Les années souterraines
Auteur : Hugo Lindenberg
Éditions : Flammarion (7 Janvier 2026)
ISBN : 978-2080427656
272 pages
Quatrième de couverture
"L'enfance, ce chemin de ronces, je m'en suis extirpé
avec tant de hâte. Elle réside tout entière, images, goûts, sensations, entre
les parois de cet immeuble du quinzième arrondissement de Paris, chez mon père,
où j'ai croupi dix ans, du jour de la mort de ma mère à mes quinze ans. Je n'y
pense jamais, mais la nuit je le retrouve en rêve, cet appartement. Il me
retrouve. Toujours le même scénario dont je me réveille comme un fugitif
traqué, rassemblant quelques objets dans le désordre et sous la menace d'une
apparition paternelle. Il n'y a jamais eu aucune photo de moi ici." Ouvrir
la porte de l'appartement honni. Retracer pièce par pièce les souvenirs de ce
qui s'est joué jadis avec le père. Puis partir en ayant pris soin de laisser
l'enfance là où elle a eu lieu, encagée elle aussi.
Mon avis
Sa mère est morte lorsqu’il avait quinze ans et son père n’a
pas su ou pas voulu l’aimer. Il a vécu avec son paternel dans l’appartement
familial où il n’avait plus sa place, et où les compagnes défilaient. Il
dérangeait, il pouvait aller vivre chez un copain sans que personne ne se
préoccupe de lui.
Aujourd’hui, architecte renommé, il vit en Californie, avec
celle qui partage son quotidien. La meurtrissure du désamour de son père, il la
porte encore en lui, elle le hante dans ses cauchemars, elle envahit son
esprit. Il n’aura pas d’enfant, c’est décidé. Il ne peut pas, il ne s’en sent
pas capable.
Au décès de son géniteur, il récupère l’appartement. Que
faire ? Vendre sans y mettre les pieds ou se rendre sur place (en prenant
le risque de laisser remonter de tristes souvenirs) pour se libérer et enfin
tourner la page ?
Il est long et douloureux le chemin de la résilience, il
faut essayer de mettre des mots sur les maux pour panser les plaies, guérir et continuer
la route.
C’est avec une écriture délicate, précise, ciselée comme une
dentelle que l’auteur revient sur la vie de son narrateur. On passe du présent
au passé, étape par étape, au gré des pensées de cet homme qui revient sur ce
qui l’a fait souffrir. On a le sentiment qu’il cautérise les blessures en les
évoquant. Une manière pour lui de les « enfermer », de ne plus les
voir même si elles laissent des cicatrices, que l’on souhaite de moins en moins
visibles.
C’est une très belle lecture qui nous fait pénétrer dans
l’intimité des émotions d’un personnage qui a été détruit, dont la confiance a
été émoussée et qui a besoin de remarcher sur les traces de son histoire
personnelle pour évacuer tout ce qui encombre négativement sa conscience.
Hugo Lindenberg est psychologue clinicien, il sait exprimer
tout ce qui touche à l’intériorité, au plus profond de chacun, ce qu’on cache
et qui, parfois, comme dans ce roman, doit sortir pour libérer la parole afin
d’avancer.







