Les trois rivières (Three Rivers)
Auteur : Tiffany Quay Tyson
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Héloïse Esquié
Éditions : Sonatine (27 Août 2026)
ISBN : 978-2383993117
320 pages
Quatrième de couverture
Claviériste d'un groupe de pop chrétienne minable, Melody
Mahaffey traîne depuis trois ans son mal-être sur les routes des États-Unis.
Lorsqu'elle reçoit un message de détresse de sa mère, Geneva, avec qui elle
entretient une relation difficile, elle décide de revenir à la ferme des Trois
Rivières, cette vaste propriété à l'abandon dans le sud du pays, que sa famille
continue d'appeler " la maison ". Là, elle découvre avec stupeur que
son père est mourant et que Geneva a déserté le foyer conjugal pour effectuer
une retraite spirituelle. Alors qu'une pluie torrentielle s'abat sur la région,
et que le Mississippi entre dans une crue sans précédent, un fugitif et son
jeune fils trouvent refuge sur la propriété. À mesure que la terre se désagrège
sous les flots, des rancunes, des mensonges et de sombres secrets refont
surface, prêts à tout emporter sur leur passage.
Mon avis
Tiffany Quay Tyson est connue,
en France, pour son roman « Un profond sommeil ». Mais, si ce titre a
eu du succès, ce n’est pas son premier roman, puisqu’il s’agit de « Les
trois rivières » qui vient seulement d’être édité.
Melody joue et chante dans un groupe de pop chrétienne. On
ne peut pas dire qu’elle fait fortune avec ça ni qu’elle triomphe sur scène
chaque soir. C’est même un peu compliqué pour elle avec les autres membres du
groupe et dans sa vie personnelle.
Elle reçoit un message assez sec de sa mère. Elle doit
rentrer à la maison. Melody, qui est un peu mal en ce moment, décide de partir
et de retrouver la ferme des Trois Rivières. Ele se retrouve confrontée à une
situation assez catastrophique. Sa mère a déserté les lieux, son papa est
mourant, son frère qui a un léger handicap est seul avec lui et ne peut pas
gérer. Un aide-soignant passe assez régulièrement mais est-ce suffisant ? Elle est totalement désemparée, écartelée
entre l’envie de fuir et le sentiment d’être obligée de rester par devoir
filial.
À l’extérieur de la demeure, la pluie fait rage et les
éléments se déchaînent. Le confluent des Trois Rivières menace de déborder …
Elle ne sait plus que faire. Elle apprend qu’un homme en fuite et son fils se
sont installés sur le terrain, près de la rivière et qu’ils sont en danger mais,
potentiellement, dangereux. Les héberger ? Les ignorer ? Melody est
angoissée, énervée, déstabilisée par tous ces événements qui se bousculent et
elle a du mal à cerner les priorités, à s’organiser.
Avec une écriture (merci à la traductrice) brute, profonde, assez
sombre malgré quelques petites lueurs d’espoir, l’auteur nous entraîne dans une
histoire de famille, de choix. La météo exacerbe les émotions, rend les
personnages plus nerveux, moins dans l’écoute. Il faut pallier à l’urgence de
cette crue qui va tout renverser, tout détruire, peut-être même emporter des
vies.
Il y a de la violence, de la peur, de l’angoisse, mais
surtout beaucoup d’amour (parfois maladroit) dans ce récit. Celui d’un père
pour son fils, d’une fille pour son père et son frère, etc. Les liens familiaux
sont analysés sous différents angles et c’est très pointu. Les protagonistes
portent une part d’ombre, abritent des secrets, on voit aussi ce qu’il se passe
« en coulisses » que ce soit pour les spectacles de Melody, pour les
séances de « mieux être » auxquelles participent sa mère, pour le rôle
de l’aidant chez le malade … Ils sont quelques fois assommés par le poids de la
culpabilité, de ce qu’ils auraient dû ou pu mieux faire …
Cette lecture est loin d’être neutre. Elle remue, bouleverse,
renvoie des questions, des prises de position sur notre propre vie. Le rythme est
lié à la météo. On sent qu’elle joue un rôle important dans la façon d’agir et
d’être de chacun.
Tiffany Quay Tyson est une écrivaine à suivre de près, tant
elle sait trouver les mots pour exprimer les ressentis, la détresse, mais aussi
l’espérance …

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