L’oiseau bleu
Auteur : Sylvie Callet
Éditions : du Caïman (4 Avril 2026)
ISBN : 978-2493739797
226 pages
Quatrième de couverture
Arrachée à son enfance par la guerre, Makiadi a appris à
survivre dans l’ombre. Jusqu’au jour où elle rencontre Divine, une fillette à
la voix d’ange, capable de faire vibrer l’air et jaillir la lumière. De
l’Afrique à l’Europe, les pas de ces deux héroïnes résonnent comme une
traversée initiatique : entre ténèbres et clarté, vengeance et espérance,
mémoire et chant.
Mon avis
Exprimer l’indicible, choisir les mots, les faire vivre et
leur donner la puissance nécessaire pour transmettre un message, des émotions …
C’est la grande force de Sylvie Callet.
Je suis ressortie bouleversée de cette lecture, par le
contenu, par l’écriture.
Le récit s’articule sur plusieurs périodes à partir de 2012.
Dans la République Démocratique du Congo, certains enfants sont enrôlés de
force, ils n’ont pas le choix s’ils veulent vivre, ils doivent tuer et rien qu’en
l’écrivant, je réalise que c’est, malheureusement, la vérité crue. Celle pour
laquelle on aimerait faire l’autruche, fermer les yeux et oublier…
Mais l’auteur nous renvoie la réalité en face, se battre,
survivre, peut-être s’enfuir ….
« Bientôt, habités d’un espoir fou, ils poseront le
pied sur ce fragment d’Europe. À cet instant fugace où l’oubli du passé et
la promesse d’un futur se confondent dans l’éternité, seul comptera pour eux ce
premier pas. »
Arrachés à leurs racines, à leur enfance, à leur quotidien,
comment peuvent-ils se construire, avancer ? Sur quelles bases ?
« Ne pas flancher, ne surtout pas se laisser envahir par
les images venues du passé. »
Aller où ? Dans un camp, parqués, au milieu des autres,
dans des conditions limites en attendant des jours meilleurs ? Est-ce une
solution ? Trouver une association d’aide aux migrants qui ne soit pas
dépassée, débordée, pour les accompagner ? Ne pas avoir peur, ne pas se
retourner ou sursauter au moindre bruit ? Que faire, comment ?
C’est tout ça et bien plus encore que nous présente l’auteur.
Avec des phrases courtes qui font mouche, un style unique sobre et factuel tout
en étant d’une poésie merveilleuse.
« Le parfum poudré des frangipaniers s’attarde dans
l’air, infuse ses notes suaves de vanille et d’amande dans l’incandescence du
jour déclinant. Des flâneurs longent le rivage basaltique du lac, laissant leur
regard voguer vers l’horizon. »
En lisant, je serrais les poings, me retenant de hurler « Ce
sont des gosses, ils ne devraient pas vivre ça. » Je sais que ça existe,
que parfois c’est même pire, l’innocence perdue, le regard éteint … Peut-on se
relever ?
Makiadi est une jeune fille meurtrie, blessée, engagée dans un
combat qu’elle n’a pas voulu. Un jour, au cours d’une des sorties imposées,
elle rejette ce qu’on lui demande et recueille une petite fille au nom délicieux :
Divine. C’est leur histoire, leur périple, ensemble ou séparées que nous découvrons.
Mais il y aussi tous ceux qui gravitent autour d’elles : les miliciens,
les aides humanitaires, les rencontres d’un jour ou plus…. Elles subissent et
voient la violence mais leur lien les porte et les fait tenir même quand elles
ne se voient pas.
Quelques légendes transmises par la famille sont insérées
dans le texte, rappelant l’importance de l’oralité. Et quand un conte passe de
génération en génération, c’est que la vie est encore là, que la tradition n’est
pas étouffée, et c’est une victoire.
L’oiseau bleu c’est une musique, un chant de désespoir puis
d’espoir, c’est un cri d’horreur mais de temps à autre un cri de joie, c’est entendre
toutes ces voix que certains essaient d’étouffer, c’est se dire qu’il est
essentiel de lire des romans comme celui-ci pour ne pas oublier ….






