"L’adoption Cycle 2/ Tome 2 : Les repentirs" de Zidrou & Arno Monin

 

L’adoption Cycle 2/ Tome 2 : Les repentirs
Auteurs : Zidrou (scénariste) & Arno Monin (dessinateur, coloriste)
Éditions : Grand Angle (26 Avril 2023)
ISBN : 978-2818989364
72 pages

Quatrième de couverture

Jusqu'à présent, sa mère s'appelait Guerre, son père Exil... Désormais, ils ont pour noms Trahison et Abandon. Gaëlle et Romain ont adopté Wajdi, 10 ans, qui a grandi dans l'horreur de la guerre au Yémen. Mais la nouvelle vie française du jeune garçon n'est pas simple. Méfiant, endurci par les combats et les souffrances, et ne parlant pas un mot de français, Wajdi interprète mal les gestes les plus simples. Les heureux parents adoptifs vont vite déchanter, confrontés aux premières rébellions. Au gré des difficultés, le couple hésite à confirmer sa demande d'adoption.

Mon avis

Zidrou et Monin ont fait plusieurs albums sur le thème de l’adoption, ils vont deux par deux. Celui-ci est le second du « Cycle 2 » (il y a trois cycles pour l’instant).

Les Guitry ont deux grands enfants et après quelques démarches un peu longues, Wajdi arrive chez eux. Face aux difficultés, ils se questionnent sur le choix de cette adoption. Les papiers officiels ne sont pas arrivés, n’est-ce pas l’occasion de revenir sur cet engagement ?

Wajdi, de son côté, a perdu tous ses repères et il s’interroge probablement sur sa place parmi « ses inconnus » si maladroits avec lui. Il fugue…

Dans cet album, la grand-mère dit quelque chose de très beau.

« Une maman ça ne demande pas grand-chose à la vie.
L’écho du rire de ses enfants lors d’une partie de cache-cache.
Un câlin en regardant la télé.
Une confidence un soir de rupture.
Un joli dessin rempli de cœurs rouges… »

Elle dit ça en parlant à sa fille, mais ce serait la même chose pour un papa.

Cette bande dessinée s’adresse à des adolescents ou des adultes. Le sujet est grave, traité avec intelligence et soutenu par des dessins très expressifs et superbes.

"L’adoption Cycle 2 / Tome 1 : Wajdi" de Zidrou & Arno Monin

 

L’adoption Cycle 2/ Tome 1 : Wajdi
Auteurs : Zidrou (scénariste) & Arno Monin (dessinateur, coloriste)
Éditions : Grand Angle (29 Septembre 2021)
ISBN : 978-2818976890
72 pages

Quatrième de couverture

Originaire du Yémen, Wajdi a grandi dans l'horreur de la guerre. Une enfance brisée par les combats, les privations, les souffrances. Après de longs mois d'attente, Gaëlle et Romain accueillent enfin Wajdi chez eux. Méfiant, endurci par la force des choses et ne parlant pas un mot de français, l'enfant de 10 ans s'effraie des moindres bruits du quotidien et interprète mal les gestes les plus simples. Les heureux parents adoptifs vont être très vite confrontés aux premiers « non », aux premiers troubles de l'adolescence et aux premières rébellions.

Mon avis

Zidrou et Monin ont fait plusieurs albums sur le thème de l’adoption, ils vont deux par deux. Celui-ci est le premier du « Cycle 2 » (il y a trois cycles pour l’instant).

Les Guitry ont deux grands enfants et après quelques démarches un peu longues, Wajdi arrive chez eux. C’est un yéménite de dix ans. Il a fui son pays en guerre avec sa famille mais lui seul est encore en vie. Il ne parle pas français, tous les bruits l’effraient. Les personnes nouvelles ne le mettent pas à l’aise. Le changement est trop important pour lui, c’est terrible. Il fait des crises, se montre énervé voire violent.

