"Beyrouth Paradise" de David Hury

 

Beyrouth Paradise
Auteur : David Hury
Éditions : Liana Levi (5 Février 2026)
ISBN : 979-1034911912
320 pages

Quatrième de couverture

Décembre 2024. À Maameltein, le quartier rouge au nord de Beyrouth, les néons des super night-clubs ne brillent plus comme avant. Seul le Paradise ignore la crise, avec son décor kitsch, son champagne hors de prix et ses danseuses qui escortent les clients dans l’hôtel attenant. Lorsque l’une d’entre elles, une jeune Ukrainienne, disparaît, Marwan Khalil, ancien flic reconverti en détective privé, est chargé de la retrouver. La disparition d’une prostituée étrangère n’intéresse pas grand monde, mais pour Marwan, les disparus, c’est sacré. Ça le renvoie à ses copains miliciens évaporés pendant la guerre, et à celles et ceux qui ne sont jamais ressortis des geôles syriennes. Et dans le monde de la nuit, plus encore que dans le reste du pays, le silence fait loi et tous les coups sont permis.

Mon avis

Marwan Khalil était flic. Il n’a pas toujours été droit, c’est un homme désabusé, vidé par ce qu’il a vu, vécu. Il ne croit plus à son pays et pourtant il l’aime d’une certaine façon. Pour lui, les gouvernants ne sont pas à la hauteur, beaucoup de personnes bien placées sont corrompues, rien ne va vraiment. Il a perdu son couple, sa fille est partie étudier ailleurs et leurs liens sont sporadiques. Il voudrait moins fumer, moins boire, croire en d’autres possibles mais c’est difficile.

La vie est chère, très chère au Liban, en décembre 2024 alors pour améliorer ses finances, il s’est installé comme détective privé, recherches d’adultères etc. Un jour, une femme sonne à sa porte. Elle lui demande de retrouver sa sœur, une ukrainienne qui a disparu alors qu’elle travaillait comme danseuse dans une boîte de nuit de la ville. Il décide de mener quelques investigations. Bien entendu, il est loin de s’imaginer où tout cela va l’emmener.

Il a quelques entrées dans le monde de la nuit, dues à son ancien passé de flic, mais il va vite comprendre qu’il n’obtiendra que des bribes, juste de quoi le contenter pour qu’il laisse tranquille ceux qu’il interroge. Sauf que Marwan, il ne raisonne pas comme ça, il veut comprendre, il veut réussir et puis il sait bien qu’en fait de danse, les jeunes femmes sont des prostituées qui n’ont pas le choix car ceux qui les prennent sous leur coupe les exploitent. Et ça, ça ne lui plaît pas.

Marwan est meurtri, son pays est en perdition, l’électricité est intermittente, des individus retournent leur veste pour des raisons bizarres. Il se retrouve à solliciter son ancienne jeune collègue, l’épouse de son ex coéquipier qui ne veut plus entendre parler de lui (elle lui en veut car son mari est mort), des copains … il avance difficilement, pas à pas, prend une piste, se retrouve face à un cul de sac, repart sur une autre … Beaucoup lui conseillent d’arrêter de fouiner, de prendre du recul mais il ne peut pas. La cause lui semble juste et il continue, entêté, buté, acharné, prêt à en découdre malgré l’arrivée prochaine espérée et souhaitée de sa fille pour Noël.

Les chapitres sont assez longs, denses en informations historiques réelles et détailles, très bien amenées dans le texte. La trame est solide, très documentée. Les phrases, elles, sont plutôt courtes, percutantes, comme « crachées » dans l’urgence par manque de souffle. L’auteur a vécu à Beyrouth et son récit « vit » par son écriture expressive, sensible. Il nous éclaire sur les événements de cette époque, dans ce lieu. Son regard est aiguisé, pointu, tristement réaliste.

À travers son intrigue, il nous offre le portrait douloureux d’une ville, de ses failles, des ses souffrances, des ces courts moments suspendus où tout paraît à nouveau envisageable avant de retomber dans le marasme et les déceptions.

