"Atlantique" de Marie Lacire

 

Atlantique
Auteur : Marie Lacire
Éditions : Plon (24 août 2023)
ISBN : 978-2259316101
176 pages

Quatrième de couverture

Été, côte Atlantique. Anne, écrivain, parisienne, se retrouve coincée avec Phil dans une maison de vacances abandonnée depuis des années, envahie par la végétation, les meubles rustiques et revêtue d'un crépi beige. Elle doit écrire un second roman mais n'y arrive pas, fonce sur les routes du Médoc, s'accroche à son couple et à cette maison qui n'est pas la sienne. Au bout du chemin, elle rencontre un romancier connu, reconnu, qui l'accueille à bras apparemment ouverts.

Mon avis

Anne a écrit un premier roman qui a eu du succès. Son éditeur lui en réclame un autre et elle est confrontée au syndrome de la page blanche. L’inspiration la fuit, pas d’idées, pas d’envie, pas de ressort. Que faire ? Elle ne sait pas. Elle peste, dit des injures, multiplie les p…. dans ses pensées, elle est perdue ….

Elle est installée, pour l’été, avec son mari, dans le Médoc. Ils habitent la maison de ses beaux-parents, une bâtisse figée dans le passé, restée en l’état depuis que la belle famille ne vient plus. Vieux canapé, vaisselle de porcelaine ébréchée, arbres non taillés qui font beaucoup trop d’ombre… Son époux, campé sur ses positions, ne veut rien toucher. Elle, elle a besoin de bouger, d’agir, comme si le fait de trier, jeter, élaguer, moderniser, allait la « booster », lui redonner le goût de l’écriture. Mais ça crée des tensions dans le couple et les choses ne sont pas faciles. Les deux conjoints cherchent leur place….et ne la trouvent pas. Le dialogue n’est pas aisé mais devant les voisins (dont l’homme est écrivain), ils essaient de donner le change.

Anne est obnubilée par l’auteur qui habite tout près. Est-ce que sa présence l’empêche de créer, ou au contraire, doit-elle s’appuyer sur lui pour retrouver le goût d’écrire ? Elle s’interroge beaucoup. J’ai pensé que parfois, elle regardait un peu trop son nombril, elle aurait vite pu devenir agaçante.

Son mari subit ses sautes d’humeur, il ne réagit pas forcément, il attend que l’orage passe. C’est une union pas si solide que ça, on sent que tout pourrait partir à la dérive…

Les personnages, peu nombreux, se suffisent à eux-mêmes. Ils sont décrits en quelques lignes et on les cerne assez facilement.

Ce livre, très court, et assez surprenant, montre la difficulté ressentie quand on perd pied aux niveaux personnel et professionnel. Avec une écriture incisive, alternant les passages « trash » où Anne se lâche, ouvre les vannes, car elle est à bout, et ceux, plus poétiques, plus philosophiques où elle construit une réelle réflexion sur le couple, le lien au roman, à la création, le poids du passé, l’auteur offre un texte singulier qui peut déranger, voire dénoter. On s’interroge sur le but, sur la forme, mais si on se laisse porter, on apprécie le contenu.

Personnellement, dans un premier temps, j’ai été désarçonnée par les deux styles de phrasé qui s’opposent. Anne me saoulait avec ses jérémiades et ses gros mots. Après, j’ai compris que c’était sans doute, pour elle, un moyen, d’évacuer le stress, d’exorciser le fait qu’elle n’arrivait plus à rédiger quoi que ce soit. En se mettant en colère, elle s’envoyait à elle-même un signe montrant qu’elle voulait avancer.

Marie Lacire a réussi à questionner le lecteur avec ce premier titre. Il ne fera peut-être pas l’unanimité mais il reste à découvrir pour se faire une opinion.


"Glory" de NoViolet Bulawayo (Glory)

Glory (Glory)
Auteur : NoViolet Bulawayo
Traduit de l’anglais (Zimbabwe) par Claro
Éditions : Autrement (23 Août 2023)
ISBN : ‎ 978-2080415400
462 pages

Quatrième de couverture

Il y a longtemps, dans un pays de cocagne pas si lointain, les animals vivaient heureux. Puis vinrent les colonisateurs. Après de longues années de domination, une guerre de Libération sanglante rendit l'espoir aux citoyens. Elle leur apporta un nouveau dirigeant, un cheval tyrannique - la Vieille Carne - qui gouverna, gouverna et gouverna encore, avec l'aide d'un groupe de cruels Défenseurs et celle de sa jeune épouse bien-aimée, l'ambitieuse ânesse Merveilleuse. Mais même les sots de ce monde savent qu'il n'y a de nuit si longue qui ne s'achève par une aube.

