Les chemins écarquillés
Auteur : Aurélien Blanchard
Éditions : Christian Bourgois (5 Mars 2026)
ISBN : 978-2267059410
160 pages
Quatrième de couverture
Habitué des petits boulots, des basses besognes et des
aller-retours en prison, Braque se voit confier une étrange mission. Il doit
escorter, chez un éminent zoologue, une étrange créature. Chose laide et
silencieuse aux grands yeux tristes, à mi-chemin entre le tamanoir et un
adolescent humain mâle, la créature se déplace tantôt à quatre-pattes et tantôt
debout, se refusant à toute classification taxonomique. Il lui donnera un nom :
Victor. Braque aime le silence, et Victor le lui rend bien. Mais la créature
gêne et dérange.
Mon avis
Attention ! Pépite littéraire !
Nous voici, quelque part dans un monde où la vie n’est plus
la même, où les mégafeux font des dégâts, où les mots solidarité, respect,
écoute, ont disparu, où internet s’est éteint, où rien ne sera plus pareil
parce que les humains ont gâché ce que les générations précédentes leur avaient
offert…
« Il n’y a pas eu de révolution, pas de catastrophe,
juste un effondrement progressif où tout le monde s’est en quelque sorte replié
sur soi-même, sans changer grand-chose en fait. »
Braque n’a pas vraiment réussi sa vie jusqu’à maintenant.
Entre petits boulots minables et séjours en prison, il n’a rien vécu de bien
agréable et il ne sait pas quelle direction prendre. Alors, quand on lui propose
une étrange mission, il accepte en se disant qu’il verra bien après. Ce qu’il
doit faire ? Escorter une « créature indéterminée » chez un
docteur en zoologie. Il gagnera quelques billets et ça lui permettra de voir
venir la suite.
Le voilà donc sur les routes avec cet être qui respire, ne
parle pas, se déplace et qui a, disons-le carrément, rien d’humain… à part,
peut-être, ses yeux. D’ailleurs, Braque a parfois le sentiment qu’un éclair de
compréhension les traverse mais il se doute qu’il se trompe et ne pousse pas la
réflexion au-delà.
Un étrange lien va se tisser entre eux. Braque n’arrive pas
à comprendre pourquoi il s’attache à Victor (c’est ainsi qu’il le nomme). Sans
dialogue possible, quel intérêt ? Mais les faits sont là, inexplicables.
Comment envisager le futur ? Il se doit de le déposer au lieu du
rendez-vous, c’est son job.
On ne peut pas tout maîtriser et tout ne se déroule pas
comme c’était prévu. Braque se retrouve dans des situations délicates à gérer.
Il doit réfléchir, prendre du recul, décider vite parfois. Il fait des choix,
bons, mauvais ? Chacun pensera ce qu’il veut. Moi j’ai ma petite idée.
Le récit, avec quelques pointes d’humour, est d’une grande
profondeur. Il parle de la vie, de l’amour, de l’amitié, de ce que construisent
ou détruisent les hommes, quelques fois par égoïsme ou par pur besoin de
pouvoir. L’atmosphère est particulièrement bien décrite, en fonction des
situations, on sent la peur, l’affection, le soulagement ou autres ….
Portée par une écriture magnifique, avec un vocabulaire
recherché, de qualité, ce roman m’a conquise, charmée. Le choix des mots est exquis,
précis. Moi qui aime la poésie, les phrases bien rédigées, je me suis régalée
(j’ai même sorti mon dictionnaire !). Pour autant, l’auteur ne sombre pas
dans le grandiloquent, il a su parfaitement doser son propos. Il n’en rajoute
pas, il montre les atermoiements, les différentes options qui se présentent,
les réflexions que ça engendre… Et ses descriptions sont superbes.
« Le silence non pas comme une toile blanche, mais
cadre texturé, canevas ou matière brute qui porte déjà en elle-même ses formes
possibles. »
Le texte d’Aurélien Blanchard est « enveloppant » (je
ne sais pas si j’ai pris le meilleur terme pour exprimer mon ressenti), il dégage
une certaine forme de douceur malgré des événements graves de temps à autre. Pour
un premier titre, c’est vraiment très réussi. Original, porteur de sens et
plaisant à lire !






