"La nuit des bras cassés" de Maurice Gouiran


La nuit des bras cassés
Auteur : Maurice Gouiran
Éditions : Jigal (10 Février 2019)
ISBN : 978-2-37722-063-2
280 pages

Quatrième de couverture

La découverte, un beau matin, d'une tête humaine, soigneusement déposée dans son frigo ne peut être que le prélude à de graves ennuis... Et quand les frères Asquaciati, à l'Estaque, Rome et New York, reçoivent ce sinistre message, ils sont loin d'imaginer les engatses qui vont fondre sur eux.

Mon avis

Bien mal acquis….

Marseille, New-York, Rome, trois frères établis dans différents coins du monde, découvrent chacun une tête décapitée dans leur logement. Polynésiennes, ces trois faces apportent un message mais lequel ? Très vite, les frangins doivent se rendre à l’évidence, tout cela est soigneusement orchestré mais par qui et pourquoi ?

Ce n’est pas dans le présent qu’ils vont trouver la réponse mais bien en remontant sur les traces du passé. Ubaldo, leur père était un fervent partisan du Duce. Aurait-il, dans le cadre politique, très chaud de la seconde guerre mondiale, participé à un quelconque trafic ? N’est-ce pas un peu dangereux d’aller remuer tout ça ? Ne serait-il pas préférable d’ignorer ces visites incongrues, d’autant plus qu’ils se sont débarrassés des têtes ?

1901, 1936, 1970 et maintenant, Maurice Gouiran nous fait voyager dans le temps mais également dans l’espace. On suit tour à tour les frères et leur famille, leurs amis, leurs ancêtres, et on découvre, au fil des pages, ce qui a provoqué le raz de marée dans leur quotidien. Entre ceux qui ont choisi de modifier leur prénom, ceux qui n’ont pas été clairs autrefois, ceux qui se déplacent régulièrement pour mieux se cacher, on apprend à connaître les différents individus qui peuplent ce roman. L’auteur n’oublie jamais de mettre un grain de sel, une touche de douce folie, un verre de « jaune », une blagounette ….. On sent déjà le style « Gouiran » (puisque c’est son premier titre) qui va aller en s’affirmant. C’est déjà très bon même si maintenant, les récits sont encore plus aboutis, plus mûrs.

Les trois frères ont décidé de mener les recherches à leur façon, c’est-à-dire « l’air de rien ». Ils ne se croient pas en danger mais des rappels à l’ordre les obligent à prendre au sérieux les menaces qui pèsent sur eux. Il est donc plus qu’urgent de comprendre et d’agir. Heureusement leurs fidèles amis s’avèrent de bons complices pour enrayer tout cela. On reste beaucoup dans le midi là, où les hommes et les femmes caquètent parfois un peu trop. Les murs ont des oreilles, oui mais pas que…. Ils feraient bien de se méfier et d’observer pour ne pas prendre un retour de manivelle en pleine figure…. D’autant plus qu’ils sont italiens, ils parlent aussi avec les mains …

Endiablée, emballée, cette intrigue se laisse lire avec plaisir. Elle permet de reparler de ce qui s’est passé, sous le manteau, pendant la seconde guerre mondiale. J’ai eu beaucoup de plaisir à lire ce recueil, les dialogues sont savoureux, fleuris, remplis d’humour le plus souvent. L’écriture et le style de Maurice Gouiran chantent à l’oreille et sous les yeux. On entendrait presque l’accent des protagonistes ! Un pur régal !

"Demande à la savane" de Jean-Pierre Campagne


Demande à la savane
Auteur : Jean-Pierre Campagne
Éditions : Jigal (15 Février 2019)
ISBN : 978-2377220601
152 pages

Quatrième de couverture

Alors que, nuit et jour, Nairobi feule de plus en plus fort, Coeur léger, policier sans police, et son amie Jane, brillante reporter au Daily Nation, partent dans le Samburu Park au nord du Kenya, enquêter sur un nouveau massacre d'éléphants. C'est alors qu'ils tombent sur un carnage d'un tout autre genre : celui d'écoliers d'un pensionnat en lisière du parc, assassinés par un groupe armé venu de Somalie.