Mon avis

Dans ce roman, l’auteur nous présente d’une façon originale, l’histoire du Zimbabwe. Elle établit des parallèles avec certains évènements réels et ça interpelle le lecteur. C’est terrible ce qui a été vécu dans ce pays.

C’est une satire politique avec tous les travers de la société actuelle dans un monde où les "animals" règnent. Comme les personnages sont des animaux, on ne peut pas éviter la comparaison avec "La ferme des animaux" de G. Orwell mais c’est beaucoup plus approfondi.

Elle a eu de l’audace pour rédiger son récit. Elle le présente sous la forme d’un conte, coupé par des échanges de Tweet, de conversations. Elle bouscule les codes de rédaction pour un thème difficile. Cela dérangera peut-être certains lecteurs qui trouveront le texte trop original dans sa rédaction. J’avoue qu’il a fallu que je m’accroche au début. J’ai eu peur de longueurs, et les redondances liées au style choisi donc volontaires, m’ont parfois semblé « lourdes ».

L’écriture puissante se démarque. On y trouve de l'humour et de la dérision à bon escient, ce qui allège le côté grave du propos. NoViolet Bulawayo est un auteur remarquable sans aucun doute mais je pense que sur ce titre, elle peut être autant appréciée que détestée. En ce qui me concerne, j’ai apprécié le contenu, mais je ne suis pas complètement conquise par la forme (si le nombre de pages avait été moins important, mon avis aurait été différent.)

 

"Le jour et l'heure" de Caroles Fives

 

Le jour et l’heure
Auteur : Carole Fives
Éditions : Jean-Claude Lattès (23 août 2023)
ISBN : 978-2709672672
150 pages

Quatrième de couverture

Édith se sait gravement malade. Elle a convaincu son mari et leurs quatre enfants de l’accompagner à Bâle, en Suisse, où la mort volontaire assistée est autorisée. Elle a choisi le jour et l’heure. Le temps d’un dernier week-end, chacun va tenir son rôle, et tous vont faire l’expérience de ce lien inextricable qui soude les membres d’une famille.

Mon avis

Édith, c’est la mère, et elle a choisi « le jour et l’heure » de sa mort. Non pas un suicide assisté mais une euthanasie volontaire pour quitter la vie avant d’être trop dépendante, trop détruite… Son mari et ses enfants l’accompagnent sur ce dernier chemin. Elle leur a demandé, ils ont dit oui.

Qu’ils l’aient fait par amour, par obligation, peu importe, ils sont là. Dans la voiture, en route pour la Suisse, on suit les réflexions et remarques de chacun. Le père est médecin, trois des quatre enfants « ont épousé » médecine, la petite dernière est artiste. Chacun se situe dans ce choix, le boulot d’un docteur, c’est de soigner, de sauver ses patients et là ils vont vers une mort décidée mais pas par eux.

Dans ce roman choral, on sent tour à tour la colère, la compassion, presque la compréhension. Le geste de leur mère les renvoie vers eux, vers les liens qu’ils entretiennent entre eux, avec les autres et vers leurs choix.

L’écriture ne sombre pas dans le pathos, le larmoyant, la pitié. On sent même, de temps à autre, une pointe d’humour, de dérision. C’est surtout une leçon d’amour de la mère pour ses enfants et son mari et réciproquement.

Le style est brillant, les mots sont justes, sans superflu, comme autant de petites étoiles parsemant la route pour être près d’Édith.

C’est beau, délicat, empli de tendresse. À lire tout simplement car choisir de partir, quand on pense que c’est le bon moment, c’est également célébrer la vie.


