"Invisible" de Jacques Saussey

 

Invisible
Auteur : Jacques Saussey
Éditions : Fleuve Noir (25 septembre 2025)
ISBN : 978-2265159204
450 pages

Quatrième de couverture

L'appel radio a mentionné le cadavre d'une femme retrouvé sur une aire de l'autoroute 43, près d'Albertville. " Un truc de malade ", a précisé le militaire de liaison.
Alice Pernelle, fraîchement sortie de l'école de gendarmerie, est la première à arriver sur les lieux avec sa brigade.
Alors que, sous le choc, la militaire recule d'un pas, Loulou, lui, est déjà loin au volant de son camion. Ce soir, il passera la frontière allemande.

Mon avis

Une jeune gendarme, Alice Pernelle, se retrouve face à un crime particulièrement horrible. Pleine de bonne volonté, elle voudrait obtenir un résultat, comprendre qui et pourquoi mais les indices sont rares. Les collègues, plus expérimentés, lui font comprendre que faute de traces ADN, d’une quelconque piste, il vaut mieux se consacrer aux affaires courantes de la brigade, un casse chez un bijoutier par exemple. Mais elle est opiniâtre et décide de ne rien lâcher. A-t-elle raison ? Ne risque-t-elle pas de s’user pour rien et de se dégoûter du métier ?

Face à elle, le tueur, on le connaît dès le départ. Mais quelles sont ses motivations pour agir ? Comment choisit-il ses victimes ? Dans quel but ? Comme les faits sont isolés, sans réel point commun, les enquêteurs ne les relient pas entre eux. Cela pose problème et c’est la principale difficulté. Si quelque chose permet de faire le lien, ils pourront avancer et traiter les différentes affaires comme un tout mais pour l’instant, ce n’est pas le cas.

Des chapitres de quelques pages, une écriture fluide, un suspense bien maîtrisé et l’angoisse qui va crescendo. Quelques courses contre la montre dont on se demande qui va gagner. Jacques Saussey sait y faire. Il capte rapidement notre attention et c’est parti !

Ce que j’ai trouvé le plus intéressant, c’est la façon dont s’y prend Alice pour mener ses investigations. Elle se rapproche d’une jeune étudiante en criminologie, elle cherche sans cesse, elle insiste auprès de ses supérieurs pour aller plus loin que les apparences. L’autre point à souligner, c’est que l’auteur essaie de cerner la logique de celui qui agit dans l’ombre. On sent qu’il s’est renseigné. Il a introduit quelques éléments réels dans son récit.

C’est une lecture plaisante malgré les descriptions qui pourraient soulever le cœur (mais c’est fait en quelques lignes donc ça va). On a envie de savoir, de trouver les réponses. Le côté psychologique n’est pas très approfondi mais c’est suffisant pour une lecture prenante, sans prise de tête et sans temps mort !


"Mazel Love" de Lana Calzolari

 

Mazel Love
Auteur : Lana Calzolari
Éditions : 5 sens (15 Février 2026)
ISBN :  978-2889498994
210 pages

Quatrième de couverture

Elle n’avait rien prévu. Ni l’amour. Ni la foi. Encore moins le vertige. À 36 ans, Sabrina, Genevoise un peu naïve, voit sa vie basculer lorsqu’elle tombe amoureuse de Simon, un homme profondément ancré dans la tradition juive. Déterminée à l’aimer, elle entame un parcours de conversion. Entre bougies de shabbat, séances de psychanalyse, doutes existentiels, culpabilités inattendues et plats (pas toujours) casher, ce chemin, abordé avec enthousiasme et maladresse, la confronte à des questions essentielles : la légitimité, l’appartenance, la place que l’on cherche à occuper dans sa propre histoire.

Mon avis

Elle a trente-six ans et elle s’appelle Sabrina. Elle voit régulièrement, un psychanalyste qui l’accompagne. Elle se pose beaucoup de questions, fait défiler les conquêtes, croyant chaque fois avoir trouvé la perle rare. Elle a des copines très différentes dans leur approche de la vie, et elles n’ont pas toutes les mêmes croyances. Mais elles se respectent.

Ce jour-là, son amie Yaël lui a proposé de venir avec elle à la synagogue assister à un mariage entre deux personnes de confession juive. Sabrina la suit et elle est fascinée par l’atmosphère et ce qu’elle voit. Et puis, il faut bien le dire, par un invité, Simon.