Mon avis

Il n’est pas gros, il n’est pas long et pourtant il pèse lourd ce roman.  Des chapitres brefs, une économie de mots, des termes choisis et en quelques lignes une situation décrite avec ce qu’il faut d’indications pour que son « cliché » s’imprime sur votre rétine et dans votre esprit. L’auteur est grand reporter en Afrique alors il sait aller à l’essentiel, sans s’embarrasser de fioritures, en vous obligeant à vous poser les bonnes questions. Comme dans un reportage où tout n’est pas toujours dit, il esquisse les contours, plante les actions, le reste n’est pas utile, vous avez déjà tout compris.

On est en Afrique, il fait chaud. Cœur Léger, dont le père était maasaï,  a laissé son boulot de flic pour prendre une licence de privé. Séparé de son épouse, il a un fils Zorro. Avec son amie Jane, reporter au Daily Nation, ils partent enquêter sur un massacre d ‘éléphants dans un parc et vont se retrouver face à l’horreur : des enfants assassinés dans un pensionnat. Qui, pourquoi ? Que s’est-il passé ? Y-avait-il des complices ? Cœur léger veut trouver les tueurs, il ne laissera pas ce crime impuni.

L’auteur nous présente une Afrique corrompue, triste, brutale, où les hommes manipulent, trichent, oubliant la tolérance et le respect.  Quand on découvre que certains enfants somaliens sont embrigadés, drogués ….on se demande comment les aider, les sauver….ça fait froid dans le dos…… Les protagonistes sont peu nombreux, campés rapidement pour qu’on les connaisse. De temps en temps, une petite information pour mieux les cerner….et c’est suffisant.

C’est un recueil surprenant tant les phrases elliptiques quelques fois peuvent donner un tempo qui paraît haché mais c’est ce qui fait tout le charme du récit ! C’est sec, violent, mais terriblement addictif. Vous prenez en pleine face la détresse des uns, la colère des autres, la maladresse de ceux qui restent démunis …. Et vous n’avez envie que d’une chose, que cela reste un récit fictif parce que si c’était vrai, tout cela, si c’était vrai ……  

J’ai énormément apprécié cette lecture atypique mais rayonnante. Ce qui est évoqué est lié à l’actualité, parfois brûlante de ce continent. Jean-Pierre Campagne en parle avec intelligence sans nous asséner son avis, il laisse le lecteur s’imprégner des images, des odeurs, des bruits, de la chaleur moite qui met le corps à mal, l’obligeant à accepter les mots qui bouleversent, qui font mal ….qui percutent et résonnent encore une fois la dernière page tournée ….

"Tristan" de Clarence Boulay


Tristan
Auteur : Clarence Boulay
Éditions : Sabine Wespieser (4 Janvier 2018)
ISBN : 9782848052793
194 pages

Quatrième de couverture

L'émotion est grande pour Ida quand, un jour de mars, elle monte sur un langoustier en partance du Cap pour Tristan, une île accessible uniquement par bateau : la peur de l'inconnu, et aussi la tristesse de laisser Léon à quai. La veille du départ, ils ont tiré au sort la seule place qui leur avait finalement été accordée parmi les douze passagers admis à bord. Au fil des sept jours de traversée en plein Atlantique Sud, les repères d'Ida commencent à basculer. Elle ne sait rien de ce qui l'attend

Mon avis

Il est des espaces où tout vacille….

Au Nord des Quarantièmes rugissants, dans l’Atlantique Sud, se trouve l’île de Tristan. Tristan da Cunha est un archipel volcanique, un espace de terre isolé du monde. C’est là qu’Ida et son compagnon doivent se rendre. Mais il ne reste plus qu’une place sur le bateau et ils tirent au sort. C’est elle qui part et s’installe chez un couple de cette petite communauté où tout le monde se connaît. Il y a d’abord le voyage en mer de plusieurs jours qui la coupe un peu du temps présent puis l’arrivée sur ce bout de terre.
« Embarquer, c’est forcément prendre une distance, emprunter une tangente…. »

A partir de là, elle ne s’appartient plus, elle appartient à l’île, aux paysages tourmentés, à la météo qui décide, aux embruns, au vent, aux oiseaux, et ses repères volent en éclats. Ceux qui vivent là ont choisi, plus ou moins, d’y rester, de se marier avec le peu de femmes avec qui c’est possible (on est vite cousins lorsqu’on vit en huis clos). Les gens pêchent, travaillent à la coopérative, à l’épicerie, s’occupent des vaches. Le quotidien est rythmé par l’arrivée des bateaux, des activités et des coups de bourre lorsqu’il faut agir vite et bien. D’ailleurs, il faut sauver des oiseaux mazoutés par un cargo échoué et Ida se surprend à proposer son aide. Elle part sur l’île aux oiseaux seule avec trois hommes et arrive le bouleversement. Ida le livre à travers ses pensées mais aussi ses croquis.

