"Quand même" d'Olivier Zarrouati

 

Quand même
Auteur : Olivier Zarrouati
Éditions : Cherche Midi (22 Janvier 2026)
ISBN : 978-2749185262
434 pages

Quatrième de couverture

Quand Jean-Dominique Dauffarges, patron charismatique d’une PME, devient tétraplégique après un accident de voiture, son épouse Blandine se retrouve propulsée à la tête de l'entreprise. Alors qu'elle tente de sauver la société familiale, elle doit faire face à une épreuve plus déchirante encore : désespéré par la tournure qu'a prise sa vie, son mari a convaincu un ami médecin de l'aider à mettre fin à ses jours. La tentative échoue, le laissant dans un état végétatif. Mais Blandine doit continuer à se battre sur tous les fronts pour préserver sa famille et son usine.

Mon avis

L’orgueil des Dauffarges

Lui, c’est JoD, le patron, celui qui a repris l’entreprise après son père, celui qui connaît tous les rouages, qui sait négocier avec le banquier, les clients, les fournisseurs, qui est présent auprès des employés mais juste ce qu’il faut sans empiéter sur le rôle de chacun. Il connaît la valeur du mot confiance. Il a tout en tête, pas forcément sur le papier, mais, de toute façon, il gère de main de maître.

Blandine, c’est son épouse, plutôt dans l’ombre de cet homme charismatique, elle est la « femme de… ». On la connaît mais elle reste à sa place, s’occupe de la maison et des enfants, deux adolescents avec les problématiques de cet âge vers le passage à l’état adulte.

Lorsque JoD perd le contrôle de sa voiture, c’est l’accident et le diagnostic direct et cruel : tétraplégique. Seule la tête fonctionne, il peut penser, parler, mais pour tout le reste, il doit être assisté même pour un banal coup de fil ! La famille explose, chacun cherche sa place.

Blandine hésite sur la marche à suivre, mais il lui paraît essentiel de maintenir la firme à flots. Est-elle légitime ? Peut-être pas. À elle de le devenir, elle n’a pas le choix, être efficace, crédible, assurer les commandes donc les emplois… Qu’on la regarde de haut ou pas, qu’on doute d’elle, qu’on l’aime ou qu’on la déteste, un seul mot d’ordre : tenir, faire face. Elle doit enregistrer les informations au plus vite, avoir une main de fer dans un gant de velours

Et son mari ? Bloqué dans ce corps qu’il ne maîtrise plus, que fait-il ? Veut-il l’aider ou pas ? La laisser se débrouiller et faire ses preuves ? L’accompagner dans ses réflexions pour sauver la boîte ? Est-il profondément révolté face à son état ? En colère contre son impuissance ? Ces deux-là peuvent-ils encore communiquer et se comprendre ? Elle à courir sur tous les fronts, et lui coincé sur un lit ? Et que dire à tous ceux qui demandent des nouvelles, de quoi sera fait l’avenir, que répondre ? Et leur amour dans tout ça ? 

Un petit bout de femme dans un monde d’hommes avec ses codes, que doit-elle faire ? Sont-ils, tous, comme des loups, à attendre qu’elle s’effondre pour récupérer la meilleure part du butin ?

Ce roman est magnifique, il nous renvoie de nombreuses questions. Il présente une famille ordinaire, qui se retrouve face à un fait terrible. Cela oblige chacun à explorer des pistes, des facettes de sa vie, mais aussi de la vie en général. Qu’est-ce que la dignité humaine ? Est-ce qu’on la perd quand on est comme JoD, dépendant pour chaque geste du quotidien ? La personne, confrontée à ça n’aura plus jamais la place qu’elle avait avant, quelle est celle qu’elle veut, peut avoir et qu’on veut, peut lui donner ? Et si JoD demande à mourir ? Quel est le cadre légal ? Les textes écrits sont interprétables …. Comment être en paix avec tout ça ?

Aucun membre de la famille ne sortira indemne de ce qui est arrivé au père, les relations seront transformées, les personnalités évolueront. Tout sera bouleversé et chacun se remettra en cause : ai-je bien fait ?

L’écriture d’Olivier Zarrouati est pour moi frappante de justesse. L’auteur a réussi à trouver le bon équilibre, il n’en fait jamais trop. Les personnages sont humains dans leur faiblesse et leur force. J’ai vécu avec eux au jour le jour, je sentais chaque interrogation, chaque angoisse, chaque peur, chaque mini victoire. Je tenais la main de Blandine, je la portais dans mes pensées, puis je revenais vers les autres … J’étais en apnée, totalement immergée dans le récit.