Cette fois-ci, elle le sait, elle le sent, c’est celui qu’elle attend depuis des années, l’amour de sa vie… Elle a tendance à s’emballer mais elle y croit et après tout pourquoi pas ? Et c’est parti ! Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ? Euh, non, pas tout de suite.

Ils paraissent amoureux mais un petit quelque chose les freine. Il est juif. Et la mère de Simon fait clairement comprendre à Sabrina que « ça ne peut pas le faire » puisqu’elle n’est pas comme eux…
La jeune femme est dépitée, et elle décide d’entamer un parcours de conversion pour se rapprocher de l’être aimé et convaincre la future belle-mère.

Sans doute pensait-elle que ce serait rapidement réglé et hop, la famille de Simon dans la poche et lui dans son lit… Pas si facile !

Dans ce récit, l’auteur partage le quotidien de Sabrina. Ses doutes, ses envies, ses joies, ses difficultés et tout ce qui fait le sel de la vie. Ce sont parfois des montagnes russes, à d’autres moments le calme plat. Ce qui est sûr, c’est que la conversion entamée n’est pas aisée et puis d’abord, est-ce le bon choix ?

L’écriture est pleine d’humour et de dérision mais entre les lignes, il y a une réelle réflexion sur ce qui nous incite à prendre une direction plutôt qu’une autre. Qu’est-ce qui est plus important ? Être soi-même ou être ce que les autres attendent de nous ?

Avec ce roman, Lana Calzolari incite chacun à se pencher sur les décisions prises, sur les raisons qui nous poussent à les mettre en place et les conséquences qui peuvent advenir. S’aimer soi-même avant d’aimer les autres, savoir ce qu’on veut. On le sait mais elle nous le rappelle avec une histoire amusante, tendre et assez réaliste, même si quelques fois, le trait est un peu poussé.

Le style est plaisant, les événements s’enchaînent bien et certaines scènes sont assez risibles. De plus, l’approche du judaïsme est intéressante pour en découvrir quelques éléments. C’est bien pensé.

Une belle découverte !


"Souiller Expier Renaître" d'Aloysius Wilde

Souiller Expier Renaître
Auteur : Aloysius Wilde
Éditions : Chaka (1er Juin 2026)
ISBN :  B0GN1S4D4K
339 pages

Quatrième de couverture

Le géant pharmaceutique Omnipharm décide de partir à la conquête de cet eldorado scientifique. Le chef de mission, un médecin brillant, manipulateur et sans scrupules, est prêt à tout pour réussir. Même à la violence. Même à la torture.
Mais les choses ne se passeront pas comme prévu.

Mon avis

Dans un roman bien maitrisé, l’auteur alterne les points de vue. On suit différents protagonistes, la période et le lieu peuvent changer, mais c’est très bien fait et on n’est jamais perdu.

Les peuples autochtones d’Amazonie ont de nombreux savoirs, ils peuvent soigner avec les plantes, les utiliser à bon escient et sans erreur. Les connaissances se transmettent avec intelligence et dans les villages, personne ne cherche à s’en servir pour faire du mal.

Un grand groupe pharmaceutique, Omnipharm, décide de partir en expédition. Ils veulent obtenir des indigènes tout ce qu’ils savent, sans contrepartie. S’emparer de leurs pouvoirs en quelque sorte. Cela leur permettra de trouver des traitements. Il suffira ensuite de déposer des brevets et leur entreprise grandira encore et encore.
Le but ? Être les plus forts, à n’importe quel prix.

L’équipe est prête. Ils arrivent et essaient d’entrer en contact avec les natifs. Chacun sa méthode. L’auteur explore les rencontres, les caractères, les façons de faire. On voit l’évolution de chaque individu du côté des scientifiques, et du côté des aborigènes. Leurs raisonnements sont à l’opposé, leurs comportements surprennent ceux d’en face. Les américains interprètent, réfléchissent, les amazoniens sont plus naturels, plus spontanés.

Certains sont déstabilisés, les personnalités se révèlent, changent parfois. Que ne feraient pas quelques-uns pour satisfaire leur égo ? Piétiner les autres ne les dérange pas. Mais où tout cela va-t-il les mener ? Est-ce que « tout est sous contrôle » ?

