"Les jardins perdus" de Rouda

 

Les jardins perdus
Auteur : Rouda
Éditions : Liana Levi (28 Août 2025)
ISBN : 979-1034910984
224 pages

Quatrième de couverture

Juillet 2023. Les Jardins perdus se remettent à peine des émeutes qui ont secoué toute la France. Au milieu des cendres et des barricades, la disparition de Martin Chevallier pourrait presque passer inaperçue. Face à l’inaction de la police, seul son grand frère Zac s’active pour le rechercher. Il espère de tout son cœur qu’il s’agit juste d’une histoire d’amour, d’une passade. Mais dans le quartier, il sent les regards sur sa nuque et entend bruisser la rumeur : Martin aurait rejoint un groupuscule d’extrême droite. Comment son petit frère, son meilleur ami, aurait-il pu passer de « l’autre côté » ? Lui qui est si fier de sa banlieue, qui n’a pas perdu son âme d’enfant et passe des heures à écrire dans sa chambre. Pour le retrouver, Zac emprunte le même chemin que lui, quitte à se perdre à son tour dans la nébuleuse fasciste. Il ne pourra compter que sur ses souvenirs pour tenter de comprendre ce frère à la dérive.

Mon avis

Les mots ont leur importance. Chez nous, c’est souvent ce qu’il reste de plus précieux.

Ils habitent une cité dans le 93 avec leurs parents. Zac est l’aîné (23 ans), Martin plus jeune de deux ans. Au cœur des Jardins Perdus, dans une des tours au nom d’écrivain, peut-être parce que ça fait plus classe de dire « j’habite la tour Balzac » …..

Dans cette famille, petit à petit le silence s’est installé, on échange moins, chacun fait sa vie dans son coin. Mais on se donne des nouvelles, au moins par texto. Pourtant, depuis plusieurs jours, Martin n’est pas rentré et n’a pas communiqué. Il est majeur alors …. Il a le droit de disparaître, de ne rien dire …

Zac se renseigne auprès des copains, des voisins. Lui, il a été en stage loin pendant quelque temps, il a un peu perdu de vue son frangin. Certains disent qu’il aurait fait ami-ami avec des gens d’extrême-droite. Comment est-ce possible ? Ça ne lui ressemble pas. Que faire ? Zac décide de marcher sur les traces de Martin. C’est un moyen pour mieux cerner qui il était, pour s’approprier ses pensées, ses rêves et le ramener à la maison …

Avec des retours en arrière, on comprend que ces deux-là n’ont pas grandi au même rythme, avec les mêmes envies, les mêmes désirs.

« Grandir c’est aussi apprendre à s’enfuir, c’est fendre l’air sans se faire rattraper. »

Martin était en délicatesse avec l’école, pas forcément motivé, mal accompagné, pas écouté …. Alors écrire est devenu son moyen d’expression, il noircit des feuilles, qui sont intégrées au récit (Rouda, j’ai pensé à Éluard et Liberté pages 55/56 😉. Elles révèlent ses pensées, son mal-être, son cheminement ….Dans sa chambre, il n’a jamais rien jeté de ce qui le compose, comme si tout ce qu’il garde le construisait, année après année…

En cherchant Martin, en mettant ses pas dans les siens, Zac entrevoit ses motivations, ce qui l’a entraîné l’ombre, ce qui a fini par le noyer, l’envahir, ne lui laissant plus le choix…. Lui, il doit être vigilant, ne pas se faire « contaminer », garder son libre-arbitre, sa liberté de pensée mais que c’est difficile ….

Ce roman est d’une grande justesse. Explorant la place des réseaux sociaux, les groupuscules qui agissent et séduisent dans l’ombre, les discours qui endorment et semblent faits uniquement pour vous, Rouda a rédigé un texte d’un réalisme aigu, digne d’un reportage. J’avais le ventre serré, les mains moites en observant les actes de certains qui profitent de la fragilité de la jeunesse.

Les personnages sont bien ciblés, présentés tant physiquement que moralement, on les « sent », on les « voit ». Leurs rapports et les dialogues sont édifiants et nous en apprennent beaucoup sur les liens qu’ils entretiennent.

On ne devrait jamais minimiser les appels au secours des jeunes qui se cherchent, qui perdent pied. On les croit forts, costauds mais sous leur carapace, ils sont fragiles, et tout petits.

Rouda a une écriture en forme de punch line, Il adapte son phrasé à celui qui s’exprime. Il glisse des poèmes, des textes qui enchantent le lecteur par leurs mots rythmés, cadencés, chantés, slamés … Il nous touche au cœur, à la tête, car il sait comment nous émouvoir …

Ce recueil est une peinture d’une partie de la société en dérive, un cri d’alarme mais également une histoire d’amour entre deux frères. Magnifique !

NB : une bande son est proposée pour accompagner la lecture !


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