"En moi le venin" de Philippe Hauret


En moi le venin
Auteur : Philippe Hauret
Éditions : Jigal (17 Septembre 2019)
ISBN : 978-2377220816
232 pages

Quatrième de couverture

Suite à un événement tragique, l’ancien lieutenant de police Franck Mattis se voit contraint de retourner sur les terres de son enfance. Il y retrouve d’anciens camarades de lycée. Franck Mattis se voit plongé au cœur d’un monde qu’il ne connaît que trop bien, celui de la nuit, de la violence, du mensonge et de la désespérance. Une fois encore, il lui faudra lutter contre ses propres démons, et qui sait, peut-être enfin trouver la paix…

Mon avis

Au bout de la nuit

Désabusé, déçu, Franck Mattis a laissé son boulot dans la police. Sa vie est maintenant faite de rien, il traîne sa misère dans des cafés avec des compagnons de beuverie…Un jour, un appel, sa mère est décédée. Il se rend sur place, et s’aperçoit que quelques jours plus tôt, son père est mort également. Il s’installe dans le vieil appartement de ses parents, dans la ville de sa jeunesse… Comme il n’a pas grand-chose à faire, il renoue avec d’anciennes connaissances. Esther lui plaît toujours autant, Ben, son vieux pote qui est autoentrepreneur semble bien seul, Valéry dirige une boîte de nuit assez torride, Maxence brigue la mairie…. Ils ne sont plus ni collégiens, ni lycéens, chacun a évolué, différemment, et les liens qui se (re) créent n’ont pas la même force. Les adultes qu’ils sont devenus analysent ce qu’ils vivent et beaucoup d’entre eux espèrent profiter au maximum de toutes les opportunités…. Le temps a passé et a laissé des traces. Les caractères de chaque protagoniste sont bien campés, certains nous paraissent rapidement imbuvables, d’autres laissent entrevoir une part d’humanité…. J’ai apprécié d’avoir quelques aspects de chacun lorsqu’ils étaient adolescents, cela permet de voir leur évolution….

Franck va rapidement se trouver à faire le chauffeur garde du corps pour le candidat à la mairie. Cela lui permet d’être avec Esther et d’approcher le monde de la nuit, dans le club de Valéry. Peut-on dire que son instinct de flic se réveille ou tout simplement que sa morale le titille ? Toujours est-il qu’il n’aime pas trop ce qu’il pense percevoir : l’exploitation sexuelle de très jeunes filles ….. Va-t-il s’en mêler alors que son nouveau patron a ses entrées dans ce lieu nocturne branché ? Qu’a-t-il à y gagner ? Probablement des ennuis et pas des moindres….

Bien sûr, il n’y a pas que cet aspect dans l’histoire, parfaitement maîtrisée par l’auteur. Il nous fait découvrir dans ce roman sombre, la part obscure de certains individus. Celle qui ne demande qu’à surgir lorsqu’ils s’imaginent être les plus forts, et avoir raison. Celle qui peut rester tapie mais qu’une étincelle peut allumer…. Violence, noirceur, tout est parfaitement présenté, très réaliste malheureusement. Par petites touches, avec des mots qui font mouche, Philippe Hauret écorche notre société et ceux qui parlent trop ou mal ou pas assez. Il évoque les EHPAD où le manque de moyens est criant, les programmes électoraux emplis de promesses qui ne sont jamais tenues, la solitude des hommes ou des femmes, les mères célibataires, la drogue, l’appât du gain, etc….

Une fois qu’on est entré dans ce récit, on ne le lâche plus, on essaie de s’accrocher à la petite lueur d’espérance qu’on a perçue dans toute cette noirceur, dans la solitude des uns et des autres. On se dit qu’il faut continuer de croire en l’homme car certains peuvent être bons, ou le devenir par la magie d’une rencontre.

Le rythme ne faiblit pas dans ce recueil, il y a de l’action, du mouvement. L’atmosphère est lourde de sens. L’écriture fluide rend toutes les scènes très visuelles en captivant le lecteur. Cette lecture m’a beaucoup interpellée car il faut bien reconnaître que l’auteur n’invente rien. Il présente plusieurs aspects de l’argent facile, des tentations qui peuvent pourrir des vies et pour lesquelles parfois, les autorités ferment les yeux…. C’est percutant, la désespérance est présente en filigrane, tout le temps ….  mais au bout de la nuit comme disait Eluard, il y a toujours – je cite-
un cœur généreux,
une main tendue,
une main ouverte,
des yeux attentifs,
une vie : la vie à se partager.


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