Les larmes d’Isabela
Auteur : Gérard Coquet
Éditions : M + (19 Mars 2026)
ISBN : 978-2382113400
390 pages
Quatrième de couverture
1946. De Madrid aux quais de Lisbonne, une traque implacable
entraîne des hommes et des femmes en fuite vers l’inconnu. Dans l’ombre des
dictatures et des prisons, certains survivent, d’autres disparaissent. Tous
portent en eux des blessures que rien n’efface. Au fil des exils, les voix se
croisent : celle de Santiago, résistant traqué, de Doña Eva, figure ambiguë de
Lisbonne, de Lucía, jeune femme téméraire. De Sisa
et de sa folie. Entre fidélité et trahison, désir et vengeance, chacun affronte
la part d’ombre qui le poursuit.
Mon avis
« Ici, les hommes n’ont ni passé ni avenir. Ils survivent
juste, en attendant quelque chose qui ne vient jamais. »
1946, l’Espagne, le franquisme. Ceux qui adhèrent et y
croient, ceux qui les combattent. Un raccourci ? Oui, car rien n’est jamais
blanc ou noir, ce roman est là pour nous le rappeler.
Tout débute à Madrid, où des documents secrets et importants
changent de main. Non sans dégâts, un blessé grave qu’un docteur et Lucía viennent
soigner discrètement. On fait alors connaissance avec cette jeune femme
rebelle, intelligente, déterminée et le plus souvent, prête à tout. Suite à ça, la police mène l’enquête. Ils sont
plusieurs dont Ramón Gutiérrez à qui on confie l’essentiel des recherches. Il
ne comprend pas pourquoi lui, ce n’est pas sa spécialité. Quelque chose lui
échappe et déjà le lecteur sent le poids des non-dits. On lui adjoint deux
brutes épaisses, du style « je cogne et je réfléchis après, je torture
pour avoir une réponse… » et il arrive à imposer un petit jeune qui lui
semble dégourdi pour l’aider dans ses démarches.
Il est plutôt adepte des méthodes où on observe, on discute,
voire on fait des compromis. Rien à voir avec ce que pensent ceux qui bossent
avec lui. Donc pas facile. Et puis, au-dessus, sa hiérarchie demande des
comptes. Il veut prendre le temps, les seconds non. Leurs façons de fonctionner
se heurtent et chacun avance ses pions, espérant faire mieux que l’autre. La
communication s’en ressent et c’est plus compliqué pour progresser.
Ce récit offre plusieurs points de vue, ceux qui investiguent,
ceux qui fuient, ceux qui se cachent, ceux qui manipulent etc et les réactions
des uns et des autres. Dans les luttes de pouvoir, on comprend vite que
beaucoup ont une part d’ombre, qu’il est difficile d’éviter la violence pour
obtenir des résultats. J’ai trouvé cet aspect du texte très pertinent, cette
ambivalence entre le bien et le mal… Au nom de la liberté, peut-on tout se permettre ?
Les personnages sont intéressants, il y a de très beaux
portraits de femmes. Ce qui est encore plus captivant, c’est de voir leur
évolution au fil des événements. Comment les faits peuvent changer leurs
perceptions. Santiago m’a plu. Finalement, il s’adapte quand il n’a pas le
choix, il ne reste pas trop à ressasser, c’est bien et c’est ce qui l’aide à
tenir dans les moments plus difficiles. Il a une force de résilience hors du
commun.
Je n’ai jamais été perdue et je n’ai ressenti aucune
longueur. J’ai apprécié que certains protagonistes aient une part plus fragile,
cela les rend d’autant plus humains. Il y a du rythme, tout s’enchaîne. L’écriture
de l’auteur est fluide, prenante. J’ai lu d’autres titres de lui et il a
vraiment sur se renouveler.
Je pense que, pour écrire ce livre, il s’est beaucoup documenté.
Il évoque Francisco de Quevedo, un poète, que je ne connaissais pas et cela m’a
donné envie de le lire ainsi que l’histoire du franquisme. Il parle également d’Isabela
que j’ai pu découvrir et ainsi comprendre le titre. Cela m’a fait froid dans le
dos d’ailleurs…
Un texte abouti et
une belle réussite !

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