, regarde, écoute, Walk, Thomas, Dolly et quelques autres….. Crois en l’avenir Duchess, crois en l’homme, crois en toi.

Celui qui t’évoque s’appelle Chris. Il le fait avec délicatesse, amour. Julie Sibony lui a donné ses mots en français pour mon plus grand plaisir. Quand il parle de toi, son écriture vibre, palpite, comme le cœur qu’il t’a offert. Souvent, il explique les situations difficiles, douloureuses, voire dangereuses que toi ou d’autres rencontrez mais il n’en rajoute pas. On sent qu’il a de l’empathie, qu’il comprend les hommes et les femmes qu’il présente, parce qu’il les connaît bien, comme s’ils existaient vraiment. Il raconte la peur, les doutes, la maladie, l’injustice, la résilience, l’amour d’une sœur pour son frère.

Le chemin n’est jamais droit, Duchess, pour certains, il est très ardu, caillouteux, mais on y arrive toujours. Tu es forte et fragile, on ne peut que t’aimer même si tu refuses la main tendue. Tu ne m’as pas vue, pourtant tu as capturé mon cœur et je ne t’ai pas lâchée. Je ne t’oublierai pas.


"Y'en aura pas pour tout le monde" de François Ruiz

 

Y’en aura pas pour tout le monde
Auteur : François Ruiz
Éditions : 7 (20 Avril 2022)
ISBN : 9782361921866
228 pages

Quatrième de couverture

Un hold-up dans une bijouterie de Lyon assorti d'un kidnapping : lascars de cité, gangsters de banlieue, jeunes femmes et vieux flics vont se croiser dans une sorte de vaudeville policier où bluff, trahison, vengeance et coups tordus sont au rendez-vous sur fond de racisme et de misère sociale.

Mon avis

C’est avec une écriture au franc parler, bien ancrée dans la réalité des banlieues que François Ruiz nous présente une comédie policière où tous les coups sont permis. On sent dès le départ que certains vont se faire coincer et qu’ils auront un retour de bâton. C’est amusant d’être dans l’attente des faits qui vont, peut-être, renverser la situation, surtout que la plupart ( à part le lecteur qui jubile dans l’ombre) ne voit rien venir.

Dès les premières pages, on rentre dans le vif du sujet. Pas de temps mort, de nombreux dialogues et de l’action. Les malfrats se font doubler par des personnes amateurs … Se feront-elles prendre ? La morale va-t-elle triompher ou non ? Et qu’en est-il de ces vieux policiers, proches de la retraite, qui se retrouvent à mener l’enquête ? En les observant, j’ai pensé à la phrase « on n'apprend pas à un vieux singe à faire la grimace » (n’est-ce pas Marcel ?). Les protagonistes sont truculents, un peu « électrons libres », parfois naïfs, maladroits ou incontrôlables. Cela rend certains très attachants même s’ils flirtent avec les interdits.

Le style est vif, rapide, ça bouge en permanence. L’auteur ne s’appesantit pas sur de longues descriptions, on reste dans le mouvement et on croit voir un film se dérouler sous nos yeux.

Ce roman a été une vraie « récréation » me permettant de passer un pur moment de plaisir et de fantaisie.

En fin d’ouvrage deux règles de belote et tarot avec des variantes à tester, pas mal du tout !


"Bestial" d'Anouk Shutterberg

 

Bestial
Auteur : Anouk Shutterberg
Éditions : Plon (12 Mai 2022)
ISBN : 978-2259307536
434 pages

Quatrième de couverture

La première c'était Fanny en 2007, puis ce fut le tour de Pénélope, Jessica, Ambre et Agnès. Treize ans plus tard, la même chose arriva à Elena, Candice, Inès, Sophia et maintenant Mathilde. Même profil : jolies et toutes âgées de 12 ans. Toutes volatilisées du jour au lendemain dans le même quartier parisien. Les " Disparues du 9e ", une affaire qui piétine depuis des années. Ils ont dû manquer quelque chose, le commissaire Jourdain en est certain, mais quoi ?

Mon avis

2007 des adolescentes sans histoire disparaissent. Jolies, douze ans, sages, pas de mauvaise fréquentation, elles sont introuvables. Rien, pas un indice. Les parents désespérés pensent au pire. Les policiers sont dans le flou, totalement impuissants. L’enquête est au point mort et elle y reste. Le genre d’affaire qui laisse une pointe d’amertume à tout le monde.

2020, une famille se promène dans Paris. Tout à coup, Mathilde manque à l’appel. C’est une jeune fille de douze ans, mignonne et obéissante…. Son père et sa mère se rendent au commissariat. Elle n’a pas pu fuguer, ce n’est pas son genre. Le commissaire écoute, s’interroge et finit par faire le lien avec d’autres collégiennes dont on est sans nouvelles. Cette histoire ne sent pas bon et n’est pas sans rappeler les difficultés rencontrées treize ans auparavant.

Il faut une équipe de choc pour espérer comprendre cette affaire et sauver celles qui peuvent l’être. Aidés de Lucie, qui est de retour, malgré son côté « électron libre » et guidé par quelques textos mystérieux, les hommes et les femmes de la PJ prennent les choses en main. Leurs investigations vont les amener à côtoyer l’horreur, à aller dans des lieux où le mot humanité n’existe plus….

Le lecteur reste scotché aux pages, l’atmosphère est anxiogène, on souffre, on espère, on s’accroche, on serre les poings, on a le souffle court…. L’angoisse nous prend aux tripes. L’auteur joue avec nos nerfs d’une façon magistrale.

L’écriture est totalement en phase avec les scènes décrites.  Des phrases minimales et des chapitres courts lorsqu’on est dans l’action et que l’on passe d’un lieu à l’autre ou du passé au présent. Le lecteur est dans le mouvement, récupérant toutes les informations possibles, visualisant chaque fait, parfois la peur au ventre en imaginant ce qui s’est déroulé. Et puis, de temps en temps, c’est plus calme, plus descriptif pour qu’on s’imprègne de ce que l’auteur évoque.

Il y a également une playlist inspirée très agréable à écouter et très significative pour certains titres.

Anouk Shutterberg aborde des thèmes d’actualité, notamment sur les dérives que permettent le Dark Web mais pas seulement. Ces sujets ont déjà été traités dans d’autres romans bien sûr. Mais astucieusement, elle unit plusieurs problématiques et elle le fait avec brio. Les protagonistes (dont certains sont présents dans son premier livre « Jeux de peaux » mais ce n’est pas gênant) sont réellement approfondis tant au niveau du caractère que du cheminement personnel (je pense notamment à Louka et Lina, devenus ce qu’ils sont parce que leur enfance a été détruite). On peut (presque, j’ai écrit presque) comprendre les pulsions dévastatrices de quelques-uns. De plus, la construction, non linéaire, permet de comprendre l’évolution des individus et c’est intéressant de constater à quel point l’enfance, le vécu peuvent transformer un être humain en monstre. Cela n’explique pas tout mais que serait-on devenus si on avait vécu des situations identiques ?

Anouk Shutterberg nous donne à voir le côté sombre des hommes, leur perversité, la noirceur de leur âme, leur bestialité. Elle ne nous épargne rien.

On peut se demander pourquoi on apprécie des récits où la violence des uns croise la détresse des autres. Sans doute parce qu’on sait que ça reste un roman, donc de la fiction enfin je croise les doigts pour que ça le reste……


"Il faut beaucoup aimer les gens" de Solène Bagowski

 

Il faut beaucoup aimer les gens
Auteur : Solène Bakowski
Éditions : Plon (5 Mai 2022)
ISBN : 9782259311762
370 pages

Quatrième de couverture

Après un séjour en prison, Eddy Alune, 31 ans, est devenu veilleur de nuit, un métier qui lui permet d'échapper aux gens et aux ennuis. Il vient de perdre son père. En vidant l'appartement de son enfance, il retrouve des effets personnels qu'il a volés, vingt ans plus tôt, à proximité d'une SDF morte dans la rue. Poussé par la culpabilité, il décide de rendre à cette femme l'histoire qui lui a été confisquée.

Mon avis

Eddy Alune n’a pas eu une enfance facile, harcelé à l’école, une famille boitillante, il a fini par faire de la prison. Non pas parce qu’il est foncièrement mauvais mais certainement parce qu’il ne sait pas bien s’y prendre avec les gens et qu’à force d’encaisser, un jour, tout ce qu’il avait retenu est sorti.

