"Prisonnière des Bois Noirs" d'Erika Navilles

 

Prisonnière des Bois Noirs
Auteur : Érika Navilles
Éditions : Mot Passant (15 Octobre 2026)
ISBN : 978-2357922853
256 pages

Quatrième de couverture

Morages, petit village d’Auvergne perdu sous la neige au cœur des Bois-Noirs. Au bord d'un étang gelé, une femme est retrouvée battue à mort. Pour l’adjudant Jérémy Gervais, à la tête de la gendarmerie, l’affaire ravive un souvenir glaçant. Dix ans plus tôt, une autre femme a été assassinée dans les mêmes circonstances ! Jeune père du petit Tom avec lequel il peine à créer des liens, Gervais doute de tout, surtout de lui-même. Mais le temps presse. Et si le meurtrier s’en prenait à une autre victime ? Alors que l’inquiétude grandit, Murielle gère son café-épicerie et sa mère dont la mémoire vacille, sans se douter du danger qui rôde…Dans ces Bois-Noirs où la neige efface toute trace, Gervais va devoir affronter le blizzard pour découvrir ce que le village cache depuis trop longtemps…

Mon avis

Comme dans « Perdue dans les Bois Noirs », Érika Navilles a mis la nature au centre de son roman. C’est l’hiver, Noël approche, dans ce coin reculé d’Auvergne, la neige et le froid sont bien présents. Il fait nuit tôt, on circule mal, on frissonne, on a les pieds mouillés et les mains gelées. La forêt est sombre, les chemins et les routes peu praticables. Je me sentais frigorifiée tellement cette atmosphère est bien décrite. C’est très immersif.

Après le départ de son chef, Jérémy Gervais a pris la tête de la gendarmerie de Morages, une petite bourgade. Il travaille avec Samira Chambon. Il est marié à une agricultrice, bien occupée depuis son élection à la mairie et il est père d’un petit Tom, le plus souvent mutique sauf avec sa maman. D’ailleurs, le maître, à l’école le dit et le répète : cet enfant a un problème et le met mal à l’aise …

Jérémy n’a pas eu une enfance facile et cela se sent, c’est un homme tourmenté, torturé et le fait de ne pas savoir comment communiquer avec son fils n’arrange rien. Cela crée des tensions dans le couple et l’ambiance est un peu morose au sein du foyer, dialoguer devient compliqué…

Un corps est retrouvé, une femme battue à mort. Gervais doit mener l’enquête mais il se souvient d’une affaire semblable dix ans en arrière. Est-ce lié ? Ses pensées tournent en boucle, trop, car, préoccupé, il ne fait pas ce qu’il a promis à son épouse. Il ne sait pas par où commencer, qui interroger. Il faut qu’il s’organise, qu’il soit réfléchi, qu’il gère les priorités mais lesquelles ? Famille ? Travail ? Il ne veut rien négliger.

Dans le village, au gré des chapitres et de l’avancée de l’histoire, on fait connaissance avec Murielle responsable de la cantine, du café-épicerie, de sa mère malade d’Alzheimer et qui vient d’enterrer sa tante (et ses secrets ?). Elle n’a plus de vie personnelle avec tout ce qu’elle a à faire. Quelques demeures isolées abritent des habitants mystérieux. Comme souvent, dans des lieux un peu isolés, les non-dits, les ragots ont du pouvoir, trop sans doute, car ils gênent les investigations, perturbent ceux qui les écoutent et empêchent la découverte de la vérité.

L’autrice a bien construit son récit. Pas de temps mort, un contexte bien installé dès les premières pages, c’est d’ailleurs un point fort de son écriture, mettre en place des personnages, un décor qui prennent vie sous nos yeux.

