que ta bouche me couvre de baisers
Auteur : Antoine Vigne
Éditions : Christian Bourgois (27 août 2026)
ISBN : 978-2267059649
224 pages
Quatrième de couverture
Damien aperçoit Saïd sur les berges du Rhône, à Arles. Puis
il le croise une deuxième fois dans les rues de la ville. Il est retourné en
Camargue pour trier les affaires de son père, Joris, et veiller à sa bonne
installation dans l'Ehpad local. Tandis que ressurgissent les souvenirs de
l'enfance de Joris à Madagascar, le trouble entre Damien et Saïd s'accroît.
Mais Saïd est marié et père de deux enfants. Tous deux savent que, malgré
l'intensité de leurs sentiments, malgré la volonté de Saïd d'intégrer Damien
dans sa vie, ils avancent sur une ligne de crête.
Mon avis
Ce roman commence sans majuscule, les phrases s’enchaînent
sans point, avec parfois, un mot, à la ligne,
seul
comme ça
C’est Damien qui s’exprime, et la présentation du texte laisse
imaginer qu’on prend la conversation en route, en suivant les pensées de cet
homme. Ses ressentis, ses émotions, se bousculent, se télescopent, viennent,
repartent, l’envahissent, l’épuisent, le coupent de tout autre chose. Comme
s’il n’y avait que de la place pour cette vague qui l’a submergé.
Mais pourquoi est-il dans cet état ? Que lui est-il
arrivé ? Un regard échangé a suffi pour bouleverser cet homme. Il a croisé
Saïd. Pas besoin de se parler, tout a été dit dans les yeux, par les yeux. Il
est troublé, ému. Il espère d’autres possibles mais qu’en est-il de celui qui
était en face ? Il se demande si leurs routes se croiseront à nouveau et
ce qu’il se passera.
Au fil des pages, Damien se raconte, il est de passage en
Camargue. Il est venu pour installer son père dans un EHPAD. Il évoque Duardo
qu’il a aimé et perdu, son père à qui il n’a pas pu tout dire, la vie de ce
dernier, les décisions prises, les hésitations, les incompréhensions, le tri à
faire de tout ce qu’il y a encore dans l’appartement, et la vision de ces
objets emplis de souvenirs qui lui font revivre ce qui a été … Il est
préoccupé, est-ce que ses choix sont les bons ? A-t-il raison ? Et
puis, au milieu de tout ça, le désir puissant, impérial, presque bestial, de
revoir Saïd, de le toucher, de l’embrasser… mais ce dernier est-il prêt ?
Damien n’a-t-il pas surinterprété ? Il le dit lui-même :
« la pensée
est tout sauf rationnelle, elle se fait méandre et digue à la fois, elle crée
les buttes qui masquent les parcelles d’un horizon changeant, un paysage
incertain,
elle habille, elle travestit, elle maquille, elle court sans cesse, »
L’écriture d’Antoine Vigne est comme une respiration qui se
fige, reprend, continue, s’arrête à nouveau. Elle rythme les mots, les cadence,
les mettant en quelque sorte en « musique », pour peu qu’ils
murmurent à notre oreille ce qu’ils transmettent et ce qui se devine.
Parce qu’il y a quelques non-dits, quelques secrets,
quelques silences entre les lignes. Provoquant de temps en temps de la
souffrance, de la défiance, de la méfiance. Ce qu’on tait le plus souvent,
soucieux du regard des autres, du qu’en dira-t-on …. Saïd porte sur ses épaules
un passé, une histoire lourde, peut-il s’en libérer et avancer ? On sait
bien qu’on n’oublie jamais et qu’il faut faire avec …. Est-ce que l’amour peut
libérer de tout ?
Qu’est-ce que chacun de nous attend de la vie, souhaite pour
son avenir ? Qu’est-ce qu’on est prêt à laisser de côté, à accepter,
faut-il renoncer à ce que l’on est profondément ? En filigrane, des tas de
questions se posent et poussent le lecteur à la réflexion.
J’ai beaucoup apprécié ce roman, le style, le contenu et
comment l’auteur aborde les différents thèmes. La présentation qui gênera sans
doute quelques personnes, m’a, au contraire, totalement emballée. Au moins, ça
se démarque et pour moi ça a du sens avec l’ensemble.