Aujourd’hui, il est rangé des voitures comme on dit. Il est veilleur de nuit dans un grand parking. Peu de contacts avec ses semblables, il est seul dans son « aquarium », ça lui convient tout à fait. Pendant ses longues nuits de surveillance solitaire, il écoute la radio, une émission animée par une jeune femme qui se fait appeler « Luciole » et qui écoute le cœur des gens. Oui, le cœur car c’est lui qui dicte les paroles de désespoir, de souffrance … Alors l’animatrice panse, colmate, glisse quelques conseils, elle tient compagnie jusqu’au bout de la nuit… (J’ai pensé à Max Meynier et « Les routiers sont sympas »).

Eddy mène une vie isolée, ne cherchant pas à entretenir des relations avec qui que ce soit. Il ne veut pas être dérangé et peut-être qu’il se méfie de son impétuosité. Lorsque son père décède, il n’a plus personne dans sa vie, hormis Jojo, un pigeon qu’il nourrit. En vidant l’appartement où il a grandi, il retrouve des choses qu’il avait dérobées vingt ans auparavant à une dame, sans domicile fixe, morte dans la rue. C’est lui qui avait appelé la police. Les souvenirs remontent. C’était la première fois qu’il rencontrait la mort et en volant, il s’était dit qu’il ne faisait rien de mal, la SDF n’en avait plus besoin…. Mais maintenant, deux décennies plus tard, il réalise qu’elle s’est retrouvée dans le carré des indigents car personne ne savait rien d’elle et que peut-être, ce qu’il a en sa possession, permettra de l’identifier.

Alors, Eddy le taciturne, tenaillé par la culpabilité, se lance dans des recherches pour essayer de mieux connaître cette inconnue, de lui redonner un semblant d’humanité. Sa quête va l’amener à rencontrer de nombreuses personnes. Au début, il est maladroit, un peu brut de décoffrage. Il n’arrive ni à apprivoiser ni à se laisser apprivoiser, puis avec le temps il s’ouvre…

C’est une galerie de portraits fine et délicate que nous offre Solène Bakowski dans ce nouveau roman. A petites touches, elle peint les caractères, le physique, la situation de ceux qui appellent Luciole ou qui croisent Eddy. Son écriture est pleine de sensibilité, d’élégance pour évoquer les destinées de chacun. Elle raconte les hommes et les femmes cabossés par la vie, qui essaient d’avancer, de rebondir, de continuer la route malgré les difficultés. Elle parle des hasards, des rendez-vous ratés ou pas qui bouleversent des vies.

« À quoi tient la vie ? À nos liens invisibles ; à nous, inconnus, qui, sans le savoir, sommes raccordés. À nos existences qui se percutent en silence. »

En fil conducteur, sous nos yeux, se construit la personnalité d’une femme, Rosa, elle est ce qui rattache les différents personnages. Elle est la vie, le pardon, la résilience…. Avec des retours en arrière, on apprend à la connaître, à la comprendre….à l’aimer également.

À l’aimer ? Me direz-vous ? À les aimer, devrais-je écrire…. Il faut bien l’avouer, l’auteur rend ceux qu’elle évoque tellement vivants, tellement humains, que forcément ils deviennent des familiers et on n’a pas envie de les quitter.

Un récit sobre, en retenue, profond et aérien, sans lourdeur pour parler de la vie avec doigté et intelligence.  

NB: bravo pour la couverture.

"Le pays des phrases courtes" de Stine Pilgaard (Meter i sekunder)

 

Le pays des phrases courtes (Meter i sekunder)
Auteur : Stine Pilgaard
Traduit du danois par Catherine Renaud
Éditions : Le bruit du monde (5 Mai 2022)
ISBN : 978-2-493206-11-4
290 pages

Quatrième de couverture

Le Jutland, à l’ouest du Danemark. Des dunes, des éoliennes et la petite ville de Velling où la narratrice de ce roman doit suivre son compagnon, enseignant dans une école alternative. Alors que ne lui incombent que les rôles ingrats de « pièce rapportée » et de mère au foyer, elle se donne une mission, passer son permis de conduire. Plus intéressée par la conversation que par le volant, elle essuie cependant les échecs à répétition.

Mon avis

C’est pour des livres comme celui-ci que j’aime la découverte de nouvelles maisons d’édition, de nouveaux auteurs.

« Le pays des phrases courtes » est un roman inclassable, à l’humour et la dérision décalés, à la profondeur non affichée mais bien présente, au dépaysement garanti. Je suis totalement sous le charme du contenu, de la forme, du phrasé.

C’est dans la petite ville de Velling (même pas trois cents habitants) qu’un jeune couple et leur fils s’installent. Il sera enseignant dans une école alternative, elle sera mère au foyer. Elle a le souhait de passer son permis de conduire, histoire d’avoir un but. Au bout de quelque temps, une rubrique « courrier des lecteurs » lui est confiée. Cela lui donne un rôle plus important dans cette bourgade où elle a du mal à trouver sa place.

C’est elle qui se raconte, les dialogues sont rapportés dans un style indirect imprimant un rythme qui semble assez lent. On sent que cette femme est un tantinet désemparée, pas forcément à l’aise (et son époux non plus) dans son rôle de Maman qu’elle doit « apprendre ». Elle décrit son quotidien sans filtre, avec une forme de naïveté. Elle n’a pas « les codes » de ce coin du Danemark et ses rapports aux autres peuvent être mal interprétés. Elle a un sens de l’observation fin et acéré. Quand elle décrit l’attitude des gens qui parlent à son fils (un bébé) dans les rayons du supermarché, c’est jubilatoire ! Elle se sent parfois rejetée par les collègues ou les élèves de son compagnon et elle est étonné des réponses de la directrice qui lui explique que tout cela est bien normal.

« C’est une phase que toutes les pièces rapportées doivent traverser, dit-elle en me tendant un biscuit un peu moisi. Pourquoi ? je demande. Pour apprendre à vivre avec, dit la directrice. »

Elle se pose beaucoup (trop ?) de questions, s’intègre parfois avec maladresse. Il est nécessaire qu’elle apprenne à parler aux habitants du Jutland « Le pays des phrases courtes ». Elle va rencontrer quelqu’un qui lui donne des conseils, qui lui explique comment agir, comment moduler son flux verbal. Est-elle obligée de se couler dans un moule pour être acceptée et comprise ? Où est sa marge de liberté ? Peut-elle être elle-même sans être jugée ? C’est tout cela qu’interroge, avec brio et esprit, Stine Pilgaard.

Ce récit de vie quotidienne est entrecoupé de lettres auxquelles répond la jeune femme en signant « La Boîte aux lettres ». Pour conseiller et aiguiller ceux (aux pseudonymes très amusants) qui la sollicitent, elle fait souvent appel à ses souvenirs, à son expérience. Elle les rattache avec malice aux demandes, c’est très amusant de voir « les ponts » qu’elle met en place. Il y a également quelques chansons et les leçons de conduite qui sont cocasses.

L’écriture de l’auteur est pétillante, vive, c’est un régal. La traductrice a dû avoir beaucoup de plaisir à découvrir ce texte pour le transmettre. Sous des dehors humoristiques, il y a une réelle réflexion sur le « dérangement » que peut provoquer l’arrivée d’une variable dans un microcosme bien réglé et quelles seront alors les réactions de l’arrivant et des hôtes.

Je suis enchantée de cette découverte littéraire !


"Des torrents de sang et d'argent" de Philippe Cuisset

 

Des torrents de sang et d’argent
Auteur : Philippe Cuisset
Éditions : Kyklos (31 janvier 2022)
ISBN : 978-2918406471
182 pages

Quatrième de couverture

Entre 1904 et 1908, dépossédés de leurs terres, les peuples herero et nama se révoltent contre la colonisation allemande. Le général von Trotha mate l’insurrection et signe le premier ordre écrit d’extermination totale. Les deux peuples sont décimés.

Mon avis

Comprendre, s’adapter, survivre….

Il y a d’abord le début du titre « Des torrents de sang… » puis la photo en page deux. On sent tout de suite qu’on rentre dans un contexte âpre, difficile, et que tout cela sera à la limite du soutenable.

Et puis on rencontre Esther, lumineuse, engagée, noble. Une femme qui, jusqu’à la dernière décision qu’elle partage avec nous, nous montre combien elle se tient droite, sans baisser les yeux, face à ce qu’elle a vu, vécu, subi. En suivant son parcours, on puise dans sa force pour continuer la lecture, comme elle a continué de lutter, parce qu’on lui le doit bien.