"Ni pleurs ni pardon" de Vincent Quivy

 

Ni pleurs ni pardon
Auteur : Vincent Quivy
Éditions : de l’Observatoire (23 Août 2023)
ISBN : 979-1032928394
242 pages

Quatrième de couverture

L'attente, quand on a 17 ans, brûle plus encore que le soleil de Palma - mais attendre quoi ? Un signe de son père, activiste en cavale, qui exige son silence pour échapper aux autorités ?? L'aide d'une bande de déserteurs, menaçants et armés, qui défilent dans le salon maternel ??  Ou le retour de ce mystérieux agent du gouvernement promettant à l'ado la liberté s'il livre son père ?... Notre héros, lui, a d'autres préoccupations : le surf, les cours, les filles... et ce garçon, Esteban, surgi dans sa vie comme une déflagration. Quand ce nouvel ami lui propose de tout plaquer pour le suivre, son destin bascule.

Mon avis

« Je voudrais que tu sois enfin apaisé, qu’émergeant des ruines de ton passé, tu aies trouvé ta place. »

Ce qu’il sait de son père ? C’est un homme qui a passé une grande partie de sa vie en cavale. Il l’a peu vu, peu côtoyé mais il ressent le besoin de le comprendre.

Pourtant il a dix-sept ans et c’est l’âge où les préoccupations sont nombreuses… Ils vivent comme ils peuvent, sa mère et lui. Le père les a lâchés, une fois installés, à Palma de Majorque. Les mois passent, comme autant de chapitres numérotés avec l’âge (17+1/ 17+2 etc…), l’adolescent s’interroge, ne sait que dire à ceux qu’il rencontre, qui le questionnent… Il est dépassé, presque déstabilisé par tout ça. Il ne se sent pas à sa place dans ces lieux qu’on choisit pour lui.

Pourquoi son père se cache-t-il ? Qu’a-t-il à se reprocher, à quelles mauvaises actions a-t-il participé ? Comment le retrouver, se retrouver ? Suivre son propre chemin ou imiter celui du paternel ?

La narration m’a désarçonnée et j’ai eu besoin d’un peu de temps pour rentrer dans l’histoire mais une fois cet écueil passé, je me suis attachée à cet ado, qui essaie de s’émanciper de son père, qui souffre, qui a besoin de clore un chapitre et qui ne sait pas comment faire.

L’écriture est tonique, le style fluide, ça se lit bien.

Le thème abordé m’a captivée et intéressée. Le switch final est très bien pensé et explique ce « tu » employé dans le reste du livre.

Un roman à découvrir.


"Hôtel de la folie" de David Le Bailly

 

Hôtel de la folie
Auteur : David Le Bailly
Éditions : Seuil (18 Août 2023)
ISBN : 978-2021489910
208 pages

Quatrième de couverture

Un enfant se souvient de sa grand-mère, Pià Nerina, et de la dernière fois qu’il l’a vue, soir fatidique où devant ses yeux, elle s’est jetée par la fenêtre de leur grand appartement près de la place de l’Étoile. Point de départ d’un huis clos infernal raconté par l’unique survivant, ce petit garçon devenu grand. De Naples à Paris en passant par la Riviera se dessine alors une quête pour remonter aux origines. Qui était Pià Nerina ? Par quels moyens, Napolitaine sans le sou mais jeune femme flamboyante, a-t-elle réussi, sans un diplôme, sans travail déclaré, à constituer ce patrimoine dans les beaux quartiers de Paris ?

Mon avis

Autobiographie ou roman ? Ou autobiographie remaniée, présentée sous forme de roman ? Le dernier livre de David Le Bailly pose question et en dérangera plus d’un…

L’auteur revient sur le parcours de sa grand-mère qui s’est suicidée sous ses yeux (il a alors quatorze ans). Cette femme, qu’il vénérait, l’avait élevé, la faute à une mère déficiente et un père absent. Maintenant qu’elle n’est plus là, il veut comprendre comment elle a pu réussir à s’enrichir alors qu’elle n’avait rien.

C’est une quête difficile, douloureuse parfois, faite de découvertes, de désillusions, de doutes et finalement de peu de certitudes.  Qui étaient vraiment ces deux femmes (la mère et la grand-mère de l’écrivain) ? On les voit en photos, dans les pages intérieures, belles et semble-t-il, sûres d’elles. Elles ont aimé les hommes, l’argent facile, galéré parfois mais au bout du compte, ont souffert et fait souffrir. S’aimaient-elles, se détestaient-elles, se servaient-elles l’une de l’autre dans un monde folie qu’elles ont créé par leurs dérives et leurs mensonges ?

Il faut souhaiter que David le Bailly, après avoir « expulsé » ce récit, aille mieux, qu’il ait fait la paix avec les siens, dont il ne saura jamais tout….

