"Méchante" de Karine Sulpice

 

Méchante
Auteur : Karine Sulpice
Éditions : Liana Levi (22 Janvier 2026)
ISBN : ‎ 979-1034911714
170 pages

Quatrième de couverture

De Violette, il ne reste pas grand-chose. Une paire de bottes en caoutchouc, la petite maison où elle vivait seule depuis la mort de son mari et un ordinateur dernier cri qui jure avec la simplicité de son intérieur. La vieille femme est morte chez elle, terrassée par un inocybe de Patouillard. Étrange tout de même, qu’elle n’ait pas su reconnaître ce champignon vénéneux alors qu’elle sillonnait la forêt depuis toujours. Bizarres aussi, ces achats en ligne de lingerie fine… Un meurtre, alors ? Les regards des enquêteurs se tournent vers Bertille, son aide à domicile, la seule personne que Violette côtoyait quotidiennement. La presse s’emballe face à l’inertie de l’accusée, qui clame mollement son innocence.

Mon avis

Violette, plus de quatre-vingts ans, vit toujours dans la maison que son mari, décédé, et elle, avaient choisie. Elle est totalement indépendante et son quotidien est sans surprise. Elle va à l’épicerie chaque semaine, le même jour, pour acheter invariablement des denrées identiques. De temps en temps, elle ramasse, en forêt, de bons cèpes pour une omelette, elle connaît bien les champignons.
Elle a une vie bien calme et régulière. C’est pour ça que l’étonnement est grand lorsqu’elle est découverte morte à son domicile et que le médecin, dépêché sur place, signale qu’elle s’est empoisonnée avec un inocybe de Patouillard, un nom infiniment drôle pour un champignon vénéneux … Que s’est-il passé ? Rien au premier abord. Elle s’est trompée, ça arrive, c’est tout.

Le gendarme Porion, plus futé que les autres, creuse tout ça et recoupe ses observations. La vieille dame avait, entre autres, acheté un ordinateur de dernière génération, commandé de la lingerie fine, ouvert une assurance vie pour son aide-ménagère, Bertille. Ah oui, elle avait une aide-ménagère., dévouée, serviable, efficace. Parce qu’il faut bien le souligner, dans ce coin du pays, on prend soin des anciens. Le conseil général avait mandaté certains de ses employés pour proposer cette prestation aux « vieux » du village. Violette, dans un premier temps, n’en voulait pas. Quelqu’un chez elle, pas question. Et puis finalement, elle s’était laissé tenter et tout avait été mis en place.

Où est le problème ? Me direz-vous. Eh bien, d’après Porion, Bertille ne semble pas nette du tout et rapidement, elle est accusée car le gendarme a repéré des incohérences. Elle se dit innocente mais ne peut donner aucune explication sur tous les faits surprenants qu’on lui signale.  On assiste alors à son procès avec des témoignages divers, les voisins, l’épicier, les experts…
Lorsque chacun s’exprime, devant la présidente du tribunal, les propos, la posture, le vocabulaire, tout est adapté et en phase ave le personnage qui parle. L’auteur a vraiment réussi à présenter des individus crédibles dans l’entourage de cette mamie. Ce qu’ils disent n’est que la vérité. Mais quelle vérité ?

Cette partie du récit est très bien faite. Karine Sulpice a été avocate et elle décrit avec précision le minutage, l’enchaînement des prises de parole, l’attitude de chacun tant devant la barre que sur les bancs de la salle. Elle n’hésite pas à égratigner ceux qui savent toujours tout mieux que tout le monde et qui ne veulent pas être contrariés. C’est réaliste, fin et très vivant (même si on parle d’une morte…)

Habilement construit (je choisis volontairement de ne pas évoquer comment), ce roman est un régal d’humour grinçant, de manipulation des situations, d’interprétation des évidences. C’est plus qu’excellent !


L’ironie est présente, juste ce qu’il faut car tout est dosé de façon subtile. J’ai vraiment apprécié l’écriture, le style, les réflexions de Violette et les pensées de la présidente. L’atmosphère, les descriptions, tout est parfait. L’auteur montre l’importance de l’opinion publique, son influence et son rôle dans les médias.

Ce livre m’a beaucoup plu. J’ai aimé le déroulé, la dérision, les protagonistes, le phrasé et le côté « Oh, ah oui quand même » qui m’a échappé à la fin !


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