Philippe Cuisset a du talent pour nous ouvrir les yeux, nous secouer, nous émouvoir, nous mettre en colère sur ce qui a été et que, complaisamment, certains gouvernants ont « oublié ». Comme le rappelle Aimé Césaire, cité en fin d’ouvrage, faut-il que l’homme blanc soit touché pour que la société bien-pensante agisse ? Pourquoi ce mépris envers les souffrances africaines ?

Dans ce récit, parfaitement documenté, l’auteur nous présente un génocide (le premier du vingtième siècle), reconnu bien tardivement puisque le gouvernement allemand a consenti l’implication de son pays, en 2004, cent ans après les faits.

C’est en 1884, que l’Allemagne s’installe en Namibie, considérée alors comme une colonie mais l’appât du gain, la soif de richesse des dirigeants allemands entraînent des vols de territoires, des confiscations de bien. Des peuples namibiens se rebellent mais une énorme armée de dix mille hommes, avec le général Lothar von Trotha à sa tête, est envoyée sur place, pour réprimer les combattants. Avec le texte de Philippe Cuisset, nous découvrons avec horreur ce qu’il s’est passé.

Eugen Fisher et l’hygiène raciale avec des expérimentations violentes et cruelles. Les hommes et les femmes qui luttent pour rester en vie face à une haine calculée, volontaire, tenace, obligés de s’économiser pour garder un brin d’espoir, de rester mutique face à la douleur, de contenir leur rage….

Avec une écriture précise, montrant les événements, mais également les ressentis, l’auteur, dans un style épuré nous touche de plein fouet et nous laisse le cœur en vrac.


"La cité hantée (Pendergast - Tome 20)" de Douglas Preston & Lincoln Child (Bloodless)

 

La cité hantée (Bloodless) (Pendergast : 20)
Auteurs : Douglas Preston & Lincoln Child
Traduit de l’américain par Sebastian Danchin
Éditions : L’Archipel (5 Mai 2022)
ISBN : 9782809843934
448 pages

Quatrième de couverture

L’inspecteur Pendergast, du FBI, est appelé en Georgie, où des corps sont découverts vidés de leur sang. En proie à la panique, les habitants craignent le retour d’une créature qu’on croyait n’appartenir qu’à la légende : le Vampire de Savannah.

Mon avis

La nouvelle enquête de l’inspecteur Pendergast contient une pointe de science-fiction / surnaturel plus prononcée que dans les ouvrages précédents. Cela va peut-être désarçonner certains lecteurs mais en ce qui me concerne, j’ai plutôt apprécié cet aspect qui change l’atmosphère de cette série.

Alors qu’ils viennent de terminer une mission, Pendergast, son adjoint l’agent Coldmoon et sa pupille Constance n’aspirent qu’à une chose : rentrer chez eux et se poser. Mais voilà que leur hiérarchie en a décidé autrement. Direction la Georgie où la ville de Savannah fait face à des faits troublants et effrayants. En effet des personnes sont retrouvées mortes, vidées de leur sang… Brrr…un vampire ?

Pendant que le FBI cherche, une équipe cinématographique tourne un documentaire sur cette ville hantée, effets grand spectacle garantis avec en prime beaucoup d’esbrouffe ! La police sur place enquête également de son côté. Pendergast et compagnie s’installent dans un vieil hôtel car un des macchabées est lié à ce lieu. La propriétaire, une vieille originale semble cacher beaucoup de choses. Il faudra toute la sagacité de Constance pour obtenir des informations en interrogeant cette femme d’une façon détournée. Cela fait pas mal de monde qui tourne autour de ces morts mystérieuses mais personne n’a la même approche. Ceux du FBI, surtout Pendergast et Constance, sont fins observateurs, capables de déductions intelligentes. La police du coin est plus dans l’action, se disant qu’elle va tout réussir sans aide, soutenue dans cette vision des événements par le prétentieux sénateur du coin. Quant aux cinéastes, ce sont des gens qui manipulent les images à merveille pour leur faire dire ce qu’ils souhaitent.

J’ai bien aimé cette nouvelle aventure. Peu importe qu’elle soit vraisemblable ou pas pour ce qui est du détournement d’avion et de ses conséquences. Il y a un petit côté « ironique » dans ces faits-là qui m’a bien plu (je ne dis rien de plus pour ne pas dévoiler quoi que ce soit).

L’intrigue qui fait référence à des situations du passé est bien construite. Je n’ai pas du tout fait le rapprochement avec ce qui est présenté au début et je me demandais quand le lien allait apparaître. C’est une bonne chose car cela m’a maintenu dans l’histoire, je voulais savoir et surtout comprendre. Le suspense est garanti, les rebondissements aussi et on voit bien que la fin va entraîner une suite probablement surprenante. Il me semble avoir lu que ce recueil est le premier d’une trilogie, ce qui n’est pas pour me déplaire.

L’écriture reste fluide accrocheuse, merci au fidèle traducteur, Sebastian Danchin. Tout s’enchaîne sans temps mort et c’est bien plaisant à lire. Les personnages récurrents sont assez fidèles à ce qu’on sait d’eux. Les rapports que la responsable de l’hôtel entretient avec son personnel ou les gens de passage etc sont bien analysés, on sent que rien n’est anodin dans son attitude. Malgré son âge avancé, elle a un excellent sens de l’observation, et ce qu’elle dit à Constance le prouve. Entre elles deux s’installe une espèce de joute verbale, de jeu de chat et souris qui nous rappelle que les femmes ne se laissent pas faire et qu’elles ont du caractère !

Finalement, je pense que ce nouveau recueil donne une belle place aux femmes et c’est parfait !


"Red Power" de Thomas King (The Red Power Murders)

 

Red Power (The Red Power Murders)
Auteur : Thomas King
Traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné
Éditions : Liana Levi (5 Mai 2022)
ISBN : 9791034905942
340 pages

Quatrième de couverture

«C’est fou comme le passé sait vous rattraper», pense Thumps DreadfulWater quand ce vieux Noah Ridge débarque à Chinook pour présenter son autobiographie. Puis très vite, l’ancien policier s’interroge: pourquoi diable le leader charismatique du Red Power Movement, qui a toujours soigné son image, choisit-il cette minuscule réserve pour évoquer ses combats d’autrefois? S’il s’écoutait, il roulerait vers le sud et ne rentrerait que quand Noah Ridge et l’hiver auraient quitté la ville. Mais sa curiosité est la plus forte, d’autant qu’un agent du FBI choisit ce moment pour venir faire du tourisme dans les parages et que les cadavres, du passé comme du présent, s’amoncellent.

Mon avis

C’est dans la ville fictive de Chinook que se déroule ce récit mettant à nouveau en scène Thumps DreadfulWater, un ancien policier devenu photographe. C’est un homme indépendant, Cherokee, qui vit avec une chatte au caractère particulier. Ils s’accommodent l’un de l’autre et c’est avec beaucoup d’humour que l’auteur décrit leur relation. Thumps aime vivre à son rythme, ne supporte pas trop les ordres et agit souvent en électron libre.

C’est l’hiver, il fait froid, Dreadful n’est pas tellement équipé pour la saison et il filerait volontiers vers des cieux plus cléments. Mais sa voiture est capricieuse et surtout on lui confie en une journée, deux missions qui peuvent ne faire qu’une. Noah Ridge, le leader du Red Power Movement dont le but est d’attirer l’attention sur les indiens et leurs conditions de vie afin de les protéger face au colonialisme et au mépris de certains gouvernants, est présent dans la cité pour promouvoir son autobiographie. Thumps devra le photographier et le protéger…. Finalement, on n’aura pas besoin de lui de la même façon que ce qui était prévu. En effet, un homme mort est retrouvé dans une chambre d’hôtel. Le shérif, bien qu’il ait un adjoint, demande de l’aide à DreadfulWater. Ce dernier n’est pas forcément motivé pour intervenir d’autant plus que le collègue du shérif est particulièrement désagréable. De plus, il croise l’assistante de Ridge qui est une ancienne connaissance à lui …. Des faits perturbants se succèdent, certains liés au passé et une atmosphère faite de mystères et de non-dits s’installe. D’autres personnes sont retrouvées mortes et cela n’arrange pas les affaires de Thumps qui semble être lien avec tout le monde puisque tous ces macchabées ne lui sont pas inconnus.