Dans ce recueil, la place des femmes est intéressante, certaines ont décidé de lutter, dans l’ombre ou pas. Elles veulent la liberté, le droit de décider de quoi sera fait leur vie.

« À la télévision, des centaines de Syriennes manifestent visages découverts, cheveux au vent, sur l’emblématique place des Omeyyades au centre de Damas. Elles réclament la démocratie et le respect des droits des femmes. »

J’ai aimé l’approche que David Hury fait de la politique, des événements présentés, des personnages (réels ou fictifs) cités et introduits dans le texte. Tout est parfaitement équilibré

Une lecture intense, édifiante, particulièrement réussie.

NB : une carte en fin d’ouvrage, permet de situer les principaux lieux évoqués.


"Aurore" de Nicolas Leclerc

 

Aurore
Auteur : Nicolas Leclerc
Éditions : du Seuil (6 Février 2026)
ISBN : 9782021590371
446 pages

Quatrième de couverture

À la suite d’un AVC qui la laisse paralysée du côté droit, Astrid, 75 ans, n’est plus capable de vivre seule dans sa maison isolée en pleine forêt jurassienne. Elle refuse de quitter son havre de paix malgré l’insistance de sa fille Mélanie, vétérinaire rurale au bord du burn out. Elles parviennent à un compromis en embauchant Aurore, une jeune aide à domicile timide et dévouée. Mélanie est vraiment soulagée. Mais très vite quelque chose cloche sérieusement. Qui est Aurore ?

Mon avis

Veuve, Astrid vit seule, à soixante quinze ans, assez loin du village, dans sa maison. Elle sculpte sur bois et a des commandes pour des églises voisines, dans le Jura. C’est un art qu’elle maîtrise, où elle s’épanouit et qui lui plaît. Elle le dit : « Créer, ce n’est pas reproduire, c’est interpréter. »

Elle a une fille, Mélanie, vétérinaire rurale, dévouée, débordée et mère d’Ewan, grand adolescent, qu’elle élève en solo.

Le père de Mélanie est décédé alors qu’elle avait dix ans et qu’elle était avec lui. Elle porte une certaine culpabilité (même si elle n’y est pour rien), et, inconsciemment, sa mère lui en veut. Les relations entre les deux femmes sont compliquées, tendues. Elles ont du mal à montrer leurs sentiments et donnent l’impression de se détester. D’ailleurs elles se font des reproches, n’arrivent pas à dialoguer. Astrid n’a jamais su être mère, la faute à son lourd passé et aux barrières qu’elle a érigées.

Et un jour, un AVC terrasse Astrid. À l’hôpital, elle est odieuse avec tout le monde, sa fille, les soignants… Elle veut rentrer chez elle, qu’on la laisse en paix mais son autonomie n’est pas suffisante. Personne ne sait comment « la prendre », la calmer. Seule Aurore, l’aide à domicile de sa voisine de chambre qu’elle visite quotidiennement, attire ses bonnes grâces. Attentionnée, agréable, douce, elle a tout pour plaire. Elle est disponible. Elle viendra aider Astrid à La Chaumoz. Cette dernière est prête, prête à accepter fauteuil, déambulateur, soutien, tout ce qui la révolte, pourvu qu’elle rentre chez elle. Alors, c’est un bon compromis, la mère sera accompagnée chaque jour pour les tâches les plus difficiles, elle n’aura pas sa fille sur le dos et, et celle-ci, à la limite du burn out, pourra bosser. Tout le monde est satisfait !

Aurore et Astrid s’entendent bien. Fille et mère sont soulagées dans un premier temps. Et puis, Mélanie trouve que cette assistante de vie prend un peu trop ses aises, elle essaie d’en parler mais elle est remise à sa place. Qui est là pour soutenir la malade ? Ce n’est pas elle, alors qu’elle lâche un peu du lest et ne cherche pas la petite bête.

