"Antoine Marcas -Tome 8 : Le septième templier" de Eric Giacometti & Jacques Ravenne


Antoine Marcas -Tome 8 : Le septième templier
Auteurs: Eric Giacometti & Jacques Ravenne
Éditions : Fleuve noir (9 juin 2011)
ISBN: 978-2265088528
576 pages

Quatrième de couverture

1307. Le roi Philippe le Bel et le pape Clément V ordonnent l'anéantissement total de l'Ordre du Temple. Mais dans l'ombre des commanderies, sept templiers vont organiser sa survivance par-delà les siècles. De nos jours, le commissaire franc-maçon Antoine Marcas reçoit l'appel désespéré d'un mystérieux frère, sur le point d'être assassiné, qui lui transmet la piste d'un secret fabuleux : le trésor des templiers. Au même moment à Saint-Pierre de Rome, le pape s'apprête à bénir la foule quand il est abattu par un tireur d'élite...

Quelques mots sur les auteurs

Éric Giacometti, journaliste dans un grand quotidien national, a enquêté à la fin des années 1990 sur la franc-maçonnerie, dans le volet des affaires sur la Côte d'Azur. Il n'est pas maçon. Jacques Ravenne est le pseudonyme d'un franc-maçon élevé au grade de maître au Rite français.

Mon avis

Un prologue, un épilogue, trois parties, soixante deux chapitres suivis d’un glossaire et de quelques pages explicatives composent ce roman, foisonnant d’informations, d’actions, de rebondissements et de tout le nécessaire pour en faire un excellent thriller historico-ésotérique.

Cet écrit à deux têtes et quatre mains a beaucoup interpelé la curieuse que je suis.
Comment sont répartis les rôles, qui écrit quoi ?
Les deux auteurs, l’un journaliste, l’autre franc maçon ont pu se partager les interventions en fonction de leurs connaissances.
Les finances du Vatican, le nom de Madoff qui est évoqué, seraient plus de l’investigation du journaliste.
Les descriptions des rites, des loges, des passages, du vocabulaire des Francs Maçons seraient plus l’écriture du deuxième écrivain….
Toujours est-il que la documentation est sérieuse (j’ai vérifié ….) et bien intégrée au roman et surtout jamais « barbante ».

Dans ces pages, deux périodes sont évoquées : 1307 et de nos jours, reliées par le secret des templiers….
A Paris, un commissaire Franc Maçon mène l’enquête. Mais pas le Franc Maçon pur et dur, qui ne jure que par sa loge, non, un Franc Maçon humain, doutant parfois, ayant peur, ne s’occupant pas toujours très bien de son fils et culpabilisant, un homme tout simplement…
A Rome, le Pape et sa garde rapprochée font face le mieux possible, aux événements qu’ils ne maîtrisent pas.
En 1307, à Paris et dans les environs, le roi Philippe le Bel et le Pape prennent des décisions qui bouleverseront le futur et que nous découvrons à travers l’enquête.
Nous ferons aussi un tour en République Tchèque….

Ne soyez pas inquiets ! Toute s’enchaîne parfaitement, les repères sont nombreux et l’intrigue, crédible, permet de suivre ce qui se déroule dans les différents lieux sans aucun problème.
Les chapitres sont courts et on passe aisément d’époque en époque, de lieu en lieu.

Avec tout cela, on pourrait penser que ce livre va avoir un air de « déjà vu » et ressembler à un de ses semblables du même style … et bien non !
Très rythmé et sans longueur (les chapitres sont courts), n’abusant pas de longues descriptions ou de commentaires approfondis, il maintient notre intérêt et notre attention.
Un seul petit bémol, il y a peut-être un peu trop de « hang up » à la fin des chapitres mais cela intensifie l’envie du lecteur de poursuivre et de ne pas lâcher le récit avant la conclusion …

Il est difficile de parler de cette histoire sans trop en dire sur le déroulement, ce serait un vrai gâchis. Sachez simplement que l’écriture est vive, alerte, la cadence soutenue, les enchaînements bien pensés. Il y a juste ce qu’il faut de trahisons, de tricheries, de mensonges, de sincérités, de retournements de situations, de découvertes ….

