"Les invisibles" de R. J. Ellory (A Darker Side of Paradise)

 

Les invisibles (A Darker Side of Paradise)
Auteur : R. J. Ellory
Traduit de l’anglais par Étienne Gomez
Éditions : Sonatine (2 Avril 2026)
ISBN : 978-2383992691
552 pages

Quatrième de couverture

1975, Syracuse, État de New York. Rachel Hoffman, nouvelle recrue de la police locale, est appelée sur sa première scène de crime : une institutrice vient d'être assassinée. À côté du corps, un étrange message tiré de La Divine Comédie de Dante. Peu après, une deuxième victime est découverte. C'est le début d'une série d'homicides à laquelle Rachel va être intimement mêlée, nouant une relation très particulière avec le mystérieux assassin. Cinq ans plus tard, alors que l'affaire semble close, une nouvelle vague d'assassinats frappe New York, étonnamment similaires à ceux de Syracuse. Rachel, qui s'apprête à rejoindre l'unité d'analyse comportementale du FBI, ignore encore qu'il lui faudra plus d'une décennie, avec nombre d'autres meurtres à la clé, pour peut-être résoudre cette enquête très personnelle qui, peu à peu, va virer à l'obsession, à la paranoïa, et la mener aux confins de la folie.

Mon avis

On est en 1975, Rachel Hoffman vient d’intégrer la police. C’est une femme et à cette époque, il n’est pas simple pour elle de faire sa place, les collègues hommes auraient tendance à la regarder de haut et à se dire qu’elle n’est pas aussi compétente qu’eux. Mais elle n’est pas du genre à baisser les yeux, à se laisser écraser. Son boulot, c’est toute sa vie. Dans sa famille dysfonctionnelle, elle a été rejetée, cabossée, elle s’est relevée et ne s’encombre pas d’une vie personnelle trop importante. Elle a érigé des barrières autour d’elle, une façon de se protéger, de s’isoler, d’afficher : « je suis autonome et forte », mais est-ce vivre et être épanouie ?

« Rachel s’était souvent demandé sir son choix de carrière n’avait pas été seulement un moyen de s’assurer une routine. »

La voici sur sa première scène de crime, une enseignante assassinée dans des conditions particulières et un message extrait de La Divine Comédie de Dante. D’autres crimes suivent, liés à ce même livre par des textes trouvés sur les lieux. Elle cherche, s’obstine, veut comprendre le cheminement mental du tueur.

« -Comprendre quoi ?
-Pourquoi les gens font ce qu’ils font. Ce qui les pousse à tuer. D’où leur vient ce genre de motivation. »

L’affaire finit par être classée mais elle la hante toujours jusqu’à ce que l’histoire se reproduise … Un imitateur ou autre ? Rachel se sent concernée par cette affaire hors normes, elle ne lâchera pas mais où cela va-t-il l’entraîner ?

R.J. Ellory excelle à évoquer les traumatismes de l’enfance, à rappeler combien est mince la frontière entre le bien et le mal. Fait-on tous face à la réalité de la même manière ? Qu’en serait-il de jumeaux séparés à la naissance et élevés dans deux foyers diamétralement opposés ? La science du comportement peut-elle apporter des réponses ?

L’écriture (merci au traducteur) est profonde, le style dense, l’aspect psychologique des différents protagonistes est essentiel et a une place primordiale. C’est travaillé et bien fait mais noir, il faut le savoir. L’auteur plonge dans les tréfonds de l’âme humaine, dans ses aspects les plus ténébreux, il analyse les motifs qui déterminent chaque acte, les raisons de tels agissements. Il réfléchit sur les répercussions du passé, de l’activité professionnelle sur le caractère de chaque individu.

La quête de Rachel vire à l’obsession, elle ne vit, mange, respire que pour ça… Elle est engluée dans ses recherches et ne lève pas les yeux sur autre chose. Personne ne la comprend ou alors si peu… C’est comme une immense partie d’échecs entre elle et celui ou ceux de l’ombre « Les invisibles » qui jouent à cache-cache avec elle. Est-elle manipulée ou n’a-t-elle plus le recul nécessaire pour avancer ? Tout cela l’use, mais elle est opiniâtre, volontaire… Ressortira-t-elle indemne ? Trouvera-t-elle un équilibre ?

J’ai beaucoup apprécié cette lecture malgré son côté sombre, l’atmosphère est parfaite, étouffante juste ce qu’il faut. Et l’intrigue, étalée sur plusieurs années, est menée de main de maître !