Elle a le regard qui tue
Auteur : Virginie Lloyd
Éditions : City (13 Mai 2026)
ISBN : 978-2824625225
290 pages
Quatrième de couverture
Lily est rédactrice de notices. Son monde idéal ? Un univers
régi par des schémas de montage, des listes d'effets secondaires et des
protocoles millimétrés. Son rêve ? Vivre seule, entourée de post-it.
Mais dans la vie de Lily, il y a… les autres. Et pour eux, Lily n’a pas de mode
d’emploi. Surtout pour son patron, dont l'existence même est une erreur de
conception. Alors, quand elle le tue sans faire exprès, elle se dit que c’est
peut-être la solution.
Mon avis
Description du poste
Vous aimez rendre la technique claire, structurée et
accessible ? Rejoignez …..Contribuez à la création de notices
techniques (utilisation, sécurité, entretien…) et concevez l’ensemble des
documents.
Vous connaissez ce métier ? Moi, pas du tout. Et
pourtant il existe ! C’est d’ailleurs celui de Lily. Cela lui convient
parfaitement car elle aime que les choses soient claires, précises, organisées,
contrôlées. L’imprévu, elle n’en veut pas, elle ne le supporte pas. Elle a eu
sa dose comme on dit. Un quotidien bouleversé le jour de ses dix ans et maintenant,
une envie permanente de « rentrer dans sa coquille ». Les autres, à
part quelques-uns, la mettent mal à l’aise. Comme si elle n’avait pas « les
codes » pour entrer en communication avec eux. Elle ne sait pas faire et
quand ils l’énervent, elle se sent des envies de meurtres. La vie ne l’a pas
gâtée mais maintenant elle gère, pas de surprise et tout ira bien !
Elle a tissé des liens avec deux collègues et avec des
petits vieux de la maison de retraite qu’elle retrouve chaque semaine. C’est
une famille qu’elle s’est choisie, qu’elle apprécie. Avec eux, elle se sent à
sa place. Pas besoin de se poser de questions, ils la prennent comme elle est. Fantaisiste,
atypique, surprenante, mais tellement attachante !
Elle a sans doute besoin, sans se l’avouer, d’être en
permanence rassurée. Pour y arriver, elle utilise des post-its de couleurs différentes
en fonction de ce qui est noté. Les urgences, la liste de ce qu’l faut acheter,
les problèmes à régler pour que le monde aille mieux… etc … Tant au bureau que
chez elle, elle les affiche, classés par catégories, les contemple, les regarde
et agit.
Elle a un grand sens de la justice et parfois, des réflexions
lui trottent dans la tête (elles peuvent être écrites en italiques et j’ai
pensé à David Lodge (Pensées secrètes)). Les remarques qu’énonce Lily à haute
voix ou dans le secret de son cerveau, permettent de mieux comprendre les
rapports humains entre ce qu’elle ressent vraiment, ce qu’elle montre (car, en
société, on se doit de garder une certaine attitude), ce qu’elle voudrait en
secret mais dont elle sait bien que ce n’est pas possible…
Lily n’aime pas son boss alors si, par exemple, il pouvait
se casser une jambe et être absent de longs mois, elle serait bien contente… Comme
le disent les livres de développement personnel…. Il faut solutionner les
problèmes un à un. Alors si elle a une idée, pourquoi pas ? Elle ne
pensait pas, Lily, que ça pouvait déraper…. Et puis, de toute façon, il était
humiliant, désagréable et j’en passe…
C’est avec un humour décapant et corrosif que Virginie Lloyd
mène son récit. Pas de temps mort, de l’action sans arrêt. Des situations ubuesques
qui vous font rire. Et puis en dessous de cette légèreté et de ces amusements, de
vrais problèmes de société sont évoqués. La vie dans les EHPADs, la rentabilité
demandée au travail (dans quelles conditions et à quel prix), la solitude dans
les immeubles, les enfants sans famille, les addictions, les jugements qui ne
prennent pas tout en compte…. C’est intéressant car cela montre que l’auteur a
un grand cœur et l’émotion peut être au rendez-vous. Les titres des chapitres
sont drôles ! Son écriture est vive, brute, pleine d’ironie, de second
degré mais elle peut faire preuve de tendresse pour parler de ceux qui ont ou
ont eu une place dans la vie de Lily.
J’ai beaucoup apprécié cette lecture. C’est original et
décalé et très plaisant à lire.






