"Le dernier roi de Marettimo" de Grégoire Domenach

 

Le dernier roi de Marettimo
Auteur : Grégoire Domenach
Éditions : Christian Bourgois (8 Janvier 2026)
ISBN : 978-2267056716
272 pages

Quatrième de couverture

Deux hommes se retrouvent après de longues années sur une petite île sicilienne. Ils furent autrefois les meilleurs amis du monde, quand Lorenzino venait passer ses vacances d'été à Marettimo où vivait Cesare. Mais un jour, Zino, comme on l'appelle, se trouve mêlé à une affaire de contrebande qui l'oblige à quitter précipitamment l'Italie. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il s'installe en France, le pays d'origine de sa mère, où Lorenzino devient Laurent. Il se construit une nouvelle existence sans jamais se retourner. Sans même faire signe à Cesare - jusqu'au jour où, cinquante ans après son départ de Marettimo, il éprouve le besoin de revoir son ami d'enfance pour lui confier ce qu'il a fait de sa vie…

Mon avis

Treize kilomètres carrés, à peine cinq cents habitants, c’est l’île de Marettimo, de l’archipel des Égades, en Sicile. Les ruines du château de Punta Troia, des gosses qui s’amusent : Pippo, Zino, Cesare -les rois-. Dans leur jeu, ils ne peuvent qu’être des rois, réussir leur vie, réussir dans la vie. Zino ne vient que l’été, pour les vacances et son ami c’est Cesare. Ces deux-là, grâce à un homme qu’ils croisent, découvrent le jeu d’échecs. S’affronter devient vite une passion dévorante. Trouver les meilleures stratégies, les coups les plus subtils. Ce besoin de jouer restera présent même lorsqu’ils seront séparés.

Ils sont nés dans les années 20. L’un est un enfant du cru, l’autre un vacancier. Leur lien est fort, mais pourtant à l’adolescence, Zino part et ne revient plus. La guerre arrive, le temps passe. Au début, Cesare pense que son ami reviendra puis sans nouvelles, il comprend que ce ne sera pas le cas. Lui, il reste sur place. Célibataire, il pêche, dessine. Cela lui convient.

« Pêcheur, ce fut mon métier, et comme tous les pêcheurs de ce monde, je n’ai jamais rechigné devant la difficulté de ce labeur, mais sans la sculpture, sans le dessin, je dois concéder que je n’aurais pas survécu bien longtemps. »

En mai 1988, une visite bouscule ses habitudes. Maurice, le fils de Zino, lui dit que ce dernier est à Marettimo et qu’il veut lui parler. Près de cinquante ans se sont écoulés, sans contact, ont-ils encore quelque chose à se dire ? Que va leur apporter cette rencontre ? La seconde guerre mondiale (et ce qu’a été leur quotidien à ce moment-là) n’a-t-elle pas laissé de douloureuses séquelles ?

Le présent n’est pas l’élément essentiel de ce récit. Rapidement, on part dans le passé et Zino nous raconte son histoire. Son cheminement n’a pas été linéaire, il a parfois fait des choix qui l’ont emmené sur des chemins de traverse. Parler de sa vie avec son vieux copain est l’occasion pour lui de revenir sur ses décisions, sur ce qui l’a obligé à bifurquer même s’il ne le voulait pas. Il s’est construit tout au long de ses années. Oui, tout aurait pu être différent mais avec des si on refait le monde…. Quand on revient à Cesare, on a son regard acéré sur Zino et sur lui-même, ce qu’ils sont devenus, ce qu’ils auraient pu être.

On a tous, à un moment ou un autre, été écartelé entre deux options, sans avoir le temps de tout peser. Zino, Cesare, se sont retrouvés dans cette situation et avec le recul, ils analysent tout ça.  C’est un magnifique roman sur l’amitié, la famille, le deuil, la résilience, le pardon, la réconciliation avec soi, avec les autres, le temps qui passe … Comme ils sont à Marettimo lorsqu’ils discutent, et que l’auteur évoque les paysages, l’atmosphère, ça allège le poids des mots. Comme si échanger au plus près de la nature, là où leur amitié a commencé, donnait une autre dimension à leurs propos, leur permettant de mettre à distance la souffrance, les erreurs …

L’écriture intimiste de Grégoire Domenach est délicate, il ne se pose jamais en juge, en censeur, il parle des hommes, de leurs blessures, de leurs bonheurs, de tout ce qui leur a permis de grandir pour s’accomplir. Rien n’est anodin, un rendez-vous peut tout bouleverser et modifier le cours de la destinée.

J’ai été conquise par le style, le contenu, c’est une merveilleuse lecture.


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