"La fille aux papillons" de Rene Denfeld (The Butterfly Girl)


La fille aux papillons (The Butterfly Girl)
Auteur : Rene Denfeld
Traduit de l’anglais (Etats-unis) par Pierre Bondil
Éditions : Payot & Rivages (27 Mai 2020)
ISBN : 978-2743650193
290 pages

Quatrième de couverture

En enquêtant sur la disparition de sa sœur, Naomi, « la femme qui retrouvait les enfants », croise le chemin d’une fille des rues de Portland nommée Celia. Naomi tente de faire reconnaître le viol dont a été victime Celia et remonte la trace d'une série de meurtres de jeunes filles.

Mon avis

« Même pour le simple envol d'un papillon tout le ciel est nécessaire. » *

C’est avec infiniment de douceur et de délicatesse que Rene Denfeld a repris par la main son personnage récurrent, Naomi. Elle l’accompagne avec tendresse sur le chemin de la rédemption, elle l’aide à panser ses blessures, à apprendre à aimer et à faire confiance, à accepter celle qu’elle est, ici et maintenant, avec sa part d’ombre et les pans manquants de son passé.

Dans ce nouveau roman, Naomi, dont j’ai fait connaissance dans « Trouver l’enfant » est toujours en recherche de sa sœur dont elle a été séparée très jeune. Ses investigations l’amènent dans une ville, à Portland dans l’Orégon, où pas mal d’enfants traînent dans un quartier de laissés pour compte. De plus des disparitions bizarres ont lieu (et ont eu lieu)…. Naomi va enquêter auprès de ces gosses des rues et des autorités et habitants de la ville. Parmi les jeunes, Celia, Rich et La Défonce l’intéressent un peu plus. Est-ce parce que Celia lui fait penser à la petite fille qu’elle a été ? Naomi essaie d’établir des liens avec eux mais ce n’est pas facile. Ils sont tous les trois sur la défensive, ils ont peur et les moments de relâche sont rares.

Tour à tour, les chapitres alternent entre ce que vivent les gamins dans ce coin mal fréquenté, mal famé où il faut parfois se prostituer pour gagner quelques sous afin de manger, et, en parallèle Naomi dans son quotidien, son désir profond et intact de retrouver sa frangine, qu’elle imagine vivante. Elle s’accroche à cette idée car cela lui permet d’exister, d’avoir une raison de vivre…. Son mari la soutient et l’aide.

Comme pour le premier titre de cet auteur, j’ai pénétré dans son univers avec délectation. Son écriture est sublime, belle. Jamais elle n’en rajoute dans ce qui est horrible et douloureux. Elle parle de la mort et de la terreur avec de la pudeur, à mots choisis. Elle sait créer une ambiance, une atmosphère féerique. Il y a constamment une part de rêves. Cette fois-ci, c’est Celia avec les papillons. Je crois que pour l’auteur, ceux et celles qui sont abandonnés se réfugient dans un monde qui les aide à tenir, à faire face (comme les livres qui ont aidée Rene Denfeld, elle l’explique dans la postface), à être plus fort alors qu’ils vivent l’inexprimable.
« [….] ils avaient appris à s’évader dans des mondes inventés. »

J’ai eu encore un immense plaisir à retrouver le style et le phrasé de l’auteur (bravo au traducteur et merci !). Elle me bouleverse à chaque fois et fait mouche. La relation de Celia avec les papillons (qu’elle imagine, dessine, rêve) est originale, nouvelle mais surtout porteuse de sens. Elle s’en sert pour se protéger des agressions de l’extérieur, pour « ne pas les vivre » « en vrai » et pour apporter fantaisie et couleurs dans la noirceur de ses journées. Ils boivent ses larmes. Ils la sécurisent, la protègent…. Ils contiennent la beauté du monde et lui rappellent, sans doute, qu’elle est en droit d’espérer des jours meilleurs.
« Oh, les papillons. Ils adoucissent les arêtes de cet univers brutal. »

Ce que je trouve fabuleux chez cet écrivain, c’est la puissance de ses histoires, elles ne laissent pas indifférent, elles vous obligent à regarder la réalité en face (ici, le sort des enfants des rues aux Etats-Unis) et au-delà de ça, elle vous incite à penser que rien n’est jamais perdu. Je ne connais pas son passé, je sais qu’elle est journaliste, enquêtrice mais la postface laisse à penser qu’elle aussi, comme ses protagonistes, porte une blessure, une faille et qu’elle a choisi d’en faire sa force au lieu de la considérer comme une faiblesse. J’espère vivement qu’elle continue d’écrire et de publier !

*Paul Claudel

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