Les auteurs montrent bien, à travers leurs magnifiques dessins et les dialogues, la difficulté tant pour les parents adoptifs que pour le jeune garçon. Ils sont maladroits, se sentent impuissants. Le barrage de la langue le bloque, tout est nouveau, différent. Chacun est mal à l’aise et la communication est ardue.

L’adoption d’un enfant « déjà grand » est parfois compliquée, surtout si l’échange de paroles est impossible dans un premier temps. Malgré la bonne volonté de ceux qui accueillent Wajdi, rien n’est simple. Son histoire personnelle est si lourde…

Des illustrations très réalistes, un contenu bouleversant, une très belle bande dessinée.



"Bigoudis & petites enquêtes - Tome 6 : Panique chez les petits vieux" de Naëlle Charles

 

Bigoudis & petites enquêtes - Tome 6 : Panique chez les petits vieux
Auteur : Naëlle Charles
Éditions : Archipoche (3 Avril 2025)
ISBN : 979-1039206259
500 pages

Quatrième de couverture

D'étranges incidents surviennent à l'Ehpad de la petite bourgade alsacienne de Wahlbourg... Alerté, le lieutenant Quentin Delval suggère aussitôt à Léopoldine Courtecuisse d'aller discrètement à la pêche aux renseignements. Personne n'est aussi doué qu'elle pour ce genre de mission. En contrepartie, son fils Tom pourra effectuer son stage à la brigade.

Mon avis

Miss Marple des bacs à shampoing est de retour ! Quel bonheur de retrouver son énergie, son humour et sa volonté d’en découdre avec ceux qui la titillent !

C’est la sixième et avant-dernière aventure de Léopoldine (Léo, la coiffeuse) et Quentin Delval (le gendarme), si j’interprète bien l’avant-propos. Sans doute pour éviter de nous lasser et puis le cœur de tout ça, c’est une petite ville et tout le monde ne peut pas être trucidé ! Mais bon, pour l’instant, ce n’est pas terminé donc pas de moral dans les chaussettes, simplement le plaisir de partager ce roman aussi riche que les précédents.

Léopoldine est associée avec Magalie, sa meilleure amie et elles tiennent un salon dans la galerie marchande. Comme souvent, les clients, et surtout les clientes, bavardent, les confidences et ragots sont légion. C’est le dernier endroit où on cause, comme on dit !

Denis, un copain de Quentin, vient le voir à la brigade. Il lui explique que son grand-père, à l’EHPAD, se plaint de certains faits surprenants, des objets qui se déplacent dans des endroits incongrus, entre autres. Rien de très méchant, mais le climat n’est pas à la sérénité. Comme Léo fait une permanence le lundi sur place pour peigner les anciens, Delval lui suggère d’interroger discrètement quelques résidents. En fouinant un peu (ça, elle adore !) elle découvre une lettre anonyme dans le bureau des cadres. Elle s’empresse de la montrer au lieutenant. Est-ce que ça vaut vraiment le coup de mener quelques investigations ? D’autres choses sont probablement plus urgentes…

Mais, de nouveaux actes de malveillance sont commis et le duo de choc reprend du service ! Comme pour les autres tomes, on alterne avec le point de vue de Quentin et celui de Léopoldine, chacun s’exprimant en disant « je ». Quelques fois, ils parlent d’une même situation mais chacun son ressenti et son approche. Léo est « associée » aux policiers qui lui demandent de l’aide, ce qui ne plaît pas à tout le monde. C’est difficile pour elle, d’autant plus que sa copine Mag est bizarre en ce moment. Alors que, d’ordinaire, elles ne se cachent rien, là, elle se tait et Léo est de plus en plus intriguée. Elle doit tout gérer : la boutique, les humeurs de sa camarade et ses deux ados (son fils est en stage de troisième avec les gendarmes et il jubile).

