"Ils se sont fait la belle" de Frédéric Ploquin


Ils se sont fait la belle
Auteur : Frédéric Ploquin
Éditions : Fayard (9 Mai 2017)
ISBN : 9782213629223
382 pages

Quatrième de couverture

Après Parrains et caïds, véritable « Who’s who » du grand banditisme, voici un tour de France inédit des évasions les plus folles, les plus violentes, les plus kamikazes, les plus sportives, les plus rusées, les plus fraternelles, les plus aériennes et les plus amoureuses de ces trente dernières années. Vous y découvrirez comment des hommes, enfermés à triple tour dans les pénitenciers les plus sûrs, parviennent à fausser compagnie à leurs geôliers. Comment ils jouent leur vie et parfois celle des autres pour échapper à la prison.

Mon avis

Plusieurs années de bénévolat auprès des détenus et de leur famille dans une maison d’arrêt proche de mon domicile m’ont permis de côtoyer (un peu, très peu et avec beaucoup de limites), le monde carcéral.
L’occasion de ce livre était de voir certains événements de l'autre côté.

"Vous voulez savoir comment on s’évade ? J’ai l’impression que ce qui est important, ce n’est pas comment on s’évade, mais pourquoi."
"Quel respect je vous dois ? Je n’ai pas de sang sur les mains. Je dois passer douze ans en prison. C’est un devoir pour moi, si je suis un homme, de m’évader."

C’est un peu à la manière de Pierre Bellemare dans ses « histoires extraordinaires » que Frédéric Ploquin va nous entraîner à la découverte de ces évadés célèbres ayant choisi de se « faire la belle » plutôt que de rester enfermés.

Qui n’a pas entendu, un jour ou l’autre, les noms de François Mariani, Antonio Ferrarra etc…
Ces hommes qui une fois emprisonnés ne peuvent pas, ne veulent pas rester à l’intérieur, l’appel « du dehors » étant le plus fort. Tous les moyens sont bons : musculation extrême pour déformer les barreaux, faux fax envoyés par des comparses et annonçant la libération, corruption d’avocats, de surveillants, fil de pêche …
Tout vous dis-je !
L’imagination n’a pas de limites, les idées les plus osées, auxquelles on n’ose à peine penser peuvent réussir. Certains sont devenus de vrais sportifs, d’autres auraient pu être d’excellents comédiens, ayant réussi à berner les médecins, d’autres sont des charmeurs, des tombeurs et si leur défenseur est une avocate romantique au cœur tendre … je vous laisse imaginer …
Il n’y a d’ailleurs, pas que dans l’action, que les détenus, ou ceux qui ont choisi de les aider, rivalisent d’idées plus ou moins originales. Les écrits, les situations (que ne peut-on pas faire avec une infusion réclamée chaque soir …) sont rocambolesques et ça « marche » ….C’est même parfois tellement gros que personne ne se méfie.

Il est à noter que lorsqu’ils sont repris (et oui cela arrive parfois), le nouveau jugement dépend parfois de l’action entreprise pour la libération, si elle est originale, sans blessé, ni mort, elle s’apparente « à un jeu » et les jurés peuvent être plus cléments … Si la violence est présente, ce ne sera pas la même
chose …

Ces hommes, ces femmes, savent les risques qu'ils prennent pour s'évader (ou faire évader) mais ils les acceptent. Lorsqu'on lit leurs remarques, leurs réflexions, on voit l'impact que ce choix de vie (le banditisme au départ ...) entraîne. Ils n'ont pas le même "regard" sur la vie qu'un homme ou une femme ordinaire ...
Certains agissent, pensent, comme s'ils étaient sur un terrain de jeu géant ... L'adrénaline est leur moteur ...

En lisant, on peut se prendre à sourire, parce que certaines inventions cocasses permettent une évasion en douceur mais on a aussi envie de se révolter lorsque la violence est présente et touche des personnes innocentes ...

Ce livre se tient bien en mains et peut nous suivre partout car il est bien "découpé".
En annexe, des chiffres sur les établissements pénitentiaires, répartitions des prisonniers, nombre d’évasions etc… , une bibliographie puis le nom des personnes citées par ordre alphabétique et une table des matières reprenant les différents chapitres.
Le découpage est en chapitres (au nombre de seize), certains appelés du style des hommes dont ils vont nous parler « les romantiques », « les artistes », « les enragés »….

L’écriture de Frédéric Ploquin est agréable, vive, alerte, on retrouve des dialogues, des échanges entre les différents protagonistes. La curiosité aidant, on se demande bien ce que le prochain chapitre va nous faire découvrir comme ruse ...
C’est bien documenté et facile à suivre, comme de petites histoires sauf
que …. C’est la vraie vie ….