Extrêmement travaillée cette histoire implique de nombreux personnages, qui interviennent petit à petit et qu’on peut aisément repérer. Tous ont un rôle dans l’intrigue, et il faut essayer de cerner leurs caractères très variés pour comprendre comment ils vont réagir. Entre l’instinct protecteur de certains, la colère rentrée ou la finesse d’esprit des autres, les personnalités diverses sont très intéressantes, notamment quand on suit l’évolution de celle de Ridge. Un homme charismatique passionné qui a fini par être égocentrique….quel gâchis….

C’est le deuxième livre de Thomas King que je lis et j’apprécie vraiment que le scénario soit réfléchi, construit sur différents aspects, et en lien avec des thèmes importants tels la place des indiens, les pots de vin des gouvernants, les luttes pour de bonnes causes…. Pour autant, ce n’est pas un texte rébarbatif car l’écriture (merci aux traducteurs) de l’auteur est pleine de pointes d’humour ou de dérision.

« Le meilleur moyen de combattre l’hiver, comprit Thumps en sortant du bureau du shérif, consiste à être en permanence en colère. En ce moment, il était si furieux qu’il aurait fait fondre la calotte polaire. »

Le style est fluide malgré les nombreuses entrées et tous les faits, l’auteur construit son texte avec beaucoup de doigté et d’intelligence. J’aimerais savoir comment il s’y prend pour imbriquer tous les éléments et rédiger un roman qui ne « boîte » pas, où on ne se perd pas et qui maintient le suspense. C’est très plaisant à lire, on a le sentiment de voir se dérouler les scènes sous nos yeux. Je pense d’ailleurs qu’on pourrait faire une sympathique adaptation cinématographique.

Encore une belle découverte littéraire !


"Maurice Gimbel voulait revoir la mer" de Pierre Guini

 

Maurice Gimbel voulait revoir la mer
Auteur : Pierre Guini
Éditions : P.G. Éditions (26 Avril 2022)
ISBN :9782958189600
220 pages

Quatrième de couverture

Maurice Gimbel n est persuadé, son séjour à l'Ehpad des Capucines ne sera qu'une parenthèse dans son existence. Il en a vu d'autres, et à 96 ans, notre homme n'a qu'un seul objectif en tête : s'échapper de cet hôtel 4 étoiles. Dans son esprit l'affaire est simple. Dans la réalité c'est autrement plus compliqué, surtout quand on se déplace en fauteuil roulant.

Mon avis

Maurice Gimbel est accueilli en EHPAD, son fils, Piel, vient le voir, parfois…. Les visites ne sont pas forcément faciles, l’ancien oublie, se perd, se met en colère, fait semblant de dormir, c’est selon… Mais une chose est sûre : il n’a pas envie de rester aux Capucines qu’il prend pour un hôtel où il peut houspiller le personnel.

Lorsque Piel évoque son père, il dit « Maurice Gimbel », jamais il n’utilise le mot Papa, comme s’il voulait rester à distance de leur relation, prendre du recul, ne pas laisser les émotions l’envahir. Peut-être parce que son père a toujours été un homme mystérieux, qui s’absentait souvent, qui ne disait pas vraiment ce qu’il faisait.

Dans ce roman, on découvre comment Piel appréhende et perçoit le décès de son paternel. Et de temps en temps, c’est la vie de ce dernier qui est évoquée, un quotidien avec une part de non-dits, des secrets, un besoin de sortir des sentiers battus… Piel a grandi avec ce père quelques fois absent, à qui il a inventé des occupations. Est-ce que le décès de son géniteur lui permettra de comprendre ce qu’il faisait, d’approcher la vérité sur ce qu’il faisait ou est-ce que jusqu’au bout, son père va « jouer » et être facétieux ?

C’est avec une pointe d’humour, et beaucoup de tendresse cachée sous des dehors un tantinet ironiques que le lien entre ces deux hommes est présenté. On voit le monde de l’intérieur des Ephad, on se dit que oui, c’est parfois comme ça mais qu’on préfère ne pas y penser. Maurice Gimbel a du caractère, et son comportement m’a fait sourire. Finalement, je crois qu’il ne se prend jamais au sérieux et c’est très bien ainsi !

L’auteur a su rédiger un récit à la fois léger et profond car les thèmes qu’il aborde : les rapports filiaux, la vieillesse, la mort, ne sont pas simples. Il le fait avec délicatesse, rajoutant un peu de dérision pour éviter de tomber dans un pathos lourd et inutile, rendant ainsi la lecture très plaisante.


"Marie et Marya" de Jilian Cantor (Half Life)

 

Marie et Marya (Half Life)
Auteur : Jilian Cantor
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pascale Haas
Éditions : ‎ Préludes (13 avril 2022)
ISBN : 978-2253080831
450 pages

Quatrième de couverture

Dans la Pologne de 1891, une jeune femme, Marya Sklodowska, s’apprête à épouser le mathématicien Kazimierz Zorawski. Mais les parents de son fiancé s’opposent à leur union. L’engagement est rompu. Déçue et humiliée, Marya quitte son pays natal pour la capitale française afin d’étudier la physique et la chimie à la Sorbonne. Elle change d’identité pour mieux s’intégrer et devient… Marie Curie. Si elle s’était mariée, que serait devenue la jeune Marya ?

Mon avis

Une magnifique couverture en miroir, comme le récit que l’on va lire. D’un chapitre à l’autre, nous allons suivre alternativement, Marie et Marya, une même « personne » mais ayant fait des choix différents. Parfois, on y pense « et si ? … si j’avais dit oui ou non, pris cette université ou une autre etc… », que se serait-il passé ?

Dans ce roman, Jilian Cantor, s’inspirant de la vie de Marie Curie (j’ai bien écrit « s’inspirant », il n’est pas question ici de biographie, même si certains fait sont réels), a imaginé deux vies pour elle. Une où elle arrive en France et devient Marie Curie, une ou elle reste Marya (son vrai prénom), en Pologne. L’auteur envisage deux destins, deux quotidiens, liés malgré tout par quelques personnages qui apparaissent sur les deux faces, mais pas forcément avec le même rôle. J’ai trouvé cela très bien fait. Deux hypothèses de départ pour deux avenirs bien distincts mais une même soif d’apprendre tout ce qui a trait aux sciences. C’est important car cela caractérise beaucoup Marie Curie.

Ce livre m’a paru intéressant car il montre l’importance des choix et la place des rencontres dans notre quotidien.

« …. je me demandai si c’était vrai. Si, par -delà nos choix, ce que nous avions, ce qui nous était donné et ce que nous prenions ou pas, il y avait certaines personnes dans nos vies vers qui nous trouvions notre chemin, quoi qu’il advienne. »

Il m’a donné envie de connaître la réalité de ce qu’a vécu cette femme d’exception. D’ailleurs il y a plusieurs références pour de futures lectures plus précises sur sa vie en fin d’ouvrage et c’est une excellente idée.

Jilian Cantor a évoqué des situations véritables comme l’université volante en Pologne. En effet, les filles étant interdites d’études supérieures, elles apprenaient en cachette, entre elles, en échangeant des savoirs. C’est courageux car elles prenaient des risques. On voit également les difficultés de l’époque, qu’elles soient financières, matérielles (parfois à cause de la guerre), morales quand on ne sait plus que choisir… Quelques explications scientifiques sont vérifiables et prouvent qu’avant d’écrire, l’auteur s’est soigneusement documenté. Elle en parle à la fin en donnant des explications sur la genèse de ce recueil.

Marie et Marya donnent l’impression de ne pas avancer au même rythme, de ne pas avoir les mêmes priorités mais elles sont toutes les deux des femmes de caractère, souhaitant agir plutôt que subir. J’ai apprécié celles et ceux qui les entourent, avec des personnalités bien définies mais il est parfois un peu dommage que d’un côté à l’autre, les rôles s’inversent.

L’écriture est agréable (merci à la traductrice), accrocheuse avec quelques aspects que je qualifierai de « très féminins » et qui me laissent penser que ce recueil est plus destiné aux lectrices. Les deux suppositions sont racontées avec un « je », permettant à Marie / Marya de se positionner, de donner son ressenti.

J’ai eu du plaisir à cette lecture et je vais sans tarder acheter « Une femme honorable » de Françoise Giroud pour sortir de la romance et entrer dans une vraie connaissance de Marie Curie.