Et puis, une fois encore, c’est un livre qui attise la curiosité, qui donne le souhait d’aller plus loin, de revisiter de façon historique et véridique les événements du passé qui sont cités…
Mais saura-t-on vraiment la vérité ?

A lire ….. et sans doute prendre le temps de découvrir les autres opus des mêmes auteurs….

PS : Une petite question : quel intérêt pour notre auteur élevé au grade de Maître de prendre un pseudonyme alors qu’il affiche sa photo en quatrième de couverture ?….

"Maudits soient les artistes" de Maurice Gouiran


Maudits soient les artistes
Auteur : Maurice Gouiran
Éditions : Jigal (15 Février 2016)
ISBN :  979-1092016673
230 pages

Quatrième de couverture

La découverte de centaines d' oeuvres d'art dans l'appartement d'un octogénaire munichois, 70 ans après la fin de la guerre, a fait resurgir de vieux fantômes : le vieil homme n'était-il pas le fils d'un célèbre marchand d'art ayant oeuvré pour le Reich ? À Marseille, un modeste couple de retraités des quartiers Nord, Valentine et Ludovic Bertignac, entame une procédure judiciaire afin de récupérer une dizaine de tableaux retrouvés à Munich. Clovis Narigou, qui a un urgent besoin d'argent, effectue quelques piges pour un grand magazine national. On le retrouve en Ariège, sur les traces d'un des plus grands mathématiciens du XXe siècle qui a fui le monde pour y mourir en ermite

Mon avis

Lire Maurice Gouiran, c’est entendre le chant des cigales, écouter l’accent du Midi, et retrouver Clovis… Ce dernier est plus vrai que nature. Je l’imagine sans peine dans sa vie de tous les jours, charmeur l’air de rien, avide de relations amoureuses qu’il vit avec humour. C’est un homme qui ne court ni après l’argent ni après les femmes mais si les deux viennent à lui, il ne reste pas seul et prend son rôle à cœur, c’est le moins qu’on puisse dire. C’est d’ailleurs Clovis  le narrateur et sa verve est un régal. Il n’a pas son pareil pour « croquer » une situation, parler des calanques, des voisins et du café du coin. On dirait qu’il existe réellement tant l’auteur lui donne vie et on serait prêt à le rencontrer…

Mêlant habilement des faits passés (pour lesquels les références sont pointues)  et réels à des personnages fictifs, nous sommes entraînés dans un roman mené de main de maître. Tout s’emboîte à merveille et on découvre une partie de l’Histoire (avec une majuscule) qu’on avait oubliée ou jamais connue.  Ce qui m’impressionne chaque fois que je lis cet auteur, c’est que les aspects historiques ne sont jamais  rébarbatifs et toujours parfaitement intégrés à l’intrigue. A côté de cela, il y a toujours une pointe de fantaisie,  de drôlerie et ce savoureux mélange est à déguster sans modération.

C’est sans doute la grande force d’écriture de l’auteur : doser, et comme dans un excellent plat, une pincée de « trop » et c’est raté…. Là, tout est dans les bonnes proportions.

J’ai un faible pour Clovis et le regard qu’il porte sur les amis de son fils m’a beaucoup amusée. Je les entendais, je les voyais et je sentais parfaitement les tiraillements du père qui accueille son fils et ses connaissances plus par obligation (pour ne pas rater l’occasion de voir sa progéniture) que par choix…..L’analyse des différents protagonistes n’est jamais superficielle. Sans aller dans les tréfonds de l’âme, on perçoit très bien de quel bois ils sont faits et leurs caractères sont toujours parfaitement définis.

Plusieurs intrigues vont être présentées. Clovis a besoin d’argent et a accepté un reportage pour un grand magazine. Il part sur les traces d’un prof de maths qui vit en solitaire. Mais revenu dans ses collines, il apprend qu’un homme du coin, tout à fait « ordinaire » a été torturé puis assassiné…. Il y a aussi ce couple qui veut récupérer des toiles de maître qui viennent d’être découvertes dans un appartement allemand…. Le point commun entre les trois ? Ben Maurice non Clovis et son habitude de vouloir tout comprendre et aider en douce sa fliquette préférée….

