L’Histoire selon Hanna (Schwebende Lasten)
Auteur : Annett Gröschner
Traduit de l'allemand par Elisabeth Landes
Éditions : Liana Levi (17 Septembre 2026)
ISBN : 9791034913077
272 pages
Quatrième de couverture
Elle a tout connu, Hanna : la montée du nazisme, la guerre,
les bombardements dévastateurs de 1944, l’occupation russe, la faim… Pour
survivre et nourrir sa famille, elle a tout fait : vendeuse de fleurs, femme de
ménage à l’usine, saisonnière, colporteuse, cantinière et grutière dans la
sidérurgie. Tout ça sans se départir de son humanité, ni d’un goût certain pour
la beauté, deux qualités qu’elle essaiera de transmettre à ses quatre
filles.
Mon avis
Magdebourg, en Allemagne de l’Est,
est une ville de taille moyenne ou Hanna a passé l’essentiel de son existence.
C’est une femme simple, que l’on suit à partir de son enfance et tout au long
de sa vie. L’autrice la rend vivante, comme si elle nous confiait la biographie
d’une personne réelle. Son destin devient extraordinaire sous nos yeux car
jamais Hanna ne baisse les bras, ou alors pas longtemps. Elle représente toutes
ces mères, épouses, fiancées, jeunes adolescentes qu’on ne voyait pas, qui ne
se mettaient pas en avant mais qui ont existé. Ce livre donne la parole à
toutes ces invisibles.
Ce récit commence vers 1932, Hanna est alors une jeune
femme, installée comme fleuriste. Par quelques retours en arrière, on apprend
comment elle en est arrivée de là. Elle a épousé Karl Krause, agent
d'assurances, mais il n’est pas très fiable. Elle ne peut pas vraiment compter
sur son aide. Elle est souvent enceinte et cela la fatigue. Pour avoir des
revenus, ses ventes au magasin ne sont pas toujours suffisantes. Elle a des
idées dont une qui est excellente. Le soir, elle fabrique des petits bouquets
et elle va à la sortie des cafés où les maris qui ont traîné en ville ont
quelque chose à se faire pardonner avant de rentrer dans leur foyer. Quelques
fleurs et hop, il espère l’indulgence de leur compagne. Et grâce à cette initiative,
Hanna engrange quelques sous.
Mais la montée du nazisme, l’arrivée de la guerre, les bombardements,
ne permettent pas de maintenir le commerce à flots. Et il faut nourrir les
enfants… Hanna, en mère courage, prend d’autres emplois et continue de lutter
pour les siens. Elle essuie des revers, elle est confrontée à plusieurs
situations délicates. Elle reste droite, dégageant une forme de sérénité face à
l’adversité. Non pas qu’elle s’imagine plus forte que les autres mais tout
simplement parce qu’elle veut s’en sortir et qu’elle a assez souffert. Elle ne
fait pas preuve d’un optimisme béat mais elle avance, déterminée et droite.
Elle est courageuse, elle scintille et pétille malgré la noirceur autour d’elle.
Elle reste « libre dans sa tête », ne se soumettant pas vraiment.
Chaque chapitre porte le nom d’une fleur ou d’un insecte
dont on peut lire la description dans les premières lignes. Un tableau les
relie mais je n’en dirai pas plus. Cet apport a un aspect poétique qui m’a
beaucoup plu et qui est charmant. Rien n’a été choisi sans raison et c’est
vraiment judicieux.
Ce récit est un portrait de femme intéressant. Le contexte
historique sur la vie en RDA, le travail des ouvriers, tout est très documenté.
C’est bien dosé, pas trop lourd à lire. Pendant les combats, lorsque les bombes
tombent, on entend le bruit, on sent la poussière nous monter aux narines, on
imagine sans peine ceux qui cherchent des survivants, c’est très immersif.
L’écriture d’Annett Gröschner (merci à la traductrice) est
fluide, plaisante. On lit ce texte, chaque scène et chaque échange prennent vie
sous nos yeux. J’ai envie de visiter Magdebourg, qui est presque un personnage
à part entière. Je voudrais marcher dans les pas d’Hanna tant je me suis
attachée à elle. J’ai été conquise par la place donnée aux fleurs, créant une
atmosphère originale.
Un livre particulièrement réussi !






