"Nous aussi" d'Anne Godard

Nous aussi
Auteur : Anne Godard
Éditions : Actes Sud (19 Août 2026)
ISBN : 978-2330225575
240 pages

Quatrième de couverture

On fait partie d’une grande famille. On sait qu’on est privilégiés. On vit ensemble, dans notre immeuble au centre de Paris, on se retrouve l’été dans notre maison à la montagne. On trouve que c’est normal. C’est chez nous, c’est à nous, c’est pour nous. On se ressemble, on se compare, on se confronte, on ne se quitte pas, on se confond, on s’appartient. On ne sait pas comment dire je, on n’en a pas besoin, puisqu’on est nous. Nous les enfants, les frères et sœurs, les cousins, les cousines, on partage tout, nos écoles, nos chambres, nos habits, nos repas, nos jeux, nos bains, nos lits. On est les membres indissociables du grand corps familial. On n’a jamais vécu dehors. On ne sait pas ce que c’est. On n’en est pas capables. On n’en a même pas envie. Et tout aurait dû continuer ainsi, dans un même immuable recommencement. Le jour où la façade s’est fissurée, on n’a pas compris. Ça n’aurait pas dû se produire, pas dans notre famille. Ce n’était pas possible que ça nous arrive, à nous aussi.

Mon avis

On n’a pas besoin d’aimer, on s’appartient.

« ON », « on », « on », « on » ne peut pas dire « je » ou « il » ou « elle ». « On » appartient à un tout, une entité, une famille. « On » habite ensemble, dans un bel immeuble bourgeois, et l’été dans un château. Les cousins sont comme des frères, on ne se cache pas (d’ailleurs on n’a rien à cacher), on se connaît par cœur, on nous dit ce qui ferait plaisir, on nous guide, on choisit pour nous ou on nous aide à choisir, c’est comme si tout était décidé d’avance, une route à suivre, on est sages, dans la norme, celle qui va bien, qui ne fait pas de vague ….

Des chapitres courts de deux pages, une énumération de « on ». Le lecteur découvre une famille soudée, aimante, lisse en apparence. Tout le monde s’entend bien, s’aime, se soutient et surtout tout le monde se tait, c’est la loi du silence. Quand quelque chose dérange, il faut fermer les yeux et passer outre, continuer comme si de rien n’était. Mais peut-être qu’il ne se passe rien ? C’est ce que « on » essaie de montrer.

C’est une lecture qui happe, qui interroge, qui renvoie des questions : n’ai-je pas senti une légère fissure en lisant telle ou telle phrase ?

« Le tissu s’anime entre nos doigts, il devient le vêtement qui nous enveloppe et contient notre corps en train de changer. »

La narratrice a le sentiment que certains faits du passé lui échappent et qu’elle tient peut-être une explication à des difficultés qu’elle rencontre. Est-ce bon de chercher à comprendre ?

« On ne voit pas où est l’ombre, où est le noir, et pourtant on doit faire des efforts pour ne pas se laisser aller à désespérer de tout. »

Ce « on », pronom indéfini, est lourd de sens. Personne ne peut sortir du « on ». Prendre son indépendance peut être considéré comme une trahison, si on s’affranchit du groupe familial.

Ce récit est puissant, il montre comment s’installe les codes, les « lois » (non le mot n’est pas trop fort) dans cette famille où les adultes « oublient » d’avoir les yeux ouverts. Parce que c’est plus pratique de faire comme si ? Non, parce que chez eux, l’indicible n’existe pas. Ce n’est pas une erreur de casting, d’interprétation, c’est beaucoup plus fort : CELA NE PEUT PAS ÊTRE donc on ne voit pas, on n’entend pas et on n’en parle pas ….

Anne Godard parle d’un sujet grave d’une façon magistrale. Il fallait oser écrire ainsi (je pense que cela va rebuter certaines personnes) mais elle l’a fait et …. Coup de cœur !

 

"Les éléments" de John Boyne (Water, Earth, Fire, Air)

 

Les éléments (Water, Earth, Fire, Air)
Auteur : John Boyne
Traduit de l’anglais (Irlande) pat Sophie Aslanides
Éditions : Jean-Claude Lattès (20 Août 2025)
ISBN : 978-2709674300
512 pages

Quatrième de couverture

D’une mère en fuite sur une île à un jeune prodige des terrains de football en passant par une chirurgienne des grands brûlés hantée par des traumatismes, et enfin, un père qui monte dans un avion pour un voyage initiatique avec son fils, John Boyne crée un kaléidoscope de quatre récits entrelacés pour former une fresque magistrale.

Mon avis

L’eau, la terre, le feu et l’air : quatre éléments pour quatre personnages qui évoluent dans un contexte en lien avec l’élément mis en exergue, quatre récits qui s’entremêlent (un individu cité dans une des parties devient le narrateur de la suivante) par des liens que le lecteur découvre. Tout s’emboîte à la perfection. Un large thème commun mais abordés en sous-thèmes, vus sous quatre perspectives différentes. Il y a ceux qui subissent, ceux qui agissent, ceux qui parlent, ceux qui se taisent, ceux qui combattent, ceux qui baissent les bras, ceux qui fuient, ceux qui restent …

Le point commun des principaux protagonistes est d’avoir subi un grave traumatisme. Tous sont marqués. Leur vie, leurs rapports aux autres sont impactés mais tous ne gèreront pas leur souffrance de la même façon. En fouillant leur passé, leurs pensées, leurs ressentis, l’auteur se penche sur chacun d’eux. Sans pathos, sans exagération, ils décortiquent les mécanismes qui se mettent en place pour se protéger, se venger, ou tout simplement vivre avec cette peine qui les ronge, les étouffe, leur pèse. Pas de longueur, les pages s’enchaînent sans problème.

J’ai trouvé l’écriture (merci à la traductrice) fine, détaillée mais sans emphase, avec une bonne approche psychologique pour cerner les raisons d’agir de chacun. On peut regretter que beaucoup de choses soient en lien avec leur enfance ce qui peut apporter une explication un peu restreinte mais il n’en demeure pas moins que l’analyse des faits, des répercussions, même des années plus tard, est excellente.

Il est question de culpabilité, d’ouvrir les yeux et de croire à l’indicible, de se positionner, d’avancer vers la vérité, de croire, ou pas, en la justice, d’avouer, ou pas, de se reconstruire, de faire acte de résilience. Et Bien entendu, l’écoute, la communication, le rôle des médias sont évoqués.

Il y a les blessures du corps mais également celles de l’âme et John Boyne les explore avec empathie. Cela permet de s’attacher à certains, de les rendre palpables et vivants et alors on a envie de les aider, de les soutenir. Pour d’autres, on se sent prêt à prendre son téléphone pour les dénoncer.

J’ai lu qu’à l’origine, ce roman était quatre nouvelles et finalement elles ont été regroupées pour aboutir à ce recueil puissant, bien équilibré qui laissera une trace marquante dans mon esprit.

"Et si... tout avait commencé Place Vendôme" de Frédérique Ethoré-Blétry

 

Et si... tout avait commencé Place Vendôme
Auteur : Frédérique Ethoré-Blétry
Éditions : Encrea (5 septembre 2026)
ISBN : 978-2386890420
252 pages

Quatrième de couverture

Il y a des mots que l’on ne devrait jamais avoir à entendre.
Ceux-là s’imposent sans appel : Alain, le grand amour de sa vie, est atteint de sclérose latérale amyotrophique.
Face à l’inacceptable, elle cherche un sens. Quelque chose qui dépasse la logique, qui lui permette de rester debout malgré l’effondrement.
C’est cette quête qui la conduit vers une médium… et vers une révélation inattendue.
Et si leur histoire n’avait pas commencé aujourd’hui ?
Et si elle venait de plus loin ?

Mon avis

Paris 1850. Edouard de Saint Aubin va se marier. Il épousera une jeune femme que ses parents ont « orientée » vers lui (je ne vais pas écrire « choisie pour lui » mais …). Ce sera une bonne « association » pour les deux familles qui pourront s’accorder sur pas mal de choses. Les Saint Aubin sont diamantaires et les parents de la promise ont des intérêts dans des mines de pierres précieuses jusqu’en Inde. Ce rapprochement permettra de diversifier la production. Parfait, n’est-ce pas ? Edouard a été élevé avec un sens aigu de l’obéissance donc il n’y aura pas de problème.

Et bien si … Lorsqu’il se rend chez l’artisan joaillier avec un diamant à faire sertir pour sa dulcinée, il est reçu par Elisa. Une employée sérieuse, douée, mais surtout dotée d’un beau sourire, d’un visage avenant et de cheveux roux ondulés qui le séduisent. Aussitôt, ils sentent une connexion. Il le sait, ils le savent, ils ne peuvent pas tomber sous le charme l’un de l’autre, ce n’est pas possible, ils n’ont pas le droit….

Blaise Pascal a dit : Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point ; on le sait en mille choses. Que font faire ces deux êtres qui se sentent en phase, qui se « reconnaissent » dans l’autre, qui ont envie d’unir leur vie malgré la différence de condition ? Comment la situation évoluera-t-elle ?

J’ai trouvé ce roman très bien rédigé. L’écriture est fine, raffinée, immersive. L’autrice a dû se documenter sur la période évoquée, je n’ai pas senti de fausse note. Tout est très équilibré, entre le ressenti des personnages, la description des événements, le rôle de chacun, les décisions prises, les questions que tous se posent ….

J’ai suivi avec plaisir le devenir des protagonistes. Face aux difficultés, à la maladie, les réactions sont multiples et variées. Communiquer est essentiel pour cerner les bons choix, ceux qu’on regrettera le moins possible… Prendre du recul, ne pas se précipiter mais faire ce qu’il faut car c’est nécessaire, pas facile….

Frédérique Ethoré-Blétry parle de la maladie qui s’immisce dans une famille avec beaucoup d’intelligence et de cœur. Elle montre bien les obstacles tant pour la personne souffrante que pour l’entourage. Chacun veut protéger les autres mais comment agir et réagir ? Quelles solutions pour que chacun soit mieux ?

Cette histoire renvoie de nombreuses questions, dont une essentielle : qu’est-ce que j’aurais fait à leur place ?

J’ai eu le sentiment, tout au long de ma lecture, que des « messages » se glissaient entre les lignes. Je pense que l’autrice a mis beaucoup d’elle dans ce magnifique récit et je l’ai senti. Cela donne une atmosphère délicate de tendresse. Elle doit beaucoup aimer ceux qu’elle décrit dans son récit, comme si elle les avait connus….

Un livre qui est pour moi une très belle découverte !

"Prisonnière des Bois Noirs" d'Erika Navilles

 

Prisonnière des Bois Noirs
Auteur : Érika Navilles
Éditions : Mot Passant (15 Octobre 2026)
ISBN : 978-2357922853
256 pages

Quatrième de couverture

Morages, petit village d’Auvergne perdu sous la neige au cœur des Bois-Noirs. Au bord d'un étang gelé, une femme est retrouvée battue à mort. Pour l’adjudant Jérémy Gervais, à la tête de la gendarmerie, l’affaire ravive un souvenir glaçant. Dix ans plus tôt, une autre femme a été assassinée dans les mêmes circonstances ! Jeune père du petit Tom avec lequel il peine à créer des liens, Gervais doute de tout, surtout de lui-même. Mais le temps presse. Et si le meurtrier s’en prenait à une autre victime ? Alors que l’inquiétude grandit, Murielle gère son café-épicerie et sa mère dont la mémoire vacille, sans se douter du danger qui rôde…Dans ces Bois-Noirs où la neige efface toute trace, Gervais va devoir affronter le blizzard pour découvrir ce que le village cache depuis trop longtemps…

Mon avis

Comme dans « Perdue dans les Bois Noirs », Érika Navilles a mis la nature au centre de son roman. C’est l’hiver, Noël approche, dans ce coin reculé d’Auvergne, la neige et le froid sont bien présents. Il fait nuit tôt, on circule mal, on frissonne, on a les pieds mouillés et les mains gelées. La forêt est sombre, les chemins et les routes peu praticables. Je me sentais frigorifiée tellement cette atmosphère est bien décrite. C’est très immersif.

Après le départ de son chef, Jérémy Gervais a pris la tête de la gendarmerie de Morages, une petite bourgade. Il travaille avec Samira Chambon. Il est marié à une agricultrice, bien occupée depuis son élection à la mairie et il est père d’un petit Tom, le plus souvent mutique sauf avec sa maman. D’ailleurs, le maître, à l’école le dit et le répète : cet enfant a un problème et le met mal à l’aise …

Jérémy n’a pas eu une enfance facile et cela se sent, c’est un homme tourmenté, torturé et le fait de ne pas savoir comment communiquer avec son fils n’arrange rien. Cela crée des tensions dans le couple et l’ambiance est un peu morose au sein du foyer, dialoguer devient compliqué…

Un corps est retrouvé, une femme battue à mort. Gervais doit mener l’enquête mais il se souvient d’une affaire semblable dix ans en arrière. Est-ce lié ? Ses pensées tournent en boucle, trop, car, préoccupé, il ne fait pas ce qu’il a promis à son épouse. Il ne sait pas par où commencer, qui interroger. Il faut qu’il s’organise, qu’il soit réfléchi, qu’il gère les priorités mais lesquelles ? Famille ? Travail ? Il ne veut rien négliger.

Dans le village, au gré des chapitres et de l’avancée de l’histoire, on fait connaissance avec Murielle responsable de la cantine, du café-épicerie, de sa mère malade d’Alzheimer et qui vient d’enterrer sa tante (et ses secrets ?). Elle n’a plus de vie personnelle avec tout ce qu’elle a à faire. Quelques demeures isolées abritent des habitants mystérieux. Comme souvent, dans des lieux un peu isolés, les non-dits, les ragots ont du pouvoir, trop sans doute, car ils gênent les investigations, perturbent ceux qui les écoutent et empêchent la découverte de la vérité.

L’autrice a bien construit son récit. Pas de temps mort, un contexte bien installé dès les premières pages, c’est d’ailleurs un point fort de son écriture, mettre en place des personnages, un décor qui prennent vie sous nos yeux.

Le style est fluide, les dialogues vifs. L’évolution des protagonistes est intéressante. J’ai apprécié d’avoir des explications sur le comportement des uns et des autres, de cerner leur caractère et les raisons qu’ils ont d’agir d’une façon ou d’une autre. Jérémy, notamment, est attachant dans son mal-être. L’enquête avance pas à pas. D’autres événements interviennent en parallèle, on cherche les liens éventuels, c’est captivant. J’aurais peut-être souhaité que la résolution soit moins rapide (sans doute parce que j’avais beaucoup de plaisir à lire) mais en même temps, je sais que ça ne pouvait pas être autrement.

Érika Navilles s’affirme de livre en livre, elle arrive à installer un suspense prenant qui donne envie de lire encore et encore et c’est très agréable pour la lectrice un peu boulimique que je suis !


"Le trésor oublié de Pierre Martelanche" de Bettina Egger, Jean-Yves Loude et William Augel

 

Le trésor oublié de Pierre Martelanche
Auteurs : Bettina Egger (illustratrice), Jean-Yves Loude (écrivain), William Augel (coloriste)
Éditions : Jarjille (22 Octobre 2026)
ISBN : 978-2493649348
100 pages

Quatrième de couverture

C'est l'histoire extraordinaire d'un homme qui a prêché la liberté, la fraternité, la laïcité et l'émancipation des femmes sans savoir lire ni écrire, sans éducation. Pierre Martelanche s'est exprimé en sculptant, et en édifiant une sorte de temple qui est considéré aujourd'hui comme un digne représentant de l'art brut. Pierre Martelanche (1849-1923), vigneron originaire du village de Saint-Romain-la-Motte, consacra les vingt-trois dernières années de sa vie à sculpter des figures féminines en argile.

Mon avis

Il y a des rencontres improbables qui amènent à découvrir des trésors et à mettre en place une chaîne d’événements pour les valoriser. C’est en substance ce que raconte ce roman graphique, qui commence par une partie bande dessinée sur une soixantaine de pages avant de se terminer sur une documentation, assortie de clichés réels, absolument époustouflante.

Deux ânes, un ânier, une photographe / ethnologue, un écrivain / ethnologue et une équipe de télévision. Ils arrivent le soir dans les villages, offrent une veillée à partir de livres (19 pour 19 soirées) de leurs découvertes et enquêtes à l’étranger. En échange, le lendemain matin, les habitants partagent les curiosités connues ou pas de leur secteur, les « singularités patrimoniales ».

C’est comme cela, qu’en Juin 2011, lors de la dix-septième étape, à Saint-Romain-la-Motte, les œuvres de Pierre Martelanche ont été sorties de l’oubli (c’est l’arrière-petit-fils qui a montré quelques photos). Ce sont des bas-reliefs, des statues, en terre cuite, en glaise. Tous et toutes sont porteurs-euses de messages (l’école pour tous y compris les filles par exemple). Il y a beaucoup de détails. Cet homme avait des idées d’avant-garde (il a vécu de 1849 à 1923).
Pendant les vingt-trois dernières années de sa vie, il a travaillé l’argile pour confier ce qu’il souhaitait sur l’éducation, la paix entre les peuples etc. C’était un homme bon, qui n’a jamais essayé de se mettre en avant (c’est sa fille, à 83 ans qui a dicté quelques pages sur sa biographie) mais qui était un sage et un penseur.

Ceux qui ont pris à cœur ce patrimoine culturel et artistique ont dû se battre pour que des événements soient mis en place : expositions diverses, mur hommage, blog ICI mais cela en vaut la peine !

J’ai beaucoup appris avec ce livre. Comme quoi, même en habitant à proximité, je ne connais pas tout. Je trouve que le fait de commencer par un format bande dessinée est très accrocheur, moins long à lire, les dessins de Bettina Egger sont réalistes, avec des personnages et des visages très expressifs. La ligne est claire, avec les détails au bon endroit sans trop chargé l’arrière-plan, cela permet de se concentrer sur l’essentiel. La mise en couleur de William Augel (en sépia pour le passé) est absolument parfaite.

Je suis rentrée tout de suite dans l’histoire de cette aventure humaine et en quelques pages, j’ai fait connaissance avec ce que cet homme a voulu transmettre et je suis restée bouche bée.

Comme cette première partie m’a beaucoup intéressée, j’avais envie d’en savoir plus rapidement. Et la seconde partie est tombée à pic. Elle complétait les informations, développait le suivi de cette découverte etc. Toutes les démarches entreprises sont présentées en détails, expliquées, c’est incroyable de voir tout ce qui a été fait !

L’art et la bande dessinée documentaire font bon ménage dans cet opus et j’ai hâte de voir « en vrai » le mur, les œuvres et l’exposition photos à la médiathèque de Belleville en Beaujolais du Vendredi 16 Octobre 2026 à 12h00 au Samedi 21 Novembre 2026 à 18h00, consacrés à Pierre Martelanche !

 



"Les plumes de Kalliope" de Michel Divol

 

Les plumes de Kalliope
Auteur : Michel Divol
Éditions : Encrea (7 Septembre 2026)
ISBN :  978-2386890468
256 pages

Quatrième de couverture

Il arrive parfois qu'un être aimé disparaisse sans que l'amour, lui, consente à s'éteindre.
Depuis la mort de sa femme Kalliope, Antonis Delakis, ancien professeur de philosophie, habite sa maison de Nafplio comme on habite un paysage devenu trop vaste pour une seule présence. Les livres qui l'ont accompagné toute sa vie ne parviennent plus à répondre aux questions que le deuil a fait naître en lui, et le silence semble chaque jour gagner un peu plus de terrain.
Puis, un matin, une simple plume blanche apparaît sur le rebord de sa fenêtre. À partir de cet instant commence un chemin inattendu, jalonné de rencontres discrètes, de souvenirs retrouvés et de paroles si simples qu'elles semblent contenir, sans jamais chercher à l'expliquer, une part du mystère de l’existence.

Mon avis

Dès les premières lignes, il se dégage de cette lecture, une forme de douceur tranquille, comme si l’essentiel était de prendre le temps de laisser chaque mot, chaque phrase venir à nous.

Antonis Delakis se sent un peu perdu depuis le décès de sa femme, il a le sentiment que rien ne le rattache au monde vivant. Il était professeur de philosophie et aimait beaucoup lire mais il n’y trouve plus le même intérêt, le même réconfort. Tout est trop lisse, trop triste, trop sombre, trop « prévisible » peut-être sans elle. Et puis, un matin, une plume blanche sur le rebord de la fenêtre. Il ne sait pas comment elle est arrivée là, il ne sait pas pourquoi mais il la ramasse et il décide de la garder. Quelque temps plus tard, une autre … Il s’interroge, ont-elles une signification particulière, est-ce que c’est quelqu’un qui les dépose ? Pour lui dire quoi ?

Se questionner l’incite à bouger un peu, à rester moins isolé. Il fait des rencontres qui le touchent et il pense que les plumes l’emmènent sur un chemin qu’il lui appartient de découvrir. Il apprivoise sa douleur, apprend à lui laisser une place pour continuer d’avancer même si elle est présente.

« On ne recommence pas à vivre le jour où la douleur disparaît. On recommence à vivre le jour où l’on accepte qu’elle marche à nos côtés sans lui laisser décider de la direction du chemin. »

Les plumes jalonnent son quotidien et à chaque fois, il vit pleinement le moment qu’elles marquent. Quand elles apparaissent, il laisse son esprit et son cœur s’ouvrir, offrant une place à d’autres possibles. Ainsi, à travers ces expériences, il comprend mieux qui était son épouse et la grande richesse de leurs différences. Leurs regards se complétaient, lui il analysait, elle, elle voyait plus loin …

J’ai énormément apprécié cette lecture. Elle est apaisante, et l’auteur partage une magnifique et profonde sagesse sans pour autant nous faire la leçon, ni en rajouter. Il nous rappelle le bonheur de vivre, d’accueillir une nouvelle connaissance, d’admirer un oiseau, un paysage, de profiter de l’instant présent. Le thème du deuil est évoqué avec beaucoup d’intelligence et de doigté, sans sombrer dans le pathos. C’est très bien dosé.

Oui, vous allez dire que tout cela on le sait. Mais la façon dont Michel Divol aborde tout cela dans ce roman est très intéressante. Le cheminement intérieur d’Antonis pourrait être celui de chacun de nous.  

L’écriture est lumineuse, de qualité, posée et jamais ostentatoire. Le fait que la plupart de l’histoire se déroule en Grèce apporte un « rayonnement » au contenu. En fermant le livre, je me suis sentie sereine, en phase avec moi-même et je sais que c’est parce que ce qu’a voulu transmettre l’auteur m’a touchée au cœur. Merci à lui.

Une belle playlist est proposée dans les dernières pages.

NB : En lisant, j’ai pensé au très beau conte musical « Plume d’Ange » de Claude Nougaro.


"Les Arpenteurs de Rêves: deuxième partie" de Martine S. Dobral

Les Arpenteurs de Rêves : Deuxième partie
Auteur : Martine S.Dobral
Éditions : Le Lys Bleu (21 Juillet 2026)
ISBN : 979-1044048806
252 pages

Quatrième de couverture

L'extraordinaire aventure de Sterenn continue. Aux côtés de Naram, son mystérieux sauveur, un immortel venu du fond des âges, elle poursuit son périlleux voyage à travers le monde en quête des artefacts sacrés indispensables à leur futur combat. Tandis que des pouvoirs insoupçonnés s'éveillent peu à peu en elle, Sterenn avance avec détermination, portée par de puissants alliés. Mais le temps presse. L'alignement des planètes approche, annonciateur du retour d'Erra, redoutable dieu mésopotamien de la violence et du chaos. Entre passé et présent entremêlés, révélations et choix décisifs, Sterenn affrontera son destin avec courage, guidée, sans le savoir, vers son propre futur.

Mon avis

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé Sterenn et Naram pour suivre la suite de leurs aventures. Ils doivent récupérer dans différents coins du monde des artefacts avant un combat contre des entités très rusées et hyper dangereuses, le jour de l’alignement des planètes.

Dans cet univers que l’autrice a conçu, on bascule facilement du passé au présent, du surnaturel au réel. Elle maîtrise parfaitement ce qu’elle a créé sans aucune fausse note, ce qui n’est pas évident. Elle a installé des personnages bien campés, elle a glissé des éléments réels dans une histoire qu’elle détourne, elle a inventé des modes de déplacements, de communication ; elle nous fait voyager et rêver !!

Je suis admirative du travail de documentation réalisé. D’une part car cela m’a donné envie d’aller plus loin sur certaines informations, d’autre part parce qu’elles sont très bien intégrées au récit sans qu’on ait le sentiment d’être en cours magistral, et enfin parce que cela étoffe le récit et lui apporte une autre dimension au-delà du fait de nous divertir.

L’écriture est vive, immersive, très visuelle. Je voyais les images évoquées défiler dans mon esprit et j’imaginais un film, je pense que ce serait plaisant à regarder ! Il n’y a jamais de temps mort. Tout est bien dosé entre suspense, amour, actions, ressentis, mises en place de méthodes et techniques pour arriver à contrer ceux qui risquent d’empêcher les héros d’agir pour le bien de tous.

Martine S. Dobral a une imagination fertile, et elle a l’intelligence de concevoir des péripéties captivantes, juste un peu oniriques avec un monde où, bien entendu, des bons affrontent des méchants mais pas seulement. Elle instaure des liens, des retournements de situations, une atmosphère prenante.

Une question que je me posais était de savoir comment elle allait négocier la fin. Il fallait rester raccord avec le contexte élaboré, être en phase avec les tempos imposés et donner encore un peu de rêve, celui qui fait entrevoir un avenir plus doux, plus beau. Et elle a réussi !

Comme pour la première partie, le marque page glossaire et protagonistes est bien utile pour cette lecture envoûtante et plaisante !

NB : il pourrait y avoir une version abrégée avec des dessins pour les plus jeunes.