Le style est fluide, les dialogues vifs. L’évolution des protagonistes est intéressante. J’ai apprécié d’avoir des explications sur le comportement des uns et des autres, de cerner leur caractère et les raisons qu’ils ont d’agir d’une façon ou d’une autre. Jérémy, notamment, est attachant dans son mal-être. L’enquête avance pas à pas. D’autres événements interviennent en parallèle, on cherche les liens éventuels, c’est captivant. J’aurais peut-être souhaité que la résolution soit moins rapide (sans doute parce que j’avais beaucoup de plaisir à lire) mais en même temps, je sais que ça ne pouvait pas être autrement.

Érika Navilles s’affirme de livre en livre, elle arrive à installer un suspense prenant qui donne envie de lire encore et encore et c’est très agréable pour la lectrice un peu boulimique que je suis !


"Le trésor oublié de Pierre Martelanche" de Bettina Egger, Jean-Yves Loude et William Augel

 

Le trésor oublié de Pierre Martelanche
Auteurs : Bettina Egger (illustratrice), Jean-Yves Loude (écrivain), William Augel (coloriste)
Éditions : Jarjille (22 Octobre 2026)
ISBN : 978-2493649348
100 pages

Quatrième de couverture

C'est l'histoire extraordinaire d'un homme qui a prêché la liberté, la fraternité, la laïcité et l'émancipation des femmes sans savoir lire ni écrire, sans éducation. Pierre Martelanche s'est exprimé en sculptant, et en édifiant une sorte de temple qui est considéré aujourd'hui comme un digne représentant de l'art brut. Pierre Martelanche (1849-1923), vigneron originaire du village de Saint-Romain-la-Motte, consacra les vingt-trois dernières années de sa vie à sculpter des figures féminines en argile.

Mon avis

Il y a des rencontres improbables qui amènent à découvrir des trésors et à mettre en place une chaîne d’événements pour les valoriser. C’est en substance ce que raconte ce roman graphique, qui commence par une partie bande dessinée sur une soixantaine de pages avant de se terminer sur une documentation, assortie de clichés réels, absolument époustouflante.

Deux ânes, un ânier, une photographe / ethnologue, un écrivain / ethnologue et une équipe de télévision. Ils arrivent le soir dans les villages, offrent une veillée à partir de livres (19 pour 19 soirées) de leurs découvertes et enquêtes à l’étranger. En échange, le lendemain matin, les habitants partagent les curiosités connues ou pas de leur secteur, les « singularités patrimoniales ».

C’est comme cela, qu’en Juin 2011, lors de la dix-septième étape, à Saint-Romain-la-Motte, les œuvres de Pierre Martelanche ont été sorties de l’oubli (c’est l’arrière-petit-fils qui a montré quelques photos). Ce sont des bas-reliefs, des statues, en terre cuite, en glaise. Tous et toutes sont porteurs-euses de messages (l’école pour tous y compris les filles par exemple). Il y a beaucoup de détails. Cet homme avait des idées d’avant-garde (il a vécu de 1849 à 1923).
Pendant les vingt-trois dernières années de sa vie, il a travaillé l’argile pour confier ce qu’il souhaitait sur l’éducation, la paix entre les peuples etc. C’était un homme bon, qui n’a jamais essayé de se mettre en avant (c’est sa fille, à 83 ans qui a dicté quelques pages sur sa biographie) mais qui était un sage et un penseur.

Ceux qui ont pris à cœur ce patrimoine culturel et artistique ont dû se battre pour que des événements soient mis en place : expositions diverses, mur hommage, blog ICI mais cela en vaut la peine !

J’ai beaucoup appris avec ce livre. Comme quoi, même en habitant à proximité, je ne connais pas tout. Je trouve que le fait de commencer par un format bande dessinée est très accrocheur, moins long à lire, les dessins de Bettina Egger sont réalistes, avec des personnages et des visages très expressifs. La ligne est claire, avec les détails au bon endroit sans trop chargé l’arrière-plan, cela permet de se concentrer sur l’essentiel. La mise en couleur de William Augel (en sépia pour le passé) est absolument parfaite.

Je suis rentrée tout de suite dans l’histoire de cette aventure humaine et en quelques pages, j’ai fait connaissance avec ce que cet homme a voulu transmettre et je suis restée bouche bée.