C’est une histoire tellement vraie, tout donne matière à réfléchir, débattre, discuter, partager ses idées, écouter celles des autres….

Coup de cœur !


"Reste l'océan" de Marie Pointurier

 

Reste l’océan
Auteur : Marie Pointurier
Éditions : Liana Levi (15 Janvier 2026)
ISBN : 979-1034911660
162 pages

Quatrième de couverture

Béa promène son regard sur l’océan. Elle, qui passe ses vacances dans les Landes depuis l’adolescence, n’a jamais osé rejoindre les surfers qui filent dans les rouleaux. Son amie lui suggère d’essayer. Essayer ? Béa pense instinctivement qu’à quarante-cinq ans, il est trop tard. La tentation est pourtant forte maintenant qu’au mitan de sa vie, les choses se sont posées : ses filles sont grandes, sa carrière stable, son mari occupé. Un irrépressible élan vital fait tomber ses hésitations. Virgile, un jeune voisin, propose de la guider. Une fois dans l’eau, face à la beauté des éléments, une brèche s’ouvre. Désormais, ces moments d’euphorie occupent tout son temps, toutes ses pensées. Béa ne se coule plus dans le rythme familial ou les contraintes professionnelles : tous ses points d’appui cèdent face à son envie de liberté.

Mon avis

Il est là, vibrant, vivant, calme ou tumultueux, imprévisible parfois, indomptable, mais beau et majestueux. Lui, c’est l’océan. On l’aime ou pas. Mais on ne peut pas l’ignorer lorsqu’on vit près de lui.

Béa, quarante-cinq ans, est mère de famille, un mari, des jumelles, un boulot prenant. Et depuis longtemps des vacances dans les Landes. Une maison où elle est bien, où elle se ressource, avant de repartir sur Paris, la grande ville, la pression, les collègues. Mais c’est comme ça depuis toujours alors pas vraiment le choix.

Et puis un jour de congés, une envie irrépressible, presque une « obligation », impossible à calmer, difficile à expliquer, les vagues l’appellent, l’attirent. Depuis quelque temps, elle les regardait ces jeunes qui surfaient, qui prenaient du plaisir, jouant des flots, mettant leur corps à l’épreuve, s’épanouissant sur chaque spot. Elle est tentée. Pour une fois elle a le souhait de s’écouter.

Elle hésite, elle sait bien ce qu’elle va entendre, les « à ton âge ? tu crois que c’est une bonne idée ? et si tu te blesses ? et puis tu n’es pas entraînée… » Dans un premier temps, c’est comme un jeu, un pari, un brin de folie, un pied de nez à tous les bien-pensants. Elle se décide : elle va prendre des cours.

Et c’est le déclic. Non seulement, elle se passionne pour ce sport, mais elle devient totalement accro. La moindre occasion est mise à profit. Elle surfe et se lie avec Virgile, le fils des voisins. Il a bien grandi, son corps s’est modelé. Elle l’écoute, le suit.

Lors du retour en ville, elle nage, elle cherche à être plus résistante pour les futures sessions de surf.  

« Ne comptaient que le bassin de natation, la projection vers l’été à venir, le besoin de s’occuper de son corps. Pas pour qu’il soit mince ni même tonique, mais pour qu’il soit fort et qu’il soit son allié quand l’océan la malmènerait. »

Au bureau, on s’interroge sur ces heures de sport entre midi et deux. À la maison, son époux et ses filles se questionnent.

C’est un point de bascule au mitan de sa vie, pas seulement une parenthèse. Elle saisit vite que revivre les bons moments de surf ne lui suffit plus. Elle est dans l’urgence de surfer encore et encore. Quand elle est sur sa planche, ses sens et ses muscles sont en alerte. Les sensations de son corps dominent, l’océan lave toutes ses pensées négatives. C'est compliqué d'expliquer une passion, de mettre des mots sur ce feu qui vous consume, qui vous dévore de l’intérieur, qui vous emmène dans un univers où vous vous sentez, enfin, à votre place. Pourquoi se justifier lorsqu’on sait que les autres auront du mal à comprendre ?

Béa assume ses choix, reprend sa vie en main. Elle s’autorise à vivre cette exaltation, à écouter son cœur, à vivre ses rêves sans se préoccuper du regard des autres, du poids de la famille et du travail sur ses épaules. Ce choix qui la rend heureuse a ses contreparties, elle sait ce qu’elle risque de perdre, est-elle prête ? Que va-t-elle faire ?