L’écriture d’Aloysius Wilde est de plus en plus mature. Il analyse très bien les rapports humains et les conséquences de chaque acte, de chaque parole. Je le trouve très juste dans son approche humaine.
Son style est précis, avec des phrases coups de poing qui ramènent sur terre.

« Il tire sur sa propre peur. »

« Et dans cette acceptation de ma place véritable, j’ai trouvé quelque chose que je n’avais jamais connu : l’utilité humble. »

« Dehors, les élus coupent des rubans ; ici, on recolle des vies avec du scotch et du courage. »

Son « thriller écologique » est bien pensé. Il y a de l’action, des rebondissements et tout a du sens. Il arrive qu’une même situation soit vue par plusieurs personnes, chacun son ressenti et c’est intéressant.

J’avais peur d’un récit superficiel avec quelques coups d’éclat et une fin un peu prévisible. Il n’en est rien. C’est beaucoup plus profond. De nombreux thèmes sont abordés, les luttes de pouvoir, l’appât du gain, l’amour sous toutes ses formes, la place des femmes, le rôle de la presse, l’approche des peuples isolés, l’éducation et bien d ‘autres encore.

Une belle lecture !

 

"Des larmes dans les yeux" de Virginie Boissier

 

Des larmes dans les yeux
Auteur : Virginie Boissier
Éditions : Encrea (1er Mai 2026)
ISBN : 978-2386890284
90 pages

Quatrième de couverture

On apprend à se taire.
À faire comme si de rien n’était.
À vivre avec ce qui nous a brisé.
Ce recueil parle de ça.
De la violence.
Du harcèlement.
Des abus.
De tout ce qu’on minimise, excuse, ou enterre pour continuer à avancer.
Les mots ici ne sont pas là pour rassurer.
Ils sont là pour dire.
Dire que ce n’était pas normal.
Dire que ce n’était pas de votre faute.
Dire que certaines blessures ne disparaissent pas en silence.
Des Larmes dans les yeux n’est pas un livre confortable.
C’est un livre nécessaire.
Et si ces pages font écho à quelque chose en vous,
alors vous savez déjà pourquoi elles existent.

Mon avis

Briser le silence, mettre des mots sur les maux.

Virginie Boissier a choisi de s’exprimer par la poésie avec une écriture réaliste.

Elle évoque les blessures de l’âme, celles du corps, les gestes qui détruisent, les choses insidieuses qui font mal.

Mais elle parle aussi de la lueur d’espoir, de ceux qui accueillent et comprennent la douleur, de ceux qui apaisent et aiment vraiment.

Et puis, elle élargit son regard et va plus loin, présentant d’autres sujets, dont certains en lien avec l’actualité.

« Dans l’ombre des matins où tremble l’espérance,
Les greniers sont pleins d’or que la misère dénonce.
Quand la Terre nourrit mais que l’injustice avance,
Le silence se brise et la détresse l’inonde. »

Chaque texte a en « toile de fond » une photo qui complète le message transmis. Elles sont significatives, choisies avec soin.

L’autrice montre qu’elle a une grande sensibilité et qu’elle sait écrire avec beaucoup d’intelligence. Elle n’agresse pas ceux qui ont eu tort, elle reste assez factuelle. Elle dénonce les faits mais du côté des victimes, sans en rajouter. Et elle n’oublie pas :

« Pourtant, sous tant de ruines, une lueur s’accroche.
Une force ancienne lutte et refuse la roche.
Même au fond du néant, une braise subsiste,
Assez vive pour dire qu’un jour elle résiste. »

Elle transmet de nombreuses émotions. Certains écrits sont bouleversants et dégagent quelque chose de puissant qui laisse une trace. Son style est élégant, il touche l’esprit mais aussi le cœur.

Chaque lecteur trouvera au moins un texte qui fera écho en lui et s’il peut lui faire du bien, c’est parfait.

Écrire de la poésie est, à mon avis, un exercice difficile. Il faut trouver des phrases mélodieuses et expressives sans être lourd, et surtout « faire vibrer » celui ou celle qui lit.

Avec moi, c’est réussi !

NB : Le livre ressemble à son contenu : il est beau avec sa couverture glacée et soignée, bien imprimé et tout est magnifiquement présenté !