"Les naufragés de Pyrimont" de Sylvain Faurax

 

Les naufragés de Pyrimont
Auteur : Sylvain Faurax
Éditions : du Volcan (17 mars 2022)
ISBN : 979-1097339432
200 pages

Quatrième de couverture

Deux cousins, Christian et Eugène, sont séparés dans leur jeunesse. Le premier émigre en Louisiane et fait de la prison pendant que l’autre, ouvrier sur le barrage de Génissiat, est déporté en Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale. À son retour des camps de concentration, sa femme, Lise, ne le reconnaît pas. Devenu mineur à l’issue du conflit, Eugène invite Christian qui vient de purger sa peine à les rejoindre, mais dans le village de l’asphalte, les anciennes rancœurs et larrivée de « lAméricain » perturbent les liens entre les habitants.

Mon avis

La guerre et ses ravages, tant physiques que moraux, destructeurs pour la personnalité des hommes… La prison, c’est la même chose. Deux entités dont vous ne sortez pas indemnes, qui vous changent un homme, ses rapports au monde, ses liens aux autres….

A la base, ils sont cousins, Eugène et Christian. L’un a connu les conflits armés, l’autre l’arrestation, la maison pénitentiaire, des lieux où on vit en vase clos, entre hommes, luttant pour survivre, le regard presque bestial, le corps affamé, la violence si proche…

C’est le temps de l’après, où il faut continuer, éventuellement se reconstruire. Christian a purgé sa peine et Eugène l’invite à venir chez lui, dans la maison où il habite avec Lise, son épouse. Rien ne sera simple. Eugène est marqué à vie, sa femme ne le reconnaît pas. Christian est plus souvent au domicile. Des liens se créent, se défont, se fissurent, se consolident entre ces trois-là et avec ceux qui les côtoient. Ce qu’ils ont vécu a laissé des stigmates. Comment peuvent-ils continuer la route ? Il faut tenir compte de ces blessures mais aussi accepter de les laisser se cicatriser sous peine de rester bloqués.

Sylvain Faurax, avec une acuité très fine, explore les âmes des hommes et des femmes placés face à des choix terribles, pour leur survie matérielle, physique, mentale. Comment garder le cap quand on a vu et vécu des horreurs, quand tout s’est écroulé autour de vous et que vous vous sentez terriblement seuls ? Avec une écriture lumineuse, l’auteur décortique les failles et les forces humaines dans un roman au ton très juste, inspiré de faits réels.


"Le lac de nulle part" de Pete Fromm (Lake Nowhere)

 

Le lac de nulle part (Lake Nowhere)
Auteur : Pete Fromm
Traduit de l’américain par Juliane Nivelt
Éditions : Gallmeister (6 Janvier 2022)
ISBN :  978-2-35178-285-9
450 pages

Quatrième de couverture

Cela fait bientôt deux ans que Trig et Al, frère et sœur jumeaux, n’ont plus de contact avec leur père. Et voilà qu’il réapparaît dans leur vie et réclame "une dernière aventure" : un mois à sillonner ensemble en canoë les lacs du Canada. À la fois excités à l’idée de retrouver la complicité de leur enfance et intrigués par ces retrouvailles soudaines, les jumeaux acceptent le défi de partir au milieu de nulle part. Mais dès leur arrivée, quelque chose ne tourne pas rond, les tensions s’installent.

Mon avis

Sublime !

Je vais être encore une fois dithyrambique en parlant de Pete Fromm, un auteur qui me bouleverse à chaque fois. Il trouve un sujet à nouveau pour chaque livre. Il décortique les âmes, il analyse les rapports humains avec énormément de finesse. Avec trois fois rien, ici, un père ses deux enfants jeunes adultes, la nature et une météo un peu limite, il vous campe un récit qui vous prend aux tripes dès le départ et qui ne vous lâche plus jusqu’à la fin.

Pourtant on pourrait dire qu’il ne se passe pas grand-chose, presque rien, mais tout est dans le ressenti, l’atmosphère, l’approche des personnalités. Il distille des indices par petites touches. Il nous fait comprendre les événements antérieurs, nous laisse envisager la suite. Il parle des relations familiales comme personne. Il donne vie aux personnages, on a l’impression d’être avec eux, de les accompagner. Chacun de ses récits est différent et pourtant porté par la même volonté : celle de parler de la famille, de ses failles, de ses peurs, de ses doutes, de ses erreurs, de sa construction, de sa destruction, de ce qu’elle est tout simplement.

Ces trois-là, le père et les jumeaux ont pour but de passer un mois ensemble, de naviguer, de camper, comme au bon vieux temps. C’est Trig, le fils, qui raconte. Les souvenirs remontent, le présent est là avec les difficultés liées au temps, ce n’est peut-être pas la période idéale pour faire cette longue randonnée. Est-ce qu’ils vont « se retrouver » facilement ? Est-ce qu’il y aura des non-dits, des tensions qui ressortiront ?

Avec son écriture fluide (merci à la traductrice pour son travail), emplie de sensibilité, de retenue, Pete Fromm me met le cœur en vrac. On dirait que c’est facile, tant ça coule tout seul mais je pense, au contraire, qu’il est ardu d’écrire ce qui fait le sel de la vie sans se poser en juge, en censeur, sans être lourd, en laissant les héros de papier prendre vie et chair comme des compagnons d’une partie de notre route, des gens qu’on n’oubliera pas.

Coup de cœur pour ce recueil et merci Monsieur Fromm !


"Qui a tué Rose?" de Claire Allan (Her Name Was Rose)

 

Qui a tué Rose ? (Her Name Was Rose)
Auteur : Claire Allan
Traduit de l’anglais par Nicolas Porret-Blanc
Éditions : L’Archipel (21 Avril 2022)
ISBN : 978-2809843729
385 pages

Quatrième de couverture

Quand Emily sort du centre commercial ce jour-là, elle assiste, impuissante, à un accident : une femme est renversée par un automobiliste qui prend la fuite. Très vite, la presse locale relaie les détails du drame : la victime s'appelait Rose. En effectuant des recherches sur les réseaux sociaux, Emily se met à envier la vie si parfaite de Rose, elle qui enchaîne les échecs, tant professionnels que sentimentaux.

Mon avis

Emily a un travail qui ne lui convient pas bien. Elle est séparée de son petit ami avec qui elle a eu une relation un peu tumultueuse. Elle se sent menacée par lui, même si elle a pris ses distances. Elle tient le coup avec des anxiolytiques et une consommation d’alcool non raisonnée. Elle est en froid avec ses parents. Son appartement n’est pas terrible. Autrement dit, sa vie est loin d’être une réussite, malgré le soutien de son ami Maud qui est très loin.

Mais comment faire pour changer le quotidien quand rien ne s’offre à vous ? Elle est résignée, un tantinet découragée.

Après quelques courses au centre commercial, elle prend l’ascenseur avec une jeune maman et son fils en poussette. Une femme épanouie, un bébé qui gazouille…. Elle la laisse passer la première et en sortant, c’est le drame… Une voiture renverse la jeune femme qui n’a eu que le temps de lancer la poussette en avant pour protéger son petit. Elle meurt sous les yeux d’une Emily totalement bouleversée. Elle se pose des questions, ne serait pas son ex, Ben, qui a voulu la tuer ? Elle aurait dû être là, sur le macadam, à la place de Rose….

Rentrée chez elle, elle se met à chercher des informations sur Rose. Elle avait une vie parfaite, un mari écrivain, une belle maison, tout pour être heureuse. Tout ce que n’a pas Emily, qui en plus, vient d’être licenciée…. En creusant, elle s’aperçoit que Rose était assistante dentaire, une activité professionnelle que maîtrise Emily. Alors, elle postule, se retrouve embauchée, se glisse dans les pas de Rose, rencontrant ses collègues puis quelque temps après son mari.

Et si le décès de Rose était l’occasion d’un tournant dans la morosité des jours ? Et si une nouvelle chance s’offrait à Emily ? Elle « suit » le mari éploré sur les réseaux sociaux, lit ses messages désespérés, s’inquiète à distance pour cet homme dont elle ne sait rien mais qui l’apitoie…. Il est tellement attendrissant….

Qui sait ? Un rapprochement sera peut-être possible, une simple sympathie pour l’aider, voire une amitié et pourquoi pas de l’amour ? Elle aussi, elle a souffert, elle se sent à même de le comprendre. Mais est-ce que Ben ne rode pas dans l’ombre ? Je n’ai pas senti d’empathie particulière pour Emily. J’aurais voulu la secouer, lui dire d’être un peu plus indépendante… Mais son caractère était ainsi défini.

Avec un art du suspense parfaitement maîtrisé, Claire Allan nous entraîne dans un thriller psychologique. Si quelques passages sont un peu lents, le rythme est quand même suffisant. On sent de nombreuses zones troubles, tout le monde a des secrets, on se questionne et la fin n’est pas celle qu’on imaginerait. L’écriture est fluide, merci au traducteur. Les événements ne sont pas toujours ce qu’on pense. L’auteur nous démontre le poids et le danger des médias, des influences, des apparences. Il y a parfois de bien vilaines choses sous un vernis de façade, des non-dits, des mensonges, de la peur ….

Des thématiques intéressantes sur les relations dans les couples sont abordées. Parfois certaines personnes préfèrent ne rien dire, faire comme si plutôt que de laisser éclater une vérité qui peut les mettre en danger.

Claire Allan a écrit là un récit addictif, bien ficelé, j’ai passé un bon moment.


"Sherlock Holmes et les protocoles des Sages de Sion" de Nicholas Meyer (The Adventure of the Peculiar Protocols)

 

Sherlock Holmes et les protocoles des Sages de Sion (The Adventure of the Peculiar Protocols)
d’après les mémoires du Dr Watson
Auteur : Nicholas Meyer
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Guyon
Éditions : L’Archipel (14 Avril 2022)
ISBN : 9782809842173
274 pages

Quatrième de couverture

6 janvier 1905. Sherlock Holmes – qui fête ses cinquante ans – et le Dr John Watson sont convoqués par Mycroft, le frère du célèbre détective, au club Diogène. Sur place, ce dernier leur remet les documents retrouvés sur le corps d'une agente des Services secrets britanniques, repêché dans la Tamise : Les Protocoles des Sages de Sion. Holmes et Watson prennent alors l'Orient-Express pour la Russie des tsars, d'où provient ce texte explosif, bien que sujet à caution. Mais à leurs trousses s'élancent des adversaires déterminés à les empêcher de découvrir la vérité.

Mon avis

Le Docteur Watson est le fidèle ami du détective Sherlock Holmes, il l’aide même à résoudre certaines affaires en jouant un rôle actif à ses côtés. Il paraît qu’il écrit un journal et Nicholas Meyer, par un concours de circonstances à découvrir dans l’avant-propos, se retrouve avec une partie de ses écrits. En résulte ce nouveau roman, pastiche holmésien.

Janvier 1905, Mycroft, frère de Sherlock, l’invite avec Watson au club Diogène. Un drôle de lieu où les hommes ont une discussion assez brève. Les deux convives récupèrent des documents qu’une agente britannique assassinée avait avec elle. Il s‘agit des Protocoles des Sages de Sion (texte inventé de toutes pièces par la police secrète du tsar et publié pour la première fois en Russie en 1903. Ce faux se présente comme un plan de conquête du monde établi par les Juifs et les francs-maçons). Une histoire totalement nouvelle, un cas inédit pour les deux compères.  Ils vont mener une double-enquête à la fois sur le meurtre de la femme et sur les protocoles pour comprendre ce qui les a inspirés et ce qu’ils peuvent apporter (ou pas) comme danger.

Mêlant habilement le compte-rendu de Watson (avec des pages manquantes ; -) bien à propos), faits réels et fictifs, l’auteur nous entraîne dans l’Orient-Express et nous fait voyager. Explications, fines analyses, suppositions, hypothèses, Nicholas Meyer s’appuie sur tout cela pour nous faire pénétrer dans un univers que Conan Doyle ne renierait pas. C’est très fort et parfaitement bien pensé.

L’écriture fluide, le style vivant permettent au lecteur de s’imprégner de l’atmosphère, du décor, c’est très visuel. Je croyais voir les sourires en coin, les moustaches masculines, les regards échangés, les gestes presque cachés mais vus…. Les images défilaient sous mes yeux, et dans le train, je visualisais les lieux, les scènes. Le pouvoir descriptif de l’auteur est de qualité.

En ce qui concerne les personnages, j’ai apprécié les pointes d’humour pour parler de certains que ce soit pour le caractère ou autre chose. Ils ne sont pas neutres et tissent des liens surprenants parfois et comme dans la vraie vie, parfois on se doute que… et parfois pas du tout.

L’enquête, quant à elle, est particulière. On n’est pas face à une rapide course-poursuite ou à de dangereux malfrats hyper violents. C’est beaucoup plus dans le « non palpable », dans l’étude de chaque indice, de chaque situation que Watson et Sherlock s’investissent. Ils sont en compagnie d’une jeune femme qui traduit le russe et qui n’est en rien une quantité négligeable, bien au contraire.

Si ce récit n’a pas un rythme trépident, il est très intéressant. Les allusions historiques m’ont donné le souhait de creuser ce que j’ai appris, notamment sur les Protocoles de Sion et sur les relations entre les pays de l’époque. On est au seuil de la première guerre mondiale et on sent les prémices de quelques petites choses qui ne rassurent personne….

Cette lecture m’a dépaysée. L’originalité de l’introduction, la cadence plutôt lente qui peut malgré tout provoquer des accélérations cardiaques quand on s’interroge sur le devenir des protagonistes, le phrasé typique, tout cela m’a permis de passer un excellent moment !


"Le grand effondrement" de Sébastien Le Jean

 

Le grand effondrement
Auteur : Sébastien Le Jean
Éditions : Liana Levi (14 Avril 2022)
ISBN : 979-1034905638
400 pages

Quatrième de couverture

En région parisienne, un PDG a été savamment assassiné en un lieu dont personne ne soupçonnait l’existence, un bunker pour milliardaires. Le commandant Ronan Sénéchal aurait préféré ne pas être appelé sur cette affaire le jour de la naissance de son fils. En région lyonnaise, le corps d’un jeune youtubeur, connu pour appartenir à la mouvance écologiste radicale, a été repêché dans un étang. Le capitaine Irina Kowalski peine à comprendre qui a éliminé l’activiste qui voulait sauver le monde du changement climatique.

Mon avis

Commandant de police, Ronan Sénéchal a connu des moments difficiles, il a eu des zones d’ombre, a souffert, a dérivé et semble s’en être enfin sorti. Il est heureux avec sa femme Nathalie et vient d’être papa d’un petit Gaspard. Le bonheur enfin pour cet homme ? Il vient à peine de faire connaissance avec son petit bout, il est encore sous le coup d’émotions contradictoires : la souffrance de son épouse et le plaisir d’être père et voilà que son téléphone sonne…. Son adjoint l’appelle et lui dit qu’il l’attend. Le procureur de la république a demandé qu’il soit en charge d’une enquête sur le meurtre d’un PDG. Plutôt connu, il vient d’être retrouvé dans des conditions particulières. Ronan n’a pas envie mais c’est ainsi, le devoir l’appelle.

Il va prendre à cœur cette nouvelle mission. Au risque d’être déstabilisé dans son quotidien mais surtout dans ses convictions. Va-t-il renouer avec ses vieux démons, en trouver de nouveaux ? Se perdre et mettre son couple en danger ? L’affaire sur laquelle il doit faire des investigations est particulièrement bizarre. Le PDG a été assassiné dans un lieu hautement sécurisé, en région parisienne, où il se croyait à l’abri et prêt pour « le grand effondrement », cette éventuelle fin du monde où seuls ceux qui sont préparés (moralement, matériellement, physiquement) s’en sortiront. Que s’est-il passé ? Qui l’a tué et pourquoi, que revendique cette personne ?

Pratiquement en même temps, à Lyon, un jeune youtubeur, connu pour sa chaîne consacrée au survivalisme et à la défense de l’environnement est retrouvé noyé dans un étang. Il a été torturé. C’est au capitaine Irina Kowalski que sont confiées les recherches pour comprendre ce qui est arrivé au jeune homme.

Y-a-t-il un lien entre les deux affaires ? Aucune raison, les deux villes ne sont pas proches, les deux hommes encore moins … Et pourtant, le premier avec une activité professionnelle proche des voitures, « polluait » et le second, même radicalisé, voulait sauver la planète… Un même meurtrier, un clan, rien à voir ?