Une histoire singulière très bien écrite qui présente une femme atypique et une famille originale. C'est captivant, sans temps mort, il y a du rythme mais ça laisse un goût amer quand on sait que ce sont des souvenirs réels….


"Les Alchimies" de Sarah Chiche

 

Les alchimies
Auteur : Sarah Chiche
Éditions : du Seuil (18 Août 2023)
ISBN : 978-2021500325
242 pages

Quatrième de couverture

En 2022, en pleine crise de l’hôpital, Camille Cambon, médecin légiste vaillante et brillante, reçoit un mail énigmatique. Il y est question du peintre Goya et de son crâne volé après son inhumation à Bordeaux en 1828, et dont on a depuis perdu la trace. Les parents de Camille et son parrain, neurologue, se sont passionnés pour l’oeuvre de Goya, avant de devenir des scientifiques de renommée internationale. Camille part rencontrer à Bordeaux sa mystérieuse correspondante, une ancienne directrice de théâtre qui a bien connu ces trois-là.

Mon avis

Camille est médecin légiste, elle a quarante-huit ans et consacre une bonne partie de sa vie à son métier. On découvre son quotidien, présenté avec finesse et parfois une pointe d’humour. Il y a des références à Goya, je n’ai pas tout de suite compris pourquoi.

C’est elle la narratrice dans la première partie et quand elle relate la conversation avec son père sur ce qu’elle aime le plus dans la vie, le ton est très juste et le texte pertinent.

« Tu as déjà le démon de la connaissance dans le sang. Et ça, c’est une drogue plus forte que n’importe quel amour. »

Dans la deuxième partie, c’est une autre personne qui s’exprime et qui parle à Camille, lui donnant des explications sur ses parents aujourd’hui décédés. Il y a Goya et son crâne disparu en filigrane, l’obsession d’une famille. L’auteur reprend les différentes théories sur cet événement et en propose d’autres….

L'écriture est lumineuse. J'ai aimé les "liens" entre le deuil, les crânes, Goya, l'Histoire et l'histoire d'une famille. La quête est originale, l'intrigue menée brillamment, même si la toute fin aurait pu être plus "resplendissante".

Un livre qui se démarque et qui marque.


"Le Château des Rentiers" d'Agnès Desarthe

 

Le Château des Rentiers
Auteur : Agnès Desarthe
Éditions : de l’Olivier (18 Août 2023)
ISBN : 978-2823619515
230 pages

Quatrième de couverture

En levant les yeux vers le huitième étage d’une tour du XIIIe arrondissement de Paris, Agnès rejoint en pensée Boris et Tsila, ses grands-parents, et tous ceux qui vivaient autrefois dans le même immeuble. Rue du Château des Rentiers, ces Juifs originaires d’Europe centrale avaient inventé jadis une vie en communauté, un phalanstère. Le temps a passé, mais qu’importe puisque grâce à l’imagination, on peut avoir à la fois 17, 22, 53 et 90 ans : le passé et le présent se superposent, les années se télescopent, et l’utopie vécue par Boris et Tsila devient à son tour le projet d’Agnès. Vieillir?? Oui, mais en compagnie de ceux qu’on aime.

Mon avis

Empli de délicatesse, de tendresse et d’humour de qualité, ce roman se décline en plusieurs chapitres assez courts, comme autant de « clichés » d’un moment précis que l’auteur partage avec intelligence.

Elle revient sur l’histoire de ses grands-parents, juifs attachés aux traditions, à la famille, aux amis. Elle en profite pour évoquer son rapport à la vieillesse, à la mort. C’est très juste, bien ciblé, bien vu. C’est un vrai retour sur la vie, celle des siens, des autres, de nous tous.

Malgré les sujets graves, le texte n’est pas plombant, ni morbide. L’écriture est délicieuse, avec une pointe d’humour et d’ironie. Il y a même de la dérision. Le contenu est très personnel, les situations présentées sont en lien avec l’auteur. Mais elles nous concernent tous. Alors forcément ça nous touche au cœur.

J’ai énormément apprécié cette lecture. D’abord la couverture très belle, lumineuse, nous montre des instants de vie dans une même ville. Et puis le style d’Agnès Desarthe a fait le reste. Elle m’a conquise avec la finesse de ses propos, virevoltants, vivants, même lorsqu’elle parle de la mort.