L'Affranchi" de Daniel Vaxelaire

 

L’affranchi
Auteur : Daniel Vaxelaire
Éditions : Orphie (22 Novembre 2016)
ISBN : 9791029801457
306 pages

Quatrième de couverture

Etienne, petit esclave, reçoit une pièce d'or des mains d'une jolie dame. Un cadeau qui va l'entraîner dans une spirale de bonheurs divers : affranchissement, initiation aux lumières de l'éducation. Aux appâts de la fortune, aux mystères féminins... Le jeune Crésus - ses anciens maîtres ont cru faire de l'esprit en lui infligeant ce nom - gravit au grand galop l'échelle de la réussite, devenant un modèle pour ces "libres de couleur " qui constituaient le socle d'une Réunion métisse, travailleuse, ambitieuse, avant même l'abolition de l'esclavage. 

Mon avis

Merci à Marie-Line, ma précieuse amie réunionnaise pour ce livre.

Ce récit commence en 1830 sur l’île de la Réunion et s’achève avant l’épilogue en 1848, lors de l’abolition de l’esclavage.  On fait connaissance avec Etienne, un jeune esclave qui vit avec sa mère, Sidonie. À côté de sa petite case, cette dernière cultive quelques fleures et légumes et élève des poules. Tout en espérant des jours meilleurs, le peu d’argent qu’elle gagne, elle le cache. Son but ? Acheter la liberté de son fils.

Le maître n’est pas un mauvais bougre, il a besoin que ses « gens » travaillent pour lui et donnent le maximum. Il ne lâche que ce qu’il faut quand il le faut, c’est un soigneux dosage pour que chacun garde sa place, que lui ait bonne réputation et qu’ainsi il n’y ait pas de vagues.

Ce jour-là, le bruit court que la calèche d’un couple de blancs va passer pas loin. Etienne se décide à tenter sa chance, s’il pouvait ramener une ou deux piécettes… Le voilà sur le bord du chemin avec de quoi rafraîchir ceux qui feront forcément une halte vers la source et son eau claire. Il coupe même la magnifique rose qui vient de fleurir et que sa maman surveille jalousement.

Lorsque ces deux-là s’arrêtent, la belle dame apprécie les attentions (dont la rose) de ce petit et au moment de se remettre en route, elle lui glisse dans la main une belle pièce d’or qui brille de mille feux, une fortune ! Il court retrouver sa mère et ajouter au bas de laine ce complément inespéré et bienvenu. En comptant et recomptant, elle sait qu’il y a maintenant suffisamment pour acheter la liberté de son fils. Magnanime, mais aussi calculateur, « notre bon maître » les affranchit tous les deux. Il décide même que le jeune garçon ira à l’école.

Ce sera l’occasion pour lui d’apprendre, de progresser… de devenir ambitieux… Mais peut-on facilement changer de statut du jour au lendemain ? Que penseront ses amis, restés esclaves ? Lisette qui l’aime depuis longtemps ? Il y a un monde d’écart entre ce qu’il est et ce qu’il devient. Sa couleur de peau reste la même, mais les regards se modifient…

En accompagnant Etienne jusqu’à l’âge adulte, j’ai découvert la vie des esclaves à la Réunion, leurs relations entre eux et avec ceux à qui ils « appartiennent ». Rien n’est simple pour Etienne écartelé entre deux univers, maladroit parfois car il ose dire ou faire sans prendre du recul, tellement il est fier de son chemin. Il réalise que quelques fois, il n’est qu’un « pion », qu’on se sert de lui, qu’on le manipule… Il change, moralement, physiquement mais il doit également rester lui-même.

C’est un roman magnifique, prenant. Je me suis attachée à ce personnage, comprenant ses faiblesses, regrettant qu’il oublie quelques conseils car aveuglé par sa réussite…

L’écriture est fluide, les scènes et les dialogues très réalistes et visuels, on a un excellent aperçu de chaque événement. L’auteur, ancien rédacteur en chef du Mémorial de La Réunion, connaît bien l’histoire de cette île. Il glisse d’ailleurs des références et des faits historiques dans son texte.

Une très belle lecture !


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