"Ghostfather" d'Éric Calatraba

 

Ghostfather
Auteur: Éric Calatraba
Éditions: The Melmac Cat (19 Février 2026)
ISBN:
978-2492759376
224 pages

Quatrième de couverture

Clément et sa guitare Fender sont devenus en quelques années une des stars du paysage pop français. Cette guitare va l'amener à Londres où il va faire la connaissance de son père, qui l'aurait abandonné à la naissance. Roman noir sur fond de rock, de pop, et de relations familiales complexes, "Ghostfather" manie aussi habilement quelques ambiances britanniques, dévoile la nuit, sur une mauvaise route et dans les esprits des personnages.

Mon avis

C’est noir, sombre, intense, prenant et une fois encore l’auteur change de registre avec un roman où la musique est la ligne conductrice. Déjà tous les titres de chapitres sont en lien avec cette thématique (et j’avoue qu’il me manquait de nombreuses références, mais comme j’aime bien comprendre, j’ai fait des recherches…), ensuite la guitare Fender est un personnage à part entière dans le texte, puisqu’elle prend la parole.

Plusieurs protagonistes s’expriment et l’en tête ne précise pas qui prend la parole, il est donc nécessaire d’être attentif et de prendre en compte le contexte pour savoir qui parle. C’est pour moi quelque chose de très positif car ce récit choral n’est pas ordinaire.

Clément veut être musicien. Ce n’est pas aisé de réussir ses rêves mais sa confrontation avec une Fender, une guitare exceptionnelle, marque un tournant. Il joue et devient célèbre. Il fait des rencontres, dont une avec une femme (qui, à mon avis, est une perle mais c’est bien connu que les hommes ne s’en rendent pas compte), garde un ancien pote musicien, a parfois des difficultés mais sa Fender et lui, c’est quelque chose comme on dit.

Lors d’un passage à Londres, il fait la connaissance de son père, un presqu’inconnu pour lui. Leur lien est complexe, compliqué. L’influence du father n’est pas des mieux mais le fiston est tellement heureux de l’avoir retrouvé, il tolère tout. Il se fait manipuler, la drogue er bien d’autres mauvaises addictions entrent dans son univers… Et un jour un dramatique événement finit de bouleverser ce quotidien déjà fragile. Est-ce que tout va partir en vrille ou Clément va-t-il reprendre le dessus ? C’est un homme tourmenté qui ne sait plus comment mener sa vie. Quel avenir pour lui ?

Le texte est jalonné d’extraits de poèmes, de chansons, le lecteur baigne dans la musique et a envie de ressortir ces vieux vinyles, d’écouter, de se laisser envahir par le rythme du rock en roll. Chaque individu présente son point de vue, le langage, le style, le vocabulaire sont adaptés (j’ai beaucoup aimé lire les ressentis de la guitare, c’est très « parlant »).

« Le plus dur pour moi était quand il me prenait lorsqu’il était défoncé. Je plongeais dans son esprit, ce qu’il en restait. »

Les caractères sont travaillés, on découvre l’ambivalence de certains qui sont capables de jouer sur tous les tableaux, de se faufiler pour obtenir ce qu’ils veulent, quitte à manipuler les autres … Ce livre parle de musique, mais de nombreux thèmes sont abordés, la culpabilité, la jalousie, la vengeance, la famille, les choix qui modifient la trajectoire d’une vie, les déceptions, le succès (avec sa rançon : la solitude de la star, les profiteurs etc…) Beaucoup de situations sont évoquées en peu de pages parce que Éric Calatraba va à l’essentiel).

L’écriture est rythmée, les phrases sont courtes, parfois teintées d’humour.

« Elle est sortie avec un guitariste, con comme un médiator. »

Verlaine a écrit : « De la musique avant toute chose » et ce sera ma conclusion ….


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