C’est avec une écriture lumineuse, poétique, sensuelle, que Marie Pointurier rédige son récit. Elle montre l’évolution de cette femme, qui se découvre « amoureuse » d’un sport qui devient un élément indispensable de son quotidien. Elle en a besoin comme de l’air qu’elle respire. Le surf, l’océan la nourrissent. Les descriptions sont très fines, immersives. Moi qui aime l’océan, « j’y étais », je le voyais, je sentais le vent, les embruns, je l’entendais gronder …

Un premier roman magnifique !


"Les lutins diaboliques" de Greg, Azara, Bob de Groot

 

Les lutins diaboliques
Auteurs : Greg (texte), Azara (dessin), Bob De Groot (scénario)
Éditions : du Lombard (6 mars 1997)
ISBN : 978-2803612451
52 pages

Quatrième de couverture

Imaginez une route traversant la lande. Roulant sur cette route, imaginez une voiture conduite par le plus "british" et le plus futé des détectives depuis Sherlock Holmes. Ce qui se passe dans cette contrée dépasse toutefois l'imagination : des gnomes malfaisants écument la région et terrorisent la population ! Seul un Clifton peut élucider ce mystère et débarrasser l'endroit de ces épouvantables petits monstres qui font des grimaces horribles et tout à fait inconvenantes !

Mon avis

L’aventure de Clifton avec les lutins diaboliques s’arrête en page 32. Il y a ensuite quatre petites histoires. Cela fait donc cinq scénarios (scenari) pour un seul album. Si le flegme britannique et l’humour pince sans rire de Clifton sont toujours présents, le développement de chaque historiette n’est pas très recherché. Cela reste assez basique.

Les vignettes m’ont semblé plus petites, le dessinateur n’étant pas le même, c’est peut-être pour ça.

Je n’ai pas autant ri que d’habitude, je suis un peu déçue même si j’ai partagé un bon moment avec ce détective amateur et sa gouvernante !


"Dix-sept" de Mikaël Alex

 

Dix-sept
Auteur : Mikaël Alex
Éditions : Jarjille (1er Mars 2010)
ISBN : 978-2918658115
12 pages

Pas de quatrième de couverture

Mon avis

Mikaël Alex est un auteur et dessinateur stéphanois qui publie également sous le nom de Pizar.

Dans cette mini bande dessinée, il présente une jeune femme sur la plage. Elle s’éloigne avec un bateau pneumatique pour bronzer tranquillement un peu loin du rivage.

Seule la couverture est en couleurs. À l’intérieur, les dessins sont en noir et blanc, les vignettes de taille inégale en fonction de l’importance de ce qu’elles représentent.

Parfois le croquis se concentre sur une partie du corps.

C’est épuré et très expressif et la chute est excellente !


"À propos de Nora" de Kristin Koval (Penitence)

 

À propos de Nora (Penitence)
Auteur : Kristin Koval
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Héloïse Esquié
Éditions : Sonatine (8 Janvier 2025)
ISBN : 978-2383991731
464 pages

Quatrième de couverture

Julian Dumont, brillant avocat new-yorkais, revient dans la petite ville de montagne où il a grandi, au cœur du Colorado. Il est là pour aider sa mère, Martine, avocate respectée proche de la retraite, à défendre Nora Sheehan, une adolescente accusée d'avoir tué son propre frère. Les Dumont et les Sheehan se connaissent bien. Trop bien, même. Une histoire tragique unit les deux familles. Si elles ne se fréquentent plus depuis un drame survenu une vingtaine d'années auparavant, elles vont désormais devoir unir leurs forces pour comprendre Nora et la défendre. Mais les raisons pour lesquelles celle-ci a tué son frère demeurent obscures et la jeune fille s'enferme dans un étrange mutisme. Alors que le système judiciaire s'apprête à sceller le sort de Nora, des secrets enfouis depuis trop longtemps remontent bientôt à la surface.

Mon avis

Nora est une jeune adolescente et elle vient de tuer son frère dont elle était très proche (à peine un an les sépare) avec l’arme à feu de leur père. Elle l’a sortie du coffre et a tiré. Qu’est-ce qui a pu motiver un tel acte alors qu’ils s’aimaient et grandissaient tranquillement auprès d’Angie et David, leurs parents ? Pourra-ton jamais comprendre, expliquer, connaître les raisons de cet assassinat ? Car il faut bien appeler les choses par leur nom, elle est une meurtrière. Consciente ou non de ce qu’elle a fait ?