Moi Anaïs Berg de Diane McEvoy

 

Moi Anaïs Berg
Auteur : Diane McEvoy
Éditions : City Edition (20 mai 2026)
ISBN : 978-2824625249
274 pages

Quatrième de couverture

Anaïs Berg est une petite amie attentionnée, une voisine souriante et une professeure respectée. Elle mène à Liverpool une vie tranquille.
Un jour, dans une foule, elle aperçoit une silhouette qui fait douloureusement écho à un passé bien enfoui. Sans doute du surmenage. Puis elle a la sensation d’être suivie. Elle se raisonne, mais sort de moins en moins de chez elle. Sa maison. Son cocon. Où ses vêtements changent de place. Où une playlist se lance toute seule. Cherche-t-on à la rendre folle ?
Mais quand les menaces se font directes, Anaïs comprend : quelqu’un sait, et le piège est en train de se refermer doucement sur elle.

Mon avis

Professeure à l’Université, spécialiste des Beatles, Anaïs vit avec Joe, avocat, depuis une dizaine d’années dans la maison qu’elle a acquise. Ils sont heureux et tout se passe pour le mieux, même si elle se confie rarement sur son passé. Ils ont trouvé leur rythme et leur équilibre, que demander de plus ? Elle anime des conférences, fait des présentations sur son sujet d’études et tout le monde souligne ses compétences et le travail qu’elle fournit.

Voilà la Beatleweek, une convention sur le thème des Beatles à Liverpool, où Anaïs travaille. C’est la consécration pour elle. Elle va être décorée pour toutes ses recherches, tout ce qu’elle a découvert et partagé sur le quatuor et pour son dernier livre. L’apothéose et comme elle le confie, elle attend ce moment avec impatience, pour la reconnaissance, le succès et la réussite de ses projets. C’était son but, son objectif, se faire un nom et être considérée comme la meilleure dans son domaine. Elle le reconnaît, les astres se sont alignés pour que tout se passe bien. Mais elle s’est donné les moyens d’arriver à ses fins.

Ce soir-là elle parle du groupe : photos, musiques, comptes-rendus, tout est parfait. Pendant l’exercice des questions / réponses, elle entrevoit un regard, une silhouette qui la met mal à l’aise. Elle essaie de passer à autre chose mais ça la hante. Pourquoi ? Est-ce que cette jeune femme, parfaite en apparence, aurait quelque chose à cacher ? Rapidement, je me suis interrogée, me demandant ce qu’elle pouvait bien taire, même à son amoureux, attentif et aimant. J’étais loin d’imaginer le contenu de ce premier roman.

Plusieurs personnages interviennent tout en disant « je ». Diane McEvoy a été très forte, car pour chacun, elle a su ajuster son phrasé et son vocabulaire. En s’exprimant, tous dévoilent une bonne part de leur caractère, de leurs pensées et j’ai eu le sentiment de vraiment pénétrer dans leur intimité, de suivre leur raisonnement. J’avais envie de fouiller le passé de chacun pour mieux les cerner.

Le récit est bien construit avec des retournements de situation inattendus. Cela relance totalement l’histoire et chaque fois, je me suis questionnée sur la suite. Comment vont réagir les uns et les autres ? Qui va prendre le dessus ? Qui ment, qui dit la vérité ? Est-ce que je me fais manipuler ou j’ai enfin tout compris ?

Structuré en plusieurs parties, les chapitres (chacun portant le titre de la personne qui « parle »), assez courts dans l’ensemble, s’enchaînent sans temps mort. Je voulais savoir, je voulais comprendre et je ne pouvais plus lâcher ma lecture. Il y a une tension permanente, un suspense indéniable et ça m’a scotchée aux pages. L’autrice maîtrise son écriture, c’est à la fois visuel et intime, je me suis sentie en permanence au cœur de l’action. Elle place des piques humoristiques ou ironiques à bon escient et c’est bien fait. Une partie de l’intrigue se tient à Liverpool, ville que connaît bien Diane et ça rend son texte encore plus crédible (comme pour les Beatles car elle détient un Master "The Beatles Popular Music & Society" de la Hope University). De plus, il y a, dans les dernières pages, la playlist des titres cités.