Comme cette première partie m’a beaucoup intéressée, j’avais envie d’en savoir plus rapidement. Et la seconde partie est tombée à pic. Elle complétait les informations, développait le suivi de cette découverte etc. Toutes les démarches entreprises sont présentées en détails, expliquées, c’est incroyable de voir tout ce qui a été fait !

L’art et la bande dessinée documentaire font bon ménage dans cet opus et j’ai hâte de voir « en vrai » le mur, les œuvres et l’exposition photos à la médiathèque de Belleville en Beaujolais du Vendredi 16 Octobre 2026 à 12h00 au Samedi 21 Novembre 2026 à 18h00, consacrés à Pierre Martelanche !

 



"Les plumes de Kalliope" de Michel Divol

 

Les plumes de Kalliope
Auteur : Michel Divol
Éditions : Encrea (7 Septembre 2026)
ISBN :  978-2386890468
256 pages

Quatrième de couverture

Il arrive parfois qu'un être aimé disparaisse sans que l'amour, lui, consente à s'éteindre.
Depuis la mort de sa femme Kalliope, Antonis Delakis, ancien professeur de philosophie, habite sa maison de Nafplio comme on habite un paysage devenu trop vaste pour une seule présence. Les livres qui l'ont accompagné toute sa vie ne parviennent plus à répondre aux questions que le deuil a fait naître en lui, et le silence semble chaque jour gagner un peu plus de terrain.
Puis, un matin, une simple plume blanche apparaît sur le rebord de sa fenêtre. À partir de cet instant commence un chemin inattendu, jalonné de rencontres discrètes, de souvenirs retrouvés et de paroles si simples qu'elles semblent contenir, sans jamais chercher à l'expliquer, une part du mystère de l’existence.

Mon avis

Dès les premières lignes, il se dégage de cette lecture, une forme de douceur tranquille, comme si l’essentiel était de prendre le temps de laisser chaque mot, chaque phrase venir à nous.

Antonis Delakis se sent un peu perdu depuis le décès de sa femme, il a le sentiment que rien ne le rattache au monde vivant. Il était professeur de philosophie et aimait beaucoup lire mais il n’y trouve plus le même intérêt, le même réconfort. Tout est trop lisse, trop triste, trop sombre, trop « prévisible » peut-être sans elle. Et puis, un matin, une plume blanche sur le rebord de la fenêtre. Il ne sait pas comment elle est arrivée là, il ne sait pas pourquoi mais il la ramasse et il décide de la garder. Quelque temps plus tard, une autre … Il s’interroge, ont-elles une signification particulière, est-ce que c’est quelqu’un qui les dépose ? Pour lui dire quoi ?

Se questionner l’incite à bouger un peu, à rester moins isolé. Il fait des rencontres qui le touchent et il pense que les plumes l’emmènent sur un chemin qu’il lui appartient de découvrir. Il apprivoise sa douleur, apprend à lui laisser une place pour continuer d’avancer même si elle est présente.

« On ne recommence pas à vivre le jour où la douleur disparaît. On recommence à vivre le jour où l’on accepte qu’elle marche à nos côtés sans lui laisser décider de la direction du chemin. »

Les plumes jalonnent son quotidien et à chaque fois, il vit pleinement le moment qu’elles marquent. Quand elles apparaissent, il laisse son esprit et son cœur s’ouvrir, offrant une place à d’autres possibles. Ainsi, à travers ces expériences, il comprend mieux qui était son épouse et la grande richesse de leurs différences. Leurs regards se complétaient, lui il analysait, elle, elle voyait plus loin …

J’ai énormément apprécié cette lecture. Elle est apaisante, et l’auteur partage une magnifique et profonde sagesse sans pour autant nous faire la leçon, ni en rajouter. Il nous rappelle le bonheur de vivre, d’accueillir une nouvelle connaissance, d’admirer un oiseau, un paysage, de profiter de l’instant présent. Le thème du deuil est évoqué avec beaucoup d’intelligence et de doigté, sans sombrer dans le pathos. C’est très bien dosé.