J’ai senti la tension monter au fil des pages. Mon ventre se nouait, mes poings se serraient. L’auteur décrit avec précision chaque étape du rapprochement entre les deux femmes. On ne cerne pas immédiatement quelles vont être les conséquences. Les phrases, parfois courtes, nous percutent, d’abord avec des faits d’apparence anodines, puis avec les ressentis, les questions, les doutes qui s’installent. Mais comment faire lorsque les preuves vous échappent ou peuvent être remises en cause ?

Je ne connaissais pas cet auteur et j’ai été scotchée par son roman. D’abord, il décrit très bien la vie d’un vétérinaire de campagne (il s’est beaucoup documenté et tout ce qu’il présente est crédible), ensuite il installe une atmosphère familiale réaliste quelle que soit la génération évoquée. L’évolution de l’histoire est parfaitement pensée. Il montre les failles de chaque personnage, l’impulsivité de l’un, la colère d’un autre, l’orgueil qui bloque les contacts … C’est abouti et sans temps mort.

Un roman prenant, une lecture en apnée, tout ce que j’aime chez un excellent thriller !


"Résister" de Salomé Saqué

 

Résister
Auteur : Salomé Saqué
Éditions : Payot (16 Octobre 2024)
ISBN : 978-2228937597
146 pages

Quatrième de couverture

L’extrême droite est aux portes du pouvoir. Dans les urnes comme dans les esprits, ses thèmes, son narratif et son vocabulaire s’imposent. Il est encore temps d’inverser cette tendance, à condition de comprendre les rouages de cette progression et de réagir rapidement.

Mon avis

« Matin Brun », « Indignez-vous ! », ce n’est pas la première fois que quelqu’un tire la sonnette d’alarme et écrit pour nous rappeler qu’il faut être vigilants et agir.

Nos libertés sont en péril, les médias (dont beaucoup sont sous la coupe d’un même groupe) nous informent comme ils le veulent, de ce qu’ils veulent.

« À grands coups de millions, l’idéologie réactionnaire met progressivement la main sur les médias et reprend le contrôle de son image, impose ses thèmes dans lé débat public, ce qui lui permet d’importer et de banaliser son vocabulaire. »

Beaucoup de stratégies sont mises en place pour nous endormir, en jouant sur nos peurs. Après on s’éteint, on se tait, on subit, on oublie comment c’était avant et on laisse faire. Et pourtant, on est persuadés de ne pas être manipulés.

Dans ce court essai, aux nombreuses références (toutes expliquées dans les 22 pages de notes), l’auteur, journaliste, nous fait part de ses observations face à la montée de l’extrême droite en France. Elle rappelle qu’un site d’extrême droite préconise « une balle dans la nuque » pour se débarrasser de ceux qui investiguent, dont elle.

Après plusieurs courts chapitres consacrés à ce qu’elle a constaté ou étudié, Salomé Saqué donne des pistes pour renouer le dialogue et éviter les dérives. J’ai trouvé son manifeste intéressant, bien documenté mais pas autant percutant que ce à quoi je m’attendais.

Malgré tout, elle envoie un message fort.
Ne pas laisser l’indifférence s’installer face à la violence, ne pas être aveugle, garder son libre arbitre, cela semble simple mais…. se battre demande du temps, de la volonté, de l’énergie et parfois, on pense que d’autres le font très bien pour nous. Ce ne sera jamais suffisant … à chacun de résister !


"La psy" de Freida McFadden (Never Lie)

 

La psy (Never Lie)
Auteur : Freida McFadden
Traduit de l’américain par Karine Forestier
Éditions : City édition (17 Avril 2024)
ISBN : 978-2824638874
384 pages

Quatrième de couverture

Jeunes mariés, Tricia et Ethan recherchent la maison de leurs rêves. Alors qu'ils visitent un manoir isolé ayant appartenu au docteur Adrienne Hale, une psychiatre renommée disparue sans laisser de trace quatre ans plus tôt, une violente tempête de neige les piège sur place. Et la maison n’a rien d’un cocon rassurant... Il y a ces empreintes de pas récentes sur le parquet, ces bruits à l’étage, comme si quelqu’un vivait là. Pire encore : Tricia découvre une pièce secrète qui renferme les enregistrements audios de chaque patient du docteur Hale. La jeune femme les écoute les uns après les autres, tard dans la nuit.