L’idée principale est abordée de façon originale. Diane dit que c’est venu, sur une plage, comme ça, d’un coup. Et bien il fallait y penser ! Sa principale force est de rebondir chaque fois qu’on s’imagine avoir tout cerné sans jamais faire retomber l’intérêt, nous donnant le souhait de lire la suite au plus vite !

Un premier titre très réussi !


"Mickey Haller - Tome 8 : Sans âme ni conscience" de Michael Connelly (The Proving Ground)

 

Mickey Haller - Tome 8 : Sans âme ni conscience (The Proving Ground)
Auteur : Michael Connelly
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Robert Pépin
Éditions : Calmann-Lévy (14 Janvier 2026)
ISBN : 978-2702189054
460 pages

Quatrième de couverture

Mickey Haller, le célèbre avocat à la Lincoln, se lance dans une action contre une entreprise de la tech dont l’intelligence artificielle est accusée d’avoir encouragé un adolescent à tuer sa petite amie.
Au cours de son enquête, il croise la route de Jack McEvoy, un journaliste qui assiste aux audiences afin d’écrire un livre sur le sujet. Bientôt, tous deux retrouvent la trace d’une lanceuse d’alerte qui a tenté de révéler l’affaire. Mais celle-ci devient rapidement périlleuse, car des milliards de dollars sont en jeu et le géant de l’IA auquel Haller s’attaque ne reculera devant rien pour protéger ses intérêts.

Mon avis

Après avoir été avocat au pénal, Mickey Haller est passé au civil. Pour ce nouveau procès, il doit se battre pour deux familles. Un couple dont le fils a assassiné la fille unique de Brenda, une mère seule. Malgré leurs situations totalement opposées, les trois parents s’unissent pour attaquer une entreprise de la tech. Cette dernière a créé un chatbox avec l’intelligence artificielle. C’est vers ce personnage virtuel que s’est tourné le tueur lorsque sa petite amie l’a quitté. Il a cherché et trouvé du réconfort. Il a dialogué, écouté les réponses et a fini par interpréter ce que l’IA (intelligence artificielle) lui répondait et il a tué…

Toute la mission de Haller est de démontrer que la société dont les informaticiens ont mis sur pied cette IA est fautive. Une IA n’a rien « dans la tête » à la base, ce sont les développeurs qui la « nourrissent ». Elle ne peut pas mener une réflexion. Ses réactions sont « programmées » en fonction de ce qu’on lui instille. Mickey veut prouver qu’« elle » a poussé le jeune homme au terrible acte qu’il a commis.

Ce roman est captivant car il met le doigt sur un des problèmes majeurs des progrès informatiques : comment éviter les dérives ? Comment utiliser l’IA pour de bonnes choses ? Comment gérer tout ça ?

Dans un récit bien construit (même si, comme souvent, l’auteur a glissé une seconde intrigue pas forcément utile à mon avis), Michael Connelly nous rappelle que la justice américaine a un fonctionnement bien à elle. Tout commence avec le choix stratégique des jurés, qu’il faut « façonner » pour la cause qui est défendue. C’est toute une réflexion, d’autant plus que les adversaires peuvent récuser certaines personnes. Ensuite, choisir les bons témoins et leur poser les questions qui amèneront le résultat souhaité. Rien de facile. Et puis il y a les accords et « marchés », que certains essaient de mettre en place pour étouffer l’affaire en mettant la pression, c’est significatif.

Ce livre est très réaliste et bien documenté (Avez-vous déjà entendu parler d’ELIZA ?) J’ai appris pas mal de choses et c’est très intéressant. L’histoire est assez linéaire avec des protagonistes bien campés, mais pas caricaturaux. Le thème est très actuel, on est en plein dedans. À la fois ravis des progrès générés par l’IA et affolés à l’idée de ne pas les maîtriser. Est-ce que ce n’est pas déjà trop tard ?

L’écriture (merci au traducteur) est fluide, plaisante. Le suspense bien présent et les rebondissements glissés au bon moment. Les chapitres plutôt courts donnent du rythme et, malgré quelques termes techniques, ce n’est pas compliqué à suivre.

Une excellente lecture !