On va suivre le reporter dans les lieux où il fouille, fouine, interroge, déterre des événements qu’on avait mis aux oubliettes. Ce que j’aime, ce sont les regards croisés sur tout ce qui est présenté. C’est comme si, sur un scène, chaque « thème» évoqué était exposé sous les feux des projecteurs…ils finissent tous par  se retrouver sur le « centre » de l’affaire : là où il y a le nœud… lorsque ce dernier est mis à jour, Clovis le délace méticuleusement pour nous faire découvrir, petit à petit les tenants et les aboutissants, le rôle de chacun, de ceux qui sont restés dans la lumière mais de ceux également qui avaient choisi l’ombre….

Comme les autres fois, cette lecture bonheur est ponctuées de temps à autre de références musicales, glissées de ci, de là et on se prend à rêver d’une bande son qui serait fourni avec le roman et pourquoi pas, un petit CD, Monsieur Jigal ?


"Marcel mon fils extraordinaire" de Anna Vilanova Pons (Marcel, mi hijo extraordinario)


Marcel mon fils extraordinaire (Marcel, mi hijo extraordinario)
Auteur : Anna Vilanova Pons
Traduit de l’espagnol par Danielle Héritier et Nicolas Chaumier
Éditions : du Volcan (16 Juin 2020)
ISBN :979 10 97 339 25 8
236 pages

Quatrième de couverture

Ce livre retrace une histoire vécue, le parcours de parents et d’un enfant « extraordinaire » né avec un double handicap : trisomie 21 et syndrome de West. Ce récit de vie vous prend aux tripes, déchirant, viscéral. Il suscite des émotions fortes et nous pousse à réfléchir.

Mon avis

Ce livre, c’est l’histoire de Marcel, le fils de l’auteur. Une vie trop courte mais remplie d’amour, une vie hors normes.

Comme toutes les mamans, Anna Vilanova Pons a imaginé Marcel avant sa naissance. On se projette dans un futur enfant. Est-ce qu’il aimera lire ? Est-ce que je saurais l’accompagner, lui donner les clés pour devenir adulte, lui offrir la possibilité de faire ceci, cela etc ? Et puis, il y a la naissance, la rencontre tant attendue et parfois un coup de tonnerre terrible auquel personne ne s’attendait : le mot « handicap » est alors prononcé. Viennent alors les questions, pourquoi lui, pourquoi nous, la culpabilité, la colère (mais qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça), le désespoir (il va falloir renoncer à tant de choses) …. Et puis par la grâce d’une rencontre, d’une phrase lue ou tout simplement parce que les mères et les pères « courage » existent, tout devient …... oh non : pas plus facile, mais plus porteur de sens. Comme l’écrit Anna Vilanova Pons, on voit alors avec les yeux du cœur, et on repart de l’avant, portés par l’amour, celui qu’on donne et celui qu’on reçoit. La relation a l’enfant extraordinaire devient alors habitée d’une énergie nouvelle. Les parents, la famille, puisant toujours plus loin la force nécessaire pour ne jamais baisser les bras. C’est cette bataille, ce parcours du combattant, cette lutte incessante, compliquée, que nous narre l’auteur.

Dès que Marcel naît, en 1994, ses parents savent qu’il est trisomique et porteur du syndrome de West, son âge mental ne dépassant pas celui d’un an. Il faut accepter les faits et envisager le quotidien d’une autre façon qu’il a été imaginé, prendre sur soi face aux réactions extérieures, organiser les activités professionnelles en tenant compte de tout cela. C’est épuisant, c’est douloureux, c’est révoltant, lorsque les choses restent figées pour accueillir Marcel en institut spécialisé ou que le sort s’acharne contre lui avec des problèmes de santé supplémentaires comme s’il n’en avait pas déjà assez. Anna crie sa colère, écrit avec ses mots, sans fard, tout ce qu’elle ressent et en tant que maman, on la comprend. On voudrait l’apaiser, lui dire que ça ira mieux demain mais on sait bien que c’est un leurre…. Alors, on suit son chemin de croix, on espère avec elle, on serre les poings en silence, on s’accroche à une infime lueur…

