"Rivière tremblante" de Andrée A. Michaud

 

Rivière tremblante
Auteur : Andrée A. Michaud
Éditions : Rivages (19 Septembre 2018)
ISBN : 978-2743644833
370 pages

Quatrième de couverture

Août 1979. Michael, douze ans, disparaît dans les bois de Rivière-aux-Trembles sous les yeux de son amie Marnie Duchamp. Trente ans plus tard, dans une ville voisine, la petite Billie Richard, qui s'apprête à fêter son neuvième anniversaire, ne rentre pas chez elle. Là encore, c'est comme si elle avait disparu de la surface de la terre. Pour son père comme pour Marnie, qui n'a jamais oublié le traumatisme de l'été 79, commence une descente dans les profondeurs du deuil impossible, de la culpabilité, de l'incompréhension. 

Mon avis

Marnie porte sur ses épaules l’histoire de son ami Michael, son complice de jeux et d’aventures lorsqu’ils étaient enfants. Il a disparu, en 1979, alors qu’ils étaient ensemble, en train de jouer comme deux gamins insouciants, et elle n’a jamais oublié. Elle s’est éloignée de la région, a tout mis en place pour avancer dans sa vie mais ce fait reste gravé et présent en elle. À la mort de son père, elle revient sur les lieux, en 2009.

En 2006, la fille de Bill n’est pas allée à son cours de danse et on n’a jamais retrouvé sa trace. Lui aussi, ne peut pas oublier. Son couple a été détruit et Il reste hanté par ce qu’il aurait dû ou pu faire pour éviter tout ça.

2009, Marnie et Bill ne se connaissent pas et n’ont aucune raison de se croiser. Chacun vit un impossible deuil, comme souvent lorsqu’il n’y a ni corps ni explications. Les événements s’invitent régulièrement dans leur mémoire. Ils revivent, analysent, essayant de comprendre, de voir ce qu’ils ont raté.

On alterne leur quotidien, le passé, le présent. On ressent leur douleur, leurs angoisses, ils sont brisés de l’intérieur.

Je ne connaissais pas cette autrice canadienne et je suis heureuse de cette découverte. Son écriture, émaillée de mots et d’expressions de son pays : tabarnak, tuque, pantoute etc est très belle, poétique. Elle campe une atmosphère, un décor accompagné d’une nature parfois hostile avec tout ce qui est nécessaire à leur perception : les sons, la météo, les odeurs et les ressentis. C’est très immersif et on frissonne avec les personnages.

Peut-on continuer sa route sans savoir la vérité ? Peut-on accepter de ne jamais avoir de réponse ? À quoi ressemble les journées de ceux qui restent face à l’absence ? La plaie peut-elle se refermer, cicatriser ?

Ce n’est pas un roman avec une enquête policière, des investigations, des rebondissements. Même si on croise des policiers, ce n’est ni leur rôle, ni leurs actions qui sont mis en avant. Andrée A. Michaud creuse au plus profond de chaque individu. Elle retranscrit les émotions, les interrogations, le cheminement de chacun vers, peut-être, une forme de pardon afin d’être libéré de ce poids qui les étouffe et modifie leur destinée

Le style m’a envoûtée, c’est un récit qui s’installe doucement, qui vous prend dans ses rets, une certaine désespérance habite le texte mais sans pour autant tomber dans le pathos. C’est simplement la vie de ceux qui ont été blessés et qui souffrent encore…


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