Ce que Marcy a oublié
Auteur : Marion Cabrol
Éditions : Taurnada (23 Avril 2026)
ISBN : 978-2372581813
384 pages
Quatrième de couverture
Près des falaises d'Anton, un os humain est découvert.
Vingt ans plus tôt, Grace Tanner, une fillette du village, disparaissait sans
laisser de traces.
Pour Tom Lanier, journaliste local, l'affaire est personnelle : à l'époque, il
partageait la vie de Marcy, amie d'enfance de Grace.
Alors qu'il reprend l'enquête, Tom comprend que Marcy pourrait détenir une part
du secret.
Mon avis
Anton, village côtier du Canada a eu son lot de problèmes. Chacun
a essayé de les mettre de côté pour continuer d’avancer le plus sereinement
pénible. Mais si les bouches se taisent, les mémoires n’ont rien oublié et quand,
ce jour-là, un chien trouve un os humain, le passé refait surface, pas si
enfoui que ça finalement.
Et si c’était une partie du corps de Grace Tanner, petite
fille du coin, qui a disparu en mai 1995 ? Elle avait dix ans, une
tragédie, une blessure jamais refermée. Pourtant tous les habitants avaient donné
de leur temps, recherches, fouilles, affiches, ligne téléphonique dédiée, tout
avait été mis en place pour retrouver la fillette. Sa mère n’a jamais cessé de
l’attendre. Mais rien, pas une trace…
Alors, cet os, est-ce l’amorce d’une réponse, d’une
explication ? Tom Lanier, journaliste, revient là où il a passé son
enfance dans l’espoir d’un scoop pour faire décoller sa carrière. Il vit avec
Sabrina. Elle s’occupe des baleines, dont Belém, qui va mal et à qui elle
consacre énergie et temps. L’équilibre de leur couple est précaire, ils ont
parfois des difficultés pour communiquer.
Le commandant Adrien Vallet a mené l’enquête il y a vingt
ans. Pour oublier cet échec, il est parti puis revenu. La découverte de l’os le
perturbe. Il avait essayé de mettre cette histoire derrière lui et voilà que
tout resurgit ! En plus, tout se complique avec l’arrivée de Marcy sur les
lieux.
Petite, elle avait dit que Grace avait été assassinée mais
lorsqu’on la questionnait, elle ne se souvenait de rien, c’est la même chose de
nos jours. En principe, elle souffre d’une amnésie traumatique. Et pourtant, si
un peu de mémoire lui revenait, elle pourrait éclairer le passé. Mais c’est le
vide complet, pas un indice….
Les narrateurs essentiels sont Tom, Adrien et Sabrina. On
alterne les temporalités. La force de l’auteur est de jeter le trouble.
Personne n’est vraiment clair, dans chaque personnalité, des zones d’ombre
apparaissent semant le doute. Aucune certitude. En outre, les gens du coin ne
disent pas tout, ne sont pas nets…. Qui croire ? Que penser ? Marion
Cabrol n’en rajoute pas, son écriture est profonde, en restant assez sobre car elle
reste factuelle. Elle instaure une atmosphère, non seulement entre les
protagonistes mais aussi à Anton. Il y a ces regards, ces échanges, cette
suspicion permanente et le décor, le vent, les falaises escarpées, la nuit mal
éclairée où tout peut arriver…. On ressent une angoisse sourde chez les gens
mais également dans l’air…. Une tension sous-jacente meuble les silences, les
non-dits, Où est la vérité, qui la détient ?
Ce n’est pas l’intrigue qui est intéressante dans ce roman,
c’est le poids du passé. La façon dont il a interféré sur la vie de chacun et
comment, encore, il peut les étouffer, les transformer. Tout le monde se méfie,
pas de cadavre, pas de coupable, et si c’était le voisin, l’instituteur, l’ami
de la famille ? Les trois individus qui s’expriment donnent leurs
ressentis, parfois totalement différents et surtout faisant apparaître des
éléments pouvant avoir échappé aux deux autres. À nous de faire la part du vrai
et du faux, de recouper ce qui est le plus important, de démêler tout ce qu’on
apprend pour comprendre. Les profils psychologiques sont détaillés, chaque caractère
est précis, parfois dérangeant car ambivalent, c’est très bien pensé.
Malgré ce qu’on perçoit, on est loin, très loin de la
vérité. L’autrice mène son récit avec beaucoup de maturité. C’est une réussite.