En lisant ce témoignage, j’ai vite réalisé que l’amour d’Anna pour Marcel était son « moteur », c’est ce qui lui apportait la volonté de toujours donner le maximum pour qu’il soit heureux. Elle ne gémit pas, elle ne s’apitoie pas, elle écrit, régulièrement, avec les dates (entre 1994 et 2008) pour partager avec nous. Je pense que rédiger cette sorte de « journal » lui a permis de poser sur le papier les moments difficiles mais également chaque petit instant de joie afin de ne pas oublier. Cela permet aussi d’offrir aux familles en difficulté, l’idée qu’il peut y avoir des « bulles de bonheur » au milieu de toutes les difficultés….

Ce récit est bouleversant, Anna sait le mettre à la portée du lecteur. On se sent interpellé, comment aurait-on réagi si on avait vécu des événements identiques? Son écriture est parlante, elle décrit les situations, sans pathos, telles quelles, les rendant complètement humaines. Son texte est vif et transmet énormément d’émotions. Lorsqu’elle parle des belles rencontres qu’elle a faites, par exemple le personnel soignant hospitalier, on réalise qu’elle pense encore aux autres, à dire merci, en oubliant sa souffrance et on se dit que c’est une grande dame….


"La Nanny" de Gilly Macmillan (The Nanny)


La Nanny (The Nanny)
Auteur :  Gilly Macmillan
Traduit de l’anglais par Isabelle Maillet
Éditions : Les Escales (11 Juin 2020)
ISBN : 978-2365694704
440 pages

Quatrième de couverture

À la mort de son mari, Jocelyn n'a d'autre choix que de revenir s'installer avec sa fille Ruby à Lake Hall, l'austère manoir familial où vit toujours sa mère, aristocrate arrogante et froide.
À peine arrivée, Jocelyn reçoit la visite d'une mystérieuse femme déclarant être Hannah, la nanny qu'elle adorait enfant, disparue du jour au lendemain en 1987.

Mon avis

Dans les années 80, les familles aristocrates de la bonne société londonienne ont souvent une nanny. C’est la perle indispensable au bon fonctionnement du foyer, celle qui s’occupe des enfants, d’une façon discrète et efficace. Celle qui devient vite indispensable parce qu’elle décharge les parents des soucis matériels, pensent même parfois à leur place en anticipant, en prenant les initiatives qui vont bien. Alexander et son épouse, écoutant les recommandations d’une relation familiale, ont embauché Hannah qui s’occupe de leur fille Jocelyn. Un lien très fort unit la fillette et sa nounou, à tel point que, la petite Jo se désintéresse de sa maman, comprenant que cette dernière à d’autres priorités que sa progéniture. Dans le manoir où ils habitent, il y a des réceptions, des parties de chasse, toute une vie où les enfants n’ont pas facilement une place. Un matin, c’est le drame. Jo se réveille, appelle sa nanny mais personne ne répond. Elle a disparu et elle ne donnera plus jamais de ses nouvelles.

Trente ans plus tard, le père de Jo est décédé, sa mère habite toujours le manoir familial. Jo, quant à elle, est veuve avec une petite fille appelée Ruby. Traversant une passe financière délicate, elle va s’installer chez sa génitrice, le temps de se remettre à flots. Et voici qu’un jour, une femme sonne à la porte, elle annonce être Hannah, la nanny tant aimée. Comme Jo est toujours mal à l’aise avec sa mère, c’est un pur bonheur de retrouver Hannah. Elles échangent, se rapprochent mais leurs souvenirs ne semblent pas toujours en phase. Jo n’a pas le temps, ni l’énergie de se pencher sur ses détails.

Ce récit se situe sur plusieurs niveaux, dans le passé (1976, 1987), le présent. Les indications de lieu et de temps sont très claires et on sait exactement quelle est la période évoquée. De plus lorsque Jo ou Virginia, sa mère, s’expriment, elles disent « je » et nous pénétrons ainsi dans leurs pensées. Pour les autres, c’est un narrateur qui rapporte les faits.

