Bienvenue à Faubourg Bienveillant
Auteur : Luc Fivet
Éditions : Le ver à soie (10 Juin 2026)
ISBN : 979-1092364743
164 pages
Quatrième de couverture
Isabelle et Arthur Korner, en couple depuis 25 ans, ont
décidé de quitter Paris. Après avoir vécu des années en région parisienne, ils
emménagent dans un petit village réputé pour sa douceur de vivre, Faubourg
Bienveillant. L’atmosphère est tellement accueillante qu’ils intègrent très
facilement la communauté des Faubouriens. Mais les apparences sont parfois
trompeuses. Peut-être auraient-ils dû lire plus attentivement les conditions
générales d’utilisation...
Mon avis
Paris, le stress, le bruit, les transports chaotiques, Isabelle
et Arhur Korner connaissent. Ils sont en couple depuis vingt-cinq ans et Paris
n’a pas de secrets pour eux. Ils s’en accommodent, même si parfois un certain
ras le bol les envahit. Et puis, un jour, en rentrant du travail, Arthur
craque. Il n’en peut plus de la capitale ! Partir, vite, trouver un lieu
tranquille, découvrir un autre quotidien avant l’épuisement…
Ça tombe bien, il n’y a pas très longtemps, Isabelle a lu un
article sur Faubourg Bienveillant. Une petite ville à taille humaine, où l’atmosphère
est chaleureuse. Quand les planètes veulent bien s’aligner, tout est merveilleux.
Une maison est en vente dans ce lieu dont ils rêvent. Un jardin, plus de
surface habitable, un bureau chacun, c’est l’idéal. La possibilité pour elle de
se mettre en télétravail et pour lui de tenter ce qu’il a toujours eu envie de
faire : devenir photographe.
C’est le sourire aux lèvres qu’ils signent (dont cent cinquante
pages sur les conditions d’habitation qu’ils n’ont pas le temps de lire) et s’installent,
le cœur content. Tout débute sous les meilleurs auspices. Ils sont tellement
heureux, plus détendus, plus reposés… Isabelle s’inscrit dans les groupes qui
lui plaisent : yoga, sport… Arthur se balade avec son appareil en bandoulière
et mitraille quand il a un coup de cœur. Dans cette cité, le sourire est de
mise, les pouces levés également !
Que demander de plus ? Que ça continue encore et encore comme le dit
la chanson ? Le lecteur formule ce souhait tout bas. Car il sent bien que
ce bonheur trop lisse va se fendiller.
Pourtant la voisine d’en face est gentille, elle vient régulièrement,
faire admirer ses préparations culinaires. Un peu trop peut-être mais ici tout
est différent, on interfère avec les voisins, on se parle vraiment. On s’écoute.
Quelques fois un peu moins, un des habitants a tendance à parler sans donner la
parole aux autres mais bon, il n’y a que lui….
Mais petit à petit, des failles apparaissent dans ce
quotidien quasi parfait. Les Faubouriens bienveillants préfèrent que tout soit
comme ils le veulent, comme ils le pensent. Pas question de sortir de la « norme »
qu’ils ont mise en place. Arthur et Isabelle se seraient-ils emballés trop vite ?
Ils s’accrochent, car quand même la qualité de vie, cette bienveillance extrême
(trop ?), ça fait du bien …
Finalement, que met-on derrière le mot « bienveillance »
qu’on emploie très (trop ?) souvent à notre époque ? A-t-on tous la
même définition, les mêmes attentes face à ce terme ?
Dans son nouveau roman, Luc Fivet, manie l’humour, « Elle
s’assit sur le plan de travail, croisa les jambes et cambra les reins, exposant
avec soin sa poitrine qui défiait les lois de la gravitation. », l’ironie,
et une certaine forme de sagesse. Il pose un regard acéré sur les relations
humaines, qui peuvent être superficielles ou plus sérieuses sans qu’on le
réalise (je pense au voisin des Korner), il explore les regards, les paroles,
les écrits, les apparences trompeuses ou pas, et surtout, par-dessus tout, la
place qu’on donne à l’Autre (avec une majuscule), celui qu’on ne choisit pas,
mais dont on croise la route, ce qu’on lui offre de « bienveillance »
et sous quelle forme.
L’écriture vive est un régal. Il y a du rythme et tout s’enchaîne sans temps mort. Une lecture agréable et une belle découverte !

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