 Bravo à Naëlle Charles qui a su se renouveler ! Ce n’est pas évident vu qu’il n’y a pas pléthore de personnages (rappelés dans les premières pages pour ceux qui prennent la série en cours de route) et une bourgade, à taille humaine, où ça se déroule. En mêlant un peu plus son fils, Tom, aux recherches, elle apporte un vent de fraîcheur, un franc parler et un œil neuf. C’est une excellente idée. De plus, elle remue le passé de certains protagonistes avec des liens bien « ficelés » et mis en place au fil des chapitres.

Dans ce livre, elle aborde « l’amour » sous divers angles, à des âges variés avec le pourquoi des réactions des uns et des autres, le tout en essayant de résoudre une mystérieuse affaire. Ces protagonistes principaux ont pris de la consistance depuis le premier récit. On les sent de plus en plus vivants et présents, on a l’impression de retrouver des familiers qu’on côtoie dans la vie réelle avec leurs qualités et leurs défauts.

Je me suis régalée. Comique de situation, tensions, suspense associés à une écriture pétillante, que demander de plus ? C’est parfait !


"Il est long le chemin du retour" d'Attica Locke (Guide Me Home)

 

Il est long le chemin du retour (Guide Me Home)
Auteur : Attica Locke
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicolas Paul
Éditions : Liana Levi (27 Mars 2025)
ISBN : 979-1034910625
340 pages

Quatrième de couverture

Une étudiante noire a disparu, mais personne ne semble s’en inquiéter à part son ami sans papiers Rey – qui a retrouvé son t-shirt ensanglanté dans la forêt – et la femme de ménage de la sororité d’étudiantes blanches où elle vivait. Cette femme n’est autre que la mère de Darren Mathews : elle saisit l’occasion pour tenter de renouer avec son fils. Celui-ci accepte à reculons de se pencher sur la disparition de la jeune fille, formant avec sa mère un improbable duo d’enquêteurs. La disparition de Sera les entraîne d’abord sur la piste du harcèlement raciste, puis sur celle de l’entreprise qui emploie et loge la famille de la jeune fille : Thornhill.

Mon avis

Avant de dire quoi que ce soit sur ce roman, je tiens à saluer le courage dont fait preuve Attica Locke. Elle est née au Texas et dans ses écrits, elle s’interroge sur les tensions raciales dans le Sud des Etats-Unis (elle est bien placée pour en parler car elle a des origines africaines) et elle le fait avec brio mêlant fiction et réalité.

C’est le troisième titre qui est publié aux éditions Liana Levi. On y retrouve Darren Mathews, un Ranger noir (ce qui est rare, il faut le souligner), miné par une histoire personnelle difficile dès son enfance (il est en froid avec sa mère). Il a divorcé, il est maintenant amoureux de Randie mais il boit trop. Il se questionne sans cesse sur son rôle, se sentant écartelé entre la vérité du terrain et ce qu’a promis Trump (on est 2020, quatre ans après l’élection). Il est désappointé et sa fierté de faire ce métier a disparu. Le racisme latent, même envers lui qui représente l’autorité, le dérange. L’application disparate des lois le gêne, la suprématie blanche l’insupporte alors il a fini par démissionner.

Et voilà que celle qui l’a mis au monde débarque chez lui. Il n’a pas envie de lui parler mais elle l’interpelle. Elle fait le ménage dans une sororité où se côtoient des étudiantes venues de tous les milieux. Mais elle a le sentiment que l’une d’elles, Sera, a disparu. Elle est persuadée que ce n’était pas volontaire et qu’elle a sans doute été harcelée à cause de la couleur de sa peau. Darren s’en fiche, il n’a pas envie de se mêler de cette histoire et puis … Il y va et découvre des jeunes filles blanches qui le regardent de haut, méprisantes face à lui. Il ne veut pas en rester là et rend visite aux parents de cette élève. Ils habitent Thornhill. Une « cité » où ils sont logés, aidés par leurs patrons et où « tout va bien ».  Mais sous des dehors bien « policés », n’y-a-t-il pas anguille sous roche ? Se fiant à son instinct, l’ex fonctionnaire décide de creuser, de fouiner. Il est malgré tout sur la corde raide car il risque d’être jugé pour une ancienne affaire et il est « surveillé » de près.

