Dictionnaire du langage des fleurs (Dicionário da Linguagem
das Flores)
Auteur : António Lobo Antunes
Traduit du portugais par Dominique Nédellec
Éditions : Bourgois (4 Juin 2026)
ISBN : 978-2267059779
416 pages
Quatrième de couverture
Dans le Portugal de Salazar, une vaste propriété agricole
non loin de Lisbonne fait les beaux jours d'une famille aisée, avec ses vignes,
son bétail, sa roseraie et, dans le salon de musique, un piano qui ne cesse de
faire entendre ses mélodies. Mais bientôt le domaine périclite, les cigognes
disparaissent et Júlio, le fils aîné, choisit de
rejeter son milieu d'origine pour embrasser la cause communiste. Alors que la
police politique torture et déporte les opposants, Júlio s'engage dans la lutte
clandestine et s'impose comme une figure de premier plan du Parti. Mais son
homosexualité dérange, y compris dans son camp. C'est le portrait diffracté de
cet homme valeureux et énigmatique que brossent ici une poignée de personnages
ayant croisé sa route, tout en sondant leurs propres gouffres.
Quelques mots sur l’auteur
Né en 1942 à Lisbonne, António Lobo Antunes est mort le 5
mars 2026 dans sa ville natale, après une longue maladie. Il avait fait des
études de médecine et s'était spécialisé en psychiatrie. Au début des années
1970, il fut envoyé en Angola où il participa à la guerre coloniale, comme tous
les jeunes hommes de sa génération. Son œuvre d'une trentaine de livres a été
couronnée de multiples prix littéraires, parmi lesquels le prix Union latine en
2003, le prix Jérusalem en 2005 et le prix Camões en 2007. António Lobo Antunes
restera comme l'une des voix les plus novatrices et les plus puissantes de la
littérature contemporaine.
Mon avis
Librement inspiré de la vie de Júlio
Fogaça, fils de riches marchands, membre du parti communiste portugais, qui s’engagea
dans la clandestinité pour combattre, ce roman est une lecture exigeante mais
marquante.
L’auteur n’a pas choisi un récit linéaire pour rédiger ce
qui rassemble les éléments d’une biographie. Il donne la parole dans chaque
chapitre à quelqu’un qui a croisé la route de Júlio. Ce dernier n’apparaîtra
jamais et on apprendra de lui ce que chaque narrateur nous transmettra au fil
de ses souvenirs, de ses ressentis et de ses pensées, parfois désordonnées. Famille,
voisins, visiteurs, camarades, amant etc tous s’expriment et apportent des
éléments de compréhension. Ce n’est pas forcément dans l’ordre, chaque lecteur
assemblera les pièces du puzzle pour mieux cerner ce combattant de l’ombre.
Les protagonistes parlent de leur vie mêlée à celle de Júlio, leurs paroles s’égarent pour mieux se
retrouver. Cela peut sembler confus et déstructuré car il n’y a pas de point
sauf à la fin de chaque chapitre (un est différent mais je ne dis pas lequel ni
pourquoi). Pour le contenu, les phrases sont, de ce fait, très longues, accompagnées
de virgules, quelques fois de parenthèses, de mises à la ligne, de mots entre
les lignes … Il est nécessaire de se laisser pénétrer par ce phrasé pour l’apprécier
comme il se doit. Souvent, la phrase est interrompue par une pensée parasite,
et reprend plus loin.
« et moi camouflant comme chez le médecin le tremblement
de
ma mère est morte il y a un an
de mes lèvres, soudain si ébranlée, si »
Au début, j’ai trouvé cela déstabilisant mais après le style
m’a emportée. Il s’en dégage une forme de poésie, un peu comme les surréalistes
qui déformaient le réel pour offrir de nouvelles approches. Le texte est là, en
filigrane, mais il prend des aspects inhabituels.
À travers tous ces témoignages, on lit ce qui a été souvent
répété aux parents.
« vous savez que votre fils est au Parti communiste
n’est-ce pas ?
-Madame, vous acceptez d’avoir un fils qui veut en finir avec les gens comme vous ?
-Les problèmes que vous vaut votre fils monsieur »
Étaient-ils responsables des choix de leur fils ?
Il n’y pas de repères de temps, ni de lieu, mais on connaît
de mieux en mieux l’homme au fil des pages. Il a souffert, il s’est battu, il a
été accusé à tort. Avec ce que présentent les uns et les autres, on a également
un aperçu de la société et du quotidien de chacun. C’est une belle « peinture »
du vingtième siècle où certaines choses dérangent comme l’homosexualité de Júlio.
C’est parfois assez dur, notamment « l’exécution d’un traitre » mais
c’est édifiant. Il ne faut pas attendre des actions, des rebondissements, c’est
plutôt comme si on regardait dans un kaléidoscope où chaque miroir renvoie une
image différente d’un même ensemble.
On découvre cet homme par le prisme de chaque individu communiquant
des éléments sur lui. Ce qu’il a fait, son attitude, ses paroles, ses actes,
ses gestes, ce qu’il était et ce qu’il voulait. Bien sûr, chacun a son
interprétation mais cela donne un portrait quasi complet de celui que jamais on
n’entendra mais dont on saura l’essentiel.
Une lecture qui sort de l’ordinaire portée par une prose
originale, fleurie, riche et pleine de sens. À découvrir !

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