Solution miracle
Auteur : Serge Yves Ruquet
Éditions : du Caïman (15 Février 2026)
ISBN : 978-2493739773
438 pages
Quatrième de couverture
Aix-en-Provence, été 1975. Jean-Luc, armé d'une dévotion
sans bornes pour Tintin, le cinéma d'auteur et la Vierge Marie... évolue dans
le blasphème : il est projectionniste dans une salle qui diffuse surtout des
films X, libérés par l'ère Giscard. Faut bien vivre. Mal, justement ! Entre sa
vieille Dauphine, les boules Quies qui le protègent des râles obscènes venus de
la salle, un cousin déluré et ses dettes qui s'accumulent, il cherche une
issue. Mais la pureté est un luxe qu'il n'a peut-être plus le temps ni les
moyens de s'offrir. La mafia s'en mêle…La vie éternelle, certes. Mais... le
plus tard possible !
Mon avis
Aix en Provence, c’est l’été, on est en 1975. Deux cousins,
Jean-Luc et Bert. Le premier est projectionniste dans une salle de quartier, le
second porte l’uniforme.
Jean-Luc vit seul, sa mère est décédée et lui a légué une
vieille dauphine. Comme Giscard a été élu, maintenant les films porno sont autorisés.
Lui qui se sent investi par Dieu est parfois mal à l’aise face à tant de
débauche. Il est passionné de cinéma et a une très grande culture dans ce domaine,
bien plus que ce qu’on peut imaginer en le voyant. Bert lui, a une « régulière »,
elle n’est pas qu’à lui, il doit la partager mais il ne voit qu’elle, il est
plus « porté sur la chose » que son cousin… D’ailleurs, il aimerait
bien l’emmener visiter une copine de la sienne, histoire de lui faire découvrir
la vraie vie des hommes …
Le cinéaste a peu d’argent, d’abord sa Titine lui coûte
cher, elle n’est pas de la première jeunesse mais il ne veut pas s’en séparer.
Le voilà avec des dettes ! Pas d’avance sur salaire, pas de rente….mais un
« couz » qui a un tuyau pour qu’il se refasse une santé financière ….
Ils n’imaginent pas, ni l’un, ni l’autre, dans quelle histoire rocambolesque,
ils vont être entraîner. Le lecteur encore moins ! Mais c’est tout à fait
jubilatoire !
Situations décalées, hauts et bas dans le quotidien, coups
durs, petit espoir, on replonge, on repart… Les actions ne manquent pas dans ce
polar atypique à la langue « fleurie ».
« - Ça va !
Me fais pas le coup de la famille. La mienne arrive à me faire chier même quand
je suis constipée. Si ma mère savait comment je l’habille, ce que je fume, et
avec qui je baise, elle me jetterait aux lions.
-
Elle aurait bien tort. Au moins pour la
baise. »
L’auteur joue avec les mots, avec les faits, avec les
références cinématographiques (on pourrait monter un film avec cette aventure).
Il met de la dérision et du rire partout, même quand c’est grave, c’est
désopilant.
Le contexte est très juste, en lien avec les années
soixante-dix, je n’ai pas remarqué d’anachronisme, tout se tient. Cela crée une
atmosphère dans laquelle on s’engouffre avec plaisir aux côtés des personnages.
Au-delà de ceux qui ont des liens familiaux, on croise ceux et celles qu’ils côtoient,
par choix ou non. Quelques femmes ont du caractère et valent le détour (je
pense notamment à une jeune fille qui a plus d’un tour dans son sac). L’évolution
du « cul béni » est intéressante. Il goûte au fruit défendu et
il se met à apprécier, ça change son regard sur les événements … J’ai énormément
aimé la façon dont est détourné le tableau « Le déjeuner sur l’herbe ».
Il fallait y penser. L’ensemble du récit montre la grande imagination de Serge
Yves Ruquet. Il a dû s’amuser à écrire ce texte, à décrire les scènes avec précision
(on a vraiment le sentiment d’y être). Au-delà de l’humour, en filigrane des
thèmes apparaissent, notamment la solitude, les choix de vie, la place qu’on
donne à l’argent, les manipulateurs….
Aucun temps mort, on garde le sourire, on s’attache à ces
deux cousins-amis, on suit leurs aventures en ayant parfois peur pour eux et en
espérant une happy end.