« Mais de nos jours, une fois que quelqu’un est accusé, tout le monde se précipite pour juger : c’est la présomption de culpabilité qui l’emporte. »

Martine, une connaissance de la famille, avocate proche de la retraite, est sollicitée pour assurer la défense de l’ado. Prenant l’affaire très au sérieux, elle demande à Julian, son fils, avocat lui aussi mais loin de là, à New-York, de venir l’épauler. Il accepte, sans se douter des remous que sa présence va entraîner. En effet, il est parti du Colorado, il y a une vingtaine d’années suite à un drame qui a mis à mal les relations entre les deux familles.

Le récit alterne le passé (où on découvre les adultes quand ils étaient jeunes) et le présent, avec la préparation, plus que délicate, du procès de Nora. Aux Etats-Unis, les prisons ne sont pas adaptées à des mineurs, ils peuvent être jugés dès quatorze ans comme des majeurs en fonction de la gravité du délit. De plus, la façon dont le système le système les traite ne fait qu’aggraver leurs problèmes au lieu de les aider. Il est donc nécessaire que les défenseurs de Nora anticipent et discutent avec elle, ses parents et le juge pour que tout soit réglé en amont.

Pour sa mère, c’est terrible, peut-elle pardonner à sa fille d’avoir tué son fils ?

« Le pardon n’a jamais été pour elle un but à atteindre au terme d’un processus ; il n’a jamais été une technique qu’elle devait apprendre, à laquelle il lui fallait s’entraîner. C’était un don reçu. »

Qu’a-t-elle raté pour qu’un événement comme celui-ci vienne détruire les rapports familiaux ? Elle s’interroge, s’en veut, ne sait pas comment agir avec Nora, ne sait pas que lui dire …

Les protagonistes n’ont pas le choix, la vie continue avec des relations tendues entre les uns et les autres, des questions, des non-dits, des secrets qui affleurent puis sont découverts…

Le geste de Nora a un impact considérable sur chaque personne, le poids n’est pas le même mais ce qu’elle a fait exhume le passé que chacun avait mis soit sous le tapis, soit derrière soi, s’efforçant de continuer à avancer … personne ne ressortira indemne ….

Ce récit montre les failles de la justice aux Etats-Unis, mais il développe également d’autres thèmes : la résilience, l’amour, l’amitié, la communication dans les couples, le mensonge, les conséquences des décisions que l’on prend.

L’auteur a choisi, volontairement, de ne pas donner certaines réponses, pour que le lecteur entre en réflexion et aille plus loin que la découverte d’un nouveau roman. J’ai trouvé cela subtil et intelligent. Son écriture (merci à la traductrice) explore les ressentis au plus profond de chaque individu. C’est très réaliste car le texte parle de la vie avec ses hauts, ses bas … C’est une très belle découverte.


"Le dernier roi de Marettimo" de Grégoire Domenach

 

Le dernier roi de Marettimo
Auteur : Grégoire Domenach
Éditions : Christian Bourgois (8 Janvier 2026)
ISBN : 978-2267056716
272 pages

Quatrième de couverture

Deux hommes se retrouvent après de longues années sur une petite île sicilienne. Ils furent autrefois les meilleurs amis du monde, quand Lorenzino venait passer ses vacances d'été à Marettimo où vivait Cesare. Mais un jour, Zino, comme on l'appelle, se trouve mêlé à une affaire de contrebande qui l'oblige à quitter précipitamment l'Italie. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il s'installe en France, le pays d'origine de sa mère, où Lorenzino devient Laurent. Il se construit une nouvelle existence sans jamais se retourner. Sans même faire signe à Cesare - jusqu'au jour où, cinquante ans après son départ de Marettimo, il éprouve le besoin de revoir son ami d'enfance pour lui confier ce qu'il a fait de sa vie…

Mon avis

Treize kilomètres carrés, à peine cinq cents habitants, c’est l’île de Marettimo, de l’archipel des Égades, en Sicile. Les ruines du château de Punta Troia, des gosses qui s’amusent : Pippo, Zino, Cesare -les rois-. Dans leur jeu, ils ne peuvent qu’être des rois, réussir leur vie, réussir dans la vie. Zino ne vient que l’été, pour les vacances et son ami c’est Cesare. Ces deux-là, grâce à un homme qu’ils croisent, découvrent le jeu d’échecs. S’affronter devient vite une passion dévorante. Trouver les meilleures stratégies, les coups les plus subtils. Ce besoin de jouer restera présent même lorsqu’ils seront séparés.