Mon avis

Avant de commencer mon avis, j’avais presque envie d’écrire une liste d’avantages et d’inconvénients pour ce genre de lecture.

Tricia et Ethan, un jeune couple, tant par l’âge que la date de leur mariage et de leur rencontre, cherchent la maison de leurs rêves pour s’installer. Ce jour-là, ils visitent celle du docteur Adrienne Hale, une psychiatre connue. Elle a même écrit des livres qui ont du succès. L’agente immobilière n’arrive pas, et la neige tombe … Ils ont froid, la route est coupée, pas de réseau téléphonique … La totale comme on dit ! Que faire ?

Comme ils sont vraiment en détresse, ils arrivent à entrer dans la maison et se disent qu’ils vont y passer la nuit. Elle est encore meublée et Tricia la curieuse va découvrir les archives de la psychiatre. Et bien sûr, elle va mettre son joli nez là-dedans (qui a dit : « C’est bien une femme ? »). Des bruits bizarres, des découvertes surprenantes, le temps qu’ils passent dans cette demeure est pesant, les voilà déstabilisés …. Le suspense est prenant, on est sans cesse surpris par un nouvel élément. L’auteur a une imagination débordante !

C’est le livre idéal pour un voyage, une attente un peu longue, un après-midi où on a le souhait de s’évader sans se prendre la tête et surtout sans réfléchir !

Parce que, bien entendu, si on réfléchit, même pas beaucoup, on voit les invraisemblances, l’écriture basique, les ficelles et les coïncidences trop grosses, la traduction un peu légère, notamment au niveau de la conjugaison, le manque de consistance des personnages et de l’ensemble.

Il n’en reste pas moins qu’un jour de pluie, je l’ai dévoré dans l’après-midi. Ce roman ne me laissera pas un souvenir impérissable mais il m’aura détendue quelques heures.


"Clifton - Tome 16 : Le baiser du cobra" de Bédu

 

Le baiser du cobra
Clifton 16
Auteur : Bédu
Éditions : Lombard (1er Juin 1996)
ISBN : 978-2803610938
48 pages

Quatrième de couverture

Clifton a décidé de se rendre à Paris où son neveu Oliver va fêter son anniversaire. Mais voici que l’un de ses compatriotes est victime d’un mystérieux tueur. L’enquête s’annonce routinière pour ce fin limier qu’est le Colonel. Mais les initiatives de son neveu un peu trop entreprenant et plutôt casse-pieds vont pourtant lui compliquer singulièrement la besogne !

Mon avis

Un scénario qui tient la route avec Clifton qui vient en France afin d’être présent pour l’anniversaire de son neveu. Il en profite pour mener une enquête car une connaissance lui a demandé de l’aide. Il s’agit de trafic et les sujets abordés sont d’actualité. D’autre part, les malfrats sont bien campés, avec des profils plutôt crédibles.

Il y a des rebondissements dans cette histoire et la présence du jeune neveu, un tantinet imprévisible est un plus ! J’ai ri en lisant les bulles car il y a toujours un peu d’humour so british, pince sans rire. Le gamin a un peu de culot, juste ce qu’il faut pour bousculer toutes ces personnes bien pensantes.

Pour les dessins, Bédu a un trait de crayon qui me plaît bien, un peu arrondi, et de belles couleurs ! Les scènes sont parlantes et présentent bien les différentes situations auxquelles sont confrontés les protagonistes.

Clifton s’est même lâché et a osé quelques grossièretés ! Véridique !

Un très bon album !