Oui, vous allez dire que tout cela on le sait. Mais la façon dont Michel Divol aborde tout cela dans ce roman est très intéressante. Le cheminement intérieur d’Antonis pourrait être celui de chacun de nous.  

L’écriture est lumineuse, de qualité, posée et jamais ostentatoire. Le fait que la plupart de l’histoire se déroule en Grèce apporte un « rayonnement » au contenu. En fermant le livre, je me suis sentie sereine, en phase avec moi-même et je sais que c’est parce que ce qu’a voulu transmettre l’auteur m’a touchée au cœur. Merci à lui.

Une belle playlist est proposée dans les dernières pages.

NB : En lisant, j’ai pensé au très beau conte musical « Plume d’Ange » de Claude Nougaro.


"Les Arpenteurs de Rêves: deuxième partie" de Martine S. Dobral

Les Arpenteurs de Rêves : Deuxième partie
Auteur : Martine S.Dobral
Éditions : Le Lys Bleu (21 Juillet 2026)
ISBN : 979-1044048806
252 pages

Quatrième de couverture

L'extraordinaire aventure de Sterenn continue. Aux côtés de Naram, son mystérieux sauveur, un immortel venu du fond des âges, elle poursuit son périlleux voyage à travers le monde en quête des artefacts sacrés indispensables à leur futur combat. Tandis que des pouvoirs insoupçonnés s'éveillent peu à peu en elle, Sterenn avance avec détermination, portée par de puissants alliés. Mais le temps presse. L'alignement des planètes approche, annonciateur du retour d'Erra, redoutable dieu mésopotamien de la violence et du chaos. Entre passé et présent entremêlés, révélations et choix décisifs, Sterenn affrontera son destin avec courage, guidée, sans le savoir, vers son propre futur.

Mon avis

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé Sterenn et Naram pour suivre la suite de leurs aventures. Ils doivent récupérer dans différents coins du monde des artefacts avant un combat contre des entités très rusées et hyper dangereuses, le jour de l’alignement des planètes.

Dans cet univers que l’autrice a conçu, on bascule facilement du passé au présent, du surnaturel au réel. Elle maîtrise parfaitement ce qu’elle a créé sans aucune fausse note, ce qui n’est pas évident. Elle a installé des personnages bien campés, elle a glissé des éléments réels dans une histoire qu’elle détourne, elle a inventé des modes de déplacements, de communication ; elle nous fait voyager et rêver !!

Je suis admirative du travail de documentation réalisé. D’une part car cela m’a donné envie d’aller plus loin sur certaines informations, d’autre part parce qu’elles sont très bien intégrées au récit sans qu’on ait le sentiment d’être en cours magistral, et enfin parce que cela étoffe le récit et lui apporte une autre dimension au-delà du fait de nous divertir.

L’écriture est vive, immersive, très visuelle. Je voyais les images évoquées défiler dans mon esprit et j’imaginais un film, je pense que ce serait plaisant à regarder ! Il n’y a jamais de temps mort. Tout est bien dosé entre suspense, amour, actions, ressentis, mises en place de méthodes et techniques pour arriver à contrer ceux qui risquent d’empêcher les héros d’agir pour le bien de tous.

Martine S. Dobral a une imagination fertile, et elle a l’intelligence de concevoir des péripéties captivantes, juste un peu oniriques avec un monde où, bien entendu, des bons affrontent des méchants mais pas seulement. Elle instaure des liens, des retournements de situations, une atmosphère prenante.

Une question que je me posais était de savoir comment elle allait négocier la fin. Il fallait rester raccord avec le contexte élaboré, être en phase avec les tempos imposés et donner encore un peu de rêve, celui qui fait entrevoir un avenir plus doux, plus beau. Et elle a réussi !

Comme pour la première partie, le marque page glossaire et protagonistes est bien utile pour cette lecture envoûtante et plaisante !

