Le voile des illusions (A Beautiful Loan)
Auteur : Mary Costello
Traduit de l’anglais par Carine Chichereau
Éditions : Bourgois (22 Janvier 2026)
ISBN : 978-2267056563
274 pages
Quatrième de couverture
En 1985 à Dublin, Anna, dix-neuf ans, tombe sous le charme
de Peter, un homme plus âgé. Anna est introvertie et naïve, et l'expérience de
Peter, son large cercle d'amis et sa soif d'aventure la fascinent. Le désir
obsessionnel qu'elle éprouve pour lui la conduit au mariage et, finalement, à
subir une trahison dévastatrice. Des années plus tard, quand Anna rencontre
Karim, un Algérien au grand cœur, elle tombe amoureuse non seulement de lui,
mais aussi de la religion musulmane. Les premiers temps, il lui offre un refuge
et un nouvel espoir, mais peu à peu la vie d'Anna commence dangereusement à se
rétrécir.
Mon avis
Anna est au mitan de sa vie et elle ressent le besoin de
comprendre ce qui l’a porté, ses choix, ses peurs, ses doutes, tout ce qui l’a
façonnée. C’est pour cela qu’aujourd’hui, elle écrit. Pour essayer d’expliquer
pourquoi elle a agi de telle manière plutôt qu’une autre. Elle partage avec
nous le chemin de sa fin d’adolescence à ses quarante-cinq ans, la construction
de la femme qu’elle est maintenant.
1985. Elle est encore dans les études, presque prête à
devenir institutrice et n’a que dix-neuf ans lorsqu’elle rencontre Peter, son
aîné de quinze ans. Un homme mur qui l’attire irrésistiblement. Un peu repliée
sur elle-même, issue d’une famille simple, cette relation lui fait découvrir un
univers plus ouvert, plus « pétillant », plus libre dans le sens où
elle sort, bouge et a le sentiment d’être en couple et d’avoir une place dans
la société. Mais est-ce vraiment cela ? Peter, lui continue ses activités :
escalade, randonnées, etc. Il peut rester plusieurs jours sans prendre de ses
nouvelles. Pendant ce temps, elle est seule. Bien sûr, elle se rassure en
disant qu’elle aime bien être tranquille, prendre le temps, lire… Est-il
conscient de souffler le chaud et le froid, d’imposer son mode de vie ?
Réalise-t-elle que le partage n’en est pas un car c’est à sens unique ? Si
une question surgit dans son esprit, elle la repousse. Elle est flattée sans
doute d’être accompagnée de cet homme, qui est un « monsieur ».
A-t-elle un voile devant les yeux ? Refuse-t-elle de
voir, d’entendre ? Trouve-t-elle sans cesse des excuses à ce qui est
lorsque ça ne lui convient pas ? Une union, c’est être deux, c’est s’accorder,
c’est s’écouter, c’est décider ensemble. Bien sûr, elle est jeune, Peter est-il
son mentor ? La frontière est mince entre ce qu’elle veut réellement et ce
qu’elle vit. Elle ne sait plus, et à qui se confier ?
Lorsqu’on s’est trompé, est-on prêt à le reconnaître ?
Anna essaie de se persuader qu’elle est heureuse mais l’est-elle ?
Est-elle épanouie ? Quand trop d’interrogations, de non-dits, d’hésitations,
d’acceptations, envahissent les journées, c’est qu’il y a un problème et il
faut « poser les choses », dialoguer, mais si en face, la personne n’est
pas « disponible » parce qu’elle considère qu’il n’y a pas de difficulté,
que faire ?
Avec une écriture fine (merci à la traductrice), précise, Mary
Costello nous fait pénétrer dans l’esprit d’Anna. En se mettant à sa place, elle
présente ses certitudes qui vacillent, ses questions, ses prises de décision et
son parcours. C’est un portrait détaillé de son quotidien, de son évolution, de
sa prise de conscience … L’analyse est pointue, bien pensée, placée dans un
contexte intéressant.
Le récit balaie vingt-cinq ans de sa vie. J’ai eu envie de
lui dire d’ouvrir les yeux, de se secouer, de se prendre en main, d’aller voir
des gens susceptibles de l’aider. Mais j’ai pensé que ce n’était pas la bonne
solution. Il était nécessaire qu’elle agisse seule pour dessiller les yeux,
pour grandir. Pour affirmer sa personnalité sans dépendre de qui que ce soit.
J’ai beaucoup apprécié celle lecture, le ton est juste, le style
est limpide mais assez profond pour aborder ces thèmes universels que sont l’amour,
la maternité, la famille, la place de la femme. C’est une belle découverte !

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