Ce récit est exceptionnel, c’est pour moi le plus abouti des trois que j’ai lus. L’auteur ose parler politique, glisser des faits réels (les afro-américains ayant voté pour Trump, en lui faisant confiance avec ses beaux discours, qui sont déçus et ne le disent pas) dans un texte qui multiplie nos émotions. Elle est dure avec le gouvernement, elle ne mâche pas ses mots, elle a les yeux ouverts et ouvre les nôtres.

« Or, un charlatan talentueux avait pris le volant, et atteint la Maison-Blanche. On racontait qu’il avait prononcé plus de dix mille mensonges depuis qu’il avait prêté serment, et enfreint un nombre incalculable de lois. »

Elle a superbement construit son intrigue. On suit les protagonistes d’un bord ou d’un autre, avec leurs peurs, leurs difficultés, leur attitude face aux obstacles, leurs mensonges pour s’arranger avec la vérité. Darren en apprend plus sur ses premières années, il est déstabilisé, se reprend, replonge … Il est terriblement humain et attachant.

Cette lecture m’a bouleversée par tout ce qu’elle véhicule et procure de réflexions et d’émotions. Le cœur et l’esprit sont touchés indéniablement.

NB : à lire avec un album d’Aretha Franklin pas trop loin …

"L’invitation" de Sebastian Fitzek (Die Einladung)

 

L’invitation (Die Einladung)
Auteur : Sebastian Fitzek
Traduit de l’allemand par Céline Maurice
Éditions : L’Archipel (27 Mars 2025)
ISBN : 978-2809851632
386 pages

Quatrième de couverture

Depuis des années, Marla Lindberg suit une psychothérapie. Atteinte de prosopagnosie – cette incapacité à reconnaître les visages –, elle a appris que son cerveau lui jouait des tours dans les situations extrêmes... Lorsqu'elle reçoit une invitation pour participer à une réunion d'anciens élèves dans les Alpes, Marla l'accepte. Mais quand elle arrive sur place, au milieu des montagnes enneigées, le Chalet des Brumes est désert.

Mon avis

Marla n’a pas eu une enfance facile et rien ne s’est vraiment apaisé à l’adolescence. Elle a pourtant tenu bon et arrive aujourd’hui, à avoir une activité professionnelle. Elle « aide » la police en visionnant des vidéos. Le but ? Voir tout ce que les autres ne voient pas. Elle a un don d’observation accru. Elle perçoit et enregistre une foule de détails qui échappent au commun des mortels. Après une brève conversation avec une personne, elle analyse l’environnement, la tenue, les tics, la posture et tire des conclusions plutôt pointues. Par contre, elle souffre de prosopagnosie et si elle n’a pas retenu quelques éléments précis du visage ou de l’attitude de l’individu, il se peut qu’elle ne le reconnaisse pas. Ce handicap l’isole quelque peu mais elle s’en accommode, elle préfère être seule. Comme elle a subi de nombreux traumatismes, cette solitude l’arrange, un peu comme une barrière de protection.

Malgré tout, elle aimerait être comme avant. Avant le jour où tout a basculé, le jour où la peur a été telle qu’elle n’a pas pu s’en remettre… Lorsqu’elle reçoit une invitation pour un week-end en montagne avec les anciens élèves de son lycée, elle pense que c’est l’occasion qu’elle attendait. Revoir ses anciens camarades, parler, échanger, rire ensemble, se dire les choses et repartir sur de bonnes bases pour être « elle-même » et se libérer de ses angoisses.