"Il suffit parfois d'un cri ... " de Ludovic Deblois

 

Il suffit parfois d’un cri ….
Auteur : Ludovic Deblois
Éditions : Candela (12 Janvier 2026)
ISBN : 978-2492115028
354 pages

Quatrième de couverture

Au cœur du Pantanal, Marcelo Oliveira, ornithologue et défenseur des peuples autochtones, est retrouvé assassiné à son domicile. Refusant le verdict expéditif de la justice brésilienne, Dorothy Johnson, Rapporteuse spéciale des Nations Unies, décide de se rendre sur place. Très vite, elle comprend que l’affaire dépasse de loin le meurtre d’un scientifique engagé. À des milliers de kilomètres, dans le parc d’Etosha, en Namibie, un troupeau d’éléphants adopte un comportement aussi étrange qu’inquiétant. Amaya Quintero, éthologue passionnée, cherche à en percer le mystère. Rejointe par Nassim Améziane, expert en intelligence artificielle, elle s’engage dans une course contre la montre où la science se heurte à l’inexplicable et à l’aveuglement des pouvoirs.

Mon avis

En écoutant quelques podcasts de l’auteur, on s’aperçoit vite que cet ingénieur, entrepreneur, conférencier, développe une attention particulière pour l’avenir de l’homme et de la planète qu’il habite. Il est sensible à des thématiques essentielles et ce roman nous le prouve.

Dans son dernier titre, il est question d’éthologie (La science des comportements des espèces animales dans leur milieu naturel), de dérèglement climatique, d’écologie, d’ornithologie, etc. Le texte est très documenté, dans de nombreux domaines. Je connaissais certaines références, notamment sur les barges rousses, mais je suis impressionnée par la façon dont toutes les informations apportées ont été intégrées à l’intrigue, sans jamais être rébarbatives.

Le récit se partage entre plusieurs continents où des faits sont présentés. En Amérique du Sud, un homme engagé dans des actions en lien avec les animaux et les populations autochtones, est retrouvé assassiné. L’affaire est vite classée. Mais une rapporteuse des Nations Unies décide de se rendre sur place pour éclaircir ce meurtre. Elle comprend que les découvertes de ce scientifique ne plaisaient pas. Quant à elle, elle dérange et doit être vigilante.

En Afrique, des éléphants ont un comportement surprenant, ils peuvent même devenir agressifs.

En France, le président de la république veut une vie tranquille et n’aime pas trop les conflits, chasseurs, écologistes, il a d’autres soucis en tête ! Être au pouvoir, ce n’est pas évidemment, il doit écouter, réfléchir et agir avec discernement, parfois il oublie ….
Amaya Quintero, jeune éthologue observe des dauphins, des barges à queue rousses et essaie de décrypter leurs attitudes. Elle s’aperçoit que les sons émis par les animaux, les choix de migration, sont parfois une alerte que les hommes devraient prendre au sérieux. Mais ses patrons ne croient pas à ce qu’elle envisage et elle se sent seule.

Le lecteur suit ces différents destins en parallèle, l’un des points communs étant l’éthologie, plus ou moins moquée selon les protagonistes. Certains ne prennent pas cette science au sérieux. Probablement parce que cela les oblige à se remettre en cause, à accepter les capacités des animaux et ça… tout le monde n’est pas prêt à l’entendre ! Pourtant nous avons besoin d’eux et il est nécessaire de les comprendre et de préserver toutes les espèces.

Cet ambitieux et foisonnant roman est très intéressant car il évoque des causes qui me tiennent à cœur. Une belle atmosphère poétique s’en dégage. D’autre part, l’écriture est captivante, de qualité, tant au niveau du vocabulaire que du style. Les chapitres de quelques pages, donnent du rythme en passant d’un coin à l’autre de la planète. Chacun débute par le lieu et la date, donc on ne se perd pas. Les situations évoquées sont très parlantes. Certains individus se retrouvent face à des choix importants, comme Amaya. Elle ose se démarquer, tenir tête, affirmer ces décisions.

« Elle écouta l’appel de la nature. »

J’ai apprécié que les personnages aient du caractère, que quelques un évoluent, comme Nassim qui fait un vrai travail sur lui-même ou un autre qui se remet en cause (mais je ne dis pas de qui il s’agit, pour ne pas dévoiler quoi que ce soit).  Ludovic Deblois mêle habilement enquête, romance, légère anticipation, et vraies interrogations environnementales. Je l’avais lu, dans d’autres registres, et il a su me surprendre avec ce nouvel univers.

Une belle découverte !