J’ai trouvé ce roman très bien construit. Une même situation peut être décrite par différents individus, chacun donnant un éclairage avec son ressenti. Les rapports entre les protagonistes sont complexes, chacun d’eux a une part d’ombre, des choses à cacher. Dans la famille de Jo, les non-dits et les secrets sont nombreux, elle ne tarde pas à s’en apercevoir et ce n’est pas aisé pour elle car elle ne sait plus à qui faire confiance. Le lecteur lui, se demande qui ment, qui manipule, qui a raison,…. L’atmosphère est lourde de tensions accumulées entre les uns et les autres et c’est très bien retranscrit. Il y a une approche psychologique des personnages, on découvre leur âme tourmentée, on essaie de les comprendre, voire de les excuser. Plusieurs thèmes sont abordés, la place de chacun dans la société en fonction de sa fortune, le lien avec l’art, le besoin de certains de vouloir toujours plus, la perversité, les liens familiaux et la place des enfants etc….

L’écriture de l’auteur est accrocheuse (merci à la traductrice), le contenu addictif. A chaque fin de chapitre, on se pose la question de savoir ce qu’on va lire dans les pages suivantes. J’ai apprécié que ce thriller, il y a quelques invraisemblances mais elles ne m’ont pas dérangée tant j’étais prise dans l’intrigue. Le contexte s’installe, calmement mais il n’y a pas de temps mort, et l’intérêt est toujours maintenu. Une belle lecture !


"Les victorieuses" de Laetitia Colombani


Les victorieuses
Auteur : Laëtitia Colombani
Éditions : Grasset (15 Mai 2019)
ISBN : 9782246821250
230 pages


Quatrième de couverture

À 40 ans, Solène a tout sacrifié à sa carrière d’avocate  : ses rêves, ses amis, ses amours. Un jour, elle craque, s’effondre. C’est la dépression, le burn-out.
Près d’un siècle plus tôt, Blanche Peyron a un combat. Cheffe de l'Armée du Salut en France, elle rêve d'offrir un toit à toutes les exclues de la société. Elle se lance dans un projet fou  : leur construire un Palais.


Mon avis

Deux époques : 1925, de nos jours. Deux femmes, deux destins …………….
La première, c’est Blanche Peyron une officière puis cheffe de l'Armée du salut en France, connue pour avoir réalisé le Palais de la femme (qui maintenant accueille aussi des hommes), un lieu à Paris où les jeunes filles, les femmes trouvaient refuge lorsqu’elles étaient seules face aux difficultés. Blanche a consacré son existence a l’Armée du salut dans le but d’aider toutes celles qui souffraient. Laëtitia Colombani lui rend un bel hommage.

En parallèle, nous suivons Solène, une avocate réputée, un grand appartement, un quotidien très rempli, une carrière brillante, tout pour être heureuse. Un jour, la goutte d’eau….celle qui fait déborder le vase ou les larmes….. Burn out, ras le bol …. Solène craque, n’en peut plus, ne trouve plus de sens dans ce qu’elle accomplit…. Dans ces cas-là, le conseil, c’est d’aller voir un psy…. Et lui, il lui suggère de faire du bénévolat. Le lien est là, elle sera donnera de son temps au Palais, pour des femmes qui se battent chaque jour pour vivre…..

A travers le portrait de ses deux femmes, l’auteur présente des laissées pour compte, celles qu’on oublie, qui sont presque transparentes, dont on se détourne car mal à l’aise, on ne sait pas que faire, comment réagir… Celles qui essaient de faire face, de rire encore, qui se soutiennent, s’entraident, se disputent également mais vivent presque libres…..

Laëtitia Colombani a une écriture douce et délicate, elle donne voix à celles qui sont parfois obligées de se taire. Elle redonne vie à Blanche qu’on ne connaît peut-être pas. C’est une lecture légère et profonde à la fois. Légère parce que les aléas sont survolés, profonde parce qu’ils ont le mérite d’être nommés. C’est court mais ça suffit pour se dire « Oui, ça existe et moi, je fais quoi ? … »

J’ai lu ce livre rapidement, il m’a permis de passer un bon moment et de rencontrer Blanche, une femme comme je les aime, un caractère bien trempé et une volonté hors normes.