Ce sont les bras de Saul, ses baisers, ses caresses, ses mots qui l’ont font vibrer, la font exister….
Et Léon, sont amour resté sur le continent et qui doit la rejoindre, qu’en est-il de lui ? Quel avenir se prépare-t-elle ?
« What happens in Bird Island stays in Bird Island. »
Ce qui se vit sur l’île reste sur l’île lui dit Saul…

Avec une délicatesse infinie, des mots sublimés par une écriture poétique, Clarence Boulay nous explique la montée en puissance de cet amour impossible. Ce moment, hors du temps, où tout bascule sans qu’on sache pourquoi, sans qu’on puisse lutter. C’est fougueux et impétueux comme une tempête (d’ailleurs les mots pour décrire la relation et la météo se « marient » à merveille). C’est fort et ça renverse tout sur son passage. Est-ce ainsi parce que le contexte s’y prête ? Ida et Saul sont différents mais leurs corps se parlent, leurs yeux se cherchent et leurs esprits se rejoignent. On ne sort pas indemnes d’un tel chambardement, d’une tourmente comme celle qu’ils vivent. Est-on affaibli ou grandi d’avoir vécu cela ?

Ce roman a été pour moi une magnifique découverte. Je l’ai trouvé écrit avec finesse, une exquise pudeur affleure sous les mots et Clarence Boulay nous livre un récit subtil où elle nous rappelle que loin de tout, on se retrouve face à soi et livré à ses propres choix …..

"La prière du Maure" d'Adlène Meddi


La prière du Maure
Auteur : Adlène Meddi
Éditions : Jigal (15 Février 2019)
ISBN : 978-2-37722-065-6
192 pages

Quatrième de couverture

" Le cortège des berlines blindées serpentait dans la nuit et le brouillard. A travers les roseaux muets, suintaient les lumières des phares. Faisceaux jaunes mordant l'obscure vapeur des enfers... Et Dieu lui-même semblait avoir déserté... " Alger, les années 2000. Un jeune homme disparaît. Pour régler une dette, Djo, commissaire à la retraite – entêté, solitaire et amoureux – reprend du service et réactive ses réseaux. L'enquête devient une inquiétante course contre la mort, les fantômes d'une époque que tous croyaient révolue ressurgissent.
  
Mon avis

Uppercut !

On est au début des années 2000, à Alger, après dix ans de lutte sanglante, la « décennie noire » qui mit la ville et le pays à feu et à sang. On pourrait se dire que les gens sont tournés vers l’avenir, heureux que tout cela soit derrière eux mais il n’est en rien. L’auteur nous entraîne de l’autre côté du décor, loin des clichés d’Alger la Blanche, calme et ensoleillée.

Djo est un commissaire à la retraite. Il a donné comme on dit et maintenant il tente d’oublier, de se faire oublier et voilà qu’un appel le remet en route. Un jeune homme a disparu et on lui demande d’activer ses réseaux pour le retrouver au plus vite. Lui, il voudrait qu’on lui foute la paix, qu’on le laisse tranquille, vivre sa vie mais c’est impossible. Djo doit enquêter car il a une « dette » et il veut rester fidèle à sa parole. En faisant cela, c’est comme s’il mettait le pied dans un nid de guêpes qui toutes vont se mettre à tourner autour de lui, prêtes à piquer et plusieurs fois s’il le faut. Les flics sont surveillés, corrompus, personne n’a confiance en personne et on ne sait à qui se confier, qui croire ou écouter. C’est une course contre la montre, pour gagner la vie, qu’engage Djo. Mais les temps sont durs, très durs…. Le pays est encore sous le coup du chaos, rien n’est résolu.