Ils sont nés dans les années 20. L’un est un enfant du cru, l’autre un vacancier. Leur lien est fort, mais pourtant à l’adolescence, Zino part et ne revient plus. La guerre arrive, le temps passe. Au début, Cesare pense que son ami reviendra puis sans nouvelles, il comprend que ce ne sera pas le cas. Lui, il reste sur place. Célibataire, il pêche, dessine. Cela lui convient.

« Pêcheur, ce fut mon métier, et comme tous les pêcheurs de ce monde, je n’ai jamais rechigné devant la difficulté de ce labeur, mais sans la sculpture, sans le dessin, je dois concéder que je n’aurais pas survécu bien longtemps. »

En mai 1988, une visite bouscule ses habitudes. Maurice, le fils de Zino, lui dit que ce dernier est à Marettimo et qu’il veut lui parler. Près de cinquante ans se sont écoulés, sans contact, ont-ils encore quelque chose à se dire ? Que va leur apporter cette rencontre ? La seconde guerre mondiale (et ce qu’a été leur quotidien à ce moment-là) n’a-t-elle pas laissé de douloureuses séquelles ?

Le présent n’est pas l’élément essentiel de ce récit. Rapidement, on part dans le passé et Zino nous raconte son histoire. Son cheminement n’a pas été linéaire, il a parfois fait des choix qui l’ont emmené sur des chemins de traverse. Parler de sa vie avec son vieux copain est l’occasion pour lui de revenir sur ses décisions, sur ce qui l’a obligé à bifurquer même s’il ne le voulait pas. Il s’est construit tout au long de ses années. Oui, tout aurait pu être différent mais avec des si on refait le monde…. Quand on revient à Cesare, on a son regard acéré sur Zino et sur lui-même, ce qu’ils sont devenus, ce qu’ils auraient pu être.

On a tous, à un moment ou un autre, été écartelé entre deux options, sans avoir le temps de tout peser. Zino, Cesare, se sont retrouvés dans cette situation et avec le recul, ils analysent tout ça.  C’est un magnifique roman sur l’amitié, la famille, le deuil, la résilience, le pardon, la réconciliation avec soi, avec les autres, le temps qui passe … Comme ils sont à Marettimo lorsqu’ils discutent, et que l’auteur évoque les paysages, l’atmosphère, ça allège le poids des mots. Comme si échanger au plus près de la nature, là où leur amitié a commencé, donnait une autre dimension à leurs propos, leur permettant de mettre à distance la souffrance, les erreurs …

L’écriture intimiste de Grégoire Domenach est délicate, il ne se pose jamais en juge, en censeur, il parle des hommes, de leurs blessures, de leurs bonheurs, de tout ce qui leur a permis de grandir pour s’accomplir. Rien n’est anodin, un rendez-vous peut tout bouleverser et modifier le cours de la destinée.

J’ai été conquise par le style, le contenu, c’est une merveilleuse lecture.


"Skeleton" de Tony Sandoval

 

Skeleton
Auteur : Tony Sandoval
Traduction de Flavien Girard
Éditions : Jarjille (10 Septembre 2013)
ISBN : 9782918658351
12 pages

Quatrième de couverture

Deux jeunes garçons projettent d'installer une antenne géante qui leur permettrait de capter leur émission favorite, Dino Warriors.

Mon avis

Tony Sandoval est scénariste et auteur de bandes dessinées, il est mexicain.

Dans cette mini BD, en noir et blanc, aux dessins crayonnés, il met en scène de jeunes enfants. Ils veulent regarder une émission conseillée par un copain. Leur télévision ne capte rien et ils décident de construire une antenne.

Mais ils nous entraînent rapidement dans leur univers un tantinet ésotérique. C’est juste un peu décalé, ce qu’il faut pour rêver.

Les personnages ont des têtes un peu grosses pour leur corps, ils sont ainsi facilement repérables. L’auteur a vraiment un style très personnel. Le trait de crayon (ou de plume ? je me suis posée la question) est très fin. Il donne du mouvement et amplifie le geste ou l’événement.

J’ai été fascinée par la pureté des tracés, par tout ce que l’auteur a pu présenter simplement comme ça. J’en serais bien incapable !