Est-ce la bonne solution ? Une fois arrivée sur place, il n’y a personne. Pourtant les chambres semblent occupées… La tension monte, Marla a beau faire des repères, elle se rend compte que rien n’est clair. On est dans un huis clos étouffant et à l’extérieur la vie continue.

Tout l’art de l’auteur, c’est de rendre « possibles » des situations totalement improbables. Bien sûr, si on creuse, on va penser que ce n’est ni réalisable, ni logique. Mais trop tard, on est piégé. Avec lui, tout est réalité et illusion en même temps. L’exactitude d’une page peut être le contraire dans la suivante. Il joue avec nos nerfs, nos certitudes, il nous enserre dans son intrigue, avec des personnages ambivalents, déstabilisants, des faits bizarres qu’on ne sait comment interpréter.

Il nous renvoie des questions ? Qui est-on vraiment ? Qu’est-ce qui nous « façonne » ? Notre passé, notre présent ? Qu’est-ce que la violence, comment s’exprime-t-elle ? Un individu peut-il faire le mal par plaisir, pour voir souffrir un être humain ? Quand une mauvaise action est faite par un groupe, qui est coupable ? Celui qui a agi, celui qui a suggéré l’idée ou tous ?

Avec des chapitres courts, un suspense permanent, le lecteur plonge dans ce récit et ne le lâche plus. L’écriture (merci à la traductrice) de Sebastian Fitzek est incisive, précise, troublante quelques fois. Il ouvre des pistes et on se demande s’il faut les suivre. Le profil psychologique des protagonistes est étudié pour coller à l’histoire, la rendre crédible. Personne n’est vraiment « lisse », les caractères ont plusieurs facettes et on se demande sans cesse où est la vérité.

Ce roman est très prenant, surprenant également, je ne m’attendais pas aux rebondissements tout au long du texte et encore moins à la fin !

Mais où va-t-il chercher tout ça ? Et bien dans la postface, il y a quelques réponses, je laisse chacun les découvrir !


"Jacqueline, je t'écris" de Jean-Michel Bartnicki

 

Jacqueline, je t'écris
Auteur : Jean-Michel Bartnicki
Éditions : Libre 2 Lire (19 octobre 2024)
ISBN : 978-2381575605
312 pages

Quatrième de couverture

Un témoignage authentique et poignant sur la fin de vie, et ce que l’amour peut offrir en pardon. Bouleversant !

Mon avis

Lorsque sa mère n’a plus été capable de rester seule à domicile, Jean-Michel Bartnicki a dû prendre la douloureuse décision de la placer en EHPAD. C’était en 2017. Il écrit que c’est à partir de ce moment-là qu’il a pu « l’aimer ». Elle a pu rester dans cette résidence plusieurs années avant de mourir.

L’auteur a eu besoin de poser des mots sur cette période mais également sur tout ce qu’il a vécu depuis qu’il était enfant lorsque ses grands parents l’ont élevé. En cherchant des explications pour comprendre ce qu’il entendait le concernant quand il était petit et le pourquoi de cette situation, il a « retracé » son histoire.

Ce livre est l’occasion pour lui, de se confier, de « parler » à sa maman (il l’interpelle souvent), de dire tout ce qu’il a sur le cœur. Les questions laissées en suspens, les reproches, ce qui a été « beau ». Tout ne peut pas être négatif dans un chemin de vie mais parfois la route est bien caillouteuse.

Dans ce témoignage, sans langue de bois, de nombreux thèmes d’actualité sont présents. Que faire face à la vieillesse de nos parents, quand ils perdent en autonomie ? Oui, c’est un « crève-cœur » de leur faire quitter leur domicile mais quand les troubles cognitifs sont là, quelles décisions prendre ? A-t-on le choix ?