« Puisque tout le pays s’était décidé à plonger, la tête première, dans le néant, silencieusement et inéluctablement, ne lui restait-il pas à lui, Djoumet Malakout, commissaire de police à la retraite, qu’à se hisser vers le haut ? En criant. Criant plus fort que sa chute. »

Les services secrets, politiques, policiers, tous sont « contrôlés » soit en introduisant des hommes qui, sous le couvert, de leur mission, surveillent les autres, soit en persuadant les plus faibles qu’ils n’ont pas le choix et qu’il faut obéir et faire ce qu’on leur dit. Violence, trahison, complot, dénonciation, cabale etc … tout est là et nous fait frissonner …

La langue sèche, âpre, vibrante d’émotion contenue d’Adlène Meddi est tour à tour poétique, claquant presque des rimes et puis grondante, comme un orage quand le tonnerre se fait entendre avant de monter en puissance….jusqu’à ce que la pluie vous tombe dessus, vous laissant pantois et presque dans l’impossibilité de réagir devant ce tumulte. Il nous frappe en plein cœur, nous laissant à peine souffler car en peu de pages, tout est dit …. même l’indicible, l’inconcevable…..

Ce roman m’a scotchée,  il est pour moi, presque un témoignage tant il parle « vrai », d’ailleurs l’auteur est journaliste alors … de la fiction à la réalité de terrain….il n’y a que quelques pages …..

"Thésée universel" de László Krasznahorkai (A Théseus-áltálános)


Thésée universel (A Théseus-áltálános)
Auteur : László Krasznahorkai
Traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly
Éditions : Vagabonde (21 Avril 2011)
ISBN : 978-2919067046
96 pages

Quatrième de couverture

Devant un mystérieux auditoire, un orateur livre des vues saisissantes sur la condition humaine. Évoluant dans un univers à la fois réel et étrange, repoussant ses propres limites et celles du langage aux confins de l’hallucination, il entraîne, par ses assauts répétés, le lecteur dans une troublante confrontation avec les lois de l’imagination.


Mon avis

Aux lecteurs, aux Editions Vagabonde, aux Visiteurs, aux Inconnus, à ceux qui me liront …

Me voici, ce soir, devant vous, pour vous parler d’un livre.
Quel livre ? J’en lis et vous en lisez tant …
Oui, mais voilà, ce soir, que cela soit le sujet attendu ou non, je vais vous parler de
« Thésée universel ».

Je ne suis sans doute pas la personne que vous espériez, Bernard Pivot aurait été plus à l’aise dans cet exercice mais que voulez-vous c’est ainsi …. « on m’a choisie » ….

Cet opus se partage en trois parties: tristesse, révolte, possession.

Mais avant, penchez-vous avec moi, sur le titre : « Thésée universel ».
Thésée ? Celui qui deviendra roi d’Athènes a eu par avant, une destinée peu banale, enfant précoce, vigoureux et rusé ….
Universel ? Qui peut être reconnu par tous et toutes ….
Thésée et ses choix, ses actions, Thésée maître ou non de son destin ?


Mais venons-en au contenu …
La première édition date de 1993, mais je ne maîtrisais pas assez le hongrois pour la lire, il m’a fallu attendre mai 2011.

Qu’ai-je trouvé entre ses pages ?

Trois discours, tous déclamés par le même homme devant le même auditoire dont on peut penser qu’il est composé de membres couronnés (Son Altesse) et militaires (Monsieur le Général) et autres personnes haut placées (Monsieur le Gouverneur Général).
Au début, il ne sait pas pourquoi il est là, il ne sait pas ce qu’on attend de lui. « Nous nous en remettons à vous pour le choix du sujet …. » mais il doit discourir alors il le fait …

Premier discours : La tristesse.

Une baleine géante a-t-elle des choses à cacher ? La littérature n’est pas ce qu’on croit, méfiez-vous du lien qu’elle fait avec le sens universel ! Vous ne comprenez pas ? Peut-être faut-il lire, comme le suggère l’orateur « La Mélancolie de la Résistance » ? Je ne peux pas tout vous expliquer …. Connaissez-vous les trois formes de tristesse ?
NON ?????? Alors inscrivez-vous pour la prochaine conférence, le prochain discours de notre auteur !

Deuxième discours : La révolte.