"C'est l'anarchie" de collectif d'auteurs


C’est l’anarchie
Auteur : Collectif
Éditions : du Caïman (26 Mai 2020)
ISBN : 978-2919066827
300 pages

Quatrième de couverture

Les années 20 ... Les années folles... Le capitalisme triomphant, repu des morts de la première guerre mondiale... La misère... Dans ce vieux monde des voix divergentes viennent contester l'ordre établi. Actes individualistes ou révoltes collectives, en 1920, partout dans le monde C'est l'anarchie !

Mon avis

Que vaudrait l’existence sans aimer ni lutter ?

Ils et elles sont vingt. Vingt auteurs de talent, certains très connus, d’autres un peu moins, qui viennent nous parler de révolution et d’anarchie. La parité y est presque, femmes et hommes se partagent la rédaction de ces textes.  Une préface magnifique qui, à elle seule, vaut le détour ! Ecrite par Gérard Mordillat, elle se termine par ces mots : « Je ne connais qu’un anarchiste pour être capable de vivre en accord avec ses convictions politiques et philosophiques. »

S’ensuivent des textes divers et variés, des nouvelles documentaires, d’autres inspirées de faits réels mais romancées ou totalement imaginaires, des poèmes etc …. A chaque fois, l’auteur qui rédige part d’un événement ayant eu lieu, qu’il « revisite » à sa manière. Le point de départ, c’est ce qu’on sait et après l’écriture prend sa liberté par la main et le récit vit sa vie.

Je ne connaissais pas tous les personnages présentés mais j’ai pris beaucoup de plaisir à tous les rencontrer que ce soit pour la première fois ou parce que j’avais déjà eu quelques échos sur leur existence.  Ce sont tous des personnes qui, à un moment donné, ont osé. Ils ont dit non, ils se sont battus pour un idéal, ils ont tenu tête, ils n’ont pas voulu se soumettre s’ils pensaient que ce n’était pas pour les bonnes raisons. Ils ont pu être haï, adulé, incompris, détesté, étouffés, mais ils ne pouvaient pas laisser indifférent celui ou celle qui les côtoyait. Activistes de tout pays, issus de milieux différents, élevé dans l’anarchie ou tombés dedans, tous ont donné d’eux, de leur énergie. Ils ont vécu au siècle dernier et mené des combats parfois originaux, comme celui d’Emilie Busquant qui serait à l’origine du drapeau algérien.

Peut-être que les luttes évoluent, quoique …. Il y aura toujours des hommes et des femmes pour se lever, marcher dans la rue…. L’actualité nous le démontre encore. Bien sûr, ils dérangent, ils exacerbent les tensions en pointant du doigt, sans compromis, les dysfonctionnements ou les mensonges. Ils sont les dignes héritiers de ceux qui sont évoqués dans ce recueil.

L’avantage d’un recueil de nouvelles c’est que l’on y trouve des styles et des écritures totalement divers et variés. Chacun s’empare du phrasé qui lui convient le mieux, que ce soit poésie avec ou sans rimes, prose etc… Chacun se sent libre et pour évoquer l’anarchie et les anarchistes, c’est mieux, non ? Quant au lecteur, devant la diversité des textes, il voyage, s’informe, se souvient, sourit, se révolte en silence… Et puis il repart heureux de cette lecture  qui, quelque part, le bouscule et le remet sur les rails pour bouger, essayer de faire entendre sa voix afin que l’injustice ne devienne pas « une évidence familière », comme le disait Marcel Aymé ….



"Urbex Sed Lex" de Christian Guillerme


Urbex Sed Lex
Auteur : Christian Guillerme
Éditions : Taurnada (18 Juin 2020)
ISBN : 978-2372580700
250 pages


Quatrième de couverture

Contre une belle somme d'argent, quatre jeunes passionnés d'urbex sont mis au défi de passer une nuit dans un sanatorium désaffecté. Ils vont relever le challenge, mais, une fois sur place, ils vont se rendre compte qu'ils ne sont pas seuls dans cet immense endroit abandonné... Et très vite comprendre qu'ils n'auraient jamais dû accepter cette proposition.