NB : il pourrait y avoir une version abrégée avec des dessins pour les plus jeunes.

 

"Prunella a menti" de Chloé Ledaim

 

Prunella a menti
Auteur : Chloé Ledaim
Éditions : City Édition (14 Octobre 2026)
ISBN : 978-2824624105
242 pages

Quatrième de couverture

Prunella rêvait d’être grand reporter. Au lieu de parcourir le monde, elle est casteuse pour l’émission Mon chien a un incroyable talent. Entre une mère envahissante accro au Téléshopping, l’humour acéré de son meilleur ami et des auditions canines farfelues, son quotidien est bancal, mais joyeux.
Tout bascule quand, à la fête des anciens de son lycée, elle croise Marjorie « la peste » qui étale sa réussite. Prête à tout pour l’impressionner, Prunella s’invente une vie parfaite.
Sauf que Marjorie a décidé d’en faire partie et que Prunella est prise à son propre piège.

Mon avis

Prunella a une trentaine d’années et travaille pour la télévision. Elle se rêvait grand reporter et, finalement, elle caste des chiens pour l’émission : « Mon chien a un incroyable talent ». Elle passe des heures à regarder des vidéos, puis à recevoir maître et animal afin d’observer le numéro extraordinaire promis. Ensuite, il est nécessaire de faire le tri, de choisir les décors, de monter l’émission et de capter tout ça. Elle ne s’ennuie pas et ses journées sont très remplies.

Après le boulot, une fois chez elle, par contre, elle se retrouve seule sauf quand, son best friend, Alex passe pour une soirée télé où ils regardent ensemble des séries avec un petit repas. Alex est gay, donc rien à espérer à part une belle amitié, sans jugement, avec de bonnes discussions, des rires et de la complicité. Il arrive également que sa mère s’invite (de préférence sans prévenir) apportant de la nourriture ou la dernière nouveauté trouvée au télé achat. Gentille mais peu discrète, un tantinet envahissante, essayant de caser sa fille à tout prix. Forcément, Prunella sature …

Voilà qu’arrive une fête entre anciens du lycée et Alex insiste pour qu’ils s’y rendent tous les deux. Prunella n’est pas motivée mais après tout, il y aura, peut-être, son premier amour, Justin. Et s’il est seul, qui sait ? Elle en fera peut-être son quatre heures … Les voilà sur place, après avoir réfléchi à la tenue, à la coiffure etc. Face à des questions inquisitrices, Prunella ment une fois, puis deux et elle s’enfonce…  Bien sûr, elle regrette, elle s’en veut mais trop tard. Elle pense que les conséquences seront minimes mais ce n’est pas le cas…. Comment va -telle sortir de cet imbroglio ?

Entre quiproquos, coups montés, fuites en avant, arrangements, elle met en place de nombreuses actions pour solutionner les problèmes posés par ses mensonges.

Ce roman m’a fait rire et cela fait du bien !

« Les grosses hontes ont une date de péremption. » écrit l’auteur et c’est une formule à ressortir !

Sous des dehors légers, ce récit aborde des thèmes très actuels. Le monde des médias et son influence, le rôle des parents auprès de leurs enfants (ne pas les étouffer, mais être présents), la famille, l’amitié, l’amour, ce qu’on attend des autres, ce qu’on veut vivre….

Je pense que ce n’est pas si simple de parler de sujets sérieux tout en gardant une légèreté dans le ton pour ne pas se prendre la tête. Il ne faut pas tomber dans la niaiserie, au risque de lasser. C’est un juste équilibre qu’a bien réussi Chloé Ledaim avec les personnages de ce livre, Alex restant mon préféré tant par son attitude (ah le beau tee shirt qu’il prend pour aller travailler) que ses réparties pleines d’humour mais censées si on y réfléchit !

