La romanesque histoire d'une cafetière nommée Moka (Un sogno
di plovere e acqua-Storia della famiglia che ha inventado la Moka)
Auteurs : Celestina Bialetti avec la complicité d’Alessandro Barbaglia
Traduit de l’italien par Jean-Luc Defromont
Éditions : Liana Levi (7 Mai 2026)
ISBN : 979-1034912520
290 pages
Quatrième de couverture
L’histoire de la cafetière Bialetti commence dans un village
du Nord de l’Italie, un jour de 1936. Au petit matin, une jeune femme remplit
d’eau, puis de linge sale, une lessiveuse placée dans le jardin de sa maison.
Dans l’ombre, son mari la regarde et attend le moment où elle va faire partir
le feu avec une allumette glissée sous le conteneur pour que l’eau, en
bouillant, monte jusqu’au linge. Ce principe pourrait-il être appliqué à une
autre machine ? À une machine à café, par exemple ? C’est à ça que pense
Alfonso Bialetti, mécanicien fondeur, en regardant Ada œuvrer. Il sort de sa
poche un bloc de papier et un crayon et dessine la première cafetière à
induction.
Mon avis
En couleurs ou pas, en version une ou deux tasses, de
différents formats ou designs, on a tous vu, à un moment ou un autre, une
cafetière Moka de la famille Bialetti.
Mais qui connaît son histoire ? Celestina, la petite
dernière, née en 1945, vingt-trois après son frère Renato, a partagé ses
souvenirs pour écrire et décrire cette machine à café unique en son genre, née
à partir d’une lessiveuse… De leur vivant, elle a interrogé tous ceux de sa
famille qui ont participé, de près ou de loin, à cette aventure, elle a repris
ses souvenirs. En confiant tout cela à Alessandro Barbaglia, elle nous offre un
témoignage intéressant, lumineux, sur, principalement, deux esprits avant-gardistes :
un père passionné, un fils doué pour la vente.
Dans ce livre, j’ai découvert la genèse de cette cafetière
italienne et de son petit bonhomme gravé sur la partie haute (parce qu’en bas,
les flammes allaient le noircir). Alfonso, le père, c’est le cerveau. Celui qui,
en voyant sa femme avec une lessiveuse, a dessiné, réfléchi, pendant des années,
persuadé que le moulage en coquille (une méthode de traitement des alliages
métalliques) qu’il avait étudié devait être utilisé pour la concevoir. Un doux
rêveur, qui voulait offrir du « café comme au bar », pas forcément
vendre. Renato, le fils, lui, il se dit que ce n’est pas possible d’avoir conçu
cet objet pour rien ou presque. Il considère que cette cafetière doit intégrer
les foyers, les bureaux, etc. Les deux hommes s’affrontent mais ils s’aiment
également, et arrivent à s’écouter, se respecter, même si la frilosité de l’un
exaspère le plus hardi des deux.
Fabriquer des pièces de mobylette alors que le paternel a
conçu quelque chose d’unique ? Pas question ! Renato veut développer
le projet. Lui, il ose. Construire une usine plus grande, démarcher, faire de
la publicité (ça ne le gêne pas de placarder des affiches sur toute une avenue),
parler à Onassis comme si c’était un ami (il le croise aux toilettes d’un hôtel
et lui demande simplement un bonjour lorsqu’il passera près de sa table,
Onassis le fait. Les futurs acheteurs, jusque-là hésitants, signent et passent
commande). Il est audacieux, mais avec une intelligence très fine, un
visionnaire. Il pense à déposer un brevet, à soigner ses arrières.
Un succès fou, une fabrique qui fonctionne, au-delà de
toutes espérances. Une saga familiale, en lisant, on perçoit le rôle des
femmes. Elles ne sont pas en reste, elles veulent donner leur avis, s’exprimer
et elles le font avec infiniment de diplomatie, en douceur.
C’est captivant, Celestina analyse et décrypte les relations
des uns et des autres, les envies, les peurs, elle rajoute des pensées personnelles,
oscillant entre passé et présent. Elle montre la place de la réflexion, du
travail pour arriver à une certaine réussite. Ce n’est pas venu tout seul.
Combien de jours et de nuits à cogiter ?
Des faits historiques ont influencé le destin de cette entreprise
et tout est narré avec doigté. Les premiers s’imbriquant dans la mémoire des événements,
complétant ainsi le contexte de l’époque.
Celestina interpelle les siens : « Qui aurait
pensé à investir dans une publicité pour machine à café ? Toi seul. ».
Son écriture (merci au traducteur) est vivante, pétillante, passionnée et passionnante.
Parfois même, teintée d’espièglerie comme, lorsque petite fille, elle observait
ce grand frère qui aurait pu être son père.
Poser des mots sur cette saga a été, pour elle, « un
beau voyage » et pour moi, lectrice, une merveilleuse découverte.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire