"Le fantôme de Mao" de Xiaolong Qiu (History’s Cunning Passages)

Le fantôme de Mao (History’s Cunning Passages)
Auteur : Xiaolong Qiu
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Emmanuelle Vial
Éditions : Liana Levi (1er Octobre 2026)
ISBN : 979-1034913176
224 pages

Quatrième de couverture

Alerté par la disparition soudaine d'un écrivain, c'est une enquête hors normes que doit mener aujourd'hui l'ex-inspecteur Chen. Très vite, il prend la mesure du caractère politiquement sensible de cette affaire, et de ses liens avec des événements qui ont marqué l'Histoire de son pays, dans la seconde moitié du XXe siècle. Celui qui l'aide à parcourir ce chemin est un historien de la Révolution culturelle. Grâce à lui, il se penche sur le parcours de Mao, depuis les années 1940 jusqu'à sa mort en I976. Au fil de leurs conversations et de ses lectures, Chen ranime des souvenirs personnels et revisite les grands bouleversements de la société chinoise sous la coupe du Grand Timonier. Découvrant au passage de curieuses ressemblances avec le présent...

Mon avis

Il ne faut jamais prendre pour argent comptant ce que dit le PCC, que ce soit de source officielle ou non.

Ce livre est un acte de courage.
L’auteur vit aux Etats-Unis et lors de son dernier voyage en Chine, un drone l’a surveillé. Ses écrits le sont aussi. Mais, à distance, sous une forme romancée, il peut s’exprimer, nous informer et nous mettre en alerte sur le quotidien dans le pays qu’il a quitté pour vivre libre.

Dans cette nouvelle histoire, l’ex-inspecteur Chen est sollicité pour retrouver un écrivain qui ne donne plus de nouvelles. Il pense que cette disparition peut être liée à la Révolution Culturelle, période délicate pour tous et pourtant lointaine. Pour mener ses investigations à bien, il rencontre un historien, Liang, afin de mieux comprendre Mao, et la Révolution. Liang lui demande s’il pourrait l’aider à publier tout ce qu’il a rédigé sur le sujet. Chen ne sait pas si ce sera possible, quand et dans quel pays ? Avec une habile mise en abyme des écrits de Liang dans le récit de l’enquête, Xiaolong Qiu nous apporte des informations sur le rôle de Mao et de ses alliés depuis les années 1940 jusqu’en 1976.

Ce n’est pas un roman classique avec des protagonistes qu’on suit dans leurs recherches, cela va beaucoup plus loin. J’ai été scotchée par ce j’ai appris, par les « magouilles », les exactions, les manipulations, le lavage de cerveau qu’ont subi les jeunes …. Je me souviens des chars de la place Tian'anmen, de cet homme, seul, en 1989, face à ces engins pressés de progresser. C’était après Mao, mais son influence était et est encore présente, c’est terrible.

Ce que veut nous rappeler cet opus, c’est que la société totalitaire existe toujours et ce depuis vingt-cinq ans, en Chine. Et cela peut durer encore et encore si personne ne bouge. Certains pourraient dire que c’est facile d’écrire et de dénoncer lorsqu’on est loin, à l’abri. En Chine, on peut être jeté en prison pour « crime d’écriture » si vos textes dérangent… Alors l’auteur a raison de rester à distance, de faire tout ce qu’il peut pour qu’on sache, pour que rien ne sombre dans l’oubli.

Lire ce qu’il s’est passé est édifiant, douloureux parfois. Je ne pourrai pas dire « Ah, bon » d’un air étonné. J’ai vérifié certaines informations, et j’ai réalisé que tout était parfaitement documenté. J’ai eu mal en lisant « Soit il aurait appris à se taire, soit il serait occupé à pourrir au fin fond d’une prison. » Comment peut-on museler la parole à ce point ?
Pour alléger le propos, si j’ose le dire ainsi, quelques passages montrent Jin, la jeune assistante de Chen. Ils mangent ou devisent tous les deux et cela offre un répit.

