Saigon
Auteur : Niels Labuzan
Éditions : Liana Levi (5 Mars 2026)
ISBN : 979-1034912117
272 pages
Quatrième de couverture
L’étouffante chaleur humide, le brouhaha de la foule sur les
quais, mais aussi une inquiétante sensation d’être surveillé, voilà ce qui
saisit l’inspecteur Isidore Challe quand il descend du paquebot à Saigon, après
plusieurs semaines de navigation. Il ne sait rien de cette colonie, où
l’administration française l’a muté contre son gré. Le lendemain de son
arrivée, il est conduit dans les quartiers de l’armée pour constater un
important vol de poudre explosive. Quartiers dans lesquels une main inconnue a
dessiné sur un mur une orchidée noire. Que signifie cet étrange symbole déjà
apposé ailleurs dans la ville ? Et pourquoi un notable de la communauté
française est-il assassiné le jour suivant ? L’enquête s’annonce difficile car
Saigon est impénétrable.
Mon avis
Saigon était en guerre permanente, prise dans un conflit
entre l’ancien, le primitif et le nouveau.
À Saigon, l’année 1900 n’a pas encore vu le jour. L’inspecteur
Isidore Challe, « puni » pour une erreur faite à Paris, vient d’être muté
dans cette ville, sans sa femme. Lorsqu’il arrive, après plusieurs semaines de
navigation, le bruit, la chaleur humide et une ambiance particulière le
prennent à la gorge.
Isidore est rapidement confronté à une situation délicate. Dans
le quartier de l’armée, un vol de poudre explosive vient d’avoir lieu. Il veut
mener ses investigations comme il l’entend mais on lui fait vite comprendre que
ce n’est pas ce qu’on attend de lui. On ne mélange pas armée et police qui ne s’aiment
pas… Il n’a pas à se mêler de ce que
font les militaires. Il n’a pas à fouiller, il doit être présent mais discret
et surtout, pas de vague… Il n’aime pas ça. Il a toujours voulu la justice et n’entend
pas céder aux pressions.
« Il était sous surveillance, oui, mais ne serait
jamais sous le contrôle de quelqu’un … »
Un symbole attire son attention. Il l’a vu à plusieurs
endroits, et l’assimile à une revendication (d’autant plus qu’il était présent
sur le lieu du vol de poudre). C’est une orchidée noire. Quel est son sens ?
Qui la dessine et pourquoi ? Qui sont ces hommes et ces femmes de l’ombre
unis, probablement, pour une cause et un combat dont il ignore tout ? Qui
est ce Maître Yi, que beaucoup semblent connaître ? Pourquoi a-t-il l’obligation
de ne pas le contacter, et encore moins de le rencontrer ?
Le gouverneur général de l’Indochine est Paul Doumer. Sa
mission est sans doute de redresser les finances et de rendre cette colonie
rentable mais il est fuyant quand Challe essaie de lui parler. Un notable est
assassiné et là aussi, Isidore décide d’enquêter. Il cherche et dérange. Il est
isolé. Seul Quang, un homme du cru, le soutient (comme il peut). C’est en fait
un adjoint précieux, qui apprend à se faire oublier pour mieux observer et rendre
compte. Leurs recherches les entraînent dans le quartier de Cholon. Ils n’y
sont pas les bienvenus et l’atmosphère est bien particulière.
« Cholon se révélait être un lieu de contradictions,
un miroir tordu de l’existence humaine où la dignité et la dépravation se
côtoyaient sans cesse dans un échange perpétuel. »
Ce qu’il entrevoit ne correspond pas toujours à ses
convictions profondes, Isidore se sent écartelé, tiraillé. Mais une chose est
sûre : il ne lâche rien, ce n’est pas son genre. Il prend des risques,
bouscule les codes, se laisse parfois aller, se fait remettre en place, et
repart…. C’est un homme qui s’ancre petit à petit dans le territoire, qui prend
ses marques, des coups aussi et se relève toujours. Je pense qu’on le reverra
dans d’autres aventures….
La grande force de ce polar historique est de camper un
décor et un climat tout à fait réalistes. Il allie habilement fiction et
réalité. Les descriptions sont précises, sans fausse note. Je pense que l’auteur
a dû réaliser un important travail de documentation. L’écriture est très immersive, on y est, tant
pour les odeurs, les bruits que la cité et les protagonistes. Niels Labuzan
nous démontre, comment au seuil d’un nouveau siècle, cette localité est hésitante
entre attachement au passé et envie d’avancer, entre tradition et désir de
modernité etc.
« Saigon avait horreur du vide, et à chaque coin de
rue on croisait le triomphe ultime de la vie et de sa défaite la plus totale. »
Cette lecture m’a emballée. J’ai plongé dans l’univers évoqué
avec le plaisir intact de la découverte. Je me suis attachée à Isidore, cet homme
qui souffre en silence, qui veut bien faire et j’espère bien le retrouver dans
un nouveau titre !

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