"Obsessions" d'Emilie Chani

 

Obsessions
Auteur : Emilie Chani
Éditions : Taurnada (15 Janvier 2026)
ISBN : 978-2372581752
256 pages

Quatrième de couverture

1995. Un corps est retrouvé, soigneusement mis en scène. Rien d'un crime ordinaire. D'autres morts suivent, toutes marquées par des détails troublants.
Pour le commandant Victor Dufresne, l'affaire devient obsessionnelle. Derrière chaque indice, il devine un fil invisible, une histoire ancienne qui remonte à la surface.
Mais à mesure qu'il approche de la vérité, il se heurte à ses propres failles…

Mon avis

Ce roman s’inscrit dans deux temporalités.

Dans les années 80 avec Nina, que l’on voit grandir dans un foyer dysfonctionnel. À l’adolescence, les problèmes continuent, elle n’a pas un quotidien calme. Elle se protège comme elle peut en se forgeant une carapace. On s’interroge sur son devenir d’adulte. Quelqu’un lui tendra-t-il la main ? Sera-t-elle aimée ? Aimera-t-elle ? Sera-t-elle heureuse ou ce passé difficile l’empêchera-t-il de s’épanouir ? Comment s’est-elle construite ? On se doute que tout cela aura laissé des traces. Sera-t-elle assez forte pour cicatriser et vivre avec ses fragilités ? Avancer sereinement ?

1995, le commandant Victor Dufresne doit mener l’enquête. Un corps a été retrouvé. Des détails indiquent que l’auteur du crime a pris le temps de mettre en scène ce qu’il a fait. Pourquoi ? Cherche-t-il à faire passer un message ? Mais si c’est le cas, qui pourrait le comprendre ? Victor cherche des éléments pouvant l’éclairer, il est totalement obsédé par cette affaire. Veuf, il a du temps, ressasse souvent son passé, c’est un homme rongé mais bosseur. Il ne lâche pas même si ses collègues ont du mal à le suivre, ne voyant pas les mêmes éléments que lui. Il est impressionnant dans sa façon de raisonner, de reprendre ce qui pour lui, s’apparente à un indice en creusant encore et encore.

Emilie Chani installe une atmosphère où tous nos sens sont sollicités. Elle place son intrigue dans des périodes avec un contexte qu’elle maîtrise parfaitement, sans fausse note. Elle a dû se documenter pour que tout soit parfaitement crédible. D’ailleurs, pourquoi a-t-elle choisi ces dates-là ? Une fois son décor bien amené, elle explore avec finesse les relations humaines. Elle montre l’influence, la manipulation, le poids du passé, les mensonges qu’on finit par assimiler à des vérités. Elle présente des personnages qui « jouent » avec les autres, parfois tirant les fils comme pour une marionnette. Une question se pose également : qu’est-ce que l’amour ? Jusqu’où peut-on aller par amour ? Et quels sont les ingrédients d’une vraie amitié ?

Une grande part du texte est dédiée à la psychologie des personnages, à leurs actes et aux raisons qui les poussent à agir. Un être devient-il méchant à cause de ce qu’il a subi ou le mal l’habitait-il déjà ? Pourquoi veut-on se venger ? En retire-t-on du bien être ? Quand s’arrêter et pourquoi ?

 Les chapitres courts et l’écriture incisive maintiennent un bon rythme. Le style est posé, assez avec des détails pertinents, offrant un aperçu très visuel (une adaptation en film serait une excellente idée). Je me suis attachée à Victor, à son mal-être. Je l’ai suivi dans ses investigations et j’ai trouvé son évolution intéressante. C’est un homme à fleur de peau, je pense que c’est pour cela qu’il comprend les gens comme lui.

L’autrice construit son histoire à la manière d’un puzzle, dont les pièces ne sont pas toutes à notre disposition dès le départ. Cela nous emmène sur des chemins de traverse ou plusieurs hypothèses sont possibles (même si on a une petite idée), elle n’oublie pas d’en retourner quelques-unes pour qu’on ait seulement la face cachée à disposition. C’est très bien fait !

Un premier titre prometteur !