Nuit blanche
Auteur : Alain Denizet
Éditions : Ella (15 Mai 2026)
ISBN : 978-2368039113
242 pages
Quatrième de couverture
14 heures
Vendredi 18 décembre
Place Maillot
À peine le pied sur la chaussée, l’étourdissement.
Après le ronron de la camionnette, Désiré ne savait où donner de la tête,
bousculé par le vacarme, la nuée des véhicules et le jaillissement des
édifices. Dix mètres en contrebas, des voitures à touche-touche sur huit voies
hoquetaient dans un bruit sourd. Devant lui, une esplanade précédait un
bâtiment démesuré où était écrit Palais des Congrès.
Où qu’il regardât, des panneaux innombrables indiquaient des directions en tous
sens. Comment se repérer dans cette jungle ? Deux signalaient « périphérique »
: c’était donc ça le « périph’ » dans lequel le chauffeur s’était engouffré. ―
Je prends le périph, je te laisse, avait-il lâché. Désiré cherchait en vain son
habitacle rouge parmi le troupeau motorisé quand d’un coup, une émotion le
submergea. Au second plan, se découpait le dernier étage de la Tour Eiffel.
Elle semblait attendre un décollage imminent.
La Tour Eiffel ! Il était à Paris ! Paris, enfin ! Il fit sa première photo.
Mon avis
24 heures dans une vie, ce n’est rien. Et pourtant, il peut
s’en passer des choses…
Désiré vient d’arriver à Paris où il va retrouver son
cousin. Celui qui, avant lui, a quitté le pays (le Burkina Faso), a réussi, est
revenu montrer au village que c’est tout bon, qu’il peut aider la famille, qu’il
s’en sort, qu’il a ses papiers et que tout va pour le mieux.
L’enseignant de Désiré l’avait écrit et dit : « il
ira loin ». Loin ? C’est où ? Au lycée de la ville voisine pour
étudier en bénéficiant d’une bourse ? En France ? Il n’est pas
interdit de rêver, d’espérer… Mais le paternel est décédé et tout ça s’écroule,
il faut aider « la maman » à élever les plus jeunes. Donc travailler…
Pourtant, il ne perd pas de vue son projet et lorsque le cousin revient, c’est
le déclic. Il veut lui aussi rejoindre la capitale française, avancer et un
jour aider les siens.
Ce jour-là, il neige sur Paris, on est le 18 Décembre et les
flocons ont pris tout le monde de court. Désiré sent le froid, observe cette
poudre blanche, mais bientôt il sera au chaud, à Pantin, où il est le bienvenu.
Ils mangeront, ils discuteront, et puis le lendemain, il verra quels paliers
mettre en place pour son avenir. Ce ne sera pas toujours facile, il le sait
mais ça ira. Et puis, vu ce qu’il vient de traverser ….
Le froid le surprend, le bruit aussi, l’agitation permanente….
Il marche, tranquille, il sait qu’il va atteindre son but. Il s’inquiète de
ceux qu’il a laissés là-bas, si loin, de leurs conditions de vie, de l’horreur
qu’ils subissent parfois … Il réalise la distance qui existe, énorme, à tout
point de vue …
« Alors, dès qu’il eut posé ses semelles en Europe, la maman courut au village annoncer la bonne nouvelle. Ils sont fiers et espèrent en toi, lui avait-elle rapporté. Tout en marchant, il songeait… Eux qui vivaient dans un monde sans électricité, qu’auraient-ils du foisonnement des lumières dans les rues de Paris ? »
Garder le cap, continuer la route… Il se remémore quelques
étapes passées, et ce qu’il ne dit pas, on le devine aisément. Les contrées
traversées, la peur, les obstacles, les passeurs qui en demandent trop, ceux ou
celles qui ne finiront pas le voyage…
Il a fait le plus dur de son long périple, Désiré, il peut
souffler …. Mais rien n’est jamais tout à fait comme on l’imagine. Il suffit d’un
grain de sable ou d’un flocon de neige…
Avec une écriture d’une infinie délicatesse, à petites
touches, l’auteur suit les pas du jeune homme à travers les rues et les quartiers
de cette immense ville où tout est nouveau pour lui. On regarde avec ses yeux
tout ce qu’il découvre, on entend les sons agressifs, les mots plus doux de
ceux qu’il a au téléphone. Il nous confie ses pensées ….
Alain Denizet s’est documenté, a discuté et écouté avant d’écrire
ce roman. Son texte est « vrai », beau. Les sentiments des différents
protagonistes sont décrits avec l’intelligence du cœur, celle qui permet de
trouver les mots justes, de ne pas trop en faire, tout en transmettant la force
d’une émotion.
Je me suis attachée à Désiré. Il est tellement présent dans ce
récit que je ne peux dire qu’une chose : je lui souhaite le meilleur ….

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