Les chapitres sont introduits par des poèmes, qui sont très significatifs. D’autres apparaissent çà et là.

« Les fleurs vivent du soleil,
Les poissons vivent de l’eau ;
La Révolution ne peut vivre
Sans la pensée de Mao. »

L’écriture (merci à Emmanuelle Vial) est précise, pointue, juste, prenante. C’est teinté de politique. Les pensées de Chen sont plus rares que dans d’autres titres mais c’est très intéressant, enrichissant. Me plonger dans cette période historique m’a vraiment donné envie d’approfondir les différents événements, même si je n’ignore pas que, malheureusement, je ne saurais pas tout …

« Le fantôme de Mao » est très réussi !

 

Les Arpenteurs de Rêves" par Martine S. Dobral

 

Les Arpenteurs de Rêves : Première partie
Auteur : Martine S. Dobral
Éditions : Le Lys Bleu (17 Juillet 2026)
ISBN : 979-1044047243
244 pages

Quatrième de couverture

Si un parfait inconnu vous sauve la vie et vous annonce dans la foulée que la fin de votre monde est proche, comment réagissez-vous ? S'il ajoute très sérieusement que vous seule pourrez contrer les calamités qui arrivent, lui prêterez-vous une oreille curieuse pour en savoir davantage ou passerez-vous vite votre chemin ? Étonnant dilemme auquel Sterenn va se trouver confrontée. Tout avait pourtant bien commencé. Ses cours d'Histoire à Paris se terminaient et les grandes vacances se profilaient avec son retour programmé dans sa Bretagne natale. Mais quand rien ne se déroule comme prévu...

Mon avis

Ce roman commence en 4800 avant Jésus-Christ. On est immédiatement au cœur d’un conflit où des humains luttent contre des hybrides, des entités faites de plusieurs éléments (dont le vent). Les combats sont violents et on comprend que rien n’est terminé…

On bascule alors dans le présent, à notre époque, avec deux amies : Sterenn au beau prénom breton et Iris. La première est étudiante en histoire avec comme spécialités l’antiquité méditerranéenne et proche-orientale. Elle est fascinée par les civilisations archaïques, les langues et les religions. Iris est en fac de psychologie et philosophie. Elles sont en colocation et tout se passe bien sauf que Sterenn a un petit problème de santé. Elle souffre de narcolepsie, elle peut sombrer dans le sommeil n’importe où, n’importe quand malgré un traitement régulier. De plus, ses nuits ne sont pas reposantes. Elle fait des rêves difficiles, où elle se voit mourir dans une autre époque. Est-ce que ses études influencent son cerveau et la mettent « en condition » pour de tels songes totalement oniriques ? Elle a l’impression lorsqu’elle se réveille d’être allée dans un monde parallèle.

Un jour où les deux amies se promènent en bord de Seine, Sterenn a une vision, et elle est sauvée de la noyade par un inconnu. Celui-ci lui explique qu’il n’est pas là par hasard et qu’il a besoin d’elle car elle a été « choisie » pour ce qu’elle est (et qu’elle ignore totalement). À partir de là, le récit oscille entre passé et présent au gré des confidences des uns et des autres. C’est très bien fait, habilement construit avec des éléments réels (je pense notamment au Cairn de Gavrinis que j’ai visité) qui donnent du poids au texte.

Quelle que soit la période, il y a des rebondissements, du rythme et les pages s’enchaînent sans problème. J’ai regretté qu’il n’y ait pas un petit listing des personnages car certains ont des noms (bien choisis) pas toujours faciles à retenir.

L’autrice maîtrise parfaitement l’univers qu’elle a imaginé et c’est une force, elle sait où elle veut emmener le lecteur. Elle glisse du suspense, de l’amour, de l’Histoire (avec un grand H, elle a dû se documenter) et tout s’articule sans erreurs. L’écriture est fluide, les dialogues vifs. On suit les aventures des protagonistes avec intérêt. C’est très visuel et je pense que cela ferait un film qui plairait à ceux qui aiment le fantastique, sans trop d’extravagances.

Une lecture plaisante, vivement la suite !