Avec une écriture nerveuse et musclée, sans temps mort, l’auteur nous entraîne dans un univers pas si fictif que ça. Tout au long de ce roman, on rencontre des personnages dont on se dit souvent « tiens, ça me fait penser à … » et on se dit « et si ? … » brrrr

J’ai envie d’écrire « même si on n’en est pas encore là », méfions-nous des dérives, des peurs fabriquées, des excès, des discours tout faits, écoutons mais renseignons-nous auprès des bonnes personnes et croyons encore en l’homme. Tout n’est pas mauvais en lui.

Les thématiques abordées dans ce récit sont d’actualité et c’est sans doute pour ça que le contenu nous frappe de plein fouet. Le style rapide, fluide, le propos addictif, tout cela capte rapidement l’attention du lecteur. Et une fois accroché, on n’a plus envie de laisser le livre !

J’ai trouvé cette lecture captivante tant sur le fond que la forme. Les protagonistes ont de l’épaisseur, notamment les policiers. J’ai tout à fait compris les réactions de Ronan et d’irina face à ce qu’ils découvrent, face à ce qu’ils vivent. Leurs choix ne sont pas si étonnants que ça. Il y a un côté plutôt réaliste dans tout ce que l’on lit.

Un auteur à suivre et un recueil à découvrir !


"30 secondes ..." de Xavier Massé

 

30 secondes
Auteur : Xavier Massé
Éditions : Taurnada (17 Février 2022)
ISBN : 978-2372580984
248 pages

Quatrième de couverture

30 secondes… Les 30 dernières secondes les plus importantes de sa vie. Les 30 dernières secondes de leur vie. Les 30 dernières secondes dont il arrive à se souvenir. 30 secondes… c'est le laps de temps qu'il leur a fallu pour avoir cet accident. 30 secondes, c'est le temps dont dispose Billy pour retrouver la femme de sa vie… disparue…

Mon avis

Billy est un jeune joueur de foot américain, il est plutôt bon, mais parfois il se laisse aller à boire et dans ces cas-là, ça part en vrille et il lui arrive de prendre des cachets dont il abuse un peu. Sa copine Tina le lui reproche souvent, elle aimerait que leur couple ne soit pas pollué par les sautes d’humeur et les dérives de Billy. Ce jour-là, une fois encore, il se lève avec la gueule de bois, il a trop bu. Ils montent tous les deux dans la voiture. L’ambiance est plutôt glaciale alors pour meubler, il parle, il fait des projets, ce soir ils se feront un restau … Tina reste silencieuse et lui il cause, il cause et puis BAM, c’est l’accident….

Billy se réveille à l’hôpital, bandé de partout, ça a tapé très fort, il est dans un sale état, et ses souvenirs ne sont pas clairs… Aussitôt réveillé il demande des nouvelles de Tina. Personne ne peut lui en donner, elle n’était pas dans la voiture…  Il ne comprend rien, c’est quoi cette histoire ? Il s’est sûrement passé quelque chose mais quoi ?

Le neurologue de l’hôpital lui propose des séances d’hypnose pour rafraîchir sa mémoire, retrouver des informations. Les séances épuisent le sportif, il a du mal à séparer le vrai du faux, à comprendre le déroulé des événements. Parfois, il plonge dans des scènes tellement violentes en émotions qu’il n’arrive pas à revenir dans le réel. Il perd les pédales, il a peur de ce qui se rappelle à lui, notamment avec certains de ses potes un peu borderline. Il ne sait plus où il en est… Et puis, il y a cet homme à côté du médecin qui prend des notes et dont il ignore, dans un premier temps, ce qu’il fait là. Pourquoi prend-il des notes ? Où est Tina, comment se fait-il que personne ne puisse lui répondre ?

Les souvenirs arrivent petit à petit, parfois remis en cause dans l’entretien suivant. Le lecteur s’interroge autant que Billy. On est dans le flou, on essaie d’ordonner ce qu’on découvre, de relier les différents éléments et de trouver la chronologie des faits. Mais l’auteur se joue de nous….

Il y a peu de personnages dans ce roman. Ils se suffisent à eux-mêmes avec des rôles bien définis. L’écriture nerveuse et rythmée nous entraîne dans un tourbillon, il est difficile de reprendre son souffle. C’est un récit très déstabilisant et je pense même qu’il peut être déroutant pour certains.

Xavier Massé a bien ficelé son intrigue. Il a sans doute également fait des recherches sur le fonctionnement de l’hypnose car ce qu’il écrit est précis. J’ai eu un peu de mal avec ce que je vais appeler « les répétitions » c’est-à-dire, retourner régulièrement dans les réminiscences pour obtenir une avancée sur les événements à éclaircir. C’est le fonctionnement de l’hypnose, c’est donc normal, mais moi, j’avais envie de savoir et que ça se décante tout de suite. Je voulais connaître la vérité, car je sentais bien que l’auteur me baladait, preuve qu’il avait parfaitement réussi à maintenir le suspense.

« 30 secondes » est un roman noir psychologique travaillé et présenté de façon très originale avec une conclusion bluffante.


"De notre monde emporté" de Christian Astolfi

 

De notre monde emporté
Auteur : Christian Astolfi
Éditions : Le bruit du monde (7 avril 2022)
ISBN : 978-2493206077
192 pages

Quatrième de couverture

Du début des années 1970 à la fin des années 1980, Narval travaille aux Chantiers navals de La Seyne-sur-Mer. Ce temps restera celui de sa jeunesse et de la construction de son identité ouvrière. Quand se répand le bruit de la fermeture des Chantiers pour des raisons économiques, ses camarades et lui entrent en lutte, sans cesser de pratiquer leur métier avec la même application, tandis que l'amiante empoisonne lentement leur corps.

Mon avis

Me tenir aux mots comme à un fil dans l’obscurité.

Un jour d’Octobre 1972, comme son père des années avant lui, Narval arrive aux Chantiers navals de La Seyne-sur-Mer. Bienvenue dans le monde des ouvriers, des bruits, des odeurs, des matériaux spécifiques à ce type d’emploi. C’est auprès de ses collègues que Narval va devenir un homme, affiner sa personnalité, faire des choix, affirmer ses idées.

Ce roman est une observation fine et très juste du monde des ouvriers. Au bout de quelque temps, des liens très forts sont déjà tissés. « En quelques mois à peine, la Machine nous lie, les Chantiers nous tiennent ferme, main dans la main, chacun est important aux yeux des autres. »
Machine et Chantiers ont une majuscule, comme s’il s’agissait de noms propres, sans doute pour les « personnifier » et dire combien les deux sont présents et prennent de la place dans le quotidien des travailleurs. Tous ont des surnoms, des habitudes qui les démarquent des copains et qui accompagnent leur personnalité.  Quand l’un arrête, ceux qui restent sont tristes. Ils se soutiennent, se connaissent, s’entraident, discutent. Narval est de ceux-là, il vit avec sa compagne dans un petit appartement, travaille sérieusement et envisage l’avenir assez tranquillement.

En 1980, les premières rumeurs de fermeture courent, et chacun y va de son idée, comment agir, et d’abord, est-ce que c’est vrai ? Peu après, c’est l’élection de Mitterrand, on suit les hommes, l’actualité, leurs discussions. Beaucoup ont voté à gauche, pensant qu’ainsi tout ira mieux pour eux qui sont en bas de l’échelle. Et pourtant : « Je crois qu’ils m’ont volé ce qu’il me restait d’espoir. »

Les premiers signes de maladie apparaissent chez l’un ou l’autre, c’est l’amiante qui les empoisonne mais le rapprochement n’est pas fait tout de suite. On cache les faits, on les tait afin de ne pas faire peur à ceux qui sont encore sur les chantiers.

« La navale vivra. » La crise économique, la concurrence internationale, la révolution industrielle, les difficultés sont là et augmentent. C’est très pénible à vivre pour ceux qui sont sur le terrain. Les employés luttent, avec leurs moyens, mais c’est compliqué. Cela crée des tensions quand il y a désaccord. Narval s’accroche, pense à son père pour qui les chantiers étaient toute sa vie. Que faire ? Comment laisser une trace de tout ça ? Comment rester « présent » dans son couple lorsque les problèmes rencontrés au travail envahissent votre esprit ? Narval est tiraillé, partagé, il souffre. Il veut comprendre les réactions des autres, les raisons de leurs décisions.

