"Je ne suis pas là pour ça" de Iain Levison (The Portrait of Ella)

 

Je ne suis pas là pour ça (The Portrait of Ella)
Auteur : Iain Levison
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Emmanuelle et Philippe Aronson
Éditions : Liana Levi (5 Mars 2026)
ISBN : 979-1034912063
120 pages

Quatrième de couverture

Dans un restaurant new yorkais, Ella a rendez-vous avec sa meilleure amie, Prahla, une riche héritière, qui doit lui présenter Lucien, son nouveau petit ami. À la fin du repas, un vieil homme se lève, tend à Ella un dessin, et sort. C’est un portrait d’elle, pris sur le vif. Si beau que Lucien se demande si ce n’est pas là un authentique Montrose, cet artiste mystérieux qui a toujours choisi ses modèles dans les lieux publics, et dont on a perdu la trace. Sa cote, dès lors, n’a cessé de monter. Et si l’artiste était encore vivant et en activité ? Quelle aubaine pour Lucien ! Il pourrait en tirer beaucoup d’argent …

Mon avis

Cet auteur n’en finit pas de m’étonner. Le point commun de ses romans est de partir d’un fait banal, tout à fait ordinaire. Ensuite, tout se met à dérailler à cause des choix que font certaines personnes. C’est toute le temps surprenant et totalement jubilatoire. Cette fois-ci en cent-vingt pages, il plante une histoire et toutes les conséquences des décisions de chacun.

Prahla a un père très riche, elle habite un appartement très classe dans un immeuble qui appartient à son paternel. Il voudrait qu’elle se range, qu’elle rentre dans le rang, qu’elle ait une activité professionnelle en lien avec son milieu et qu’elle épouse un homme digne d’elle. Prahla n’a pas envie de ce chemin lisse, déjà tracé, de suivre ce que souhaite son papa. Alors, pour affirmer sa personnalité, son caractère, elle prend des petits amis qui, elle le sait, ne correspondent en rien aux critères de sélection de sa famille. C’est sa façon à elle de se rebeller, de montrer qu’elle est adulte, capable de savoir ce qui est bon pour elle. Et tant qu’à faire, elle cherche à choquer donc ses « fiancés » déplaisent aux siens et à ses amis.

Parmi ces derniers, il y a Ella, sa best friend. Lorsque Prahla lui annonce une nouvelle conquête, la plupart du temps, elle sait qu’elle n’appréciera pas le dernier « fiancé » élu. Mais elle essaie de faire bonne figure. Après tout, ce n’est pas elle qui est concernée… Cette fois-ci, elles ont rendez-vous dans un bar restaurant et elle sait qu’elle va faire connaissance de Lucien. Le couple arrive. Comme toujours, sa copine semble très amoureuse. Lui, elle ne le sent pas. Il en fait trop, limite obséquieux…. Mais Ella fait tout pour ne pas montrer son ressenti. Elle observe et voit deux hommes, l’un les regarde attentivement et dessine, l’autre semble les surveiller. Se fait-elle des idées ? Ou y-a-t-il, déjà, anguille sous roche ?

Avant de sortir, celui qui tenait un crayon lui remet, sans un mot, un croquis magnifique la représentant. Les deux filles regardent cette image (Lucien est parti au boulot). Ella l’emporte chez elle et l’accroche au réfrigérateur avec des aimants. Elle part quelques jours, confie ses clés et son chat à Prahla. Celle-ci vient nourrir le matou avec son chéri. Et c’est là qu’il réalise que cette feuille de papier vaut, peut-être, une fortune ! Pourquoi ? Il a l’impression que c’est un « Montrose », cet artiste qui dessinait pour le plaisir et offrait ses tableaux à ceux qu’il avait représentés sans demander une quelconque contrepartie.

Il sait qu’il peut gagner beaucoup en le vendant et il n’a pas envie de partager. Mais plusieurs problèmes se présentent à lui. Comment récupérer le croquis ? Comment l’authentifier et que faire si c’est un vrai ou un faux ? Que dire aux deux amies ? Avec qui négocier ? Je ne rajouterai pas « Que faire de l’argent ? » car pour cela, Lucien ne manque pas d’idées.

Ce récit, parfaitement agencé, se déroule avec une logique impitoyable. Les événements s’enchaînent, rien de vraiment saugrenu, c’est la force de l’auteur, un grain de sable, une personne qui arrive plus tôt que prévu et tous les plans changent. J’aime énormément cette façon de faire en partant de trois fois rien.

L’écriture est directe, simple et précise, les mots font mouche (merci aux traducteurs). C’est une fine observation des différentes scènes et des relations humaines. J’ai découvert que certains individus étaient très futés alors que je les pensais un peu en retrait. Iain Levison montre, avec intelligence, qu’on peut être manipulé, il le fait avec les protagonistes mais également avec nous, lecteurs.

Encore une belle découverte !

NB : j’ai volontairement raccourci la quatrième de couverture.


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