Je sais, je sais … Je vous avais conseillé de venir pour découvrir le thème de la tristesse … et puis … vous êtes déçus ? Non, ne partez pas !!!! Pas tout de suite !!!
Laissez-moi, ou plutôt laissez-lui une chance …
Dans cette partie, le conférencier va vous parler de révolte, révolte contre certaines règles absurdes de la société, révolte contre une porte fermée à clé pendant qu’il parle, devenir du bien et du mal, … La situation évoquée est risible, presque caricaturale, explicitée dans le moindre détail avec des aller-retour, pour ne rien oublier, mais ce discours est un vrai régal. Déclamé avec force questions qui vous renvoient à votre vie, à la société dans laquelle vous vivez, aux choix des hommes politiques. Ne le ratez pas !

Troisième discours : La possession.

Vous êtes encore là ? Vous n’êtes pas partis vous inscrire pour les précédents témoignages ?
Ah oui ! Vous voulez connaître le troisième et dernier sujet pour mieux choisir si vous ne pouvez venir qu’une fois.
Alors, écoutez bien …
Cet orateur est prisonnier, a-t-il « les ailes brisées » comme le râle d’Okinawa dont il nous parle ? Possédons-nous les choses ou sont-ce elles qui nous possèdent ? Quand nous possédons beaucoup, le désir ne prend-il pas trop de place ? A quoi bon chercher du sens dans ce que nous vivons, puisque les événements ne nous appartiennent pas [ comme il nous le démontre avec l’exemple du bureau de poste (où il se déroule quelque chose qui va changer le cours de sa vie)]. Sommes-nous prisonniers de nos sentiments ?

Oui, les phrases sont parfois très longues, le « raisonnement » de notre conférencier peut sembler confus de temps à autre mais quelle maestria, quel talent, quelle originale façon d’appréhender les mots, les émotions. Quelle surprenante mais belle découverte !

« Je suis rentré chez moi, le cœur touché, et puis j’ai été pris de vertiges, et, si je peux m’exprimer ainsi devant vous, je me suis mis à tituber entre la douceur mortelle de la tristesse et l’envie irrésistible de me révolter. »

Je ne sais pas si j’ai été assez claire, pas plus que « lui », je ne suis une vraie « oratrice », pas plus que
« lui », je ne sais pas si mes mots vous auront parlé, si vous aurez compris ce que je veux transmettre. Alors, si vous voulez mieux le connaître, allez à sa rencontre, ce sera plus facile que par mon intermédiaire.
Il vaut le détour, il y a du « Kafka » chez cet homme là !

Assurément, moi, j’y retournerai …

"La belle de l'étoile" de Nadia Galy


La belle de l’étoile
Auteur : Nadia Galy
Éditions : Albin-Michel (20 Août 2014)
ISBN : 978-2226258298
240 pages

Quatrième de couverture

Après la mort de l’homme qu’elle aimait, une femme choisit de s’exiler à Saint-Pierre-et-Miquelon, île battue par les vents, espace sans frontière. Ce sera son refuge pour relire la correspondance de son amant, qu’elle se fait expédier de Paris, et y répondre, comme s’il était encore vivant. Comment survivre à la perte ? Défier l’inéluctable ?

Mon avis

« Tu sauras où me trouver. »*

C’est sur un bout d’île, ballotée par la météo, qu’elle a choisi de s’installer. A la base pour « revivre l’histoire qu’elle a eue avec son amant et lui mettre un peu de rouge aux joues ».
Un peu comme on se lance un défi pour exister, elle part sans trop réfléchir. Là-bas, elle recevra les lettres de son amant décédé (qu’elle se fait réexpédier) et elle y répondra.
Quel est son but ? Faire le deuil, accepter enfin ce qui est et qu’elle ne peut pas changer ?

Le séjour lui permettra surtout de se découvrir, de se réconcilier avec elle-même, de faire le parcours douloureux permettant de mieux se connaître, de comprendre son passé et sans doute d’appréhender son futur de façon différente.

L’écriture de Nadia Galy est poétique, de temps à autre chaotique, elle joue avec les mots, comme son personnage principal qui nous rappelle leur importance. Parfois, à mon sens, elle en fait un peu trop, notamment dans les métaphores, mais c’est vite oublié tant les descriptions sont fines et justes que ce soit pour l’atmosphère générale ou pour le ressenti de la femme qui a fui… Au bout de la fuite, elle ne trouvera qu’elle-même mais si différente que c’est presque une autre.