La présentation de tous ces souvenirs alterne avec des dialogues entre la mère et le fils (elle s’exprime souvent en patois et les « traductions » en bas de page sont nombreuses), des lettres retrouvées dans la demeure familiale, des réflexions personnelles…

Cette dame ne savait peut être pas aimer ou tout simplement, elle était maladroite pour montrer son amour maternel. Je ne me permettrai pas de la juger. Ce récit intime, douloureux, a probablement permis à celui qui l’a rédigé d’aller mieux. Certains lecteurs penseront « à quoi bon », d’autres y trouveront une forme de réconfort en se disant « je me sens moins seul face à tous ces problèmes que je rencontre avec mes parents, d’autres les ont vécus », d’autres encore apprécieront une forme de « courage » pour aller si loin dans la confiance envers celui qui lit et la confidence.

Ce type de texte entraîne forcément quelques répétitions dans l’écriture. Il vaut mieux s’en détacher pour apprécier le contenu et se dire que ce qui est beau et essentiel, c’est que Jean-Michel et Jacqueline aient fini par se rapprocher et …. s’aimer.


"L'Arabe du futur : Moi, Fadi le frère volé - Tome 1 : 1986-1994" de Riad Sattouf

 

L'Arabe du futur : Moi, Fadi le frère volé - Tome 1 : 1986-1994
Auteur : Riad Sattouf (texte et dessin)
Éditions ‏ : ‎ Les livres du futur (8 octobre 2024)
ISBN : 978-2959133725
146 pages

Quatrième de couverture

Ce nouveau projet repose sur les histoires que Riad Sattouf a recueillies en 2011 et 2012 auprès de son frère Fadi Sattouf. Dans ce récit, c'est Fadi le narrateur : il retrace son parcours, de son enfance heureuse en Bretagne auprès de sa mère adorée et de ses grands frères, Riad et Yahya, jusqu'à la Syrie de son père, rude et inconnue pour lui.

Mon avis

Riad Sattouf a retrouvé son frère le plus jeune, Fadi, en 2011, vingt ans après l’enlèvement de ce dernier par leur père qui l’a emmené en Syrie avec lui. La mère, restée en Bretagne avec ses deux aînés s’est battue pour le récupérer et divorcer.

Pourtant, Fadi est resté pendant des années en Syrie, à tel point qu’il en a perdu son français, ses habitudes… Au moment des retrouvailles, il a échangé avec Riad et celui-ci a décidé de créer une nouvelle bande dessinée à partir de son histoire. Trois tomes sont prévus, le premier est sorti en octobre 2024.

C’est raconté du point de vue de l’enfant. On peut être surpris par la précision des souvenirs alors que Fadi est très jeune. Peut-être a-t-il regardé des photos, questionné quelques cousins pour retrouver tout ça. Peu importe. On découvre comment ce père a vendu du rêve à son fils, en lui offrant des bonbons, en lui disant que sa maman l’avait oublié, que ses frangins n’étaient pas gentils avec lui (et eux comment ont-ils vécu ce kidnapping ? Ne se sont-ils pas dit « c’est de notre faute ») et qu’il était bien mieux avec lui …. C’est cruel de profiter de la situation de malléabilité d’un petit pour le « mettre à sa main » et le conditionner… Comment se construire ? Le père a vraiment été dur, menteur, méprisant envers les femmes, manipulateur …

On suit donc le quotidien de Fadi sur huit années, c’est son enfance et on voit petit à petit la « bascule » se mettre en place. Il est plus du lieu où il grandit maintenant que de celui où il était avant, même si des « flashs » avec l’image de sa maman reviennent régulièrement. Le dessin expressif et les couleurs sont identiques aux titres précédents. Les dialogues portent à la réflexion. Il y a une pointe d’humour ce qui évite de nous « plomber » le moral en pensant à ce gamin loin de sa famille maternelle.

Ce récit correspond au tome 4 de « L’arabe du futur » et permet de voir les événements d’un autre côté. J’ai beaucoup apprécié de cette lecture, enrichissante et intéressante.