Le récit est très vivant, les phrases courtes donnent un bon rythme. Narval est un personnage attachant qui partage plusieurs années de sa vie avec le lecteur, le texte est écrit à la première personne. L’écriture de Christian Astolfi est délicate, poétique, c’est à la fois sobre et précis. Tout est dit en peu de mots car ils sont magnifiquement choisis et font mouche. Cela m’a beaucoup plu. Ce recueil est édifiant, on réalise ce qu’ont vécu ces hommes, ce qui les a portés ou abattus. Avec eux le mot fraternité prend tout son sens.


"Venture" de Philippe Paternolli

 

Venture
Auteur : Philippe Paternolli
Éditions du Caïman (24 mars 2022)
ISBN : 978-2919066988
254 pages

Quatrième de couverture

Vincent Erno, personnage atypique, ancien du « Cube », officine des services spéciaux, est envoyé en freelance par un ministre pour enquêter sur un attentat ayant eu lieu au Stade Vélodrome de Marseille. L’attentat le visait, ainsi que l’un de ses collègues. Très rapidement, après plusieurs assassinats de témoins de l’affaire, Erno comprend que l’affaire implique d’autres services de l’État. Peut-être même « le Cube » lui-même. Qui était réellement visé ? Les ministres ? Pas si sûr.

Mon avis

Voilà un roman comme je les aime ! Une écriture vive, avec de petites pointes d’humour délicat, du rythme, des personnages très attachants et une intrigue qui se tient.

Stade Vélodrome, OM-PSG, une affiche électrique, avec des supporters à surveiller mais pas que…il y a les « clans » de chaque club, présidents, « huiles » de la cité et j’en passe. En plus pour ce match de haut niveau, on retrouve le ministre de l’intérieur et le premier ministre, tout deux candidats à la succession du président. Deux caractères et deux vies totalement opposés, obligés de collaborer et de donner le change alors qu’ils ne s’aiment pas…. D’ailleurs en tribune, les regards n’ont rien d’aimable….

Coup d’envoi, le ballon part et hop la tribune officielle explose. C’est la panique, un attentat ? Pas de blessés ouf, mais il faut bien comprendre ce qu’il s’est passé, si seuls les hommes politiques étaient visés ou s’il y avait un autre but (c’est le cas de le dire dans un stade de foot ; -)….D’autant plus que le « pré coup d’envoi » a été tiré par quelqu’un de passage, s’agissait-il d’une diversion pour que d’autres agissent en douce?

Vincent Erno qui a travaillé pour le « Cube », un groupe des services spéciaux (en marge des services secrets et ni « affiché », ni connu sur la place publique), est dépêché sur place. Il a pris ses distances avec son ancienne activité professionnelle (il a démissionné) et entend bien rester comme ça. Pourtant, c’est lui qu’on appelle à la rescousse. C’est sans se presser (après tout il n’y a pas mort d’homme) qu’il rejoint Marseille après un tour au ministère où on lui explique sa mission. Des indices ? Un seul : l’explosif est une signature de l’ultra gauche.

A Marseille, il retrouve une ancienne collègue : Magali. Elle est maintenant dans la police et peut lui glisser quelques informations. Vincent, installé à l’hôtel, se rend vite compte que cette histoire n’est pas claire mais forcément il ne comprend pas pourquoi dans l’immédiat. Il va être nécessaire pour lui de la jouer fine d’autant plus qu’il a le sentiment que ces ex et finalement nouveaux patrons ne sont pas vraiment clairs. Grâce aux personnes que Magali connaît, il peut se cacher, louvoyer, enquêter….
Il fait face à des individus retors, dangereux mais il ne baisse jamais les bras.

J’aime beaucoup le style de Philippe Paternolli, c’est très visuel, j’ai chaque fois l’impression d’avoir les images sous les yeux. Pourtant, il ne s’embarrasse pas de détails inutiles, il va à l’essentiel et c’est peut-être cette façon de faire qui permet au lecteur de s’imprégner de l’atmosphère, du déroulé des événements et d’y prendre part ou presque….

J’ai lu ce roman en apnée, fascinée par le charisme de Vincent Erno qui remplit les pages de sa présence. Pourtant, il ne doit pas être facile à vivre tous les jours. Mais il a un côté « sauvage » qui me plaît énormément. Les autres personnages sont intéressants également et on s’aperçoit que, comme dans la « vraie vie », les hommes politiques jouent un double-jeu…tiens, qui l’eut cru ?

Un roman plaisant, prenant et sans temps mort, une belle réussite !


"La nuit des anges" d'Anna Tommasi

 

La nuit des anges
Auteur : Anna Tommasi
Éditions : Préludes (2 Mars 2022)
ISBN : 978-2253105213
320 pages

Quatrième de couverture

Alice, jeune mère divorcée, décide après dix ans d’absence de revenir à Perros Guirec, la ville de son enfance. Elle espère en profiter pour retrouver sa famille, des paysages familiers, et laisser derrière elle un passé douloureux. Mais dans ce coin de Bretagne chargé de souvenirs, l’angoisse s’installe rapidement : ses parents sont devenus des étrangers, son amour de jeunesse est obsédé par l’enlèvement de sa sœur, qui a eu lieu vingt-cinq ans plus tôt, et les visages jadis connus ne sont plus que des fantômes. Bientôt, c’est toute la ville qui est secouée d’un vent de panique avec la disparition d’une fillette.

Mon avis

Alice, médecin généraliste, est divorcée depuis peu et vit avec son fils Lucas. Il est autiste. Il perçoit le monde différemment des personnes neurotypiques, il communique difficilement, a des centres d’intérêt restreints (où il est très performant) et a besoin de prévisibilité en permanence et de rituels pour ne pas être angoissé. C’est entre autres pour ça qu’elle n’est pas revenue depuis de nombreuses années en Bretagne où vivent ses parents. Par contre, elle communique régulièrement par vidéo avec eux afin que son fils les connaisse. Apprenant qu’un de ses amis de jeunesse est décédé, elle décide de revenir à Perros Guirec pour les funérailles et d’en profiter pour voir famille et amis. Mais rien ne va vraiment se passer comme elle l’avait envisagé.

Pourtant, elle a essayé d’anticiper, préparant son fils au mieux pour pouvoir le confier à ses grands-parents et mettre à profit le temps libre pour souffler un peu car les troubles TSA (trouble du spectre autistique) sont épuisants pour l’entourage. Malheureusement, elle peine à retrouver sa Maman, qui semble fatiguée, déconnectée, voire malade. Quant à son Papa, il est tour à tour disponible ou un peu fuyant….

C’est un été où en Bretagne, la chaleur est écrasante, c’est rare mais c’est ainsi. Alice organise son temps au mieux, avec le souhait de se reposer, de créer du lien pour Lucas avec papi / mamie. La disparition d’une fillette va bouleverser ce fragile équilibre. Des recherches sont mises en place et la peur règne dans le coin. Il y a vingt-cinq ans la meilleure amie d’Alice s’est volatilisée et son corps n’a jamais été retrouvé. Y-a-t-il un lien entre les deux affaires ? Que s’est-il passé ? Teddy, le premier amour d’Alice est proche des enquêteurs et obtient des informations qu’il partage avec Alice. Elle, de son côté, analyse les faits mettant tout en œuvre pour comprendre (elle a fait des études de psychiatrie).

Ce roman commence tranquillement, Alice revient sur les terres de son enfance, nous entraîne sur ses pas, visitant ici et là malgré la chaleur. Elle souhaite faire découvrir les lieux qui lui sont chers à son fils. Mais elle ressent un certain malaise qui va, peu à peu, gagner le lecteur. Certains personnages sont troublants, on ne sait pas trop s’ils disent la vérité, s’ils ne jouent pas un double-jeu. Alice paraît parfois un peu trop « légère » mais on peut la comprendre tant le quotidien avec son fils autiste doit être difficile. Il n’en reste pas moins que j’ai pensé qu’elle le laissait un peu trop.

L’écriture de l’auteur est agréable, fluide, accrocheuse, le suspense monte en puissance, l’angoisse également. Si quelques petits faits peuvent sembler un tantinet invraisemblables (ainsi qu’un « cliché »), ce n’est en rien gênant pour la lecture. Anna Tommasi alterne le passé et le présent, glisse des comptes-rendus d’un psychiatre avec un ou une jeune patient-e. On cherche les liens, les indices, on n’ose pas penser au pire…. Et pourtant…..

Ce récit aborde plusieurs thèmes et l’intrigue est bien ficelée. J’aurais aimé que certains aspects psychologiques soient plus « creusés » mais il s’agit d’un premier titre et il y a une marge de progression à exploiter. L’histoire se tient et elle est plaisante à lire.