Comme s’il pleuvait de Iris Wolff (So tun, als ob es regnet)

 

Comme s’il pleuvait (So tun, als ob es regnet)
Auteur : Iris Wolff
Traduit de l’allemand par Claire de Oliveira
Éditions : Christian Bourgois (7 mai 2026)
ISBN : 978-2267058796
176 pages

Quatrième de couverture

Jacob, un soldat autrichien pris dans les soubresauts de la Grande Guerre, est stationné dans un village des Carpates. Son envie de partager des histoires avec les autres le détourne du combat contre l'ennemi, et il fait malgré lui une rencontre décisive. Des années plus tard, Henriette, une jeune femme qui se sent différente de ses soeurs, s'interroge sur ses origines à mesure qu'elle fréquente les insomniaques de son petit village roumain. Son fils, Vicco, quant à lui, est convaincu qu'il va perdre la vie sur sa moto et manquer l'alunissage des Américains. Il a plus que jamais besoin d'oublier le climat d'oppression qui règne en Roumanie, quand sa mère lui annonce qu'elle part s'installer à Berlin. Enfin, Hedda, bien des années après, sur une des îles Canaries, observe le départ d'un bateau de pêche qui ne reviendra jamais, lorsqu'elle est ramenée à l'histoire de son père.

Mon avis

Ce roman en quatre récits met en lumière quatre personnages du vingtième siècle. Deux femmes et deux hommes, qui ont, ou pas, des liens proches ou lointains. Tous ont en commun une capacité à « sortir » de leur propre histoire, analysant quelques fois les événements qui se déroulent sous leurs yeux, les observant, les décryptant en donnant leur ressenti. Ils ont un petit quelque chose d’éthéré, comme s’ils allaient disparaître et nous échapper. D’ailleurs, ils ne font que passer, même si on ressent très fort leur présence. On découvre sur quelques pages, un fragment de leur vie. On entre sur la pointe des pieds et on ressort.

Je pense que cette impression est en partie due à l’écriture de l’auteur. Elle présente les faits avec un style qui semble effleurer mais qui, paradoxalement, est très profond. On a le sentiment qu’elle hésite à partager, à dire ce qu’il en est. Attend-elle la permission de ses personnages ? Elle montre que tout aurait pu être être différent. C’est très net pour Jacob, le soldat qui aurait pu tuer un ennemi et qui ne le fait pas…

« Il aurait pu, quelques semaines plus tôt, se lier d’amitié avec cet homme qui, debout face à lui, se préparait à une mort probable. »

« Cette guerre, il s’en serait bien passé. »

À petites touches, Iris Wolff décrit le quotidien de ses protagonistes, pendant une tranche de vie plus ou moins longue. Quatre flashs sur quatre périodes d’un même siècle. C’est intéressant car on voit l’évolution du contexte, avec la grande Histoire. Chacun essaie de s’adapter à ce qu’il vit, en ayant parfois d’autres aspirations, impossibles à mettre en place au vu des événements. Il est alors nécessaire de trouver sa voie, pas forcément celle souhaitée au plus profond de soi, mais la seule possible en l’état, à ce moment-là.

À travers ces textes, l’auteur rappelle qu’on ne maîtrise pas tout. Il arrive qu’un bateau ne soit pas au rendez-vous et qu’en le ratant, rien ne soit pareil. Il se peut qu’une rencontre vous hante longtemps. Il est question de transmission, de ce qu’on reçoit, de ce qu’on veut donner. Par quoi sont portés nos choix ? Est-ce qu’on peut être libre partout de la même façon ? Pardonner c’est quoi ? Qu’est-ce qui nous construit, nous détruit ? Comment vit-on lorsqu’on a été torturé ? Avec un esprit de vengeance ? Ou en essayant d’avancer ? Chaque lecteur, avec ses émotions propres, apportera les réponses que les mots lui inspirent, ou refusera de se prononcer …

L’écriture (merci à la traductrice) est d’une infinie délicatesse, très douce, apaisante. Le ton est celui d’un murmure, d’une partition musicale avec ses hauts et ses bas. C’est poétique, avec des phrases pleines de sens qui subliment ce qu’elles expriment.

J’ai beaucoup apprécié l’atmosphère de ce livre. Elle est enveloppante, nous permettant de nous approprier chaque petite histoire comme s’il s’agissait d’un roman complet. En quelques lignes, avec des termes ciblés, tout est dit.

Une très belle lecture !