Les révérentes (Dominion)
Auteur : Addie E. Citchens
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par David Fauquemberg
Éditions : Christian Bourgois (3 Septembre 2026)
ISBN : 978-2267059823
288 pages
Quatrième de couverture
À Dominion, dans le Mississippi, le
révérend Winfrey dirige sa communauté noire-américaine d'une main de fer. À
la tête d'un petit empire commercial prospère, il a surtout foi en ses
privilèges et en son esprit d'entreprise, tandis que son épouse Priscilla élève dans son ombre leurs cinq fils. Le
plus jeune, surnommé Wonderboy, fait leur fierté : personne ne chante aussi
bien, ne court aussi vite et ne fait autant tourner les têtes - y compris celle
de sa camarade de classe Diamond, une adolescente orpheline en quête de
repères. Mais les deux hommes ne sont pas aussi vertueux qu'ils le prétendent.
Mon avis
Dans cette ville très croyante du Mississippi, le révérend
Winfrey, à la tête d’une communauté noire-américaine, considère qu’il a tous
les pouvoirs. Son épouse est effacée et élève leurs cinq garçons du mieux
qu’elle le peut. Pourtant elle a un bon niveau d’études et aurait pu aspirer à autre
chose. Mais « Le Rév’ » (c’est ainsi qu’elle nomme son mari) le dit
lui-même :
« À la femme, Il a donné un utérus, et à l’homme la
domination - voilà ce que j’enseigne à mes garçons, car c’est ce que dit la
Parole vivante de Dieu. »
Tout est dit sur la position qu’adopte cet homme, sûr de
lui, un tantinet méprisant, imbu de lui-même et surtout persuadé d’avoir raison.
Il essaie de donner de lui une image parfaite, s’entraîne
pour ses sermons (préparés sans doute par sa compagne) et ses émissions de
radio, dont nous lisons quelques échos. Elle, Priscilla, a depuis longtemps
réalisé qu’il n’est pas l’homme qu’elle pensait. Il faut faire bonne figure
devant la société, les voisins, les pratiquants. Mais ses pensées secrètes, que nous découvrons
(elle imagine même sa vie s’il venait à mourir) montrent qu’elle est étouffée
par le Rév’. Leur plus jeune fils, que beaucoup surnomment Wonderboy(il est
beau, il chante bien et tout lui réussit), prend le même chemin que son
paternel. Avec les filles, il se croit en terrain conquis et avec les autres,
il s’arroge le droit de faire ce qu’il veut sans que les personnes en face
n’aient la possibilité de discuter.
On aurait pu suivre un récit linéaire racontant les
turpitudes de ces deux-là. Mais c’est beaucoup plus subtil. L’autrice nous
offre, en alternance, les points de vue de l’épouse et de Diamond, la petite
amie du benjamin. C’est une fille qui n’a pas eu une vie facile et être en
couple avec celui que plusieurs de ses copines admirent, lui donne le sentiment
d’être l’élue. Mais elle découvre la vraie nature de celui qui fait battre son
cœur et elle tombe de haut ! La mère fait le même constat mais elle a tendance
à vouloir minimiser les faits pour protéger son rejeton.
Toutes les deux s’expriment en disant « je »,
reviennent sur certains faits du passé afin qu’on sache pourquoi elles en sont
là aujourd’hui. Il arrive qu’elles parlent d’une même situation que chacune interprète
avec sa sensibilité, ce qu’elle juge bon ou pas. Leurs façons de réagir étant
différentes, elles n’arrivent pas à se comprendre.
Addie E. Citchens analyse la place et le poids de la
religion et surtout l’influence de ceux qui sont « les références »,
comme le révérend qui excuse son fils, ment, manipule et n’est pas du tout
aussi honnête et lisse qu’il veut le faire croire. Et surtout ce qu’il veut
transmettre à ses garçons est une honte.
Elle montre le rôle que l’on donne aux femmes, ce qu’elles souhaitent et le
combat nécessaire si elles veulent que les choses évoluent. Le masculinisme est
présent dans cette histoire et « les mâles » considèrent que c’est la
normalité… L’auteur montre combien tout est figé …
L’écriture (merci au traducteur) est précise, pointue,
riche, emplie de métaphores et quelques fois accompagnée d’une pointe d’humour.
« Habituellement, les femmes noires pouvaient
compter sur des choses comme le diabète ou un cancer du côlon ou de la prostate
pour les débarrasser des maris à problèmes. »
C’est un premier roman, totalement abouti avec une
construction intéressante permettant d’avoir une bonne vue d’ensemble.

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