"Article 353 du code pénal" de Tanguy Viel

 

Article 355 du code pénal
Auteur : Tanguy Viel
Éditions de Minuit (3 Janvier 2017)
ISBN : 978-2707343079
182 pages

Quatrième de couverture

Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d'être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l'ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec. Il faut dire que la tentation est grande d'investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu'il soit construit.

Mon avis

Martial Kermeur a été licencié de l’arsenal de Brest où il travaillait depuis de nombreuses années. Il a touché une prime de licenciement qu’il a soigneusement mis de côté, éventuellement pour acheter un bateau, lui qui est passionné de pêche. Divorcé, il vit dans une petite maison à l’entrée d’un immense terrain où se trouve une grande maison bourgeoise, non habitée, appelée « le château » par les gens du coin.

Mais alors, qu’est-ce qui a pu pousser cet homme à jeter par-dessus bord Antoine Lazenec, un prometteur immobilier qui avait un beau projet pour la bourgade ? Le maire était pourtant tellement fier de cette idée qui allait donner un nouvel élan à son agglomération…

Après avoir été arrêté, c’est devant le juge que Martial Kermeur se confie, explique, développe ce qui l’a amené à un tel geste. Le juge écoute, pose peu de questions, essayant de comprendre. Parfois un regard échangé entre les deux hommes laisse supposer qu’ils se sont compris.

C’est dans un long monologue, avec des phrases étirées parfois, que l’homme vide son sac. Il s’attache aux faits, uniquement, sans omission pour dresser un tableau complet. Il reprend l’histoire, la sienne, celle de son couple, son quotidien avec son fils, Erwan, qui a observé les événements un à un, s’interrogeant, questionnant son père pour cerner les intentions, les choix…. Nous, on l’écoute, on ressent tout ce qu’il ressenti, l’espoir, la colère, le doute, la peur, la lassitude en se disant que plus rien n’est possible… Il a lancé ses dernières forces dans la bataille, il a tout tenté. Il est usé, vieilli avant l’heure, il parle, il parle. On sent que ça lui fait du bien parce qu’en face de lui, le juge tend l’oreille, et fait preuve d’attention. Cet homme seul, bien souvent isolé a enfin un interlocuteur. On sait qu’il a mal agi mais comme il le dit lui-même, tout est question de point de vue, tout aurait pu être différent …. Il a eu le temps de réfléchir et il analyse finement tout ce qu’il s’est passé.

J’ai trouvé ce roman original, bien pensé, réfléchi, super intéressant. Il entraîne plein de réflexions sur la culpabilité, les liens entre amis et dans la famille, la force du « baratin », les décisions et leurs conséquences, l’effet domino, etc.

L’écriture m’a beaucoup plu, c’est profond et puissant et la fin est exceptionnelle.


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