J’ai trouvé l’écriture amusante, le contexte de la télévision bien ciblé et bien décrit. Prunella est attachante dans ses maladresses, elle a, sous de dehors qui peuvent sembler superficiels, une fragilité et une profondeur de sentiments qui font d’elle une femme qu’on a envie de connaître, de conseiller, de soutenir pour qu’elle aille mieux. Il y a suffisamment de rebondissements pour maintenir notre intérêt et donner envie de tourner les pages encore et encore. Une lecture très plaisante et réjouissante !


"Silence ... On souffre !" de Thomas Benguigui

 

Silence … On souffre
Auteur : Thomas Benguigui
Éditions : Lire Couraut (3 Août 2026)
ISBN : 979-1070180938
162 pages

Quatrième de couverture

Certaines tragédies cachent bien des souffrances. Ce roman vous emmènera aux côtés de Nova Thurmann, une lieutenant de police, dans le but de comprendre les mystérieuses souffrances des trois drames qu’elle connaîtra. Malheureusement, elle se heurtera à l’opacité administrative, laissant place à une autre forme de justice mais Silence… On souffre !

Mon avis

Nova Thurmann est une jeune lieutenant de police, elle aime son métier mais elle est hyper sensible, ce qui inquiète régulièrement Phil son chef. Il est très attentif à ses ressentis et il essaie de la modérer lorsqu’elle prend les choses trop à cœur.

Les voilà confrontés à plusieurs affaires délicates, où des personnes ont choisi de quitter la vie. Pour Nova, c’est incompréhensible, il y a forcément une raison, pour agir ainsi. Elle en parle à son supérieur, mais leur métier, ce n’est pas de rendre la justice, c’est d’enquêter et s’ils n’ont aucun élément probant, ils doivent clôturer leur enquête et passer à autre chose. Ce qui est le cas.

Face à la détresse de ceux qui restent, Nova décide de creuser, de mener d’autres investigations, mais cette façon de faire a des limites. Elle n’a pas le droit de questionner, de fouiller, de braver les interdits même si elle tente de le faire. Elle ne sait pas comment utiliser ce qu’elle croit avoir découvert, compris … Elle n’a pas de réelles certitudes.

Mais c’est une femme entière, de caractère, qui ne supporte pas l’injustice. Elle est étonnante. Comment peut-elle solutionner ce dilemme qui la ronge ? Elle voudrait avoir les coudées franches, comprendre pourquoi certaines personnes choisissent le suicide, connaître les motivations qui les ont poussés à passer à l’acte. Elles ont forcément à un moment ou un autre montrer qu’elles souffraient. A-t-on assez ouvert les yeux ? Ne choisit-on pas de ne pas voir certaines choses parce que ça nous arrange ? Le silence n’est-il pas une forme de culpabilité ?

Thomas Benguigui est aide-soignant, passionné de médecine.  Cela se sent dans son récit. Son écriture est plaisante, fluide, plutôt réaliste. Il y a parfois quelques maladresses dans la formulation, mais on comprend bien ce que l’auteur a voulu exprimer et c’est important. Son texte nous rappelle combien il est essentiel d’être attentif à l’autre, qu’il ne faut pas négliger les « appels au secours », les signes d’un mal-être.

Cette lecture m’a interrogée sur le rôle et le fonctionnement de la justice. Et surtout, comment aurais-je réagi dans des situations comme celles qui sont présentées ? Il y a de quoi réfléchir !


"Un atelier à New-York" de Seth Greenland (The Mid-Century Moderns)

 

Un atelier à New-York (The Mid-Century Moderns)
Auteur : Seth Greenland
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Adélaïde Pralon
Éditions : Liana Levi (1er Octobre 2026)
ISBN : 979-1034913121
320 pages

Quatrième de couverture

Manhattan, 1951. Sasha Cross, jeune élève peintre, voudrait percer et vivre de son art. En attendant, elle trouve des petits boulots, vole à l'occasion... Lors d'un cours de dessin d'après modèle vivant, elle fait la connaissance de Grace Hartigan, une peintre déjà connue et exposée qui pourtant pose nue afin d'arrondir ses fins de mois. Elles deviennent amies, et Grace commence à la présenter à d'autres artistes. Parallèlement Sasha lie connaissance avec Leo Dunbar, le critique d'art le plus craint et le plus influent de New York. De vingt ans son aîné, Leo la séduit, et ils commencent une liaison. De vernissage en vernissage, il va lui présenter tous ceux qui comptent dans le monde de l'art contemporain new yorkais, de Joan Mitchell à Jackson Pollock... 