"Les inconnus du Saint-François" de Guillaume Lefebvre

Les inconnus du Saint-François
Auteur : Guillaume Lefebvre
Éditions : Ravet-Anceau (Septembre 2011)
Collection : Polars en Nord
ISBN: 978-2359732023
224 pages

Quatrième de couverture

Un matin, sur la plage de Cayeux-sur-Mer, Armand Verrotier découvre un petit chalutier échoué. A son bord, le seul membre d'équipage est mort, le corps broyé par le treuil du chalut. Tout fait penser à un accident. Pourtant Armand qui est officier de marine marchande note des détails qui l'intriguent. Il connaissait la victime et se met à enquêter sur son passé. Par son ex-femme, il apprend que le défunt avait eu maille à partir avec son ancien employeur, un armateur de Boulogne-sur-Mer.

Mon avis 

« Homme libre, toujours tu chériras la mer ! » Baudelaire

Une belle couverture, avec un fond couleur ciel d’orage … Un livre qui se tient bien en mains, et me voilà partie dans le monde des marins … Celui des « taiseux », à la Tabarly, avare de mots, mais pas d’aide lorsque le voisin souffre … observateur discret de la vie aux alentours mais n’étalant pas la sienne …

« Dans le monde pénible de la mer, les hommes parlent peu, ils laissent cette tâche à leur épouse, et celle-ci ne s’en prive pas. »

Entre le 6 et le 20 Novembre, en baie de Somme, nous allons nous attacher aux pas d’Armand, mélomane à ses heures (les références musicales sont nombreuses), officier de marine marchande dans une compagnie de paquebots.
Cet homme a découvert un chalutier échoué avec son capitaine décédé. Cela lui semble bizarre et il décide de mener une petite enquête ….
Il va se retrouver entraîner bien plus loin que ce à quoi il avait pensé, découvrant, petit à petit, ce qu’on cherche de prime abord à lui cacher.
Le milieu des marins n’est pas ordinaire, c’est comme une grande famille, avec, comme dans n’importe quelle famille, ses tensions, ses joies, ses peines, ses trahisons, ses non-dits, ses silences qui en disent long, ses regards qui se comprennent ou pas ….

Guillaume Lefebvre possède une écriture posée, lourde des sens, évocatrice d’une atmosphère, d’une ambiance, que seul un homme ayant côtoyé les gens de la mer peut évoquer avec cette finesse dans le propos.
C’est vraiment écrit avec justesse, avec des mots précis. J’ai beaucoup apprécié la « musicalité » du vocabulaire, des termes qui s’enchaînent et qui vous font sentir le climat (au propre comme au figuré) régnant sur cette côte picarde. Je percevais la pluie, les embruns, le froid et l’humidité du matin, la nuit qui tombe et ses silences angoissants, je ressentais les troubles des hommes, les regards appuyés ou fuyants, les appréhensions, les craintes, les complicités des uns et des autres …

Armand Verrotier, personnage central, sert de fil conducteur entre les différents protagonistes. Beaucoup d’événements sont reliés à lui, à sa curiosité, à sa soif de comprendre, à l’intérêt qu’il porte à ceux qu’il rencontre. C’est un homme fort, solitaire, qui observe, réfléchit, note dans son petit carnet ce qu’il remarque avant de faire des déductions hâtives. Je le visualisais très facilement, la démarche assurée de l’homme qui a le temps, le regard acéré de celui qui étudie sans rien dire, le silence éloquent de celui qui sait qu’on finira par lui parler « parce qu’entre hommes de la mer on se comprend …. »

A côté de lui, plusieurs « seconds rôles » masculins; peu de « dames » et pas n’importe lesquelles. Les quelques femmes de ce roman sont un peu caricaturées, la voisine qui voit tout derrière son rideau, la sœur étouffante, l’infirmière un peu délurée etc ….
Autant les hommes semblent se noyer dans la masse, pouvant passer inaperçus (et c’est d’ailleurs ce que certains recherchent, cachant bien leur jeu), autant les femmes sont très « cadrées ». Il faudra
« gratter » sous l’apparence pour mieux connaître les hommes, et l’auteur a très habilement sur retranscrire ce travail d’observation d’Armand. Les femmes, elles, se découvrent plus facilement, on les cerne vite …
Ceci me semble une remarquable étude du microcosme maritime.

Les dialogues parsemés ici et là, apportent un peu de légèreté au récit, le rythme général n’est ni trop lent, ni trop rapide, on avance à la cadence des découvertes d’Armand, au fil du temps qui passe, accompagné de la houle, du cri des mouettes, de la pluie, les narines palpitantes cherchant les odeurs de varech et on surprend notre regard essayant de passer au dessus du livre pour voir la mer