"Tout doit être splendide" de Sasha Marianna Salzmann (Im Menschen muss alles herrlich sein)

 

Tout doit être splendide (Im Menschen muss alles herrlich sein)
Auteur : Sasha Marianna Salzmann
Traduit de l’allemand par Jeffrey Trehudic
Edditions : Christian Bourgois (5 Février 2026)
ISBN : 9682267055962
444 pages

Quatrième de couverture

Lena et Tatyana sont nées en Ukraine, en ex-URSS, mais la dissolution de l'Union soviétique les a amenées à Iéna, en Allemagne, où elles ont recommencé leur vie à zéro, élevé leurs filles Edi et Nina, et sont devenues amies. Pourtant, plus de vingt ans après, cette terre à laquelle elles se sont arrachées continue de les faire souffrir, tandis que leurs filles, désormais adultes, s'obstinent à ignorer son histoire et leurs origines. Pour Edi et Nina, le passé est le passé : l'enfance et l'adolescence de leurs mères, la corruption et le népotisme, le choix de ces deux femmes d'émigrer, puis la guerre dans le Donbass... tout cela ne les concerne pas. La fête d'anniversaire des cinquante ans de Lena les réunit à nouveau toutes les quatre : une occasion rêvée - ou cauchemardée - de faire face ensemble à ce qui les sépare, mais aussi à ce qui les rapproche

Mon avis

« Tout doit être splendide », un titre en forme d’injonction, comme s’il fallait se persuader que, malgré la dureté de la vie, tout va bien.

Dans ce roman, à la langue poétique et puissante, Sasha Marianna Salzmann nous présente deux binômes « mère/fille ». Elles ont toutes, quelle que soit leur génération, dû faire des choix pour exister dans des conditions correctes voire survivre. Elles se sont inévitablement posé la question de savoir si leurs décisions étaient les bonnes, s’il aurait dû en être autrement…

Après une courte introduction, on découvre Lena dans les années soixante-dix, en Ukraine. Elle est enfant et passe les étés, à Sotchi, chez sa mamie, qu’elle aime énormément. Ensemble, elles vendent des noisettes, qu’elles ont ramassées, au marché. C’est une vie simple mais très heureuse et pour Lena, c’est totalement magique. L’auteur nous décrit à merveille une relation complice, aimante et belle. Et puis arrive un été où tout change. Finis les séjours à la campagne, sa maman lui explique qu’elle a beaucoup de chance, elle va intégrer les camps de vacances des « petits octobristes », les pionniers qui doivent devenir de bons socialistes. Un bouleversement qui ne la laisse pas indemne et modifie à jamais la relation avec sa chère grand-mère. On va continuer de la suivre jusqu’à l’âge adulte, touchante, tenace, entière. On découvre comment le lien avec sa maman évolue, c’est quelques fois complexe et compliqué entre elles, et également avec son père. Elle décidera de partir en Allemagne, de s’arracher à cette terre qui est à la fois la sienne et plus assez hospitalière. C’est la fin de l’Union Soviétique et rien n’est simple.

Cette première partie est pour moi la plus belle, la plus poignante, la plus aboutie dans tout ce qui est exprimé et dans tout ce qui se lit entre les lignes. Les mots (merci au traducteur) choisis portent le texte dans toute sa splendeur.

Dans la suite du livre, c’est un autre personnage qui s’exprime, avec un point de vue situé à une époque différente mais des retours dans le passé qui nous éclairent et nous permettent de comprendre le quotidien dans ce pays qui a explosé où on y voit les réactions de chacun. Et puis vient une conclusion où ressortent les tensions mais aussi tout l’amour qui unit les protagonistes de cet ouvrage.

Ce récit est magnifique, édifiant, émouvant. Les émotions des femmes évoquées sont décrites avec un phrasé tout en nuances, plein de sens et de beauté. On cerne les difficultés face aux secrets que certaines ne savent pas comment partager. Doit-on être ce que les autres attendent de nous ou doit-on vivre sa vie sans se préoccuper des ressentis familiaux ?

Chaque lignée vit avec son passé, plus ou moins douloureux. Il a forcément influencé celles qu’elles sont devenues, construit les caractères et induit les comportements. Les histoires personnelles s’emboîtent les unes dans les autres, se nourrissent les unes des autres. L’autrice explore les liens intrafamiliaux et amicaux, leur finalité et les conséquences sur chacun.

Le ton est très juste, le propos jamais moraliste, les faits sont posés et expliqués avec beaucoup de finesse. Une pointe d’humour, des phrases poétiques et une lecture splendide… je suis ravie.


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