Mon avis

« […] l’art le plus précurseur doit toujours faire l’effet d’un coup de poing en pleine face. »

Manhattan, 1951, le monde des artistes est soumis aux dictats des critiques. Il est parfois difficile de donner libre cours à ses idées, de s’affranchir du regard extérieur, de créer son style et d’être en phase avec ce qu’on souhaite et ce qu’on ressent.

Sasha Cross est jeune, elle est élève peintre et a peu de revenus, elle fait des petits boulots, vit en colocation, vole parfois. Elle se cherche, elle veut exprimer tout ce qui bout en elle. Elle refuse d’imiter quelqu’un, elle souhaite se réaliser par elle-même dans un style figuratif qui n’appartiendra qu’à elle. Mais elle bute et n’arrive pas à se lâcher.  Elle rencontre Grace, une peintre qui a déjà exposé et qui l’introduit petit à petit dans ce milieu assez fermé. Sarah a des principes et ce n’est pas aisé pour elle d’évoluer au contact de ces personnes qui, parfois, ont peu de pudeur et sont à l’aise partout.

Par un concours de circonstances, dont on ne peut pas dire s’il est heureux ou malheureux, elle fait la connaissance du redouté Leo Dunbar, un critique. L’influence de ce dernier est énorme, il est capable de démolir un ou une artiste ou de le ou la monter aux nues sur des critères souvent connus de lui seul. Il a vingt ans de plus que Sasha, il va la prendre sous son aile. L’aidera-t-il à grandir ou l’étouffera-t-il ? Le but est de la guider, de l’accompagner, de la soutenir, de faire tomber les barrières qu’elle a érigées, pour qu’elle soit elle-même mais ne risque-t-il pas d’imposer ses vues, de la « modeler », d’en faire « sa » chose pour s’attirer une forme de gloire ? Comme s’il était le seul, l’unique à avoir vu son potentiel ? Peut-être parce que lui, il aurait voulu être artiste et qu’il n’a pas assez de talent ?

Ancrée dans un riche contexte historique, ce récit est très intéressant, prenant et bien écrit (merci à la traductrice). En effet, l’auteur s’appuie sur des événements réels pour accompagner ses personnages fictifs, cela donne de la consistance à son récit, le rend plus « réel ». Il nous montre que les femmes ont du mal à percer, à s’imposer. Beaucoup, comme Sasha, sont tiraillées entre le désir de s’épanouir dans l’expressionisme abstrait et la volonté (un peu imposée par la société) d’être dans la norme, conformément aux « codes ». Se faire une place est compliquée pour elles, elles ne sont pas reconnues à leur juste valeur, comme si elles ne pouvaient pas être les égales des hommes dans ce domaine. Faire des compromis ? Lesquels et pourquoi ? 

Le roman analyse à la perfection tous les enjeux pour percer, se faire un nom, tout en gardant son identité, en restant « soi ». Le jeu des influences est quelques fois bienveillant mais pas toujours, pouvant aller jusqu’à être destructeur.

Chaque chapitre est introduit par quelques lignes (extrait d’émission de radio, de journal etc.) qui nous plongent dans l’atmosphère de l’époque. C’est très bien fait.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture, je n’ai ressenti aucune longueur. J’ai suivi Sasha, souhaitant qu’elle trouve sa voie, qu’elle se sente bien, qu’elle soit heureuse. Je l’ai sentie fragile, soucieuse du détail, désireuse de se démarquer tout en « s’accomplissant ».  Avec un phrasé rythmé, vivant, Seth Greenland a su me captiver, tout en me permettant d’enrichir mes connaissances sur cette période à New-York.