Le bémol pour moi, qui suis attirée par le style épistolaire, c’est que je n’ai pas lu les lettres, ni celles qu’elle reçoit, ni celles qu’elle écrit et pour cela je suis restée sur ma faim.

C’est sans doute, cette réserve qui empêchera que ce livre soit totalement apprécié.
*page 206

"Requiem" de Tony Cavanaugh (Dead Girl Sing)


Requiem (Dead Girl Sing)
Auteur : Tony Cavanaugh
Traduit de l’anglais (Australie) par Paul Benita
Éditions : Sonatine (14 Février 2019)
ISBN : 9782355847196
340 pages

Quatrième de couverture

Quelques mots prononcés au téléphone : " Darian, il faut que tu viennes. Tu es le seul à pouvoir nous aider. Il y a tant de corps ! " ... puis plus rien. L'appel vient d'Ida, une jeune fille que Darian Richards, ex-flic des homicides de Melbourne, a sauvée quelques mois plus tôt d'une sale affaire. Une enquête qui va se transformer en cauchemar.

Mon avis

Ce roman m’a permis de faire connaissance avec Darian Richards, un ex flic des homicides de Melbourne qui ne travaille plus et vit retiré dans un petit bungalow. Il habite seul, a peu d’amis et apparaît très vite comme un tantinet marginal. Un jour, il reçoit un coup de fil d’une ancienne connaissance et cela ressemble fortement à un appel au secours. C’est une jeune fille qu’il a aidée quelque temps avant. Il décide de la rejoindre mais rien n’est simple, elle a disparu. Il va se retrouver face à deux cadavres et interrogé par la police du comté.

A travers les chapitres, on alterne les prises de parole entre Darian et une personne dont on comprend très vite qu’elle n’est pas « nette » et que ses agissements sont dangereux. L’essentiel ne va pas être dans les actions successives mais plutôt dans la façon dont ces deux-là (entourés de leurs comparses) jouent au chat et à la souris, à qui perd gagne, utilisant ruses et astuces pour piéger l’autre mais surtout se coulant dans la personnalité de l’adversaire pour mieux le comprendre, le cerner, et agir en fonction de ses futures réactions. On passe d’un point de vue à l’autre en modifiant les angles de vue. J’ai trouvé cela très intéressant et très bien retranscrit par l’auteur. C’est une approche « intime » des choix et agissements des protagonistes.

Darian m’a beaucoup plu. Il ne rentre pas dans les codes du genre « policier parfait ». Il aime décider lui-même, éventuellement faire justice à sa façon s’il pense que c’est nécessaire. Il est solitaire, grognon, limite asocial mais terriblement humain ! Il a une personnalité atypique et suivre ses raisonnements est un régal tant il flirte avec les limites d’une façon tout à fait intelligente. Il est souvent sur la tangente et a des réparties ou des silences, qui, sans être impertinents, désarçonnent ses interlocuteurs (et ravissent le lecteur qui sourit).
L’Australie et son côté gigantesque et sauvage se prête bien au décor de cette intrigue. On peut s’y perdre, s’y faire oublier. La vie l’habite mais semble superficielle de temps à autre. D’ailleurs les policiers (autres que Darian qui ne l’est plus) ne sont pas toujours passionnés par leur métier. Certains recherchent la notoriété facile quitte à laisser de côté certains indices qui les obligeraient à travailler plus…. La corruption n’est pas loin …

Tony Cavanaugh a une écriture très addictive, fluide (merci au traducteur), les dialogues sont percutants et le rythme rapide. De plus il n’y a pas pléthore d’individus, tout est clairement défini et le lecteur ne se perd pas dans des ramifications alambiquées. Il ne s’attarde pas non plus en longues descriptions sur les scènes difficiles, il les « campe » en quelques mots porteurs de sens et c’est bien suffisant. Cela maintient une atmosphère lugubre qui convient bien au contexte.

De nombreuses (et belles) références musicales accompagnent ce récit, je les ai trouvées bien choisies.

Ce recueil est donc, pour moi, une belle découverte et me donne très envie de lire les deux premiers titres de l’auteur.