Mon avis

« Dura lex, sed lex », la loi est dure mais c’est la loi. En s’inspirant de ce proverbe latin pour le titre de son ouvrage, Christian Guillerme nous rappelle que nul n’est censé ignorer la loi. Qu’elle nous plaise ou non, nous ne devons de la suivre mais ce n’est pas toujours le cas surtout lorsque ce sont des « lois sauvages » dictés par des hommes qui n’ont pas le droit d’en écrire.

Chacun ses addictions, ses loisirs, ses plaisirs. Pour certains, c’est le virtuel, les jeux vidéos. Celui des quatre amis dont nous allons faire connaissance, c’est sur le terrain, grandeur nature, l’urbex. Comprenez par là, les explorations urbaines sur des spots, c’est-à-dire des lieux abandonnés qu’ils explorent. Urbex est un raccourci pour les mots anglais urban exploration, qui signifie visiter des coins laissés vides pour raisons financières. Dans ce livre, deux jeunes couples, Carine et Fabrice, Théo et Chloé se consacrent à cette activité sur leurs temps libres. Ils ont même créé un site sur lequel ils déposent des photos de leurs balades, ils en vendent de temps en temps. Leurs sorties sont le plus souvent prudentes, mais l’adrénaline est toujours au rendez-vous lorsqu’il y a une part d’interdit, de mystère et de découverte. De plus, les expéditions se font de nuit et cela rajoute une atmosphère particulière.

Un jour, un mail apparaît sur leur blog. Une proposition pour le moins surprenante, taguer une inscription sur un mur dans un lieu à découvrir en urbex et recevoir en échange de l’argent, une petite somme qui fait rêver. Bien entendu, il y aura comme un jeu de piste et des devinettes sur place afin de découvrir le terme à inscrire. Se laisser tenter ou ne pas donner suite ? Les quatre amis hésitent, pèsent le pour et le contre, se demandant si une anarque ne se cache pas derrière ce contact. Finalement, après quelques vérifications, ils se décident et acceptent le rendez-vous en se disant qu’en approchant la trentaine, ils profiteront de cette occasion pour ensuite calmer le jeu et prendre un peu de recul.

Quelques jours plus tard, les voici en place, prêts à explorer, deviner, résoudre et gagner. Un escape game géant avec un gain conséquent à la clé. Tenues pratiques, lampes, trousse de secours, ils sont prêts. Et le lecteur aussi ! Mais très vite, les comparses sentent quelques bizarreries, une angoisse diffuse, une impression de crainte, voire le sentiment de se faire manipuler. De page en page, la tension va crescendo. On a peur pour eux, peur que la situation leur échappe, peur que ça tourne mal. N’ont-ils pas été trop naïfs ? Ils sont tellement sympathiques tous les quatre, on ne veut pas qu’il leur arrive quelque chose.

C’est le cœur battant, les mains moites et un nœud au creux du ventre que j’ai accompagné ces petits jeunes dans leur aventure. Ils sont pratiquement les seuls à être dotés de prénom, ce qui les rend attachants à l’extrême, en plus l’amour et l’amitié qu’ils se portent, l’attention permanente qu’ils ont pour les uns et les autres fait plaisir à voir et à lire. Il n’y a pas un seul temps mort, les rebondissements sont bien pensés, le rythme ne faiblit pas et on se demande sans arrêt comment les événements vont évoluer. L’écriture de l’auteur est prenante, pétillante, vivante. Il sait parfaitement retranscrire une ambiance, les ressentis qui animent les uns et les autres. Tout est palpable et de ce fait, on s’y croirait. De plus, comme c’est très visuel, les scènes se déroulent sous nos yeux comme dans un film, on visualise nettement les bâtiments.

J’ai été conquise par ce recueil, le texte est vraiment abouti. Christian Guillerme aborde des thématiques fortes outre les sentiments amicaux et amoureux. Jusqu’où aller pour de l’argent ? Où s’arrête et commence le jeu grandeur nature ? Qu’en est-il des dérives, des « arrangements » avec la loi ? Quelles traces le passé peut-il laisser sur les hommes ? Un récit dans un contexte original, bien pensé et une belle réussite !
Urbex Sed Lex est un roman palpitant, haletant, qu’il est impossible d’abandonner une fois commencé.